L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Jeu 17 Nov 2016 13:55 
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Le rire cependant se mua vite en épais grognement, bougonnement, en de rauques raleries grognantes qui faisaient remuer sa barbe rousse comme un buisson ardent animé de vie. Même lorsque Broginn s’éveilla, quelques heures plus tard, de son sommeil forcé, inconscient de la situation dans laquelle ils se trouvaient et encore bourré de la journée, eut une idée brouillonne d’un ustensile qui nous permettrait de boire sans les mains, puisqu’elles étaient liées. Gorog leva un sourcil broussailleux, et regarda autour de lui. Impossible : il n’y avait que des fétus de paille dans cette charrette. Depuis quand la paille servait-elle d’ustensile à boire, hein ? Ah non, iul n’y avait pas à secouer trente mirlitons dans un chapeau : Gorog était en train de dessaouler. Et c’était, à chaque fois, le pire moment de la journée. Quand l’étreinte de l’alcool, les relents parfumés de la bière, l’abandonnaient pour s’envoler en volutes éthérées.

Ainsi commença, sur les chapeaux de roue, bien que les roues de leur carrosse spartiate ne fussent en rien chapeautées, leur aller simple vers la blanche capitale des hommes du Sud de Nirtim, ces grands dadais, ces moches benêts qui s’amusaient à bâtir des cités hors de terre en gaspillant de précieuses ressources alors qu’il n’y avait pas mieux pour mur que le granit brut d’une montagne creusée en son sein. Des primitifs primaires. S’écoulèrent ainsi dix longues journées, dix journées de voyage où ils ne furent pas déliés, durant lesquelles ils ne purent que gigoter pour se détendre les muscles. Et grands nains, qu’est-ce qu’ils gigotèrent ! Surtout Gorog, en réalité, qui dès le second jour de traversée des montagnes basses du nord kendran sentit ses fesses le gratter. Il fallait dire, cul-nu sur de la paille, à quoi s’attendaient-ils, ces bougres d’humains, ces empaffés tenaillés dans leurs cottes emmaillées ? Ronchonnant de plus belle, il tenta ainsi longuement de se frotter contre le bois de la carriole, remuant sur son séant en bousculant son comparse, qui avait visiblement décidé de faire une grève de la voix, comme si ça allait pouvoir nous aider à nous délivrer. Oncques n’a jamais vu de nain si silencieux ! Il en dérogeait à leurs plus anciennes traditions.

Il n’y avait qu’à voir : Gorog, lui, tout en remuant son arrière-train ne cessait de bougonner audiblement, marmonnant dans sa barbe des propos mâchouillés.

« Té, c’est pas croyable les arrestations de nos jours. Grmbl. Tenez, pas plus tard qu’la semaine dernière j’entendais encore un garde nain se plaindre : « Les arrestations, c’est sacré ! » Et le bougre savait de quoi il parlait, il arrêtait régulièrement de travailler pour venir picoler avec nous. Hé. Et bien il affirmait que pour arrêter quelqu’un, fallait lui déclamer ses droits, puis l’accompagner avec respect jusqu’à une cellule proche afin de le dégriser. Oui. Oui dégriser, parce que bien souvent, c’était en cellule de dégrisement que les nains allaient. Enfin non pas qu’ils buvaient du lait, n’est-ce pas. Les nains à lait étaient bien plus rares que les nains à bière. Et c’était justement là le cœur du problème. Les nains à bière, ça picolait. Et quand ça picolait, ça picolait encore. Jusqu’à plus soif. Et comme les nains, pardi, ça n’a pas de fond, hé bien ça picolait encore bien plus tard. Si bien qu’une cellule de dégrisement, c’était un minimum. Et avec un minimum de confort hein. Holala, mais attendez, c’est qu’les geôles naines, c’est confortable hein ! Enfin surtout celles pour les nains, parce que celles pour les autres espèces d’empaffés qui viennent à Mertar sans y être invités, sobre comme des tafioles d’elfes, pucelles pancréatiques, on leur refile des cellule basiques, de celles où la pierre et la paille font la seule literie, et où un cruchon d’eau suffit à toute peine. Non parce que vous voyez, la peine suffit à soi-même. Et si les prisonniers étaient peinés, ils n’avaient plus que cette cruche pour verser leur eau, fut-elle salée des larmes d’une défaite amère. Bref, tout ça pour dire que les nains, au final, sont des personnes bienpensantes qu’il est rare qu’il faille enfermer dans ce type de cellules. Une petite bagarre, tradition saine des clans naniques, quelques bris matériels bien coutûmiers étaient tout ce qu’on pouvait leur reprocher. Té. Tenez c’est comme y’a un bon mois, juste après qu’j’eus pris un bain… »

Et la litanie incessante… ne cessa pas pendant près de trois jours. Et lorsque reclus de fatigue, Gorog se laissait aller en quelques marmonnements moins compréhensibles encore que sa logorrhée incessante, qui finissaient par se muer en ronflements sonores, rutilants. Sitôt qu’il s’éveillant, quand ce n’était pas pour manger la pitance infecte que ces deux gardes armés leur refourguaient quand ils le voulaient bien, il recommençait, encore et encore, sur moult sujets toujours plus radoteurs. Et ce fut pire lorsque Broginn lui-même se mit à piauler de tout son coffre, à hurler et brailler, certain de gêner ces deux miliciens mal lunés qui avaient cru bon de les arrêter.

Ce n’est qu’au terme de leur voyage, après dix jours de traversée des monts et des vaux du Royaume kendran qu’ils arrivèrent à Kendra Kâr. Les traits des gardes étaient tirés, leurs yeux rougis et l’on pouvait observer de petits tics nerveux, spasmes incontrôlables qui notaient tant de leur niveau de fatigue que d’énervement latent. Ils avaient fini par les bâillonner, mais durent se résoudre, bien sûr, pour ne pas passer auprès de la garde citadine pour des tortionnaires, délier les bouches de leurs prisonniers. Et là, Gorog s’empara du crachoir pour achever ces deux empaffés.

« Té, alors vous allez nous mener à la milice hein ? Pour nous juger, soi-disant, d’avoir libéré des bestiaux trop bêtes pour rester sages ? Voilà une prouesse qui fera parler de vous, pour sûr. » les railla-t-il. « Tout ce que vous aurez gagné à nous mener ici, c’est de devoir nous surveiller en attendant notre procès. Hé, personne voudra nous soustraire à votre autorité hein. Ha. Et puis qui voudrait garder deux nains dégrisés en cellule ? Hein ? J’vous l’demande moi. Et j’vous raconte pas comment ça peut être long, parbleu, l’attente d’un procès. Et puis, hé, après le jugement, on va pas nous écourter d’une tête : on est déjà assez petits. Ni nous pendouiller : z’avez pas de branche assez solide pour nous porter. Alors vous savez quoi ? Ben on va purger notre peine en cachot. Hein ? Et qui nous gardera encore ? Ben vous, à nouveau. Ah vous l’aurez gagnée, votre promotion. Et… »

Ils ne le laissèrent pas terminer. Sitôt passées les portes de la grande cité, ils s’échangèrent un regard nerveux, nervuré de rouge, à la limite d’un rire fou, tout sauf rigolo, et décidèrent d’un commun accord tacite de mettre fin à leur calvaire sans plus tarder, et d’aller sans plus tarder dilapider leur solde dans un troquet, autour d’une bière. Une sage décision, puisque pour se faire, ils libérèrent les deux comparses nains, qui se retrouvèrent comme deux glandus, paumés cul-nu, puant comme des charognes, au milieu de la grande cité. Mais au moins ils étaient libre, et Gorog, donnant une tape dans le dos de son ami, éclata d’un rire gras, oubliant instantanément ces dix jours de bougonnerie amère.

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Gorog, nain.

Le nez, c'est l'idiot du visage.


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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Ven 9 Déc 2016 17:57 
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Le retour à Kendra Kâr se révéla particulièrement long et épuisant pour Anastasie. Elle dut d'abord se rendre à Akinos, où elle avait laissé Fenrir, son cheval, et y passer la nuit. Le lendemain, elle soigna un peu mieux sa blessure au ventre, mais celle-ci restait douloureuse et en convalescence. Ce qui ralentit très nettement sa progression. Car dans ces conditions, le moindre cahot sur la route relançait les douleurs qu'elle ressentait à l'abdomen, et en plein milieu des Duchés les trous et autres irrégularités étaient nombreux sur la route. C'est donc presque au pas qu'elle enchaîna les journées de voyage, mangeant de la viande séchée et s'ennuyant à mourir chaque nouveau jour. Elle arriva finalement sur un terrain plus plat après plus d'une semaine et, désireuse de reprendre des forces, s'arrêta à une petite ville au bord du Lac Hynim pour une halte de deux jours. Les soins répétés qu'elle se prodiguait magiquement et le repos dans ce village eurent finalement raison de la blessure, qui ne fut plus qu'une vilaine cicatrice, et elle repartit enfin pour Kendra Kâr, au trot cette fois. Lorsqu'elle arriva enfin en vue de la capitale, elle avait quitté Akinos depuis presque vingt jours et, plus vertigineux encore, elle retrouvait sa région natale pour la première fois depuis presque deux mois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Mer 22 Fév 2017 21:44 
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- Et après ?

Les roues de la charette avançaient péniblement. La lourde cage de fer qui était soudée à cette dernière donnait du fil à retordre aux deux bourrins chargés de la tirer. Il faisait chaud. Cependant, la pluie diluvienne qui s'était abattue la nuit d'avant avait rendu les chemins boueux et difficilement praticables.

- Hein, dis ? Ensuite qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Les deux bandits affiliés en tant que gardes du convoi marchaient eux aussi avec peine, jurant et allant même jusqu'à envier les malheureux enfermés qui eux avaient la chance de pouvoir se laisser transporter. Par pure méchanceté, dès que l'un des captifs venait à s'assoupir, ils venaient le sortir de sa torpeur d'un coup bien senti entre les côtes accompagné d'un rire idiot.

Cela faisait maintenant plusieurs heures que le groupe progressait. Une longue durée qui avait fait perdre toute notion du temps à Ezekiel. Il était fatigué, éreinté. Au fil de leur discussion, les deux geôliers avaient livré quelques indices quant à leur destination, et surtout ce qu'ils comptaient faire de leur butin humain. Ils étaient esclavagistes. Le chef de leur bande, un certain Manfred, avait un contact dans une mine proche de Gamerian qui offrait un bon prix pour s'octroyer de la main d'œuvre supplémentaire. Ce contremaître semblait visiblement plus attiré par le profit que par la morale. Un homme tout ce qu'il y a de plus banal, en somme.

Le fameux Manfred occupait la tête du convoi, tranquillement installé sur sa monture, un puissant étalon au pelage sombre comme la nuit. Il était grand et chauve. Les nombreuses cicatrices présentes sur son crâne et son visage laissaient présager qu'il n'en était pas à son coup d'essai. Il arborait également une barbe proéminente qui lui donnait une allure autoritaire ainsi que de puissantes épaules qui auraient fait passer un garde du corps pour une danseuse. L'archétype du salaud malhonnête.

- Ho ?! Tu vas la finir ton histoire ?! Comment qu't'as attéri dans ce merdier toi ?

Ezekiel grimaça en essayant de désserrer ses liens, qui lui brûlaient les poignets. Il reporta ensuite son attention sur son interlocteur. Il se prénommait Harolt. Son faciès constamment étonné ainsi que ses yeux de fouine lui donnaient l'air d'un parfait abruti. Lui aussi avait eu la malchance de croiser la route de Manfred et ses hommes. Ezekiel en avait eu encore plus de se retrouver assis face à lui, dans l'étroite cage qui les confinait depuis ce qui paraîssait être une éternité. Avec le recul, il trouvait les coups de ses ravisseurs plus agréables que d'avoir à faire dans le social avec cet individu qui faisait passer les deux gardes pour de véritables sages. Conscient que la seule manière de trouver un semblant de paix était de monopoliser la parole, Ezekiel n'eut d'autre choix que d'accéder à la requête du simplet.

- Bon, bon. Où en étais-je déjà ? dit-il d'un ton qui parvenait à peine à masquer sa lassitude.

- Tu v'nais d'attérir dans le p'tit camp de marchands sur la route de Bouhen ! lui répondit Harolt, tout heureux de connaitre la suite qui s'annonçait.

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Ven 3 Mar 2017 17:06, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Jeu 23 Fév 2017 02:38 
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Un vent puissant venu du littoral balayait les champs de blé, les faisant onduler avec tranquilité, offrant aux yeux une chorégraphie naturelle des plus apaisantes. Il était très tôt, le soleil venait tout juste de se lever. Le petit village dans lequel il avait toujours vécu était toujours endormi. Le regard hagard et la mine réjouie, Ezekiel observait ce doux spectacle. Il y avait assisté maintes fois, pourtant jamais il ne l'avait autant savouré. Peut-être était-ce la dernière fois qu'il avait l'occasion de le voir, assis sur ce gros rocher sur lequel les enfants du village avaient pour habitude de s'amuser. C'est d'ailleurs ici que son père avait pour coutume de lui narrer les récits d'aventure qui ont forgés son désir d'action et de voyage. Il était désormais temps pour lui d'écrire sa propre histoire. Calmement, il se leva. Après une longue inspiration et un dernier coup d'œil vers son village, il sauta de la masse rocheuse d'un saut habile, puis prit la direction de sa destinée...

Les marchands avaient décidé d'installer leur campement près de la route en direction de Bouhen. Soif de revenus oblige, ils avaient également monté quelques étals et présentoirs dans l'optique de tenter les passants. Ezekiel, fatigué de sa route, y avait vu une bonne occasion pour se ressourcer et refaire le plein de provisions. Il fût accueilli chaleureusement, à grands renforts de sourires et de gentillesses. Visiblement, pour se montrer si avenants, ces gens n'étaient pas de la capitale. L'homme qui menait cette joyeuse troupe se nommait Ferland. La cinquantaine bien entamée, ses cheveux grisonnants étaient tirés vers l'arrière et noués en une longue natte. Cela sublimait les traits de son visage et affichait ses rides. Pour son âge, il n'en avait pas beaucoup. Elles étaient surtout localisées au niveau de ses joues. Ezekiel en tira la conclusion que c'était une personne fort sympathique ayant passé sa vie à rire. Ce dernier confirma sa thèse en lui proposant le gîte et le couvert. Ezekiel se sentit gêné d'insister mais finit par céder devant l'insistance bienveillante du vieil homme.

