Déroulant le ruban derrière moi, je progresse et traverse cette illusion. Enfin, ce que j'avais cru être une sorte de trompe-l’œil, car la paroi est quelque peu tangible en vérité, et à en juger par mes sensations, faite d'eau. L'humidité qui me recouvre au moyen de fines gouttes provoque la venue d'un frisson brutal. Avançant encore d'un pas, je me place de profil par rapport au passage d'arrivée, déroulant un peu plus le ruban, quand j'entends un grondement. Un brusque mouvement aquatique se fait à la verticale, agissant comme un couperet sur le mince bout de tissu. Sidéré, je vois l'extrémité opposée à celle que je tiens être repoussée par le souffle.
Je sens mes yeux s'arrondir sous l'effet de la surprise, puis se plisser. Je me redresse, constatant que les indications sonores et visuelles m'ont instinctivement incité à me mettre sur mes gardes. Sarbacane en main, j'appose mon poignet contre mon front, relevant par la même occasion une mèche blonde. Malgré moi, un air agacé et presque blasé s'affiche sur mes traits pendant que je m'efforce de garder mon calme, en inspirant lentement par le nez.
(
Évidemment... Tout se passait trop bien, cela ne pouvait pas durer. Une chance que je n'ai pas laissé traîner une aile. )
Je secoue vivement la tête, cherchant à chasser cette image de mes pensées. Laissant là le bout de tissu que je gardais en main, je m'approche de l'autre, y plaçant une fléchette entre deux fibres. Je suis soudainement assailli d'un doute, mais je préfère d'abord jeter un coup d'oeil vers le pillard. Celui-ci brandit son étrange outil, illuminant la pièce. Quatre parois nous entourent, mais le plus désagréable, et qui fait revenir à la charge ma colère, est que l'endroit est à peine assez grand pour contenir le géant. Je n'aime pas cela du tout. Je ne redoute pas d'être enfermé, sauf dans un objet de cuir ou à barreaux, mais je hais cette restriction de ma liberté au plus haut point.
Uroldir est trop près, beaucoup trop près, et cet idiot risque de me heurter par inadvertance si je reste au sol. Décidé, je prends mon envol, m'élevant à peu près à la hauteur de ses épaules. Parmi toutes les possibilités envisagées, il a fallu que ce soit celle de la salle minuscule, et possible vestibule à de multiples passages, qui se concrétise. Tout en me tournant vers le mur que nous venons de traverser, je lui adresse la parole, sans chercher à cacher ma mauvaise humeur.
"
Une quelconque chance pour que ces autres murs réagissent de la même manière ?"
Un mauvais pressentiment m'envahit, aussi avant de m'intéresser à l'endroit, je tente de toucher le mur que nous venons de passer à l'aide de ma sarbacane. Je veux savoir s'il est possible de retourner de l'autre côté, ou si je suis de nouveau enfermé. Penser à cette simple éventualité ravive mon amertume, me faisant pousser un souffle entre mes dents.
La présence de Hekell a eu l'étrange effet de momentanément me faire oublier à quel point tout est susceptible de m'agacer. Et son absence laisse libre court au retour en puissance de cette réalité.