L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Sam 2 Sep 2017 23:19 
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Réponse à Fromritt Verlorgot


Satisfaite de savoir qu'il avait l'énergie pour se plaindre, Elsa se reculait contre l'une des parois de la charrette les yeux fermés en accentuant plusieurs fois sa respiration afin de se détendre. Lessel et Riosodi avaient tout de même laisser échappés un coup d’œil vers le guerrier endormi, surpris de sa terreur nuptiale. C'est le charmeur qui se décidait à répondre à Fromritt en jonglant d'une pièce qui n'était pas un Yu avec ses doigts.

"Tulorim, mon ami. Une fois arrivés, nous ne nous y attarderons pas. Un navire nous attend déjà pour prendre la mer jusqu'en Nirtim, au port d'Oranan."

Un léger souffle de vent appuyait la réponse sans explication concrète de Riosodi jusqu'à ce que Lessel réagisse plus fermement, la tête tournée partiellement vers l'arrière.

"Bon sang, Riosodi ! Explique lui le reste ! Il mérite de le savoir, désormais."

Levant les yeux au ciel, Cappelindro semblait s'avouer vaincu, forcé d'étendre sa réponse.

"Arf... Bon, autant être franc, il a raison. Je suis Riosodi Cappelindro et voici Elsa et Lessel. Nous sommes tous les trois des aventuriers répondant à l'annonce d'Aliénon, une terre qui n'est pas de ce monde. En réalité, cette terre est sous le joug d'une menace sans précédent et nous avons décidés de répondre à son appel de détresse. Tiens, lis-ça."

Sans attendre, Riosodi dégageait un parchemin de son costume et le tendait vers le guerrier.

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"Nous n'en savons pas énormément à ce sujet, mais quelque chose s'est déclenché en nous lorsque nous avons eu connaissance de ce sujet. Une nouvelle terre ? Des peuples inconnus ? Des paysages fantastiques ? Tout cela n'est peut-être que chimère, mais qui ne tente rien n'a rien. Tu as su démontrer ton honnêteté dans cette auberge, tes talents au combat dans l'arène et ta ténacité lors de notre fuite. A mon avis, tu es tout à fait capable de nous accompagner jusqu'en Oranan et si tu le désires, jusqu'en Aliénon. Qu'en penses-tu ?"

Lessel venait de claquer son fouet aux chevaux qu'il se permettait de ponctuer la proposition de son camarade.

"Yarthiss ne veut plus de nous. j'imagine que tu es dans le même bain que nous. Si cela ne te plait pas, tu pourras toujours tenter de te refaire à Tulorim."

Elsa, muette, semblait elle aussi attendre la réponse de Fromritt, les yeux rivés sur lui.

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Gentil Animateur, pour vous servir


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Jeu 21 Sep 2017 17:48 
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Localisation: Route entre Tulorim et Yarthiss
La guérisseuse se réfugia contre un coin du chariot, faisant de grandes inspirations et expirations pour se détendre. Les fils dorés bouclant le contour de son visage caressaient ses épaules frêles, hypnotisant Fromritt de par leur danse gracieuse. Naturellement, la respiration du guerrier imitait celle d’Elsa comme un cours d’eau régulant son flux pour s’adapter à l’environnement. Au bout d’un petit moment de flottement le brun détourna le regard. D’un calme relevant plus de son réveil précipité et l’assommage des engins de la blonde, il écouta Riosodi ainsi que Lessel parler du voyage qu’ils entreprennent et de leurs motivations. Fidèle à lui-même, l’espadonneur fit un gros effort pour recomposer leurs paroles dans sa tête.

(Mince, j’ai pas fais gaffe, où on va là…?) Constata-t-il dépité, en son for intérieur. (Tant pis, la destination finale semble être un port, celui d’une ville : Oranan. Ah. Lessel veut que mange-merde me dise la vérité, ha ha la bonne blague !) Derrière ses pensées, le Wiehlenois massa l’arrière de son crâne en grimaçant. (Merde, une migraine… Donc, que dit-il ? Ils sont un groupe d’aventuriers ayant répondu à la requête d’un conseil, celui d’Aliaénon paraît-il, quel nom étrange.) Sa mémoire embrumée essaya de trouver qu’elle était cette contrée, sans succès.

Un paysage vallonné et verdoyant défilait sur les côtés, l’herbe tirant une révérence au gré du vent. Des veines brunâtres de terre, de pierres et de roches serpentaient à travers l’océan vert, laissant apparaître de temps en temps quelques bêtes curieuses. Le petit chemin mal entretenu accueillant les roulottes et chariots provoquait des secousses désagréables faisant trembler chaque articulation, muscle et os du Verlorgot lui réveillant certaines douleurs. Outre ces sensations pénibles, le bruit de la caillasse piétinée par les roues minait sa boite crânienne.