La nuit commençait à tomber, aussi le groupe fit naître une source lumineuse en disposant des torches autour et au milieu du camp. Il offrit son aide afin de dresser la grande table qui allait servir pour le repas. Les marchands ne paraîssaient pas le moins du monde vivre dans la nécessité à la vue des nombreux plats proposés. Les cuisiniers s'étaient démenés. Poissons en sauce, salades de légumes, viandes rôties ou encore soupes épicées aux senteurs exotiques, il n'avait pas le souvenir de s'être vu proposer si bons mets. Assis à la droite de Ferland, le vagabond faisait figure d'invité d'honneur. Ses joues étaient déjà roses écarlates, et les regards appuyés que lui faisait une belle jeune femme aux cheveux blonds ne l'aidaient en rien. Il se contenta de lui lancer un sourire timide en guise de réponse. Le doyen n'avait pas loupé une miette de cet échange, et le lui fit savoir d'une tape amicale sur l'épaule.

- Et bien en voilà un chanceux ! On dirait que tu as retenu l'attention de ma fille. Elle se nomme Licilia et crois-moi, elle n'accorde pas ce genre de faveur au premier venu ! lâcha t-il entre deux bouchées de rôti, dont le jus lui coulait sur la barbe.

Ezekiel ne savait plus où se mettre. Il se contenta alors de se focaliser sur sa soupe et de changer de sujet sans la moindre once de subtilité.

- Vous vous dirigez vers Bouhen, donc ? Dans quel but ?

- Bouhen, puis une autre cité, et encore une autre après ! Nous sommes des itinérants mon garçon. La route est notre foyer et il en sera toujours ainsi. Tu sais, toi qui m'a dit vouloir découvrir de nouvelles contrées, tu pourrais te joindre à nous. Je suis sûr que tu saurais te montrer utile. Nous avons toujours besoin de gens comme toi pour nous défendre de ceux qui convoitent nos biens.

Ferland avait bien entendu remarqué la feinte d'Ezekiel, mais décida de jouer le jeu, ne souhaitant guère l'accabler davantage. La suite du repas fût placée sous le signe de la convivialité et de la détente, aidée par la bière et le vin. Des chants nacquirent, qui n'avaient rien à voir avec ce qui pouvait s'entendre dans certaines tavernes mal famées.

Le dîner fût interrompu par une légère pluie qui se mit à tomber. Fine, mais qui ne cessait de s'intensifier. Le doyen se leva et invita tout le monde à aller gagner sa couche après avoir débarassé. Poussé par l'uns de ses fréquents élans de générosité, Ezekiel se proposa pour donner un coup de main. Licilia en profita pour se rapprocher de lui, et il se montra cette fois-ci beaucoup moins farouche. Pendant qu'ils lavaient plats et assiettes, aidés par la bruine, il échangèrent sur leur passé, leurs goûts, leur vision du monde, se trouvant nombre de points communs. En retrait, Ferland observait la scène bras croisés, le sourire aux lèvres. Il patienta, jusqu'à ce que les deux jeunes gens eurent terminé leur discussion, puis invita Ezekiel à le rejoindre d'un geste du bras. D'un pas tranquille, sous la pluie, ils marchèrrent à travers le camp.

- La tente des sentinelles a toujours quelques places de disponibles. Étant donné qu'ils sont plus alertes durant la nuit, il y a plus de patrouilles. Tu pourras t'installer là.

- C'est très aimable de votre part. Je ne pensais pas rencontrer de personnes si généreuses dès mon premier jour sur la route. C'est très plaisant.

La lune, étrangement, parvenait à percer l'obscur rideau nuageux de sa douce lumière, baignant les alentours. Un calme plat venait de s'installer, ne se faisant rompre que par la mélodie des gouttes qui tombaient avec vélocité ainsi que la voix des deux hommes, qui étaient quasiment les derniers debouts. Seuls les gardes et quelques rares autres veillaient. Leur présence n'était d'ailleurs pas de trop...

- Dis-moi, Ezekiel, je voulais te demander... commença Ferland.

Malheureusement, le vieil homme n'eut jamais le temps de finir sa phrase. En une fraction de secondes, une flèche vint lui traverser la tête, le défigureant littéralement en séparant son nez en deux. Le regard qu'il arbora alors restera à jamais gravé dans la mémoire d'Ezekiel. Un regard où se mêlaient frustration et incompréhension. Un regard vide. Un regard mort. Le jeune homme ne comprenait pas lui non plus ce qu'il venait de se passer.
Tout cela était-il réel ? Ferland s'éffondra, après une vaine tentative de murmurer quelque chose, sans doute dû aux nerfs qui s'agitèrent en un ultime sursaut. Un cri ramena Ezekiel dans le présent.

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Ven 24 Fév 2017 02:20, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Ven 24 Fév 2017 02:17 
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- On nous attaque ! Aux armes, aux armes !!!

Le cerveau d'Ezekiel ne fonctionnait plus qu'à l'instinct. La tente des gardes. Une épée. Vite. Tel un fou poursuivi par ses démons, il se rua. La pluie choisit ce moment pour s'intensifier, marquant de sa hargne les événements à venir. Arrivé dans la tente, Ezekiel se jeta sur le premier râtelier venu et s'empara d'une lame. Elle n'était pas de très bonne facture, mais il se rassura en se disant que le plus important était la main qui la maniait. Avant de sortir, il compta le nombre de lits. Cinq.

- Et merde... Ça va être un vrai massacre...

À peine sorti, il vit un homme lui foncer dessus, armé d'une hachette. Jusqu'alors, il n'avait vécu que des entrainements. Le moment était donc venu. Il expira avec difficulté. Puis comprit. Les histoires que lui contait son père étaient enjolivées, l'issue se faisait toujours dans la joie et la félicité. La réalité était faite de boue, de larmes. De sang. Il se mit en garde. Laissa son adversaire entamer les débats. Celui-ci était nerveux, se précipita. Il ne voulait pas faire dans la demie-mesure, visa d'entrée la gorge. Ezekiel n'eut pas de mal à parer le coup, profitant de l'avantage que lui offrait sa lame dans ce genre d'opposition. En revanche, le choc entre les deux armes produisit des vibrations qui lui vrillèrent dans la main jusqu'au poignet, manquant de lui faire lâcher son épée. Il grimaça de douleur, puis attaqua à son tour. L'adrénaline jaillit dans tout son être, le faisant frissonner.Le monde ne se résumait en cet instant plus qu'à lui et son adversaire. Il était animé d'une haine féroce, telle une bête acculée, rejettant la faute de la mort de Ferland sur son opposant. Son attaque non plus ne fit pas mouche, le bandit l'esquivant d'un bond en arrière. Leurs regards se croisèrent. Il ne connaissait pas cet homme. Ce qu'il désirait le plus était pourtant sa mort. Il devait s'y résoudre, le monde est cruel.

D'une feinte de corps parfaitement exécutée, Ezekiel embarqua son vis-à-vis sur le mauvais côté, lui ouvrant ainsi sa garde. Il ne se fit pas prier pour exploiter la faille. D'un tour sur lui-même, il fit transiter toute sa force dans son bras armé, assenant un coup rageur en un cri bestial. Il atteignit son adversaire en plein visage, le décapitant au niveau de la bouche. Seules la langue et la mâchoire étaient encore présentes sur le semblant de tête du malheureux, qui fit deux ridicules pas en arrière avant de s'écrouler de tout son long. Encore un qui venait de perdre ses chances de séduire au bal...

Ezekiel n'eut pas le temps de savourer sa victoire. Deux nouveaux assaillants lui fonçaient dessus. Conscient de son manque d'expérience malgré le tour de force qu'il venait de faire, il savait que la fuite était sa meilleure option, ce qu'il fit sans demander son reste. Les bandits étaient plus rapides que lui. Il s'apprêtait à faire volte-face afin de jeter ses forces dans la bataille et périr avec fiérté. C'est à cet instant qu'un valeureux garde fit une intervention salvatrice. La lame en avant, il venait de bondir sur l'un des deux poursuivants, le transperçant et l'entrainant dans sa chute. Ezekiel était sur le point d'aller porter secours à son sauveur, mais un cri perçant modifia ses plans. Licilia. Deux bandits la tenaient fermement, l'entrainant dans un coin isolé. Aucuns doutes sur leurs intentions. Enhardi d'un sursaut de bravoure, Ezekiel ne se posa pas de questions, chargeant à sa rescousse.

- Bordel... Le coup de la blonde en détresse par contre, ça n'a pas grand chose de fictif... !

Avant de les rejoindre, il eut le temps de voir une nouvelle flèche tuer un marchand qui voulait s'enfuir, ainsi qu'une autre lui frôler le visage. Licilia avait déjà été mise à terre. L'un la maintenait tandis que l'autre était affairé à retirer sa ceinture. Parfait pour Ezekiel. Les deux porcs, après avoir quasiment assomé leur proie, étaient bien trop concentrés sur leurs pulsions pour remarquer qu'il leur fonçait dessus, bien décidé à en découdre. D'un coup de genou bien placé, il envoya le premier dans les pommes, lui brisant le nez au passage. Le pantalon aux chevilles et la face ensanglantée, il faisait peine à voir. Ezekiel aurait ri aux larmes dans une autre situation. Le second cependant, réagit avec vivacité et se redressa en une fraction de secondes, dégainant sa lame. Sa garde était différente de la première victime d'Ezekiel, plus détendue, assurée. Il savait visiblement se battre et surtout le faisait avec sang froid. La tâche s'annonçait plus ardue.

Ils se jaugèrent en silence, décrivant un cercle. La tension était forte, aussi Ezekiel perdit patience et chargea. Il tenta de réitérer la feinte qui avait si bien fonctionné la première fois, mais son adversaire, d'un tout autre acabit, lut parfaitement les intentions du rôdeur. Il lui répondit lui aussi d'une feinte, mimant de se faire avoir pour finalement passer outre la garde d'Ezekiel d'un geste souple. Déstabilisé, il ne put parer le coup lui étant déstiné, qui lui lacéra le bras. La malfrat, satisfait et arrogant d'avoir si facilement prit l'ascendant, n'enchaîna pas pour finir le travail. Il préfèra jouer les coqs, entre ricanements et provocations, auxquelles Ezekiel était incapable de répondre tant la douleur se faisait vive. Licilia choisit ce moment pour entrer en scène. Par derrière, elle sauta sur le dos du malfrat, s'étant au préalable saisie de la ceinture dont s'était délestée Nez-Cassé. Elle s'en servit pour étrangler le pillard. Telle une furie, Licilia mit toutes ses forces dans l'effort, à tel point que le visage du bandit vira à un bleu maladif.

Ezekiel voyait trouble, ses jambes se dérobaient. Il n'eut pas le temps de prévenir Licilia que Nez-Cassé avait retrouvé ses esprits et accessoirement remonté son pantalon. Ce dernier alla coller une violente gifle à la jeune femme qui lâcha prise sous le coup de la douleur et de la surprise. Ils allaient la tuer. Cette pensée rechargea Ezekiel en lucidité et en vigueur. Galvanisé, il rassembla ses forces pour quelques efforts supplémentaires. Il fit face à Nez-Cassé, qui avait bien compris que la menace se trouvait ici. Le bandit, sans doute encore sonné, tenta de porter un coup à Ezekiel. Il manquait de conviction. Malgré ses forces amoindries, le héros d'un soir l'ésquiva avant d'en parer un nouveau. Il se fit entendre à son tour. Il donna un premier coup. Puis un second. Se pencha en avant pour en éviter un lui étant destiné. Fit mouche d'un troisième, qui arracha une plainte déchirante au pillard qui avait maintenant son bras gauche tranché. Puis l'acheva, plantant sa lame dans les entrailles d'un Nez-Cassé médusé.

L'autre bandit n'était toujours pas remis, reprenant son souffle avec peine. Licilia, elle, avait repris du poil de la bête et alla ramasser une épée s'étant retrouvée sans propriétaire durant la lutte. Elle ne voulait pas faire dans la pitié, pas après ce que les deux salauds voulaient lui faire. Elle patienta, jusqu'à ce que le futur macchabée se soit plus ou moins redressé, les genoux toujours à terre. Fière et droite, elle le surplomba de sa hauteur, l'arme à la main, des larmes de chagrin illustrant une âme en déclin. D'une botte à la précision chirurgicale, elle lui trancha la gorge. Ce n'était pas son coup d'essai, la jeune femme avait déjà manié le glaive. Sa besogne accomplie, elle se tourna vers Ezekiel et s'enquit de sa blessure, qui laissait s'échapper quantités de sang de plus en plus alarmantes. Le rôdeur la rassura avec autant de crédibilité qu'un orc lisant un livre, la main sur son bras estropié, tentant vainement d'endiguer le flot d'hémoglobines.

- Fuis. Bouhen ne doit pas être très loin. Toi au moins as la force de l'atteindre.

Licilia tenta de le convaincre de le suivre, mais l'état d'Ezekiel était sans appel, il n'aurait fait que la ralentir. Aussi décida t-elle d'appliquer son conseil, non sans mal. Il est toujours compliqué d'abandonner un ami. Elle gagna les bois proches d'un pas hâtif, sans se retourner. Cette femme semblait bien plus qu'une simple fille de marchand. Tenant difficilement debout, tel un revenant, Ezekiel la regarda s'éloigner, ignorant les cris et le massacre dans le camp. Quelques instants plus tard, il reçut un violent choc à l'arrière du crâne, ayant raison de sa conscience.

- On fait quoi de lui Manfred ?

