L'Univers de Yuimen déménage !


Nouvelle adresse : https://univers.yuimen.net/




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 174 messages ]  Aller à la page Précédente  1 ... 8, 9, 10, 11, 12  Suivante
Auteur Message
 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 16 Déc 2015 15:46 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Lun 28 Oct 2013 18:42
Messages: 564
Localisation: Cuilnen
Dans la gueule du loup II


La rognure d'ongles sauta, accompagnée d'une giclée de sang. Il n'y avait plus grand-chose à ronger au bout des doigts du garde, alors il attaquait la peau pour quand même se mettre un truc sous la dent : ça évitait de trop penser, et c'était bien la dernière chose dont il avait besoin. Il était là un peu hasard, un peu par naïveté. Il avait signé au bas de la mauvaise page et se retrouvait à monter la garde dans une forêt peuplée d'elfes mécontents lui en voulant à mort pour quelques arbres. Sa place n'était pas enviable. Et il ne lui restait vraiment plus rien au bout des doigts...
L'odeur précéda l'arrivée d'Océma et de son acolyte. La sentinelle chercha du regard la source de ce nouveau désagrément et découvrit le couple traînant le « chef » couvert de vomissure et évanouis. Il contempla la scène un bref instant en mettant la main devant le nez avant de se rappeler son travail.

Stop ! Que s'est-il passé ? D'où venez-vous ?

C'est heu... Les elfes. Z'ont amoché l'chef. Et heu... On a pu s'enfuir mais... Il a b'soin d'soins.

La magicienne retint un soupir. Le texte n'était pourtant pas compliqué mais Ricor avait eu un mal fou à l'apprendre. Cet idiot manquait de motivation : il n'arrivait pas à se mettre en tête que son plan génial puisse fonctionner et, avec tant de maladresse, il pouvait bien réussir à le faire échouer. Elle balança un coup de coude dans les côtes du piètre acteur.

Vite !

L'attention du garde se tourna vers elle. Malgré sa tentative de prendre une voix grave elle avait dérapé. Elle baissa la tête. Cette fois l'homme identifia clairement d'où venait la puanteur et il préféra regarder ailleurs.

Les elfes ?

Une... Une embuscade oui. 'Sont proches, faut la prév'nir.

La proposition resta en suspend dans l'air chargé de cendre. La suspicion dans les yeux du garde n'était pas du goût d'Océma ; leur numéro était trop minable pour être convaincant.
Elle fit mine de défaillir et vint s'étaler de tout son long dans la boue. La sentinelle recula aussitôt de plusieurs pas. Ricor regarda la jeune femme sans comprendre et resta stoïque, le regard fixant un point lointain, tout en soutenant tout le poids du « chef ». L'image du drôle de garçon puant en train de recracher de la boue était sûrement l'une des scènes les plus pitoyables qu'il fut donné de voir au garde. C'était plus qu'il n'en pouvait supporter et il décida de remettre le problème à d'autres personnes plus compétentes.

J'vais prév'nir le patron. Bougez pas.

Une fois l'homme éloigné Océma se releva et fonça droit vers les tentes.

------------

La nature volatile de la magicienne donnait difficilement prise aux idées raisonnables et construites. Le futur était quelque chose de vague où à peu près tout pouvait arriver ; elle trouvait ennuyeux et fatiguant de le fixer. Laisser les événements se dérouler et saisir les occasions en fonction de ses envies lui avait toujours réussi. Avec parfois des imprévus, elle en convenait.
Quant au passé sa nature même le rendait inintéressant à ses yeux. Il fallait qu'elle soit touchée par un événement, qu'elle se sente impliquée, alors elle se mettait à déployer une énergie colossale pour arriver à ses fins. Ainsi elle se trouvait à traîner son ancien ennemi au milieu d'un camp à l'agitation frénétique. Ricor avait abandonné l'idée de participer à cette entreprise suicidaire mais, ne sachant pas où aller, il suivait la jeune femme. Son attitude exprimait la désapprobation la plus totale. Il espérait simplement que "le chef" pousse son dernier râle avant qu'ils ne se fassent remarquer. Zewen en décida autrement.

Océma avisa une riche tente d'un rouge sombre ornée de dorures aux motifs étranges. Elle obliqua dessus en ignorant les signes de bras incompréhensibles de son compagnon qui s'était mis à courir vers elle. Quand sa tête passa à travers le lourd pan de tissu elle se figea.

Bienvenue dame Océma.

Les shaakt parlaient d'une voix traînante ou râpeuse. Leur apparence renvoyait à des images démoniaques, un aspect physique torturé parsemé de difformités visibles dû à leur nature corrompu et maléfique. Les livres mentaient.
La créature se tenant au centre de ses appartements s'exprimait d'une voix douce. Sa silhouette quasiment parfaite était élancée, sa poitrine et ses hanches généreuses, sa peau d'un blanc immaculé. Ses longs cheveux argentés et lisses, retenus par un peigne noir sur le côté droit du visage, cascadaient jusqu'au milieu de son dos. Sa figure blanche aux traits réguliers était ornée de deux puits sombres aux reflets violets formant un regard d'une intensité envoutante. Elle portait une longue robe de soie bleue marquée à la taille par une fine ceinture d'un rouge profond. Elle n'avait rien à envier en beauté aux elfes de Cuilnen. Sa posture élégante et sa démarche cadencée laissèrent la petite magicienne rêveuse. Elle laissa approcher la belle créature et tarda à avoir un mouvement de recul.

À qui ai-je l'honneur ?

La shaakt esquissa un sourire et s'arrêta.

Prêtresse Luata pour vous servir. Mes sources ne mentent pas: vous ne vous démontez pas facilement.

Océma était trop coutumière des pièges tendus dans la conversation pour s'y engouffrer. Poser la question évidente aurait donné trop de satisfaction à son interlocutrice et n'aurait probablement pas déclenchée de réponse claire. Elle resta donc silencieuse.

Vous avez certainement conscience d'avoir été trop loin n'est-ce pas ? Hum ? Tomber entre les mains d'une Shaakt est peu enviable. Par chance vous allez ressortir d'ici vivante... J'ai utilisé le mot chance ? Hum ? Peut-être n'est-ce pas très juste. En tout cas j'espère que vous en valiez la peine.

Le regard de l'elfe se posa dans le vide un instant et tourna le dos à son interlocutrice.

J'ai bien peur que nous devions parler une autre fois. Vous devriez fuir maintenant... Ha ! Les deux imbéciles que vous traînez vont malheureusement mourir.

La magicienne resta interdite et tenta de rassembler les informations fournis par Luata en un discours cohérent. Un bruit sourd et un râle sur sa droite la ramenèrent à la situation présente étant manifestement sur le point de la dépasser. Ricor étouffait et se tordait par terre, la bouche écumante et les yeux révulsés.

Vous n'êtes pas obligé de regarder vous savez.

La vie dégageait une certaine chaleur, Océma l'avait toujours senti de façon confuse sans en avoir vraiment conscience : les humains, les elfes, les arbres... La terre même l'irradiait. La Shaakt se tenait près d'elle, contre son épaule, et sa présence était glaciale. La jeune femme tourna vers ce vide un regard empli d'angoisse tandis qu'il absorbait la vie de l'être humain rampant dans la cendre devant eux. Puis il n'y eut plus d'être humain : seulement le vide et les ténèbres pour le remplacer. L'angoisse et la panique serrèrent les entrailles de la magicienne puis explosèrent dans tout son corps.

Cela commence : vous auriez dû fuir. J'espère vous revoir vivante.

Une clameur s'éleva dans le camp. Il y eut d'abord un sifflement puis les flèches s’abattirent comme une nuée de sauterelles, réduisant en lambeau les tentes et les corps. Océma, avertie à temps par les dernières paroles de Luata, sauta sous une charrette. D'autres n'eurent pas le temps de trouver d'abri ; un homme tomba près de la roue, la gorge traversée par un trait arborant une empenne de Cuilnen. Le flot de sang qui jaillissait de la blessure était noir. Il tenta de se traîner sous la charrette, avançant par convulsions successives. Chaque mouvement déclenchait une série de gargouillis et de hoquets faisant remonter le sang dans la trachée béante. Il jaillissait alors et ruisselait sur le sol. La magicienne pria Yuimen d'abréger ses souffrances. Elle souhaitait surtout faire cesser les bruits d'agonie et fermer les yeux implorant qui la fixaient.
Elle fut exaucée. L'homme cessa bientôt de bouger. Son sang continuait à suinter le long de la flèche et mouillait la cendre, créant une tache brune qui s'étendait lentement. Une seconde salve vint frapper le corps. Elle entreprit de lui rendre un aspect présentable. Malgré son bras blessée elle put arracher quatre flèches avant que le bois de la charrette ne commence à se disloquer. L'instinct prit alors le dessus : elle se précipita hors de sa cachette et se mit à courir. Elle ne savait où. Elle ne savait si elle souhaitait la mort ou la vie. Un nouveau sifflement emplit l'air, puis ce fut un bourdonnement annonçant l'arrivée d'une nouvelle pluie mortelle. Océma jeta un coup d’œil autour et, ne repérant aucun abri, s'immobilisa. Les yeux clos elle espérait que le choc serait suffisamment violent pour l'emporter aussitôt au royaume de Phaïtos et lui éviter la douleur.

Une lumière aveuglante traversa ses paupières, l'obligeant à se protéger. Elle se retrouva alors la tête plongée dans un tissu soyeux, dégageant une odeur reconnaissable entre toutes. Des larmes coulèrent le long de ses joues sales.

Ma sœur ne devrait pas vouloir mourir.

Torië essuya avec sa robe la boue et le sang qui maculait le visage de la rouquine. D'autres elfes alentours regardaient la scène avec une désapprobation palpable. Océma n'en avait cure. Elle les haïssait autant que la Shaakt et ses larmes de soulagement firent place à celles, amères, de la colère.

Océma doit m'écouter : son peuple a besoin d 'elle. Le temps manque.

Elle dévisagea sa salvatrice avec surprise. Elle s'était attendue à du réconfort, au moins de la part de sa belle-sœur. L'avait-on sauvé pour continuer à se servir d'elle ? Elle doutait d'être autre chose qu'un jouet entre les mains de ces créatures hautaines et suffisantes : elfes et Shaakts confondues. La colère empourpra ses joues mais elle ne trouva pas de mot pour l'exprimer. Aucune émotion ne traversa le visage grave de la demi-elfe. Elle savait pourtant manipuler la petite humaine et aurait pu lui faire regretter ses pensées trop visibles dans son regard. Elle répéta simplement sa demande.

Ma sœur doit nous suivre. Elle ne peut rien pour les morts.

Océma souhaitait hurler. Pourtant elle emboîta le pas à la longue silhouette qui s'enfonçait dans l'ombre des arbres en direction de Cuilnen. Derrière elles les elfes amoncelaient les hommes criblés de flèches, ayant probablement prévu un bûcher, sort qu'ils avaient eux-mêmes réservé au grand arbre ; vengeance mesquine d'un peuple envers un autre.

_________________

Image


Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 16 Déc 2015 17:16 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Lun 28 Oct 2013 18:42
Messages: 564
Localisation: Cuilnen
Retour vers Cuilnen


Le vent d'ordinaire joyeux et accueillant résonnait comme un gémissement plaintif à travers le feuillage de la forêt blessée. L'aube jetait une lumière grise qui, depuis le canope, semblait suinter le long des troncs et donnait au sous-bois une teinte uniforme. Elle rencontrait au pied des arbres une brume épaisse et immobile rendant incertain les accidents du terrain.
Torië semblait flotter dans la couche laiteuse. Elle s'arrêtait de temps à autre pour se laisser rejoindre par la petite humaine. Cette dernière avançait d'un pas mécanique, trébuchant mollement sur des racines à peine visibles. Elle tenait encore de son bras valide la brassée de flèches ramassée sur le corps du soldat et son regard vide d'expression glissait sur les arbres décolorés. Ses yeux finirent par s'arrêter sur une branche morte tombée en travers de sa route. Elle s'immobilisa.

