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Je m'approche lentement de lui, en position, épée en avant, main non utilisé en arrière, jambes écartés, la droite en avant, la gauche en arrière. Mon adversaire en fait de même, et nous commençons notre ronde. Deux trois piques fusent, sans intérêt autre que de tenter de juger les défenses de son adversaire. Finalement, la ronde s'arrête, et les coups se mettent à se multiplier, sans retenue.
J'élance ma lame d'un mouvement d'estoc vers sa poitrine, qu'il dévie du revers avant d'inverser son mouvement pour tenter d'assaillir mon flanc. D'un pas chassé en arrière, je me repositionne pour mieux intercepter sa lame, pointe vers le bas, avant de m'enrouler autour de son arme pour tenter de le désorienter. Mais, point affecté par cette technique, il rompt le contact, et nos deux lames repartent en arrière. Il ne me laisse pas un moment de répit et déjà l'air vibre autour de son tranchant qu'il élance en direction de mon épaule. Je n'ai pas le temps de me servir de ma lame, alors je me baisse vivement, et réplique en tentant de faucher ses jambes, mais d'un bond, il recule et je me retrouve hors de portée. Je finis donc mon tour sur moi-même, et me relève lentement, un petit sourire au lèvre, tandis que mon adversaire en profite pour se remettre en position, tout en restant hors de mon atteinte.
Il est donc effectivement bien plus fort que je le pensais. Il est vrai qu'il a été entraîné par certains des meilleurs maître d'armes de Kendra-Kâr, le contraire aurait donc été étonnant, mais je doutais de son talent, il en possède un petit, cela est certain, mais sans doute pas aussi développé que le mien, bien qu'il semble compenser par l’entraînement. Pour l'instant rien n'est décidé, mais je suis sûr que la balance penche au moins de mon côté, il a du se risquer à une forte déconvenue, avec sa dernière action, cette échange était donc en ma faveur :
« Alors, coquin, ne sait-on donc que fanfaronner ? Peut être connaissez vous quelques choses aux femmes, notamment grâce à la profondeur de votre bourse, mais ici, c'est un homme que vous avez en face de vous dans l'arène. »
« Vous ne vous en tirerez pas à si bon compte, je vous le promets, nobliau de basse campagne, vous allez donc voir que prévaudra toujours le talent de ma haute naissance à vos gesticulations de babouins primaires ! »
Et sur ce, il répare à l'assaut, d'une botte complexe, avec un entrechat un peu compliqué, mais aussi sophistiqué soit ses mouvements, ils ne servent à rien si on les exécute à tort et à travers. Sa lame ne vient trouver à entamer que l'acier de la mienne, tandis qu'écartant ainsi sereinement son attaque par trop scolaire, ma lame se dirige vers sa poitrine. Il se déporte vers le côté, mais trop tard, et je verse le premier sang en arrachant un peu du gras de son bas-ventre, qui commence déjà à poindre à son âge pourtant jeune. Je porte mon élan vers l'avant pour prévenir la réplique à venir, tandis qu'il continue à s'écarter vers le côté. Ainsi se rompt le second échange, duquel je sors encore vainqueur :
« Haha, tu es sur de ne pas vouloir t'enfuir en courant ? J'ai encore versé le premier sang, et je serai assez magnanime pour te laisser la vie sauve si tu laisse ici ton épée et que tu y laisse ton blason en signe de défaite, puis t’enfuis en courant vers Kendra-Kâr pour y rapporter ton cuisant échec ! »
« Jamais, tu m'entends, jamais, je ne plierais face à quelqu'un comme toi, ce duel sera à mort, et c'est ton cadavre que je traînerai sur les pavés qui signeront ton infamie. »
Cette fois, c'est moi qui signe l'entrée dans la nouvelle danse. A son contraire, je ne cherche pas la fioriture, une simple chassé diagonal de lame vers l'intérieur, un coup simple mais qui a le mérite de ne pas ouvrir ma garde. Comme toujours sa réplique est millimétré, impeccable, et surtout consultable dans n'importe quel manuel d'escrime. Plus le combat évolue, plus nos lame s'entrecroise dans leur mélodie funeste, et plus je me rends compte qu'il devrait m'être largement supérieur au niveau technique, il connaît nombre de bottes et de feinte, mais j'ai pour moi l'expérience et l'instinct. Ce gamin, d'à peine un an mon aînée, ne fait que réciter une leçon, il ne sait rien de la réalité d'un combat, il n'adapte jamais ses mouvements aux miens, ne fait que ressortir ce qu'il a appris, mais cela ne fait que l'handicaper plus avant, enfin, au début.
