L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Lun 17 Aoû 2015 13:01 
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Sans hésiter, l’ondine se joint à moi dans mes efforts pour ouvrir cette mystérieuse double porte. M’imitant, elle place la barre de fer dont elle s’est emparée dans l’interstice entre les deux portes. Suivant mon décompte, nous forçons sur le bois ancestral sans qu’il ne cède. Voilà un menuisier qui a gagné ses lettres de noblesse : là où tout le mobilier est branlant et détruit, où le bois des tables et des chaises est rongé par ma vermine, celui de la porte a gardé sa solidité, sa robustesse d’antan. En voilà un qui a eu l’œil en choisissant son arbre, et la main sûre pour le travailler. Mais je ne m’avoue pas vaincu, et nous retentons l’exploit une fois, puis une autre encore, avant de finalement laisser entendre d’abord un grincement, puis le craquement tant attendu : celui de la serrure qui se déchire sous nos efforts au niveau de l’ouverture. Emporté par mon élan, et surpris par le bois qui cède enfin, je manque de perdre l’équilibre. Je me rattrape néanmoins en posant une main contre le mur, et rejoins sans attendre Ixtli qui, curieuse, s’est déjà précipitée pour explorer de ses yeux avides et gourmands la nouvelle salle découverte.

Celle-ci est plus grande que je ne l’avais cru. Je m’étais imaginé une sorte de grand couloir fourni en portes et pièces, voire même à un hall doté d’un double escalier impressionnant. Mais ce n’est pas le cas. La salle qui se présente à nous est vaste, à peine meublée de quelques chaises usée par le temps et l’explosion du volcan qui a tant détruit. Leur bois est en partie brûlé, à se demander comment certaines tiennent encore debout. L’impact de l’explosion a dû être puissant, ici. Et l’explosion elle-même bien plus destructrice que celle que nous avons vécue la veille. Si même le feu de la lave, des cendres incandescentes, est venu jusqu’ici, alors que nous n’avons eu que la secousse à Ilmatar, je n’ose imaginer à quelle violence ces montagnes de feu peuvent prétendre. Même Lysis doit faire pâle figure, à côté.

(Hey !)

Un frisson me parcoure l’échine, alors que je reste immobile et silencieux devant ce spectacle désolant et terrible. Une tempête d’ombre, de roc et de feu s’est abattue ici, détruisant tout sur son passage. Et pourtant, maints indices m’indiquent que mes hypothèses précédentes étaient erronées : nous ne sommes pas dans des souterrains, mais bien au rez-de-chaussée de l’époque du bâtiment. Des fenêtres, toutes obstruées, en témoignent. Les gravas se pressent, menaçants, contre celles qui sont encore plus ou moins intactes, alors que des brisées dégueulent pierres et cendres refroidies et durcies avec le temps, immobilisées là depuis des lustres. Les débris s’étendent sous la forme d’un cône résultant de la pression progressive des débris s’effondrant sur le sol, et maintenus par les murs. Il doit y avoir une pression cumulée assez impressionnantes, sur ces murs. Bien échu qu’ils aient tenu le coup. En espérant que notre présence ne fasse pas tout s’effondrer. J’indique mon inquiétude à Ixtli.

« Ne restons pas trop longtemps proches des murs. S’ils ont tenu tout ce temps, rien n’indique pourtant qu’ils survivent à notre passage. Et je n’aimerais pas me retrouvé enseveli ici. »

Personne ne pourrait jamais nous retrouver. À part bien sûr s’ils utilisent Terhenetar comme chien-sauveur de montagne et baguette de sourcier à la fois. L’idée est assez cocasse, mais je me la garde pour moi, de peur de blasphémer envers un esprit respecté des élémentaires. Un peu de délicatesse ne fait pas de mal, parfois, dans ce monde de brutes.

(C’toi la brute.)

Ainsi donc, si l’on croise les indices mêlant l’espace vide au cœur de la pièce, ses proportions gigantesques, et les éclats de miroir peuplant sol et murs, nous pouvons aisément en déduire qu’il devait s’agir d’une salle de bal… Voire à l’occasion d’une salle d’entraînement à l’escrime. Mais dans ce dernier cas, il pourrait manquer les râteliers où poser les armes. Partons sur la salle de bal, donc, et imaginons l’endroit baigné d’une délicate musique de chambre, un menuet léger au clavecin, ou une valse entraînante. Et les danseurs à la peau d’argent se saluer, main dans la main, et tournoyer avec retenue et cadence, ou avec plus de passion et de folie du geste que la rigueur d’une chorégraphie trop arrêtée, tel un duel entre deux combattants farouche, deux amants passionnés. Mais là s’arrête pour moi l’imaginaire d’une salle de bal : je n’aime guère les soirées mondaines aux femmes poudrées et aux hommes coincés dans des habits trop moulants pour esquisser le moindre mouvement d’aisance.

Des trois portes qui cernent la pièce, seules deux sont accessibles, en plus de celle que nous venons d’emprunter. La troisième est à moitié ensevelie sous des décombres de l’éruption, et il nous faudrait bien trop de temps pour la dégager sans un outillage suffisant, et un nombre un peu plus grand. Sans parler des risques d’effondrement si on ouvre un passage. La pièce voisine doit de toute façon probablement être dans le même état. Je reporte mon attention sur les deux autres, donc. L’une d’elle donne sur un long couloir élancé donnant sur les probables latrines de l’époque. Un endroit fort peu pertinent à explorer en détail, je gage, à moins de vouloir tomber sur de la crotte fossilisée. L’autre, plus intéressant sans aucun doute, donne sur la pièce que je m’attendais à voir à la place de la salle de danse : un vestibule doté d’un grand escalier de marbre clair menant à l’étage… à l’endroit d’où nous venons, donc, depuis l’échelle. Un accès invisible de la pièce dans laquelle je suis entré dans la bâtisse. Je suis curieux de voir si d’autres pièces sont visitables à l’étage, dissimulée par les gravats. Il faut juste espérer qu’elles ne se soient pas à leur tour effondrées.

« Bon… Ce n’est pas ici qu’on trouvera un mécanisme apte à ouvrir le passage secret de la pièce précédente. Il doit se trouver non loin de la porte cachée. Il nous faudra chercher. Mais je propose d’aller voir en priorité ce qui nous est facilement accessible. »

Je me dirige donc, avec ou sans l’aigail, qui ira bien faire ce qu’elle veut dans ce nouveau terrain de jeu, vers la pièce à l’escalier, en vue de le grimper. Mais sur mon chemin se dresse un cadavre. Enfin, il ne se dresse pas, non. Il est même plutôt allongé, calciné en bas de l’escalier. Il n’en reste plus que les os noircis pour certains par le feu qui a dû le consumer. Une mort bien peu enviable.

(Et pourtant si grisante à donner.)

Ce n’est pas nouveau : Lysis est complètement allumée. J’ai appris à ne plus en prendre ombrage. Ses pouvoirs pyromantiques m’ont souvent été d’un grand secours. Ne fut-ce que pour allumer le feu pour griller un lapin sur les routes. Parce qu’il n’y a pas à dire, mais la chair cuite, c’est quand même vachement meilleur que la chair crue. Enfin bon, toujours est-il que ce squelette perturbe mes plans, et que je repousse à plus tard ma visite de l’étage, lorgnant tout de même une œillade vers le haut de l’escalier afin de m’assurer que le dit étage est vraiment praticable, avant de me pencher sur le corps. Après tout ce temps, et vu les circonstances de son trépas, peu de chance de trouver quoique ce soit de probant sur lui… Et pourtant je peux analyser les indices qui me feront comprendre qui il était. Sa taille, déjà, peut m’indiquer assez facilement s’il était humain ou sindel. L’épaisseur de ses os, leur légèreté également. Il est fort à parier qu’il s’agisse d’un gris, comme moi, mais qui sait si une alliance existait alors ? Ou un asservissement. Et là me mène ma seconde piste d’observation : je regarde s’il ne possède aucun bijou noirci par le temps, anneau, bracelets ou collier, qui me détermineraient tant son sexe que sa condition sociale. Le métal a ça d’avantageux sur la chair : il traverse les âges sans se flétrir.

Une chose me perturbe tout de même, et je n’hésite pas à la partager tout haut, prenant à parti ma compagne d’exploration.

« C’est curieux, tout de même, que ça soit le seul cadavre sur lequel nous soyons tombés jusqu’ici. La cité était-elle fort peuplée ? »

À dire vrai, jusqu’à sa découverte, je pensais que la bâtisse avait été désertée de tout être vivant aux premières secousses de l’explosion. Mais ce cadavre m’intrigue : est-ce un maladroit qui n’aurait pas suivi les consignes de sécurité, ou un corps laissé là exprès alors que les autres auraient été embarqués par les éventuels survivants secrets pour des funérailles dignes de ce nom ? J’espère trouver suffisamment d’indices pour déterminer le sort de mes aïeux ici. Et leur survie éventuelle. Les trouver, s’ils sont encore en vie pour certains, me mènerait à une mine d’information plus que riche sur leur histoire propre, sans doute méconnue des élémentaires, qui n’existaient tout bonnement pas du temps de leur vie.

[1511 mots]

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Lun 17 Aoû 2015 14:19 
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Louez soit Rana, déesse des vents et de la sagesse. La vague de ki avait atteint le reptile et l'avait entaillé assez profondément au niveau de la collerette. Le serpent darda sa langue et semblait presque feuler comme un félin avant de se jeter sur lui. Il l'esquiva mais l'attaque n'était qu'une feinte et se déplaçant aussi furtivement que rapidement, sa queue le balaya et fouetta ses jambes, manquant de le faire tomber à terre, il chancela mais ne tint bon et recula légèrement en le voyant prêt à réattaquer. Du coin de l'œil, il vit Marikani qui regardait la scène, adossée à l'écorce d'un arbre, dire qu'elle s'était déjà délestée de son adversaire. Il tourna autour du sien, ses pieds foulant d'un pas léger le sol tel un chat, fixant son adversaire dans les yeux. Les pupilles reptiliens étaient fragiles, il aurait mieux fait d'utiliser sa technique à ce niveau là plutôt qu'à tenter de lui couper la tête.