La pluie tombait toujours avec force. Cette fois-ci en revanche, elle faisait presque partie des seuls bruits audibles. Le fameux calme après la bataille, comme si le temps avait prit la décision de retenir sa respiration pour quelques minutes, par respect pour les morts, pour ne pas venir entâcher ce tableau macabre, à la fois sinistre et paisible. Les bandits avaient finalement eu raison des pauvres marchands qui n'avaient offerts qu'une faible résistance. Ezekiel avait plus mal à la tête qu'après une soirée trop arrosée.

- Bandez son bras et enfermez-le avec les autres. Vu sa carrure, il va nous rapporter un joli montant. Emportez tout ce qui a de la valeur, brûlez le reste et dépêchez-vous, avant qu'un détachement de Bouhen ne vienne nous mettre en pièce.

Sa phrase terminée, Manfred renvoya Ezekiel au pays des songes en lui calant sa semelle dans les gencives.

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Ven 24 Fév 2017 20:36, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Ven 24 Fév 2017 20:28 
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- On peut dire que t'as dérouillé mon salaud !! Au moins ta douce a pu s'enfuir. Puis tu t'es pas si mal débrouillé, t'es encore en vie.

Ezekiel regardait dans le vide, n'écoutant qu'à moitié l'intervention d'Harolt. Il préfèra passer son regard sur les environs. Après tout, c'était peut-être l'ultime fois qu'il avait la chance de voir le monde extérieur. Quelle tristesse pour un homme raffolant de grands espaces, afin d'abreuver ses yeux et sa mémoire de la majesté de la nature. La forêt qu'ils traversaient était composée d'arbres au tronc fin et resserés, qui ne laissait que peu d'espaces aux rayons du soleil. Sans le convoi et les multiples interventions d'Harolt, un calme des plus paisibles aurait régné dans cette atmosphère boisée et agréable. Ezekiel s'imagina cheminer seul dedans, discrètement, afin d'entendre et observer le plus d'espèces possible. Une randonnée en pleine nature, ou l'une des meilleures façons de se retrouver en phase avec ce qui nous entoure, retrouver son "soi" au delà de toutes les préoccupations accumulées au fil des ans. Simplement profiter de choses simples, basiques et pourtant essentielles.

Puis il se rappela la cage. L'armature qui le séparait de toute cette tranquilité. Quel supplice devaient ressentir les malheureux enfermés à vie dans des geôles sombres et insalubres privés de tout air sain et vivifiant, dans l'attente d'une mort qui n'arrivait qu'à petit feu et rythmée par la perte progressive d'espoir et de raison. On vous coupait du monde, faisait de vous un paria, invisible, inutile. Une simple coquille vide dans laquelle l'essence même de la vie n'avait plus sa place et se volatilisait, lentement mais sûrement. Confronter ainsi la liberté à l'enfermement mis à mal les pensées d'Ezekiel, allant presque jusqu'à lui donner la nausée. Il décida finalement de répondre à Harolt.

- Ma douce... Héhé. Je ne la reverrai sans doute jamais et il en est mieux ainsi. Si j'ai quitté le confort de mon village c'était pour pouvoir ressentir avec intensité mon indépendance, pas pour la reperdre dans les bras d'une femme. Mais je suis content de savoir qu'elle a pu s'enfuir et ne doute pas du fait qu'elle va très bien se débrouiller seule. Au final je n'ai rien controlé, ne doit mon salut qu'à la chance.

Il disait vrai. Ezekiel avait certes eu plusieurs relations mais n'avait jamais voulu s'inscrire dans la durée. Encore moins maintenant. Errer sur les routes avec des marchands en tant que sentinelle et construire une vie de couple n'était aucunement dans ses intentions.

- T'as tué deux de ces enflures uniquement avec de la chance ? Chié t'es fort mon salaud ! C'est p't'êt' ça la marque des grands.

Ezekiel ne put réprimer un sourire. C'était bien là la première fois qu'il entendait quelque chose de pertinent sortir de la bouche d'Harolt. Cela devait lui changer.

- Mais là j'vois pas comment qu'la chance elle va nous aider... fit Harolt avant de s'enfoncer la tête dans les épaules, tel un écolier que l'on venait de réprimander.

Il avait raison. Les chances de s'en sortir à bon compte étaient plus que minces. Ezekiel passa son regard sur le convoi. En plus de la leur, deux charettes étaient aménagées en tant que cages mobiles, chacunes occupées par six personnes. Trois autres servaient à amasser le butin, qui avait largement gonflé suite au raid sur le camp. Evidemment, elles étaient toutes gardées par deux ou trois lascars, qui chaloupaient des épaules à chaque pas. Au total, Ezekiel dénombra un peu plus d'une vingtaine de truands. Visiblement, ils n'étaient pas tomber sur de simples amateurs, mais bien une bande organisée, gérée d'une main de fer par un chef aux allures despotiques. Manfred avait l'air de tremper dans le monde du banditisme depuis un certain temps. Pour rien au monde Ezekiel n'aurait voulu se retrouver en combat singulier face à lui. Il y aurait laissé plus que sa peau, lui, le novice au grand coeur mais à la technique encore trop tendre. Dire qu'il s'était entrainé comme un mort de faim deux années durant, ce pour manquer de se faire égorger par le premier hors-la-loi venu... Il avait au moins appris avoir assez de force pour démembrer ses opposants, ce qui pouvait se montrer relativement dissuasif. Cela lui serait sans doute fort utile face à de dangereux et impitoyables filons de fer.

Dix années de patience et de travail pour se retrouver esclave dans une mine au bout de trois jours. Quel brio. Cette pensée arracha un fou rire nerveux à Ezekiel, qui jugea sa situation pire que grotesque. Cela interpella l'un des bandits reconverti en vigile, qui n'avait pas pour habitude de voir un captif s'esclaffer de la sorte. Il ne trouva rien de mieux que de lui flanquer un coup bien senti dans l'omoplate. En plus de lui faire particulièrement mal, réveillant la douleur dans son bras gauche, cela eu le don d'agacer particulièrement Ezekiel. Il ne se fit pas prier pour faire valoir son mécontentement, littéralement enragé, ses nerfs ne tenant plus.

- Mais c'est quoi ton problème fils de chienne ?! Ça te suffit plus de me traiter comme de la merde ?!

Pour toute réponse, le bandit lâcha un bruyant et répugnant crachat au sol. Dépité, Ezekiel s'enfouit la tête dans les mains et jura intérieurement, priant n'importe quel divinité à l'oreille attentive de venir à son secours. Les dieux existent sur Yuimen, et se manifestent parfois de manières bien insolites.

Une secousse vint briser le silence de la forêt. Puis une deuxième. Manfred leva le bras, ordonnant au groupe de marquer le pas. Troisième secousse. Ravisseurs comme captifs tendaient l'oreille, n'osant plus bouger. Les secondes s'étaient transformées en minutes. Pesantes. Chacun attendait la suite, l'inéluctable. Quatrième secousse. Ça venait de la gauche. Cinquième. Non, de la droite. Les malfrats ne savaient plus où donner de la tête. La main sur la garde de leur arme, ils s'agitaient, aux frontières de la panique. Ezekiel releva la tête, lentement. Comme si chaque mouvement lui coûtait un effort surhumain. Deux nouvelles secousses se firent entendre. Plus proches, plus audibles. Deux autres suivirent. Cette fois, plus de doute, il s'agissait de pas. Puis tout se déroula très vite.

Renservant les arbres, comme s'ils n'étaient que de fragiles brins de blé, une montagne surgit des bois. Une montagne avec une face hideuse et une gueule béante. Une montagne armée d'un gourdin de la taille d'un arbuste. Une montagne ressemblant trait pour trait à... Un troll. Rugissant de haine et dévoilant une dentition certainement pas destinée à mâcher de la laitue, le monstre se rua. Deux bandits se trouvaient sur son passage, puis la seconde d'après dessous. Le colosse asséna un puissant coup dans la charette de tête, heureusement uniquement remplie de butin. Elle dégringola tout de même sur trois pauvres bandits qui se firent écraser tels des insectes, le bruit des os broyés en plus. Manfred dégaina son épée et invectiva violemment ses hommes à l'imiter. Ceux-ci hésitèrent, avant de finalement le suivre. Puis un événement eu raison de saper leur peu de moral. Deux nouveaux mastodontes surgirent, se joignant au carnage.

- Ne reculez pas bande d'abrutis !! Isolez-vous et vous êtes morts ! Allez, prouvez que vous avez des couilles ! hurla Manfred, qui n'hésita pas à se jeter dans la mêlée.

Il esquiva la frappe d'un troll, puis répliqua avec précision de sa lame. Cela galvanisa les bandits, qui retrouvèrent de l'aplomb à la vue de leur chef. Enhardis, ils chargèrent en hurlant comme des demeurés.

Ezekiel et Harolt se fixaient, tantôt incrédules, tantôt terrifiés. Le rôdeur frémit. Il vit Harolt s'agiter, au bord de céder à la panique. D'un geste vif, il vint lui plaquer ses mains liées sur la bouche avant que celui-ci n'ait le temps de hurler.

- Bordel tu nous veux morts ?!! Attire leur attention et on est sùrs d'y rester ! Compris ?!

Harolt hôcha frénétiquement la tête en guise d'approbation. Les quatre autres captifs présents dans la cage jugèrent ses propos pertinents eux aussi, et tous se couchèrent afin de se faire le plus petit possible. Ezekiel osa un regard en direction du conflit.

Les bandits s'étaient répartis sur les monstres, s'efforçant de les disperser au mieux. Ils étaient plus vifs et plus nombreux, les trolls plus forts et résistants. Les attaques physiques n'avaient d'ailleurs que peu d'impact sur eux. Chaque coups qu'ils recevaient avait pour effet de focaliser leur brutalité sur l'instigateur. Ce dernier se faisait écraser les instants suivant, conntribuant à rendre le sol plus rouge. Plein de cœur, les malfrats se battaient comme des acharnés, conscients de l'enjeu et portés par un Manfred impérial. Celui-ci évita un énième coup d'une roulade, avant de se redresser rapidement, son épée à la verticale, la plantant dans la gorge découverte du troll lui faisant face. La pointe de la lame se permit même de surgir du crâne de sa victime. Le colosse lâcha un râle de douleur avant de s'écrouler en arrière. Les deux autres, spectateurs de la scène, entrèrent alors dans une folie meurtrière. L'un d'eux, d'un balayage de son arme, envoya trois voyous saluer les branchages, laissant une paire de jambes sur place. Chacun, humains comme trolls, lançaient toutes leurs forces dans la bataille, l'intensité ne faisant que croître.

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Lun 27 Fév 2017 03:39, édité 1 fois.

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MessagePosté: Lun 27 Fév 2017 03:35 
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Petit à petit, Ezekiel commençait à dessiner les contours d'un plan lui permettant de tirer profit de la situation. Les trolls pouvaient offrir un bon moyen de forcer la cage. Le problème est qu'il occupait cette fameuse forteresse metallique... Mais lorsque l'on est aux frontières du desespoir et que l'on a plus rien à perdre, on tente le tout pour le tout.

Les bandits avaient vu leur nombre mis à mal, mais constater qu'il n'était pas impossible de venir à bout des colosses leur redonna du poil de la bête. Le temps jouait contre les captifs. L'un des trolls venait justement d'en finir avec ses adversaires et s'apprêtait à aller prêter main forte à son compagnon. Ezekiel saisit cette opportunité. Il se redressa de tout son long, se faisant le plus visible possible, agita ses bras et hurla à pleins poumons en direction du monstre. La créature mordit à l'hameçon, aidée par son faible taux de neurones. Il se rua sur la charette, l'arme levée. Ezekiel, qui était plaçé à l'arrière de la charette ne bougea pas, continuant de provoquer le géant. Le monstre prépara son attaque. Un coup vertical. Parfait. Au dernier moment, juste avant que l'immense masse ne vienne faire voler en éclats la pauvre armature de fer rouillé, le rôdeur se jeta sur le côté. Une brèche se forma. Étroite mais suffisante pour laisser passer un humain de taille normale. Le moment de réflexion était conclu. Place à l'action. Ezekiel fonça avant que le monstre n'attaque une fois supplémentaire. Il ne voulait pas voir les prisonniers perdre la vie. Pas même Harolt, si agaçant soit-il. Aussi se résolut-il à servir d'appât, afin de laisser le temps aux captifs de prendre leur jambes à leur cou. Cette liberté qu'il avait souhaité toute la journée ne s'apparentait certainement pas à se résumer à une course contre un troll. Mais s'il avait bien retenu une leçon de sa maigre expérience, c'est que l'aventure ne se déroule jamais comme on s'y attend.

Mains liées, désarmé, il faisait figure de cible parfaite, une proie de choix. Réalisant cela, il soupira longuement et jura, prenant conscience une fois de plus du ridicule de sa situation. Lui, seulement vêtu de sa chemise de lin et de son pantalon de toile, sale et extenué, face à un troll furieux et piqué à vif. Il invita le colosse à focaliser son attention sur lui d'un sourire jaune, le monstre lui répondant d'une grimace ahurie. Puis, après de longues secondes à se fixer de la sorte, la poursuite s'engagea. Il renversa un tonneau, se baissa pour éviter de se faire décapiter par un bandit, plongea sur le côté pour ne pas se faire écraser sous la masse du troll, voulut reprendre son souffle, se ravisa en voyant la gigantesque main tendue proche de l'attraper, repartit de plus belle. Finalement, il parvint à échapper à la vigilance du troll en se jettant sous une charette, se donnant du répit. La bête repartit dans la mêlée, désinteressée des pauvres chevaux qui se cabraient de panique. Ezekiel venait de vivre la minute la plus intense de toute sa vie. Tétanisé par la peur et un violent surplus d'adrénaline, il resta pétrifié un moment sous la charette, persuadé que le moindre mouvement serait son dernier. Puis une voix vint le sortir de sa torpeur. Une voix rude, autoritaire et grave.

- Tu comptes rester là à te pisser dessus encore longtemps où tu vas te rendre utile bordel de merde ?!

