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Insanis prend la parole, déclarant qu’il enquêterait avec moi et Nibelung, ce qui me rassure, car qu’il refuse m’aurait mise mal à l’aise vis-à-vis de lui pour le restant du séjour. Il poursuit ensuite en déclarant espérer obtenir la vérité, n’ayant de cesse de chercher avant d’avoir des indices irréfutables sur la trahison de Korben. Il s’incline ensuite, et sort de la tour de Kadria, suivi de Nibelung, et de moi mais en retrait. J’aurais sinon la désagréable impression d’être la cinquième roue du carosse.
Il discute ensuite avec son amant, même si je n’ai pas envie de les entendre, n’étant pas inclue dans la conversation. Je reste donc à côté, attendant patiemment qu’ils finissent de se parler. Quand ce fut le cas, Mendax s’approcha de moi et me regarda, l’air sévère, les sourcils froncés et les mains sur les hanches. Cette vision m’atterrait, j’avais l’impression d’être une enfant que l’on tenterait de gronder. Je compris vite qu’il se moquait de moi, quand il éclata de rire.
Surprise, je ris à mon tour, et quand nous nous fûmes calmés, il prit la parole, pour déclarer que nous savions bien que nous étions tous deux coupables, et s’excusa, puis déclara que nous allions oublier tout cela, car ça avait si bien commencé. Il me raconta ensuite son histoire, déclarant s’être appelé Gaudium avant d’être vendu à Dahràm et de devenir un prostitué sous le nom de Mendax, et a tué sa matrone. Sachant que ça lui avait coûté de me le raconter, je posai ma main sur son bras avant de prendre la parole :
- « Je connaissais toute ton histoire, Mendax. Tu as tué ta matrone Meretricem, et a quitté ton bordel. Je la connaissais. Je m’excuse aussi, mais laisse-moi te conter une histoire. Il était une fois, une petite famille, avec deux enfants, un garçon et une fille. Un jour, pendant que la mère et la petite fille partaient en ballade, le carosse fut attaqué, par des brigands, qui tuèrent tout le monde sauf la mère et la petite. Elles furent revendues par des esclavagistes à une famille, la famille Al Thamen, et furent mises au service du père et du fils. La petite fut maltraitée, faillit mourir à plusieurs reprises, on la privait de repas, on la frappait jusqu’à la mort, et son maître qui la traitait si mal le faisait au nom de « l’amour ». Un jour, alors qu’elle parlait de sa famille, déclarant aimer quelqu’un, il éclata et de rage effaça la mémoire de la petite. Elle ne se souvint plus de rien, les moments de joie, d’amour, tout le bonheur qu’elle avait si précieusement conservé en elle s’était envolé. Elle dut continuer à le suivre, à se faire frapper, dis-je en montrant les bleus, les cicatrices sur mes bras et mes jambes, sans rien dire, et un jour sa mère fut tuée. Devant ses yeux. La femme qui lui avait tout appris, la femme qui l’avait aimé, qui lui avait donné la vie, était morte. Alors elle s’échappa, et alla enterrer sa mère dans un pré, avant de couper les chaînes de sa tombe afin que son esprit parte libre et en paix chez Phaïtos. Cette petite fille, c’est moi. Et je suis en fuite, tout comme toi. »
Je ne laissai pas les larmes qui souhaitaient s’échapper de mes yeux le faire, et me concentrai sur l’homme en face de moi.
- « Judal, mon Maître, me cherche. Il est à ma poursuite. Mais je ne me laisserai pas attraper. La raison pour laquelle je méprise ton couple, est que l’amour est un mensonge. Pour l’amour de mon Maître, j’ai souffert. Pour avoir aimé ma mère, j’ai souffert. L’amour est une souffrance inutile. Mais je cesserai, par respect, de me moquer. Et je t’appellerai Insanis désormais, car c’est sous ce nom que tu t’es présenté à moi, et c’est le tien maintenant. Peu importe ce que tu as vécu et sous quel nom tu l’as vécu, maintenant tu vis sous ce nom, Insanis. » conclus-je sans plus de cérémonie.
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