Je cherchais un guérisseur pour sauver un homme blessé.

L'elfe revint sur ses pas.

Elle s'est présentée sous le nom de prêtresse Luata. Une Shaakt... Si belle.

À nouveau les larmes gonflèrent le long de sa paupière inférieure. Elle ne savait comment décrire le moment de bascule ou elle comprit la nature de la créature sombre, ou le voile d'insouciance derrière lequel elle se protégeait s'était déchiré. Elle aurait voulu le rapiécer mais elle n'en retrouvait pas les morceaux.

Les prêtresses de Thimoros sèment la souffrance et usent les âmes ainsi. Ma soeur ne doit pas se laisser étouffer.

Océma jeta les flèches au pied de l'elfe. Cette dernière soutint le regard chargé de reproche avec un air impassible. Elle s'était préparé à recevoir des accusations pour le massacre du camp mais formuler une réponse qui calma l'indignation de l'humaine était impossible.

Les elfes ne sont pas meilleurs que les autres races. Nous pouvons mal réagir face à une agression...

...Et vous abaisser jusqu'à devenir pire que vos ennemis.

Ma sœur ne possède pas...

...Toutes les informations. Hé bien! On se demande qui les lui cache!

La réponse tarda à venir Océma sentit l'assurance de son interlocutrice se craqueler.

Le conseil...

...Est dépassé... Divisé! Bien sûr! Tu n'es pas là par gaieté de coeur Torië! M'envoyer au-devant du danger ne te fais pas plaisir. Venger dans le sang la mort d'un arbre, aussi grand et important fut-il, non plus. Je te haïrais vraiment dans le cas contraire!

Cette fois les yeux bleus tremblèrent et l'elfe baissa la tête pour ne pas perdre contenance. Puis comme si elle se rappelait une chose importante elle tourna le dos à la magicienne pour regarder vers Cuilnen.

Le temps presse Océma.

Le ton se voulait assuré ; il parut à Océma glaciale. Elle oublia sa peur et l'apparent manque d'émotion et de certitude de sa belle-sœur la mit hors d'elle. Ayant trouvé une faille elle comptait y déverser sa frustration sans se soucier de la justesse de ses actes. L'aura d'empathie de l'elfe ne la touchait plus. Elle cracha avec tout le mépris qu'elle put trouver des mots visant seulement à blesser.

Crois-tu que je veuille encore obéir? Sans confiance de ta part et avec tes faiblesses pour excuse?

Le silence tomba lourdement. Océma aurait souhaité ravaler ses paroles au moment où elles passèrent ses lèvres mais elles flottaient déjà dans l'air, touchant leur cible.

Je m'excuse Torië.

Seuls les dieux obtenaient à peu près le respect des elfes et jamais ils ne s'abaissaient devant une autre race. Ce fait leur valut plusieurs guerres à travers les âges et une antipathie assez grande de la part de beaucoup de peuples. La petite humaine écarquilla les yeux quand la belle créature s'agenouilla devant elle et lui prit les mains. Sa silhouette repliée était entourée de brume, la rendant tremblante et incertaine _fragile.

Je n'ai jamais été plus forte que toi Océma. Je m'excuse de l'avoir laissé croire et je m'excuse de t'avoir gardé à l'écart de nos décisions. Nous sommes un peuple trop fier et hautain.

Les paroles semblaient sincères et laissèrent leur destinataire muette d'étonnement. Elle repensa à la première rencontre avec Torië. C'était au mariage de son frère, elle avait alors une quinzaine d'années. Elle avait rit à sa façon de lui parler comme si elle se trouvait dans la pièce d'à côté. C'était le premier souvenir. Puis elle avait grandi à ses côtés, sous son aura protectrice. Jamais elle n'avait reçu le moindre reproche de sa part. Elle était même garante de sa liberté après sa "faute" et la naissance d'Inilia. Elles étaient devenues proches, autant qu'une humaine et une elfe puissent l'être. La magicienne avait même compté sur elle pour élever sa propre enfant et le lui avait demandé directement quelques jours auparavant.
Cette fois les larmes qui roulèrent sur ses joues étaient exemptes de douleur et de colère. Elle serra la tête blonde contre sa poitrine et se laissa emporter par sa tristesse. Après quelques minutes l'elfe se dégagea doucement de l'étreinte pour fixer ses grands yeux sur une Océma tremblante.

Nous devons éviter d'autres morts. Et j'ai besoin de ton aide.

Il subsistait un doute sur la sincérité de l'elfe ; n'avait elle pas avoué leurs habitude hautaines? Mais la nature de la magicienne la poussait à faire confiance. Les deux sœurs partirent donc vers Cuilnen d'un pas précipité seyant mal à Torië habituellement calme et mesurée.

_________________

Image


Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Lun 10 Oct 2016 22:53 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 19 Jan 2016 17:54
Messages: 782
Localisation: Forêt de Cuilnen
Le départ

La marche n'a pas été très longue, une petite quinzaine de minutes tout au plus. Peu de mots ont été échangés au cours des cette période, mon maître respectant le silence pour ne pas perturber mon apprentissage. Car j'ai appris, beaucoup. Ou du moins, j'ai compris, à défaut de savoir ce à quoi elles appartiennent, quelles semblent être les différentes odeurs que nous croisions. Et les odeurs ne sont pas les seules à m'en apprendre.

Très rapidement, les sensations qui me parveniennent lorsque mes pieds se posent sur le sol changent. D'un sol dur, caillouteux et me faisant parvenir le chahut de la ville malgré la distance, nous sommes arrivés sur un sol bien plus souple, transmettant des vibrations étouffées, des informations tronquées. J'ais déjà marché dans l'herbe, pieds nus même, pour apprendre, mais celle-ci est différente, plus chaotique.

Je m'arrête un instant pour m'accroupir et glisser doucement ma main dans cette herbe. Elle me caresse les mollets et les chevilles, bien plus haute que celle que l'on trouve à Cuilnen. Mais surtout, ses brins ne semblent pas suivre un quelconque modèle, et chacun est différent, tant en terme de taille que d'orientation. Ce que je ressens ici est plus flou, plus compliqué que ce que comprends de la ville.

La distance avec la ville se ressent rapidement, les vibrations provenant du sol se faisant bien moins présentes. Tout semble plus léger dans la nature. D'un autre côté, les odeurs sont beaucoup plus nombreuses, subtiles et mélangées. Les alentours doivent fourmiller de nombreuses choses qui me sont inconnues. Je peux sentir l'herbe et les arbres, je peux comprendre qu'un oiseau nous survole ou chasse un insecte, mais tout le reste, tout ce qui sort de ce que j'ai connu à Cuilnen, entraine un capharnaüm de sensations dans mon crâne, desquelles je n'ai pas les connaissances nécessaires pour savoir ce qu'elles sont.

Tout cela me fait paniquer, mais Malun m'a appris au tout début, alors que j'étais encore toute petite, comment faire pour contrôler mon esprit et ne pas sombrer. Il a fait preuve d'une pédagogie sans borne, et le résultat est là. Malgré tout, je ne suis pas complètement sereine, et la concentration nécessaire à l'opération m'épuise mentalement. Je suis sûre qu'il le sait. Je suis persuadée que chacun de mes mouvements sont suivis, qu'il est près à réagir à la moindre faiblesse. Mais il ne faut pas que je flanche, il faut que j'apprenne, toujours plus, jusqu'à ce que je puisse être autonome.

Chacune des nouvelles sensations que je croise me fascine et m'apeure en même temps. L'inconnu n'est jamais facile à approcher, mais il semble tellement agréable. Mais finalement, quelque chose changea. Malun ne tarda pas à me l'expliquer.

"Nous voilà à l'orée de la forêt. Nous allons faire une courte pause ici, profites en pour te reposer."
"D'accord."

La forêt. C'est comme si elle était apparue sans prévenir, comme si à l'instant d'avant il n'y avait qu'une plaine herbeuse. En quelques minutes, les rayons du soleil ne caressent plus ma peau, le sol s'est muré dans un silence des plus oppressant, et les odeurs semblent toutes camouflées par un mélange à la fois fort et humide, quelque chose que je ne saurais définir plus précisément. J'entends encore des oiseaux, et le bruissement des feuilles au moindres coup de vent, mais rien d'autre.

Je sais que la forêt fait peur à beaucoup de jeunes, et même des moins jeunes, et j'en ai maintenant la preuve. Tout ce que je connais ne semble pas être valable ici. Cette forêt semble être l'antithèse de tout ce que j'ai appris en ville.

"Maître ?"
"Oui Diana ?"
"Quand vous parliez des choses que vous ne pouviez m'apprendre chez vous, vous parliez de cette forêt ?"
"En partie oui."

Il se tut un instant. J'entends le bruissement de ses vêtements, quelque vibrations dans le sol... Il vient de s'assoir dans l'herbe. Je m'accroupis pour le suivre, glissant ma main sous ma robe pour ne pas la froisser, puis m'assoie à mon tour, repliant mes jambes. Le vent ne semble pas oser s'aventurer plus loin, et les quelques rafales qui osent s'engouffrer dans mes cheveux s'estompent rapidement.

"Avant de repartir, j'aimerais que l'on discute un peu. La forêt est un endroit spécial, il vaut mieux en parler un peu avant."
"Je suis déjà perdue alors même que nous n'y sommes pas rentré."
"Que ressens-tu ?"
"Plein de choses. Il y a beaucoup de choses que je ne connais pas, mais je n'ai rien senti de proche. Il se peut que tout cela soit très loin, les odeurs portées par le vent sont trompeuses. Mais le sol m'a semblé bien plus silencieux qu'à Cuilnen."
"C'est tout à fait normal, il y a beaucoup moins d'agitation ici, et les animaux ne s'approchent pas trop près des villes. Pour les odeurs, tu dois aussi avoir raison, nous n'avons rien croiser depuis que nous sommes partis, à part quelques oiseaux."
"Le vent brouille toutes les odeurs. Je n'arrive pas à différencier les proches des lointaines, c'est... troublant."
"Tu n'as aucun repère auquel te raccrocher, je comprends que ça te fasse peur, mais ça ne doit pas. il en va de même pour tout le monde. Si tu sais qu'un de tes sens n'est plus fiable, écoutes les autres. A l'extérieur, le vent sera l'un de tes pires ennemis. Il brouillera beaucoup d'odeurs et de sons. Mais tu ne te seras pas que de ton ouïe et de ton odorat, n'est-ce pas ?"

En effet, le silence du sol me permet de ressentir le moindre mouvement à proximité, et ce bien plus efficacement qu'en ville.

"Tu pourras t'entrainer à l'extérieur durant notre voyage et à notre retour, tu finiras par t'y sentir comme chez toi. Cependant, avant, nous devons traverser cette forêt, et il va falloir t'y préparer."

Il m'explique alors ce qu'a la forêt de spécial. Le sol irrégulier, couvert de glands et de feuilles, détruit par les racines et les terriers, couvert de mousse et de feuilles, et les arbres, irréguliers, tordus et ancestraux. Mais surtout, il me parle des animaux, des insectes, nombreux mais peu dangereux, des herbivores, peureux, des oiseaux nocturnes, et surtout des prédateurs, potentiellement dangereux et par nature discrets.

Je ne connais pas la plupart des animaux dont il me parle, ou seulement parce que mes parents m'en ont déjà parlé avant, mais cette forêt semble porter en elle un écosystème entier, indépendant du monde extérieur.

"Il n'y a pas meilleur entrainement qu'une forêt pour toi. Tout ce que tu as appris en ville ne sera pas valable ici, par contre, chacun de tes sens sera important. Et ne t'inquiète pas, je reste près de toi."