Poétique. La voix venait du dessus. Ezekiel était sous l'une des cages roulantes. Il n'eut pas le temps de répondre qu'une nouvelle gueulante vint lui faire vriller les tympans.

- Et magne toi le cul !! Tu crois qu'on a du temps a perdre putain ?! Y'a une épée à deux mètres. Tu vas la chercher, tu te détache et tu nous ouvres !

Si sa position le lui avait permis, Ezekiel se serait mis au garde-à-vous. Le ton employé par son interlocuteur lui avait fait l'effet d'un pied aux fesses. La perspective de pouvoir se détacher était plus qu'alléchante. Il se redressa des plus rapidement, fonçant vers la dîte lame et s'en saisit. Un bandit choisit ce moment pour charger Ezekiel, qui pensait à sa situation et eut envie de pleurer. Il était certes armé mais toujours ligoté. Encore et toujours la même rengaine. Il me controlait rien.

Il patienta jusqu'à ce que le bandit fut à portée et tenta une frappe horizontale. L'épée siffla dans l'air sans trouver cible. Son opposant s'était baissé et rentra dans Ezekiel d'une violente charge d'épaule dans l'estomac, lui coupant le souffle et le propulsant à terre. Il avait néanmoins réussi à garder son épée en main, s'agrippant à elle tel une puce à un chat. Le combat était à l'image de la situation. Rythmé. Une roulade sur la droite pour esquiver une frappe. Une autre sur la gauche pour en éviter une autre. Ezekiel envoya son pied dans la rotule de son adversaire, le faisant hurler de douleur et lâcher son arme. Il ne patienta pas jusqu'à ce que celui-ci se remette de ses émotions et lui asséna un nouveau coup dans la jambe afin de le faire tomber. Il se jetta sur lui. Maintenant tous deux au sol, le combat prit un air des plus juvénils. Ce n'étaient plus deux hommes se livrant une lutte à mort au milieu d'un véritable chaos causé par quelques trolls affamés, mais deux enfants qui se chamaillaient afin de prouver sa supériorité à l'autre. Les armes n'avaient ici plus leur place. Ezekiel s'était de toute façon fait désarmer au préalable d'un coup de tête qui lui fit voir des étoiles en plein jour. Ici, ce n'était plus que griffures, tirage de cheveux, gifles et morsures. Le rôdeur, à cause de ses mains attachées, éprouvait le plus grand mal à prendre l'ascendant. C'est finalement après avoir laissé passer l'orage d'une pluie de coups qu'il parvint à renverser son adversaire et le chevaucha. Il lui écrasa alors ses poings sur le visage, l'étourdissant. Ces quelques secondes de répit lui permirent d'atteindre son arme, entre grognements et trébuchements. Il l'enfonça dans le sol avec le plus de force possible et entreprit de sectionner ses liens. Cela était plus dur qu'il ne le pensait, il dut s'y reprendre à plusieurs fois. Enfin, après une énième tentative, il parvint à se libérer, levant les bras en l'air en signe de victoire. La seconde suivante, il reçut un choc à l'arrière du crâne. Encore au sol, encore dans les vappes, encore en position de dominé. Le bandit avait reprit à la fois ses esprits et sa lame, affichant un sourire malsain, le triomphe à portée.

- C'est con hein ? lâcha t-il avec une satisfaction agaçante.

- Très con même !! répliqua une voix dans son dos.

Harolt, tout fier de sa répartie, en oublia de se concentrer. Aussi rata t-il misérablement son attaque, censée l'ériger au panthéon des sauveurs. Le bandit se retourna, surpris malgré tout. Ezekiel en profita pour se saisir de son arme avec célérité et d'un coup circulaire dans le ventre, vint faire prendre l'air aux entrailles du bandit. Viscères et intestins tombèrent sur le rôdeur toujours à terre, qui se demanda s'il n'aurait pas mieux fait de lui ôter la vie autrement entre deux haut-le-cœur. Un rire gras et moqueur se fit entendre. Le vétéran dans la cage. Harolt poussa le bandit aux portes de la mort sur le côté et tendit sa main à Ezekiel, l'aidant à se relever.

- On se tire ?

Un autre troll avait été tué entre temps et le dernier, en difficulté et submergé par le nombre commençait à se demander s'il ne ferait pas mieux de fuir avant de connaitre un sort funeste. Les hommes de Manfred allaient finalement s'en sortir.

- Pas sans avoir libéré les autres. C'est maintenant ou jamais qu'on peut la leur offrir.

Ezekiel, sans demander son avis à Harolt, couru vers la cage la plus proche et s'attaqua à son cadenas à coups d'épée rageurs. Non sans efforts, il parvint à en venir à bout, la main endolorie. Il ouvrit la cage et invita ses occupants à prendre la fuite. Ils ne se firent pas prier, le remerciant allègrement. Le dernier à sortir était le vétéran, qui n'était autre que le garde l'ayant secouru pendant l'attaque du camp. Il s'en était donc sorti.
Proche de la cinquantaine, sa carrure n'avait rien à envier à celle d'Ezekiel. Ses longs cheveux grisonnants lui tombaient en cascade sur les épaules et il portait une barbe fournie. Son regard perçant souligné par des yeux bleus aux teintes acier lui donnait un air sage, qui contrastait fortement avec son dialecte digne d'une fripouille de comptoir.

- Par tous les putains de miracles possible on s'en sort ! Bordel plus jamais je n'insulterai ces connards de trolls. Ha !

Ezekiel ne faisait pas attention à ce que la sentinelle disait, et se dirigea vers l'ultime charette, plus proche du conflit.

- N'y pense même pas mon gars. Tu veux crever après ce que t'as fait ou quoi ? Dans moins d'une minute le troll sera mort et ensuite tu crois qu'ils vont se tourner vers qui ?!

- Mais je dois les...

- Tu ne dois rien du tout ! le coupa le vétéran. Il faut que tu comprennes une chose bordel, c'est que jamais tu ne pourras sauver tout le monde. Sois fier de ce que tu as fait et sauve ton cul. Moi en tout cas je me casse.

Harolt, hésitant, ne savait trop que faire. Il finit par prendre la décision d'accompagner le garde, ayant cerné les enjeux. Ezekiel finit par les imiter en réalisant que le dernier troll venait d'être abattu et que les bandits se focalisaient maintenant sur lui. Ainsi, tous trois prirent leurs jambes à leur cou, s'enfonçant dans la forêt.

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Jeu 2 Mar 2017 20:56, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 20:36 
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La proximité des arbres rendait la progression difficile. D'un autre sens, cela offrait une bonne couverture visuelle aux trois fuyards. Autre point positif, les bandits s'étaient vu obligés de se séparer pour parvenir à rattraper le maximum de captifs. Ils devaient être trois ou quatre, pas plus. Le fait que seuls Ezekiel et, dans une moindre mesure, Harolt furent armés ne les incitait guère à faire face. Cela faisait presque dix minutes qu'ils couraient comme des dératés, se faisaient fouetter par feuilles et branches, manquaient de trébucher, se rattrapaient de justesse, osaient un coup d'œil derrière et se soutenaient intérieurement.

Ezekiel n'en pouvait plus. Il avait utilisé le peu d'énergie qu'il avait pour tant d'efforts que des nausées commencèrent à le gagner. Sa lucidité l'abandonnait. Il ne courait plus droit, ralentissait, perdait du terrain... Puis s'effondra.

- Eh !!! Le vieux ! Attends, on en a perdu un ! hurla Harolt.

Le rôdeur était dans un état de semi-conscience, voyait flou, n'entendait qu'à moitié. Il aperçut un bandit s'approcher de lui, séduit par la cible facile qu'il était. Il leva faibrilement la main, vaine et primaire tentative d'autodéfense instinctive, pourtant vouée à un échec certain. Le malfrat n'eut pourtant jamais le temps de porter son attaque. La faute à une montagne de muscles lui ayant sauté à la gorge, tel le félin sur sa proie. Le vétéran n'était pas du genre à se poser de questions, encore moins à faire dans la dentelle. L'état d'Ezekiel ne lui permit pas de voir le sort réservé au bandit, seuls les cris de douleur et de supplication de ce dernier lui donnèrent matière à imaginer. Il perdit ensuite plus ou moins conscience.

- Porte-le putain ! Tu vois bien qu'il flanche autant qu'une vierge après deux verres !

Harolt eut le plus grand mal à redresser Ezekiel. Celui-ci retrouva tout de même quelque peu ses esprits, et se fit violence pour avancer, rendant un fier service au pauvre jeune homme dont les muscles étaient mis à contribution. Le doyen fermait la marche de ce trio qui faisait peine à voir. À grands renforts d'insultes et de menaces, le vétéran parvint tout de même à dissuader les derniers poursuivants, déjà bien refroidis à la vue du cadavre de leur compagnon, dans un état que même les trolls auraient eu du mal à imiter.

Même s'ils ne se savaient plus en danger, les trois camarades maintenaient une allure rythmée, toujours sous le choc des récentes péripéties. Ce n'est qu'après avoir avalé un bon kilomètre dans le silence le plus profond que le vétéran, qui s'était mué en chef de meute, prit la décision de stopper la course. En effet, la petite compagnie venait de déboucher dans une clairière, don du ciel après tant de peines. Ici, les arbres ne venaient pas empêcher les rayons du soleil d'irradier leurs douces ondes. Une tranquilité presque déconcertante dominait les lieux, comme s'il était écrit que les trois compères parviendraient ici après le massacre. Seule une rivière passant à l'extrémité de la clairière apportait un suave clappement naturel qui soulignait la beauté de ce tableau verdoyant. Au centre était présent un arbre majestueux et vénérable, aux branches infinies et au feuillage où se battaient multitude de diverses teintes allant du vert au marron en passant par le jaune. Quelques rochers de tailles diverses formaient un cercle à son pied, gardiens stoïques et paisibles offrant au regard une disposition rappelant un autel à la gloire de quelque divinité de la nature. Puis une voix d'une classe incomparable vint briser cette atmosphère boisée et apaisante.

- Bordel ça c'est ce qui s'appelle un coin bandant !! Sois gentil toi et va poser notre ami le sauveur assoupi au pied de l'arbre. Il a le bras salement amoché... Je vais nettoyer ça. Ce gaillard est un costaud en tout cas. Accomplir tout ça dans cet état, c'est pas donné au premier con venu. On va le laisser se reposer et camper ici en attendant. Ah et sinon, moi, c'est Borrislav, mais appelez moi Borri.

Harolt s'exécuta sans broncher. Ezekiel allait un peu mieux mais restait tout de même très faible. Malgré tout, il parvenait à arborer un sourire satisfait. L'aventure était enfin lancée pour lui. Dix ans d'attente, de sacrifices, de prise sur soi, pour désormais vivre pleinement cette quête de sensations qui l'avait toujours animé. Une épopée seulement entamée depuis trois jours. Ce laps de temps très bref ne l'avait pourtant pas empêché de faire des rencontres, s'être battu pour sa vie, avoir été emprisonné, s'être libéré, avoir vu des trolls, s'être fait poursuivre en pleine forêt et surtout avoir tant bien que mal survécu à tout ça. La mine réjouie en dépit de son état de fatigue avancée, il s'endormit sur ces pensées, libre de toute pression, et surtout entouré par deux énergumènes avec lesquelles il n'aurait jamais voyagé et encore moins tissé de liens dans d'autres circonstances. Le meilleur restait à venir...

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Mar 7 Mar 2017 19:32, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Mar 7 Mar 2017 19:29 
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Trois jours étaient passés depuis qu'Ezekiel, rôdeur novice mais aux ressources insoupçonnées, Harolt, jeune homme un peu idiot aux aptitudes bien enfouies et Borrislav -dit Borri-, vieux combattant au langage fleuri avaient échappé à Manfred, un esclavagiste. Blessé au bras durant une bataille à l'issue fâcheuse, Borri fut aux petits soins avec le rôdeur, sans doute reconnaissant de s'être vu offrir la liberté. Aussi l'avait-il aidé à se remettre d'aplomb, révélant un talent pour recoudre et nettoyer les plaies, signe d'un passé militaire certain. D'un autre coté, le vétéran avait fait d'Harolt un véritable écuyer, le dépêchant pour toutes les tâches possibles et imaginables. Collecte du bois, entretien du feu, chasse, cuisine, changement de bandage et autres inventaires suite aux provisions obtenues grâce aux restes du convoi abandonné par les bandits suite au chaos généré par les trolls, il faisait vraiment office d'homme à tout faire. Cela gênait particulièrement Ezekiel, ce dernier supportant difficilement de voir les autres s'activer alors que lui ne pouvait se mouvoir, le rendant inutile. Il ne manquait d'ailleurs pas de le manifester chaque fois que l'on venait lui panser sa blessure, devenue presque indolore. Par précaution, Borri ne souhaitait pourtant guère le laisser reprendre une quelconque activité physique, ce qui avait le don d'agacer le rôdeur, qui ne voulait pas être couvé de la sorte. Cette frustration atteint un point culminant lors d'un dîner aux allures anodines, au cours duquel il vint briser un silence religieux.

- Borri écoute.. J'apprécie vraiment ce que tu fais pour moi, mais je ne suis pas un enfant, je sais quand je suis en état de me bouger, merde ! jura t-il.

La réponse se fit attendre. Comme pour marquer l'attitude immature d'Ezekiel, le vétéran prit tout son temps, tel le sage sur le point de délivrer son point de vue sur le sens de la vie. Aussi employa t-il un ton calme et neutre, qui ne faisait en aucun cas partie de ses habitudes.

- Tu veux retourner barouder et te faire à nouveau botter le cul, c'est ça ? C'est sûr que c'est tellement plus prudent que de te restaurer dans ce petit coin. Retiens ta fougue petit, pour l'amour de Meno...

Suite à cette réponse sans appel, il revint à son repas comme s'il ne s'était rien passé. Une tension naquit pourtant dans l'air, presque palpable. Harolt, assis au milieu mais ne souhaitant pas se voir impliqué dans cette discorde verbale, usa de la sacro-sainte excuse du bois manquant pour s'éclipser. D'un regard mauvais, Ezekiel fixait le vétéran qui ne daignait lui prêter attention, focalisant son regard et sa concentration sur son ragoût.

