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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Lun 3 Nov 2014 22:18 
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« Tu sais, la mort, la mort, j’me dis qu’c’est pas si terrible. Y parait qu’des âmes peuvent rev’nir dans leurs corps, des grandes âmes, y parait. Mais tu vois, Esmé, moi quand l’heure viendra, j’s’rai bien content d’y aller. J’dis pas que j’aime pas la vie, mais chacun meurt à son heure, faut l’accepter, des gens qu’on aime, des gens qu’on aime pas, et puis un jour vient not’ tour. C’est aussi ça la vie, accepter de passer de l’aut’ côté. J’sais bien que t’as plus de mal, par’c’que t’es encore jeune, t’as la vie d’vant toi. Moi j’crois qu’ma vie elle est derrière moi, y m’reste pas autant qu’toi à vivre. Alors c’qui m’reste, j’vais l’vivre bien, j’vais tout faire pour l’vivre heureuse et satisfaite de c’que j’ai. Et quand viendra l’heure, j’irai. »

‘Man Grenotte me parlait souvent de la mort, et je lui en parlais aussi souvent. C’est aussi ça être une sorcière. Arriver trop tard là où on nous a appelé, parce que le village était loin, parce qu’on n’a pas pensé à nous appeler assez tôt, et puis trouver la mère morte, ou le petit étouffé avec le cordon, le blessé trépassé, le vieillard parti. Vivre avec les autres, c’est aussi accepter leur mort, disait ‘Man Grenotte. Dans ma famille on ne parlait pas des morts… On ne parlait que de ceux qu’il fallait sauver, de ceux qui vivraient encore de longues années, ou au moins quelques jours de plus, sous la lumière du soleil. Ceux qui mourraient de mort naturelle n’étaient plus l’affaire de ma famille, et ceux qui mourraient malgré leurs soins, ils n’en parlaient pas plus : ils estimaient sans doute que les échecs s’oublient d’autant mieux qu’on les tait. Avec les années, je sais qu’ils se trompaient. Et j’ai compris qu’ils étaient loin de soigner les gens : ils les soulageaient sans doute de leurs maux physiques, mais ils avaient oublié que parfois, il faut être là quand le pire advient. C’est ça que ‘Man Grenotte m’a…


« Reviens à la lumière, petite sœur, reviens parmi nous, le soleil est haut, le jour est beau, et les ténèbres de la nuit de sont dissipées. »

Esmé ouvre les yeux, pour jeter un regard médusé au vieillard qui la surplombe et lui donne du « petite sœur ».

« Vous êtes qui ? »

« Je m’appelle Isaac. Tu te sens mieux ? »

« Euh… » Esmé procède à une rapide évaluation de son état ; ses côtes brisées semblent ressoudées, à peine ressent-elle un vague endolorissement au niveau de son torse. « Je vais bien, merci. Je vous dois ça, je suppose ? »

« Oh, non, je me suis contenté de vous faire boire des potions qu’un ami a préparé pour moi. Ce sont elles, et un peu de repos qui t'ont remises en état. »

« Et l’homme qui était avec moi ? »

« Je suis arrivé à temps pour le tirer des griffes de la mort. C’est passé à peu de chose, mais je crois l’avoir pour de bon ramené dans le monde des vivants. Il lui faudra une longue convalescence, c'est tout. Il est allongé là-bas. »

Voyant le corps adossé au tertre, Esmé se relève et se précipite vers lui. Le prénommé Isaac ne fait aucun geste pour l’en empêcher, se contente de se redresser lui aussi pour se rendre vers une mule qu’il approche en la tenant par la bride. La sorcière s’assure que le cœur du libre entrepreneur bat toujours ; c’est bien le cas, malgré la teinte cireuse de son visage, plus proche de celle du cadavre que du vivant. Cependant, aucune blessure n’est visible sur son corps, même soignée : ses vêtements sont intacts, à peine couverts de poussière.

« Son énergie vitale a été absorbée. Je suis arrivé à temps je crois. Pour toi et pour lui. Il faut croire que notre destin à tous trois était de nous rencontrer, et sûrement pas pour vous deux de mourir. » explique Isaac avec un sourire épanouit sur le visage.

La sorcière tourne la tête vers cet homme étrange. Hormis sa crinière de cheveux gris, et la longue barbe qu’il s’est laissé pousser jusqu’à la ceinture, rien ne le distingue d’un campagnard comme on en croise tant dans bien des contrées. Large d’épaule, présentant une musculature encore développée, son physique rappelle celui du bûcheron, du travailleur des champs ou du guerrier, d’un individu habitué à compter sur sa force et ayant soigné de longues années durant cet atout ; pourtant il se dégage de lui une sorte de sérénité, qui tient sans doute à son attitude générale, son port détendu. Son visage buriné de rides est éclairé par deux yeux bleus, et fendu d’une bouche habituée à sourire. Ses bottes sont de bonne facture, tout comme ses braies de laine, sa chemise et sa cape taillées dans la même étoffe brune. La boucle de bronze de sa ceinture, figurant un sanglier, et la broche de sa cape – une feuille de chêne – sont l’œuvre d’un bon artisan et, sans donner dans l’ostentatoire, révélaient pour l’œil avisé une certaine aisance. Un élément vient troubler cette apparence engageante, l’épée longue au fourreau qui bat contre sa cuisse droite : la garde ouvragée en motifs laisse présager une lame d’une grande qualité.

« C’est vous que j’ai vu affronter le guerrier noir ? C’est vous qui êtes arrivé cette nuit ? »

« Eh oui, juste à temps d’ailleurs. Je suis venu pour la tombe, sur mission de mon ordre. Mais je suis malheureusement arrivé trop tard… »

« Venu pour la tombe ? Votre ordre ? Pourriez-vous être plus explicite ? Parce que là je ne vous suis pas… »

« Oui, c’est vrai que ce que je dis n’est peut-être pas très clair. Pardonne-moi, petit sœur, c’est l’âge qui me rattrape. Mais ma mission ici est accomplie, il ne sert à rien de traîner en ce lieu sinistre. Yarthiss est à peu près à une journée de marche, nous pourrions atteindre la ville au soir, si nous ne trainons pas. Ton ami a besoin de repos, d’une longue convalescence ailleurs que sur cette plaine. Je le hisserai sur la mule, et quelques cordes le maintiendront et puis nous marcherons. La marche t’inquiète-t-elle ? »

« Non, non, je peux marcher. » Mais les pensées d’Esmé ne sont pas tant occupées par la fin du voyage et le bavardage du vieillard que par l’analyse de la scène qui se découpe dans le petit matin. Les squelettes ont disparu, ainsi que toute trace du combat ; sur le dos de la mule est attaché un petit paquet d’effets, ainsi qu’une pelle.

(Se pourrait-il qu’il ait enterré ces morts-vivants cette nuit ? Pendant que je me remettais ? Après avoir vaincu le guerrier noir ? Mais qu’est-ce que c’est que ce type ?)

Pendant qu’elle se livre à ses réflexions, la sorcière se redresse et époussette sa robe, chassant toute la poussière accumulée. Isaac, quant à lui, soulève le corps inanimé de Gringoire pour l’asseoir à califourchon sur la selle de la mule ; avec un reste de corde, il parvient à maintenir le libre entrepreneur sur le dos de l’animal.

« Prête ? »

« Allons-y. »

Les premiers kilomètres se font dans le plus grand silence, Esmé perdue dans ses pensées, et Isaac respectueux de ce mutisme. Cependant, une fois les évènements de la nuit traités et analysés par la sorcière, un certain nombre de questions demeurent, des questions auxquelles elle pense pouvoir obtenir des réponses en s’adressant à son sauveur.

« Et si vous m’expliquiez la raison de votre présence ici ? » commence-t-elle, s’efforçant – sans succès – d’adopter ce que les gens ont coutume d’appeler le ton de la conversation.

« Volontiers ! Eh bien… Par où commencer… Par le plus simple sans doute… Je suis membre d’un ordre, l’Ordre des Passeurs, dont l’une des vocations est d’apporter la paix aux défunts… Oui, je crois que c’est une bonne définition pour ne pas se charger de détails superflus. Dans cet Ordre, je suis ce qu’on appelle un Marcheur. Je parcours les continents à la recherche des morts dont les âmes n’ont pas trouvé le repos, n’ont pas gagné les Enfers… Tu sais, les spectres, les morts-vivants, tout le toutim… Ces derniers temps, j’étais aux alentours de Yarthiss, je trouvais des choses à faire. Et puis je me suis arrêté dans un village, un peu plus à l’est – peut-être que t’es passée devant, avec ton ami – pour voir s’ils n’avaient pas besoin de mes services… C’est pas rare qu’on ait besoin d’un exorcisme, les âmes tourmentées, c’est malheureusement courant par les temps qui courent… Enfin je me rends là bas, et qu’est-ce que je vois ? Ah ces corniauds avaient pris des stèles funéraires, gravées de runes, pour faire des pierres de construction ! Non mais t’imagines ? Enfin bref, j’ai posé quelques questions, haussé un peu la voix, pour demander d’où ça venait. Parce qu’en me penchant un peu sur les cailloux, j’ai vu que les runes et les textes, c’était de la protection et des avertissements, enfin quelque chose pour tenir à l’écart un mort pas commode… Des pierres de construction… Ah ben au moins le malheur va pas se pointer dans leur maison ! J’en étais où… Ah oui, les stèles. Je me suis dit qu’y fallait pas attendre, je me suis mis en route dans la nuit, pour voir de quoi il retournait, pour faire l’exorcisme le plus tôt possible. Et puis la suite, tu la connais… Je me doutais que ce serait un sacré morceau, mais là… Une sorte de chef de guerre d’un ancien temps, qui versait dans les arts noirs de la nécromancie… Le temps a dû émousser un peu ses pouvoirs, je crois qu’au faîte de sa puissance, il n’aurait fait qu’une bouchée de moi… Enfin voilà, il est retourné à la terre, son âme aux Enfers, et c’est une bonne chose de faite. Va falloir que je me renseigne sur ce type, que je pose des questions à Yarthiss, que je vois s’il y a quelque chose dans des archives. Ca m’intéresse, cette histoire, et faudra que j’ajoute ça dans les archives de l’Ordre… Voilà toute l’histoire… »

« Vous chassez les morts-vivants, vous êtes une sorte de mage de lumière ? »

Isaac part dans un grand éclat de rire, au plus grand agacement de la sorcière, qui ne voit pas ce que sa question a de drôle.

« Je suis né sous la bénédiction de Gaïa, il est vrai, mais l’Ordre auquel j’ai voué ma vie est avant tout dédié à Phaïtos. Je ne chasse pas les morts-vivants parce que ce sont des morts-vivants, mais lorsque cela s’avère nécessaire pour libérer une âme. Les amas d’os animés par la magie ne sont pas si importants… Mais lorsqu’une âme est restée piégée, là je me dois d’agir. Telle est la vocation de l’Ordre des Passeurs. »

« Et vous faites ça depuis longtemps ? »

« Des années ! »

« Et ça ne vous paraît pas… Paradoxal ? »

« Et toi, tu te parais paradoxale ? »

Cette phrase touche juste, et révèle à Esmé un personnage différent de celui qui la tutoie et l’appelle « petite sœur », de ce bavard un peu confus, aux yeux pétillants de malice. Cette question qu’il lui retourne réveille les souvenirs de la nuit, les terreurs tout autant que les quelques instants avant l’inconscience où elle a découvert un combattant nimbé de lumière, capable de tenir tête à une adversité qui l’avait balayée. Sa prudence comble rapidement les failles apparues dans sa carapace, et aussitôt elle se demande si l’homme l’a percée à jour, ou si, incapable de répondre, il a lancé dans le vent une parade toute construite qui lui paraissait habile.

« Et Gringoire… Cet homme, là, qui m’accompagne, il va se remettre ? Il aura des séquelles ? Il faudra s’occuper de lui ? »

« Oh, il a l’air de bonne constitution. » Isaac tapote la cuisse du libre entrepreneur toujours attaché à la selle de la mule, et toujours inconscient. « Il s’en remettra. Pour ce qui est de s’en occuper… Il peut rester comme ça pendant un ou deux jours, peut-être plus. C’est sûr qu’il va falloir veiller à ce qu’il reste… propre, et qu’il mange un peu. » L’expression exaspérée d’Esmé l’amène toutefois à ajouter : « Le mieux est sans doute que je le conduise à un guérisseur que je connais, une fois en ville. Il demandera quelques yus pour se charger de ton ami, parce qu’il faut bien vivre, mais il le fera bien. »

« J’ai de quoi payer, je paierai. Et je verrai avec lui pour ce qui est de me faire rembourser. Par contre, intégrez bien une chose : ce n’est pas mon ami, je ne suis pas son amie. Nous nous sommes retrouvés dans la même cellule, nous nous sommes évadés ensemble, et pour l’aide que je lui ai fourni il devait me mener à Yarthiss. Sans encombre… Mais comme cet idiot a voulu s’arrêter pour dormir près de ce tertre… »

« Ne le blâme pas, il ne pensait sans doute pas à mal. Et puis sans lui, nous ne nous serions pas rencontrés. Chaque rencontre est une bénédiction. »

« Ca ne vous choque pas que nous soyons deux prisonniers évadés ? » le sonde Esmé.

« Bah, je me dis que si tu étais vraiment une criminelle dangereuse, tu ne m’aurais peut-être pas dit t’être évadée. Je crois aussi aux secondes chances. Et puis de toute manière, je ne compte pas te ramener en prison, ce n’est pas sur mon chemin. Je préfère avoir une compagnie aussi charmante que la tienne pour terminer ce voyage. Cette mule n’est guère bavarde, et ma route n’a pas croisé récemment quelqu’un d’aussi intéressant que toi. »

_________________
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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Jeu 20 Nov 2014 08:31 
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66. Sous une bonne étoile.


À travers les hautes et sèches herbes du royaume de Yarthiss, un petit Gobelin se frayait tant bien que mal un chemin en direction du Nord-Ouest. Comme à son habitude, il avait prit soin de s'éloigner de la piste afin de se prévenir d’inopportunes rencontres.
Il se retourna pour voir le chemin qu'il avait déjà parcouru, les yeux plissés à cause du soleil encore puissant du milieu d'après-midi. Il était sorti de la ville depuis une petite demi-heure par les portes Nord et il distinguait encore au loin un bout du château derrière la muraille. Cette cité lui avait donnée pas mal de fil à retordre mais c'était maintenant de l'histoire ancienne. Il fonçait plein pot vers Tulorim pour enfin, il l'espérait, en finir avec cette maladie qui le rongeait.
Il était assez content. Il avait récupéré Grifoniss et elle était de nouveau sagement rangée dans son fourreau de cuir à la seule place qui lui revenait : contre sa hanche. Il avait aussi reprit possession de tout ce qu'on lui avait subtilisé à son arrivée comme le poignard trouvé dans la forêt et son précieux silex. C'est donc en pleine possession de ses moyens que Sump, le Gobelin des forêts entamait un nouveau voyage vers une nouvelle ville . Une fois de plus il allait affronter une tonne de nouveaux dangers parfaitement seul. Cette pensée le fit ralentir tandis qu'une ombre de doute se faisait un chemin à travers son esprit primitif. La dernière fois qu'il avait voyagé seul il avait faillit trouver la mort une demi-dizaine de fois en seulement deux jours tout ça pour revenir à son point de départ. Avait-il bien fait de choisir de réitérer l'expérience ?
Sump s'ébroua et reprit son rythme. Il n'avait pas le temps de laisser ces sombres pensées le ralentir.
Il fallait qu'il pense à se trouver un coin pour la nuit et surtout de quoi man...