Pour pallier à ceci, l’épéiste fit mine de regarder le manipulateur alors qu’il contemplait le ciel bleu où seule une poignée de nuages cotonneux s’étiraient dans son immensité. Des volatiles aux nombreux coloris les parant battaient librement leurs ailes au sein de la mer céleste. La brise devait les pousser loin là-haut, la fraicheur des légères rafales faisait frissonner le brun affaibli, à moins que ce ne soit son actuel état qui le fragilise. L’espadonneur lâcha un souffle saccadé, frotta ses paumes sur ses larges épaules, sur ses bras puissants avant de serrer ses membres supérieurs contre son thorax. Une façon comme une autre de se réchauffer le corps.

(Aliaénon, un autre monde, hein ? Ça fait sens avec son nom bizarre. J’aurais jamais pensé aller dans un endroit tel que celui-ci.) Cappelindro sortit un parchemin de ses atours affriolants afin de le tendre au Tulorien qui s’empressa de s’en emparer. Son regard devint plus sérieux et une flammèche d’attention naquit dans ses yeux en le lisant. « Le Conseil d’or, blablabla, aide d’aventuriers, crise d’un nouvel ordre, pour plus d’informations s’adresser au Capitaine de la milice d’Onaran. » Murmura-t-il dans sa barbe avant de prendre une voix plus claire. « Je comprends mieux pourquoi on va là-bas. Ça a l’air intéressant. » Annonça-t-il.

L’excentrique moustachu continua de s’exprimer de son timbre suave et mielleux, comme il en avait l’habitude. Chacun de ses dires ricochaient dans les oreilles du solide gaillard, percutaient ses tympans, amplifiant ainsi ses maux de tête. L’air semblait plus rare, plus lourd, peut-être n’était-ce qu’une illusion causée par sa somnolence… Les roues tournoyaient formant un chœur rocheux martyrisant les tempes du grand bonhomme. Le claquement des sabots des chevaux se mêlèrent à ce tintamarre cacophonique, embrouillant de plus belle l’esprit bien éprouvé du courageux Verlorgot. Il se concentra à nouveau sur la conversation.

(Tout ça pour me demander de rejoindre leur petite équipe ? Mais il fallait le dire plus tôt, sans détour pardi ! Tu as failli me perdre avec toutes tes explications.) Pensa-t-il en décrochant un sourire fugace alors que Lessel broyait du noir en disant que Yarthiss ne voulait plus d’eux. (Eh oui, cette cité ne nous apprécie plus, c’est parfois le prix à payer.) Clap, crac crac crac, clap. (Néanmoins, payer ça pour découvrir de nouveaux horizons, un autre monde qui plus est… pourquoi pas.) Clap clap clap, crac crac. La phrase du gitan se termina. Son dernier mot résonna dans les pensées du guerrier. « Tulorim ?! » Tous le regardèrent étonnés, tandis que les mâchoires de Fromritt se bloquèrent entrouvertes comme paralysées d’effroi. « J-je Tulorim…? » L’interrogation grandissait chez ses interlocuteurs, un sentiment de malaise s’installait à mesure que la terreur gagnait le Verlorgot. « Att-attendez… Je veux bien venir avec vous mais je peux demander à ce qu’on y aille de nuit, quoiqu’il arrive et sans poser de question ? Aucune, c’est clair ? » Son ton devint cassant, les aventuriers acquiescèrent toujours légèrement troublés.

Une rafale venteuse balaya les paroles afin de laisser place au mutisme, un calme uniquement perturbé par la nature frétillante. Les cheveux sombres et imbibés de sueur de l’espadonneur retombaient devant ses yeux marron d’un sérieux implacable. L’odeur âcre de son sang et de celui de feu le redoutard ainsi qu’autres fluides dégueulasses envahissaient ses narines par vague nauséabonde. Le silence se brisa à cause de chuchotements entre le manipulateur et son acolyte tandis qu’Elsa regardait toujours l’ex-gladiateur, muette. Finalement Cappelindro repêcha la discussion après s’être raclé un tant soi peu la gorge, la voix quelque peu hésitante.