J'acquiesce.

"Pouvez-vous me laisser une minute ? Je souhaiterais me concentrer."
"Bien sûr."

Je le remercie, puis me lève et m'éloigne de quelques pas. Juste assez pour retrouver le vent, histoire d'être en terrain connu. Je me concentre, faisant le vide dans mon esprit. Je m'efforce de ne penser à rien, de ne laisser aucune pensée s'échapper de mon esprit. Je plonge en moi, doucement, scrutant chaque partie de mon corps, chaque nerf, chaque mouvement de mon cœur. J'y cherche mes fluides, que j'anime pour les guider, pour les mener là où je le souhaite. Je leur fait traverser tout mon corps, je les entrainent tous. J'aime beaucoup utiliser la magie. Cette sensation de contrôle total, de liberté complète, cette impression de pouvoir faire ce que l'on veut de ses fluides. Mais je n'en fait rien, je les calmes simplement, puis soupire un grand coup. Avant de me retourner vers mon maître, immobile.

"Allons-y."

Je me dirige vers lui, sa chaleur rayonnant dans la froideur de cette orée, et il m'attrape de nouveau le bras, avant de me guider sur le sentier, avant de pénétrer dans la forêt. Et à peine quelques secondes plus tard, mon pied heurte une racine, manquant de me faire tomber. Sans Malun, je me serais retrouvée à terre.

Il ne dit rien, me laissant apprendre et comprendre, me laissant appréhender cette forêt, me l'approprier. Il a toujours fait ainsi. Il aime à dire qu'au final, il ne m'apprend rien, il m'oblige juste à apprendre de moi-même.

La fraicheur est encore plus forte dans la forêt, mais le silence n'est plus, constamment brisé par le bruissement des feuilles, des animaux que je ne parviens pas à discerner, et des oiseaux. Je sens beaucoup de mouvement autours de nous, les odeurs sont plus précises, maintenant que le vent n'est plus, et les sons aussi.

Dans un premier temps, je préfère me concentrer sur le sol. Pour m'aider, Malun marche devant moi, ainsi, je peux reconnaitre ses pas et les suivre, et surtout, je peux comprendre les modification du terrain. Malgré tout, je chute plusieurs fois, sans qu'il ne dise un seul mot.

Après plusieurs autres chutes et un temps dont j'avais perdu le fil, je parviens enfin à marcher plus de quelques pas sans me prendre une racine. Je ne marche pas vite, certes, mais au moins je ne tombe plus. Je peux enfin penser à ce qui m'entoure. Mais par où commencer...

"Maître ?"
"Oui ?"
"Pourriez-vous m'indiquer ce qui nous entoure, comme quand j'étais plus jeune ?"

Il acquiesce. Je suis consciente que ce ne doit pas être amusant pour lui, mais je n'ai aucun autre moyen d'associer ce que je perçois du monde extérieur à ce qu'il est vraiment. J'apprends ainsi à reconnaitre la mousse et à la différencier du mucus, à reconnaitre des fruits et des champignons, même si Malun me conseille de ne pas y toucher sans en apprendre plus. Je fais aussi la découverte de quelques insectes qui me sont inconnus, et même d'animaux un peu farouche qui ne fuient pas à notre approche. Je ne peux évidement pas les toucher, mais rien qu'associer une odeur, un son et un pas à un animal me permet de mieux me repérer dans cette forêt.

Plus nous avançons, plus je me sens à l'aise, même si sans Malun je serais incapable de m'en sortir. Et soudain, je sens quelque chose de nouveau. Le pas de mon maître ralentit doucement, sans s'arrêter pour autant, alors qu'un autre pas fait son apparition. Un pas plus lourd, une nouvelle odeur, proche de celle de quelques animaux déjà croisés, mais sensiblement différente. Ni plus forte, ni plus prononcée, seulement plus nuancée, plus complexe. Elle semblait mélangée à des odeurs qui me parlaient plus, des odeurs que je peux trouver en ville par exemple. Mais ce pas lourd ne me disait rien. Il ressemble à celui d'un garde ou d'un guerrier, mais aucun signe d'armure ou autre. Et là démarche semblait assurée, contrairement à celle d'un animal, plus erratique, plus aléatoire.

"Maître ? Quelque chose devant nous, je ne parviens pas à savoir ce que c'est."
"Il s'agit d'un Woran, Diana."

Le Woran

_________________


Dernière édition par Diana le Mar 11 Oct 2016 17:06, édité 2 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mar 11 Oct 2016 12:37 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 15 Oct 2014 19:53
Messages: 213
Localisation: Alentours de Khonfas
Chapitre III

L'Infirme

Mon regard posé sur le sol glisse de rocher en feuille morte alors que mes pas me font inexorablement avancer. Je suis entouré d’une forêt, différente de celle d’Hidirain. Ici, la teinte des arbres est plus claire, leurs feuilles plus larges gonflées vers le ciel comme pour mieux se baigner de ce soleil radieux. Même l’odeur est différente, loin de l’odeur acide des sapins, je sens l’humus et les riches senteurs du sous-bois, un sous-bois riche et fertile. L’air est plus chaud aussi que dans ces vallées flanquées de pics aux neiges éternelles. La Perle Blanche et ses enchantements me manquent. La forêt de Cuilnen est belle, ancienne et magique, je le sens mais il y avait une quiétude, une simplicité à Hidirain que je ne ressens pas ici. Je contemple un instant la possibilité de retourner en arrière, retrouver la solidité des nains du Rock Amrath, mais je sais qu’il ne s’agit là que d’une brève et vague pensée, un regret à peine effleuré.

Le poids qui pend à la hanche est le réceptacle que mes espoirs futurs, du chemin que je me suis tracé maintenant que je suis libre de le faire, maintenant que les chaînes qui me retenaient ont été brisées dans le sang et les larmes. La Dague de Rana, pendant à une ceinture attachée autour de ma taille, me rappelle le vœu que j’ai fait, celui de la ramener au temple de la Déesse à Oranan, auprès des personnes qui sauront en apprécier la valeur. Une de mes griffes en effleure la garde. Son poids est étonnement léger, mais mon pouce garde les stigmates de la morsure de son rare tranchant. Je l’ai trouvée aux côtés de Lalyë et de Riklau, les amants maudits, l’elfe blanche et le shaakt noir, unis à présent dans la mort au côté de Phaïtos. Je le sais, parce que j’ai vu une de ses âmes damnées emporter leurs âmes depuis les profondeurs du Rock Amrath pour qu’enfin ils connaissent la paix. Entre leurs doigts entrelacés subsistait la Dague de Rana, encore enfoncée dans les entrailles de l’homme prêt à rejoindre son aimée dans l’outre-monde. Je l’ai alors prise, pour qu’elle ne demeure pas dans les profondeurs de la terre, elle qui fut forgée au nom de la Déesse du Vent.

Son poids est si léger que je ne devrais pas le sentir, pourtant j’ai l’impression que les symboles qui s’y sont attachés sont plus lourd que le monde, si bien que pas un instant je ne parviens à oublier sa présence. Je la revois encore, lovée dans le ventre du cadavre du shaakt, muet témoin de ce qui lui fut accordé et de ce qui m’est refusé. J’aimerai rejoindre Chilali par-delà le voile de la mort comme Riklau a rejoint Lalyë, pourtant les derniers mots de mon oiseau des neige résonnent encore dans mon esprit. « Pars, Sha’ale, je t’aime, et vis pour nous » m’a-t-elle dit dans ses derniers instants, alors que la herse s’effondrait entre nos corps, nous séparant à jamais. Je revois son visage encore souriant de défi, le sang maculant sa fourrure blanche comme un lys écarlate sur de la neige. Son sacrifice, s’offrir aux shaakts pour me permettre de lui survivre et de m’échapper de l’esclavage. Vis pour nous. C’est ce que je m’efforce de faire depuis, avançant au jour le jour avec ce trou dans la poitrine. Me rendre à Oranan n’est au fond qu’un prétexte pour me forcer à avancer, pour me donner un but.

Quelle ironie que je sois encore en vie et qu’elle ne le soit plus. Elle qui était la vie, elle qui était la fougue et la fureur d’aimer.

Je suis soudain tiré de mes pensées par une petite voix, frêle et féminine.

- Maître ? Quelque chose devant nous, je ne parviens pas à savoir ce que c'est.

Les paroles ne me sont pas destinées. Elles sont prononcées par une femelle elfe aux cheveux de jais et aux yeux azurés, si fine à côté de mes membres que je peine à imaginer comment peut-être se tenir debout malgré le vent. Il y a quelque chose d’étrange en elle, quelque chose que je ne parviens pas à déterminer alors que mes oreilles se tournent vers eux, mes moustaches déjà frétillantes de curiosité.

- Il s'agit d'un Woran, Diana, lui répond un elfe, un mâle au visage jeune qui pourtant me semble plus âgé, peut-être dans la façon de se tenir ou de parler.

A la réponse du mâle, je constate que je suis la source d’intérêt de la femelle, mais cette dernière, pourtant, ne regarde pas dans ma direction. En réalité, ses yeux semblent perdus dans le vague, comme s’ils ne discernaient rien de leurs alentours. Aveugle ? Alors que mes pas s’approchent d’eux pour s’arrêter à quelques mètres, cela devient évident. J’ai vu des worans vieillir et devenir aveugles avec l’âge, demandant alors la mort par les griffes de leur descendance, mais je n’ai jamais vu une aussi jeune personne… Quelle sensation atroce ce doit être que de ne pas pouvoir contempler la beauté de ce qui nous entoure. Chilali serait restée bouche bée devant le courage que cela doit lui demander de rester en vie malgré tout, sans se donner la mort. Elle m’aurait lancé un regard sidéré.

Peut-être sont-ce ces pensées qui m’incitent à m’arrêter dans un crissement presque inaudible de mes griffes sur le sol pour ouvrir la mâchoire et leur parler.

- Je… crois qu’il n’y a pas beaucoup de worans sur ces terres.

Ma voix me paraît grondante, rocailleuse à côté de celle, fluette, de la femelle ou celle, sage, du mâle. Je me sens démesuré à côté d’eux, hors de propos et je déplace mon poids sur l’autre jambe, un mouvement félin pour masquer ma gêne. Je la fixe un instant, m’assurant de son incapacité à voir, avant de dire entre mes crocs :

- Vous êtes infirme. Pourtant les vôtres vous laissent quitter votre tanière ?

Il n’y a aucune once de jugement dans mes paroles, aussi rudes soient-elles, simplement de la curiosité, un peu d’incompréhension. En réalité, je n’ai pas la moindre idée de comment les autres races s’occupent de leurs petits défectueux. Dans le quartier des esclaves de Khonfas, les règles étaient simples : toute progéniture infirme était mise à mort. Les mères et la troupe tentaient souvent de les protéger, de les cacher, mais nos maîtres finissaient toujours par les trouver. Des bouches en trop à nourrir, des bras inutiles, voilà ce qu’ils représentaient à leurs yeux.

Conscient de la rudesse de mes paroles, je tente de les adoucir en ajoutant :

- Je suis nommé Sha’ale. Sha’ale Wakhan.

_________________
Image
Je pleure, parce que leur mort est mon fait.
Je pleure. Parce qu’elle était la vie, parce qu’elle était la fougue et la fureur d’aimer.


Thème de Sha'ale


Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mar 11 Oct 2016 16:05 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 19 Jan 2016 17:54
Messages: 782
Localisation: Forêt de Cuilnen
La forêt

Un Woran. Ils sont rares ici, je n'en ai jamais croisé à Cuilnen. Tout ce que je sais d'eux, je l'ai appris de mes parents ou de mes professeurs. Sauvages et brutaux, ils ne s'intègrent pas facilement, préférant vivre entre eux, au sein de communautés rigides et sans pitié. Comme à Cuilnen, leur chef est une femme, mais contrairement à non, elle a tout pouvoir et toute obéissance. Ce sont parait-il d'excellent combattants, utilisant leur force et leur brutalité sans ménagement, et les canalisant dans un art particulier dont le nom m'échappe totalement, mais dont certains guerriers avec lesquels j'ai discuté reconnaissent sans douter la puissance et la suprématie en duel.

