Alors que je m'apprête à sortir, Hekell bloque la porte que je m'évertue à ouvrir. Contrarié, et convaincu qu'il a changé d'avis ou d’obédience, je perçois la colère monter jusqu'à ce qu'il s'explique. Oh. Il voulait juste gagner un peu de temps pour m'annoncer son plan, consistant à rester dans l'auberge à respirer l'air fétide des lieux, histoire d'en apprendre plus. Comme je m'en doutais, cela ne semble constituer qu'une décision temporaire puisqu'il m'incite à laisser des marques pour indiquer le passage que l'autre elfe et moi allons emprunter. Vu qu'il s'agit d'une idée que j'ai aussi eue, je me contente d'un léger hochement de tête en guise de réponse, puis sors.
Une fois dehors, je tourne la tête, cherchant la silhouette du géant. Je le retrouve adossé à la paroi, une expression contrariée collée au visage, tandis que ses yeux scrutent la toile. Je fronce légèrement les sourcils, me demandant bien quel est son cheminement de pensées. Est-il agacé par l'aveuglement de l'humain ? Je ne vois vraiment pas pourquoi cela le touche ou l'énèrve. Après tout, cette race est si stupide, illogique et impulsive que c'est à se demander comment ses représentants peuvent encore exister en si grand nombre. Vivement un gros conflit ou une bonne épidémie pour faire le ménage par le vide, à commencer par ce ramassis de tombeaux pour vivants qu'est Kendra Kâr !
Mais là n'est pas la question pour le moment. En posant son regard de grande créature sur moi, l'expression du pillard s'éclaire d'un sourire. Après m'avoir proposé de faire de la route ensemble, il me demande mon avis sur la direction à prendre.
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Tiens donc... Depuis quand les créatures de grande taille écoutent les mots des gens comme moi ? Ce doit être un stratagème. Il essaie d'endormir ma méfiance en prétendant me faire confiance et m'écouter. Si tu veux jouer à cela, allons-y. )
Esquissant un bref sourire, je prends une posture songeuse tout en volant à la hauteur du visage elfique. Apposant la main contre mon menton, je jette un coup d'oeil à chaque chemin avant de prendre la parole.
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La voie de gauche mène à ces soldats, et je ne suis pas certain que la même stratégie fonctionne s'ils nous refont le coup de l'embuscade."
Reportant mon regard sombre sur le faciès du pillard, je poursuis.
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D'un autre côté, le chemin de droite mène au final vers une cascade. Et si on en croit les mots de l'humain, il y a de bonnes chances qu'on tombe nez à nez avec une créature aquatique. "
Je songe d'un coup au shaakt et à ce qui serait le plus pratique pour lui. Bizarrement, je ne me sens pas aussi dégoûté et rebuté par sa présence que par celle des autres géants. Sa haine de certaines femelles doit sans doute y être pour quelque chose. S'il ne faisait pas cette taille insupportable, je pourrais presque le juger apte à rester dans mon entourage. Chassant rapidement cette pensée, je songe qu'il sera plus simple qu'il nous emboite le pas dans une zone à découvert plutôt qu'en pleine jungle, quand bien même l'idée d'être ainsi exposé à tous vents ne me plait pas du tout. Esquissant un sourire en coin, je fais part de mon avis à Uroldir.
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Un terrain plat sera plus à ton avantage qu'une forêt dense. Mon avis est donc d'aller..."
Tout en me décalant à droite de la porte, je vide discrètement ma sarbacane dans ma main, récupérant un projectile chargé. Pendant que je me retourne vers mon interlocuteur, le pouce tendu par-dessus mon épaule indiquant la direction que je veux suivre, j'abaisse mon bras, plantant avec autant de discrétion que possible la fléchette dans le mur. Même si elle ne tient pas, au pire, elle tombera sur le passage emprunté. Vu sa petite taille, seul le shaakt devrait pouvoir l'identifier comme une de mes possessions.
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Vers le chemin de droite."
Sur ce, je croise les bras, attendant que le pillard m'emboîte le pas ou proteste.