« Votre condition assez particulière n’est cependant pas démentielle. Nous pouvons y accéder sans problème. » Le groupuscule s’échangea des coups d’œil, acquiesçant pour valider les dires du séducteur. « Bien, nous sommes ravis de vous compter parmi nous. Avec tout ce qui s’est passé, tu as bien mérité du repos mon ami. Nous sommes en début de matinée, on te réveillera dans l’après-midi, si tu le souhaites. » Il ponctua sa phrase d’un sourire bienveillant.

« Ouais… Pas bête. Quelques-unes de mes blessures commencent à se refermer, plus de repos ne me fera que du bien. Allez, à plus tard les aventuriers ! » Puis il ferma lentement les paupières, succombant à l’étreinte sensuelle des ténèbres froides mais apaisantes du sommeil.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Sam 23 Sep 2017 17:00 
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Une main se posa puis secoua l’épaule du Verlorgot avant qu’une voix douce aux intonations féminines s’élève. Elle semblait lointaine, intangible, brumeuse comme onirique à l’instar d’un mirage. Fromritt ouvrit doucement une paupière puis l’autre, il se défit du voile trouble de son réveil un grand sourire aux lèvres avant qu’un sursaut ne s’en accapare. Un frisson traversa entièrement son corps des orteils jusqu’au crâne, ce n’était pas une femme mais Lessel qui le réveilla. Une mine bizarre à mi-chemin de la surprise et du dégoût déforma les traits du guerrier, étonnant son partenaire qui arqua un sourcil. S’appuyant sur ses coudes, grimaçant d’effort et se retournant tant bien que mal, le combattant se leva puis prit la parole.

« Fais pas gaffe Lessel, j’ai encore la tête dans le cul, ha ha ha. » Fit-il en lâchant une petite tape dans le dos du voyageur. « Alors, où on en est là exactement ? » Demanda-t-il guilleret.

« Eh bien ta sieste n’a durée que quelques heures, pas une éternité en soi. » Il se gratta le cuir chevelu en continuant. « On est suffisamment éloigné de Yarthiss pour s’arrêter un peu, reprendre nos esprits et faire le plein d’eau pour la route. Pour l’heure on a assez de nourriture, mais viendra le moment où tu devrais être utile, la chasse. Il y a des prévoyants qui vont déjà cueillir des baies mais à part ça, c’est calme. » Il laissa place au silence puis il sembla se rappeler de quelque chose. « Ah ! Avant que j’oublie, Elsa m’a dit qu’elle veut que tu la rejoignes, elle va aller chercher des plantes pour tes blessures. » Conclut-il en saluant le grand gaillard et en rejoignant les siens qui s’activent pour le bien commun.

L’espadonneur mira son acolyte s’éloigner puis il descendit de la charrette tout patraque pour retrouver la demoiselle. Un râle plaintif ponctua sa marche tandis qu’il se faisait craquer les os de la nuque et des épaules en s’échauffant les articulations. Lentement, il se fraya un chemin à travers les gitans affairés à leurs corvées pourtant l’enthousiasme et les rires fusaient donnant envie à Lame-puissante de sourire. Envie qui ne se concrétisa pas malheureusement, les images de son cauchemar étaient encore trop fraîches dans son esprit. Sa bouche tremblait, ses lèvres vibraient faiblement alors qu’il s’approchait de la guérisseuse en train de donner les ordres à quelques personnes. La belle dame termina puis se retourna vers l’éternel blessé, satisfaite, à l’approche de ce dernier. Elle lui sourit gentiment avant de prendre la parole.

« Tu as fini par te réveiller ? Tout se goupille, c’est parfait. » Dit-elle de sa voix charmante résonnant tel un chant de rossignol. « C’est une bonne chose que tu ais décidé de venir, vraiment. Quant à Tulorim… » Elle leva un peu la main, symbolisant peut-être le fait qu’elle s’accroche à ce détail avant de l’abaisser face au regard perçant de l’épéiste. « Tu as tes raisons, j’imagine. » Le Verlorgot acquiesça, impassible à l’instar d’une roche millénaire. « Nous allons pouvoir nous mettre en route, j’ai repéré ce qui pourrait t’aider. Enfin tu pourras nous montrer ce dont Lame-puissante est capable, hé hé hé ! » S’exclama-t-elle d’un ton palliant complètement à la placidité du Wiehlenois avant d’aller rejoindre ses objectifs.