- Mais tu comptes me dorloter encore longtemps ?! Tu me prends pour un incapable c'est ça ?! Laisse moi te prouver le contraire vieux fou !

Un rire ironique s'empara alors de Borri. Lui, le quinquagénaire pour qui entendre ce genre de discours était devenu plus qu'une habitude après maintes années passées au sein des forces armées. Cette simple esclaffation fit redescendre Ezekiel sur terre, qui prit conscience de la niaiserie de ses propos. Rapidement, le rouge lui monta aux joues. Le vieux soldat exploita cette brèche pour définitivement prendre l'ascendant sur le débat.

- Très bien. Tu veux prouver à je ne sais qui que tu en as une grosse paire. Voilà ce que je te propose. Demain à la première heure nous allons réaliser un petit entrainement spécifique toi et moi. Ça te va ?

La dernière phrase sonnait plus comme un défi qu'une question. Empli de fierté, Ezekiel ne pouvait décliner. Il accepta donc, avec la forte impression que la tâche qui l'attendait le lendemain n'aurait rien d'une promenade de santé. Harolt profita du calme nouveau pour refaire surface, les bras chargés de bois. Il ne semblait pourtant pas avoir raté grand chose de la conversation et se montra plus qu'enjoué de pouvoir assister à telle exhibition.

- Oh super ! Je pourrai venir voir ?! s'écria t-il.

- Parce que t'auras mieux que ça à foutre de toute façon ?

Dans son registre habituel, Borri vint apporter toute sa clairvoyance et sa logique à la question d'Harolt, qui ne trouva rien de mieux que de s'asseoir et de reprendre son repas, battu devant tant de pertinence. Ezekiel avait du mal à comprendre comment ce jeune homme dans la force de l'âge pouvait ainsi se contenter de cette posture de perpétuel servant. Il préféra cependant ne pas matérialiser ses songes en paroles, s'étant déjà assez fait malmener dans l'exercice linguistique. Une nouvelle intervention du doyen vint donner encore plus matière à réfléchir au rôdeur.

- Laisse moi te donner un précieux conseil. Une phrase aux allures simples mais qui en dit long. Quand tu parles, tu n'écoutes pas. Tu l'as toi-même dit, tout cet univers est nouveau pour toi. Chaque fois que quelqu'un de plus expérimenté que toi parle, tu la ferme et tu ouvres tes esgourdes. Et ça vaut pour toi aussi Harolt. Maintenant, finis de manger et va dormir. Car crois-moi, demain tu vas en chier.

Borri n'attendit pas de réponse et laissa seuls les deux jeunes gens, allant se coucher sous le magnifique chêne au pied duquel ils avaient dressé leur campement. Harolt paraissait perdu, essayant tant bien que mal de décortiquer les dires de son aîné. Peine perdue. Cette scène fit sourire Ezekiel, qui commençait à apprécier la compagnie de ce personnage haut en couleur. Ils décidèrent de veiller une fois leurs assiettes terminées, s'allongeant dans l'herbe fraîche après avoir ravivé les flammes à grand renfort de bûches. Les yeux rivés vers les cieux, ils se perdirent dans l'immensité de la voûte céleste, sublimée d'imposantes aurores boréales.

- Tu sais ce que c'est toi ? demanda Harolt.

Cela faisait un certain temps que ce phénomène s'était déclaré, ayant multiplié thèses et explications quant à sa provenance. Ezekiel en avait une fois entendu parler, il y avait de ça plusieurs années, lorsqu'il était encore une honnête paysan. Un voyageur s'était rendu dans son village afin de faire l'acquisition de provisions. Selon ses dires, il aurait arpenté la quasi-totalité des terres connues. Déjà avide de ce genre de récits, le rôdeur lui offrit le gîte ainsi qu'un tour à la taverne afin de mieux délier les langues de personnes venant tout juste de se rencontrer. C'est ainsi qu'il entendit parler de l'île de Nosvéris, contrée lointaine et déchirée par nombre de conflits raciaux. Ces fameuses manifestations lumineuses pouvaient se matérialiser uniquement dans les cieux de cette région grâce à son climat particulier. Ezekiel trouvait donc lui aussi curieux de pouvoir en observer dans telle partie du monde. C'était l'une des premières fois qu'il en discutait. Cela l'amusait d'autant plus de le faire avec Harolt.

- Je pense que l'on oublie trop souvent que la nature nous parle à sa manière, nous envoie des signes. De telles apparitions sont selon moi des sortes de messages à décrypter. Une seule région voit normalement ce facteur se produire. Peut-être est-ce là une sorte d'appel ? Comme si de terribles événements s'y produisaient, nécessitant une aide extérieure ?

Harolt se redressa brutalement, les yeux écarquillés.

- Mais, mais...! Alors il faut y aller de suite ! Le devoir nous appelle camarade !!

Ezekiel éclata de rire. Décidément, il n'aurait jamais pensé qu'une telle compagnie soit autant agréable. Le monde lui apparaissait comme étant plus que rude, aussi avoir une présence si innocente et spontanée permettait de ne pas tomber dans la morosité.

- Tout doux l'ami. Je ne fais que supposer. Et quand bien même cela s'avérait vrai, nous ne sommes pas taillés pour un tel voyage toi et moi. Il faut parfois savoir rester à sa place.

Cela détendit Harolt, qui retourna à sa position allongée. C'est dans un calme paisible qu'ils reprirent leur contemplation, se perdant à travers les douces ondulations colorées, tel un océan céleste dans lequel l'imagination n'avait plus aucunes limites. On pouvait tantôt se figurer des formes rappelant quelques animaux, tantôt percevoir une avalanche multicolore venant englober les cieux avec délicatesse. Les nombreuses étoiles présentes dans le ciel sublimaient le tout en un radieux désordre dénué de toutes règles géométriques. La majesté de l'univers à son paroxysme, un havre de paix surplombant les atrocités de la vie, juge silencieux et intransigeant qui au final toujours obtiendra raison. Ces moments sont précieux, presque sacrés. Ezekiel en avait conscience, aussi s'en délecta t-il, savourant chaque secondes de ce spectacle astral, avant de sombrer dans un sommeil profond.

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Mar 24 Avr 2018 19:46, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Mar 14 Mar 2017 02:10 
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La route allait être longue, qu'importe ma destination. Je ne m’arrêterais que lorsque les hospices seront meilleurs, et les signes d'Utu bienveillants. Je savais qu'il me montrerait la voie, la route. Chassé de Nyr'Eylïem, chassé de la plaine d'Haenian qui entourait la cité des trois peuples libres, je n'avais plus qu’à suivre la route qui partait vers Kendra Kâr. Elle partait plein ouest alors que je devais aller au nord-ouest comme Utu m'en avait donné le signe, mais je savais que c'était le mieux pour l'instant. Une fois le Kenaris rejoint, je pourrais le longer jusqu'au lac de Hynim, qui me ferait rejoindre la route vers les Duchés des Montagnes. C’était sans doute dans l'un de ceux-là que j'allais trouver mon bonheur, même si j'ignorais encore lequel.

Le jour s'était levé, mais je continuais à marcher. Aujourd’hui, je marcherais toute la journée, même si j'avais déjà marche une grosse partie de la nuit sous les lumières d'Utu qui me guidaient. Parce que je n'avais pas de temps à perdre, pour satisfaire le divin flamboyant. Tant qu'il m'éclairait de sa lumière, tant que son astre était éveillé, veillant sur ses enfants avec bienveillance et chaleur, je marcherais. Je marchai tellement ce jour-là que j'en eus mal aux coussinets et aux muscles des jambes. J’avais chaud, aussi, mais ce n'était pas grave, parce que la lumière d'Utu était sur moi. Alors que le soleil descendait à l'horizon pour aller se coucher, je décidai de m'arrêter pour la nuit. Par chance, je croisai un hameau de quelques maisonnettes, des fermes réunies en petit village d'une vingtaine d'habitants. Peut-être trente. Pas assez grand pour apparaitre sur une carte. Sans doute qu'ils s'occupaient des chants autour, des plantations d'orge, de seigle. L’odeur du pain encore chaud indiquait la présence d'une boulangerie, et sa me mis en appétit. Je me léchai les babines en remuant les moustaches, et je saisis mon courage pour me libérer de mes dernières forces pour atteindre le hameau.

La première porte ou je frappai fut ouverte par un vieux monsieur avec une grosse moustache grise, qui ne me laissa même pas le temps de lui adresser un mot. Brandissant son point vers moi, il rechigna :

"Va-t’en donc, sale bête. On n'aime pas les animaux dans ton genre, par c'coté du royaume. Et que j'te prenne pas à trainer dans l'coin."

Il claqua sa porte sur mon museau avant que je puisse dire quoique ce soit, et je m'en allai déçu de cet accueil déplaisant. Je me dis que le tout le monde dans le village allait réagir pareil, et je m’apprêtai à le quitter lorsque derrière moi, j'entendis des petits pas qui galopaient. Je me tournai vers l'origine du bruit, et vit une petite fille avec des tresses blondes et un foulard sur la tête me rattraper avec un grand sourire.

"Faut pas écouter tonton Romulus, monsieur le chat. Ma maman elle voudra bien de toi."

Sans me laisser le loisir de répondre, la petite attrapa ma patte de sa petite menotte, et m'entraina vers une chaumière d'où sortait une odeur de ragout. Elle ouvrit la porte a la volée, et un brouhaha de cantine m'accueillit dans la maisonnée. La petite, comme pour justifier ma présence, cria joyeusement tant pour moi que pour les résidents présents :

"Mon papa il est parti à la ville pour vendre son grain. Donc y'a une place pour toi a table, monsieur le chat. T’as de la chance qu’il ne soit pas là, mon papa il n’aime pas les chats. Il a tué celui de la voisine parce qu'il faisait caca dans le potager."

Et elle rigola d'un rire cristallin et enfantin. J’avançai dans la pièce, et m'aperçus de l'ampleur de la petite famille. Pas moins de cinq enfants, sans compter la petite aux tresses, étaient attables devant des assiettes de bois, jouant de leurs cuillères en attendant le repas. Mes yeux félins se posèrent alors sur mon hôtesse, leur mère très certainement, une paysanne entre deux âges, qui avait gardé les traits de sa jeunesse, même si son visage et son corps étaient fatigues. Elle parla en s'adressant à la petite blondinette.

"Tu es en retard pour le diner. Et en plus tu nous ramené un invite! Qu’as-tu à dire pour ta défense, jeune fille?"

La petite se tordit en deux en offrant à sa mère un sourire coquin auquel il manquait quelques dents de lait, avec un regard qui ferait fondre n'importe quel dur à cuire. La mère lui rendit son sourire et répondit a la supplique silencieuse de la petite :

"allez, file te laver les mains."

Alors que la petite filait, la mère me regarda, et je pris la parole pour expliquer ma présence.

"Désolé de vous déranger. Je suis un voyageur de passage, et je n'ai pas d'endroit où dormir, ni de quoi manger. Pouvez-vous m'accueillir à votre table, et me prêter une paillasse où me prélasser cette nuit ? Je vous dédommagerai."

La paysanne avait gardé son sourire.

"Allons, ne parlez pas de ça, vous êtes l'invite de ma fille, installez-vous donc."

Je la remerciai et m'installa à la table. Le repas fut servi peu après, et avant de manger, la petite fit une prière, les mains jointes et les yeux fermes.

"Yuimen merci pour ce repas qui a l'air trop bon. Puisse la miséricorde de Gaia chasser Jeri de l'esprit de Pierrot, et Zewen apporter bonne fortune à mon papa chéri."

Une fois la prière récitée, nous pûmes manger. C’était du bon ragout à la viande et aux légumes, servi avec une tranche de pain de la campagne. Du pain de seigle. Je m’empiffrai sans rien dire, laissant les enfants se chamailler pour rire et leur mère les gronder. Quand ils eurent fini, elle les envoya tous au lit, et nous nous retrouvâmes a deux près du feu de la cheminée. Je lui demandai :

"Qui est donc ce Pierrot que votre fille a parlé pendant sa prière?"

Un voile de tristesse passa dans le regard azur de la paysanne. Elle m'amena jusqu'à une pièce ou il y avait un seul lit, plongé dans la pénombre. Une petite silhouette, celle d'un petit garçon, Pierrot sans doute, tremblait dans les draps de lin. Lorsque nous pénétrâmes dans la pièce, il ouvrit vers nous des yeux rougis par la maladie, qu'il ferma aussitôt, ébloui par la lumière du feu, les yeux larmoyants. il toussa, toussa si fort que sa mère courut a son cote pour mettre un tissu devant sa bouche. Un tissu qui s'imbiba de taches de sang. Pierrot était mal en point. Je secouai la tête, triste de ce spectacle, et m'approcha de la mère qui bordait son enfant malade.

"J’ai des herbes. Elles ne le soigneront pas, mais elles lui feront du bien quand même. Vous avez de l'eau chaude, pour qu'on les fasse infuser ?"

Elle fit oui avec sa tête, et alla mettre une bouilloire sur le feu, me laissant seul avec le môme que je regardai avec peine. Que Jeri était un dieu vil et méchant. La maladie était la pire chose sur terre, avec la mort et les méchants. L’humaine revint rapidement avec un bol de céramique fumant, dans lequel je diluai quelques herbes que j'avais ramassées pendant la journée pour apaiser mes blessures, pas encore totalement cicatrisées. Ce n'était pas des herbes curatives, mais elles l'aideraient à dormir. Je fis signe à la mère quand la boisson était prête, et elle la donna à pierrot, qui la but en entier, non sans difficulté. L’eau était bouillante, et il n'avait sans doute plus la force d'avaler quoique ce soit. Une fois le bol fini, elle le posa à cote de lui, et il ferma les yeux, semblant apaise. Elle me prit par le bras et m'entraina hors de la pièce. Je la suivis jusqu'à une paillasse dans la pièce commune, qui ne payait pas de mine mais qui m'irait très bien pour la nuit.