Quelque chose le percuta sur le côté du visage, en plein dans l'œil gauche comme pour lui prouver qu'il avait eu raison de commencer à s'inquiéter. La douleur fusa immédiatement tandis qu'un liquide chaud et poisseux se mit à couler sans tarder partout sur son visage. Portant sans comprendre une main vers la blessure et l'autre vers sa lame dorée, quelque chose arrivant par la droite le percuta violemment. De frêle constitution, le Sekteg s’affala dans l'herbe au milieu des criquets qui s'enfuirent en stridulant.
Avant que Sump n'ait eut le temps de faire quoi que ce soit, un individu caché par le soleil aveuglant lui envoya sa botte dans les côtes ce qui eut pour effet de lui bloquer le souffle. Après quoi, l'individu se pencha sur lui pour le tripoter rapidement. Avec son ouïe aiguisée, le Gobelin maltraité entendit des pas rapides faire craquer l'herbe sur sa gauche ainsi qu'un drôle de couinement surexcité.

« Ouah, non sans blaguer la vache ! » s'écria l'ombre noire au-dessus du Gobelin. "Frérot, regarde ça !"

Une voix enfantine et suraiguë lui répondit :

"C'est quoi, c'est quoi ? De l'or ?"

"Ça m'en a tout l'air. Ça y est, on est riche..."


Sump essaya de se relever avec un grognement. Il était hors de question qu'on lui pique sa précieuse relique. Pas encore. Pas alors qu'il venait tout juste de la retrouver après plusieurs heures loin de lui. Le grand lui donna un autre coup de pieds au même endroit que précédemment avant de lui piquer son sac pour le lancer à son petit frère :

"Fouille ça. Si ça se trouve c'est pas fini."

Le petit garçon, crasseux, maigrichon et vêtu d'un mélange de haillons et de vieux cuir, tout comme son aîné, laissa tomber son lance-pierre et se mit à farfouiller frénétiquement le baluchon de leur victime.
Pendant ce temps le grand caressait les quelques poils sombres qu'il avait au menton en observant la dague dorée qu'il faisait tourner dans sa main poisseuse et croûtée. En dépit de son jeune âge ( sûrement même pas la vingtaine ) il perdait déjà ses cheveux et on pouvait presque distinguer les poux et autres parasites sautiller joyeusement dans ses épais cheveux noirs.

"OH NON !" piailla le garçonnet au bout de quelques secondes en contemplant sa petite main remplit de pièces dorées. "Regarde ! Regarde !"

Éberlué, le grand se jeta sur le sac et tous deux se mirent à glousser :

"Y a au moins un millier de yus là-dedans !"

"Plus que ça ! Et t'as vu ces grosses pièces brillantes ? Elles doivent avoir encore plus de valeur !"

Profitant du fait qu'on ne faisait pas trop attention à lui, Sump se redressa sur un coude avec difficulté, son œil sanguinolent fortement fermé et lança avec celui ouvert un regard profondément haineux à ses deux belligérants. Lentement, il porta une main dans le bas de son dos pour la refermer sur le manche de sa deuxième lame. Ce n'était pas encore fini il n'avait pas encore dit son dernier mot. Il alla passer à l'action mais lorsqu'il essaya de se lever, une affreuse douleur le frappa à la cage thoracique, le forçant à grogner ce qui fit se retourner le couple de voleurs. L’aîné lui lança un regard plein de mépris et de condescendance.

"Bon je vais l'achever. Cache-toi les yeux."

Le petit garçon se détourna docilement en tenant toujours le sac de Sump entre ses bras tandis que son frère se rapprochait du Gobelin qui haletait, n'arrivant plus à respirer convenablement.

"Grâce à toi, mon frère et moi on va enfin pouvoir vivre correctement. » sourit-il. « Un Sekteg mort pour deux Humains en bonne santé, c'est largement rentable, tu peux être fier."

Suite à quoi il brandit la lame courbée et aiguisée de Grifoniss, plia les genoux et pinça les lèvres. La douleur paralysait presque Sump qui gardait son poing serré sur le manche de son poignard dans son dos.
Une fois de plus il se retrouvait face à la mort.

⌂⌂⌂


" Bien sûr qu'on se connaît, hips !" hoqueta Rondolpho dans le boxon autour de lui. "On a passé quelques temps ensemble dans une geôle, à Dehant... Je me rappelle même que j'y étais parce que j'avais un peu trop bu ce jour-là. Là-bas il te foute en taule quand t'abuses de la bibine, c'est kek'chose hein ? Lui il y était pour... ah ouais huhu. Il y était parce qu'il avait arraché l'oreille d'un gars, j'crois, c'est ça ?"

Rondolpho se mit à glousser avant de boire goulûment dans sa choppe. Nimbé jeta un regard blasé au Gobelin qui, accablé de ce coup du sort qu'il jugeait très pénible, fixait son verre l'air grognon en essayant d'ignorer les coups de gourdin que Kesh était en train de donner à deux types qui s'empoignaient mutuellement.

"Ça a foutu un joli bazar dans le p'tit bourg..." continua le Thorkin. "Il se passe tellement rien là-bas."

Il conclut sa phrase par un rôt détonnant qui sursauter le Sekteg tendu comme un arc à ses côtés.

"Bref, je dois l'accompagner jusqu'à Tulorim ?"

"Oui, si ça ne te déranges pas. Je doute qu'il parvienne à trouver le chemin et à survivre au voyage seul. Tu m'avais bien dit que tu allais chasser dans le Désert de l'Ouest cette fois, c'est ça ?"

Rondolpho hocha la tête avec ferveur :

"Yep. Je dois échapper à ma foutue bonne femme, vous savez ce que c'est."

Nimbé le regarda froidement.

"Ou pas." se rattrapa le Nain. "Vous z'en faites pas doc ! L'Sump arrivera frais et vivant à la capitale, vous faites pas de moron pour ça, 'pouvez me faire confiance. Pas vrai, vieux ?"

La bourrade qu' envoya le gai-luron Thorkin à Sump fit trembler le cerveau de ce dernier dans sa boîte crânienne. Jamais il n'allait supporter cette encombrante compagnie. Jamais.

"Il te faudra une monture, par contre." ajouta-t-il. "Pass'que si on a un délais, vaut mieux être rapide et éviter d'y aller à pieds."

"Combien de temps durera le voyage ?" intervint le soigneur. "Simple curiosité. Je pense bouger un peu quand je serais à la retraite..."

Le Thorkin à la pilosité orangée haussa les épaules :

"Pas grande idée, doc...je l'ai pas fait souvent...À dos de poney j'dirais deux jours, sûrement plus."

Cette information eut pour effet radical de faire descendre Sump de son tabouret.

"Je vais tout seul." articula-t-il quand Nimbé et Rondolpho le regardèrent, interrogateurs.

"Allons c'est insensé, tu ne sais même pas quel est le chemin."

"Ouais, 'puis, eh. C'est pas une promenade de santé, mon gars. T'as les marais a traverser quand même."

Sump alla bizarrement prendre le temps de répliquer quand une choppe vide traversa la taverne pour s'éclater contre un mur. Ce fut la goutte de trop. Il s'enfuit en courant de cet enfer, ignorant les appels du mire et du Nain.
Il avait toujours été tout seul et à ce qu'il savait, il était toujours en vie.

⌂⌂⌂


Sump n'aurait jamais supporté de voyager deux jours avec ce type. Déjà quand il avait été contraint de passer quelques minutes avec lui dans cette fameuse geôle, il n'avait pas pu le saquer. Il parlait fort, tout le temps et en plus de ça semblait faire partie de la catégorie des grosses brutes. Et le petit Gobelin avait déjà plus qu'assez expérimenté le voyage avec ce genre de personnage. Après ce calvaire à la Porte des Enfers, il était allé voir le sergent Jason pour que celui-ci lui remette ses biens. Suite à quoi, escorté par Roulque, le Sekteg était retourné aux pieds du château pour jeter un coup d’œil la carte qu'il avait crût apercevoir et avait essayé de la déchiffrer tout seul. Dix minutes plus tard l'impatient milicien était venu l'aider en pestant.
Sans plus de temps perdu, Sump avait ensuite prit la route, ignorant de nouveau Nimbé qui avait encore tenté de le convaincre de se faire accompagner.

Qu'est-ce qu'il regrettait d'avoir fait sa tête brûlée maintenant. C'était le druide qui avait finalement raison. C'était un chanceux. Il en avait toujours eu. Depuis le massacre de son clan au reste de sa vie, en passant par sa traversée du Territoire de la Sororité et à pas plus tard que ce matin, dans la forêt et dans la ville. La chance l'avait toujours aidé à s'en sortir et malheureusement pour lui elle semblait à présent l'avoir quittée. Et sans elle, il n'avait pas tenu une heure en dehors d'une forêt sans être sur le point de se faire empaler par sa propre lame.

"Arrête ça tout de suite mon gars ou, par Valyus, ça va foutrement mal se passer !"

Le détrousseur se figea dans son mouvement et se redressa en reculant nerveusement pour voir quelle était la nouvelle menace.
Il était question d'un Nain fort trapu à l'épaisse barbe orange, tenant dans ses deux mains calleuses une formidable hache à double tranchant.
Avant de perdre connaissance, Sump reconnut Rondolpho. Jamais il n'aurait cru qu'un jour il serait content de voir cet hurluberlu.

Suite.

_________________
Sump


Dernière édition par BreadOOney le Ven 26 Aoû 2016 08:42, édité 5 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Lun 2 Mar 2015 20:01 
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Suite de: Les rues de Yarthiss

A peine sorti de la ville de Yarthiss, l'Elfe gris adopta inconsciemment la longue foulée tranquille que les êtres habitués à parcourir de longues distances en milieu sauvage développent naturellement au fil du temps. Sans être vraiment une course, l'allure en était rapide, mais son avantage le plus évident était l'économie de forces qu'elle permettait. Tout était question de rythme et d'équilibre, un pas engendrait le suivant sans qu'il y ait besoin de fournir un nouvel effort conséquent. Un peu trop lente, à peine trop rapide, la fatigue venait rapidement, accompagnée d'un fort essoufflement et bien souvent de crampes douloureuses. Le Sindel ne la maîtrisait pas vraiment, à peine se concentrait-il sur ses pas qu'il sentait le rythme lui échapper. Mais, parfois, lorsque son esprit était occupé à tout autre chose comme c'était le cas en cet instant, il sentait une aisance inhabituelle l'envahir, et pouvait courir des heures sans en éprouver une fatigue conséquente. C'était rare et ne durait en général pas plus d'une demi journée, mais ces instants lui apportaient un profond sentiment de fusion avec son environnement, une sensation d'harmonie et d'équilibre qu'il aurait été bien incapable de décrire ou d'expliquer. Il ne cherchait d'ailleurs pas à le faire, considérant cela comme une forme de "magie" directement liée à Sirthi. Ce point de vue aurait sans doute fait rire nombre d'adeptes des fluides, mais le Sindel n'en avait cure. Il le vivait avec simplicité, comme cela se présentait, et c'était bien suffisant à ses yeux.

Ce jour là, les pensées toutes entières tournées vers ce rêve surprenant qui venait de le visiter pour la deuxième fois, il courut ainsi presque toute la journée, jusqu'à apercevoir non loin un hameau comme la région en comptait d'innombrables. Le soleil était déjà bas sur l'horizon et sa lumière rasante donnait au paysage un relief remarquable, les couleurs semblaient plus intenses que d'habitude et l'ensemble donna au Sindel une impression de féerie digne des légendes de son peuple. Le bourg était niché aux abords d'une petite rivière qui serpentait paresseusement entre les collines, les toits de chaume doré rutilaient comme de l'or pur d'où s'élevaient paresseusement de longs panaches de fumée blanche. Dans ce décor idyllique, Tanaëth perçut pourtant indistinctement que quelque chose clochait. Il n'en fallait pas davantage pour que sa course gracieuse s'achève lamentablement contre un odieux caillou, il trébucha et ne dut qu'à un buisson épineux fort peu complaisant d'éviter une bonne chute. Maugréant quelque peu, il retira les épines plantées dans son épiderme, puis observa avec plus d'attention le village. Il en était à quelques deux cents mètres, assez près pour le distinguer très clairement, mais il ne vit rien pouvant justifier son impression. Alors qu'il s'apprêtait à poursuivre sa route, il entendit faiblement des cris emplis de panique, était-ce cela qui l'avait inconsciemment perturbé? Cela semblait probable. Il fit un pas en direction du village.

(Hé! Que suis-je en train de faire, là?! Ce ne sont pas mes affaires...ferais mieux de passer mon chemin fissa plutôt que d'aller me mêler de ce qui ne me regarde pas. Et puis même s'ils ont besoin d'aide...pourquoi irais-je leur en apporter? Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi, ces temps...)

Il haussa les épaules et était déterminé à s'en aller lorsque, par un hasard qui ne pouvait être considéré comme tel par un Sindel, la lune aussi pâle qu'un fantôme se leva très exactement dans l'axe du patelin. Tanaëth en resta coi quelques secondes, incrédule.

(Dans quel monde me suis-je fourré?! Des voix, des rêves déments, des signes...il faut vraiment que j'aille me faire soigner quelque part...Aie! Et maintenant mon tatouage qui se met à me brûler?! Pas sorti des ronces, moi, dans ce...ce...bourbier! Baste, de toute manière...pas question d'ignorer purement et simplement tout ça, pas quand Sithi se manifeste aussi clairement.)

L'Elfe dégagea sa cape et s'en entoura précautionneusement avant de se diriger lentement vers le village en prenant soin de rester le plus souvent possible à couvert. Les cris s'étaient tus, mais le silence qui avait pris place ne lui sembla pas de meilleur augure, il avait au contraire quelque chose de sourdement inquiétant. Quelques minutes plus tard, il arriva aux abords de la palissade qui entourait le lieu et, par un interstice entre deux pieux mal joints, il jeta un coup d'oeil prudent à l'intérieur. Ses veines lui parurent subitement charrier de la glace, un imperceptible tremblement saisit son corps, mélange d'horreur et d'effroi au spectacle qu'il aperçut.

(Par les Dieux! T'ai-je offensée, ô Sithi? Rana, ai-je encouru ton courroux pour que...cela...me soit infligé? Ou alors est-ce toi, Zewen, qui plonge ma destinée dans de telles...ténèbres!?)


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Lun 2 Mar 2015 23:48 
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[:attention:] Le texte qui suit comporte des scènes violentes susceptibles de choquer, âmes sensibles s'abstenir!


Le Danseur d'Opale




Chapitre premier: Rencontre au clair de lune




Elle.

Le cri, atroce et inhumain fracasse le silence comme éclate un miroir frappé avec la plus extrême violence par un marteau de guerre.

Les mains de l'Elfe jaillissent pour venir se poser sur ses oreilles, vaine tentative pour amoindrir la stridence insoutenable qui lui vrille les tympans et l'esprit. Il recule en titubant, ayant l'impression que son cerveau se liquéfie dans son crâne sur le point de se fissurer. Sans s'en rendre compte, il hurle de tous ses poumons, tombant rudement à genoux. Malgré la force de ce hurlement, il n'est pas plus audible que le bruit d'une feuille qui choit d'un buisson durant une nuit d'effroyable tempête.