Le Tulorien lui emboîta le pas, piétinant l’herbe et la terre de sa marche puissante mais pataude. Les cliquetis de sa cuirasse et de ses bottes métalliques formèrent une musique redondante rythmant la petite aventure du duo. Des rafales venteuses se levaient de plus en plus régulièrement, faisant danser et onduler les froufrous parant Elsa comme les feuilles d’un arbre en automne, une véritable poésie saisonnière. Une certaine fragilité à l’extérieur ne renforçant que sa force intérieure de sorte à troubler, perturber les idées reçues, les aprioris. Fromritt tenta de trouver une métaphore plus pertinente mais le bras de la blonde le stoppa.

« Tu vois ça ? » Lâcha-t-elle en pointant du doigt une empreinte animale dans la terre. Le Verlorgot répondit à la positive d’un signe de tête. « Cette région abrite plusieurs petites grottes, des prédateurs doivent s’y cacher, s’y reposer pour attendre la nuit… Du moins je l’espère. Tâchons juste d’être prudents et tout ira bien. » Son expression bienveillante ne tressaillait pas malgré l’inquiétude que laissa paraître le guerrier une poignée de secondes.

Ils reprirent leur chemin hors des sentiers battus puis la gitane sembla sursauter avant de se retourner, un sourire gêné aux lèvres. Elle fouilla dans sa besace et en sortit une sorte de bouillie végétale emprisonnée dans un récipient circulaire. Elsa expliqua que cela allait soigner et désinfecter efficacement ses plaies avec une application similaire à celle d’une pommade. Obéissant au et à l’œil de la demoiselle, le brun retira avec précaution ses vieux bandages puis y étala la substance gélatineuse. L’herboriste était déjà repartie chercher des plantes, dommage, Fromritt était en train de monter son pantalon, de galérer à retirer ses bandes et de pester contre son incapacité à faire des gestes minutieux. Quel spectacle !

Le souffle de Rana s’infiltrait dans ses nombreuses entailles commençant à peine à cicatriser. Des pics de chaleur se libéraient au niveau de ses blessures, brûlant et piquant, lui donnant l’irrésistible tentation de se gratter jusqu’à l’os ou de plonger dans de l’eau glacée. Il fit machinalement grincer ses dents, ses doigts se pliaient et de dépliaient nerveusement. L’envie devenait insoutenable, toutes ses pensées étaient dirigées vers cette désagréable sensation. Un bourdonnement sourd envahissait son esprit, se déversait à ses tempes faisant pulser ses veines et artères tant la pression artérielle montait. Ses muscles se contractaient de façon compulsive, incontrôlable et la rage montait en Fromritt, une colère sans-nom, dangereuse.

Sklack !

La soigneuse se retourna en panique, les yeux écarquillés, les bras levés comme pour se défendre faisant voler son sac qui retomba lourdement sur le sol. Les phalanges du guerrier avaient puissamment heurtées un roc trônant au milieu de la plaine avec certains de ses congénères éparpillés çà et là. Sa chair devint violacée et se gonfla, l’impact avait dégagé une onde qui se propagea tels des serpents de douleur de son poing à son épine dorsale. Il ressentait ses os, ses ligaments, ses tendons en souffrance jusqu’aux cheveux, la sclère de ses yeux était veinée de rouge puis il soupira longuement, comme s’il avait eu un orgasme.

« Ooooooh libération… Je ressens plus de grattements insupportables ! » Son visage se transforma en la définition pure de la béatitude, le soulagement se lisait sur chaque ride de sa figure. Ses pommettes relevées à l’extrême, ses lèvres étirées jusqu’aux oreilles et ses yeux mi-clos regardant le firmament ne laissait aucun doute quant à son contentement. « Ah ! » Il se rendit finalement compte qu’il avait fait peur à sa compagne d’excursion, sa mine prit alors une allure désolée et gênée. « C’était le seul moyen, c’est dingue comment c’est désagréable comme sensation, ha ha ha ha ha ! » Conclut-il en se grattant et massant sa nouvelle blessure.

« C’est malin de m’avoir effrayée… Heureusement pour toi que mon sac est bien rembourré ! » Dit-elle en allant reprendre son bien et regardant à l’intérieur. « Ouf, rien de cassé. » Sa respiration ralentit et s’étira en profondeur à l’image d’une bourrasque d’air s’enroulant dans des vagues. « Maintenant que tu as terminé, viens. J’ai trouvé de quoi accélérer ta cicatrisation… Il va falloir que tu m’aide à arracher les feuilles de cet arbre. » Elle ponctua sa phrase par l’arrachage d’une feuille de Snoria juste devant elle.