Une autre technique lui venait à l'esprit enseignée par ses maîtres, cependant il ne savait pas s'il l'avait assez bien maîtrisé pour pouvoir l'utiliser dans un véritable affrontement. Surtout que cette fois, Earnar ne pouvait risquer de se faire mordre par le reptile, ne sachant si ses crochets étaient emplis de venins ou non. Il réitéra sa manœuvre apprise grâce à son ami Ibrahim, l'assassin du désert, même s'il ignorait si cela marchait sur un serpent d'un autre monde, son corps semblait onduler alors qu'il tournait autour de sa proie.

Il rassembla le ki le long de ses griffes si bien qu'une légère lueur auréola son arme, puis celui-ci se diffusa le long de ses bras faisant durcir les muscles de ses avant-bras et de ses épaules. Il s'arrêta d'onduler et resta devant le serpent, fermant les yeux et se concentrant sur les sifflements de son adversaire ainsi qu'aux sons produits par ses ondulations contre le sol. Il oublia un instant Marikani, la chaleur qu'il émanait d'elle et l'envie de... Il l'oublia tout simplement pour se concentrer sur le combat. Il mit ses bras en avant, les faisant croiser, sa main nue derrière son bras armé pour parer au besoin, ses pieds légèrement fléchis comme lui avait enseigné ses maîtres. Il se souvenait des entraînements exécutés tous les jours entre apprentis voleurs, les combats qui s'en suivaient, l'un attaquait, l'autre parait et contre-attaquait. Il se souvenait du choc contre ses bras, l'explosion de ki qui s'en suivait pour repousser l'adversaire, le déséquilibrer dans son schéma d'assaut puis plonger à travers sa garde pour lui porter un coup décisif. Son ki affluait et refluait dans ses bras, ses mains et ses longues griffes d'acier galvanisé. Il rouvrit les yeux et affronta le reptile du regard.

- Allez approche ! rugit l'Earion prêt à en découdre avec son ennemi sifflant.

Il attendait le choc pour le parer avec force et espérait-il l'achever sur le coup en lui tranchant la tête au niveau de la blessure qui suintait et la douleur allait sans doute amoindrir l'efficacité de ses attaques. Si le coup ne pouvait être paré, il pouvait tout aussi bien esquiver avant de contre-attaquer. Son dos se cambra et le ki afflua le long de sa colonne vertébrale jusqu'aux cuisses. Earnar était fin prêt, tout son corps était impatient de l'attaque suivante, de désarçonner le reptile et de recouvrir ses griffes de sang frais en lui arrachant la tête.

(Puisse Moura me protéger et assurer ma victoire, déchaîne toi et abats ton courroux sur mes ennemis, qu'ils craignent ta fureur !)

((Tentative d'apprentissage de la compétence SA :
Contre-attaque fatale : L'ennemi se retrouve sans défense après que l'utilisateur de la CC ait tenté de parer son coup. Ainsi, l'utilisateur en profite pour plonger dans la garde ennemi avec sa ou ses armes SA de façon très rapide pour toucher des points relativement vitaux de l'adversaire. La CC survient alors toujours après l'action de l'ennemi quoi qu'il arrive. (For+2/lvl, Esquives AA et SA+1/lvl sur le coup AA ou SA adverse pour le tour en cours. S'il n'attaque pas : for+1/lvl seulement) ))

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Lun 17 Aoû 2015 23:34 
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korë écoute le milicien qui tente de leur apporter quelques maigres informations supplémentaires. Ainsi, contrairement à ce qu'il avait pu comprendre à Tulorim, Aethelrhyt et l'archipel de Kanteros ne seraient pas sous le contrôle des élémentaires, mais des elfes et lutins pour la première et des orques et shaakts pour le second. Il apprend également la disparition des sindeldi suite à un grand cataclysme, il y a mille huit cents ans de cela.
Quant aux relations entretenues par tout ce petit monde, ce n'est guerre folichon... En dehors de la cité d'Illyria qui, aux dires de Telam, a quelques liens avec les élémentaires, tous semblent vivre dans leur coin, reclus, coupés des autres races.... D'ailleurs, Illyria, cette cité humaine, à cheval sur les deux continents, séparée seulement par un petit bras de mer, occupe sur la carte une position stratégiquement intéressante, voire centrale.

De nombreuses pensées traversent l'esprit du jeune homme. Un sentiment désagréable s'installe en lui.

Cette planète aux paysages si semblables à ceux de Yuimen, comme un miroir tendu en travers de la porte brumeuse, avec ses races identiques, excepté ces fameux élémentaires... Korë note le sourire que cette évocation arrache au soldat, le premier depuis leur rencontre!
Non, vraiment il n'aime pas beaucoup cela. Tous ces peuples qui vivent sans contact, cette magie détenue par seulement certains d'entre eux, le Muutos qui serait drainé... par qui? Et surtout pourquoi? Posant son regard sur l'harmonie naturelle qui émane des chaînes montagneuses et qui s'impose à l'âme avec sérénité, le semi-elfe se dit que cela ne semble pas avoir gagné le cœur des Elysians.
Les rivalités inter-raciales sont bien monnaie courante sur Yuimen, les affrontements, les guerres, le racisme et son lot de préjugés... mais tout cela lui semble presque plus sain que cette espèce de statu quo, de cloisonnement, un immense bourbier où tous s'enlisent en silence, voilà à quoi lui fait penser ce monde.

La communication ne semble pas être leur fort. C'est le moins que l'on puisse dire! Et voilà qu'il leur faut des agents extérieurs, même aussi inexpérimentés que lui ou cette gamine qui marche juste devant lui, pour aller espionner leurs voisins et les sortir du merdier où ils semblent se complaire depuis toujours. Ou plutôt, jusqu'à maintenant, faudrait-il dire. Jusqu'à ce que leur précieux fluide leur échappe. Qui cela sert-il? Dans quel dessein? Cette question revient en tête du jeune homme. C'est la clé. Trouver quels intérêts cela sert les mènera directement aux responsables.

(Responsables... ce qui ne veut pas forcément dire coupables…)

Oui, un joli panier de crabes, c'est exactement là où il s'apprête à mettre les pieds! Il est curieux de rencontrer cette reine, quelques courbettes vaudront bien ce qu'il pourra en tirer. Qu'attend-elle d'eux? Et comment va-t-elle leur présenter la situation? C'est cela qui intéresse le plus Korë.

Une autre question lui traverse encore l'esprit. Et ses autres compagnons où sont-ils? Combien? Quelles races? Il se demande s'il y a des sindeldi parmi eux. En l'état de ses connaissances, cela lui semble peu probable, il serait impossible pour eux d'aller en territoire humain sans se faire repérer... D'ailleurs, qui connaît l'existence de la porte vers Yuimen? Y en a-t-il d'autres d'ailleurs, vers d'autres mondes? Ces elysians, si ethnocentrés, sont-ils habitués à rencontrer d'autres races venues d'ailleurs? Quel est leur sens de l'hospitalité et de l'accueil? Si cette pensée dessine un sourire en coin sur les traits neutres du jeune homme, il se demande néanmoins si ils devront se faire passer pour des autochtones ou s'ils assumeront leur origine ?

Pendant qu'il se perd en conjectures, Telam poursuit, répondant à la question de Sérena.

- Niyx est la cité de l’Ombre et de la Lumière. Elivagar celle de l’Eau, Erta Ale celle du Feu et Barkhane celle de la Terre.

Cela n'a pas beaucoup d'importance pour le moment. Ils approchent d'Ilmatar, sous peu un grand nombre de ses questions trouvera réponses ou s'éclairera d'un jour nouveau : celui des élémentaires et de leur reine.

Le sang-mêlé reporte son attention sur sa compagne de route, ou plutôt sur son dos ceint dans une armure de cuir usée par le temps, une seconde main de toute évidence vu le jeune âge de la fille. Il contemple sa chevelure rousse battue par le vent sous le soleil couchant. Il revoit ses yeux grands ouverts sur le panorama, lorsqu'elle avait découvert les pics rocheux, et son sourire absent pour toute salutation. Un rien bêcheuse depuis Tulorim, mais surtout rêveuse... Oui, elle semble avoir des rêves pleine la tête, de ces espoirs de conquête, de réussite ou de grandeur, qui marquent le regard de leur emprunte, qui vous font vous tenir droit, bien plus que nécessaire, et qui vous font contrôler vos gestes et vos paroles de crainte qu'ils ne vous échappent, qu'ils ne vous trahissent, comme autant d'aveux d'incompétence et d'inadéquation entre les prétentions et la modeste réalité. Autant de choses étrangères à Korë. Il n'a pas besoin d'être à la hauteur. Il est ce qu'il est et c'est déjà pas mal.

Ce petit côté honneur et main sur le cœur l'a toujours laissé perplexe. (Honneur de quoi? De la parade et de l'illusion. De la poudre aux yeux, rien d'autre.) Mais les plus jeunes y croient encore, tandis que les imbéciles ne cesseront jamais de s'en draper!
Qu'est-ce qui pousse les gens à s'engager ainsi, à risquer leur vie à l'autre bout du monde, sur une autre planète, pour des personnes qu'ils ne connaissent même pas et qui méconnaîtront ou mépriseront leur implication dans leur salut? A tout prendre, Korë a une préférence pour les mercenaires, pour ceux qui avec lucidité et honnêteté assument leurs actes et leurs motivations, au lieu de les justifier avec une couche adipeuse et gluante de bons sentiments.