Mais que fais donc un être de cette espèce ici, à Cuilnen ? Sa meute est-elle avec lui ? ou est-il perdu ? Je me concentre sur ce Woran, essayant d'en apprendre plus. Son odeur est unique, originale. Bestiale dans une certaine mesure, mais il y a autre chose que je n'arrive pas à distinguer. Une nuance qui la rend différente, plus... proche de la notre que celle des précédents animaux que j'ai découvert. Et elle se mélange à l'odeur du cuir. Pas celle des animaux que les chasseurs ramènent à Cuilnen, mais celle du cuir déjà travaillé, du cuir que certains portent en armure, ou comme moi, en gourde.

Mon apprentissage sur les Woran avait été court, mais il en ressortait principalement une aversion de mes professeurs à leur égard, me faisant penser qu'ils ne valaient guère plus qu'un prédateur sans but ni respect, un animal trop sauvage pour être respecté, mais trop fort pour être chassé. Mais les animaux ne s'habillent pas, et les animaux, quel qu'ils soient, ne parlent pas.

"Je… crois qu’il n’y a pas beaucoup de worans sur ces terres."

Sa voix est grave, impressionnante, et tranche avec l'hésitation de la phrase prononcée. Ce ne peut être un animal, c'est plus que ça, bien plus que ça. Il s'est approché, et ses pas, tout proches, s'accordent avec sa voix. Ce doit être quelqu'un de puissant, mais quelque chose d'autre transparaît, dans sa voix, dans ses odeurs. Je ne sais pas ce que c'est, je manque trop d'informations. Pour ma part je n'ai pas bougé, mais j'ai sentis Malun se raidir. Il est prêt à ce battre.

"Vous êtes infirme. Pourtant les vôtres vous laissent quitter votre tanière ?"

Un instant, tout s'arrête, avant que le temps ne reprenne sont court et que mon cœur s'accélère. Il s'adresse directement à moi, sa voix grave confirmant l'étonnement de me voir ainsi. Je sais que les Woran n'acceptent pas les infirmes, comme les animaux, préférant les exécuter dès leur naissance. C'était l'un des arguments de mes professeurs pour justifier qu'ils ne sont rien de plus que des animaux. Mais plus je l'entends, plus je le ressens, et moins il me parait être un animal. Sinon il aurait déjà fui, ou attaqué. Il n'aurait pas prit la peine de discuter, de s'étonner.

Je sens le bras de mon maître me pousser doucement vers l'arrière. Me croit-il en danger, a-t-il raison ? Je ne ressens rien de malsain chez ce Woran. Il n'est ps détendu, mais ses muscles ne semblent pas près à l'attaque. De toute façon, si ce que m'ont dit les guerriers qui en ont affronté est vrai, il lui faudrait à peine quelque secondes pour nous battre tous les deux.

"Je suis nommé Sha’ale. Sha’ale Wakhan."

Sha'ale. Ce nom ne m’évoque rien, mais prouve une chose, du moins je le pense. Ce Woran n'est pas hostile. Je repousse doucement la main de mon maître, me libérant du repère physique qu'il me procure depuis notre entrée dans cette forêt, et fait un pas en avant. Je sais que Malun est sur le qui vive, mais je sais qu'il ne fera, ni ne dira, rien. Cette forêt est mon apprentissage, et je le connais depuis assez longtemps pour savoir que lequel de nous deux est le plus patient. Il faut donc que je me prenne en main.

"Enchantée... Sha'ale. Je m'appelle Diana Alyn. Je suis en effet aveugle, de naissance."

Je ne connais pas les coutumes des Worans, mais se présenter est déjà bien plus elfique que tout ce qu'ont bien pu me dire mes professeurs. Je tend la main devant moi, sans toutefois toucher le Woran, paume vers le haut, comme pour la lui offrir.

"Il existe d'autres sens que la vue pour connaitre et reconnaître quelqu'un. Puis-je toucher votre main ?"

Premier contact

_________________


Dernière édition par Diana le Mer 12 Oct 2016 17:31, édité 2 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mar 11 Oct 2016 16:59 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 15 Oct 2014 19:53
Messages: 213
Localisation: Alentours de Khonfas
L'Infirme - Seconde partie

Mes yeux dardent un instant sur le mâle qui tente de ramener l’infirme en arrière, comme pour la protéger de moi. Mes griffes se resserrent instinctivement, comme pour répondre à la menace tacite que je représente aux yeux de cet elfe. En vérité, je les comprends, ne me suis-je pas moi-même étonné de la finesse de cette femelle, de sa fragilité ? Une brute comme moi pourrait écraser ses os d’une pression. Pourtant, je sens qu’il y a quelque chose d’autre derrière ce geste de recul, quelque chose lié à ma nature même et pas simplement à ma force. Je suis issu d’une race différente, un étranger en ces terres.

Malgré la méfiance du mâle, la femelle, Diana Alyn, prend la parole pour me confirmer qu’elle est aveugle… de naissance. Un léger grondement s’échappe de ma gorge, un grondement sourd qui prend aux tripes que je m’empresse de ravaler. Le son peut paraître menaçant, pourtant il n’est pas dirigé à leur encontre, simplement à mon esprit qui peine à imaginer vivre avec une telle déficience. Elle n’a jamais pu voir un levé de soleil, la forêt qui l’entoure, le visage de ceux qui l’aiment. Quelle triste vie. Diana ne semble pourtant pas affligée, mélancolique, peut-être, mais je ne distingue sur son expression aucun ressentiment pour sa condition.

La femelle tend doucement sa main devant elle, paume vers le haut. Vers moi, comprends-je avec surprise. Je baisse sur elle des yeux surpris qu’elle ne peut voir alors que des paroles s’échappent de ses lèvres.

- Il existe d'autre sens que la vue pour connaitre et reconnaître quelqu'un. Puis-je toucher votre main ?

Un battement de cœur, puis un second passent avant que je ne m’avance. Des battements durant lequel tous mes membres se sont tendus, comme s’ils étaient prêts à recevoir un coup qui ne viendrait jamais. On ne m’a que rarement touché, je n’ai que rarement laissé qui que ce soit poser la main sur moi, à l’exception des membres de ma meute et des humains qui m’ont soigné. Ou plutôt, on ne m’a que rarement touché de mon plein gré, car les contacts des étrangers étaient ceux des shaakts, de leurs fouets et de leurs bottes dont ma fourrure porte encore les stigmates.

Je lance un regard au mâle qui doit craindre cette invitation, craindre que sa pupille ne se lance dans la gueule du lion. Pourtant je décide de ne pas tenir compte de lui ou de son avis et je ferme de deux pas l’espace qui me sépare de la femelle. Je suis assez loin d’elle pour qu’elle conserve son espace, mais suffisant pour qu’en tendant légèrement ma patte, elle puisse la toucher. Avec une lenteur délibérée afin de ne pas apeurer l’elfe, je l’avance, coussinet en avant. Ma paume ainsi levée vers le haut, mes griffes tendues ressortent légèrement mais le geste lui-même n’est pas menaçant.

Ma patte est si grosse à côté de la sienne que je pourrais la recouvrir entièrement si je la fermais. Je ne la bouge pas, craignant qu’au moindre mouvement je fasse voler sa propre main en éclat.

- Que faites-vous dans la forêt, Diana Alyn ? N’est-elle pas le berceau de craintes et de dangers pour les vôtres ? articulé-je doucement en prenant garde à ne pas apeurer cette créature d'un nouveau grondement.

_________________
Image
Je pleure, parce que leur mort est mon fait.
Je pleure. Parce qu’elle était la vie, parce qu’elle était la fougue et la fureur d’aimer.


Thème de Sha'ale


Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mar 11 Oct 2016 17:46 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 19 Jan 2016 17:54
Messages: 782
Localisation: Forêt de Cuilnen
Le Woran

Je pensais qu'il refuserais, mais c'est à peine s'il se laisse le temps d'hésiter. Sans rien dire, je le sens s'avancer, doucement. Est-il méfiant ? Si c'est le cas, ce ne peut être de moi. Peut être de Malun, que je sens toujours aux aguets. Je dois sûrement l'agacer, en ce moment, à m'offrir à une créature vraisemblablement capable de me briser le bras d'un simple mouvement de poignet, mais je ne sens aucune violence dans ses propos et ses mouvements. J'aurais sûrement droit à un sermon, dès que nous serons plus à même de discuter, mais pour le moment, toutes sa concentration doit occiller entre ses fluides et ses yeux.

De mon côté, je reste immobile, profitant de tout ce que m'offre cette rencontre avec Sha'ale. Cette nouvelle odeur, ce pas toujours aussi lourd, bien que lent, cette masse d'air qu'il déplace à chaque mouvement. D'aussi près, je peux même entendre distinctement sa respiration, calme et lente. Il est immobile en face de moi, mais l'air ne l'est pas. Je me concentre un peu plus, pour sentir la moindre fluctuation dans l'air qui m'entoure. Et je la sens, sa main s'approcher de la mienne, sans mouvement brusque. Il a accepté mon invitation, j'en suis ravie. Je vais pouvoir en apprendre plus sur lui, pouvoir associer le toucher à toutes les autres sensations qu'il m'offre.

Je sens la chaleur de sa main, proche de la mienne, et en approche mes doigt, doucement. Avant même que je ne le touche, je ressens le chatouillis de poils, d'une fourrure. Ainsi donc, il n'est pas semblable aux elfes, et possède une fourrure. Je comprends un peu mieux l'odeur qui émane de lui, cette bestialité qui m'intriguait. Je continue mon exploration, posant mes doigts aux racines de ces poils, pour y sentir une peau chose et solide. J'ai presque l'impression de ne pas toucher de la peau mais du cuir. Peu à peu je le découvre. Ses doigts sont grands et épais, et pourvus de griffes dont la dureté m'a surprise au premier contact. Et étonnamment, au centre de cette main qui pourrait encercler mon bras voir ma jambes sans effort, je sens une peau plus fine, plus moelleuse. Des coussinets, comme les chats. Ils semblent utiliser, Sha'ale se déplace-t-il comme un chat ? Mais pourquoi ais-je sentis une démarche semblable à la notre, bien que plus lourde ? Peut être peut-il se mettre sur ses jambes quand il le souhaite et courir comme un chat quand il l'entend. Ce doit être agréable.

"Que faites-vous dans la forêt, Diana Alyn ? N’est-elle pas le berceau de craintes et de dangers pour les vôtres ?"

J'aime sa façon de parler, qui n'a rien d'animal. Pourquoi mes professeurs m'ont-ils tant dit du mal sur cette race ? Sha'ale serait-il différent des siens ? Je continue à parcourir sa main de mes doigts, découvrant son poignet, aux poils plus courts, et plus doux.

"Je suis en apprentissage. Mon maître me fais découvrir l'extérieur de Cuilnen, afin que ma vision globale de ce qui m'entoure s’étoffe et que je puisse peu à peu devenir plus autonome."

Son bras est musclé, très musclé. Sa taille est impressionnante, et ses poils plus rêches. Je comprends peu à peu pourquoi les guerriers redoutent les Woran. Une telle créature doit être d'une puissance incomparable à celle d'un elfe, quel que soit son entrainement. C'est en remontant jusqu'à son épaules que sa taille se révèle. Je fais mine d'être une brindille fragile et sans défense, en train de caresser une montagne de muscles et de fourrure.