Un petit arbre aux couleurs pourpres s’élevait gracieusement sur le pan de la colline. L’espadonneur s’approcha en l’admirant de la pointe jusqu’au tronc, les pupilles excitaient par les coloris écarlates. Elsa avait déjà commencé à décortiquer minutieusement les branches et déposer ce qu’elle récoltait dans un sac de toile à peine plus grand qu’une dague. Le brun suivait son exemple tout en écoutant avec attention les histoires que la guérisseuse narrait. Elle expliquait que ses connaissances venaient de sa grand-mère, qui était elle-même soigneuse en son temps, dû aux problèmes que rencontraient les gitans, sachant parfois des gens intolérants, souvent des bêtes sauvages durant les voyages. Ils ont appris à utiliser la nature au maximum autant pour se guérir, se nourrir et voire même se protéger de tout ça. Une fierté embrasait les iris émeraude à mesure qu’elle parlait de ses anecdotes plutôt instructives.

Une fois la tâche accomplie, la demoiselle montra au blessé comment poser les feuilles sur ses plaies dorénavant propres. D’une délicate attention, d’un baiser de caresse, les premiers soins furent posés par la blonde affable. Tandis qu’elle recouvrait les végétaux d’un nouveau bandage, ses jolis yeux croisèrent le regard du Verlorgot à la fois captivés par ses gestes et perdu dans le vide, un peu comme si ses pensées s’échappaient. Le décor se brouilla autour de sa vision, l’apparence d’Elsa se changea pour correspondre à un souvenir lointain, brumeux. Ses cheveux virèrent au rouge, une couleur de braise à la fois chaleureuse et imposante, son corps gagnait en forme, en carrure, sans pour autant perdre en grâce ni en beauté, bien au contraire. Une mélancolie naissante envahissait Fromritt, son organisme complet en tremblait, une amertume ancienne remontait en lui lui rappelant à quel point la vie était fragile. Un cristal pur éphémère pouvant se briser à n’importe quel moment, damnation !

La gitane toussota, sans doute pour évacuer une certaine gêne et briser ce moment de malaise. Elle annonça, après avoir serré les bandes, qu’elle allait chercher de l’eau et remplir quelques gourdes et que le guerrier allait avoir assez de temps pour recouvrir toutes ses plaies comme elle l’avait fait. Après un énième sourire, elle partit sans se retourner laissant le Wiehlenois seul avec ses chimères. Il secoua la tête pour remettre ses idées en place puis il s’attela à recouvrir chaque entaille parsemant sa peau. Ce fut long, ennuyant et difficile, n’ayant pas des doigts de fée chaque manipulation fut compliquée mais il en vint à bout non sans une certaine satisfaction. Au même moment, la soigneuse revint avec toutes ses gourdes pleines et elle l’invita à rejoindre le camp dans une marche silencieuse. C’est à l’orée du regroupement de charrettes et chariots que le Tulorien décida de prendre la parole d’un ton reconnaissant.

« Merci. »

Il n’y avait pas besoin d’en rajouter, ce seul mot suffit à étirer les lèvres de l’aventurière. Et ils se séparèrent à la tombée de la soirée, chacun devant faire de leur mieux pour faire tourner l’engrenage, la machine qui faisait vivre tous ces gens, eux qui ont accueilli et protégé un inconnu, le Verlorgot…

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Dernière édition par Fromritt Verlorgot le Mar 6 Fév 2018 16:59, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Ven 3 Nov 2017 20:20 
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Jour 3

Le soleil diffusait sa lumière chaleureusement du haut de son nid céleste, là où quelques nuages s’amusaient à cacher sa lueur à certains endroits à terre. Au milieu des chariots et charrettes du bois en feu crépitait, faisait voltiger des braises et cuisait de la viande à tout va. Tout autour s’étaient réunis les gitans pour partager un repas convivial en compagnie de leur invité : Fromritt. Ce dernier dévorait des cuisses de volaille avec engouement, se léchait les lèvres afin d’apprécier la sauce grasse les recouvrant, sans oublier de rire et dialoguer avec ses voisins de table. La chope remplie de vinasse en début de déjeuner, d’hydromel désormais, le Verlorgot se plaisait à plaisanter avec ces gens du voyage tous souriant et appréciant ces plats.

« Ha ha ha, j’avoue que tu as été assez inconscient d’aller au front comme ça, prêt à te faire occire le fion par ces mercenaires de merde. Pardon, je m’emporte, je m’emporte… Cependant, c’était plutôt impressionnant de voir à quel point tu peux te mettre en danger pour tes principes, et ça c’est beau quelque part. » Barbamos leva sa chope pour appuyer ses paroles, son sourire empreint d’un certain respect s’étira puis il but une gorgée d’alcool.