Et lui pourquoi est-il là? C'est simple! Rien de mieux à faire ailleurs. Changer d'air. Oublier Lyana qui lui trotte en tête comme un oiseau en cage. Après il verra. De quel côté tentera-t-il de faire pencher la balance? Comme toujours, du côté le moins avantagé. L'équilibre est son seul créneau.

Son regard se pose sur la nuque de Séréna, sur ses oreilles qui par intermittence diffusent leur éclat lumineux. Un petit rire lui échappe. Voilà une compagne bien peu bavarde, ce qui n'est pas pour lui déplaire en réalité. Au moins, ne sera-t-il pas obligé de lui faire la conversation ou de tenter poliment de lui échapper. Et puis, il faut bien convenir qu'elle ne manque pas d'utilité. La nuit approchant, en pleine montagne, la torche humaine pourrait bien leur rendre un sacré service. Oui, à y réfléchir, sa compagnie pourrait se révéler appréciable, jusqu'à Ilmatar tout au moins.

Ceci dit, il va vraiment falloir qu'ils apprennent tous deux à contrôler leur Muutos. Car pour l'heure, heureusement qu'ils sont en territoire allié, mieux qu'un signal de fumée en plein jour, la luciole est un véritable système de géolocalisation, faisant d'eux de merveilleuses cibles!
Korë regarde également son propre corps en mouvement, ses contours fluctuants et se demande ce qu'il va bien pourvoir en faire? Est-ce un simple moyen de dissimulation ou ce pouvoir va-t-il plus loin dans les opportunités offertes?

Tandis que son regard se promène sur les crêtes, que ses pieds dématérialisés foulent ce sentier montagnard, son esprit vagabonde de nouveau. Quel est le rôle du milicien dans toute cette histoire? Est-il un simple passeur? En sait-il plus qu'il ne veut bien l'admettre? Non, parce qu'il est un peu juste tout de même en explications! Aller sauver un peuple… pourquoi pas, avec des novices… éventuellement... mais, la bonne volonté a aussi ses limites!

- Telam, encore quelques petites questions avant d'arriver. Combien sommes-nous de Yuimenniens engagés dans cette aventure? Y a-t-il des sindeldi parmi nous? Et puisque j'y suis, pouvez-vous nous faire un petit résumé du profil et des compétences de chacun, histoire de savoir avec qui nous seront amenés à faire équipe.

Le jeune homme s'en tient là, pour le reste il en apprendra l'essentiel dans la cité des vents, quant à certaines de ses interrogations, il serait bien avisé de se les garder pour lui.



(1343 mots)

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Oscar Wilde


"Je choisis mes amis pour leur bonne présentation,
mes connaissances pour leur bon caractère
et mes ennemis pour leur bonne intelligence."

(Un homme ne peut être trop soigneux dans le choix de ses ennemis.)


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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Mar 18 Aoû 2015 22:39 
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Localisation: Elysian : Forêt d'Aetelrhyt (Quête 32)
Dans les forêts de Yuimen, il existe une chaîne alimentaire bien précise. De ce qu'il avait pu voir, Kalas avait remarqué un système similaire sur le monde d'Elysian. Les petites bêtes sont mangées par les plus grosses, c'est aussi simple que ça. Au fil du temps, la loi de la forêt désigna des espèces comme prédateurs et d'autres comme les proies. Ainsi, chaque jour n'était qu'une incessante partie de chasse entre les animaux, créant un équilibre naturel parfait. Les petites bêtes se reproduisaient pour finir inlassablement de repas aux plus grosses, qui elles-mêmes s’entre-tuaient afin de garder un contrôle total sur cette source de nourriture inépuisable. Les loups créèrent des meutes, les ours se regroupèrent dans des tanières et les rapaces dans des nids. Tous gardaient jalousement leurs territoires, le défendant à coups de crocs, de griffes ou de becs. Mais aucune ne pourrait se dresser contre la menace venue d'un autre monde.

En devenant un loup, Kalas avait accepté de se soumettre aux lois de la forêt. En devenant un loup, Kalas avait laissé l'Homme se changer en animal. En devenant un loup, Kalas était maintenant Hurlenuit. Et à ses yeux, tous n'étaient que des proies...

Digne des Shamans de la Meute, le sombre animal avait démontré sa force et sa puissance à une espèce qui lui était inconnue. Se tenant fièrement sur ses quatres pattes et torse bombé, il fixa successivement les deux cadavres à proximité d'un air impassible. Le premier avait succombé à sa puissante mâchoire qui lui avait déchiré une grande partie de la gorge. Touchée à un point vitale, elle n'avait eu guère de chance de survie. Mordre pour tuer, c'était la meilleure façon de définir un loup. La seconde créature s'était imposé face à lui comme un véritable adversaire, prête à lutter pour sa vie. Blessé par la flèche de Guasina, elle s'était relevée dans la douleur et le refus de mourir. Kalas respectait ça et garderait à l'esprit une telle démonstration de combativité.

Le combat avait néanmoins été rapide, pour ne pas dire expéditif. Après un bond agile qui avait surprit la bête, Hurlenuit était parvenu à lacérer son visage en enfonçant ses griffes profondément dans la chair. L'assaut était presque mortel à lui seul, faisant perdre à la créature une quantité abondante de sang. Privée de la moitié de la face, elle avait tentée une riposte maladroite de la patte droite en grognant de douleur. Tentative désespérée, l'une de ses griffes parvint tout de même à trouver l'épaule du loup, le griffant superficiellement sur la surface de la peau. Quelques secondes après, le monstre s'échoua à terre en agonisant, préférant fixer son meurtrier d'un regard noir plutôt que de mourir en couinant inutilement.

Une jappement surprit le loup dans sa contemplation de cadavres qui se retourna vivement pour faire face à ce qui semblait être le dernier membre du trio carnassier. S'étant enfuie à l'origine suite à l'intimidant hurlement de Kalas, elle gisait maintenant au sol, criblée de carreaux d'arbalètes sur toute la surface du dos. Une mare de sang s'élargit sous elle, incapable de résister à attaque d'une telle intensité. En levant les yeux, Hurlenuit découvrit avec admiration une Guasina perchée dans les arbres, déterminée et l'arbalète encore fixée en direction du cadavre à quelques mètres plus bas. Pendant le combat, la lutine avait démontrée une incroyable maîtrise de son arc et de son arbalète, faisant mouche à chaque tir. Fasciné, le loup remua la queue inconsciemment, heureux d'avoir été épaulé par une telle experte.

Au même instant, la silhouette de Birhû sur son bouc se dévoila de derrière un arbre, suivi de près par le cheval du Shaman. D'une poigne de fer, il maintenait les rênes de l'étalon, encore troublé par les récents événements et à l'idée de marcher dans une forêt aussi dangereuse. L'élémentaire écarquilla les yeux en découvrant la scène qui se déroulait devant lui, stupéfait par la présence des créatures qu'ils avaient combattus. Il les nomma Goargues et fut fort surprit d'en voir aussi près de la cité d'Ilmatar. Il félicita néanmoins les deux aventuriers pour leur victoire, regrettant de ne pas avoir pu y assisté.

Comprenant que le temps des griffes et des crocs était maintenant terminé, Hurlenuit ferma les yeux et se concentra un court instant, sentant son corps se soulever et ses sens extraordinaires le quitter. Le loup redevint humain, laissant à Kalas la capacité d'échanger avec ses compagnons. Son corps originel tout juste réinvesti, le jeune Shaman jeta un rapide coup d'oeil vers Guasina comme pour s'assurer qu'elle n'avait pas surprit une nouvelle menace du haut de son arbre avant de s'avancer vers Birhû en levant bien les jambes pour ne pas trébucher sur une racine.

"Vous auriez dû être... *Bleargh*... MERDE ! C'est ignoble !"

En retrouvant ses sens ordinaires, Kalas avait perdu les capacités gustatives d'Hurlenuit concernant le sang toujours présent dans sa bouche qui le répugnait au plus haut point. Crachant une gerbe de salive ensanglantée, le jeune homme s'arrêta une seconde pour s'appuyer contre un arbre, rejetant le liquide rouge qui lui imbibait le palais d'une saveur immonde. Il rejoignit ensuite le flanc de son cheval sur lequel son sac était toujours attaché et y plongea sa main pour attraper sa gourde, le visage déformé par le dégoût. En se rinçant la bouche, l'eau finit par nettoyer entièrement ses papilles et il put enfin parler sans manquer de vomir.

"Beurk... Quoi qu'il en soit... Merci d'avoir gardé mon cheval, Birhû. Je suis navré de vous avoir causé autant de soucis à cause de ma forme animal, mais le besoin de se changer se faisait cruellement sentir et je n'ai pas pu résister."

Il se tourna ensuite vers Guasina en avalant une autre gorgée d'eau qu'il avala rapidement.

"Guasina, vous avez été incroyable ! Je n'ai jamais vu une telle précision dans des tirs aussi meurtriers ! Vous ne m'aviez pas menti, on dirait ! J'ai eu beaucoup de chance de vous avoir à mes côtés, je vous assure !"

Attendant la réaction de la lutine à son compliment, Kalas caressa la crinière de son cheval qu'il avait bien trop négligé dernièrement. Terrifié par sa forme de loup et les bruits de la bataille tout autour de lui, le Shaman comprenait parfaitement son envie de s'enfuir. Le jeune homme fit glisser les rênes serrées dans la main de Birhû jusqu'à la sienne et resta attentif à ses compagnons en restant au petit soin de sa monture, lui grattant doucement l'encolure et l'abreuvant de l'eau dans sa gourde.

