V.13 Seconde mission.La semi elfe m’accompagne non sans crainte jusqu’au temple de Gaïa. Je comprends cependant ses craintes, les interdits du culte que je voue à Thimoros et Phaïtos m’interdisent tous deux l’utilisation de magie blanche pour me soigner. Pourtant, un tel savoir m’aurais été d’une grande utilité contre le traqueur. Posséder une compétence de soin, me donnerais une assurance supplémentaire sachant que j’ai la capacité de recouvrer ma santé ou celle des autres.
Situé au sud-ouest de la ville, l’édifice dégage une aura sans pareille. Les murs d’une blancheur immaculée reflètent les rayons du soleil à tel point que l’on croirait que le temple émet sa propre lumière, comme si la déesse y avait élu domicile et baignait de lumière la ville telle un phare guidant dévots et égarés. C’est en tout cas l’impression que je ressens lorsque je me trouve face au temple. Ses deux statues qui gardent l’entrée semblent représenter deux facettes de la déesse. L’une porte une sphère de deux fois la taille de la main qui la porte et l’autre malgré un petit être féérique sur elle impose le respect par son armure de guerre et son épée plantée dans le sol. Une manière de rappeler qu’aussi douce puisse t’être la déesse elle peut être implacable face à ses ennemis.
Lentement et fébrilement je franchis les marches du temple ouvert, guettant le signe d’un courroux divin contre ma présence en ces lieux. Plutôt qu’un éclair ravageur du ciel ou une faille dans le sol qui m’avale, se sont deux gardes avec un œil encastré dans un soleil d’or, symbole de Gaïa sur leur blason qui viennent et s’adresse à moi particulièrement.
(Des paladins de l’ordre !)"On peut faire quelque chose pour vous ?" M’interroge le plus petit des deux, même si avec leur air menaçant, leur armure de paladin et leur hallebarde dans la main ils ont plus l’air de me demander ce qu’un Shaakt fait ici et qu’il ferait mieux de foutre le camp avant de se faire embrocher.
Je reste pétrifié face à l’air autoritaire de ces deux hommes quand une douce voix nous interpelle tous.
"Allons messieurs, toute personne qui se présente en ces lieux se doit être reçu comme tout un chacun." Déclare une douce voix derrière les gardes.
Tout deux se décalent et laissent passer une semi-haie d’honneur une élégante femme à la tenue de prêtre aux ornements simples avec le même blanc immaculé que la façade du temple.
"Veuillez nous pardonnez grande prêtresse." S’excuse les deux gardent tandis que la femme aux cheveux blancs plonge ses yeux bleus dans les miens.
"Que peut faire la grande déesse pour vous, visiteur ?" Me demande-t-elle, comme si elle sondait mon esprit de son regard pénétrant.
Je suis pétrifié face à elle, comme un enfant stupéfait de faire la rencontre d’une fée. D’ailleurs elle me fait penser à ce petit être au-dessus de la statue guerrière de la déesse. Ma main tremble par la demande que je m’apprête à faire et j’ai peur de la réaction. Est-ce un esprit féérique au cœur de glace et au courroux ravageur ? Je m’oblige à rompre le lien visuel et prends mon courage à deux mains et me présente.
"Je être Nhaundar, membre de la guilde équilibrium et aux services du conseil d’Oranan et de la milice de KendraKâr." Je marque un temps de pause pour entamer la partie la plus difficile.
"Je être serviteur de Thimoros et Phaïtos." Lui dis-je en saisissant fermement mon bâton et m’inclinant à elle, genoux au sol, alertant la vigilance des paladins.
Je demander votre aide. Je vouloir me détourner des dieux de mes aïeux et demander la protection de la déesse. J’attends la réponse de l’intéressée tête courbé vers le sol espérant qu’elle soit favorable à ma requête et me prépare mentalement à imiter l’instinct de survie du lapin lorsqu’un loup le débusque.
(Alterner gauche droite en zigzag pour éviter les projectiles !)C’est une douce main qui vient effleurer ma joue et se pose sur mon épaule gauche, tel un moineau sur une branche fragile.
"Tu es la bienvenue en ce lieu toi qui veux rompre ses liens avec les dieux néfastes pour arpenter les voies de la lumière du monde et de la vie qui relient les êtres sur Yuimen." Me déclare le moineau de sa douce voix comme une mélopée qui m’atteint à l’âme.
"Je vais moi-même me charger de la bénédiction de Gaïa pour toi. Si tu le désires tu peux me parler dans ta langue cela ne me gène guère.""Nous allons nous charger de le guider auprès des prêtres votre excellence. Une sommité comme vous a plus important à faire que la conversion d’un…simple homme." Lance le plus petit garde et je sens dans sa voix le ton révérencieux que l’on accorde aux rois et dieux en cachant une pique à mon encontre.