Sha'ale ne bouge presque pas, se laissant découvrir sans se crisper. Malun semble lui aussi l'avoir vu, car il prend la parole pour compléter mes propos.

"Nous nous rendons au temple de Rana, déesse de la sagesse et du vent. Découvrir la forêt en chemin ne peut être que bénéfique, pour elle."
"Je sais maintenant ce qu'est un Woran, puis-je en apprendre plus sur Sha'ale ?"

Je m'approche d'un pas de lui, glissant mes doigts par dessus son armure pour les glisser jusqu'à sa gorge. Je sens qu'il se crispe, alors je m'immobilise un instant, ne voulant pas en faire trop. Mais il se calme et semble me laisser faire, je continue donc.

"Diana."

Je fais fis de son avertissement, trop curieuse d'en apprendre plus sur Sha'ale, sur cette race et cet être qui me fascine, de part sa différence avec tout ce que je connais, et de part sa différence avec tout ce que l'on m'a dit sur elle.

Son visage, lui aussi couvert de fourrure, est plus doux que son bras. Ne voulant pas lui faire mal, en admettant même que ce soit possible, je glisse doucement mes doigts. Je ne m'y attarde pas longtemps, consciente que ce ne doit pas être agréable, mais tout de même suffisamment longtemps pour y percevoir un visage félin, à l'expression générale assez sombre, assez... renfrognée. Et une cicatrice, ou du moins ce qui semble en être une, dépourvue de tout poil et rugueuse.

"Je vous remercie, Sha'ale. C'est un plaisir de vous rencontrer."

Je recule d'un pas et m'incline légèrement, par politesse, par remerciement de m'avoir laisser le découvrir.

"Êtes-vous vous aussi en voyage ? Je ne savais pas qu'il y avait des Woran aussi près de Cuilnen."

Un nouveau compagnon

_________________


Dernière édition par Diana le Mar 18 Oct 2016 13:42, édité 2 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 12 Oct 2016 15:52 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 15 Oct 2014 19:53
Messages: 213
Localisation: Alentours de Khonfas
L'Infirme - Troisième partie

La femelle est en apprentissage et son maître, que je suppose être l’elfe à ses côtés, lui fait découvrir l’extérieur de Cuilnen. Afin qu’elle puisse comprendre et sentir le monde au-delà du confort de sa cité. Je comprends son besoin et sa nécessité de découvrir le monde, mais une partie de moi s’étonne, si j’avais un lieu où me poser et vivre, un lieu dont je connaîtrais toutes les odeurs, jusqu’aux moindres détails et où je me sentirai bien, oserais-je le quitter ? J’avais tout ça pourtant, lorsque j’étais avec Chilali, j’avais un lieu où je rentrais le soir pour voir des visages aimés et chéris qui ne sont plus que de lointains souvenirs. Mais nous étions esclaves, enchaînés aux volontés de nos maîtres.

Je sens la main de la frêle elfe parcourir la fourrure de ma main pour remonter sur mon bras, jusqu’à mon épaule. Je me laisse faire sans ciller, sans oser bouger. La situation n’est pas usuelle pour moi, étrange, mais je comprends ce besoin de toucher pour découvrir des choses qu’elle ne voit pas. Elle est comme un petit lionceau à qui l’on montrerait le monde. Je la sens jeune, très jeune. Sans doute pas encore entrée dans l’âge adulte, si tant est qu’elle l’approche seulement. Il est difficile de savoir avec les elfes.

Le mâle prend alors la parole et je tourne la tête vers lui, surpris. Il m’annonce qu’ils se rendent au Temple de Rana, serait-ce le même que le mien, ou y en a-t-il beaucoup d’autres ? J’ouvre la gueule pour prendre la parole, mais la petite voix de Diana perce l’air entre nous, demandant d’en apprendre plus sur Sha’ale. Mon regarde se pose de nouveau sur elle et j’écarquille les yeux, mes vibrisses frémissantes. En savoir plus sur moi ? Que pourrai-je lui dire ? Que j’ai causé la mort des miens en rêvant de liberté ? Non…

Elle m’épargne pourtant de lui refuser cet aperçu de mon passé alors que je comprends qu’elle ne souhaite pas mon histoire, mais le contact de mon visage. Elle s’approche de moi, émanant une odeur forestière et douce qui doit être celle des elfes de ces terres. Ses doigts remontent jusqu’à ma gorge et je me tends imperceptiblement à ce contact. C’est plus que ce que je ne puis permettre, mais, alors que j’amorce un geste de recul, elle s’immobilise. Lui ai-je fais peur ? Prenant sur moi, je me détends et laisse ses mains remonter jusqu’à ma gueule, mon museau. Son maître lui lance un avertissement, mais elle n’en tient pas compte alors qu’elle poursuit sa découverte d’un visage woran. Ses doigts s’attardent sur trois sillons barrant mon œil gauche. La cicatrice laissée par Kaliska, sœur de mon oiseau des neiges, pour avoir laissé son beau plumage se teinter de sang et avoir causé la mort de tant des nôtres. Peut-être Diana a-t-elle conscience de l’inconfort que cela me procure, car elle ne tarde pas à cesser ses découvertes pour reculer d’un pas et s’incliner légèrement en me remerciant.

Son contact avec ma cicatrice a éveillé des pensées douloureuses dont elle me tire de sa petite voix.

- Êtes-vous vous aussi en voyage ? Je ne savais pas qu'il y avait des Woran aussi près de Cuilnen.

J’incline légèrement la tête sur le côté en réfléchissant, avant de répondre dans un grondement :

- J’ignore s’il y a d’autres worans ici. Je ne viens pas de ce continent.

Conscient de mes paroles sèches, je lance un regard à son maître avant de poursuivre leur adresse à tous les deux :

- Le Temple de Rana d’Oranan ? C’est également ma destination, j’ai… un objet qui leur appartient, je souhaite le leur ramener.

Une pensée me vient alors que mes yeux dardent de l’un à l’autre. La solitude peut s’avérer pesante et les routes qui s’étendent sur le chemin ne sont pas fiables. J’ignore si cet elfe est en mesure d’aider la femelle, mais ils pourraient user de bras en plus. Et moi de compagnons pour me tirer de ces pensées que je ressasse inlassablement. C’est pour ceci que j’ouvre les crocs pour dire :

- Les routes ne sont pas sûres, peut-être accepteriez-vous que nous fassions un bout de chemin ensemble ?

Les paroles ne sont prononcées ni pour l’un, ni pour l’autre. J’ai la sensation que le mâle pourrait très bien refuser cette offre, me considérant avec trop de méfiance.

_________________
Image
Je pleure, parce que leur mort est mon fait.
Je pleure. Parce qu’elle était la vie, parce qu’elle était la fougue et la fureur d’aimer.


Thème de Sha'ale


Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 12 Oct 2016 18:11 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 19 Jan 2016 17:54
Messages: 782
Localisation: Forêt de Cuilnen
Premier contact

Etranger. Il ne vient pas d'ici, il ne sait même pas s'il y en a d'autre comme lui près de Cuilnen. Il doit se sentir seul, loin des siens, loin de tout ce qu'il à connu.

Est-ce cela que j'ai ressenti dans sa voix un peu plus tôt ? La tristesse ? La mélancolie ? Je n'ose le lui demander. Peut être l'expliquera-t-il, mais je n'ai pas le droit de m'immiscer ainsi dans sa vie. Est-ce pour cela qu'il semble si sec dans ses réponses ? Est-il ennuyé par mes questions, par le fait que j'ai voulu le connaitre ?

Trop de questions, pas assez de réponse, et rien en lui ne m'indique ne serait-ce qu'une piste. Je ne le connais pas assez. Je ne connais les Woran, et ne parviens pas à traduire toutes les informations que je reçois.

Alors même que je suis perdue dans mes pensées, Sha'ale reprend la parole, de manière plus ouverte.

"Le Temple de Rana d’Oranan ? C’est également ma destination, j’ai… un objet qui leur appartient, je souhaite le leur ramener."

Que fait un Woran avec un objet appartenant à la communauté d'un temple ? Je ne savais pas que de tel objets pouvaient quitter l'enceinte même du temple.

Je ne suis pas une fervente pratiquante, quel que soit le dieu en question. Je les connais et les respectent tous, car ne pas respecter les dieux n'est que folie, mais n'en pris aucun en particulier. Je me suis particulièrement intéressée à Rana, déesse de la sagesse et du vent, car mes affinités avec son éléments et la philosophie qui ressort des ses enseignements font d'elle la divinité qui me correspond le mieux, mais jamais encore je ne lui ai rendu hommage. Peut être en sera-t-il autrement une fois que je serais arrivé en son temple.

"Les routes ne sont pas sûres, peut-être accepteriez-vous que nous fassions un bout de chemin ensemble ?"

Les paroles du Woran me font sortir de mes pensées. Je m'attendais à ce qu'il s'en aille, à ce qu'il reprenne sa route en nous laissant continuer la notre. Cette proposition me surprend autan qu'elle me ravi.

Voyager avec Sha'ale ne pourrait que m'en apprendre plus, et n'empêcherait vraisemblablement pas Malun de m’entraîner. Mais ce n'est pas à moi de décider, et je sais combien mon maître peut penser différemment de moi.

"Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Diana est ici pour apprendre à connaitre la nature qui l'entoure, et..."
"Maître ?"

Je me tourne vers lui, vers cette voix qui m'a tout appris, tout enseigner. Vers cet homme à qui je dois tout.

"N'est-ce pas là une occasion inespérée pour moi d'en apprendre plus eux ? Ne sont-ils pas, à l’instar des loups que vous m'avez découvrir plus tôt, une part de ce monde qu'il me faut apprendre ?"

Je le sens hésiter, surpris, peut être même agacé, mais, à ma surprise, nullement en colère. En fait, je me surprend un peu moi même. Durant les longues années qu'a duré mon apprentissage, je n'ai jamais remis en question ses enseignements et ses directives. Mais quelque chose ici est différent. Sha'ale n'est pas qu'un animal, et n'était pas comme tout ceux que je peux rencontrer à Cuilnen. Il est au dessus de tout ça, différent, unique. L'occasion est trop belle pour la laisser s'échapper.

Devant l'hésitation de mon maître, je décide d'argumenter encore.

"J'ai... envie de le connaitre mieux, d'en apprendre plus sur lui et les siens. Il est différent. Ce que je ressens n'a rien à voir avec tout ce que j'avais ressentis avant. Son odeur est unique, sans aucun lien avec tout ce que j'ai jamais sentis. Et s'il vient vraiment d'un autre continent ? Cette forêt sera encore ici quand nous reviendrons, mais lui, le sera-t-il ?"

Je me tais, remarquant soudain que je parle du Woran comme d'un simple objet qui n'entends pas mes propos. Je sens mon sang envahir mon visage alors que je me suis emballé comme jamais je ne l'avais fait.

"Tu sembles vraiment y tenir, pour me tenir tête et y mettre tant de volonté."

Je reste silencieuse, et croise les mains devant moi. C'est la première fois que je lui réponds de cette manière, j'en suis consciente. Je ne sens aucune colère en lui, mais ne suis pas pour autant rassurée. Je le sens encore hésiter, puis soupirer.

"Entendu, j'accepte. Il serait cruel de la priver de quelque chose qu'elle met tant de hardiesse à défendre. Vous devez l'intriguer, Sha'ale Wakhan."

Toute la pression s'échappe d'un coup, et je décroise les mains.

"Merci, maître."

Je m'incline devant lui, avant de me tourner vers Sha'ale, qui n'a encore dit aucun mot, malgré qu'il était le sujet principal de mon argumentation.

"Désolé de vous avoir utilisé. J'espère que vous apprecierez notre compagnie."

Les superstitions

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Ven 2 Déc 2016 21:38 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 30 Nov 2016 22:19
Messages: 31
Localisation: Cuilnen
Cela faisait désormais un mois que je connaissais Crowny, cet elfe noir dont le passe temps principale était de voler de la nourriture dans les villes où nous passions afin de survivre à notre voyage sans le sous.