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Multi d'Ellyan Crow, Boucher des Murènes et Allen, Guerrier de Wiehl.


Dernière édition par Kenra le Jeu 20 Aoû 2015 07:00, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Mer 19 Aoû 2015 20:07 
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Séréna accéléra le pas.

Elle tentait de parvenir au niveau de l'instructeur depuis un petit moment, mais les chemins sinueux de montagne ne permettaient guère que l'on avance à plus d'une personne de front. Or se déplaçait de profil requérait une forme étrange de constitution et aurait pour effet de ralentir considérablement la vitesse de progression d'un humain aussi prit-elle son mal en patience et attendit son heure, accélérant dès que la chemin s'élargit.

Il progressait d'un pas calme, assuré, peut-être pour les inviter à suivre son rythme ou peut-être pour les rassurer en leur montrant que malgré les environs étrangers, il ne se sentait pas en danger.

Cet homme l'intriguait et d'autant plus qu'elle n'avait pour le considérer que les anciens gardes de son père comme référence. Il se trouvait calme, patient, mais sans ce côté paternaliste qui se peignait habituellement sur le visage des adultes quand on elle leur parlait. A vrai dire c'était troublant. Le feu nourri, et enfin calmé, des réponses de leur troisième compagnon aurait pu mettre les nerfs à vifs d'un simple gradé, mais il n'avait pas réagi, c'était abstenu de tout commentaire et avait répondu, patiemment.

De plus il se trouvait, avec eux, pas d'escorte, pas de soldats supplémentaires. Il devait être clairement sûr de lui pour agir ainsi. Après ils se trouvaient en supériorité numérique s'ils avaient décidé de disposer de lui, mais à le voir ainsi, elle doutait de pouvoir ne serait-ce qu'approcher son épée de lui et même avec le concours de Korë.

La jeune fille du néanmoins revoir ses priorités, l'ayant rattrapé, elle le dévisagea un bref instant, tentant de lire une expression, une pensée qui ne cadrerait pas avec le reste avant de revenir à leur chemin qui justement... s'élargissait.

Il ne s'agissait pas d'un miracle, ni d'un caprice de la nature, mais bien d'un signe avant-coureur. Ils pénétraient doucement sous les frondaisons d'une région bien plus boisés que les hauteurs qui les avaient vus arriver dans ce monde, un type d'environnement avec lequel elle ne se trouvait pas être familière et bientôt toute son attention fut consacrée à éviter les traîtrises de la route, racines et autre végétation attentive à leurs chevilles.


(365 mots)

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Récit - #BFBF80
Dialogue - #0080BF


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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Jeu 20 Aoû 2015 20:05 
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Après la mort, le regret


Quatre projectiles pour une seule cible. Tout petits qu’ils pouvaient être, ils avaient tous les quatre atteint leur but, infligeant de graves dégâts, dont une importante hémorragie interne qui conduisit à la mort rapide de l’atroce bête. Cette dernière n’eut pas le temps de lever la moindre griffe contre mon protégé. Elle n’eut probablement pas conscience de ce qui lui arrivait lorsque la mort l’emporta. Elle s’écroula lourdement d’un bloc, laissant échapper non pas un cri d’agonie, mais un râle sourd et poignant.

Lorsque je relevai la tête en direction de Hurlenuit, je vis qu’il avait vaincu sa proie à coup de griffes.

Le combat était à présent terminé et nous l’avions remporté sans trop de difficulté, nos trois adversaires gisant sur le sol, non loin d’un gros cerf, l’objet premier de leur dispute. Je n’en tirais par contre aucune satisfaction, au contraire une espèce de remords m’envahit, j’avais retiré la vie !

Sans réel entrain, je descendis de branche en branche avant de faire un petit saut sur la dense fourrure grise de mon obscure victime. Je retirai les carreaux un à un, vérifiant leur état, les essuyant sur les poils de la bête, avant de les ranger propres dans mon carquois. Le sang encore chaud du corps de la bête n’ayant eu le temps de se refroidir me causa un léger malaise, me faisant davantage réaliser le geste que je venais de poser.

Je n’étais pas encore descendue de la bête lorsque Birhû nous rejoint, tirant fermement sur les rênes du cheval qui semblait affolé et nerveux. Ses yeux orange, encore plus grands que d’ordinaire, il aperçut les trois créatures décédées qu’il appela : Goarques. Surpris de leur présence en ces lieux, il nous félicita de ce combat, précisant qu’il aurait aimé nous prêter main forte. C’est ce moment que choisit Hurlenuit pour reprendre une forme humaine. La tête légèrement inclinée sur le côté, fascinée par cette étrange transformation, je l’observais. Je vis le poil laisser place aux vêtements. Comme dans un mirage flou, la gueule du loup se réprima, le crâne se déforma et les oreilles reprirent leur place sous l’épaisse chevelure brune, elle-même à moitié camouflée sous la capuche sombre. Du loup, seuls les yeux demeuraient. Le jeune homme prit position debout en prenant appui contre un arbre tout en crachant une gerbe de sang. Je ne le quittai pas des yeux, prête à intervenir si jamais un malaise le prenait de court. Mon inquiétude s’avéra sans fondement, il s’approcha de son cheval, prit une bonne gorgée de sa gourde afin de se débarrasser du sang toujours présent dans sa bouche. Après avoir remercié le golem d’avoir pris soin de la bête en son absence, le jeune homme aux yeux de loup se tourna vers moi, me félicitant de mes talents d’archer, précisant qu’il avait beaucoup de chances de m’avoir à ses côtés. Curieusement, son compliment ne me réjouit pas et ne me fit pas rougir. Un peu contrariée, je répliquai :

« Je ne suis pas une meurtrière, je ne prends pas plaisir à tuer. Au contraire, il ne m’est pas agréable d’utiliser le talent que Yuimen m’a offert pour répandre le sang. Vous n’auriez pas dû quitter le sentier. Elles auraient probablement terminé leur repas et seraient encore vivantes.»

Je m’arrêtai, je pris une bonne respiration, et d’une voix plus douce, plus compréhensive, plus aimable, je poursuivis :

«Mais je comprends votre comportement, vous vouliez sans doute éviter le pire. Pour ma part, je ne songeais qu’à vous protéger, je vous croyais en danger. Pardonnez-moi d’avoir sous-estimé vos talents de combattant. »

Je jetai un dernier coup d’œil aux deux flèches causant des blessures aux deux bêtes. Le corps de la première était cassé en deux alors que l’empennage détruit de la seconde la rendait inutilisable. Et puis, n’ayant le cœur de retirer cette dernière de la bête pour raviver des sentiments honteux, je tournai la tête et approuvai le conseil de Birhû.

« Oui, partons avant que d’autres Goarques n’arrivent ! Inutile de verser davantage de sang. »

Cela dit, je sifflai doucement pour appeler le choucas qui atterrit tout près de moi. Je montai sur son dos, et il s’envola. Nous suivîmes Birhû, trop heureuse de quitter cette scène désolante.


(((713 mots )))

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Ven 21 Aoû 2015 19:45 
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Impassible au compliment du jeune Shaman, ce dernier pu lire sur le visage de la lutine que sa remarque n'avait pas eu l'effet désiré. Guasina se défendit sur ses prouesses meurtrières en mentionnant le dieu Yuimen auquel elle semblait fidèle. Sa réponse s'enchaîna en reproches concernant l'écart qu'Hurlenuit avait prit avec le groupe, menant inévitablement les Gouarges et les deux aventuriers à se livrer une bataille jusqu'à la mort.

En entendant ces mots et avant même de les comprendre, la culpabilité fut le premier ressenti du jeune homme. Il détestait, il haïssait décevoir les autres, une attitude certainement dû à la difficulté qu'il avait eu à rencontrer l'échec dans son enfance. Mais les yeux de la rouquine lui indiquait qu'il avait commis une faute ayant coûter la vie à trois créatures dont la vie aurait pu être épargnée. Kalas passa la paume de sa main sur sa nuque, réflexe d'un homme gêné, avant de baisser les yeux droit vers le sol. Du haut de ses vingt centimètres, la lutine possédait un regard fort intimidant capable de le faire ployer sous le remord. Bien sûr, Kalas ne s'en voulait pas d'avoir tué les trois carnassiers. Il savait pertinemment qu'il s'agissait là d'un cas où il était nécessaire de se défendre. Le Shaman se reprocha davantage de ne pas avoir fait partager Hurlenuit aux autres aventuriers plus tôt qu'aujourd'hui. Honteux de sa forme animale, le conseil de son Maître-Croc lui revint à l'esprit un court instant.

(Préserve l'enseignement que nous t'avons offert et garde en tête que tu ne dois jamais avoir honte de ce que tu es... On dirait que j'ai une fois encore failli au code de la Meute...)

Guasina reprit rapidement son souffle avant de continuer d'une voix plus douce que précédemment, en expliquant qu'elle avait seulement eu peur de pour le jeune homme en le protégeant. La gentillesse de la lutine toucha fort Kalas, qui s'en voulait davantage d'avoir failli. Il se maudit intérieurement pour ne pas avoir voulu se transformer à son arrivée sur Elysian et ainsi ne pas succomber au manque qui l'avait poussé à s'aventurer seul hors des sentiers battus. Guasina voulait simplement protéger son ami et s'il se mettait seul dans des situations aussi dangereuses, il ne cesserait de lui causer du souci. Lorsqu'il trouva assez de courage pour relever la tête, la rouquine observait les flèches qu'elle venait de récupérer sur les cadavres encore chauds. Il se rapprocha et une fois à ses côtés, s'accroupit pour lui répondre d'une voix faible et gênée.