Le cataclysme sonore cesse aussi soudainement qu'il a débuté. Laisse place à un silence total, absolu, implacable.

Le Sindel veut se relever, mais il en est incapable. Son corps ne lui obéit pas davantage qu'une vulgaire poupée de chiffon, il s'affaisse lourdement face contre terre, conscient mais rigoureusement impuissant. Ses pensées ne sont plus que des éclairs pourpres de souffrances sans cohérence, En arrière plan pourtant, une image s'est gravée en son âme comme un éclair proche regardé de face se fixe dans la rétine longtemps après avoir disparu. Mais s'il peut y avoir une certaine beauté dans la vision persistante de la foudre, il n'y a qu'horreur abyssale dans celle qui s'est littéralement tatouée dans l'esprit du guerrier. Sa raison vacille ainsi qu'une chandelle exposée à un vent trop puissant. Il sombre, lentement, en une chute sans fin, vertigineuse.

Les ténèbres. Pourfendues d'éclats écarlates obscènes de malveillance, chacun fragmentant un peu plus ce qui a tenu lieu d'âme à l'Hirdam. D'abord omniprésent, l'insensé quadrillage pourpre s'estompe peu à peu. L'obscurité affamée semble se rassasier à foison, inéluctable dévoreuse folle engloutissant...tout.

Elle.

Insoutenablement mutilée, morbide et ignoble parodie d'une jeune Sindel si intimement connue par le guerrier, aimée à l'excès d'un amour absolu.

Elle.

La créature hideuse se tient à califourchon sur le cadavre d'un paysan. Entre ses crocs blafards, un morceau de chair ruisselant d'ichor, elle le mâchouille en bavant, ricane, jubile, l'avale gloutonnement. Ses cheveux autrefois si soyeux ne sont plus que paillasse rugueuse qui parait verte de moisissures, ils tissent autour d'elle une toile arachnéenne malsaine qui soubresaute au moindre de ses gestes. Sa peau jadis argentée et plus douce que la soie est désormais grumeleuse, d'un gris terreux, souillée d'impensables cicatrices qui suintent d'une humeur de teinte sombre. Ses membres décharnés sont pourvus de griffes vicieusement recourbées, mais même là on chercherait en vain une once de beauté, les ongles démesurés se délitent par plaques chitineuses. Seul son regard témoigne encore de celle qu'elle fut. Effroyable vision que ces puits de cieux océaniques, par le passé sources de douceur et de joie pure, devenus gouffres de malveillance sadique et lubrique. Malgré cette perversion abjecte, le doute ne peut exister.

Elle. Jaëlle.

Damnée pour l'éternité, fée déchue au-delà de toute rémission, elle a senti le Sindel. Elle laisse échapper un râle de plaisir, délaisse sa proie pour se diriger vers lui en contemplant la scène de carnage qu'elle vient de perpétrer avec une joie terrible. Elle se délecte de la mort de tous ces humains misérables, mais ils ne sont qu'amuse-bouches comparé à celui qui vient d'arriver. Elle passe une langue bifide gourmande sur ses lèvres crevassées, s'accroupit au-dessus de l'Elfe et encadre lascivement son visage de ses mains. Elle le contemple, longuement, puis module sa voix en un cri perçant comme une flèche mais de faible intensité. L'Himdar ouvre des yeux fous, se débat comme un dément, mais en vain. Il referme les paupières de toutes ses forces, il ne veut pas voir. Il ne verra pas davantage! La créature ricane, elle se penche, frôle ses lèvres des siennes en murmurant:

"Enfin...cela fait si longtemps que je te cherchais mon tendre amour..."

Il tente de tourner la tête de côté, d'échapper au contact putride, mais la Banshee est forte, infiniment plus que lui. Ses griffes pénètrent légèrement dans le cou du guerrier, le geste est semblable à celui d'une amante féline en apparence, mais il n'est dicté que par une volonté de faire souffrir.

"Oh, voyons Tanaëth, quelle...déception est la mienne! Si tu savais...je me suis languie de toi, j'imaginais que c'était toi que je mordillais amoureusement chaque fois que je me nourrissais, et maintenant...maintenant qu'enfin nous sommes réunis tu te détournes de moi? Regarde-moi, ô mon bel Elfe. Regarde-moi!"

Le Sindel refuse obstinément d'obéir, sur son visage devenu couleur d'albâtre quelques larmes ruissellent, mêlées de sang. Rageusement, la maudite le gifle, imprimant une marque d'un rouge sanglant sur sa joue. Il ouvre les yeux, la fixe, terrorisé comme jamais il n'avait songé pouvoir l'être un jour. Elle sourit odieusement, murmure encore, d'un ton qui imite à la perfection l'amoureuse qui souffle quelques mots doux à son conjoint:

"C'est mieux, oui, beaucoup mieux."


Il frémit de tout son être, puise dans les dernières ressources de son âme pour bégayer:

"Tue...tue-moi! Qu'on...qu'on en finisse...tu...tu es...morte!"

"Oh. Oui, j'ai...senti. Mais te tuer...non. Non mon doux amant, tu vas vivre. Vivre en sachant ce que je suis devenue. Est-il plus délectable supplice? Je n'en connais pas. Mais je te connais toi. Tu vas me rechercher, pour me...libérer. Tu as toujours été si...protecteur. Sauf ce fameux jour. T'en souviens-tu? Oui, je sais que tu t'en souviens. Sais-tu que j'ai appris pourquoi tu n'avais pas été là? Oh, il m'a fallu déployer un peu d'imagination pour retrouver tes deux amis, et me montrer...convaincante. Mais je l'ai toujours été, n'est-ce pas? Ne réponds pas, je sais que je le suis. Je suis ravie de t'avoir retrouvé mais maintenant il faut que je parte. Vois-tu, j'ai un maître maintenant, et lui m'apprécie beaucoup. Vraiment beaucoup, je suis certaine que tu comprends ce que je veux dire par là. C'est grâce à lui que je t'ai retrouvé, d'ailleurs, mais je dois t'avouer qu'il ne t'aime pas beaucoup, voire...Enfin, tu finiras bien par avoir l'occasion d'en...parler avec lui. Nous t'attendrons, pitoyable petite chose. Ah, un dernier détail: tâche de ne pas me décevoir la prochaine fois."

La Banshee se penche à nouveau, dessinant les lèvres du Sindel du bout de sa langue visqueuse alors qu'il se débat désespérément pour échapper à l'étreinte, en pure perte. Elle se relève d'un bond, lance un nouveau cri tonitruant qui perce la nuit tombée et l'âme de l'Elfe brisé puis, après avoir craché un jet de bave sanguinolente en direction de la lune, s'éloigne en sautillant rapidement au son d'un rire sinistre où pointe une jubilation affreusement sardonique. Tanaëth reste figé durant quelques secondes, puis son corps est secoué de spasmes alors qu'il craque et sanglote comme un vulgaire enfançon, anéanti. Il aperçoit vaguement la lune, vidé de toute force, puis sombre dans l'inconscience.

Les ténèbres. Elles sont parfois une bénédiction.


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 9 Mar 2015 22:50, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Mer 4 Mar 2015 02:37 
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Chapitre deuxième: Sindalywë



(Réveille-toi! Ho! Debout! REVEILLE-TOI IDIOT!)

Des tréfonds de son inconscience, le Sindel finit par percevoir la voix impérative. Remontant laborieusement du gouffre, il réalise que cela fait sans doute un moment qu'elle le presse, et peu à peu, tandis qu'elle réitère son injonction encore et encore, Tanaëth revient à lui avec lenteur tout en se refusant à ouvrir les yeux, traumatisé par ce qu'il vient de vivre.

(Dépêche-toi! Ha mais c'est pas vrai! Bouge-toi, vite!)


Un étrange contact, frais et humide, se fait sentir sur la peau de son cou. L'Elfe se demande en frissonnant si la Banshee est revenue, mais l'odeur est différente. Cela sent le...le chien mouillé! Il se résigne à ouvrir les yeux, cligne deux fois des paupières à la vue du faciès poilu qui le surplombe. Il ne comprend pas, son esprit demeure embrouillé et il se sent atrocement vaseux.

(Il va te bouffer!)

(Hein? Que...mais...c'est un loup!)

(Ah ben dis donc, le bois est rudement mouillé...)

(Le bois? De quoi...)

(Laisse tomber! BOUGE! Défends-toi!)

Une maigre flammèche de lucidité finit par émerger dans l'esprit brouillé de l'Himdar et, d'un coup, l'idée de se remuer en vitesse lui semble plutôt judicieuse! Il réalise que le loup est en train de le renifler depuis quelques instants, c'est le contact de sa truffe qui l'a probablement réveillé, et comme de façon générale les loups sont carnivores...Le Sindel contraint l'une de ses mains à former un poing qui vient percuter mollement le museau de la bête, pas assez fort pour lui faire vraiment mal mais le coup est suffisant pour que l'animal recule d'un bond en jappant. Tanaëth roule de côté avec toute la vitesse dont il est capable, très relative à l'instant présent, tentant de mettre un peu de distance entre le prédateur et lui. Ce mouvement instinctif lui arrache un cri de douleur lorsque son épaule blessée heurte durement le sol, mais à quelque chose malheur est bon car la subite souffrance lui fait reprendre ses esprits sans douceur! Il se relève en grognant sous l'effort que ce simple geste lui demande, son corps meurtri renâclant à la besogne. Son regard parcourt vivement les alentours, sa main droite se porte naturellement à la poignée de son épée qui jaillit du fourreau dans un chuintement rassurant: une dizaine de canidés se disputent les reliefs du festin de la Banshee dans un concert de grondements hargneux et affamés, le Sindel grimace en réalisant que le nombre élevé de cadavres est certainement ce qui lui a permis de rester en vie jusque là! Pour l'instant, seul un loup famélique sans doute chassé de la curée par ses frères de meutes qui semblent plus en forme s'intéresse à lui, oreilles couchées et crocs dénudés témoignant de l'attaque imminente.

"Tu m'excuseras vieux frère, mais je ne me sens pas d'attaque pour te disputer le territoire..."

L'Elfe parle d'un ton apaisant, reculant lentement en baissant les yeux pour éviter de défier l'animal, sans cesser pour autant de le surveiller de près. Ce n'est pas la première fois qu'il se trouve nez à nez avec une meute de loups, il ne les craint pas vraiment, bien qu'ils puissent être redoutables. Il sait qu'ils ne s'en prennent pas aux gens à moins d'être affamés ou dérangés pendant qu'ils mangent, et celui qui le menace est une espèce de paria au sein de sa propre bande, un laissé pour compte qui est habitué à s'esquiver plutôt qu'à se battre, quant aux autres, ils sont trop occupés pour prêter attention à lui. La bête gronde, le poil hérissé, mais le mouvement de retraite et le son calme de la voix de l'Elfe la fait hésiter. Elle se calme un peu, flaire les alentours, humant l'odeur du sang omniprésente issue de proies plus aisées que le bipède qui lui fait face. L'instinct du vieux loup est fort, il a appris à fuir ce genre d'être, qui souvent chasse les siens. Comme l'Elfe recule toujours en parlant d'une voix apaisante, l'animal se décide finalement à aller tenter sa chance du côté des cadavres, au grand soulagement du Sindel qui entreprend aussitôt de s'éclipser rapidement.

Au bout d'une longue heure de marche rapide qui nécessite toute sa concentration, Tanaëth finit par s'effondrer au pied d'un arbre, épuisé aussi bien physiquement que moralement. Il boit quelques gorgées d'eau à sa gourde, mais lorsqu'il songe à manger quelque chose, une violente nausée l'assaille tandis que les souvenirs effroyables des dernières heures lui reviennent. Il repousse rageusement la nourriture, puis se recroqueville en tremblant sous la couverture qu'il tire maladroitement de son sac, tentant sans grand succès de mettre un peu d'ordre dans ses pensées chaotiques. Il ne tarde pas à se redresser, incapable de trouver le sommeil alors qu'un flot de questions sans réponses le hante.

(Par Sithi, je n'y comprends plus rien...que s'est-il passé? Des années que je parcours les terres sans rien de notable et là, en quelques jours, tout bascule et j'ai l'impression de devenir dingue! Pourquoi ce fichu rêve est-il revenu maintenant? Et cette voix dans ma tête, que cela signifie-t'il? Et cette..horreur...Jaëlle...NON! Plus tard...plus tard. D'ailleurs en parlant de ça...salement désagréables ces écorchures dans le cou, il faut que je nettoie ça avant que ça s'infecte.)

(Tiens, une idée constructive, je commençais à me demander si tu en étais capable...)

(Encore?! J'en ai assez! Tu entends, qui que tu sois, j'en ai ma claque!!! Si tu peux m'expliquer ce qui se passe, je veux bien t'écouter, mais si c'est pour en rajouter une couche, tu la fermes! De toute manière, tu n'existes pas! C'est la fatigue, c'est tout!)

(Un peu simpliste, comme raisonnement, non? Je peux t'expliquer certaines choses, à condition évidemment que tu arrêtes de refuser les évidences comme un gamin obtus.)

(Bon...on se calme, on respire...tu es qui?)

(...)

(Ben voyons. Alors on va faire autrement, histoire que j'aie l'impression de vaguement conserver un brin de raison. Je vais te donner un nom idiot, j'aurais le sentiment de parler à autre chose que...moi-même!)

(Je ne veux pas de ton nom idiot!)

(Je ne te demande pas ton avis, en fait.)

(Et moi je te le donne quand même, si tu ne veux pas l'entendre ça te regarde! Mais ne viens pas encore te plaindre après!)

(Me plaindre de quoi? De sombrer dans la folie?)

(Oh, ça tu l'as bien cherché, tu fais tout pour vivre dans le passé, mais c'est au présent que ça se passe. Comment s'étonner après que tu perdes la tête? Je parlais de te plaindre de ne pas avoir d'explications. Mais après tout, si tu n'en veux pas, je m'en fiche un peu.)

(Mmm. Tu es dure. Mais ce n'est pas entièrement faux. Bon, un nom pas idiot, alors?)

(Ce serait un bon début.)

(Bien. Alors disons...Sindalywë, cela te convient?)

(La fleur aux douze piquants qui ne pousse que lorsque la pleine lune est voilée? Oui, j'aime bien. Mais pourquoi ce nom en particulier?)

(Parce tu es largement aussi piquante qu'elle, et que tu sembles te dissimuler derrière je ne sais quels voiles puisque tu me parles mais que je ne te vois pas.)


(Je ne pique pas! Et puis, ce n'est pas de ma faute si tu es aussi aveugle qu'un Héget!)


(Tu vois que tu piques! C'est quoi, un Héget?)

(Une sale bête pleine de tentacules mais sans cervelle. Un peu comme toi, les tentacules en plus.)

(Dis donc, Sindalywë, nous allons avoir du mal à nous entendre si tu continues à m'insulter sans cesse. Tu ne voudrais pas plutôt te montrer? Enfin, si tu existes vraiment bien sûr, ça me...rassurerait. Un peu. Et puis tu as parlé d'explications...)

L'Hirdam sursaute violemment en sentant quelque chose lui tirer l'oreille gauche, il esquisse le geste instinctif de balayer d'un revers de main l'importun, mais la petite voix le stoppe net:

(Hé Ho! Pas la peine d'essayer de me donner une claque, de toute façon tu ne peux pas!)