Il était très embarrassant de passer dans ces villes, d'être en contact avec des gens...dans d'autres circonstances, je n'aurais pu me contenir et aurais sûrement commis un carnage...mais mon voyage avait pour but de demander conseil à Yuimen ! Il valait mieux suspendre mon régime cannibale jusqu'à ce que j'obtienne ma réponse...

Crowny m'avait une fois fait faire la conversation à un vieil homme qui tenait un étale de pâtisseries dans le but de les lui dérober pendant qu'il avait le dos tourné. Ce fut très difficile, mais ce genre d'expériences allaient s'avérer nécessaires si Yuimen jugeait que je devais arrêter, ce qui, je venais de la réaliser, était "d'horrible méfaits", selon les lois.
Enfin, peu importe, car à présent, nous étions en pleine forêt de Cuilnen, perdus depuis deux heures maintenant ! Tout se ressemblait, nous sommes déjà passé six fois devant cet arbre en forme de cerveau ! Allons nous un jour trouver une issue à cette forêt, seule rempart entre moi et ma rédemption ?
Malgré notre détresse, l'observation de la situation me parait quelque peu amusante. Crowny et moi sommes tout deux adossés à un arbre, l'un face à l'autre, tout en détournant le regard. Il est vrai que la situation est plutôt gênante, les seuls sons intervenant de temps à autre étant ceux des plis de nos vêtements lorsque nous nous grattions la tête ou croisions les bras.
Dans un élan de courage, ou plutôt de stupidité, au vu de ce que j'allais dire, je brisai enfin le silence :


Eh donc....tu t'appelle Crowny...


Pourquoi avais-je dis ça ? C'était débile ! Quel dialogue pouvait bien émerger de ce genre de question ?!
Néanmoins, lorsque je le vis tourner la tête dans ma direction et commencer à parler, je fus tout de suite rassuré.
Car il fallait que je lui parle ! Ce personnage qui, j'avais appris à le sentir, était composé de désespoir, de solitude, de lassitude...de tristesse...il était comme moi !
Combien de fois avais-je pleurer pathétiquement après avoir mangé une personne qui tentait de s'adresser à moi pacifiquement ? Mais je n'y pouvais rien...avant. Je dois changer cela !
Je le jure au nom de Yuimen, Crowny ne finira pas dans mon estomac !

_________________
Zenos / Rôdeur / Hinïon

Multi de Nil


Dernière édition par Zenos le Lun 5 Déc 2016 04:44, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Sam 3 Déc 2016 19:50 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 30 Nov 2016 16:52
Messages: 10
Localisation: Cuilnen
Saleté de forêt, déjà deux heures que nous tournions en rond, moi qui pensait passer la nuit dans la chaleur d'une taverne.Cela faisait près de deux mois que j'errais en Nirtim, dont un entier avec le cannibale, alternant entre prairies, vals et épaisses forêts. Nous avions longé les monts du centre du continent, je pouvais encore distinguer dans le paisible paysage les monts enneigés au loin.

Mais je fus subitement extirpé de mes songes lorsque Zenos me demanda quelque chose, n'ayant que brièvement entendu, je lui demandai ce qu'il voulait:


"Eh...donc...tu t'appelles Crowny ?"


Interloqué par cette stupide interrogation, brisant un long et gênant silence instauré depuis que nous avions décidé de faire une hâle sous cet arbre il y a maintenant un quart d'heure, je répondis d'un ton bref et agacé:


"Et bien, il me semble en effet..."


Ma réponse avait légèrement refroidi une ambiance déjà glaciale, je nuançai donc ma réponse:


"Mais mon nom complet est Crowny Irondagger, les elfes noirs n'ont habituellement pas de nom de famille, il n'y a que les enfants des rues qui s'en donnent un. On m'avait donné celui-ci car un jour j'avais trouvé une dague de fer dans les rues malfamées de Khonfas et que je ne la quittais pratiquement jamais, constamment bloqué entre ma ceinture et ma cuisse...Et ceux jusqu'à ce que la milice m'arrête"


Zenos semblait grandement intéressé par mes explications, mais le silence refit bientôt place.

Je fouillai alors de mon paquetage et en attrapai un quignon de pain noir que j'avais volé il y a trois lunes de cela dans une pâtisserie, ce n'était pas grand-chose mais cela m'était suffisant pour tenir jusqu'au lendemain matin. Je relevai brièvement le masque qui recouvrait ma bouche et croquai une grande bouchée, il était dur et me faisait mal aux les dents. Zenos tourna son regard vers moi, je remis rapidement mon masque à sa place initiale, mais il était trop tard, Zenos l'avait vu !

Il posa son long et fin index sur sa joue droite et la tapota une ou deux fois, me demandant de manière implicite ce qu'il y avait sur la mienne.

Une épaisse balafre rosâtre sur ma joue droite qui partait du bas des lèvres et qui se traçait profondément sur 5 ou 6 cm, jusqu'à presque atteindre mon oreille.
Je répondai ironiquement:


"Un petit souvenir que la grande Khonfas m'a légué avant mon départ.."


Mes fossettes se creusèrent, laissant se dessiner un sourire quelque peu amer.

Mais j’aperçus soudainement les feuilles d'un buisson bouger à une dizaine de mètres, je pensais un instant avoir eu une simple hallucination mais d'autres buissons se mirent à virevolter frénétiquement:


"Il y a quelque chose là-bas, chuchotai-je à Zenos en pointant le buisson du doigt, ce n'est peut-être qu'un simple animal mais nous ne devons prendre aucun risque... ."

_________________
Crowny, l'enfant errant


Dernière édition par Crowny le Mar 6 Déc 2016 21:58, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Sam 3 Déc 2016 21:51 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 30 Nov 2016 22:19
Messages: 31
Localisation: Cuilnen
Et bien, il me semble en effet...


Crowny avait répondu, même si ma question avait semblé débile, je ne regrette en rien de l'avoir posée. Crowny, quelques peu gêné par le silence qu'avait instauré la fin de sa phrase continua même :


Mais mon nom complet est Crowny Irondagger, les elfes noirs n'ont habituellement pas de nom de famille, il n'y a que les enfants des rues qui s'en donnent un. On m'avait donné celui-ci car un jour j'avais trouvé une dague de fer dans les rues malfamées de Khonfas et que je ne la quittais pratiquement jamais, constamment bloqué entre ma ceinture et ma cuisse...Et ceux jusqu'à ce que la milice m'arrête.

Plus sa messe rédemptrice me parvenait aux oreilles et plus je me sentais...comment décrire ça...un elfe nouveau. Jamais l'ancien moi n'aurait eu l'occasion d'ainsi apprendre la vie d'un personne !

Enfin, j'avais seulement appris qu'il n'avait pas de parents...j'allais être attristé pour lui quand cette idée me vint d'un coup ! Avais-je des parents ? Je sais que je vivais dans la forêt...et...pas grand chose d'autre...j'avoue que la première fois que Crowny m'a dit "Cuilnen", je le prononçai de la même manière que lui, comme un mot habituel qu'on on a tendance à dire vite ou abréger.

Je fus tiré de mes pensées par l'elfe noir qui sembla sortir quelque chose de son sac.
Lorsque je portai mon attention sur lui, je le vis croquer avec difficulté dans un morceau de pain noirci et aperçu brièvement une trait rosâtre en diagonale, partant de sous sa lèvre jusqu'à sa tempe.

Il vit que je le regardais et remis tout de suite le tissus noir qui lui voilait le bas du visage. D'un air interrogatif, j'avais posé mon doigt sur mon visage, à l'endroit où se trouvait parallèlement sa cicatrice.

Le voleur répondit, un sourire amer aux lèvres :


Un petit souvenir que la grande Khonfas m'a léguée avant mon départ..

Soudain, il se tourna à sa gauche, direction dans laquelle je commençais à entendre les feuilles d'un buisson bouger de plus en plus vite.


Il y a quelque chose là-bas,
chuchota t-il en le pointant du doigt, ce n'est peut-être qu'un simple animal mais nous ne devons prendre aucun risque...


C'est ainsi que nous nous sommes tout deux retrouvés face à un taurion, elfe à la peau verdâtre vivant dans les forêt. D'après ce que m'a raconté Crowny à leur sujet durant notre voyage, c'était un peuple pacifique, mon cœur se mit donc à battre de plus en plus fort : L'espoir de sortir de cette forêt n'était en rien perdu !

Crowny intervint :


Un taurion ? Pourquoi ne l'avais-je pas vu plus tôt ?!


Ben du vert sur du vert, l'elfe en mousse était presque invisible... "Elfe en mousse" était une appellation que Crowny adoptait souvent pour me parler des taurions, je prononçai donc cette phrase d'un air sérieux



Enfin jusqu'à ce que Crowny esquisse un sourire qui se transforma vite en rire incontrôlable, je ne pus m'empêcher de faire de même, avant que le silence ne retombe lourdement, l'elfe vert fronçant les sourcils fasse à cette blague qu'il avait l'air de mal prendre.

Il fallait que je lui demande mon chemin !


Heu...excusez nous, nous sommes...enfin, peut être que vous pourriez...avec une timidité extrême.


puis, adressant un regard à Crowny, qui continua :


Ce que mon compagnon veut vous dire est que nous nous sommes égarés dans votre forêt, voudriez-vous nous aider à rallier Cuilnen ?


Le taurion passa d'un air sévère à une expression neutre, puis, hésitant, acquiesça d'un mouvement de tête accompagné d'un léger soupir.

Nous nous retrouvâmes donc tout deux à suivre silencieusement l'elfe vert dans cette forêt qui, étrangement, paraissait désormais beaucoup moins compliquée, si bien que par moment j'eus envie de congédier notre guide, trouvant le chemin tout à fait évident à suivre. Je m'en gardai bien sûr, cette forêt ne se laissait traverser que parce que nous étions accompagnés, ça j'en étais sûr.

Je passai le reste du trajet à observer les alentours...ça me rappelait énormément ma forêt...je me revoyais escalader un arbre, boire au ruisseau, caresser les animaux...être interrompu par le passage d'un humain...sortir une flèche et l'encocher dans mon arc....abattre la mort sur le passant...le dépecer et...

A ce moment je fus pris d'un spasme, mon visage s'était contracté, j'avais les lèvres retroussés, dévoilant mes dents, affichant une expression de fureur à l'attention de celui, me tournant le dos et parfaitement inoffensif, qui nous guidait...avant de me reprendre, réalisant soudain ce qu'il venait de se passer. J'étais honteux, pourvus que Crowny n'ait rien vu.
Il tourna d'ailleurs son visage vers moi, sûrement interpellé par le brusque mouvement que j'avais fais. Je me contentai de lui sourire, l'air de rien, et il renvoya son attention sur le paysage jusqu'à notre arrivée, tant attendue, à Cuilnen.

_________________
Zenos / Rôdeur / Hinïon

Multi de Nil


Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mar 6 Déc 2016 19:54 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 30 Nov 2016 16:52
Messages: 10
Localisation: Cuilnen
Des buissons sortirent soudainement un Taurion, je ne pus alors m'empêcher de me rappeler à l'ordre :

"Un Taurion ? Pourquoi ne l'avais-je pas vu plus tôt ?!"


En effet il est dangereux pour un homme de l'ombre de ne pas parfaitement voir tous les éléments de son environnement et de se laisser berner de cette manière.

Zenos adopta pour répondre à ma question un comportement fort sérieux pour une réponse qui l'était nettement moins :


"Ben du vert sur du vert, l'elfe en mousse était presque invisible... ."


Telle était ma manière, quelque peu péjorative, de nommer les Taurions lors de mes rares entretiens avec Zenos, il n'eut visiblement pas compris l'ironie qui découlait de mes paroles.

