J’avais enfin terminé mes achats et autres, je pouvais maintenant me diriger vers la maison d’Ehemdim afin de connaître de quoi il retournait exactement. Crystallia m’avait tenu au courant de son état de santé mais j’avais hâte de le revoir, ne serait-ce que parce que sa présence m’avait manqué, son odeur, son sourire, même si je doutais de voir un sourire sur son visage dans les prochaines heures. Toutes mes pensées étaient concentrées vers lui, si bien que je ne faisais pas attention au monde autour de moi.
- « Dame Imfilem, pourriez-vous me suivre s’il-vous-plaît ? »
D’où pouvait provenir cette voix ? Regardant autour de moi, je finis par trouver un homme qui me regardait intensément comme s’il sondait les profondeurs de mon âme. Je ne le connaissais ni de Gaïa, ni de Yuimen, alors que lui connaissait mon nom. Il portait une armure imposante ainsi qu’un bâton, j’en déduisis immédiatement qu’il devait manipuler les fluides magiques. S’il avait des mauvaises intentions à mon égard, j’étais mal barrée surtout s’il maîtrisait un fluide opposé aux miens.
- « Et pourquoi le ferais-je ? Je ne vous connais pas, donc si vous voulez bien m’excuser, j’ai des choses à faire. »
Sans plus de cérémonie, je continuai ma route, passant à côté de lui. Mon passage fit voler sa cape ainsi que ses cheveux.
- « Vous allez certainement rejoindre Ehemdim pour connaître la raison de son état, n’est-ce pas ? »
Aussitôt je pilai net. Ouvrant de grands yeux, je me retournai vers ce bien étrange personnage qui semblait en savoir long à mon sujet, et c’était très inquiétant. Venait-il du Naora, et était-il là pour me faire rentrer dans le droit chemin, Ehemdim étant techniquement fiancé à Tamia ? Devais-je lui accorder du crédit ? Après tout, il pouvait simplement être un voisin d’Ehemdim, un voisin à l’aura impressionnante.
(Que dois-je faire ?)
(Je ne sais pas trop, écoutons ce qu’il a à dire.)
- « Vous connaissez Ehemdim ? »
Croisant les bras devant moi, j’attendais sa réponse. Mon interlocuteur avança vers moi de quelques pas pour se placer à ma hauteur. J’avais envie de rire car il était plus petit que moi mais son casque donnait l’impression qu’il était plus grand, sale tricheur.
- « Pas exactement, mais je vous connais vous. »
Sa réponse me laissa encore plus pantoise que sa prise de parole précédente. Testons-le pour voir.
- « Que savez-vous de moi exactement ? »
- « Que la personne que vous étiez censé épouser est morte, tout comme vos parents et que vous avez accepté la demande en mariage d’Ehemdim. »
La surprise put à nouveau se lire sur mon visage. Par tous les dieux de Yuimen, comment pouvait-il savoir ça ?
(Une idée Crystallia ?)
(La, tout de suite, maintenant ? Aucune idée. Quand est-ce qu’il a fait sa demande ?)
(Officielle avec la bague ou officieuse… Oh, c’est de la qu’il a du l’apprendre !)
(J’ai raté quelque chose, tu m’expliques ?)
(La première fois que j’ai revu Ehemdim après notre séparation c’était dans une auberge de la ville et lorsque je suis partie de la chambre que j’avais loué, la porte était ouverte lorsque j’ai dit que je voulais devenir Mme Lomindor, quelqu’un aurait pu être dans le couloir à écouter aux portes.)
(Pas d’inquiétude alors ?)
(Si, par rapport à nos traditions, je t’expliquerais plus tard.)
Je devais paraître décontenancée dans cette rue passante de Kendra Kâr mais comment ne pas l’être. Un inconnu débarque et vous dit qu’il vous connaît, y’avait de quoi se taper la tête contre les murs mais je devais garder mon sang-froid.
- « N’importe qui me connaissant ou connaissant ma famille sur le Naora sait ce qui est arrivé et pour ce qui est d’Ehemdim, une oreille indiscrète à très bien pu entendre que j’acceptais de devenir sa femme. Vous ne me surprenez pas tant que ça. Mais vous qui êtes-vous ? »
- « Vous ne posez pas les bonnes questions Aenaria. Demandez vous plutôt comment je connais autant de choses sur vous, comme le fait que vous ayez un tatouage dans le bas du dos qui est semblable aux armoiries de vote famille. »
- « Si vous voulez me faire peur, vous n’y arriverez pas. »
- « Ce n’est nullement mon intention, soyez en sure, bien au contraire. »
- « Alors comme ça vous voulez être ami avec moi, vous avez des manières bien étranges pour arriver à vos fins. Quoi qu’il en soit, je ne pose pas les bonnes questions, donc changeons. Comme vous n’êtes pas décidé à me donner votre nom, qui vous en a appris autant sur moi ? »
- « Votre père. »
Deux mots, deux simples mots qui venaient de changer énormément de choses dans ma tête concernant la personne que j’avais en face de moi. Ainsi, voilà comment il en savait tant sur moi et donc sur la tragédie qui avait frappé ma famille.