"Merci pour ce que vous avez fait pour pierrot. Au moins il passera une bonne nuit."

J’inclinai la tête et remercia la femme. Puis, m'endormis pour la nuit. Mes pensées allèrent vers le petit Pierrot, qui devait guérir. Et vers la petite blonde et sa maman qui m'avaient accueilli ici sans rien me demander en retour. La bonté existait dans ce monde, et elles méritaient que le petit garçon guérisse vite. Fort de cette conviction, je m'endormis.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Mer 15 Mar 2017 12:30 
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Je me réveillai quand le soleil se levait dehors, tout frais de sa nuit. Les rires des enfants me parvenaient de la cour de la fermette, et j’ouvris les volets en bois de la maisonnée pour les voir piailler entre eux comme des moineaux qui s’ébattraient dans une cuve d’eau. Ils se couraient après joyeusement, insouciants et heureux de leur vie simple. Une vie qui ne m’avait jamais été offerte, paisible et sans tracas.

Je m’étirai comme un chat, sortant l’une après l’autre les griffes de mes mains et de mes pieds, et après un ultime bâillement, je passai la porte du placard où j’avais glissé ma paillasse pendant la nuit pour dormir tranquille, et arrivai dans la pièce commune, vide. La paysanne aux traits tirés n’était pas là. Elle ne devait pas être loin, pourtant, puisque sur le feu, une marmite éructait des bruits de bulles. Je m’en approchai et tournai dedans avec une grande cuillère en bois pour éviter que ça colle aux bords en fonte.

Je me retournai ensuite, et vis que la porte qui menait à le chambre du petit Pierrot n’était pas close : elle était entrouverte. Je m’en approchai et la poussai doucement, juste avant d’entendre un sanglot étouffé. Je voulus me dérober, de peur d’interrompre un moment privé, mais mon regard croisa celui de la dame, qui était rempli de larmes.

"Il se meurt, ce sont ses derniers instants."

"Désolé, je vais m’en aller."

"Non, restez. Restez je vous en prie."

Sa voix était faible, mais son ton était ferme. Elle ne voulait pas affronter le départ de son fils toute seule. Je reniflai et avançai dans la pièce, sans trop savoir quoi faire. Je m’assis à son côté et observai le petit Pierrot. Son teint pâle n’augurait rien de bon, pas plus que les gouttes de sueur qui perlaient sur son front. Ses yeux étaient à peine ouvert, et le souffle sortant de sa bouche si ténu qu’on le devinait à peine. Un silence de mort tomba sur la pièce, et nous n’entendîmes que les rires des enfants, dehors, étouffés par les murs de chaume, alors qu’ils jouaient innocemment dans les parterres de leur père, alors que leur frère passait de vie à trépas. Car ne tarda pas le moment où il relâcha un dernier souffle, comme un soupir, comme si son âme sortait de son corps pour rejoindre Utu dans les cieux. Je pris dans ma main celles de la mère, qui se tourna vers moi et s’effondra en larmes sur ma poitrine, contre mon torse. Je tapotai son dos pour lui signifier ma présence, même si cette proximité ne me mettait pas à l’aise. Une tristesse profonde s’était emparée de moi, occultant les rires des enfants, comme le temps qui passe et qui emporte tout.

Nous restâmes ainsi plus d’une heure, et la mère, inconsolable, termina finalement ses pleurs pour se laisser aller à la mélancolie. Épuisée par ses larmes, elle s’écarta de moi avec le visage marqué et rouge. Perdue, elle ne savait que faire.

"Il faut l’enterrer. Creuser une tombe et l’y glisser. Je vais m’en charger."

Je me levai, prêt à creuser la terre de son père, de mes mains s’il le fallait. Telles n’étaient pas les traditions des miens, les worans tigrés, qui préféraient brûler les cadavres et laisser les cendres à la nature sans plus s’en préoccuper. Mais j’avais vu des humains mettre leurs morts en terre. La paysanne me retint néanmoins en m’attrapant le bras.

"Non. Non, son oncle s’en occupera. Il n’accepterait pas que le fils de son frère soit inhumé par un… un étranger. Partez avant qu’il n’apprenne votre présence ici, ou il vous chassera, ivre de colère, persuadé que vous y êtes pour quelque chose."

Je ne comprenais pas ce qu’elle me disait, mais je devais la croire sur parole. L’oncle Romulus n’avait décidément pas l’air très ouvert. Après un petit temps, elle m’avait préparé un paquetage contenant quelques vivres pour ma route, et une cape de lin brun pour me couvrir. Je voyageais jusqu’ici en simple chemise et pantalon, sans bottes ni équipement pour me tenir chaud. Ma pelure serait à ça, mais je pris la cape et le paquet en la remerciant, et quittai sans me retourner la ferme qui m’avait accueillie, sans pouvoir me départir de cette tristesse profonde taillée en moi. Je regardai Utu, sans crainte de me brûler les rétines, et adressai une prière muette pour le petit Pierrot.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Sam 18 Mar 2017 08:04 
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Une déferlante aqueuse vint sortir Ezekiel de son sommeil. Une eau glacée. Cela réveilla le rôdeur d'une manière si virulente qu'il en eut le souffle coupé. Borri se tenait au dessus de lui, un bol à la main. Il trouvait visiblement la plaisanterie de bon goût, riant de façon grasse et bruyante.

- Je t'avais bien dit que tu allais en chier. Voilà un prélude de ce qui t'attend. Allez, suis-moi, on va faire de toi un coriace ! Et ne pense même pas à manger avant, ça va t'alourdir.

La tête encore embrumée, Ezekiel sentait la fatigue toujours ancrée en lui. Il se souvint néanmoins le pourquoi de ce réveil difficile, aussi se motiva t-il à suivre son aîné, qui tenait une épée dans chaque main. Le jeune homme eut le pressentiment que les heures à venir ne seraient pas de tout repos pour lui. Après quelques instants de marche, Borri se stoppa au bord de la rivière qui traversait une partie de la clairière. Il retira ses bottes. Ezekiel se passa la main dans les cheveux, perplexe. Il comprit qu'il devait l'imiter devant le regard noir que lui jeta le vétéran. Un regard qui en disait long. Une fois qu'il eut terminé, le vieux soldat l'invita à entrer dans l'eau d'un geste du bras. Après quelques secondes d'hésitation, il s'exécuta.

- Bon sang, c'est gelé !! hurla Ezekiel.

En effet, l'eau de cette rivière prenait sa source dans les grandes montagnes enneigées. Une eau claire, des plus pures et revitalisante. La première des envies de toute personne normalement constituée serait de sauter dedans, se laisser emporter dans un flot de douceur, oublier et délaisser tout tracas le temps d'une baignade. Pourtant, la nature a souvent ce penchant taquin rappelant que les apparences sont parfois trompeuses. La température rendait le torrent tout simplement douloureux, telle une multitude de petits poignards venant mettre à rude épreuve les chairs et autres vaisseaux sanguins. Le rôdeur avait du mal à garder l'équilibre, la faute à de nombreuses pierres lisses présentes dans le fond, le rendant plus que glissant. Borri lui lança l'une des deux lames. En plus d'avoir du mal à s'en saisir, il ne pouvait s'empêcher de grimacer tant la douleur devenait cuisante pour ses pieds.

- Ça calme hein ? Que ce serait beau de pouvoir toujours se battre sous un soleil radieux dans un joli parterre de fleurs avec le chant des oiseaux. Héhéhé...

Borri le rejoignit. À voir la facilité avec laquelle il entra dans l'eau et se déplaçait, Ezekiel se dit qu'il avait face à lui un personne plus que respectable. Un cinquantenaire pour qui les années n'étaient rien de plus que de vulgaires grammes qu'il portait avec nonchalance en bandoulière sur son côté.

- Le plus important facteur à prendre en compte lors d'une confrontation ce ne sont ni les moulinets que l'on fait avec son arme, ni les feintes, ni je ne sais quelle connerie... Toute personne peut se prétendre combattante dans ce cas. Non... Le jeu de jambes mon garçon. Savoir lire un jeu de jambes, c'est être en mesure d'anticiper ce que va faire son adversaire. Tu piges ?

Comme pour donner réponse à sa propre question, Borri mima une frappe. Ezekiel, pas du tout préparé, se fit avoir comme un parfait débutant. Il tenta une misérable parade à un coup qui n'arriva finalement jamais et trébucha, s'étalant de tout son long dans la rivière. Entrer si subitement dans ce froid glacial lui coupa la respiration, comme si de solides liens invisibles venaient lui entraver les poumons, le privant de tout oxygène. La première chose qu'il fit en émergeant fut d'inspirer comme un dément, avant de couvrir Borri d'insultes en tout genre. Ce dernier ne put se retenir de rire devant un spectacle si désolant. Il invita ensuite Ezekiel à canaliser son énergie sur l'entrainement, puis à se mettre en garde. Le rôdeur grelottait, transi par le froid et peu aidé par la fraîcheur de cette matinée brumeuse. Ne voulant cependant guère perdre la face devant son compagnon qu'il avait provoqué la veille, il prit sur lui et s'exécuta, rythmant sa respiration et s'efforçant de ne pas choir sur les pierres. Borri le convia à passer à l'action. Il n'était pas le moins du monde handicapé par les tares du terrain, se mouvant avec facilité. On aurait dit un jeune loup, sûr de ses forces sans pour autant tomber dans l'arrogance. Ezekiel souhaita en son for intérieur être doté de telle prestance au même âge. Pour le moment, il devait se résoudre à en baver. Le chemin de l'apprentissage est long et surtout térébrant. On a rien sans rien.

- Très bien. Si c'est ce que tu veux...

Ezekiel serra poings et dents avant de proposer à Borri une frappe verticale. Il ne s'attendait pas à ce que son aîné ait tant raison lors de sa dernière intervention. Le fait d'avoir les jambes constamment ralenties à cause du courant eut pour effet de rendre sa botte prévisible et largement anticipable. En un sourire, sans éprouver le moindre besoin d'aller puiser dans ses forces, le vétéran contra. Il en avait vu d'autres. Cela déséquilibra Ezekiel, le mit à genou. Il se releva. Plus déterminé. Plus décidé et volontaire. Les deux coups suivant qu'il porta à Borri connurent le même résultat. Il avait toujours grandement de mal à stabiliser ses appuis. Puis il se souvint de ce que Borri lui avait dit le jour d'avant. L'observation. La clé. Il changea alors de tactique, optant pour de brèves feintes fugaces de sa lame à destination du vétéran. Il ne cherchait plus à le toucher. Seulement analyser, disséquer chacun de ses mouvements, ses réactions. S'en inspirer. Il ne prêtait plus attention aux gestes des bras, mais braquait sa vigilance sur les jambes, sa façon de se déplacer. Petit à petit, il parvint à trouver un semblant de stabilité. Cela se ressentait dans sa posture, les membres inférieurs plus fléchis, plus relâchés et en symbiose avec l'environnement. Visiblement, Borri n'avait aucunement l'intention de passer en posture offensive. Il voulait tester Ezekiel, voir de quel bois il était fait, à quel point il lui était possible de sortir de sa zone de confort. Le jeune homme s'en sortait de mieux en mieux, assimilant les concepts d'équilibre, passant outre son corps ralenti par le courant, le liant entre chaque partie du corps. Ses chutes devinrent des glissades, ses glissades des faux pas, ses faux pas des sursauts. Malgré cela, ce savoir emmagasiné, il ne parvint pas une seule fois à ne serait-ce qu'inquiéter son professeur d'un jour, qui sans cesse parvenait avec maestria à adapter sa garde en fonction de la sienne. C'était la première fois qu'il voyait quelqu'un dicter le tempo d'une confrontation sans même tenter la moindre attaque. Il prit alors conscience du fait que ses deux années de pratique avant ses aventures n'étaient en réalité que la première lettre d'un alphabet qu'il lui serait bien compliqué de compléter. Se complète t-il d'ailleurs un jour ? À se perdre dans ses pensées et interrogations, Ezekiel en oublia de se concentrer. Borri nota ce relâchement d'attention et le souligna en gratifiant le rôdeur d'un vif coup de pied dans le torse, l'envoyant une nouvelle fois valdinguer sous la surface.

- Ça te fait chier c'est ça ? On va échanger alors comme ça tu vas moins bailler aux corneilles. Tu m'as vu faire, maintenant c'est ton tour. C'est une vieille technique de garde qui, bien maîtrisée, te permet de parer bon nombre d'attaques. Voilà la première chose que je vais te léguer. Certains nomment ça la garde imparable. Putain que c'est con de nommer les manières de se battre !

Ezekiel n'en avait plus grand chose à faire d'être trempé jusqu'aux os. Il était à présent pleinement dans le moment, focalisé et attentif. Il allait au cours des prochaines heures étendre sa palette de compétences. Apprendre. Ce pourquoi il était là, la raison de sa présence, de son périple. De son existence. Il essaya de reproduire au mieux la posture qu'avait utilisé son aîné plus tôt. Il plaça sa lame face à lui, légèrement en diagonale. Sa main droite serrait la hampe avec force tandis que la gauche était plus lâche. Le courant ne l'empêchait plus de mouvoir ses jambes. Il ne le voyait plus comme un obstacle mais bel et bien comme une part de lui-même, la partie d'un tout, la chape de plomb d'une mécanique bien huilée dont seul celui à l'oreille avisée peut cerner les contours. Ses jambes étaient maintenant deux piliers, à la fois stables et flexibles, solides et agiles. Le vétéran sourit devant la posture d'Ezekiel, qui faisait un réel effort pour assimiler au mieux. Aussi le testa t-il en envoyant un premier coup, certes traînard mais précis. Le jeune homme parvient à parer l'assaut mais se précipita quelque peu et en oublia de maintenir une posture décente. Ce détail n’échappa pas à l'attention de Borri qui s'avérait particulièrement minutieux dans ce genre de pratique. Comme pour faire entendre le fait qu'il ne tolérait pas de telles errances, il entailla la jambe du rôdeur d'une frappe bien sentie. Une coupure sans gravité, anodine mais suffisamment parlante pour signifier que dans la réalité, les deuxièmes chances sont plus que rares et chaque erreur ce paye au prix fort. Ezekiel ne broncha pas. Il commençait à entrevoir les méthodes du doyen, prit sur lui, se remobilisa, soigna son placement. Les minutes passèrent, durant lesquelles ils n'échangèrent pas la moindre palabre. Ils étaient pourtant en pleine discussion, avec des gestes, des regards, de l'intensité, de l'action. Chaque fois que Borri changeait d'angle d'attaque, Ezekiel s'adaptait, concentré. Crescendo, la vitesse augmentait. Les frappes molles que le vétéran lui proposait initialement eurent vite fait de se changer en véritables estocades qu'il aurait été malaisant de subir.

