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Rien ne fonctionnait comme Ziresh le souhaitait... Il avait pourtant tellement d'espoir, mais ses paroles sombrèrent dans l'indifférence totale, notamment lorsque Karz intervint pour donner son avis. A ce moment là, la patience du loup d'argent fut mise à l'épreuve. L'aura impitoyable de la Masamune de L'Imperturbable rendait d'ailleurs sa maîtrise de plus en plus difficile à contrôler. La manière dont cette ordure s'était retourné contre eux... C'était à l'encontre de l'honneur dont le liykor faisait preuve. C'était vil, et il s'en voulait d'autant plus qu'il se rendait compte à l'instant que Marla, l'elfe noire, avait raison depuis le début. Karz était un traître, il l'avait même pensé en le retrouvant ici, sur Esseroth, mais il lui avait accordé le bénéfice du doute en voyant qu'il s'était séparé de l'emblème qui semblait lui donner un statut appartenant à Thimoros ou à Oaxaca. Juste cette broche en forme de tête de mort. Seulement cela. Il avait été beaucoup trop naïf...
Mais étonnamment, Karz avait décidé de garder Ziresh en vie. Mais une vie à quel prix ? Il était déjà qualifié de "clébard". En voyant les propos du traître il se voyait bien davantage devenir un esclave, que d'avoir l'opportunité d'être "éclairé". C'était un choix étonnant de sa part en tout cas, puisque s'il appartenait à l'armée d'Oaxaca, il aurait tout avantage à le tuer et à se faire passer pour mort aux yeux de Yuimen et d'Esseroth... Puis l'archer s'était finalement adressé à lui. Il se moquait de lui. Il le jaugeait, le jugeait incapable de tuer l'un des Treize. Un discours destiné à l'humilier, et lui rendre compte de son impuissance. Mais s'il savait déjà que là, le choix de Vallel était fait, Ziresh savait aussi que pour seulement quelques minutes de plus d’invisibilité, il aurait pu en finir avec cette bataille. Ce n'était malheureusement plus le cas maintenant, et même s'il arrivait à le tuer, il ne pourrait pas en ressortir vivant avec l'armée qui l'entourait.
Il n'avait qu'une envie : mener ce duel jusqu'au bout. Dire à Vallel qu'ils pouvaient soit partir chacun de leur côté, soit qu'aucun d'entre eux n'aurait la cité. Il aurait voulu se battre pour de bon, peut-être même donner sa vie... Il aurait pu réussir à le tuer, et il en avait encore la possibilité, mais il y avait autre chose qui restreignait son instinct de sacrifice... La promesse qu'il avait faite à Kâhra. Cette promesse selon laquelle il porterait les cendres de sa bien aimée sur l'île volante de Nyr' tel Ermansi. Il aimait son monde, il voulait le sauver, sauver aussi la Citadelle endormie qui abritait son clan et nombre d'hommes qui comptaient sur lui. Mais Kâhra était plus une personne qui comptait bien trop à ses yeux pour qu'il ignore ce qu'il avait promis, quitte à mourir pour une bonne cause.
Quand Vallel s'était finalement adressé à lui, sa colère se changea en tristesse. Il sentait une boule au fond de sa gorge, alors que ses yeux lui brûlaient. Il aurait voulu éclater d'un coup, mais quelle valeur aurait-il alors auprès d'êtres dénoués d'empathie ? Et il réalisait alors que depuis le début, il s'était trompé... Même s'il tuait Vallel, la bataille ne serait pas terminée. Les géants de fer serait peut-être vaincus, mais il restait trop d'autres créatures pour que la cité puisse gagner. Esseroth était déjà perdue quand il avait quitté la muraille. Les citoyens, Eva, ils s'étaient dirigé vers le donjon alors que tout s'effondrait. A moins que ce mage aux portails ne puisse évacuer les citoyens ailleurs, tout était perdu. Mais il se rendait compte aussi d'autre chose... En arrivant sur ce monde, on l'avait chargé de protéger Yuimen en attaquant l'armée de front. Mais il avait là une occasion inouïe : celle de pénétrer les troupes ennemies. Il connaitrait les faiblesses d'Oaxaca, pourrait peut-être même les exploiter. Tuer Vallel, c'était gagner cette bataille... Mais intégrer ces troupes, c'était peut-être gagner la guerre. Il pouvait tout changer...
Mais cela, ce serait au prix de la vie de beaucoup trop de personnes.
Vallel dégaina alors son épée. Il la nomma Kel-Macil, et immédiatement, Ziresh dût admettre qu'elle reflétait une puissance considérable. Son cynisme mêlée à sa haine ne l'empêchèrent pas de lancer un dernier affront.
"C'est une épée magnifique et je crois en son potentiel mortel. Mais j'ai plus peur d'elle que de celui qui la brandit."
Les pattes tremblantes par la rage et la tristesse, il rengaina la Masamune et pris sa Hallebarde à la verticale, abandonnant sa posture de combat. Il savait bien qu'il n'était toujours pas en sécurité, aussi, il était prêt à sa battre si on se mettait à l'attaquer. Puis il s'avança lentement vers Vallel, jusqu'à être beaucoup trop proche des géants noirs.
"Laissez les Yuiméniens en vie. Si je suis ignorant, alors il ne savent pas non plus pourquoi ils se battent."
Une demande creuse, mais qui avait du sens pour lui. Il se doutait qu'il ne pourrait pas y accéder, mais il avait encore l'espoir que ses alliés puissent s'en sortir indemnes, avec, si possible, d'autres citoyens de cette ville. Son destin n'était plus lié à Esseroth, c'était vrai. Mais il était toujours lié à Yuimen. Et au nom de son monde, de ceux qu'il aimait, et même de Kâhra, il ferait tout ce qu'il aurait en son pouvoir pour vaincre Oaxaca de l'intérieur.
Il s'adressa seulement une dernière fois à Karz. L'archer l'avait insulté, et il se devait de le mettre en garde. La prochaine ne resterait pas impunie.
"Ne me traite plus jamais de clébard."
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