- « Ainsi vous connaissiez mon père. »
- « J’ai été désolé d’apprendre sa mort, je vous présente mes condoléances pour lui ainsi que pour votre mère et votre ami, Gameleb. »
- « Merci mais à quel point le connaissiez-vous ? »
- « Encore une fois, vous posez la mauvaise question. Le connaissiez-vous vraiment ? »
De nouveau, il venait de me faire tomber de haut, voulait-il détruire l’image que j’avais de mon père ? Si tel était le cas, il aurait beaucoup de mal, c’était un véritable héros pour moi ainsi que sur le Naora, détruire sa réputation serait bien difficile.
- « Je ne sais pas où vous voulez en venir, mais cela ne me plaît guère. »
- « Je ne veux pas ternir la réputation de votre père, il m’a sauvé la vie plus d’une fois, donc jamais je n’aurais de telles pensées à son sujet, rassurez-vous. Mais avait-il des secrets pour vous ? »
- « Il en avait pour ma mère mais il n’en avait pas pour moi. Pourquoi vous me posez toutes ces questions ? »
- « Encore une fois, vous êtes bien loin de la vérité. Savez-vous vraiment pourquoi il a été tué ? »
- « Mon frère l’a assassiné parce qu’il me voulait pour lui tout seul et ne supportait pas de me voir avec un autre elfe que lui. »
- « Encore une fois, vous avez tort. Sa mort n’était pas un simple meurtre, c’était un assassinat. Votre mère et Gameleb ne sont que des dommages collatéraux, si je peux m’exprimer ainsi. »
Les larmes me montèrent aux yeux, mon cœur flancha quelques secondes, il me fallut m’appuyer contre le mur le plus proche afin de ne pas complètement défaillir. Mes joues s’humidifièrent de tristesse, ma respiration était saccadée, je ne réalisai pas complètement la nouvelle que je venais d’apprendre. Mon père était la seule cible de cet acte affreux, je traquais donc mon frère ainsi que ses acolytes depuis des jours ne sachant pas la vérité. Cet homme en savait plus qu’il ne voulait bien me dire. Je voulais savoir, non je devais savoir. Mettant la main sur le pommeau de mon épée, je la dégainai à la vitesse de la lumière et la pointai sous le cou de cet inconnu, mon bras n’était pas sur et tremblait sous le poids de l’émotion.
- « Comment savez-vous tout cela, REPONDEZ-MOI ! »
Quelques personnes passant dans la rue, s’arrêtèrent et nous regardèrent quelques secondes se demandant si le sang allait couler et si la milice allait rappliquer. Aussitôt mon interlocuteur envoya la pointe de mon épée vers le sol du plat de la main et s’approcha de moi, me murmurant quelques mots à l’oreille.
- « Ce n’est ni le lieu, ni l’endroit pour faire une scène, suivez-moi et vous obtiendrez la clé de tout ce mystère mais vous pouvez tout aussi bien refuser mon offre. C’est à vous de voir. »
Il passa à côté de moi et reprit sa route me laissant seule avec des dizaines de questions en tête. Il pouvait m’en apprendre plus sur mon père, mais de quoi pouvait-il bien s’agir ?
(Si tu ne le suis pas, tu ne le sauras pas !)
(Et si c’est un piège ?)
(Que te disent tes tripes ?)
(Etrangement, que je peux me fier à lui.)
(Alors bouge tes fesses !)
Rengainant mon épée dans la seconde, je fis demi-tour et rejoignis l’inconnu. Je le vis sourire alors que j’arrivais à sa hauteur. Il me présenta sa main droite.
- « Je m’appelle Nathanael, aquamancien de mon état. »
Je pris sa main dans la mienne et une poignée de main plus tard je répondis.
- « Aenaria, mais vous le savez déjà. Je suis une paladine pluri-élementaliste. »
- « Il serait temps que tu abandonnes le vous pour le tu, tu risques d’en avoir besoin pour la suite. »
Il lâcha ma main et commença à marcher en direction des portes de la ville me laissant délibérément sur ma fin.