Le Sindel tourne la tête brusquement, découvrant avec stupéfaction, juchée sur son épaule et donc à quelques centimètres de son nez, une bien étrange créature de petite taille dont, bizarrement, il ne sent pas le poids; haute d'une quinzaine de centimètres et de forme humanoïde féminine, deux ailes diaphanes translucides évoquant vaguement celles d'une chauve-souris quant à leur forme jaillissent de son dos. Sa peau très sombre est si différente de ce que l'Elfe connait qu'il serait bien en peine de la décrire avec précision, subtil mélange de cristal et de ciel étoilé aux reflets changeants. Une très longue chevelure d'un blanc argenté presque transparent rehausse la grâce de son petit visage mutin et charmeur, se confondant avec ce qu'il convient d'appeler une robe digne d'une grande dame parée pour une soirée de bal. La petite être le dévisage de ses grands yeux pareils à des lacs d'argent liquide avec une intensité palpable, ses minuscules lèvres joliment ourlées dessinant une moue quelque peu moqueuse. Tanaëth sursaute à nouveau lorsqu'elle prend pour la première fois la parole de manière audible:

"Alors? Je te plais?"

"Euh...je...oui, tu es très...mignonne. Enfin je veux dire..."

La voix de la créature est douce et mélodieuse, très différente de celle plus rauque et agressive qu'elle utilise pour lui parler mentalement. Elle éclate d'un rire sarcastique qui évoque le murmure d'un ruisseau se faufilant sur un lit de galets, tirant une nouvelle fois l'oreille de l'Elfe déboussolé qui s'empourpre et demande d'un ton trahissant son désarroi:

"Pardonne ma question un peu...maladroite, sans doute, mais...tu es quoi, au juste?!"

"Je suis ta Faera, Tanaëth."


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 9 Mar 2015 22:55, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Jeu 5 Mar 2015 00:58 
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Chapitre troisième: Destinée



"Ma...Faera?!"

La petite créature adopte une pose sensuelle et provocante, s'entortillant malicieusement dans une mèche de la chevelure du Sindel tout en minaudant:

"Nous sommes liés maintenant, tu as la chance insigne de pouvoir profiter de moi jusqu'à ta mort: tu m'as donné un nom!"

L'Hirdam, désemparé et perplexe, scrute la Faera avec de grands yeux incrédules. Une image...perturbante s'insinue en lui tandis que les multiples sens possibles de sa phrase se déploient en son esprit, il se demande sérieusement si elle se fiche royalement de lui! Sindalywë lui administre aussitôt une tape sur le sommet du crâne en s'exclamant:

"Pas comme ça espèce de pervers!!! Mets-toi bien ça dans la tête: je lis tes pensées, je vois ce que tu imagines, alors un peu de tenue par les Fluides!"

"Aie! Cette fois c'est toi qui l'a bien cherché!"

"N'importe quoi! Occupe-toi de tes plaies au lieu de dire et de penser des sottises, ton sang va finir par tacher ma robe!"

Le Sindel lève les yeux au ciel comme s'il était exaspéré mais, sans qu'il ne puisse se l'expliquer, il sent que se tisse en lui une sorte de lien incompréhensible, flou encore mais pourtant d'une puissance rare. Il a l'impression de la connaître depuis toujours, et cette présence qui devrait logiquement le déranger plus qu'autre chose le réconforte étrangement, pour la première fois depuis ce qui lui semble une éternité, il ne se sent plus seul. Il réalise soudainement que la Faera a disparu, tourne la tête en tous sens pour la retrouver sans parvenir à la distinguer. Étrange, il sent pourtant sa présence toute proche! Remettant à plus tard le flot de questions qui l'assaille, il se met en demeure de suivre le conseil de la Faera et s'occupe des griffures infligées par la Banshee. Elles ne sont pas très profondes, mais pour ce qu'il peut en sentir du bout des doigts, il en gardera quand même de fines cicatrices. Un léger sourire d'auto-dérision relève la commissure de ses lèvres tandis qu'il songe:

(Eh bien voilà, encore quelques-unes comme ça et je commencerai à ressembler un peu à un vrai Hirdam! Bon, l'habit ne fait pas l'Ithilauster, comme disait mon instructeur, et pour être franc je ne me suis pas couvert de gloire ces derniers jours...)

(Tanaëth!!! Fais-moi une faveur: laisse les prêtres là où ils sont!)

Peu habitué encore à entendre dans sa tête la voix de sa Faëra, le Sindel tressaille, puis grommelle indistinctement tandis qu'il ramasse la bande de lin qui vient de lui échapper.

(Ne crie pas ainsi, je ne suis pas totalement sourd! Et puis ils sont les représentants de Sithi, que je vénère comme tu dois le savoir si tu lis mes pensées, tu ne les aimes pas?)

(Non.)

Au ton employé, l'Hirdam sent qu'il touche là un point sensible, aussi il s'enquiert:

(Pourquoi?)

(Plus tard. Je t'expliquerai quand tu seras capable de comprendre!)


(Hey! Je ne suis pas totalement demeuré, non plus!)

(Si tu l'étais je ne serais pas là. Mais tu es jeune, naïf, et tu n'as pas la moindre idée de ce dont je devrais te parler pour t'expliquer ça. Pour l'instant contente-toi de finir de panser tes blessures et de dormir un peu. Tu as encore une longue route à parcourir pour arriver à Tulorim.)

(Hum. Admettons pour aujourd'hui, tu as au moins raison sur un point: je suis épuisé.)

Il achève rapidement sa tâche puis s'allonge avec un soupir de contentement après avoir adressé une rapide mais fervente prière à Sithi, ne tardant pas à sombrer dans un profond sommeil réparateur. Il a l'impression de ne dormir que depuis quelques minutes lorsque la petite voix qu'il commence à connaître le tire de son sommeil:

"Debout paresseux! Le jour va bientôt se lever! Allez hop, debout!"

"Mmmmmhhh? Pffff...tu exagères, je viens à peine de m'endormir!"

"L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, et puis il est temps de t'entraîner un peu!"

"Quoi? Tu plaisantes? J'ai des courbatures partout avec tous les coups que je me suis pris," récrimine le Sindel en se redressant péniblement.

"Oui, eh bien si tu t'étais entraîné correctement tu les aurais évité,"
rétorque Syndalywë, visiblement fière de son imparable logique.

"Tssssk! Toujours le dernier mot, hein? Tu es bien une femme ma petite, pas de doute!"

"Pas vraiment, en fait, mais ça aussi on verra plus tard. Et je ne suis pas petite," s'offusque la Faera!

"Et moi je ne suis pas un Sindel," se moque Tanaëth. "Mais dis, hier tu m'as affirmé que tu pouvais m'expliquer certaines choses?"

"Oui, mais je n'ai pas envie maintenant. Le soleil va se lever, entraîne-toi c'est un bon moment pour ça, après on discutera!"

"D'accord, d'accord, je me rends...ce que femm...Faera veut, le Sindel le peut, c'est ça?"

"J'espère. Cesse de tergiverser, je lis tes pensées te dis-je!"


Maugréant sur l'injustice du monde, Tanaëth obtempère, d'abord à contrecoeur, puis avec un plaisir grandissant. Bouger lui fait du bien, Sindalywë n'a pas tort, cela fait trop longtemps qu'il néglige de s'exercer, et puis cela distrait ses pensées des derniers événements, ce qui n'est pas un mal. Un peu plus tard, il se remet enfin en route, réalisant avec étonnement qu'il se sent plus en forme qu'il ne l'aurait cru possible. Il marche un bon moment en silence, se contentant d'admirer les paysages, puis il finit par demander mentalement:

(Bon, si tu m'en disais un peu plus, maintenant que je me suis plié à des exigences?)

(C'est pour ton bien. Que veux-tu savoir?)

(Je me demande pourquoi tu es venue vers moi, et ce que tu attends, parce que je suppose que même une Faera n'agit pas sans raison? D'ailleurs, il y en a d'autres comme toi?)

(Non, je suis unique! Enfin, il y a d'autres Faeras, mais pas comme moi! Nous nous lions à certains êtres pour les aider à accomplir leur destin, soit qu'ils nous cherchent et finissent par trouver la Faera qui leur correspond, soit au contraire que la Faera distingue quelqu'un dont la possible destinée lui semble prometteuse, auquel cas c'est elle qui va à lui, comme cela s'est passé pour nous.)

(Ah...une Faera voit donc les destins?!)

(Ce n'est pas aussi simple. Il n'y a pas un seul destin possible, mais une infinité, aucun n'est jamais certain. Disons pour simplifier que les probabilités qu'une destinée soit exceptionnelle sont plus ou moins importantes selon les êtres. Mais même là nous pouvons nous tromper, ou échouer dans notre rôle. L'être peut aussi se détourner de sa destinée la plus intéressante, volontairement ou pas, il n'y a pas de règle chaque être est unique.)

(Intéressant...et...d'où venez-vous? Vous vivez longtemps?)

(Tu sais ce qu'est un Fluide?)

(Euh...très vaguement...si je me souviens du peu que j'en ai entendu, c'est une sorte de "source" de magie?)

(On va se contenter de ça pour le moment. Disons que nous en sommes issues, et que nous existons aussi longtemps que ces fluides sont.)

Le guerrier reste un long moment silencieux, tentant d'appréhender ces notions dont il ne sait quasiment rien. Tout cela lui semble totalement surréaliste et, quelque part, le met un peu mal à l'aise. Il réalise depuis quelques jours que le monde est infiniment complexe, et se sent un peu comme un enfant qui sort pour la première fois de chez lui et découvre des espaces infinis. Il frissonne en repensant à l'écrasante puissance de la créature damnée, liée d'une manière qu'il ne s'explique aucunement à Jaëlle, fort déplaisante sensation pour un fier guerrier Sindel que de se sentir aussi impuissant qu'un nouveau-né! Dans un réflexe de survie instinctif, son esprit le ramène rapidement à des interrogations plus terre à terre:

(Et concrètement, que dois-je faire pour accomplir cette destinée que tu as...perçue?)

(Je te l'ai dit, la destinée est totalement incertaine, changeante. Mais pour commencer, il faut que tu trouves ton véritable équilibre.)


(Hum. Et je fais ça comment?)


(Ce serait bien que tu trouves quelqu'un pour te guider un peu, je pense. Il existe une guilde présente à Tulorim, qui dirige une sorte d'école, à mon avis il pourrait être intéressant de nous y rendre, et peut-être de la rejoindre. Ceux qui la constituent poursuivent un but fondamental, ils tendent à préserver les grands équilibres et cela serait instructif pour toi. Bien sûr ce n'est pas le seul chemin, mais c'en est un qui a l'immense avantage de conserver une neutralité chère à Sithi. Oh, détail important également, l'une des dirigeantes est une Sindel.)

(Et tu appelles ça un détail? Même si je peux admettre que certains êtres d'autres races ont quelques qualités, force est de reconnaître que les Sindeldi forment le peuple le plus sage et le plus évolué de ce monde de barbares!)


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 9 Mar 2015 23:03, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Ven 6 Mar 2015 11:53 
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Chapitre quatrième: La roue du temps



Cela fait quatre jours que l'Hirdam a quitté Yarthiss, et trois qu'il questionne sans relâche sa nouvelle et minuscule compagne. Si cette dernière répond à la plupart des questions simples, elle esquive cependant de diverses manières toutes les interrogations touchant à son passé ainsi qu'aux récents événements que le guerrier vient de vivre. Il sent indistinctement qu'elle possède certaines réponses qui pourraient l'éclairer mais la Faera sait à merveille se dérober et Tanaëth n'a pas vraiment envie de la brusquer. Ils se sont approchés des montagnes, couronnée de neiges éternelles lointaines, puis ont bifurqué vers le nord en direction d'une forêt qui semble assez vaste. Durant la deuxième partie du jour ils ont longé sa bordure, ainsi que l'aubergiste de l'Au-Delà le lui a recommandé. Lorsque la nuit descend paisiblement sur le monde, le Sindel décide de s'arrêter pour camper à la lisière de la sylve, trouvant rapidement un endroit approprié proche d'un petit ruisseau et discret. Il s'installe, allumant un petit feu et préparant son repas, songeant qu'il devrait arriver à Tulorim, but de son voyage, le lendemain soir. Il est curieux de ce qu'il va y découvrir, cette histoire de guilde et d'équilibre l'intrigue, mais là encore la Faera reste évasive quand il tente de la pousser à lui en révéler davantage. Il commence à mieux la cerner, sourit en repensant avec quelle conviction elle lui a expliqué tout ce qu'il devait savoir à son propos tout en glissant subrepticement sur ce qui s'éloignait de généralités. Alors qu'il mord à belles dents dans un filet de poisson fumé, affamé par sa longue marche du jour, Sindalywë s'exclame subitement dans sa tête:

(Cache-toi! Vite! Il y a...)

Elle n'a pas le temps d'achever sa phrase, une flèche se plante en vibrant juste entre les deux pieds du guerrier qui en avale de travers sous l'effet de la surprise. Il esquisse le geste de se lever, mais une voix féminine jaillissant de l'obscurité prévient froidement:

"Pas un geste, Fils du Naora. Tu restes assis, tu détaches très doucement ton baudrier et tu le lances de l'autre côté du feu. Au moindre faux pas ma prochaine flèche te perce la gorge."

Le Sindel s'assombrit, envahi d'une sourde colère. Cela commence à bien faire! Pas moyen de voyager tranquillement dans ces fichues contrées! Il soupèse rapidement ses chances de parvenir à bondir assez vite dans l'ombre, mais la précision avec laquelle la flèche s'est plantée exactement entre ses pieds le dissuade de tenter l'expérience.

(Sindalywë? Tu la vois?)

(Non, mais je...elle a une Faera! Je vais essayer de lui parler.)

(Tu es sûre que c'est une bonne idée? Et je fais quoi en attendant?)

(Fais ce qu'elle t'a demandé, tu n'es pas assez rapide pour esquiver une flèche...)

Tanaëth soupire discrètement, détachant lentement son baudrier tout en essayant de percer les ombres du regard pour apercevoir celle qui le menace, mais en vain, l'éclat de son feu l'aveugle et il se sent profondément stupide de l'avoir allumé. Tout en douceur, il jette son arme de l'autre côté du foyer, le moins loin possible afin de pouvoir la récupérer vite le cas échéant.

(Sindalywë, tu en es où?)

(Rhôo, patience enfin! On fait connaissance, tu n'as pas idée de tout ce que nous avons à nous raconter! Cela fait longtemps que je n'ai pas eu l'occasion de bavarder avec une nouvelle amie!)

(Une...amie?)

(Oui, sa maîtresse ne te veut pas vraiment de mal, mais reste prudent quand même. Et maintenant laisse-nous causer!)


(hum...)

Une silhouette féminine sort lentement des ténèbres, porteuse d'un arc bandé dont le projectile pointe le visage du guerrier. Elle s'approche d'un pas souple et silencieux, prenant garde de ne pas regarder directement les flammes afin de préserver sa vision nocturne. Tanaëth fronce les sourcils en avisant l'amas de fourrures sombres qui lui servent de vêture, sur quel genre de sauvage est-il encore tombé?! Elle repousse sa capuche, révélant plus amplement ses traits, l'Hirdam laisse échapper une exclamation étouffée en reconnaissant une représentante de son peuple. Son visage serait probablement gracieux s'il n'était outrageusement crasseux, à moins que...il réalise subitement que ce qu'il a d'abord pris pour de la saleté est en réalité une sorte de camouflage. Il discerne dans son dos un carquois plein puis, suspendues à ses hanches, une épée courte ainsi qu'une dague.