Mais alors que le duel semble s'éterniser, mes bras se mettent à me faire mal, mes jambes ne sont plus aussi stable qu'avant, et si je vois aussi de la sueur sur le front de mon ennemi, la fatigue ne semble pas se ressentir dans ses coups, tandis que moi, je commence à perdre la prise sur ma rapière. Mes articulations, endolories par une mauvaise nuit sur un sol de pierre à peine agrémenté de pailles, commencent à protester tandis que mes mouvements se font moins vif. Je n'ai pas l'état de repos qu'il a et ma condition commence à céder, et ma garde s'ouvre petit à petit. Lorsque j'arrive à le faire rompre l'assaut d'un mouvement ample de lame vers ses jambes, j'ai déjà subi trois estafilades au bras droit, et une plaie au dessus de l'épaule gauche.
« Alors, on fait moins le fier maintenant, jeune coq ! Vous n'avez aucune grâce, aucune élégance dans votre escrime, et vous brandissez définitivement votre lame comme une fourche, je ferais mieux de vous reléguer à la paysannerie, vous en avez l'odeur. »
« Haha, content de gagner grâce à la rudesse du traitement que vous m'avez fait subir avant ce combat ? Bien, savourez cet instant, il n'en rendra que plus amer votre désespoir lorsque je plongerais ma lame dans vos côtes. »
Et je repart à l'assaut sans me préoccuper de mon état. Mais cela ne fait qu'aggraver ma position, il se contente de me laisser m'épuiser en vain sur sa garde impeccable, qu'il ne laisse pas céder. Chaque coup paré fait résonner la douleur dans mon bras et le laisse de plus en plus gourd, je commence à éprouver un certain froid à cause du sang qui quitte mon corps, et de la chaleur de celui-ci après un exercice trop prolongé. Alors que d'une feinte, il menace mon cou dégarni de protection, je me vois obliger de me jeter en arrière. Lorsque mes omoplates heurtent douloureusement le sol de pierre, je ne me laisse pas submerger par le souffrance, et arrive à rouler sur moi même et à me remettre sur pied du même mouvement puis reprendre ma garde, mais j'ai conscience que j'aurai pu perdre la vie à cet instant.
« Déjà en train de te rouler par terre ? Bien tu retrouve tes instinct primaux, petit chien galeux ! »
Je n'émet comme réponse qu'un grognement :
« Et voilà, tu as même perdu la parole, il ne te reste plus qu'a perdre la vie ! »
Et alors, qu'il s'élance vers moi, je perds espoir, je ne peux plus gagner, il est encore frais comme un gardon, et mes muscles sont trop engourdis pour répondre correctement, à quoi bon souffrir, plus longtemps, j'ai perdu le duel selon les « anciennes règles », les anciennes règles ?
Je me fustige de n'avoir compris plus tôt ce que cela signifiait, et Hulériant, ce vieux vétéran, à du nous prendre pour deux idiots immatures. J'aurais du me douter qu'un véritable guerrier ne pensait qu'à cela dans un duel à mort.
Alors que je dévie sa lame de la mienne, je laisse son élan le faire se rapprocher de moi, et lui assène un violent coup de mon épaule gauche en pleine figure. J'entends un craquement se produire et mon pourpoint se teint d'un rouge plus foncé, mais la douleur n'est pas assez grande pour que cela soit mes os qui se soient brisés, alors que mon adversaire est projeté en arrière, le nez cassé.
« Mais que ... »
« Cela est illégale ! »
Le cri de Jerg fuse alors qu'il fait mine de s'emparer de son Katana, mais le sabre de messire Hulériant se retrouve instantanément sous sa gorge, et ce dernier lui annonce :
« J'ai parlé de « l'ancienne loi », et laquelle est plus noble et plus ancestrale que celle de la guerre ? Je vous ai entendu parler de vrai combat messire, quand vous vous battiez avec messire D'Allarion dans ce faux duel, et bien en voilà un vrai. Pas de quartier, pas de limite. Que le plus intelligent, le plus fort ou le plus agile gagne ! »
Il est complètement hébété par ce qui vient de se passer. Et je ne lui laisse pas le temps de ressaisir ses esprits. Je me sers de toute les parties de mon corps. Le déséquilibre sans cesse en tentant de lui viser les jambes par des coups de pieds et de genou, le repousse sans cesse d'un coup de coude ou de poing quand il se montre trop insistant avec sa lame, le malmène d'un coup de garde au bras.