Il ne me fut alors impossible de maîtriser un sourire qui se transforma vite en véritable esclaffade. Zenos ne comprit pas dans un premier temps mais, peut-être par honte de s'être mal exprimé ou par simple mimétisme, se mit à rire avec moi.

Mais le rire se dissipa aussi vite qu'il était apparu quand nous vîmes le jeune Taurion à la carrure svelte froncer les sourcils. Il avait dû mal prendre (et cela à juste titre) nos facéties.

Zenos tenta alors, d'un ton hésitant de demander notre chemin, mais il ne put clore sa phrase et s'embourba dans un torrent d'incertitude. Je terminai dont sa phrase :


"Ce que mon compagnon veut vous dire est que nous nous sommes égarés dans votre forêt, voudriez-vous nous aider à rallier Cuilnen ?"


L'expression du Taurion changea et nous comprîmes que nos longues pérégrinations dans la forêt allaient bientôt prendre fin quand il nous donna une réponse positive de la tête, il nous mènera en Cuilnen.


Quelques heures plus tard, nous arpentâmes toujours la forêt en compagnie du Taurion quand Zenos s'arrêta subitement, il semblait convulser, il y avait dans ses yeux comme une vision d'horreur, comme s'ils voyaient les Enfers et que ses feux impies brûlaient jusqu'à sa rétine.
Il ne semble avoir eu ce genre de vision quand hydromel réhydratait mon cœur, asséché par les larmes versées suite à la mort de mes frères d'armes.

Je me contentai de regarder le paysage comme si rien ne c'était passé, il n'y avait rien d'autre à faire, et ceux jusqu'à notre arrivée dans l'antique Cuilnen.

_________________
Crowny, l'enfant errant


Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 4 Oct 2017 19:17 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6796
Localisation: Nessima, Naora
Je vois peu Isil durant les jours qui suivent, elle est happée par ses obligations diplomatiques auprès de Callirhoé et je n'ai rien à faire dans leurs pattes. Alessan m'ayant aperçu m'entraîner un matin, il me demande s'il peut s'exercer un peu contre moi, ce que j'accepte bien volontiers. Il se débrouille plutôt bien et c'est un être que j'apprécie de plus en plus, si bien que je ne tarde pas à lui enseigner quelques petites astuces pour lui permettre de progresser. Ces instants occupent agréablement mon temps, que je passe autrement à explorer Cuilnen et à bavarder avec ses habitants au gré des rencontres.

Vient enfin le jour du départ et les adieux de circonstances, plus déchirants pour Isil que pour moi bien sûr. Je salue sobrement tout un chacun après qu'elle les ait serré avec force contre elle et remercie Callirhoé de m'avoir invité au bal ainsi que ses parents pour m'avoir accordé l'hospitalité, puis nous nous remettons en route. Ma compagne n'est guère bavarde durant les premiers jours, le coeur lourd de quitter les siens sans doute, un mutisme que je ne cherche pas à troubler car je sais que de futiles bavardages ne feraient que l'agacer.

Après quelques jours de voyage tranquille, nous nous installons un beau soir devant un feu largement plus conséquent que strictement nécessaire pour partager un repas bien mérité. J'observe Isil sans ostentation, sentant qu'elle a quelque chose en tête et que le moment ne tardera plus où elle l'exprimera. Je ne la presse pas de questions, toutefois, attendant sans impatience qu'elle me dévoile ce qu'elle souhaitera de ses pensées.

Pour la première fois depuis que je l'ai rencontrée, elle sort pensivement sa lyre et commence à en tirer quelques notes, sans chercher à tisser une mélodie particulière pourtant. Après quelques instants pendant lesquels elle ne semble pas se décider à en jouer vraiment, je me décide à prendre la parole d'une voix douce:

"Ainsi tu es aussi musicienne...je me le demandais, j'avais vu ta lyre mais c'est la première fois que tu la sors. Que joues-tu d'habitude?"

Elle arrête de jouer, regardant pensivement ma lyre en me répondant:

"De tout, de rien, je raconte parfois des légendes aux gens. Mais c'était avant... Je ne l'ai refait qu'une fois, depuis."

Je plisse légèrement les yeux à cette réponse, je n'ai pas besoin qu'elle exprime avec des mots ce que signifie cet "avant" pour comprendre qu'il s'agit de ce qu'elle a vécu du côté de Khonfas. Elle fait de son mieux pour ne pas y penser, pour ne pas revenir dessus, mais je sais que c'est une ombre puissante en son âme, une blessure qui ne guérira qu'avec beaucoup de temps. En parler ne servirait à rien, mais il y a une chose que je crois pouvoir faire pour l'aider sur ce chemin, si peu que ce soit. Je lui souris avec tendresse et me lève pour passer derrière elle et l'entourer avec douceur de mes bras pour déposer un baiser léger dans son cou et murmurer à son oreille:

"Alors joue pour moi, ici et maintenant, veux-tu? J'aimerais t'entendre."

Je me détache d'elle d'une caresse et vais reprendre la place que j'occupais près du feu en ajoutant avec un indéfinissable sourire flottant sur mes lèvres:

"Si tu le souhaites, je te montrerai cette nuit de quoi t'inspirer une nouvelle légende, peut-être te redonnera-t'elle envie de partager ta musique avec les gens, qui sait?"

Elle penche la tête sur le côté, songeuse, avant d'acquiescer et de commencer à jouer une douce mélodie, emplie de cette mélancolie qui l'habite depuis que nous avons quitté Cuilnen. Je laisse la musique m'envahir, les yeux rivés aux flammes, écoutant sans bruit jusqu'à ce que la dernière note se soit envolée dans les airs. Ce n'est qu'alors que je murmure:

"C'était très beau...triste et beau..."

Elle hausse les épaules avant de m'expliquer:

"J'ai appris à jouer à Hidirain. C'est là-bas, à l'auberge du Neligo, que j'ai appris mes premières légendes et que je suis devenue barde. Ce fut, pendant très longtemps, un prétexte pour me garder sur les routes."

Je hausse un sourcil surpris à cette révélation qui me dévoile soudainement tout un pan d'elle que j'ignorais totalement:

"Tu es barde?! Non que cela m'étonne vraiment dans le fond, mais... je ne m'en étais jamais douté. Je connais bien l'auberge du Neligo, j'y ai passé plusieurs nuits lorsque je suis arrivé à Hidirain, c'est là que j'ai entendu la légende de l'épée ardente que j'ai été récupérer dans les entrailles du Rock Armath."

Je la dévisage songeusement un instant avant de reprendre:

"Cette soirée au Néligo a changé ma vie...tout ce qui a suivi a découlé de cette légende que m'a racontée Ildaryn...c'est elle qui m'a amené à rencontrer Llyann puis à rejoindre l'ordre de l'Opale..."

Elle esquisse un sourire amusé:

"Vous avez retrouvé l'épée qui tua Galael ? La légende était donc vraie ? C'est moi qui l'ai contée pour la première fois à Ildaryn, elle l'avait laissé tout songeur, à tel point que je me suis demandé s'il n'allait pas partir à sa recherche séance tenante."

J'en reste sans voix durant quelques secondes, incrédule, avant de lâcher d'un ton abasourdi:

"C'est toi qui lui a conté cette légende?!"

Ébranlé, je lève les yeux vers l'astre nocturne en murmurant pour moi-même:

"Je crois que je comprends le sentier que tu m'as éclairé, maintenant..."

Lentement, je ramène les yeux dans ceux d'Isil et désigne mon arc d'une main légèrement tremblante après l'avoir dégagé pour qu'elle puisse bien le voir:

"Cet arc, c'est celui de Galael. Il m'a été offert par un Sylphe qui gardait sa dernière demeure. Quand j'ai entendu cette légende de l'épée ardente, j'ai pensé qui serait juste que ces deux reliques soient enfin réunies, c'était à mes yeux une manière d'honorer ce passé, de l'apaiser quelque part."

Je détache l'ardente de ma ceinture et la sort à moitié de son fourreau enchanté afin qu'Isil puisse voir de près cette lame légendaire qu'elle a évoquée dans sa légende, celle-là même qui a si totalement infléchi mon destin. Puis je reprends doucement, un sourire songeur sur le visage:

"Quant à cette perle qui orne votre front, elle faisait partie du trésor enterré avec Eswann, si elle m'a été offerte c'est parce que c'était aussi un Sylphe qui gardait son tombeau et qu'il savait ce qui s'était passé dans le sanctuaire de Galaël. Elle devait vous revenir, tout est juste..."

Les doigts de l'Elfe se portent à son diadème et à la perle qui s'y trouve sertie, puis elle finit par me répondre avec un sourire amusé:

"Je ne suis en rien liée à Eswann, si ce n'est pas de vagues légendes que j'ai entendues au cours de mes périples."

Je secoue lentement la tête en la regardant droit dans les yeux:

"Ce n'est pas de ça dont je parle. Vous avez raconté une légende qui a changé mon existence, nous nous sommes rencontrés par hasard et ces armes ont peut-être en partie changé la vôtre, d'existence. Des mois plus tard nous nous recroisons, toujours par hasard et, sans trop bien savoir trop pourquoi ni comment nous décidons de faire un bout de chemin ensemble. Après quoi je vous offre cette perle, remise par un Sylphe à cause d'un passé lié à cette même légende qui impliquait un autre Sylphe. Et je le fais de manière à ce que nul n'ignore que vous êtes sous la protection de ces mêmes armes que j'ai en partie retrouvées parce que vous avez conté un jour une légende dans une auberge, sans savoir qu'elle provenait de vous. C'est amusant, non, toutes ces...coïncidences?"

Elle secoue la tête, semblant soudain gênée:

"Des coïncidences amusantes, oui, mais rien de plus que des coïncidences."

Je laisse mon regard errer dans les profondeurs étoilées de la nuit et réponds à mi-voix:

"Parmi l'infinité de chemins que nous pouvons suivre, il en est un qui sonne plus juste avec la grande harmonie du tout, qui permet de nous révéler pleinement, certains l'appellent le fil d'or. Je pense que lorsqu'on s'en approche les coïncidences se multiplient, d'une manière qui rend les choses plus simples, plus positives."

Elle secoue la tête, le regard soudain plus dur:

"Cela se rapproche bien trop d'une quelconque notion de destin à laquelle je ne crois pas et n'ai pas la moindre envie de croire. Mes actions m'ont menées jusqu'ici, face à toi, mais elles ne sont que le fruit de mes décisions."

Je hausse un sourcil et ramène les yeux dans les siens:

"Ai-je dit le contraire? La plupart des êtres voient le destin comme une route figée, unique, un chemin dont on ne peut sortir. C'est absurde, notre vie est ce que nous en faisons, ni plus ni moins. Sais-tu quelle est la devise fondatrice des Danseurs d'Opale? C'est par ma seule volonté que mes lames se meuvent."

Elle me fixe quelques instants avant de me demander ce que je vois dans notre rencontre et dans les coïncidences que j'ai évoquées, ce à quoi je lui réponds en souriant avec douceur:

"Eh bien, comme je suis plus heureux depuis que je t'ai rencontrée que je ne l'ai été depuis des décennies, j'y vois la preuve que mes choix étaient bons et que je me suis rapproché de mon fil d'or."

Elle se contente de hausser les épaules et d'attiser le feu à l'aide d'un bâton, préférant ne pas répondre visiblement. Je pourrais lui parler de ce que j'ai appris sur le destin, avec Syndalywë d'abord puis lorsque j'ai reçu mon don de vision, mais à quoi bon puisqu'elle ne souhaite pas l'entendre? Je n'ai pas la moindre envie ou intention d'essayer de l'amener à partager ma vision des choses, elle a la sienne, différente et tout aussi juste, si bien que je change de sujet:

"En parlant de passé, je pensais que nous pourrions tenter de percer un peu plus avant les mystères du tien, si tu le désires."