"Quand tu auras fini de me reluquer, tu pourras éventuellement m'inviter près de ton feu? A moins que toute courtoisie t'ait déserté, exilé?"

Le Sindel s'empourpre légèrement, elle abuse, là! Il relève les yeux pour découvrir qu'elle le fixe d'un air narquois, ses prunelles sont couleur d'acier et scintillent joliment en reflétant les flammes, ce qui accentue la moquerie qu'il croit y lire. Il lui répond sèchement:

"Commence par poser cet arc, tu parles de courtoisie et d'exil, mais tu es bien loin de chez toi aussi et comme salut j'ai connu plus agréable qu'une flèche tirée sur moi."

"Si je t'avais tiré dessus, jeune Sindel, tu serais moins bavard à l'heure qu'il est."

Elle lui sourit finement, détendant fluidement son arme et remisant sa flèche dans son carquois. Sans la moindre gêne, elle s'accroupit près du feu, dépose son arc et tend ses mains vers les flammes sans lâcher Tanaëth des yeux.

"Tu n'es pas très prudent. Une chance pour toi que ce soit moi qui t'ai trouvé. La région n'est pas sûre."

L'Elfe s'apprête à lui rétorquer qu'il est assez grand pour savoir ce qu'il a à faire, mais...la flèche toujours plantée devant lui l'incite à se montrer un peu plus humble. Il la retire de la terre et la lui tend, empennage en avant:

"Ces derniers jours ont été un peu rudes. Qui es-tu?"

"Une chasseuse. Mon nom est Moraen. Et toi?"

"Un exilé, comme tu l'as fait remarquer...Que fais-tu ici, et que me veux-tu?"

"J'ai aperçu ton feu, je me suis approchée pour voir qui traînait dans les parages et Liviènn, c'est ma Faera, a senti la tienne. Quelque chose l'a intriguée, et..."

Elle s'interrompt brusquement, semblant écouter quelque chose en plissant les yeux. Se reprenant, elle dévisage pensivement le guerrier, puis finit par murmurer de manière à peine audible:

"Ainsi tu es le fils de Veyann Ithil...celui qui s'est fait bannir de Farsha pour avoir refusé la main de Tsirith, la fille cadette de l'armurier Asuran 'tar Thinel..."

Stupéfait, Tanaëth sent son coeur cogner dans sa poitrine à l'évocation de son passé, il scrute avec une attention redoublée la Sindel qui lui fait face:

"Par Sithi, comment es-tu au courant de cette histoire? Cela fait plus de trente ans..."


Moraen extrait de ses fourrures un petit pendentif en forme de lune devant un bouclier:

"Autant dire que c'était hier. Cela te dit quelque chose?"

"Oui...ça signifie que tu appartiens à la garnison de Nessima, mais cela n'explique pas que tu m'aies reconnu."

"Je ne t'ai pas reconnu, désolée pour ton égo, c'est Liviènn qui vient de me l'apprendre. Mais j'étais en poste à Nessima à l'époque, et cette histoire avait fait du bruit. Asuran 'tar Thinel est un Sindel connu et respecté, influent. Pourquoi avoir refusé ce mariage? Il t'aurait permis d'obtenir rapidement de l'avancement."

L'Hirdam reste un instant silencieux, hésitant à répondre à cette question qu'il juge plutôt personnelle, mais après tout il n'y a pas grand chose de secret là-dedans, il n'a pas caché les raisons à l'époque, pourquoi le faire aujourd'hui? Tout de même, il trouve que le nombre de coïncidences de ces derniers jours devient inquiétant, le seul hasard peut-il expliquer cela? Il en doute de plus en plus. Il hausse néanmoins les épaules en répondant à mi-voix, d'un ton qui laisse percevoir son trouble:

"J'en aimais une autre, qui a été tuée par un Dévoreur des sables. La blessure était trop fraîche..."

Moraen le dévisage avec une attention perçante, une subite lueur d'intérêt dans les yeux:

"Ainsi tu n'es pas au courant...enfin c'est assez logique, tu n'as pas pu retourner à Nessima."


"Au courant de quoi?"


"Peu après ton départ, il y a eu une enquête sur cette jeune Sindel, Jaëlle sauf erreur, ordonnée par ton père. Il a très mal pris ta décision, comme tu peux l'imaginer. L'influence politique de ta famille en a pris un rude coup, l'armurier s'est senti insulté par ton refus et il n'est pas Sindel à oublier aisément un outrage. Bref, les investigations ont révélé que cette Jaëlle n'a pas été tuée par le dévoreur des sables, elle a été assassinée. Plus surprenant encore, une année environ après les funérailles, sa tombe a été profanée, et son corps a disparu."

Tanaëth a beau être jeune, naïf et ignorant pour reprendre les paroles de sa Faera, il n'empêche qu'il trouve plus qu'improbable de rencontrer par hasard une Sindel en ballade sur Imfitil qui en sache autant sur cette histoire. Quelque chose ne colle pas, soit cette Moraen se fiche de lui, soit elle lui cache quelque chose, dans les deux cas cela ne lui plaît guère. Il songe à extirper discrètement la dague récupérée à Yarthiss, qui se trouve dans son sac posé à ses côtés, pour la contraindre à parler mais Sindalywë choisit cet instant pour se remanifester:

(Mauvaise idée. Elle te maîtriserait d'une seule main, et puis ce n'est pas une ennemie, au contraire.)

(Ah, te revoilà! Tu as fini de bavarder? Si tu m'expliquais ce qui se passe, je n'y comprends rien et ça m'énerve!)


(C'est...compliqué. Ton peuple est féru d'intrigues tortueuses. Patience, je n'ai pas fini de bavarder, comme tu dis, et pour le moment certains points restent flous.)

(Bel euphémisme...certains points, quelle blague!)

(Arrête de te plaindre par les Fluides! Tu te lamentais d'être tout le temps seul, et là tu es en compagnie d'une jolie Sindel, profite?)

(Je te sens imperceptiblement sardonique...je n'ai pas la tête à ça!)

(Tanaëth, je ne vais pas te le répéter cent fois mais il va falloir que tu t'y fasses: je lis dans tes pensées. Allez, je te laisse un moment, Liviènn et moi avons encore beaucoup de choses à nous dire.)

(Mais qui est-ce qui m'a fichu une Faera pareille dans les pattes par tous les Dieux?!)

Seul un rire moqueur lui répond, il se secoue pour chasser le mélange de sentiments contradictoires qui le submerge en réalisant que Moraen le regarde avec un discret sourire en coin.

"Arrête ça par Sithi!"

"Arrêter quoi?"

"De te ficher de moi! Tu n'es pas là par hasard, alors vide ton sac et arrête de me prendre pour un crétin en me déballant des fadaises!"

"C'est une longue histoire..."

"J'ai toute la nuit, et plus si nécessaire."

La chasseuse sourit mystérieusement, rajoutant calmement quelques branches dans le feu avant de s'installer plus confortablement pour répondre:

"Le hasard n'est pas la seule raison de ma présence ici, c'est exact. Mais c'est quand même un peu grâce à lui que je suis enfin tombée sur toi ce soir."

L'Himdar la dévisage d'un air sévère, ne pipant mot afin de la laisser poursuivre, mais elle se contente de soutenir son regard en silence. Silence qui menace de s'éterniser, ce qui n'est pas du goût de Tanaëth qui se résigne à demander:

"Tu dis que tu es enfin tombée sur moi ce soir...tu me cherchais?"

"Oui."

"Pourquoi? Tu me...chassais?"

L'éclat de rire soudain de Moraen le prend totalement par surprise, si incongru que sans trop savoir pourquoi ni comment il se retrouve subitement à rire avec elle. Subtilement l'atmosphère change, se faisant plus détendue. La Sindel remarque d'un ton taquin:

"Bon, maintenant que les présentations sont faites, tu m'invites à manger?"

A quoi Tanaëth répond impulsivement:

"Ce n'est pas la chasseuse qui est censée nourrir son monde?"

"Au temps pour moi! On partage, rétorque-t'elle, amusée?"

"On partage. Mais que cela ne t'empêche pas de répondre à ma question..."

Elle incline le visage en guise d'assentiment, sortant d'une besace quelques provisions simples tandis qu'il fait de même. Dans cette ambiance des plus étranges, ils mangent sans mot dire, ce n'est qu'une fois leur repas terminé qu'elle se décide à reprendre la parole, toute trace de plaisanterie envolée:

"J'aurais préféré ne pas avoir à t'annoncer cela...tes parents ont disparu il y a deux mois, probablement enlevés, dans des circonstances obscures et encore inexpliquées au moment où je suis partie de Nessima, quelques semaines après ce tragique événement."

Tanaëth en reste statufié. Ses pensées s'entremêlent follement dans sa tête, l'empêchant de répondre immédiatement. Au bout de quelques minutes, renonçant pour l'instant à approfondir directement la question du supposé enlèvement, il demande avec perplexité, un peu en vrac:

"Je ne comprends pas...quel rapport avec toi? Pourquoi me recherchais-tu? Et comment m'as-tu retrouvé?!"


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Mar 28 Fév 2017 02:51, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Dim 8 Mar 2015 21:04 
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Chapitre cinquième: Histoire de racines


Moraen lui sourit à nouveau, visiblement amusée.

"Cela en fait des questions!"

"Oui...eh bien commence par me dire en quoi tout ça te concerne?"

Le visage de la chasseuse se durcit, un bref éclat de tristesse vite maîtrisé point dans son beau regard alors qu'elle murmure:

"Mon frère était l'un des gardes servant dans ta famille. Il était de service le jour de l'enlèvement de tes parents, pour son malheur."

"Était? Que lui est-il arrivé," demande doucement l'Hirdam?

"Il est mort. On l'a retrouvé flottant dans les eaux du port, enfin ce qu'il en restait..."


"Je suis désolé, Moraen..."

Elle chasse la question d'un geste un peu trop brusque, les prunelles imperceptiblement humides, et répond d'un ton cassant:

"Tu ne le connaissais pas!"

"C'est vrai. Mais je te connais toi. Enfin, connaître, façon de parler...mais je ne cerne toujours pas pourquoi tu me cherchais..."

"Je veux retrouver le meurtrier de mon frère et lui faire payer son crime!"

"Je comprends, mais..."

Elle le coupe d'un geste nerveux:

"Je t'ai dit que je suis chasseuse. Je sais lire les traces. Je me suis donc rendue sur les lieux du forfait, et j'ai cherché à comprendre ce qui s'était passé. J'ai fini par trouver d'étranges empreintes que je n'avais jamais vues qui s'éloignaient de l'endroit où mon frère a été tué, dans une ruelle sombre proche du port. J'ai suivi la piste, et elle m'a menée jusqu'à la tombe profanée de ta compagne assassinée. La créature semblait y avoir cherché quelque chose, mais j'ignore ce que cela pouvait être. J'ai poursuivi ma traque, les empreintes m'ont emmenée jusqu'à une crique discrète à quelques kilomètres de Nessima, elles s'arrêtaient sur la plage. J'ai fouillé partout sans rien trouver, alors j'ai fini par me dire que la...chose avait embarqué sur un navire, c'était la seule explication que je voyais. Je me suis rendue ensuite à la capitainerie en espérant y trouver des renseignements sur ce bateau, tu sais que des registres très précis sont tenus. Or, la nuit où tout cela s'est déroulé, un seul vaisseau a quitté le port, à destination de Raynna: le Veilleur, qui appartient à un Ithilauster du nom d'Averren, un membre influent du clergé connu pour ses pratiques douteuses et ses affinités avec le Fluide obscur."

L'Hirdam plisse les yeux à l'évocation du nom du prêtre de Sithi, il murmure pensivement:

"Averren...je me souviens de lui...il faisait partie de ceux qui ont exigé mon bannissement..."

Moraen hausse les épaules, une moue légèrement méprisante teintée de lassitude sur le visage.

"Cela ne me surprend pas. Il est mal vu d'en parler, mais le clergé est fortement impliqué dans la politique, ses membres tissent leurs intrigues un peu partout pour accroître leur pouvoir et abattre celui des nobles familles qui ne leur rendent pas hommage comme ils le désirent. Parvenir à te faire bannir, cela signifiait priver ta famille de son seul héritier, sans parler de l'impact négatif sur sa réputation. Je me souviens que passablement de petits nobles ont retiré leur soutien à tes parents après cette histoire, ce qui a beaucoup affaibli leur position au conseil."

"Possible...mais de là à faire enlever deux nobles Sindeldi en pleine ville, sans parler de tuer un membre de leur garde...cela me semble un peu extrême. Je sais que certains Ithilausters sont ambitieux et avides de pouvoir, mais ils sont rarement stupides. Une manœuvre aussi grossière pourrait trop facilement se retourner contre eux...je n'y crois pas."

"Depuis combien de temps n'as-tu pas mis les pieds au Naora?"

"Longtemps. Une bonne trentaine d'années..."

"As-tu entendu parler des malheurs qui ont frappé notre peuple ces derniers temps?"

"Vaguement. J'ai entendu des rumeurs de guerre, un voyageur rencontré en chemin a même prétendu que le Roi était mort et que son fils aîné avait été tué également, mais...j'ai de la peine à le croire. Qui oserait nous déclarer la guerre et s'en prendre à la famille Royale? Nous possédons une armée puissante, et notre technologie n'est égalée par aucun autre peuple..."

"Oaxaca, cela te dit quelque chose?"

"La Déesse?"

"Oui. C'est elle qui est derrière les troubles qui ont frappé notre peuple. Il y a bel et bien une guerre, principalement dans les colonies à l'heure actuelle pour ce que j'en sais, mais Tahelta a été ravagée il y a quelques mois par une armée de Garzoks, elle est encore en reconstruction. Quant au Roi et à ses deux fils aînés, ils sont effectivement morts, de même que la Reine si on en croit les rumeurs. La situation est très instable, seul le prince Naémin, qui a repris récemment Tahelta, préserve encore l'équilibre politique traditionnel, bien qu'il soit considéré comme un banni. Pour ce faire, il s'appuie forcément sur le clergé de Sithi, puisque dans les faits les Ithilausters dirigent l'armée. Leur influence est devenue immense, ils sont quasiment intouchables aujourd'hui et l'on peut presque dire que ce sont eux qui gouvernent. Autant te dire que l'enlèvement ou même le meurtre de quelques petits nobles de province serait étouffé, le responsable ne serait pour ainsi dire pas inquiété, au mieux serait-il éloigné le temps que les choses se tassent. Cela d'autant plus que des problèmes autrement urgents préoccupent le prince qui, d'après les rumeurs toujours, combat actuellement sur les colonies."

"Je vois...j'ai besoin de réfléchir un peu à tout cela, mais continue donc ton histoire."