(Mais qui est-elle pour ainsi faire autorité par sa simple présence ? Gaïa envoie-t-elle des représentants surnaturels dans ses temples ?)"Je vous remercie de votre sollicitude messieurs, cependant j’ai affirmé me charger de cette tâche et je suis connue pour tenir parole." Dit-elle.
"Je me suis donc engagée envers cet enfant de la déesse et il n’y a pas meilleurs service envers notre protectrice que d’aider un être, peu importe son origine, perdu dans les ténèbres à retrouver la lumière.""Le dévouement de votre excellence est sans égale. Nous ferons selon vos ordres." Déclare en cœur les deux gardes en s’inclinant.
(Cette femme vient de remettre à leur place les gardes avec un respect que je ne pensais pas possible dans ces circonstances. Elle parvient même à en retirer une opinion positive.)"Je comprends mieux pourquoi tu voulais venir ici." Me sourie ma camarade semi-elfe.
"Renier sa propre religion n’est pas quelque chose d’anodin. Même si te voir couper tes liens avec les dieux ombres me fait plaisirs, j’espère simplement que tu ne le fais pas contre ton gré.""Ne pas t’inquiéter Sylve je ne pas faire ça sans avoir réfléchir au préalable, mais il être vrai que notre conversation de la nuit dernière y être pour quelque chose. Cependant, notre mission pour la milice me prouver que les guérisseurs être un atout considérable. Si nous rencontrer d’autres créatures nous devoir être en pleine possessions de nos moyens." Je la rassure avant de revenir vers cette incroyable prêtresse.
"Enfin si cela ne vous gêner pas nous vouloir recourir aux compétences de vos guérisseurs.""Non ce n’est pas un problème, mais puisque vous œuvrez pour la milice je vais demander l’aide d’un confrère pour que vous puissiez reprendre votre tâche dès que possible. Si vous voulez bien me suivre." Nous répond-elle.
Nous arpentons le grand hall du temple baignés par sa lumière grâce à la multitude de vitraux présents et réfléchis au sol avec un pavé de marbre d’un blanc aussi pur que le mur extérieur. Bien que l’édifice soit d’un carré probablement parfait, une incroyable coupole se dresse au-dessus de nos têtes et donne l’impression d’atteindre le ciel, comme un chemin directe vers le palais divin de la déesse. La tête relevée j’aperçois ce qui semble être une bibliothèque s’étendant sur une longueur considérable. J’espère avoir l’opportunité d’y jeter un œil. Notre charmante guide nous accompagne dans la partie Est des lieux et mon regard se pose tout au fond en face de l’entrée, où des fidèles semblent prier et se réunir vers un autel et une fontaine en marbre vert.
(Ma parole la personne chargée de fournir tout ce marbre a dû avoir des affaires florissantes à l’époque de la construction et soit la bénédiction de la déesse protège aussi les lieux sacré des tâches, soit le fournisseur n’a de cesse de changer encore et encore les dalles. Un impact pas plus gros qu’une pièce de deux yus et hop on change le tout ! Ou alors la magie a d’autres facultés que j’ignore.)La femme me guide jusqu’à l’entrée d’une grande pièce. Là elle interpelle un prêtre de rang inférieur à elle, au vu de ses vêtements similaires mais moins décorés.
"Pourriez-vous vous occupez de cette jeune femme je vous prie ? Elle fait partie de la milice de la ville et a besoin de soin pour repartir rapidement en mission. Je vais m’occuper de son camarade." Lui dit-elle tandis qu’il écarquille les yeux en me voyant.
"Selon vos désirs ma dame." Répond l’intéressé en invitant Sylve à le suivre.
"Entre !" M’invite-t-elle du bras à entrer dans la pièce.
Avec une anxiété certaine, je pénètre dans ce qui semble être une pièce de relaxation. La décoration est épurée, mais le jeu de lumière présent avec les motifs aux tons différents sur les murs et les quelques plantes gracieuses donnent un effet très relaxant. Seul un meuble, un lit et trois tabourets sont présents bien qu’ils se fondent totalement dans le décor les rendant presque invisibles.
"Je t’en prie assieds-toi." Me propose-t-elle dans ma propre langue.
"Alors. Tu as adoré les dieux sombres et tu souhaites changer de voie pour notre déesse mère. Peux-tu m’expliquer ce qui motive ton désir ?" Me demande-t-elle, tandis que je m’assois et qu’elle fait de même.
"Avec ma camarade nous avons affronté de grands dangers." Je commence à lui expliquer.