"Guasina, je... Excusez-moi, je suis vraiment désolé... Je veux dire... J'ai agi comme un inconscient et j'aurais pu poser davantage de problèmes si vous ne m'aviez pas aidé à m'en sortir. Vous êtes une personne formidable et je vous fais réellement confiance, vous qui avez risqué votre vie pour un homme rencontré il y a si peu de temps. J'ai une haute estime de vous et si je peux me le permettre, j'aimerais vous considérer comme mon ami. Aussi, je vous assure que ça ne se reproduira plus à l'avenir..."

Conscient qu'elle n'était pas la seule concernée, Kalas se tourna ensuite vers Birhû qui observait la scène du haut de son bouc.

"Birhû, j'aimerais vous présenter mes excuses à vous aussi. J'ai honte d'avoir agi comme un enfant alors que nous sommes en pleine mission diplomatique. Je vous promets davantage de sérieux et d'implication lors des jours à venir. Je suis... vraiment désolé..."

Il y avait là une chose à apprendre pour le jeune homme. Même s'il était capable d'apparaître sous une créature aussi meurtrière qu'un loup, le jeune homme avait encore le coeur d'un enfant. Cependant, il était rare de trouver quelqu'un capable de reconnaître ses torts avec autant de franchise et d'en retenir une leçon.

Persuadé d'en avoir suffisamment dis, Kalas glissa son pied dans l'étrier de sa selle et grimpa sur le dos de son cheval. La mine déçu et la tête baissée, il tapa des talons et suivit l'élémentaire sans dire un mot.

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Ven 21 Aoû 2015 23:12 
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Compréhension de nos différences


Ma riposte verbale avait blessé Kalas aussi violemment que mes flèches filaient vers leur cible. Ce dernier, confus de ma réaction, se répandait en excuses. Tel n’était pourtant pas mon but. Je ne voulais point lui faire de la peine. Je ne voulais tout simplement pas me comporter comme une meurtrière. Consciente de mes talents grandissants en matière de tir, j’en ressentais plus une crainte qu’une fierté. Je craignais d’aller trop loin, d’user abusivement de ce talent que Yuimen avait bien voulu m’accorder.

Remuée moi-même par l’émoi que je venais de lui causer, j’attendis qu’il termine ses excuses auprès de Birhû, puis je fis faire demi-tour au choucas. Ce dernier obéit sans délai et se percha sur le toupet du cheval de Kalas. Silencieuse, je descendis de ma monture ailée, puis je glissai le long de l’encolure du fier destrier. Près de Kalas, ma toute petite main de lutine déposée sur la sienne, je levai la tête pour le regarder dans les yeux et d’une voix douce, je le rassurai :

« Vous n’avez pas à vous excuser. Vous avez agi pour ce que vous pensiez être le mieux. Si vous n’aviez pas débusqué ses bêtes, elles nous auraient sûrement attaquées en traître lorsque nous serions passés à leur hauteur. »

Je m’arrêtai un moment, cherchant mes mots pour lui expliquer tout gentiment ce que je ressentais.

« J’ai été trop violente dans mes propos. Je sens mes capacités grandir en moi et ça me fait peur. Peur entre autres de ne pas être à la hauteur des responsabilités qui vont avec cette aptitude de manier les armes de jet. Alors que vous me complimentiez sur mes talents, de mon côté, j’en avais un peu honte. »

J’affichai un sourire tendre tout en poursuivant :

« Je me sens bien en vo… en ta compagnie. Et je crois bien qu’un lien d’amitié commence timidement à se tisser entre nous deux ! J’apprécie ta simplicité, ta naïveté et ta franchise. Malgré les apparences, nous ne sommes pas si différents toi et moi. »

L’amitié ne se commandait pas, elle se ressentait. Et je devinais qu'une grande amitié risquait de naître entre le golem, Kalas et moi.

(((354 mots )))

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Sam 22 Aoû 2015 16:41 
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Se maudissant tout bas pour son manque de contrôle, Kalas laissait le cheval suivre Birhû sans même regarder devant lui. Le regard droit sur la crinière de sa monture, le jeune homme n'osait affronter le regard de la lutine. Cependant et contre toutes attentes, la minuscule main de Guasina se posa sur la sienne, les yeux plongé dans celui du Shaman.

La petite rouquine le rassura en le félicitant d'avoir découvert les carnassiers avant qu'il ne surgisse en embuscade, comprenant les intentions bienveillantes de son compagnon de voyage. Toujours déçu, les mots de Guasina ne purent effacer le sentiment de gêne qui comblait son coeur et Kalas rebaissa le regard, s'attendant à ce qu'elle reparte sur le dos de son oiseau. Après une brève pause dans ses paroles, elle se confia à lui à propos d'elle et de ses capacités. Intéressé, Kalas releva la tête et porta à nouveau son attention sur le petit-être capable de dire de grandes choses. Guasina parla de ses pouvoirs, de ses capacités, de ses responsabilités, de tout. Elle ne lui avait pas confiée autant de choses à son sujet et il avait fallu se mettre en danger pour les entendre.

(Je comprends mieux pourquoi les batailles lient tant de personnes entres elles. Elle s'inquiétait réellement pour moi.)

Il avait voulu lui faire plaisir, elle n'avait compris que le pouvoir de tuer dans son compliment. Doucement, Kalas comprenait qu'il existait quelque chose de plus compliqué à apprendre que la Magie ou les armes : l'amitié. Lui qui n'avait jamais pu compter sur quelqu'un tout le long de son enfance, c'est uniquement après avoir quitté le domicile familial qu'il avait cerné la véritable force des sentiments. Les bonnes relations qu'il avait pu entreprendre depuis son départ pour l'aventure s'étaient achevées soit pas la mort, soit par l'éloignement. Mais chacune d'entres elles avaient étés si fortes qu'il en avait pleuré la fin à chaque fois. Et aujourd'hui, il s'apprêtait à en construire une autre. Plus forte, plus précieuse et qui valait le coup de se battre pour la protéger. Aujourd'hui, un homme et une lutine se liait d'amitié. Aujourd'hui, Kalas avait apprit à compter sur quelqu'un d'autre.

Un sourire commença à effacer la mine morose du Shaman et bientôt, les larmes lui brouillèrent ses yeux de loups. Il manqua de les essuyer d'un revers de la manche, mais la sensation de sa peau minérale le somma l'en empêcha rapidement. Kalas préféra les garder, véritable signe que le discours de la lutine le touchait droit au coeur. Guasina sourit à son tour et décida d'arrêter de vouvoyer le jeune homme, ce qui imposait une barrière dans le rapprochement qui se déroulait entre les deux êtres.

(Elle a dit qu'elle se sentait bien... avec moi...)

La rouquine mentionna les qualités qu'elle avait su relever chez le jeune homme et qu'elle affectionnait particulièrement dans son atitude. Aussi, elle déclara apprécier sa simplicité, sa naïveté et sa franchise qui faisaient de lui ce qu'il était face à elle. Kalas se mit à rire en les entendant, lui qui n'avait jamais su se décrire aux autres. Son père, bien qu'il tenait à lui, ne cessait de s'émerveiller devant les capacités d'assimilation et de compréhension du jeune homme sans même lui chercher de défauts ou d'autres aptitudes. Cela lui pesait, lui qui se pensait presque invisible aux yeux du monde. Enfin, Guasina termina ses aveux sur une phrase que Kalas approuva sans hésitation. Qu'il s'agisse d'une lutine, d'un Golem ou d'un homme, tous les trois disposaient de la même volonté de sauver ce monde de la disparition des fluides.

Un bref silence suivit le discours de la petite rouquine qui avait su remonter le moral de son nouvel ami. Coupant court à sa gêne, le jeune Shaman répondit avec un large sourire aux lèvres.

"Je... Merci Guasina. Je ne m'attendais pas à vous... à t'entendre te confier à moi de cette façon."

Se raclant la gorge, Kalas continua d'une voix plus sérieuse qu'auparavant.

"Je la comprends parfaitement, cette crainte dû à un pouvoir que l'on n'attend pas. On a peur de ne pas être à la hauteur, de décevoir ou de mal l'utiliser. Depuis que je suis capable de me transformer, j'ai peur. J'ai peur de succomber à cette partie animale qui est ancrée au plus profond de moi-même. Le soir où j'ai reçu ce... don, ou cette malédiction, je ne sais pas... J'ai vu tous mes semblables se faire massacrer. Tous. Je suis le seul à avoir survécu à une espèce de loup immense et maléfique ayant prit la vie de mon Maître-Croc et de tous mes amis Shamans. Aujourd'hui, je suis seul, avec les souvenirs de ma Meute comme seule refuge..."

Alors qu'on croirait qu'il allait re-sombrer dans sa mélancolie, Kalas regarda la lutine avec plus d'attention qu'auparavant et se livra d'une voix douce et heureuse.

"Mais voilà que tu apparais, du haut de tes quelques dizaines de centimètres. Tu ne me juges pas et même quand Hurlenuit prend ma place, tu te bats à ses côtés. Tu as du respect pour ce que je suis et pour ça, je veux te dire merçi."

D'un geste très lent et calme pour ne pas affoler la lutine, Kalas serra le poing et le positionna devant Guasina, attendant que cette dernière face de même. Le visage illuminé par la joie, il sourit de malice et d'impatience de la même manière qu'elle, comme pour lui rendre la confiance qu'elle lui avait donné.

"On va le sauver, ce monde de rêve, petite rouquine ?"

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Dim 23 Aoû 2015 14:59 
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Crocs du Monde - Andarsté

    Après avoir rapidement fouiné à droite et à gauche, Ixtli retrouve Cromax auprès du cadavre. Elle le regarde avec un mélange de fascination et d’effroi, sans cependant paraître apeurée.