"Après avoir appris que seul le Veilleur était dans les parages cette fameuse nuit, j'ai mené ma petite enquête, comme je fais partie de la milice il ne m'a pas été très difficile d'apprendre qu'un guetteur avait vu le navire croiser aux abords de cette crique où j'avais perdu la trace de la créature. J'ai songé alors à me rendre à Raynna, mais Liviènn m'en a dissuadée, d'après elle c'était beaucoup trop dangereux et il me serait difficile d'en ressortir. Elle m'a conseillé d'aller plutôt voir le Ninsalit de ta maison pour en apprendre davantage avant de me jeter dans la gueule du loup. Son conseil m'a semblé sage, je l'ai donc suivi. Le pauvre était dans tous ses états, je n'ai pas eu beaucoup de mal à le convaincre de m'aider, il faut dire que désormais sans protecteurs, sa position était devenue pour le moins précaire et son avenir fortement compromis."

"Oui...Lubjaën est quelqu'un de très...pragmatique, pour ce que je m'en rappelle. Que t'a-t'il dit?"

"Il m'a révélé que depuis que tes parents avaient été contraints de te bannir, leurs relations avec les Ithilausters de Nessima s'étaient dégradées et que, peu de temps avant leur disparition, une altercation les avait opposés à Averren. Ce fait conforta ce que je supposais: d'une manière où d'une autre le clergé était impliqué dans cette affaire. Il m'a parlé de toi, il voulait envoyer quelqu'un te prévenir afin que tu reviennes prendre en main les affaires de la famille. Il supposait qu'il serait possible d'en appeler au prince pour faire annuler ton bannissement, étant donné le passé sans tache de ta famille. Il a tenté de m'expliquer un tas de raisons relatives à l'intérêt du Royaume, aux avantages stratégiques que sa majesté pouvait trouver à s'assurer de l'appui politique de ta maison, mais je ne suis pas une politicienne et pour être franche, je n'ai pas compris grand chose à ses arguments."

"Ce n'est pas moi qui pourrais t'éclairer à ce propos, j'étais trop jeune à l'époque pour que mes parents m'impliquent dans leurs affaires. Je sais seulement que ma famille possédait des intérêts importants dans le commerce de métaux et qu'ils fournissaient l'armurerie royale. C'est d'ailleurs en partie pour assurer à long terme ce débouché lucratif qu'ils voulaient me marier à Tsirith."


"Je comprends mieux, murmure Moraen. Nessima est un lieu d'une grande importance stratégique, une bonne partie de l'armée y est entraînée. L'approvisionnement étant un point crucial, particulièrement en temps de guerre, cela fait de ta maison un élément clé pour le Royaume..."

"Peut-être, je ne me rends pas bien compte de l'étendue des affaires familiales par rapport à l'ensemble des fournisseurs. Mais même en admettant qu'elle soit conséquente, quel intérêt pour le clergé de saper notre influence? Ils scient la branche sur laquelle ils sont assis..."

"Pas s'ils parviennent à s'emparer de votre commerce."

"Hum. En effet. Malgré tout, il y a des façons plus subtiles que le meurtre ou l'enlèvement pour s'approprier un marché, il me semble."


"Plus subtiles, oui, mais plus rapides?"

"Je n'en sais rien...je ne m'y connais pas plus en commerce qu'en politique. Je ferais un bien piètre successeur, je crains. En supposant déjà que le prince accepte de lever mon bannissement et que je souhaite retourner à Nessima occuper cette place. Mais tu n'as pas fini ton histoire."

"Pas tout à fait. J'étais en train de me demander comment poursuivre mon but, un peu démoralisée par toutes ces intrigues auxquelles je n'entends rien, quand Liviènn m'a suggéré de proposer à votre Ninsalit de te retrouver pour t'informer de la situation comme il le désirait. J'avais de bons états de service, une excellente raison de vouloir faire la lumière sur cette affaire, et ma famille n'a pas la moindre influence politique, pas plus qu'un intérêt quelconque au niveau commercial. Il m'a fallu quelques jours pour le convaincre, sans doute s'est-il renseigné sur mon compte, mais il a fini par accepter."

"Voilà qui explique pas mal de choses, mais comment m'as-tu retrouvé?"

"Je ne sais pas exactement comment il s'est débrouillé, j'imagine que tes parents gardaient un oeil sur toi, mais il a pu me dire que tu étais sur Imfitil, et que tu avais été aperçu dans les environs de Yarthiss. Il a donc organisé mon voyage, trouvé une place sur le premier cynore à destination de Tahelta, et une autre sur un aynore qui m'a amenée à Tulorim. De là j'ai pris un nouveau cynore qui m'a déposée à Yarthiss. Une fois là-bas j'ai rencontré un marchand dont il m'avait donné l'adresse, sans doute celui qui l'avait informé de ta présence à Yarthiss, et ce dernier m'a appris que tu avais passé une nuit à l'auberge de l'Au-Delà. Je suis arrivée trop tard, mais moyennant un bon pourboire, le tenancier m'a dit qu'il t'avait conseillé sur la route à prendre pour aller à Tulorim, et qu'il était probable que tu t'y sois dirigé. J'ai me suis donc mise en route sans tarder, et le hasard a fait que j'ai aperçu ton feu ce soir, alors que je cherchais un bon endroit pour me reposer un peu. Voilà, tu sais tout..."

Le guerrier se lève, éprouvant le besoin de faire quelques pas pour mettre un peu d'ordre dans ses idées. Avisant son arme toujours à terre, il se baisse pour la ramasser tout en surveillant du coin de l'oeil les réactions de Moraen, comme cette dernière ne semble pas vouloir l'empêcher de la récupérer il ceint son baudrier d'armes avec un certain soulagement avant de se retourner pour lui faire face, haussant un sourcil étonné en voyant son sourire sardonique:

"Pourquoi souris-tu ainsi?"

"Il est tard, tu comptes dormir avec ton épée?"

Le Sindel rougit un peu, embarrassé, espérant que la pénombre dissimule son trouble:

"Euh...non, mais..."

Moraen se lève d'un mouvement gracieux, riant doucement, elle s'approche de l'Hirdam et frôle fugitivement sa joue d'une main légère:

"Je t'aime bien, tu sais? Je ne vais pas te mordre..."


Elle s'écarte d'un pas, une moue taquine aux lèvres:

"Quoique...éteins ce feu, veux-tu?"

Tanaëth a un léger mouvement de recul lorsque la chasseuse lève la main en direction de son visage, mais le geste est doux et dépourvu de menace, aussi il la laisse le toucher, sentant son coeur s'emballer dans sa poitrine. Malgré lui il ferme un bref instant les yeux sous la caresse, frémissant imperceptiblement, les rouvrant presque aussitôt pour la dévisager d'un air surpris à sa demande.

"Que j'éteigne le feu? Mais je...que..."

Un nouveau rire, elle le bouscule d'une bourrade sur le torse:

"Si je l'ai aperçu, d'autres le peuvent aussi, ce n'est pas prudent."


"Oh...bon, si tu veux," marmonne le Sindel embarrassé.

Il étouffe rapidement les flammes au moyen de quelques pierres, sentant sur lui le regard amusé de Moraen.

(Bon sang, elle a le don de me mettre mal à l'aise...trop longtemps que je fuis la compagnie si une petite sauvageonne crasseuse peut me déstabiliser aussi facilement...il n'empêche que Syndalywë a raison, elle est mignonne sous sa couche de saleté...hey, ça suffit, reprends-toi avant que...)

"Dis-moi Tanaëth...je peux te poser une question?"

L'Elfe se redresse, prenant une ample inspiration pour dissimuler l'inquiétude et l'embarras suscités par la manière qu'elle a de lui demander son autorisation de l'interroger:

"Te voilà bien prudente...mais pose toujours?"

"Cela fait combien de temps que tu n'as pas côtoyé une femme?"

Il cille, détournant le regard en sentant ses joues le brûler et arborer sans doute une jolie couleur rouge.

(Eh bien...une chance que le feu soit éteint...des questions pareilles, par Sithi, que cherche-t'elle à faire au juste?)

Il lui répond sèchement, s'en voulant aussitôt du ton employé:

"Longtemps. En quoi cela te regarde-t'il?"

"En rien. Je me posais juste la question, tu ne sembles pas très à l'aise avec moi. Cela me change des coureurs de jupons de la milice...agréablement je dois dire."

"Tu n'as pas de jupons," rétorque-t'il abruptement sans réfléchir.

Moraen éclate une nouvelle fois de rire, haussant les épaules avec désinvolture:

"Touchée. Mais tu admettras qu'il y a des tenues plus pratiques pour courir la campagne!"

Une oeillade endiablée, puis elle fouille son sac et en sort une couverture qu'elle étend d'un geste par terre avant de se dénuder sans la moindre pudeur sous le regard ahuri de Tanaëth qui se détourne vivement, atrocement gêné.

"Par tous les dieux, que fais-tu!?"

"ça ne se voit pas? Je me prépare à me coucher! Ne fais pas l'enfant, viens!!


"Que je...non Moraen, ce n'est pas..."

"Ce n'est pas quoi? Convenable? Tu as peur d'enfreindre de stupides convenances, toi le banni, l'exilé?"

Les mots le frappent comme un coup de fouet, il se retourne sous le coup d'une colère soudaine pour la remettre à sa place, qui est-elle pour lui parler ainsi? La répartie cinglante qu'il s'apprête à lui envoyer meurt sur ses lèvres avant même qu'il n'en prononce le premier mot: la Sindel est proche de lui à le toucher, nue comme au jour de sa naissance, elle darde sur lui un regard à la fois sévère et doux. L'Hirdam voudrait reculer mais ses jambes lui refusent tout usage, il se sent perdu et ne parvient qu'à crier mentalement:

(Syndalywë! Aide-moi!)

(Taratata! Désolée, mais là je ne peux rien pour toi. Débrouille-toi,)répond moqueusement sa Faera!

Il cherche désespérément comment se sortir de cette situation perturbante, mais à l'instant où il s’apprête à parler, Moraen pose un doigt en travers de ses lèvres en disant à mi-voix:

"Chut. Parfois les mots ne sont pas nécessaires. Viens, c'est tout, j'ai froid, je suis morte de peur depuis des mois et je n'ai pas envie de dormir seule cette nuit."

Tanaëth réalise qu'elle tremble légèrement, frigorifiée, une muette supplique dans les yeux. Ses pensées s'emmêlent absurdement, il se sent perdre totalement pied, mille images s'entrechoquent en un instant dans son esprit. Visages du passé, souvenirs d'instants enfuis, rêves déchus dont il réalise avec stupeur qu'ils perdent de leur sens face au présent troublant. Dans les tréfonds de son âme une digue se brise sous l'assaut d'émotions trop longuement enchaînées, c'est dans un état second qu'il enlace avec une extrême douceur mêlée de timidité la femme qui se tient devant lui, comme s'il craignait que la plus infime brusquerie ne brise la magie de l'instant. Elle sourit, se blottit brièvement contre lui avant de lui prendre la main pour l'attirer vers la couche improvisée.


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 9 Mar 2015 21:15, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Dim 8 Mar 2015 21:09 
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[:attention:] Le texte qui suit contient des passages à connotation érotique.


Chapitre sixième: Moraen

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Il est des instants dont on souhaiterait qu'ils durent à jamais. Mais le temps est implacable et s'écoule sans se soucier des caprices des mortels, condamnés à se plier à son éternité inexorable.

Ils s'aiment, un peu gauchement la première fois, comme des adolescents inexpérimentés. Puis, apaisés peut-être par cette première danse, ils recommencent, se lançant sans plus de gêne dans l'exploration de la terre inconnue offerte, aventuriers de plus en plus audacieux à mesure que le désir les enflamme, jusqu'à les consumer au sein d'un même brasier qui les laisse pantelants. La découverte se fait alors plus tendre, ils prennent leur temps, parsèment les minutes qui s'égrènent de mots doux, conscients tous deux de la féérie de cet instant rare et précieux pendant lequel deux âmes solitaires se retrouvent pour devenir complices. Il n'y a jamais qu'une première fois. Leurs peurs se dissolvent alors que la lune chemine dans les cieux, sous son pâle éclat ils se laissent envahir par une brûlante passion, en déclinent toutes les nuances jusqu'à ce que la fatigue finisse par avoir raison d'eux. Blottis l'un contre l'autre ils s'endorment enfin, leurs regards ne se quittant que lorsque leurs paupières se closent lentement, mais le sommeil n'efface pas le léger sourire de plénitude qui orne leurs lèvres.

Bien trop vite au gré des deux amants, le jour se lève. Ils s'étirent, encore envahis d'une douce torpeur, se contemplent longuement puis avec naturel se sourient. Tanaëth fait mine de se lever, mais Moraen secoue négativement la tête et le plaque au sol en roulant sur lui avec un sourire mutin. Elle est bien plus forte qu'il n'y paraît, mais de toute manière l'Hirdam n'a pas vraiment envie de lui résister. La longue chevelure d'argent de la chasseuse frôle son torse, il s'amuse du bariolage malmené qui orne son beau visage, apprécie les fragrances florales qui émanent d'elle, sensuellement nuancées des odeurs plus animales dues à leurs ébats. Il dessine ses traits fins du bout des doigts, glisse une main derrière sa nuque pour l'attirer à ses lèvres et la gratifie d'un long baiser qui réveille leur désir. Leurs corps se joignent, ils se redécouvrent avec délice, heureux que, cette fois, l'obscurité ne les dissimule plus. Enfin rassasiés, au moins provisoirement, ils savourent un long moment en silence la présence de l'autre jusqu'à ce que Moraen s'exclame:

"J'ai faim! Je pourrais dévorer un cheval entier, je crois bien!"


Elle se lève souplement en riant, et le guerrier sent sa gorge s’assécher alors qu'il l'admire pour la première fois en pleine lumière. Elle est presque aussi grande que lui, son corps ferme est sculptural malgré quelques cicatrices qui lui donnent un air un peu farouche, chacun de ses gestes est empli d'une grâce féline inconsciente qui éveille en Tanaëth un instinct profondément enfoui, primal. Il sourit pour lui-même en se demandant lequel des deux est le prédateur, elle sans doute, mais dans le cas présent être la proie ne le dérange pas, il trouve même cela très agréable. Il se lève à son tour, un peu surpris de l'éclat qui s'allume dans les prunelles de Moraen alors qu'elle le détaille des pieds à la tête.

"Qu'y a-t'il?"

"Habille-toi! Avant que je ne change d'avis!"

"Pardon? Changer d'avis...à quel sujet?"


"A propos de ce que je vais dévorer. Tu es plutôt appétissant, tu sais?"


"Ah...non, je ne sais pas, mais si tu le dis...tant mieux?"

Il lui sourit avec une sorte de gêne amusée, l'enlace impulsivement pour l'embrasser et réalise qu'il n'est pas rassasié d'elle, tout compte fait. Elle le repousse sans grande conviction en adoptant une mine faussement sévère:

"ça suffit! Faire l'amour ne nourrit pas son Sindel! D'abord on mange!"


"Eh bien arrête de me tenter ainsi!"


"Je n'ai rien fait!"

"Tu n'as pas besoin de faire quelque chose pour être très désirable, ensorceleuse! Enfile vite tes horribles fourrures si tu tiens vraiment à avoir la paix!"


"Ho! Mes fourrures n'ont rien d'horrible! Mais si cela peut me protéger de tes appétits le temps de nous sustenter, je veux bien passer sur l'outrage,"
répond-elle en riant!

Quelques minutes plus tard, affamés, tous deux mordent à belles dents dans une sorte de pain de route offert par la jeune femme, qui finit par demander d'une voix imperceptiblement tendue:

"Dis...plus sérieusement, pour la suite...comment vois-tu les choses?"