Harolt émergea avec difficulté. Il avait dormi comme un loir et seule la chaleur d'un soleil se faisant de plus en plus insistante le tira de son sommeil. Il se frotta les yeux avant de s'étirer en un long bâillement. Le jeune homme prit son temps pour se lever, profitant des bruits alentours, entre balayage du vent sur les feuilles, clapotement de l'eau et... Sonorités de lames s'entrechoquant ! D'un bond, il se redressa, saisissant la branche qu'il avait au préalable taillé en une lance rudimentaire et chercha du regard la source de ce tumulte. Puis il se détendit en remarquant que cela venait de Borri et Ezekiel, tous deux dans la rivière, l'eau plus ou moins jusqu'aux genoux, à s’entraîner comme de véritables acharnés. Cela arracha un sourire ravi à Harolt, qui les rejoignit. Il fut impressionné de les voir se mouvoir ainsi dans le courant, le vétéran semblant le plus à l'aise dans telle pratique. Il nota également qu'Ezekiel ne tentait aucune offensive, se contentant de parer et repousser les assauts de son vis-à-vis. Cela interpella le gaillard qui ne manqua pas de la manifester de son piètre tact.

- Mais pourquoi que tu le laisse attaquer comme ça Ezekiel ? Réplique bon sang !

L'intervention d'Harolt surprit Borri, qui tourna instinctivement la tête vers lui. Il s’apprêtait à pousser une gueulante monumentale sur le crétin qui venait de l'interrompre vu son teint rouge écarlate. C'était sans compter sur Ezekiel qui, dans un sourire malicieux, envoya à son tour valser Borri dans le fond de la rivière d'une bourrade. Le doyen jura dans sa chute. Les deux compères éclatèrent de rire.

- Bon sang de bordel de merde !! Ezekiel, petit enfoiré ! hurla Borri, dont le cri réveilla toute la forêt et les alentours.

- Alors le vieux, elle est bonne non ? N'oublie jamais que moi aussi j'ai ma botte secrète... Les interventions d'Harolt ! répliqua le rôdeur d'un air hautain, fier de son méfait.

Ainsi trempé, le vétéran paraissait avoir prit une bonne dizaine d'années. Il voulut répondre puis finalement se ravisa et se joignit à l'euphorie collective devant les rires communicatifs de ses compagnons. C'était la première fois qu'ils riaient tous ensemble. Le soleil était à son zénith dans le ciel. Ils prirent la décision d'aller rallumer les flammes pour se sécher et préparer un semblant de repas avec leur peu de victuailles restantes.

- Cet après-midi Ezekiel, on remet ça. Il y a des points sur lesquels il te faut encore travailler. Ce soir, nous allons préparer nos affaires pour prendre la direction de Melicera dès demain. De la route nous attend alors faites moi le plaisir de ne pas reperdre votre temps devant les étoiles comme des tourtereaux !

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Jeu 26 Avr 2018 14:45, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Ven 7 Avr 2017 16:07 
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Livre I
Chapitre 2 Partie 6


Précédemment...

Huit jours s'étaient écoulés depuis que Mormegil et son compagnon avaient quitté la capitale. Les deux hommes ne rencontrèrent aucun brigands sur leur route, seulement quelques marchands et quelques miliciens affiliés à Kendra Kâr, mais aucun d'entre eux n'étaient au courant pour l'avis de recherche pesant sur le semi-elfe. C'est donc dans le plus grand anonymat que la charrette et ses deux occupants étaient entrés dans la forêt des Duchés des montagnes.

Egnor, voyant que la nuit allait tomber, stoppa ses bêtes et commença à monter le camp pour la nuit pendant que Mormegil faisait, comme depuis une semaine, une ronde pour vérifier les alentours. À son retour, le semi-elfe vit sans surprise le camp monter et le vieil homme frappant une pierre à feu avec son silex au-dessus d'un petit tas de paille. Lorsque le feu fut allumé, les deux compères s'installèrent autour de ce dernier et piochèrent dans les réserves de nourriture du vieux Egnor pour manger.

« Hum, tu sais Morme, je serais bientôt arrivé alors si tu veux, tu peux partir. Là où tu voulais aller là hum... Je ne sais même pas où tu voulais aller d'ailleurs… » dit soudain le marchand alors qu'il mangeait.

« Je ne t'ai rien dis. Tu parles trop vieil homme ! » répondit Mormegil.

« Hé ! T'as surement raison. Merde, c'est vrai que je parle beaucoup trop ! Et donc tu vas … »

« Endor, je cherche le Château d’Endor… » continua le semi-elfe en coupant Egnor.

Le vieux marchand parut surpris, il continua de manger son morceau de jambon sec sans rien dire, le regard dans le vide. Mormegil, observant la réaction de son compagnon, ne put s'empêcher de le questionner sur le sujet.

« Tu sais de quoi je parle hein ? »

« Et bah… Je ne sais que ce qu'on m'a dit, mais oui je sais où il se trouve. Mais je sais aussi que c'est un endroit dangereux… Tous ceux qui s'en sont approchés sont morts... enfin disparus... mais je suis sûr qu'ils sont mort. Ce tas de pierre est maudit t'façon. Apparemment, il y a longtemps il aurait été habité par de puissants nécromanciens, mais un jour, l'un d'entre eux les trahit et détruisit le château. Aujourd'hui, les rumeurs disent que de nouveaux adeptes s'y sont cachés… »

(Donc ce que m'a dis la prêtresse est vrai...) pensa Mormegil en écoutent Egnor.

« Je sais tout ça, ces adeptes, comme tu dis, sont ceux que je cherche. On les appel Les Messagers du Corbeau et je dois leur transmettre un message… »

« Mais c'est dangereux ! Qui t'a demandé un truc comme ça ? »

« Hécate, la grande prêtresse de Phaïtos à Kendra Kâr… Mais on s'en fout, dis-moi où est ce Château ! »

« D'accord d'accord ! Si je me souviens bien, normalement si demain nous avançons encore trois ou quatre heures, il te suffira de traverser la rivière un peu plus à l'Est et continuer tout droit vers l'Est… Ne t'étonne pas si tu tombes sur deux ou trois squelettes. » dit Egnor en tirant la langue.

« Merci mon ami, t'inquiète pas pour moi. Va dormir, je prends le premier quart. » répondit le semi-elfe, mettant fin à la discussion.

Le marchand s'exécuta et alla s'installer dans l'abri qu'il avait monté plus tôt. Après plus de trois heures de veille, Mormegil, alors qu'il commençait à somnoler, entendit des cliquetis métalliques derrière lui. Il fit mine de n'avoir rien entendu afin de vérifier si sa fatigue n'était pas la cause de ces bruits, mais il les entendit de nouveau, se rapprochant doucement dans son dos. Le semi-elfe saisit lentement son feuillé et sa dague, tous deux à sa ceinture. Lorsqu'il jugea que les cliquetis étaient suffisamment proches, Mormegil se retourna à toute vitesse tout en envoyant un coup de lame. Son feuillé fut stoppé par une armure. Le regard du semi-elfe fut happé par celui de l'être qu'il venait de frapper. Ce fameux être était en fait un elfe noir, un Shaakt vêtu d'une armure noire comme la nuit. Ses cheveux tout aussi sombres retombaient jusque sur son plastron, ses yeux avaient la couleur du sang et sa peau était pale comme la porcelaine la plus pure.

« Bonsoir jeune homme. » dit simplement l’elfe.

Mormegil recula pour mieux voir son interlocuteur.

« T'es qui toi ? T'es au courant que c'est dangereux de se ramener comme tu viens de le faire ? »

« C'est toujours moins dangereux que de s'attaquer à quelqu'un qui aurait pu te tuer cent fois aujourd'hui… »

Egnor, qui fut réveillé par la conversation entre Mormegil et l'elfe, sortit de sa tente en courant pour voir de quoi il en retournait.

« Vaemyr ? C'est toi ? » demanda-t-il en s'adressant à l'elfe.

« Bonsoir à toi Egnor. »

« Tu le connais ? » intervint Mormegil.

« Euh oui. En fait c'est le chef du groupe que je rejoins dans ces bois. »

Mormegil raccrocha ses lames à sa ceinture. Et retourna s'asseoir près du feu mourant.

« Alors, Vaemyr, pourquoi c’est toi qui viens à nous ? »

« Eh bien, à la base j'étais à la recherche d'une aide quelconque mais je suis tombé sur vos traces ce matin alors je vous ai suivi. Je ne savais pas que c’était Egnor et vous vous rapprochiez dangereusement de notre camp à nous. Et toi ? Pourquoi tu accompagne cette vieille branche ? »

« Je cherche les messagers du corbeau. »

« Sérieusement ? C’est pas ceux qui se sont voués à Phaïtos ? Ils pourraient peut être me venir en aide... »

« Pourquoi il te faut de l'aide ? Tu pars en guerre ? »

« En guerre ? Non. Mais moi et mon groupe avons quelques comptes à régler avec des mercenaires du coin, mais ils sont trop nombreux pour nous seuls. »

« Bon écoutes, tu es un ami du vieux, je veux bien te proposer de m'accompagner demain. Je vais au château d'Endor pour trouver ces messagers. Mais j'espère que tu pris pas un dieu de la lumière à la con sinon ils risquent de ne pas trop t'apprécier. »

« Hum... J’accepte ta proposition. Et non, je ne pris pas des dieux de lumière, je fais parti d'un groupe qui prit le dieu sombre ainsi que Zewen pour certains d'entre nous. »

« Ouais... J'espère pour toi que ça suffira. »

C'est sur ces mots qu'ils finirent la nuit. Le lendemain, Vaemyr donna des instructions à Egnor pour qu'il rejoigne son groupe sans difficulté, puis il partit avec Mormegil en direction du château d'Endor.

Suite...

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Dernière édition par Novelastre le Sam 23 Sep 2017 00:57, édité 5 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et les Duchés des montagnes
MessagePosté: Ven 26 Mai 2017 18:12 
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Un brouillard onctueux balayait les environs d'une douce fraîcheur matinale. Le soleil, timide, n'osait pas encore montrer ses rayons, laissant place à une légère brise venue apporter les bruits alentours. Des oiseaux se faisaient les messagers de ce jour nouveau, à travers diverses mélodies sifflotantes, premiers éveillés venus apporter leur touche sonore à ce paisible tableau. Borri avait émergé le premier. Depuis une dizaine de minutes, il cheminait avec ses pensées d'un pas lent et mesuré, tel un ancien savourant sa promenade quotidienne. Là était son moment favori de la journée, car sous ses airs durs et renfrognés apparaissait tout de même une certaine douceur, celle d'un père. D'un regard partagé entre la curiosité et la mélancolie, il observait ses deux nouveaux protégés apaisés dans un sommeil profond. Le vétéran allait devoir leur apprendre les bienfaits et vertues de se lever tôt. Penser à cela dessina un sourire sur son visage de nature autoritaire.

- Mais pas aujourd'hui... Je leur en fait baver à ces petits. Ils ont bien le droit de se reposer un peu. Le temps de s'y habituer, héhé...

Sur ces dires, le vieux loup s'installa tranquillement dans l'herbe humide et saisit dans l'une des innombrables poches disséminées sur son imposante ceinture en cuir une pipe de magnifique facture. Taillée dans un os d'hornal, l'artisan avait mis du cœur à l'ouvrage, y dessinant de magnifiques figures triballes et y incrustant quelques pierres aux multiples couleurs. Du bel ouvrage. Son ancienne paie ne lui aurait jamais permis de faire l'acquisition d'un tel bien. Le ravage des trolls sur le convoi de Manfred en revanche lui avait donné une belle opportunité de s'en procurer une. Il ne faut pas sous-estimer la roublardise d'une vieux loup.
Après l'attaque du convoi, les trois compagnons sont bien entendu allés jeter un œil sur les restes de ce petit -mais non pas moins écœurant- champ de bataille. Les oiseaux de proie et autres corbeaux eurent prit un malin plaisir à faire de tous ces cadavres un gargantuesque buffet à ciel ouvert, lorsqu'ils n'avaient pas été emportés par de plus gros bestiaux auparavant. Naturellement, les survivants de la mêlée n'étaient pas totalement idiots et avaient emporté la majeure partie du butin restant. Prudent, le trio avait progressé à travers cette scène sordide dans l'espoir d'y trouver quelques provisions. Ezekiel, à la vue d'une des carcasses de bandit devenue garde-manger ne put réprimer une grimace accompagnée d'une douloureuse pensée pour le pauvre Ferland. "La seule chose qui unit les êtres vivants, c'est la mort", aimait répéter son père, coutume paysanne visant à rabaisser les plus riches. Triste fin. Cette petite pêche leur avait toutefois permit de mettre la main sur quelques prises intéressantes, entre denrées, tissus, couteaux, gourdes, cordes et autres babioles. Au début, le rôdeur eut bien des difficultés, réticent à l'idée de faire les poches de macchabées et remettant sa morale en question. Harolt en revanche, au vu de la dextérité et la vitesse avec laquelle il exécutait la tâche, ne semblait pas en être à son coup d'essai. La crapule parlait certes souvent pour ne rien dire, les actes eux ne mentent que rarement lorsque l'on est en mesure de les lire. Au final, le rôdeur avait fini par loucher sur la hache de l'un des brigands, mettant malgré tout un certain temps avant de s'en saisir. La vie d'aventurier réserve bien des surprises et abrite nombre de danger. Aussi est-il préférable de savoir et pouvoir se prémunir face à toutes ces situations et imprévus. Il s'était mis en tête de trouver un maître en la matière afin de puiser au mieux dans son savoir. Les seules limites sont celles que l'on s'impose, Ezekiel avait décidé de faire de cet adage son credo. Sur ces pensées, il sangla la hachette à sa ceinture et alla prêter main forte à ses deux camarades afin de déceler d'autres effets intéressants.
Borri savourait le mélange d'herbes qu'il avait forcé Harolt à récolter durant une après-midi entière à travers la forêt. Cela faisait bien longtemps qu'il fumait. Peut-être trop. Sa femme le lui reprochait souvent, à l'époque. Il commençait à s'impatienter. Ses jeunes ouailles dormaient bien trop. Il les fixait d'un œil mauvais, comme si ce lourd regard allait lui permettre de les arracher plus facilement à leurs rêves. C'est pourtant bien ce qu'il se passa. Avec difficulté, Ezekiel émergea d'un sommeil où les vieux démons de son passé s'amusaient à torturer son esprit dans d'étranges cauchemars. Il repoussa le bras d'Harolt de son torse, le jeune homme l'ayant passé inconsciemment durant la nuit. Au loin, il aperçut Borri, assis en une position lui conférant une allure respectable, en train de fumer.