    Le squelette appartient manifestement à un Sindel dont les os, à part ceux brisés lors de son trépas, semblent intacts, dépourvus des aspérités des os de guerriers habitués à se ressouder. A ses doigts se trouvent deux bagues rongées et ternies par le temps. Rien d’autre n’est visible sur lui, si ce ne sont des lambeaux d’étoffe qui durent être violets en d’autres âges.

    - La cité ne devait pas être très peuplée, murmure Ixtli en regardant le cadavre par-dessus la tête de Cromax, la main posée sur son dos pour se stabiliser. Peut-être ont-ils été pris de panique, peut-être trouverons-nous d’autres cadavres… Je ne sais pas, c’est la première fois que je vois ces lieux, ou que quiconque, semble-t-il, y pénètre depuis bien longtemps.

    Comme si ses paroles furent prophétiques, ils découvrirent plusieurs couloirs menant à une multitude de chambres, ou du moins ce qu’il en restait, et certaines étaient manifestement trop obstruées pour que l’on puisse y pénétrer Dans certaines se trouvaient des cadavres dont les accoutrements étaient dans un plus ou moins bon état de conservation. Tous étaient Sindeldi. Tous les objets cependant étaient trop usés pour être récupérés. Au bout du plus vaste couloir, ils parvinrent à une chambre plus grande et mieux conservée. Sur le lit dont un pied s’était affaissé se trouvaient deux cadavres momifiés aux mains jointes dans la mort, tournés l’un vers l’autre. Ils portaient des vêtements qui avaient dû être riches et leurs doigts croisés étaient ornés de bagues. Celle qui portait des atours féminins possédait également des boucles d’oreilles et un collier, mais tous deux possédaient une sorte d’amulette au bout d’une chaîne qu’ils portaient à leur cou. L’une était taillée en forme de lune gibbeuse ornée d’une petite pierre transparente et l’autre en fin croissant pourvue de la même petite pierre. Assez lourdes pour être bien conservées, elles semblaient faites pour s’encastrer l’une dans l’autre, formant à l’avant une belle lune et l’arrière un motif particulier, tout de vaguelettes.

    Le reste de la chambre était richement décoré, bien que l’ensemble soit terni et abîmé par l’éruption.


Crocs du Monde - Vers Elivagar

Serpent : réussite (presque critique, tu as vraiment de la chance :p).
Earnar : réussite (de justesse, encore de la chance :p).


    La créature lança une attaque qui parvint à toucher Earnar, l’effleurant de ses crocs à l’avant-bras et Mais le voleur parvint à contre-attaquer et transperça le serpent à la collerette, lui attirant un long feulement. Même si la créature était en mauvais état, Marikani se trouva en un instant derrière elle et l’acheva en calcinant sa tête d’un simple contact.

    L’instant d’après, avec une célérité impressionnante, elle se trouva aux côté d’Earnar et souleva sans ménagement le tissus percé, dévoilant la blessure qu’il avait reçue. Sans être très grande, elle était cependant profonde. Earnar pouvait déjà commencer à sentir sa main s’engourdir et des douleurs apparaître, Marikani apposa sa main dessus, et une douce chaleur en irradiait. La chaleur alla en s’intensifiant, se diffusant dans la chair et les os sans pour autant brûler l’earion. Cependant le mélange de chaleur et de multiples piqûres du poison rendait l’expérience très douloureuse.

    - Le poison de ce serpent est thermolabile, il se détruit avec la chaleur, dit Marikani en tenant fermement la main du voleur, le regardant droit dans les yeux.

    Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, la chaleur de l’ekhii augmentant jusqu’à frôler la frontière de la brûlure sans cependant jamais la traverser. Elle semblait maîtriser parfaitement ce qu’elle faisait. Au bout d’un certain temps, elle retira sa main, emportant avec elle sa chaleur. La blessure n’était pas refermée, mais le sang était coagulé à la surface, comme cautérisé, et Earnar ne souffrait plus du poison, comme s’il avait été retiré de son corps.

    - Remettons-nous en route, dit-elle avec une soudaine brusquerie.

    Elle retourna chercher son cheval et grimpa dessus.

[Apprentissage : validé]



Crocs du Monde - Vers Barkhane

    Si Birhûvaya semblait s’être inquiété de l’emportement de la lutine, il se rasséréna cependant en écoutant la suite de leurs propos, se gardant bien d’intervenir.

    Cependant, à l’issue des paroles de Kalas, il ne pu se retenir.

    - Je pense que ce n’est ni un don, ni une malédiction, dit-il de sa voix légèrement rocailleuse et chevrotante. Ce qui compte est ce que l’on fait nous, ce que l’on fait de nos actions et des choix qui nous sont donnés.

    Il fit une pause et regarda les deux aventuriers, ce trio si étrange et hétéroclite qu’ils formaient et sa bouche se tordit en un sourire, illuminant ses grands globes oranges.

    - Mais j’ai le sentiment que les vôtres vont vers une jolie voie, l’une des voies qui mènent à la bonté.

    Sur ses paroles, ils arrivèrent à l’orée des arbres, au pied des montagnes d’Ilmatar et devant eux s’étendait une savane parsemée de rares arbres et de hautes herbes asséchées qui laissait au loin place à un grand désert. Le soleil était déjà masqué par l’ombre des cimes enneigées des montagnes et un vent chaud battait leurs cheveux.
    Image


    - Faisons une halte ici pour la nuit, proposa Birhûvaya. Nous entrerons demain dans le désert et arriverons à Barkhane dans la matinée.


Crocs du Monde - Vers Ilmatar

Pour Korë et Séréna

Suite à Ilmatar.


[Cromax - xp : 2,5 (post) ;
Earnar - xp : 1 (post) ; apprentissage de CC (0,5)
Kalas - xp : 4,5 (posts) ;
Guasina - xp : 1,5 (posts) ;
Korë - xp : 2 (post), 0,5 (questions)
Séréna - xp : 0,5 (post)]


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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Lun 24 Aoû 2015 11:53 
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L'attaque du reptile l'atteint au niveau de son avant-bras, ses griffes le faisant dévier de sa trajectoire, il en profita pour transpercer la collerette du serpent mais son coup ne porta pas aussi bien qu'il ne l'avait espéré. Il recula instinctivement rassemblant son ki pour porter une nouvelle attaque mais Marikani le devança et l'épata à vrai dire. Juste en touchant du bout des doigts le serpent, celui-ci brûla et finit en cendre comme si de rien n'était, pas étonnant qu'elle se soit défaite de son adversaire aussi aisément.

- Merci, mais je...

Il ne termina sa phrase et gémit légèrement de douleur en agrippant son bras droit. L'ekhi se déplaça aussi vite que l'éclair pour se trouver à ses côtés et souleva le tissu percé pour dévoiler la blessure reçue. Il ne l'imaginait pas aussi profonde lorsque le reptile l'avait atteint et sa main commençait à s'engourdir sous l'effet des ondes de douleur. Marikani posa sa main sur la sienne et une douce chaleur l'envahit, ses volutes enflammées brillant légèrement sur ses avant-bras. Earnar sentit la chaleur s'intensifier et se diffusait dans sa chair et jusqu'à ses os. L'Earion grimaça de douleur, la chaleur et la souffrance induit par la morsure n'aidant pas. Il écouta l'élémentaire de feu lui parlait tandis que la chaleur augmenta jusqu'à frôler la limite de la brûlure sans jamais l'atteindre.

Un instant, sa propre souffrance disparut et sa simple présence le perturba, le fait qu'elle le regarde droit dans les yeux en lui tenant la main ne l'aidait pas. Ses lèvres remuant sensuellement lui donnèrent envie de l'embrasser et il dut détourner le regard pour ne pas céder à ses envies. Au bout d'un moment, elle retira sa main et avec elle, sa chaleur et il en ressentit un grand vide avant de ressaisir. Il regarda sa main et vit que la plaie avait été cautérisée et qu'il ne souffrait plus du poison comme elle le lui avait dit.

Rapidement, son comportement rustre reprenait le dessus et elle déclara qu'il valait mieux reprendre la route. En effet, il y avait une longue route et il valait mieux avancer avant de ne plus pouvoir. Revenant près de son cheval, il prit de l'élan et le chevaucha. Un silence gênant commençait à s'installer alors qu'il reprenait la route, il se décida alors à lui adresser la parole pour détendre l'atmosphère et aussi parce qu'ils risquaient de s'ennuyer à parcourir cette forêt tropicale sans sujet pour converser.

- Marikani, je... Je voudrais vous remercier, finit-il par concéder avant qu'un fin sourire vint ornait ses lippes.

( J'ai rarement eu des conversations aussi intéressantes par Moura ! )

- Vous avez une technique impressionnante, je suis heureux de vous avoir à mes côtés même si je ne représente peut-être qu'une mission pour vous... Vos parents doivent être très fiers d'avoir une combattant aussi aguerrie et un fils diplomate. Les miens l'étaient aussi mais ça fait un bon moment qu'ils sont morts, j'ai quant même gardé quelques souvenirs d'eux.

- Mon peuple perd du terrain sur le monde dans lequel je viens, ils n'ont pas accès la technologie des Sindeldi bien qu'apparemment ils n'ont pas vraiment survécu à la catastrophe sur Elysian. Ils ne sont pas nombreux comme les humains et nos différences corporelles ne nous permettent pas d'avoir de solides alliances avec les autres peuplades elfiques. J'espère qu'une fois sauvés nos deux peuples puissent continuer à vivre en harmonie, peut-être que certains des miens pourraient rejoindre les Earions résidants à Elivagar même...

Earnar lui laissa le temps de réfléchir à ses dires et piocha des fruits secs dans la sacoche accrochée à la selle qu'il dégusta avant de s'adresser de nouveau à elle.