"Bonne question. Je t'avoue que je n'ai guère eu le temps d'y songer. La faute à certaine chasseuse entreprenante, sans doute, lui répond Tanaëth avec malice."

"..."

"Pour commencer, je crois qu'il faut que je te raconte ce qui m'est arrivé il y a quatre jours..."

De manière aussi concise que possible, l'hirdam narre à sa compagne sa rencontre avec la créature damnée, tâchant de ne rien omettre. Il ravale sa fierté malmenée pour lui avouer en guise de conclusion:

"Je me suis senti complètement impuissant. Si cette chose avait voulu ma mort, je n'aurais pas eu la moindre chance de m'en tirer..."

Moraen pâlit au fur et à mesure, lorsque le guerrier achève son récit elle lui répond d'une voix blanche:

"Il n'y a qu'une créature capable d'un tel cri à ma connaissance...Que Sithi nous garde! C'est une banshee que tu as croisée, Tanaëth."

"Une banshee dis-tu? Jamais entendu parler. Qu'est-ce? Je veux dire, je l'ai vue de bien trop près, mais qu'est-elle pour t'effrayer à ce point, tu es pâle comme une Hinïon, sans vouloir t'offenser..."

"Je ne sais pas exactement. D'après les légendes c'est une créature rappelée des morts, extrêmement puissante. Il est dit que l'un des serviteurs d'Oaxaca, le nécromant Tal'Raban, capture des âmes de femmes mortes dans d'atroces circonstances, et qu'il leur inflige d'effroyables tortures pour en faire ces monstres damnés. On dit aussi que leur cri a le pouvoir d'appeler Phaïtos, et que celui qui l'entend doit s'attendre à voir mourir un membre de sa famille très rapidement."

"Réjouissant, murmure le Sindel d'une voix sombre. Dans quel pétrin sommes-nous plongés? Je ne comprends pas comment une telle horreur pourrait être liée à notre peuple...ni pourquoi elle ne m'a pas achevé alors qu'il lui suffisait d'un geste. Je n'aime pas du tout ça..."

"Je n'ai pas de réponses à ces questions, malheureusement. Mais une chose me semble certaine, il va nous falloir de l'aide, ni toi ni moi n'avons la moindre chance face à une telle entité. Enfin je dis nous...mais je...je ne sais pas si..."

"Tu ne sais pas si quoi?"

"Je ne sais pas si tu...si tu veux de ce nous..."

Le guerrier se lève pour venir s'accroupir devant la chasseuse, repoussant tendrement une mèche de sa chevelure pour plonger son regard dans le sien.

"Toi, le veux-tu?"

"Je...oui...j'aimerais beaucoup, mais...toi?"

Il prend avec délicatesse l'une des mains de la jeune femme, la portant à ses lèvres pour y déposer un baiser sans détacher les yeux des siens:

"Rien ne me ferait plus plaisir, Moraen. Alors, ensemble?"

"Ensemble," s'écrie la jeune Sindel intensément soulagée en étreignant avec force son amant!

"Le monde me semble moins sombre, depuis que tu es entrée dans ma vie, douce amie. Je suis heureux que tu sois là. J'avais dans l'idée d'aller à Tulorim. Syndalywë, ma Faera, m'a parlé d'une guilde veillant sur l'équilibre, nous pourrions peut-être y trouver de l'aide, ou au moins quelques conseils, qu'en dis-tu?"

"Une guilde humaine? N'est-ce pas..."

"D'après Syndalywë, l'une des dirigeantes est des nôtres. Quoi qu'il en soit, aller voir ne nous engage à rien, à mon avis. Et puis, j'ai besoin d'un peu de temps pour réfléchir à tout ce que tu m'as dit, les implications m'échappent largement, de même que les possibles liens que tu as évoqués."

"Alors tentons. On se met en route? En marchant bien nous pouvons y être ce soir, bien que la matinée soit déjà entamée."

"Allons-y! Qui sait, peut-être que là-bas je pourrais te convaincre d'échanger tes fourrures contre quelques jupons seyant mieux à ma dame?"

"N'y comptes pas! Je ne suis pas une dame!"

"Fichtre, aurais-je été abusé?"

C'est en badinant joyeusement qu'ils se mettent en chemin après avoir récupéré leurs affaires, leur relation toute fraîche parvenant à éloigner sans qu'ils y trouvent la moindre étrangeté les ombres amoncelées autour d'eux. Leur allure est rapide et c'est sans difficulté qu'ils atteignent leur destination en début de soirée.


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Mer 3 Juin 2015 05:44 
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67. En silence.


Il était encore très tôt lorsque Sump le Gobelin des forêts et Rondolpho le soulôt Thorkin franchirent les portes de Yarthiss. Ils firent d'abord un saut aux écuries de la ville puis suivirent la vieille route qui menait vers le nord du continent. Dégagé comme souvent dans cette région, le ciel arborait une couleur saphir pendant que quelques étoiles persistaient à briller, attendant pour disparaître le moment où le soleil sortirait de derrière les montagnes de l'est.

Sur la large piste de terre battue, les deux cavaliers chevauchaient en silence, face à la mer au loin, l'un sur son robuste bouc blanc, l'autre sur son poney noir tout neuf. C'était le Nain qui était allé chercher ce dernier auprès du propriétaire des écuries. Celui-ci étant un homme choyant ses bêtes, l'idée de confier un de ses poneys à un Sekteg sauvage - impliqué dans une tentative d'assassinat contre un prince de surcroît - lui serait sûrement resté en travers du gosier. Quant à Sump, c'était la somme exorbitante qu'il avait dut cracher pour l'animal et tout le matériel nécessaire à une bonne chevauchée qui lui restait cruellement dans le fond de la gorge. Il aurait bien fait le voyage à pied uniquement pour éviter cela, lui qui exécrait dépenser son argent surtout pour des choses aussi futiles qu'une monture. Il se sentait maintenant léger mais dans le mauvais sens du terme. Il avait beaucoup trop dépenser ces derniers temps et il ferait bien ses comptes à l'instant si seulement il y connaissait quelque chose en numismatique. Puisque ce n'était pas le cas il se contentait de tenir ses rênes d'une main molle, le dos courbé sur sa selle à profiter de l'inhabituelle fraîcheur et du rare silence que prodiguait cette heure bénite de la journée. Bercé par les dandinements de son poney il inspira profondément avant de relâcher un soupir de complaisance. Il était un peu patraque subséquemment à l'attaque des deux fripouilles d'hier mais heureusement le mire Nimbé l'avait bien rafistolé et si ses côtes restaient endolories et son œil presque fermé à cause du gonflement, il était plutôt opérationnel. Il ignorait en revanche ce qu'il avait bien pu advenir de ses deux ravisseurs après qu'il perdît connaissance. Mais c'était bien le dernier de ses soucis.

Autre point positif de ce début de voyage : le comportement de son compagnon de route. Si hier le petit Sekteg avait manqué de perdre la vie face à ces deux voleurs une heure à peine après avoir quitté seul Yarthiss, c'était parce qu'il ne s'était pas senti capable de supporter la compagnie du Nain pour le long voyage Yarthiss-Tulorim. Pour l'avoir rencontré par deux fois, la première dans les geôles de Dehant, la seconde dans cette fameuse taverne remplie de dingues à Yarthiss, Sump le savait plutôt d'ordinaire fort-en-gueule, exubérant et volontiers bavard. Or depuis que le Sekteg avait émergé de son inconscience Rondolpho affichait une mine fermée inédite. Ainsi ils n'avaient pas échangé un seul mot depuis le départ et ça c'était bien.
C'est donc un peu somnolant que Sump dirigea son regard vers le Thorkin à tignasse rousse. Chevauchant légèrement devant, celui-ci s’empara pour la énième fois de l'outre qui pendouillait près d'une de ses hanches afin d'en boire une gorgée au goulot. À la piquante odeur qui parvenait jusqu'aux narines du Sekteg à chaque fois le récipient débouché, celui-ci ne devait pas contenir de l'eau mais quelque liquide s'apparentant au capsésin, qui était le seul et unique alcool que Sump avait eu le malheur de boire de sa vie.
Rythmé par les lampées du Nain, c'est ainsi que se déroula ce début de voyage pendant une bonne partie de la matinée. Sump le passa à se reposer et à contempler le paysage à mesure que les magnifiques lueurs de l'aube le dévoilait, le caressant peu à peu de flaques de lumières.
Après avoir traversé le pont en bois qui menait de l'autre côté du fleuve les deux voyageurs s'étaient ensuite engagés dans les plaines herbeuses qui s’étendaient à perte de vue. Avec leurs quelques arbres aux troncs délicats, elles étaient de plus en plus sèches à mesure qu'ils montaient vers le nord. L'écosystème perdait de son humidité et rappelait de plus en plus à Sump le territoire de la Sororité de Selhinae, même si ce dernier demeurait moins habité. Ils traversèrent en effet un petit village où les habitants n'avaient pu s'empêcher de les dévisager comme tous ceux qu'ils croisaient sur la piste. Un Gobelin et un Nain... Voilà qui était un tandem rare à observer. Même dans toute une vie.

Ils ne firent pas de haltes et arrivèrent ainsi en vue des marécages du nord bien avant midi. Arrivés à proximité de la côte le vent soufflait fort et Sump savoura comme il se doit les bourrasques tièdes qui venaient de la mer ainsi que l’odeur inédite qu'elles apportaient. C'était la première fois que le Gobelin voyait la mer. Il fut étonné de ne même pas distinguer l'autre rivage malgré sa vue aiguisée. Le sable de la plage l'interloqua également mais il ne put satisfaire sa curiosité, le Thorkin maintenant un rythme implacable. Tant pis, la vue de ce magnifique paysage suffisait au petit Gobelin.
Mais à mesure qu'ils progressaient sur la route devenue légèrement sablonneuse, la mer à leur droite perdit progressivement ses jolies nuances de bleus pour adopter des couleurs moins gracieuses. Et alors qu'elle se recouvrait de bio-films et autres écumes verdâtres, la boue et la vase finirent définitivement par remplacer le sable blanc pendant que des rondins apparurent sur la piste pour faciliter la progression. Mais c'est l'odeur qui vint avec cet insalubre changement qui gêna le plus le Gobelin. Cela lui rappelait la fois où il avait oublié pendant des semaines quelques œufs chipés dans un nid. Il les avait caché dans une de ses planques les moins usitées et quand enfin il s'était rappelé de leurs existences, il émanait alors d'eux une puanteur épouvantable.
Il avait vomi.
Un peu inquiet, Sump regarda autour de lui et il ne vit plus qu'un paysage désolé, herbeux, sinistre et boueux. Comme pour renforcer son impression un oiseau non-identifié croassa bruyamment dans le silence alors qu'une brise chaude venait caresser ses épaules nus.
Bientôt une pancarte abîmée plantée sous un arbre minuscule leur donna la confirmation inutile qu'ils s’apprêtaient à entrer dans le marais du nord.

(((Pour la monture, il faudrait enlever 250 yus (poney+rênes classique +selle classique) de la fiche de mon personnage même si je ne compte pas le garder plus longtemps que ce voyage. Merci beaucoup.)))

Suite.

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Dernière édition par BreadOOney le Mar 30 Aoû 2016 10:37, édité 17 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Sam 14 Nov 2015 09:16 
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Nous avions à peine vu les toits de Yarthiss. Nous n'avions même pas franchi les portes de la cité.

Nivïel et Law nous avait salué avant de se diriger vers la ville. Nous les avions vu accueillis comme des héros. Les gardes se pressaient tels des fourmis sur leur proie : et j'avais cru reconnaître la femme de Nivïel. Il était midi lorsque les portes se refermaient sur les deux guerriers.

Nous étions aussitôt partis, décidés à ne pas perdre de temps. Le capitaine m'avait laissé mon crétin de cheval. Mais bien malheureusement, si nous voulions embarquer pour Nirtim, je ne pourrai l'emmener avec nous. Il me faudrait le vendre.

Je fus étonné que les Liykors préfèrent courir. Certes, ils étaient plus endurants et rapides que moi, simple humain, mais tout de même, courir pendant une journée à travers les marécages boueux de la route ...

Bah. Je me faisais des idées. Ces créatures m'étonnaient de plus en plus. Je découvris qu'elle mangeait peu, par rapport aux efforts qu'elle fournissait. Mais c'était de vrais trous lorsqu'il s'agissait de boire. Nous avions vidé l'équivalent de deux jours d'eau en une demi-matinée.

Le soir commença à tomber, et Euterpe proposa un pause. Proposition approuvée par tout le groupe.

Et nous établîmes le campement. Les discussions allaient bon train. Quelques oiseaux nocturnes venaient voir avec curiosité les visiteurs que nous étions. Une chouette se posa sur l'épaule de Lhéas, qui s'était doucement assoupi en étant assis. Nous ne bougions plus, attendant avec le sourire le moment où le Liykor se réveillerait.

Et ce qui devait arriver arriva. Sûrement la scène la plus loufoque de notre voyage.

Lhéas ouvrit les yeux. Voyant que nous le fixions tous avec des regards amusés, il tourna la tête pour regarder autour de lui. Puis il tomba nez-à-bec avec l'oiseau, qui le fixait de ses deux énormes globes oculaires.

Ils restèrent tout les deux sans bouger, se fixant, un véritable duel de regard. Mais la chouette, toute vicieuse et maligne, lui asséna un rapide coup de bec sur le museau juste avant de s'envoler de la pénombre.

Lhéas poussa un cri de colère, et bondit à la poursuite de l'oiseau sous les éclats de rires bruyants de ses compagnons.

Il revint bredouille et tout dépité. Son poil était tout ébouriffé.

" Allez, endormez-vous. Il ne s'est rien passé. " dit-il.

Et la fatigue commune nous fit lui obéir. Nous sombrâmes dans un sommeil profond, et j'espérai au fond de moi que cette nuit se passerait sans accroc.

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 Sujet du message: Vous êtes arrivés
MessagePosté: Mer 18 Nov 2015 13:11 
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Localisation: Sur la route toute la sainte journée
Ma première nuit sur une grande route qui n'ai pas rencontré de problèmes. Enfin, un tout de même : le combat entre Lhéas et la chouette. Cette dernière, toute vicieuse qu'elle était, avait passé la nuit à attaquer le Liykor en le martelant de rapides coup de bec.

Le boucan avait stoppé lorsque Euterpe, souhaitant dormir, avait bondi sur l'oiseau et l'avait sectionné en deux d'un coup de mâchoire. Une mort simple et rapide pour une frêle et malicieuse petite bête. Je la regrettais presque, j'aurais pu la dresser pour en faire un animal de compagnie.

Tout les Liykors étaient debout bien avant l'aube. Nous mangeâmes un rapide déjeuner ( Euterpe avait un bonus chouette ), puis, enfourchant mon cheval, nous partîmes à travers les marais.

Ap avait du mal à traverser les zones boueuses. Il s'arrêtait toutes les minutes et baissait la tête vers le sol. Il le surveillait en permanence, comme si il craignait que des créatures en sortent.

J'ignorais que les chevaux avaient un sens aussi développé de l'anticipation.

Quatre silhouettes émergèrent soudainement autour de nous. J'étais seul avec Euterpe et Lhéas, les autres Liykors étant partis devant.