« En parlant de ça… Fromritt, Riosodi m’a parlé plus en détail de ce qui s’est passé et avec tout ça je vois bien que tu es quelqu’un qu’on pourrait qualifier de gentil. Toutefois, tu t’es excessivement énervé contre cette raclure, puis plus tard tu as dit à Elsa que si tu avais su pour sa stratégie, tu n’aurais pas pris la peine de t’énerver. Tu peux donc être en colère quand tu le souhaite ? Soit tu as un contrôle parfait sur tes émotions, soit tu as un puits sans fond de haine où puiser. Ce qui serait un peu paradoxal avec la qualification de personne « gentille », si tu vois ce que je veux dire. » Le visage de Lessel ne montrait aucune forme de critique quelconque, juste de l’interrogation, comme s’il voulait sonder l’esprit de l’espadonneur.

« Hum… Je pense qu’on a tous plus ou moins ce « puits », Lessel. » Le grand brun but une gorgée de son breuvage puis s’essuya la bouche d’un revers. « M’enfin, j’ai toujours été prompt à m’énerver pour un rien, surtout adolescent… Ha ha ha ha, la belle époque. » Ses yeux brunâtres se perdirent un instant avant de retrouver leur lucidité. « C’est un professeur d’escrime qui m’a conseillé d’utiliser cette émotion intelligemment, ce que j’ai essayé de faire depuis. Pouvoir bénéficier d’un apport de force, de volonté et d’un peu d’insensibilité est très intéressant quand tu manies une arme comme la mienne. Donc s’enrager peut être une bonne technique quand le corps ne suit plus des masses, néanmoins, faut vite en finir, sinon…» Il arracha la tête cuite d’un lapin pour illustrer ses propos et mangea minutieusement ce que comporter la boîte crânienne. « En tout cas, le cuistot a fait des merveilles, c’est délicieux ! »

« Eh bien merci Fromritt, et ça de la part de nous tous. » Dit Elsa alors que d’autres gitans et gitanes acquiescèrent dans sa direction ainsi que celle de l’épéiste. « Notre cher ménestrel a aussi dit que tu avais l’air d’avoir beaucoup voyagé, que tu étais vraiment exténué lorsqu’il t’a vu la première fois. Comme nous voyageons énormément, ça nous fait un point en commun ! C’est peut-être pour ça que tu t’es vite intégré, hé hé. Tu as surtout été où ? » Demanda la belle demoiselle d’un ton chantant, harmonieux comme elle savait si bien le faire.

« Euh… Je n’avais pas de destination précise, j’errai çà et là au gré des chemins, des vents et du temps. J’ai voyagé, euh hum…. Je dirais à peu près un an. » Un silence s’installa, un peu long, peut-être que les interlocuteurs du Verlorgot attendaient une suite. « Mon histoire n’a rien d’exceptionnelle, ha ha, elle ne ferait que vous ennuyer à coup de marche interminable sans événements et des bandits anecdotiques se croyant forts, alors qu’un enfant aurait pu les désarmer… Les yeux bandés, ha ha ha ! » Tous lâchèrent un léger ricanement, entraînés par les traits très expressifs du Wiehlenois ainsi que son rire communicatif.

« Hé hé, malheureusement, on ne sait que trop bien la menace que sont ces fripouilles. Les coupe-jarrets sur les grands chemins, les têtes découpées et les poitrines transpercées… Au fil des siècles, décennies, années nous avons appris à nous défendre. Le danger n’épargne personne et c’est bien dommage. Pas vrai Lessel ? » Il désigna son ami du menton et d’un sourire, celui-ci mirait le contenu de sa chope tournoyer dans un mouvement continuel.

« Hum, quoi ? Ah oui, les périls, risques et dangers de ce monde. Il n’y a pas que ces scélérats qui posent problème, en fait, ils sont à la rigueur plus prévisibles que pas mal de créatures sanguinaires. Heureusement notre organisation et le fait que l’on soit soudés comme une famille nous aide immensément lors des combats qu’on aimerait pourtant éviter. En parlant de cela, Fromritt… » Le concerné releva doucement le visage, signe qu’il était tout ouïe. « Tu viens de dire que tu as eu un enseignement d’escrime, tu as eu aussi d’autres domaines ? »

« Alors, oui. Mais je me suis très tôt focaliser sur l’espadon. » Un petit moment de flottement s’écoula, les sourcils du Tulorien s’arquèrent malicieusement et sa voix devint plus riante. « Non. Je n’avais rien à compenser, merci de ne pas faire cette vanne bien trop souvent faite. Bref. J’ai fait un peu de tout, épée à une main, courte, large, longue, des sabres de toute sorte, des haches à une et deux mains, euh… Des arcs, arbalètes, armes de jets, arme d’hast… Mais au vu de mon potentiel avec mon arme de prédilection, on est vite resté sur le maniement de cette dernière. Après je peux tirer une flèche à cinq ou dix mètres, quoi, avec une précision correcte, sans vent ni obstacle. Rien de fou. Pourquoi cette question, intéressé par des cours ? » Dit-il non sans sourire, toujours prêt à taquiner amicalement n’importe qui.