- Assez parlé de mon peuple, j'ai beau appartenir à la noblesse eanionne, je dois trouver l'origine du drainage avant de pouvoir représenter mon peuple correctement. Assez parlé de moi aussi, j'aimerais mieux vous connaître Marikani. Après tout, Elivagar est encore loin à mon avis et la nuit encore lointaine.

Il chercha son regard du sien comme lorsqu'elle l'avait soigné. Il était normal qu'il veuille mieux la connaître, elle était son guide après tout.

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Lun 24 Aoû 2015 22:56 
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Les Crocs du Monde - Ruines du fluide

Demi-màj pour Sullyvan


    Le fluide se trouvait dans les ruines d’un bâtiment qui avait dû être, en des temps révolus, un lieu de grande beauté. La carcasse d’une grande salle et d’un escalier colossal menant à des étages impraticables s’étendaient devant les yeux des aventuriers. Les murs, autrefois somptueux, étaient à présent recouverts de mousses, de lichens et d’herbe tandis qu’une rivière et des chutes d’eau se déversaient à l’intérieur. Tout un petit écosystème s’était développé à l’intérieur, parfois éclairés par des rais de lumière qui filtraient parmi les décombres. Autour du fluide, trônant dans un coin de la pièce, se trouvaient diverses psychés, de grands miroirs mobiles sur pied salis par les temps, qui reflétaient les ruines.

    Image


    Si les aventuriers passèrent le fluide sans mal, ils purent se sentir légèrement différent en faisant leurs premiers pas sur Elysian, ce qui se confirmerait s’ils s’observaient dans les différentes psychés.

    Si l’humain traversa le fluide sans mal, il se sentit néanmoins légèrement différent de lorsqu’il avait quitté la milice de Tulorim, ce qui était confirmé s’il se regardait ou se mirait dans l’un des psychés.

    En effet, Sullyvan pu voir son corps s’assombrir, comme si sa peau émettait un fin voile d’ombre qui enrobait son être et dont de fines volutes ténébreuses s’élevaient parfois. Ce phénomène tendait à s’amenuiser lorsqu’il s’approchait d’une source lumineuse pour n’être qu’à peine perceptible à la lumière du soleil. Cependant, s’il s’approchait d’ombres, alors son corps et ses vêtements semblaient s’y fondre et devenaient ainsi plus difficiles à distinguer.

    L’instant d’après le milicien passa à son tour au travers du fluide. La transformation chez lui était bien plus discrète quoi que tout aussi étrange. Sa peau bleue devint semblable à la surface d’un lac, entièrement lisse bien que perturbée par endroits, lorsqu’on le touchait, par de vagues ondes qui se perdaient en s’éloignant du point d’impact. Il observait ses membres avec un intérêt légèrement ébahit.

    Sullyvan n’avait aucune maîtrise de ce changement.


[Sullyvan – xp : 1 (post) ; 1 (entrée sur Elysian)]


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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Mar 25 Aoû 2015 01:16 
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L'or devient terre, l'argent devient vent, la chair s'embrase tandis que le temps se courbe et s'enroule autour de l'espace qui lui-même s'efface en une volute de fumée lumineuse. C'est à peu de choses près la seule définition que je pourrais faire de mon trajet, si je peux appeler cela comme ça, à travers le fluide. L'espace d'un court instant, je cru être eau, élément divin offert par Moura.

Très vite, mes pieds foulent le sol d'Elysian et mes premières impressions semblent se tourner vers ma propre personne. Je me sens bizarre, étrange, différent. En inspectant mon corps, je me rend compte qu'il est modifié, arborant maintenant une légère teinte sombre. A certains endroits, quelquefois, une légère fumée obscure émane et disparaît rapidement.

Je détourne le regard afin de juger mon environnement, ancestral, détruit, abandonné. Il s'agit visiblement d'un ancien temple ou d'une partie d'une cité qui jadis, devait être magnifique et non dénué de grâce et de splendeur. C'est à présent une ruine habitée par la végétation luxuriante qui a trouvé en ces lieux un refuge parfait. Un imposant escalier en pierre siège au milieu de l'immense salle dans laquelle je me trouve, où nombre de cascades viennent terminer leur course. Les murs nobles d'antan sont à présent recouvert de mousse et de lichen mais n'ont en rien perdus de leur superbe, troquant l'ambiance luxueuse pour quelque chose de plus sauvage. Élément assez singulier pour être relevé, la présence de plusieurs grands miroirs sur pied autour du fluide.

Je m'approche de l'un de ceux-ci pour y contempler mon reflet maintenant obscurci quelque peu. En m'en éloignant , je peux distinguer un contraste qui joue en fonction de la luminosité, s'effaçant presque complètement à la lumière, s'accentuant dans l'ombre.

Ce changement, bien que subtil, me perturbe et m’oppresse. Mon sourire d'habitude si engageant s'est transformé en un rictus proche de la grimace et trahi une certaine crainte quant aux raisons de ces modifications. Mais je n'ai pas vraiment de temps à accorder à ces pensées et le milicien me rejoint rapidement, traversant le fluide avec lenteur. Il est également touché par la magie et tout son corps arbore maintenant une couleur bleu océan, proche de la texture aquatique elle-même. Lorsqu'il passe sa main sur sa peau, d'un air ébahit, des ondes comme à la surface d'un lac se créées et se répandent de manière concentrique.
Le voir ainsi me rassure un peu sur ma propre condition. Je ne suis donc pas seul et cela est certainement normal dans ce monde, en atteste la présence des psychés. Cela devient finalement plus clair.

« Et bien mon vieux, on peut dire que vous avez la classe en bleu ! Mais le noir me sied mieux, vous ne pensez pas ? »

Je me retourne et cherche des yeux une quelconque sortie, afin de poursuivre notre trajet vers Ilmatar. J'intime au milicien de se hâter, en lui précisant qu'il serait préférable d'arriver à la cité rapidement, mon ventre me rappelant qu'il y a des besoins qu'on ne peut réprimer.

« Ah et au fait ! Moi c'est Sully, enchanté de vous connaitre. Comment vous nommez-vous ? »

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Mar 25 Aoû 2015 02:33 
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Une petite lutine de moins de vingt centimètres et un humain qui se transforme en loup, même l’être le plus débile ne verrait aucune ressemblance entre nous. Si notre aspect physique nous éloignait, je pressentais un rapprochement dans notre façon d’être et de ressentir les choses. D’une sensibilité au moins égale à la mienne, ce jeune humain fut troublé par mon petit discours, ses yeux mouillés en étaient témoins. Par contre, le reste de mes paroles qui se voulaient rassurantes réussirent à lui ramener le sourire. Tout comme moi, il appréciait ses nouveaux pouvoirs tout en les appréhendant. Il adorait son aptitude à se transformer, mais il craignait que la bête ne prenne le dessus sur l’homme, comme il était arrivé à une espèce de loup maléfique qui avait détruit tout son entourage. Sa meute semblait lui manquer tout comme moi ma famille. Mais, contrairement à lui, ma famille vivait toujours et il ne tenait qu’à moi de les retrouver.

Puis après m’avoir remercié de l’avoir accepté tel qu’il était et d’avoir combattu à ses côtés, d’un geste lent il referma sa main, et tout en souriant la présenta devant moi, tout en me confiant d’une voix enjouée que nous allions réussir à sauver ce monde de rêve.

Un peu perplexe, je regardais ce poing, sans comprendre ce que je devais faire. Un signe particulier sans doute à certaines meutes afin de démontrer leur appartenance réciproque à un clan. Mon hésitation fut donc de très brève durée, imperceptible même. Je présentais mon petit poing devant le sien, le touchant doucement. Ceci tout en lui faisant un clin d’œil complice jumelé à mon sourire espiègle typique de ma race.
Birhû qui était demeuré silencieux pendant tout l’échange se permit de faire un commentaire bien sage. Il précisa que le pouvoir de Kalas ne devait pas être perçu comme un don ou une malédiction. L’important s’avérant être la façon dont on se servait de nos aptitudes, des choix et des actions que l’on posait. Puis, tout sourire, il rajouta qu’il ne craignait rien pour nous, que nous nous dirigions directement vers le chemin de la bonté.

Je repris position sur le choucas et nous poursuivîmes notre route. Peu de temps après, nous arrivâmes aux lisières des arbres, eux-mêmes au pied des montagnes. Devant nous s’étendait de l’herbe haute d’une belle couleur dorée où quelques rares arbres s’étaient incrustés. Les nuages qui garnissaient le ciel étaient poussés par le vent chaud qui nous caressait le visage.

Birhûvaya arrêta son bouc. Nous devions faire halte pour la nuit. Puisque le lendemain nous traverserions le désert. L’arrivée à Barkhane était prévue pour la matinée.
Je laissai le choucas se poser sur une branche de Birhû et je pris place dans le petit nid qu’il avait fait à mon intention un peu plus tôt dans la journée. , puis je m’informai auprès de lui, d’une voix assez forte pour être aussi entendu de Kalas.

« Cette savane est-elle sécuritaire ? Risque-t-on de se faire attaquer par des prédateurs pendant la nuit. »

J’avisai l’arbre feuillu et j’enchaînai :

« J’aimerais dormir dans cet arbre cette nuit, il me rappelle un peu l’arbre familial. Et dormir à son pied vous conviendrait Kalas ? »

Me retroussant le nez tout en réfléchissant, je poursuivis :

« Mais s’il s’avère que les lieux ne soient pas sûrs, il serait peut-être avisé de monter la garde à tour de rôle. Et dans ce cas, je me proposerais volontaire pour faire le premier tour de guet. C’est tout de même moi qui ai fait la grasse matinée. »

Terminai-je tout sourire attendant les commentaires de mes compagnons.