Et maintenant que j'ai saisi ce point, je reprends facilement l'ascendant. L'excitation de savoir la victoire désormais acquise balaye de mon corps toute ses douleurs dont ne restent que de vagues ressentis. L'incompréhension de mon ennemi ne cesse de grimper, et je peux voir dans ses yeux poindre le défaitisme. On ne lui avait pas parlé de cela dans les livre et les cours grandiloquents de soi-disant maître d'arme. Ah, il pouvait bien faire le beau à agiter son superbe fleuret, mais il ne savait définitivement pas se servir de sa tête, ni du reste de son corps. Il tenta bien de se mêler à ce jeu, mais il relâcha à chaque fois l'attention sur son épée, et ses coups étaient loin d'avoir assez de force et de précision pour faire pencher la balance.
Quand à ce qui est de mon cas, de nombreuses rixes de tavernes avaient déjà poli la manière de me servir de mes poings, et m'avaient appris les nombreux coups vicieux qui pouvaient être utile, et si j'avais, dans ce genre de jeu, plus d'expérience avec un pied de chaise ou un tabouret dans ma main droite qu'avec une épée, il me restait facile de transposer les actions. Je joue avec lui un petit moment, et l'acculant dans un coin, j'ouvre sa garde de ma lame, pour la percer d'un nouveau coup d'épaule, en pleine poitrine cette fois-ci. Il est projeté contre le mur, et il lâche un cri de douleur alors que ses yeux se ferment pour préserver les larmes qui commencent à s'en écouler.
« Vous voilà de nouveau en bien fâcheuse posture. Votre manque d'expérience du duel vous a trahi, et vous n'étiez donc qu'un beau parleur. C'en est fini de vous, mais je ne vais pas vous faire l'honneur de vous tuer. Vous allez rentrer à Kendra-Kâr et avouer vos machinations, que je puisse retrouver la place qui est la mienne, et que vous passiez pour un bouffon aux yeux de toute la cour. »
« Jamais ! »
La dernière syllabe de sa négation se mue en cri alors qu'il commence à balancer son épée vers moi. D'un réflexe que je ne me connaissais pas, je prend appui sur ma jambe gauche, et élançant mon corps et mon bras en avant, je transperce sa gorge sans protection, tandis que je fais obstacle de mon corps à la course de son bras, cognant ainsi de nouveau mon épaule contre son corps qui repart en arrière, uniquement maintenu par ma lame, et sa main sans vie vient lâcher son fleuret dans le vide.
Lorsque je retire ma lame de sa gorge, et que son corps vient s'écraser au sol comme une poupée de chiffon, je comprends que je viens de tuer un homme pour la première fois. Je ne ressens étrangement rien de particulier, ni d'horreur, ni de plaisir, dans un premier temps. Dans le second temps, je suis réjoui d'être en vie, et rétrospectivement, me rends compte de la fierté qui gonfle mon âme d'être le vainqueur.
Je me tourne vers Jerg, horrifié, qui s'enfuit, sous l’œil amusé de Hulériant qui le laisse faire. Il se tourne enfin vers moi, viens poser sa main sur mon épaule, et en regardant le cadavre qui continue de se vider de son sang, déclare :
« Te voilà un homme, un vrai désormais. Maintenant tu es condamné à devenir renégat car Jerg va témoigner contre toi, et vu que la famille de cet homme a plus d'argent que la tienne et la mienne réuni... Je sais comment œuvrer dans l'ombre, et veillerais à ce que rien n'arrive à ta famille en représailles, et à ce qu'on ne te cherche pas trop ardemment. Tout le monde sait déjà qu'il y a deux versions de l'histoire à la cours, j'ai tellement développé mes compétences d'intrigant depuis ces vingts dernières années que je me rebute moi même. Naturellement, la version officielle sera que tu seras un assassin, la version officieuse sera quand même connu de tous, et t'empêchera juste de rentrer à Kendra-Kâr tant que tu ne te sera pas refait un nom, et que l'on puisse donc t'accorder la grâce sans perdre la face. Nous avons beaucoup de chose à discuter aujourd'hui. »
_________________ Godric d'Allarion/guerrier/niveau 2
Dernière édition par Godric D'Allarion le Mer 22 Mai 2013 09:21, édité 1 fois.
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