- Et bah enfin ! Harolt et toi vous êtes vraiment de vraies feignasses. J'vais remédier à ça crois moi ! hurla le vétéran entre sourire et reproches.

Le timbre de sa voix réveilla Harolt en sursaut, mais celui ci retomba dans ses songes les secondes suivantes. Ezekiel se leva et commença à ordonner ses affaires, conscient que l'heure du départ approchait. Il avait plus que hâte de se mettre en route, découvrir de nouveaux lieux et plonger dans l'inconnu. Désormais, il en était certain. La monotonie n'était pas faite pour lui. Il avait besoin de rythme, de mouvement. Ce train de vie était parfait pour lui. La cap était fixé. Gamérian. Borri avait quelques contacts là-bas qui pourraient l'informer sur les dernières rumeurs. De quoi donner au trio l'occasion de se trouver de l'action et de récolter de précieux yus. Sans argent, impossible de survivre en arpentant ce vaste monde. Après une bonne demie-heure de préparatifs -sans compter le temps nécessaire pour faire se lever Harolt- ils se mirent en route.

Ezekiel marchait seul en tête, d'un pas léger, presque enfantin. Sa curiosité de découvrir une nouvelle région et donc une nouvelle façon de vivre était à son paroxysme, tout comme son impatience. Borri ne manquait pas de la rappeler à l'ordre lorsqu'il prenait trop de distance, usant de son infini répertoire d'insultes.

- Tu tiens tant que ça à te dépenser mon garçon ? Alors soit. Fais moi le plaisir d'aller remplir les gourdes, elles sont vides et j'ai soif.

Après avoir hésité un moment et caressé l'idée d'y envoyer Harolt, Ezekiel céda dans un soupir las devant le regard sans appel de son aîné. C'est ainsi qu'il saisit les gourdes que lui tendait Borri, avec virulence et agacement avant de quitter la route de terre qu'ils empruntaient pour s'enfoncer dans la forêt. Il marcha durant une bonne centaine de mètres puis se stoppa et tendit l'oreille. Le rôdeur ferma les yeux et se concentra, à la recherche du doux bruit d'un cours d'eau. Il prenait plaisir à se perdre ainsi, laisser la nature environnante prendre le dessus sur son être et le guider. Quelques instants après s'être enivré de la richesse et la diversité des sonorités, entre symphonies d'insectes, feuillages capricieux, battements d'ailes et, qui sait, peut-être murmures d'élémentaires de vent, il entendit. Le tranquille et doucereux ronronnement de l'eau qui coule, suivant son infini chemin voué à se répéter et reproduire inlassablement. Satisfait de sa trouvaille, il se dirigea vers la source. Les bois présentaient toujours cet aspect à la fois chaleureux et mystérieux qui lui plaisait tant, atmosphère silencieuse et feutrée où tendre l'oreille et se laisser transporter est une invitation au régal auditif, olfactif, visuel. Les arbres d'âges et espèces divers garnissaient les lieux de verdure sur des kilomètres à la ronde, abritant en leur tronc foule d'animaux, véritables villes et couloirs pour rampants. Ils n'empêchaient pas pour autant les rayons du soleil de filtrer, baignant les alentours d'une chaleur lassive et sublimant les couleurs. Il y avait de tout. Du vert, du jaune, du marron, du rouge, du orange, tourbillon multicolore dénué de logique mais doté de charmes certains. De petits rongeurs curieux faisaient parfois leur apparition, filant telles des flèches aux cibles incertaines. Les oiseaux se faisaient les chefs d'orchestre de l'endroit, s'échangeant de suaves aubades. Ce qui retenait le plus l'attention du rôdeur étaient les odeurs, nombreuses et incessantes, parfums boisés aux doux arômes de baies, emplissant les narines de nostalgies et d'évasion. Ezekiel atteignit enfin le point d'eau qui se présentait en un paresseux ruisseau, fier d'avoir pu le dénicher grâce à sa simple écoute. C'est alors qu'une chose curieuse se produisit. Alors qu'il était attelé à remplir les gourdes de l'eau claire et fraîche de la rivière, l'eau prit subitement une teinte beaucoup plus sombre. Le rôdeur comprit vite qu'il n'avait pas à faire avec un rare phénomène naturel lorsque la couleur du liquide vira à un noir profond, dénué de vie. Soudain, ce ne fut plus seulement l'eau qui était de cette couleur, mais tout son champ de vision. Il pouvait toujours distinguer les formes, mais se retrouvait plongé dans un véritable monde de ténèbres, bien loin de la félicité qu'il s'était figuré juste avant. Rapidement, il se redressa et sortit sa lame. Un frisson le parcourut, ses poils se hérissèrent d'effroi, il serra son arme à s'en faire mal. Face à lui, à pas plus de deux mètres, de l'autre coté du ruisseau, se trouvait un monstre. Ezekiel n'en revenait pas, jamais de sa vie il n'aurait pensé qu'une telle abomination puisse exister. Parodie de cadavre, la chose dans son entièreté paraissait avoir été dépecée. Bien que de taille et d'apparence humaine, la créature arborait une face hideuse dépourvue d'yeux et de nez. Ses yeux se trouvaient dans les paumes de ses mains décharnées, qu'elle avait tendu en direction du jeune homme. Ses ongles était aussi longs que des griffes et paraissaient plus qu’affûtés. Le rôdeur n'eut pas le temps de plus tergiverser devant telle atrocité. La bête montra une rangée de dents pourries et taillées en pointe avant d'attaquer.

Dans un bond d'une vitesse anormale, le monstre se retrouva juste à coté d'Ezekiel, qu'il tenta de blesser d'un coup de griffe. Le rôdeur eut tout juste le temps de faire une roulade en arrière pour l'esquiver, prolongeant le mouvement afin de se redresser et de faire face, en garde, bardant ses vêtements d'une boue froide et humide au passage. La chose se tourna lentement, déplacements saccadés, tels des spasmes. Sa gestuelle même inspirait la terreur. La vue d'Ezekiel se brouilla quelque peu, passant du net au trouble par intermittences. Il était visiblement victime d'un sort. Jusqu'alors, il n'avait jamais vu la magie en activité. Il n'en avait entendu parler qu'à travers des contes où les récits de quelques rares vagabonds l'ayant rapidement évoquée à la taverne de son village. Maintenant, il en était la cible. Il aurait pu y avoir mieux comme premier rencard... Plein de volonté et bravant sa peur, il décida de faire face, lutter contre cette horreur et les effets de sa magie sournoise. Il inspira profondément avant de lui aussi porter un coup. Une frappe verticale, sèche. À l'instant où son attaque aurait dû faire mouche, le temps se ralentit, et là où se trouvait la chose il n'y avait plus que du vide, dans lequel son épée se perdit en sifflant dans l'air. L'instant suivant, un nouvel assaut s'abattit sur lui, sous forme de deux coups consécutifs, la créature ayant refait surface juste à coté. Surprenant mais pas ingérable. En effet, la bête semblait parfois éprouver des difficultés à se mouvoir avec aisance, agissant de manière grossière, voire prévisible. Ezekiel esquiva la première tentative d'un tour sur lui-même, puis se courba vélocement pour passer sous la seconde. En se relevant, il porta une frappe vers le haut du tranchant de sa lame qui cette fois ci, atteignit sa cible. Ce fut le bras gauche de la chose qui fit la connaissance du fil de son épée, tranché net au niveau du poignet. La main voyante se fit éjecter avec vigueur, son œil affichant une sorte d'effarement. La créature hurla, plus de haine que de douleur, d'un cri perçant, aigu, inhumain. Une rage meurtrière se dessina sur la face difforme de la chose, qui répliqua en envoyant la plat de sa main valide d'un geste sec en direction d'Ezekiel, sans l'atteindre. Le rôdeur, de prime abord, pensa que la créature eut manqué de précision, mais il déchanta vite. Une onde de choc vint le propulser en l'air, en une violente vague d'énergie concentrée. La malheureux fit un véritable vol plané, lâcha son arme sous la force du sort et s'écroula sur un tapis de feuilles. Tout étourdi et le souffle coupé, il tenta de se relever au plus vite, cherchant frénétiquement son épée des yeux. Une douleur brûlante s'empara de lui. Le bas de son dos lui faisait mal. Il n'était pas si bien retombé. Sa vue s'était améliorée, laissant à nouveau les couleurs apparaître. Un bon début. Vraisemblablement, le fait d'avoir blessé la chose avait réduit son emprise sur lui, donnant du répit à ses sens. La bête s'approchait d'un pas lourd mais suffisamment précipité pour ne guère laisser le temps au rôdeur de reprendre son arme. Concentré, le gaillard se remit en garde, s'emparant de sa hachette. Il ne savait certes pas l'utiliser pour se battre mais avait déjà eu l'occasion de s'en servir lorsque l'hiver approchait et qu'il fallait abattre quelques arbres pour ne pas succomber au froid mordant. S'il frappait le premier, la chose se rejouerait de lui en distordant le temps. Il ne referait pas cette erreur. Il décida de patienter, lui laisser l'honneur du premier geste. L'anticiper, le contrer. En finir. Pas le droit à l'erreur, à la bévue. Toute méprise pouvait lui être fatale. Bien heureusement, la leçon de la veille avec Borri lui serait plus qu'utile dans telle situation où la réactivité était de mise. Après la théorie vient la pratique. La chose n'était pas des plus vives d'esprit, elle entra totalement dans son jeu, se présentant à lui, les griffes de son ultime main levées, se mouvant tel un pantin désarticulé. Lorsque la bête arriva à hauteur du jeune homme, elle attaqua de nouveau. Bien que sous l'influence d'un sort, Ezekiel s'en remettait à ce qu'il avait apprit, porta son attention sur les jambes rachitiques de son adversaire pour en lire les intentions, décoder la logique, agir en fonction. Une fois encore, le monstre manquait de vivacité. D'un bond en arrière, le rôdeur prit de l'impulsion, solidifiant ses appuis avant de s'élancer sur sa cible, le bras levé, la hache prête. Il ne laissa pas le temps à la créature de raviser sa molle attaque, de se rejouer de lui, d'attenter à sa vie. Convergeant sa puissance dans son bras armé, il frappa de toutes ses forces, en un cri de rage, de guerrier. La hachette vint se loger profondément dans la boite crânienne de l'atrocité qui se figea avant de s'écrouler dans un râle dégoûtant.

Ezekiel, l'air choqué, mit un certain temps à assimiler ce qu'il venait de se
passer. Qu'était cette chose ? Que voulait-elle ? Était-elle seule ? Gardait-elle quelque chose...? Son acuité visuelle revint en même temps que ses esprits. Hagard, il alla récupérer son épée ainsi que les gourdes, puis nettoya sa lame dans l'eau claire et remplit les contenants du précieux sésame, la main tremblante. Il s'apprêtait à quitter les lieux sans demander son reste quand quelque chose l'interpella. La main du monstre qu'il avait au préalable tranché durant l'opposition avait atterri juste de l'autre coté du point d'eau, tout proche de lui. L'œil présent de lui le fixait. Suivait ses mouvements, n'en ratait pas une miette. Ceci le pétrifia de peur, le laissa béat de longues secondes durant. Il n'osait plus bouger. Ne sachant trop comment réagir, il prit tout de même son courage à deux mains et décida de s'en emparer, l'enveloppant dans un tissu qu'il rangea dans une poche après s'être assuré qu'elle ne l'attaquerait pas. Quelqu'un pourrait sans doute lui donner plus de détails quant à se curieux artefact et l'informer sur ses propriétés. Une fois toutes ses affaires récupérées et remis de ses émotions, il rebroussa rapidement chemin pour s'en retourner auprès de son groupe, qui devait forcément commencer à se questionner sur la durée de son absence...

- Et bien tu en as mis du temps ! Qu'est-ce que tu foutais ? T'en as profité pour chier ou quoi ?! lança Borri à Ezekiel au retour de celui-ci.

- Je... Euh... Je préférerai en parler autour d'une pinte une fois arrivés à destination. lâcha Ezekiel encore tout secoué de son hostile rencontre.

Borri fronça les sourcils. Il avait remarqué le sang noir et putride présent sur la hachette du rôdeur mais jugea bon de ne pas relever devant la face déconfite qu'il arborait. Le vieux guerrier se contenta de porter une tape amicale et réconfortante sur son épaule.

- En route alors !! dit Harolt avec enthousiasme et fidèle à lui-même, n'ayant rien noté de suspect et hypnotisé à l'idée de se soûler après tant d'inconfort et de péripéties...

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