« En fait, je pensais plus à la chasse de cet après-midi. Tu ne peux pas chasser efficacement avec un espadon, une telle lame n’est pas faite pour épargner la chair, la fourrure et l’état global de la carcasse d’un animal. Or, on utilise la fourrure de nos prises, soit pour nous directement ou pour les vendre, pareil pour la graisse animale, quelques os, ramures et cetera. Le voyage s’annonce encore long, nos réserves en viande ont bien diminuées sachant que ça ne se conserve pas éternellement, loin de là même… Au loin on aperçoit déjà les marécages que la route nous force à traverser, crois-moi ce n’est pas une mince affaire. » Son ton devenait de plus en plus sérieux, un peu comme s’il ne contrôlait plus ses intonations. « Je te propose de faire quelques tirs à l’arc, si tu peux être utile à ce niveau-là, ou alors être avec une de nos lances à une main. Vu qu’on a quasiment terminé de manger, je tenais à te faire part de cela. » Sur ces mots, il prit ses couverts et les empila sur ceux de ses voisins pour la vaisselle.

« Pas con. Mais je pense que la lance sera le meilleur choix, ha ha. Je n’ai jamais aimé prendre la corde de l’arc, la tendre et tenter de viser avec… Brrr, ça me rappelle des mauvais souvenirs. Après je veux bien essayer, ça fera une raison de plus pour se marrer ensemble. » Les voyageurs sympathiques rirent en chœur devant cette preuve d’autodérision bien placée.

Ensemble comme souvent, les gitans firent la vaisselle, placèrent les restes dans des récipients adaptés puis Fromritt accompagné de Baba et Lessel se détacha du groupe afin d’aller vers des cibles de fortune. Une table simple en bois clair fut sortie pour l’occasion afin d’y placer différentes sortes d’arc, un court ainsi qu’un long bien courbe, un autre plus compact droit avec au milieu une poignée convexe et un dernier un peu plus grand qu’un arc long et d’un style très orientale. La mine dubitative du guerrier ne passa pas inaperçue, Lessel vint à sa rescousse en lui expliquant les particularités de chacune des armes présentes. Suite à moult réflexions et questionnements, le bretteur opta pour l’arc long des réminiscences lui revenant au fur et à mesure des explications du manieur de dagues l’orientant vers ce choix compliqué.

« Du coup on va commencer par bander l’arc… Pas de blague bien trop souvent faite sur ce mot. » Pris d’un élan de zèle, il se permit de faire un clin d’œil malicieux au combattant avant de continuer sereinement. « Principe de base, arc bien droit, bras tendu et corde tirée. Essaye déjà de le maintenir dans la même position, les flèches viendront après ne t’inquiète pas. »

Concentré sur la position de l’arc long, Fromritt respirait à peine n’y pensant presque plus, absorbé par quelque chose d’à la fois si simple et pourtant compliqué. Des tremblements investissaient le bois dans sa longueur, la corde et les mains du guerrier, mais disparaissaient à force de patience, de contrôle ainsi que de persévérance. Le solide gaillard se permit même de tendre de plus en plus fort la corde de son arme jusqu’à atteindre la limite de celle-ci, laissant un sourire de satisfaction se dessiner sur sa figure. Le rythme de sa respiration reprenait un cours tranquille tandis que ses muscles s’habituaient au maintien continu de cette position.

« Parfait, là t’aurais une flèche et que tu lâcherais ton emprise, même une cotte de maille à deux cent mètres ne te résisterait pas, alors t’imagine un p’tit renard ? Voilà, tu peux te détendre et poser l’arc. » Le brun écouta l’aventurier puis s’exécuta en soufflant un coup. « Pour l’heure tu vas tester des flèches d’entraînement, simples et basiques, moindre coût, fais-toi plaisir sur cette cible. » Dit-il en pointant du doigt une cible en paille mise à une dizaine de mètres du groupuscule.