L'une d'elle tenait deux couteaux, un dans chaque main. Elle prit la parole.

" Et si vous vidiez vos bourses, voyageur ? Il serait gênant que je sois obligé de tuer vos deux chiens... "

Des chiens. Avec la boue dans les yeux, ce crétin de détrousseur de chemin me croyait seul et entouré d'animaux.

" Oh, nous pourrions aussi prendre les chiens, chef ! "

Son expression lorsqu'il vit Euterpe et Lhéas se mettre sur leurs deux pattes restera toujours dans mes souvenirs. L'un d'eux poussa un glapissement ; le troisième prit ses jambes à son cou. Seul le chef restait de marbre, attendant un moment pour attaquer les deux créatures. Il sortit de sa stupeur lors qu’Euterpe lança un long hurlement, qui, m'avait-il apprit, était un cri de ralliement.

" Gentil, le loup ! Gentil ! " dit l'un des bandits, tremblant de tout ses membres.

Une Liykor apparut en face de nous et bondit sur le fuyard. Elle l'attrapa à la base du cou et mordit de toutes ses forces. Les os craquèrent, et le malheureux s'effondra, déversant un flot de sang dans le marais boueux. La créature fit demi-tour et s'élança vers nous.

Euterpe lacéra le chef de part en part. D'un double coup de griffe, le chef tomba sur le sol, lâchant ses deux coutelas qui disparurent sous la surface.

Les autres Liykors arrivèrent au pas de course, mais trop tard : Lhéas s'était occupé des deux détrousseurs restants.

" Voleurs de pacotille !" cracha-t-il. Il avait la gueule toute barbouillée de sang.

Je n'avais pas pu participer au combat : Ap, mon crétin de cheval, avait rué furieusement, apeuré par l'agitation autour de lui. Je venais à peine de finir de le rassurer. Il aurait pu donner un coup de sabot à un Liykor !

En tout cas, la scène de mort autour de moi me confirmait que je devais rester en bon termes avec les créatures. Question de survie.

Nous reprîmes la route tranquillement, et Tulorim pointa le bout de son nez vers le milieu d'après-midi.

Les Liykors revêtirent de longues capes et rabattirent leurs capuchons, qui leur masquaient la moitié du visage. Si des Shaakts se trouvaient à Tulorim, ils avaient sûrement dû entendre parler de la libération des esclaves du Cor.

Nous franchîmes les portes sans encombre, en passant sous le nez des gardes. Ils sentaient l'alcool et discutaient de bon train.

Nous nous séparâmes dans les rues de la ville : les Liykors avaient pour mission de chercher un navire vers Nirtim. Quant à moi, j'avais quelques emplettes à faire...

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Sam 27 Aoû 2016 05:17 
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71. Deuxième jour.


Malgré sa fatigue, Sump n'avait dormi que sur une oreille et fut réveillé dès l'aube par un bruit de vaisselle. Nyna, la jeune servante de la troupe de Tulorim s'affairait déjà le plus silencieusement possible à ranger le campement avant le réveil des hommes. Le gobelin se redressa sur son séant et se frotta les yeux. Il avait dormi à même le sol, sur les quelques vêtements neufs qu'il avait acheté à Yarthiss et sa nuit fut exécrable. Entre les moustiques, les oiseaux sauvages et les ronflements il n'aurait jamais pu trouver le sommeil si hier ne l'avait pas totalement laissé sur les rotules. Se grattant frénétiquement sur plusieurs endroit du corps, il comprenait maintenant l'utilité des tentes qu'utilisaient les humains et envisagea de s'en acheter une un jour.
En ce tout début de matinée, le ciel était caché par un écran gris pâle alors qu'il régnait encore une relative fraîcheur. Sump se leva avec douleur et s'étira. Il avait l'impression d'être un ancien avec ses moult courbatures. Après s'être bruyamment vidé les narines, il se dirigea piteusement vers Nyna en se frottant le ventre. Elle comprit et lui donna une des pêches du convoi. Reconnaissant mais toujours lui-même, il s'éloigna bien vite pour dévorer son butin. C'était plus que rare qu'on lui fasse ce genre de cadeau, il fallait qu'il en profite mais surtout pas qu'il s'y habitue.

Le Nain finit par s'éveiller en ronchonnant et prit un petit déjeuner bourru et viril avec les miliciens pendant que Sump restait à l'écart déjà fin prêt, massant sa main gauche douloureuse. Elle lui rappelait pourquoi il avait dû dormir dans ce maudit marécage en compagnie de types envieux de le mettre dans un geôle ou au bout de leurs lames.
On leva le camp plus d'une heure plus tard ce qui sembla être une éternité pour Sump.

Lorsque enfin les deux groupes furent séparés, le voyage reprit son cours, le Nain puisant toujours dans son outre à alcool et ne pipant mot, grommelant à l'occasion pendant que Sump était plongé dans un demi-sommeil ou dans ses réflexions. Il ne cessait de penser à ce qu'avait dit Pily la veille. Le gobelin se sentait fier de lui et léger mais également interrogateur. Il avait renoncé à un objet de valeur pour lequel il avait risqué sa vie à plusieurs reprises juste parce qu'un gnome lui avait fait des compliments ? Cela était loin de lui ressembler. Néanmoins comme c'était la première fois que ce cas de figure se présentait, comment comparer ? Après tout c'était la seule et unique fois qu'on le complimentait de toute sa vie... Et cela faisait plus de bien qu'il n'aurait jamais pu l'imaginer.

Sump et Rondolpho sortirent des marais en fin de matinée et retrouvèrent un paysage côtier plus accueillant. Le soleil refit également surface, faisant étinceler la mer. Et finit par se coucher également dans une explosion de couleur chaudes à couper le souffle, clôturant en beauté cette deuxième journée de chevauchée. Au bord de la famine, Sump bénit ce moment ou le Nain mit pieds à terre pour conduire son bouc vers un arbre près de la plage. Un vestige de feu se trouvait à proximité et le Nain installa rapidement son bivouac après avoir demander au gobelin de bien vouloir se sortir les doigts et d'aller chercher des brindilles.

⌂⌂⌂


"Ça va bientôt l'faire."

Avec un air satisfait, Rondolpho retourna une dernière fois les deux morceaux de filet de porc qu'il était en train de faire cuire sur une grille en fer pendant que Sump salivait face à lui. Ils étaient assis sur de rudimentaires bancs en bois placés en cercle autour du petit feu crépitant timidement mais sûrement.

"Tiens, v'là ta part." dit le Thorkin à Sump en lui lançant un des deux bouts de barbaque qu'il avait préalablement enfoui dans un morceau de pain. Son humeur s'était considérablement améliorée à l'approche du repas.

Le Gobelin attrapa habilement sa pitance avant de la renifler. Il entreprit ensuite de sortir la viande du morceau de pain qu'il jeta par terre.
Rondolpho lui lança un regard effaré :

"Qu'est-ce que tu fous bordel ?"

Un peu surpris de cette réaction, Sump répondit sur la défensive :

"J'aime pas le pain."

Une expression effarée se peignit sur le visage buriné et poilus du Thorkin :

"Mais moi si ! Pourquoi tu ne me l'a pas donné au lieu de le balancer dans le sable ?"

Sump ne répondit rien et se mit à dévorer sa nourriture à pleine bouche pendant que Rondolpho entamait son casse-croûte en secouant la tête et en buvant par le même temps une autre gorgée de son outre. Pendant un moment, seuls les crépitements du feu et les bruits de la nature vinrent troubler le silence pendant qu'ils mangeaient. Jusqu'à ce que Sump avale finalement avec difficulté son dernier morceau.

"Quoi encore ?

-Trop cuit."

On aurait dit que le Thorkin allait exploser :

"Mais je dois rêver là ! Je te trouves foutrement capricieux pour un Sekteg mon vieux !"

La viande cuite, Sump n'aimait pas ça. C'était dur à mâcher, ça avait un goût de terre et ça ne contenait plus aucune goutte de sang, ce liquide qu'il trouvait si savoureux sous la langue. Mais maintenant raisonnablement repu, le gobelin bailla à s'en décrocher la mâchoire.

"Va te coucher va, grognonna le Nain, je monterai la garde."

⌂⌂⌂


Au milieu de la nuit, Sump fut réveillé par quelque chose. Cette chose, il ne mit pas longtemps à l'identifier. C'était Rondolpho qui, assis contre un arbre face à la mer et aux étoiles, chantonnait tout seul en dodelinant de la tête, son outre vide dans l'herbe non-loin de lui. Les yeux encore collés, Sump se redressa légèrement agacé. Cela faisait décidément longtemps qu'il n'avait pas pu passer une nuit complète. Il se leva, embarqua son sac et son lit de fortune et s'éloigna du Nain avant de se réinstaller pour finir sa nuit. En se recouchant, il jeta un coup d'œil en direction du Thorkin. Celui-ci ne chantonnait plus mais ne semblait pas l'avoir remarqué pour autant. Son visage était enfoncé dans ses grosses mains et le haut de son corps était prit de soubresauts. Cela le laissant dans une totale indifférence, Sump se rendormit quelques secondes plus tard.


Suite

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Ven 1 Sep 2017 14:42 
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Réponse à Fromritt Verlorgot


La tension était à son comble, prête à exploser au moindre signe de l'un des deux camps. Hommes et femmes s'imaginaient un bain de sang chaotique sans miroiter l'image d'un vainqueur. Cette pensée avait germée plus vite dans l'esprit d'Elsa qui n'avait pas attendu pour intervenir d'un tour de passe-passe particulièrement efficace. Le poignet aussi flexible qu'un roseau, la gitane libérait dans l'espace entre les deux groupes d'adversaires une volée de balles emmitouflées dans plusieurs couches de parchemins. Plus alertes et visiblement en connaissance de ce genre de pratique, l'intégralité des gitans se jetait à terre, yeux fermés et oreilles couvertes de leurs mains. l'instant d'après, un flash d'une grande intensité vint illuminer la zone, avalant les ombres de toute forme et personne à proximité. Le sort de ceux qui ne s'étaient pas protégés ou trop peu était bien plus impactant. Les plus proches étaient tombés dans l'inconscience, dont le chef des mercenaires à l’œil abîmé. Les autres se voilaient les yeux, brûlés par une telle densité de lumière. Bientôt, le groupe d'agresseurs n'était qu'une mare d'hommes renversés criant leur douleur pour les moins touchés. Fromritt, lui, n'avait aucunement pu anticiper une telle manœuvre de ses hôtes et si Lessel l'avait protégé d'une cécité possiblement permanente en se jetant sur lui pour le renverser, il n'avait pas pu échapper à l'inconscience.

----------------------

Le guerrier se réveillait doucement, quelques heures plus tard, dans une vision du ciel ne cessant de tanguer de gauche à droite. S'il se relevait, il pouvait comprendre qu'il se trouvait dans un chariot tiré par deux chevaux au poil épais. La nacelle était plus petite qu'une caravane, mais elle accueillait aisément Elsa, Fromritt et un Riosodi en bien meilleur état. D'un sourire sincère, il accueillait son compagnon d'infortune dans l'éveil et tournait finalement la tête vers l'horizon, visiblement perdu dans ses pensées. Lessel, lui, s'affairait à conduire le chariot sans se retourner pour constater de l'état du blessé. C'est Elsa, la mine inquiète, qui s'intéressait la première au Verlorgot.

"Vous voilà parmi nous. Comment vous sentez-vous ?"

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Gentil Animateur, pour vous servir


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Ven 1 Sep 2017 14:45 
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Localisation: Route entre Tulorim et Yarthiss
(Les Portes de la Cité - Yarthiss)

Les mouvements bruyants de l’espadon s’atténuèrent jusqu’à se taire complètement faisant place à un silence de mort. La pointe de l’épée s’était figée vers le borgne, exactement au niveau de son nez dénué de grâce. Les muscles saillants du guerrier faisaient ressortir ses veines sous l’effort, d’abord celles de ses bras, puis de ses épaules, de son front et le reste de son puissant corps. Une chaleur rassurante se dégageait de ses pores, se diffusait à l’intérieur de son organisme, par ses artères, ses tissus musculaires, ses nerfs… Il était littéralement prêt à tout casser, briser, annihiler. Puis ses yeux clignèrent, une impulsion désespérée s’échappa de ses jambes, de ses pieds pour le propulser vers le chef des mercenaires. Il voyait déjà sa grande épée plantée dans le crâne de cet enfoiré. Toutefois, à peine ses semelles furent décollées du sol que des sphères étranges étaient au-dessus de lui et de ses opposants.

« Qu’est-ce que c’est que…?! » S’interrogea-t-il, regardant en direction d’Elsa.

Fromritt n’eut pas le temps de comprendre que Lessel le bouscula à terre. Heureusement, sa lame s’affala de toute sa longueur sans accident et une sorte de lumière vive scintilla comme un soleil et détonna comme le tonnerre.
Tout devint noir pour le Verlorgot, un monde muet et vide.

--------------------

« BOOM ! » Cria une voix d’enfant.

« HA ! » Fit le Tulorien en sursautant. « Schönna je t’ai déjà dit de ne pas faire ça quand papa travaille… » Déclara-t-il en claquant la langue, un vilain gribouillage avait défiguré ses documents.

La petite fille s’excusa, plaçant ses mains dans son dos, pivotant sa cheville droite et baissant sa bouille toute mignonne. Le père de famille rectifia l’erreur comme il put puis il mira la fillette, un doux sourire au visage.

« Ce n’est pas grave, va. C’est quelques broutilles qu’ont encore envoyé tes grands-parents, ha ha ! Ils n’ont pas encore compris que je n’adhère pas au dicton : la plume est plus forte que l’épée. » Il zieuta une immense arme blanche, casée dans un râtelier de qualité. « Allez viens-là, dans mes bras ma petite fée chérie ! »

Alors qu’un sentiment de bonheur l’envahissait, les images que le Verlorgot percevait se distordaient. La voix fluette de son enfant semblait se modifier jusqu’à se réverbérer d’une manière surnaturelle. Les murs propres de sa maison suintaient de sang dorénavant, une odeur de putréfaction assaillait ses narines par vague. Sous ses yeux écarquillés, effrayés, paniqués Schönna était criblée de coups, d’entailles très profondes et elle était maculée d’hémoglobine. Ses orbites étaient vides et paraissaient pleurer des larmes rouges. Ses lèvres boursouflées et violacées se murent pour laisser échapper quelques mots d’une voix d’outre-tombe, horrible.

« NoUs sOmMEs MoRTs à cAUsE De tOI… »

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1er jour :

« NOOOON ! » Hurla-t-il en se réveillant dans la panique, se relevant à moitié en sueur et haletant. « J’aurai dû ê… ! » Le voile blanchâtre de sa vision s’amenuisait jusqu’à laisser apparaître une dame, une jolie blonde au visage inquiet et maintenant surpris. « Je… Ma vue est encore trouble et cette lumière… » Il détourna le regard puis se décala de la demoiselle. « Ça va aller, mais t’aurais pu me prévenir, si j’avais su je me serais pas énervé pour cette raclure. Passons, nous sommes en route, à ce que je vois. On se dirige par où ? » Son ton bourru été revenu, l’angoisse dans le timbre de sa voix avait doucement laissé place à sa pseudo-agressivité.

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Dernière édition par Fromritt Verlorgot le Dim 3 Sep 2017 00:18, édité 1 fois.

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