Elle hésite un bref instant, me jetant un regard d'incertitude avant de lancer un coup d'oeil à Lhyrr. Et par Sithi je comprends son hésitation compte tenu de ce qui s'est révélé la première fois que nous avons plongé dans ce passé, j'en frémis encore. Tendue, elle me refait face pour répondre laconiquement:

"Oui, merci."

Elle s'installe pour s'endormir tandis que je prends place en tailleur, dos aux flammes et non loin d'elle. Un moment plus tard, je focalise ma volonté pour percer les brumes du temps, me concentrant intensément sur l'ancienne forme Ermansi d'Isil. cette fois mon but de découvrir un instant pouvant nous éclairer sur la nature de son ancien lien avec le Sindel qu'était alors Lhyrr, cela n'aura sans doute rien d'aisé mais qui ne tente rien n'a rien.

A nouveau, le monde présent devient gris, immatériel, de plus en plus indiscernable. Quelques instants passent durant lesquels j'use de ma volonté comme d'une flèche visant une cible minuscule, quelques secondes perdues dans l'éternité.

Peu à peu, une caverne se dessine sous mes yeux, imprécise, trop pour que je puisse définir si elle est naturelle ou si elle a été creusée pas des êtres. Il y a une cage, du genre de celles que l'on utilise pour contenir des fauves avec, à l'intérieur, une forme lupine qui semble faire les cent pas. D'un effort de volonté je tourne ma vision sur cette forme, découvrant un grand loup, une louve plus exactement, à la fourrure étrangement cuivrée. Une autre forme, humanoïde celle-ci, passe soudain devant la cage. Bien que je discerne pas précisément ses traits, je la reconnais à son allure, ce n'est autre que Lhyrr, ou Eï'Lhiyr de son ancien nom, le Sindel que j'ai déjà vu auprès de l'Ermansi enchaînée à un autel de ma précédente vision. A peine arrive-t'il devant la cage que la louve bondit sur lui en montrant les crocs, poussant sans doute un grondement que je ne puis entendre. Elle se heurte à la grille et je remarque alors un détail qui me stupéfie: ses yeux...ses yeux d'un profond bleu-nuit...ce sont les mêmes que ceux d'Isil, ce sont les siens, j'en suis certain!

Le Sindel s'approche des barreaux et s'y agrippe, prenant soin de ne pas se mettre à portée des dangereux crocs découverts. Je vois vaguement ses lèvres bouger par intermittence, comme s'il parlait avec quelqu'un, il me semble calme et neutre contrairement à la louve. Pour une raison qui m'échappe il recule soudain avec, sur le visage qui se précise brièvement, une expression de surprise mêlée de colère. Il semble à nouveau prononcer quelques mots qui font bondir le fauve, Isil, sur lui, sans pouvoir l'atteindre évidemment. Le Sindel chancelle légèrement, incompréhensiblement, aurait-il subi une attaque magique? Je ne peux le déterminer déjà il s'éloigne d'un pas vif, comme la scène qui s'estompe dans la foulée alors que les brumes du temps se referment à mes perceptions. Lentement, très lentement, je reviens au présent, l'esprit un peu confus, ébranlé par cette scène à laquelle je viens d'assister.


Je suis assis en tailleur près des dernière braises du feu que j'ai presque laissé s'éteindre, dos à elles, le regard tourné vers l'astre nocturne, lorsqu'Isil s'éveille en sursaut. Je perçois du coin de l'oeil qu'elle se redresse doucement et tourne à cet instant la tête vers elle, la dévisageant pensivement et remarquant qu'elle fronce les sourcils d'un air d'incompréhension. Je ne sais pas exactement ce qu'elle a perçu de ma vision, la transmission via un rêve étant souvent plus floue encore que l'originale. A mi-voix, je remarque de mon ton le plus neutre:

"Elle avait vos yeux. La louve. C'était vous."

Elle me jette un regard interloqué puis se tourne lentement vers son Loykarme qui l'observe fixement et hoche la tête, faisant froncer les sourcils à Isil:

"La seule signification que je vois à ceci, est que j'étais une shaman."

J'incline lentement le visage en admettant:

"Ce sont les seuls à pourvoir se transformer en animaux, d'après le peu que j'en sais. Je ne sais pas de quoi vous parliez, mais c'était houleux. Avez-vous vu l'expression du Sindel, de Lhyrr, lorsqu'il a subitement reculé? Il était surpris et en colère... je me demande pourquoi il a chancelé ensuite, c'est comme si vous l'aviez attaqué magiquement..."

"Tu as vu quelque chose, une autre présence ?"

"Non, il n'y avait que vous deux, j'en suis aussi certain qu'on peut l'être avec ce genre de vision."

Je me déplie souplement pour remettre du bois dans le feu afin de donner un peu de lumière, sachant qu'Isil n'est pas nyctalope, puis je reprends place sur le tronc couché qui m'a servi de siège en début de soirée, réfléchissant à ce que je viens de voir et cherchant à discerner des détails qui m'auraient échappé. Au bout d'un moment, Isil esquisse un demi-sourire de dérision et remarque:

"J'ai l'impression de me retrouver avec trois nouvelles questions pour chaque réponses que l'on a eu dans cette vision."

Je relève les yeux du feu pour les plonger dans les siens, réalisant à cet instant qu'elle est probablement passablement secouée par cette nouvelle image de son passé, emplie de la même violence que la première entre elle-même et Lhyrr, l'être le plus proche d'elle aujourd'hui. Je ne peux qu'imaginer à quel point cela doit être dur à vivre, déstabilisant et effrayant, mais dans l'immédiat je sais que l'approcher pour la réconforter serait une erreur, si bien que je me contente de murmurer:

"Vous avez appris que vous étiez Shaman et que votre totem était une louve, ce n'est pas si mal. Les autres réponses viendront, comme je vous l'avais dit cette méthode nécessite du temps."

Elle hoche la tête, son sourire se muant lentement en un autre, plus doux:

"Tu as sans doute raison."

Lhyrr se redresse et bondit vers les cieux, sans doute lui aussi troublé par cette vision. Isil l'observe s'en aller, une expression inquiète sur le visage, avant de me lancer soudain un regard amusé:

"Te voilà soudain revenu au vouvoiement, je faisais si peur ?"

Je secoue négativement la tête sans répondre immédiatement et détourne un instant les yeux vers les ombres de la forêt avant de revenir les river aux siens:

"Je sais que ces visions t'ébranlent et te font mal. Je déteste t'infliger cela, c'est tout le contraire de ce que je souhaite t'offrir. Pendant ces moments tu es...différente, inaccessible, alors j'établis une distance, c'est une manière pour moi de me protéger et d'éviter d'avoir des gestes impulsifs maladroits."

Ma réponse semble la laisser sans voix, elle se recroqueville d'un air gêné en entourant ses jambes de ses bras et finit par murmurer:

"Désolée."

Je hausse les épaules en soupirant doucement:

"Ne sois pas désolée, tu n'y es strictement pour rien. J'ai vu trop d'êtres mourir pour pouvoir encore laisser libre cours à mon empathie, c'est tout."

Je chasse la question d'un petit geste de la main, les yeux dans le vague en repensant à la seule fois de mon existence où je n'ai su brider mes sentiments et me suis attaché véritablement à une personne. Mon visage se pare d'une dureté minérale, cela n'arrivera plus, pas à ce point, plus jamais.

Elle semble sur le point de dire quelque chose mais se ravise subitement et hoche sèchement la tête pour répondre froidement en attrapant son épée:

"Merci pour cette vision. Dormez bien."

Elle s'éloigne ensuite du campement en tâtonnant dans la nuit, s'arrêtant peu après être sortie de la zone éclairée par le feu. Je la suis des yeux, la gorge serrée, me maudissant d'avoir laissé une fois de plus mes hantises du passé s'exprimer. Mon premier réflexe serait de me murer dans l'indifférence et de m'installer pour la nuit sans plus me poser de questions mais, je ne sais trop pourquoi, ce soir cette seule idée m'écoeure. Je dois néanmoins prendre durement sur moi pour me lever et la rejoindre dans les ténèbres en prenant soin de ne pas la surprendre. Une fois proche d'elle, je force mes lèvres à s’entrouvrir pour murmurer:

"C'est moi qui suis désolé, Isil. Certains de mes souvenirs ne sont pas...agréables, ça n'a rien à voir avec toi. C'est juste que... je suis terrifié..."

Je prends une ample inspiration avant d'esquisser le geste de la prendre dans mes bras pour la serrer contre moi, le ventre noué à l'idée qu'elle refuse. Mais elle franchit sans attendre la distance qui nous sépare et enroule impulsivement ses bras autour de mon torse en posant sa joue contre ma poitrine:

"Je suis désolée, Tanaëth."

Je l'enlace avec une tendresse farouche, sentant mon coeur bondir d'allégresse et de soulagement dans ma poitrine, puis incline le visage pour appuyer mes lèvres contre sa chevelure et y déposer de légers baisers avant de souffler:

"Ce n'est rien, douce amie, tu ne pouvais pas savoir."

Je la serre avec force contre moi, profitant simplement de sa présence entre mes bras en silence durant quelques instants, puis je murmure doucement:

"Viens, allons faire plus ample connaissance près du feu, la nuit est encore jeune..."

Une caresse sensuelle souligne la manière dont j'entends occuper le reste de la nuit et chasser les quelques ombres qui nous ont survolés. Elle attire mon visage pour m'embrasser avant d'acquiescer, un baiser qui me fait légèrement frémir alors que je sens un raz de marée de désir m'envahir. Je l'entraîne doucement vers le foyer, m'étonnant de cet effet incendiaire que sa présence fait naître en moi et qui ne semble pas devoir s'assouvir de sitôt. Ensorcelé, embarqué dans une ronde des fées, je n'ai pas la moindre chance, ni envie d'ailleurs, de m'en échapper.


Haut
 

 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Ven 12 Oct 2018 23:48 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 10 Oct 2018 00:24
Messages: 12
Localisation: Cuilnen
Il y avait quelques jours déjà que Nimfea avait refermé derrière elle la porte de la demeure familiale. Elle se souvenait encore de sa main sur la poignée, les faibles lueurs du matin qui éclairaient les abords de Cuilnen. Prenant une grande respiration, l'elfe détourna son regard des blanches demeures, tout comme de celle de bois, et se tourna vers le chemin bien connu de la forêt. Elle avait fait ce chemin de nombreuses fois, mais la finalité de ce déplacement lui pesait un peu sur les épaules. Se rappeler les mauvais souvenirs l'aiderait peut-être à mieux se sentir dans sa décision, mais elle ne changerait pas d'avis de toute manière. Il n'y avait rien pour elle dans cette cité que pourtant bien des gens cherchent à trouver.

Par amusement, elle observa quelques-uns de ses endroits de chasse, s'arrêtant au passage dans ces lieux qui l'ont vu grandir. Une sorte de nostalgie s'installait. Cette forêt qui l'avait si bien connue lui manquerait, mais manquerait-elle à la forêt? Posant son front contre un arbre, elle ferma les yeux un instant, laissant les sons des lieux envahir ses oreilles, l'odeur du bois si proche de son nez l'enivrait. Plus rien ne serait comme avant, mais c'était nécessaire pour grandir.

Presque à contrecœur, elle se décolla de l'arbre, ouvrant doucement les yeux. Un vent léger vint contourner l'arbre et lui souffler doucement au visage. Elle le prit comme une invitation à poursuivre sa route. Elle sentait encore l'écorce de l'arbre sur ses doigts pendant qu'elle prenait la route.

_________________


Haut
 

Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 174 messages ]  Aller à la page Précédente  1 ... 8, 9, 10, 11, 12  Suivante


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group  

Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO

L'Univers de Yuimen © 2004 - 2016