((( 609 mots )))

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 Sujet du message: Re: Les Crocs du Monde
MessagePosté: Mar 25 Aoû 2015 12:05 
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Mon analyse du squelette est rapide, bien que je m’attarde sur quelques détails qui ont leur importance dans les conclusions que je porte rapidement à l’adresse de ce corps calciné. Déjà, c’est un elfe, indéniablement. L’os fin, léger et plus souple que celui des autres espèces. Ils gardent cette caractéristique, même après des siècles de dégradation, même rongés par le feu d’un volcan. Le squelette d’un des miens est reconnaissable entre mille. Je ne suis pas un spécialiste d’archéologie, bien sûr, mais je connais suffisamment mon corps et celui de nombreuses elfes pour en reconnaître un, même privé de toute chair. Un squelette qui, à l’heure de la mort, semblait en assez bon état. Pas de brisure, de marques sur les os. Ce n’était pas un combattant. Plutôt un notable, un noble ou un serviteur. Cette dernière option est quasiment effacée par la présence de bagues à ses doigts, autrefois riches, mais désormais rongées et usées par le temps. Des résidus d’habits témoignent, à quelques endroits épargnés par la fournaise, de leur couleur de l’époque : violet. Un ecclésiastique, peut-être. Les sindeldi de ce monde ont peut-être noué des liens forts avec les religions des dieux d’antan. Peut-être… Ou étaient-ils restés fidèles à Sithi, comme les miens du Naora, sur Yuimen. Mais de ce cadavre, nous ne pouvons tirer aucune conclusion définitive : il ne possède aucun autre indice nous permettant de déterminer sa vie.

Nous, oui, car Ixtli n’a pas tardé à me rejoindre, moins enjointe que moi à se pencher pour observer en détail le corps. Elle prend appui sur mon dos pour l’observer par-dessus mon épaule, et je la sens fébrile et mortifiée à cette découverte. Alors que mes doigts effleurent le tissu rongé par le feu, le temps et la poussière, elle exprime ses réponses à mes questions. Je reste pendant ce temps méditatif, observant le squelette sans plus vraiment le voir, écoutant plus mes pensées à ses mots que mes conclusions hasardeuses de l’observation du défunt.

Elle pense ainsi que la cité ne devait pas être fort peuplée. Comme si elle imaginait la scène de l’époque, elle émet l’hypothèse d’une panique généralisée qui les aurait dispersés. Certains ont peut-être fui dans les Crocs. D’autres se sont peut-être rassemblés dans des bâtiments principaux plus vastes que celui-ci. Comme elle l’indique, nous ne sommes qu’au début de notre exploration, et nous rencontrerons sans doute bien d’autres cadavres. Rien, en fait, ne permet d’affirmer la moindre assertion, ici. Nous sommes les premiers témoins d’une histoire oubliée et enfouie depuis longtemps. Aucun livre ne semble relater le trépas des elfes d’argent d’Elysian. Aucun en sa possession, en tout cas.

J’opine du chef en me redressant, me tournant vers l’ondine pour préciser ma pensée.

« En effet… Nous ne pouvons rien conclure de l’observation d’un seul corps. Poursuivons. »

Et je me tourne vers les escaliers, que nous gravissons de concert avec toute la prudence nécessaire. Mais ils ne semblent pas fragilisés, et nous portent sans crisser jusqu’à l’étage convoité. Il se constituait en une série de couloirs annexes reliés entre eux par un passage principal. Chaque couloir comporte deux portes, l’une faisant face à l’autre. L’heure est donc à la découverte. Comme unis d’une pensée commune, Ixtli et moi nous dirigeons vers une extrémité du couloir principal pour tenter d’ouvrir les portes de la première annexe. Si ma porte céda sans problème, s’écroulant même de ses gonds à mon entrée, ce ne fut pas le cas de celle de l’aigail, qui abandonna tout espoir d’ouvrir celle qu’elle avait choisie, trop grippée par les âges, pour me rejoindre dans ce qui semblait être une chambre. À l’époque l’était-ce, du moins. À part le mobilier, irrécupérable et dégradé, il n’y a rien ici qui puisse nous intéresser. Mauvaise pioche. Nous passons vite à l’annexe suivante, où cette fois, c’est moi qui me retrouve confronté à une porte grippée. Plus entreprenant, peut-être, que ma compagne du jour, je persiste à vouloir l’ouvrir, à forcer sur la poignée malgré les craquements inquiétants du bois autour de celle-ci, et les grincements sinistres de la porte. Ixtli, elle, s’en désintéresse vite, passant en face, dans une chambre qu’elle ouvre et fouine le temps que je m’échine à forcer la mienne… Bien mal m’en prend, en vérité, puisque la poignée finit par céder, brisant le bois pourri et rongé par les années. Pour mon grand malheur, au final, puisque la porte cède tout autant, alors que je chois sur mon séant, laissant s’écrouler par l’entrebâillement toutes sortes de débris : roches, poussière, terre. La pièce s’est complètement effondrée sur elle-même, et me recouvre de poussière. Je me relève en toussant, fuyant vers la chambre qu’elle a elle-même révélée en m’époussetant. Je suis hors de danger, mais j’ai quand même failli me faire écraser. Je dois redoubler de prudence, désormais.

Devant son regard intrigué, je m’exclame :

« Tout va bien, tout va bien. Je n’ai rien. »

À part ma fierté un peu ternie par une nouvelle quinte de toux alors que je secoue ma tignasse pour la nettoyer de la poussière qui s’y est agglomérée. Dans la pièce, rien de bien spécifique, à part la présence d’un nouveau cadavre, qui ne nous aide pas plus que le précédent. Nous ne distinguons que sa nature elfique, et son rang social sans doute moins faste que le précédent squelette, au vu des frusques délabrées retrouvées à son côté. Il semble être mort en pleine panique, recroquevillé sur lui-même et paralysé sous cette forme par la cendre l’ayant surpris. Ils l’avaient sentie venir, cette éruption, mais s’étaient montrés incapables de la maîtriser. Dépassés par les éléments.

Les chambres suivantes ne nous donnent pas plus d’indices, finalement. D’autres portes bloquées, sur lesquelles je ne m’acharne plus désormais, d’autres chambres dévastées par les époques de paix de ces lieux dévastés. D’autres cadavres aussi, de différentes origines sociales, en couples, en groupes ou solitaires. Mais aucun indice supplémentaire, si ce n’est qu’ils étaient tous elfes. Une hécatombe de sindeldi. J’ai beau être habitué à voir la mort, je me sens presque mal à l’aise à troubler ainsi le repos éternel te tant des miens. Ixtli et moi restons silencieux. Irrémédiablement curieux, fouineurs, mais respectueux du silence de ces lieux endormis. Une constante, à tous ces endroits : le temps n’a guère été une aide dans leur préservation. Inhabitable, les objets sont irrécupérables. Et ils ne donnent que bien peu d’informations sur l’histoire de ces antiques résidents.

Je commence presque à perdre courage quand nous parvenons finalement à la dernière porte du couloir principal, mieux préservée et plus imposante que celles des chambres précédentes. Celle-ci est un peu coincée, mais je décide qu’elle ne me résistera pas longtemps, comme mus par une intuition. C’est la dernière, de toute façon, nous n’avons rien à perdre à la forcer un peu plus que les autres. Et notre pugnacité est récompensée, puisqu’elle finit par s’ouvrir, sans laisser s’effondrer tout le contenu de ce qu’elle retenait sur notre tronche. En vérité, nous débarquons de concert dans une salle bien mieux préservée que ses sœurs. Bien sûr, la dévastation de l’éruption n’a pas isolé complètement les lieux, dont les occupants sont tout aussi morts que les précédents, mais… le temps semble avoir été moins cruel avec eux. Le lit, à moitié affaissé tout de même, nous laisse apparaitre un couple uni dans la mort. L’un contre l’autre, main dans la main et front contre front, ils sont morts là presque paisiblement, comme s’ils attendaient le trépas. Unis jusqu’au bout. Il se dégage de la scène une certaine poésie, en vérité. Une tendresse qui transparait derrière le masque glauque de la mort. Leur habits sont presque intacts, riches et nobles, bien qu’irrécupérables. Une femme, pourvue de boucles d’oreille et de bagues, et un homme, au doigt orné d’une chevalière.

Mais l’élément le plus notable de cette scène dont nous nous sommes tous deux approchés en silence, c’est les pendentifs qu’ils portent chacun autour du cou. Je m’en approche pour les distinguer. Ils semblent former une paire encastrable. Doucement, faisant bien attention de ne pas abîmer les corps, je les ôte à leur propriétaire respectif pour les observer plus avant. Devant le regard curieux d’Ixtli, je commente :

« Ils n’en auront plus besoin, de toute façon. Regarde. »

Et m’approchant d’elle, je lui montre ma découverte. Les deux pendentifs, l’une en forme de l’une gibbeuse, l’autre de croissant, peuvent s’imbriquer en une lune complète dotée de deux pierres translucides. D’un côté se dessinait ainsi la lune, et de l’autre, un motif fait de vaguelettes pouvait s’unir à leur encastrement. Imprudent, peut-être, mais aventureux et curieux au-delà de tout, je tente l’expérience en unissant les deux parties. Objet magique ou juste symbolique de leur amour passé, je le saurai bien vite, si tant est que la magie ne s’en est pas déchargée. À quoi donc pourrait servir de tels médaillons, résistant plus que n’importe quel autre bijou au temps ? De la symbolique pure, un rappel à Sithi et à son culte lunaire, des pouvoirs ancestraux qui liaient ces deux êtres riches et amants… Les maîtres d’Andarsté ? Tout le secret de la cité réside peut-être là… Ou pas.

[1530 mots]

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