"A plusieurs reprises que se soit elle ou moi, nous avons été blessés et gravement par moment. Cette personne est la première à m’avoir montré un peu de bonté et je me dois de la protéger autant que possible. Malheureusement ma religion m’interdit formellement l’utilisation de magie de soin et quand bien même je connaîtrais la magie noire pour rendre la vie je…je ne suis pas sûr de vouloir m’en servir.""Ho je vois. Cependant c’est une démarche que je qualifierai de pratique que tu entreprends là. Un moyen facile pour atteindre ton but alors que tu peux utiliser des potions de soins pour guérir plus facilement. En fait, tu ne sers que tes intérêts et non celui de la déesse. A moins que ce ne soit l’unique motif de ta présence." Me répond-elle et je sens dans son ton comme une pique et son résumé ne fait de ma présence qu’une raison égoïste en réalité. Pourtant je vois de la malice dans ses yeux. Pourrait-elle voir au-delà de mes mots ?
"Non, vous avez raison. Toute ma vie j’ai servi les dieux sombres et toute ma vie n’a été que souffrance. Je veux en finir avec tout ça ! Etre un homme porté vers les autres plutôt que sur lui-même. Même si Sylve dit que je suis son sauveur, c’est elle qui m’a donné à manger malgré sa mauvaise opinion de ma race et depuis que je ne m’intéresse plus simplement à moi, ma vie a changé. Je ne voulais pas me dévoiler ainsi, cependant je sens que c’est justement ce que la prêtresse attend de moi.
"Je comprends mieux à présent et je te remercie de t'ouvrir ainsi. Tu as mentionné n’avoir connu que souffrance, pourtant même si les Shaakts mâles ne sont pas aussi bien traité que les femmes ils n’en sont en général pas traité de cette façon, en tout cas pas que je le sache." Dit-elle piquée par la curiosité.
Pour simple réponse je me lève du tabouret et entreprends de me dévêtir le haut du corps, laissant apparentes les multiples cicatrices des tortures de ma maîtresse et d’autres sévices plus anciens de ma sœur.
"Par la déesse, quelle vie est-ce là pour un être !" Déclare-t-elle horrifiée par la vision que je lui offre en reprenant l’espace d’un instant la langue commune. Je commence à me rhabiller prestement quand elle m’arrête.
"Non n’en fait rien ! Ces cicatrices font partie de toi et sont la source de ton changement."Elle tend les mains vers mon visage et par instinct je me penche en avant et ferme les yeux alors que ma tête se love dans ses douces paumes pendant qu’elle récite une prière à Gaïa.
"Déesse, bénis cet enfant.
Accorde-lui ta grâce comme il t’accordera son dévouement.
Guide-le sur le chemin de la clarté
Et permet lui d’être un phare dans l’obscurité.
Qu’à son tour il guide tes enfants égarés
Et combatte sans relâche les dévots de tes ennemis jurés."Lentement, je sens la chaleur de ses mains s’intensifier puis se répandre en moi comme une source d’eau. Cette douceur atteint chaque extrémité de mes membres et m’emplit d’un bonheur sans pareil. Je me sens léger, comme un nuage porté par les courants chauds du sud avec ce sentiment de liberté totale. Est-ce là l’œuvre de la magie de lumière ou de l’implication même de la déesse ? Qu’aurait été ma vie si bien avant ce jour j’avais goûté l’espace d’un instant à ne serais-ce une once de ce qui m’arrive ? J’émerge lentement de ma torpeur et retrouve la prêtresse.
"Comment te sens-tu à présent ?" Me demande-t-elle.
"Je…jamais je ne me suis senti aussi bien. Je ne sais comment vous remercier." Je lui réponds en me rhabillant.
"S’il existe d’autres êtres perdus dans le noir qui souhaitent eux aussi arpenter le même chemin que toi, tu devras leur venir en aide. Fais ainsi et tu auras largement servis la déesse pour sa bénédiction." Me sourie-t-elle.
"Je pense que ton amie doit être prête elle aussi.""Avant de partir, j’ai aperçu une vaste bibliothèque à l’étage du dessus. Puis-je y accéder ? Nous avons rencontré quelque chose durant notre mission et si parmi vos connaissances se trouvent une réponse il est de mon devoir d’en informer la milice." Lui dis-je en espérant ne pas trop en demander.
"Tu es un serviteur de Gaïa désormais, tu peux arpenter nos livres à ta guise." M’explique-t-elle en me guidant vers la sortie.
"Nous possédons également un dortoir ici. Plutôt que de prendre une chambre à l’auberge vous pouvez donc toi et ton amie rester ici pour la nuit.""Merci, j’apprécie la proposition. J’espère cependant vite trouver les informations que je cherche afin de reprendre le cours de la mission qui m'incombe." Lui dis-je puis la quitte en la saluant et m’en vais retrouver ma camarade.
V.15 Recherches.