Les doigts imprécis du Verlorgot prirent une flèche, et avant de poser l’encoche sur la corde, ils essayèrent de trouver une position agréable pour la suite des événements. Une fois un compromis trouvé, l’espadonneur tendit son bras, mit droit l’arc long et tenta d’encocher sa flèche. Après deux, trois essais infructueux, Fromritt avait son arme entièrement tendue et prête à être utilisée. La vision de Lame-puissante se troubla quelques instants avant de redevenir à peu près nette bien que légèrement dédoublée. La pointe métallique désignait le centre de la cible, calmement, l’apprenti archer levait son arc, perdu dans une multitude de similis-calculs à base de vitesse de vent, de temps de vol de flèche et de puissance délivrée.

DOIIING !

À peine la force exercée sur la corde fut amoindrie, puis inexistante, que le Verlorgot décala faiblement l’axe de son tir murement calculé. Le trait partit dans la direction opposée de celle voulue, la pointe dégomma la paille sur l’extrémité de la cible d’entrainement et se planta au sol, symbole d’une bataille perdue : celle de Fromritt contre l’archerie. Les vibrations de l’arc s’atténuèrent pour finalement s’envoler un peu à l’instar des espoirs que le Verlorgot avait placés en ses souvenirs lointains, ses souvenirs adolescents d’une pseudo-facilité à manier les armes à distance. Sa lèvre inférieure fit une moue désapprobatrice, il posa l’instrument de son échec puis se retourna vers l’aventurier à moitié amusé de son tir, à moitié navré de son échec.

« Écoute, je suis pas fait pour ce genre d’armes. Tu sais, à force d’utiliser ces choses on sent quand une catégorie correspond ou pas à notre style. » Il lança une œillade aux arcs étalés sur la table avant de reposer ses yeux sur Lessel. « Je ne sens rien dans ces objets qui puisse me motiver, passe-moi une lance de chasse, on gagnera du temps, ha ha ! » Son rire fit écho avec les ricanements de Baba qui avait plutôt l'air d’accord avec l’épéiste, peut-être même un peu trop.

« Je vois… » Le gitan soupira sans doute déçu de ce manque de volonté puis il alla chercher une lance avant de revenir la mine inexpressive. « Voilà, à la rigueur je pourrais t’entraîner pendant notre voyage, on en a pour pas mal de temps, alors ce serait une bonne chose. Savoir au moins manier correctement pas mal de types d’armes est essentiel si tu compte survivre en milieu hostile. Et pour ça, je serais heureux de t’aider ! » Une certaine joie ressortait sur son visage, comme une envie irrésistible d’enseigner quelque chose, un désir d’être utile à l’autre.

Le Tulorien acquiesça avec un grand sourire, apprendre à dépasser ses aprioris et se surpasser quelque part était encourageant pour la suite. Il savait qu’il n’avait aucun talent pour l’archerie, néanmoins, un jour savoir tirer correctement lui sera utile, et il en était conscient… Il soupesa son arme d’hast, fit quelques moulinets avec, avant de piquer dans le vide à plusieurs directions. Ses mouvements déplaçaient l’air, le faisaient siffler fortement, ses nombreuses années à manier une lame comme son espadon avaient exacerbée sa force. Le Wiehlenois était fin prêt à partir en chasse et à se rendre utile plus que jamais.

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MessagePosté: Jeu 21 Déc 2017 06:29 
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L’heure de la traque avait sonnée, les tambours de chasse enhardissaient l’esprit des chasseurs. Plusieurs groupes s’étaient formés afin de mieux quadriller la zone et ainsi optimiser la prise de gibier. Lessel et Baba avaient rejoint Fromritt, équipés, prêts à percer la chair animale de la pointe de leurs flèches. La plaine aux hautes herbes et aux collines verdoyantes les invitait à la rejoindre avec discrétion. Répondant à cet appel, le trio plongea accroupi dans l’océan vert, au plus près de la terre, une main au sol, l’autre s’occupant de tenir leur instrument de mort. Bientôt seul le léger bruissement de la végétation ponctuait leur avancée. La respiration des traqueurs se faisaient inaudible tandis qu’ils mettaient leur sens en alerte, voulant capter le moindre son, le moindre mouvement.

À quelques centaines de mètres plus loin, le petit groupe avait approché le long d’un ruisseau en contrebas flanqué de pentes généreusement fleuries, afin de se ressourcer un petit peu. L’espadonneur posa sa lance puis joignit ses mains dans l’eau afin de boire et se rafraîchir le visage. Les bandages qu’Elsa avait changés s’imbibaient du fluide translucide, s’alourdissant et glissant de ses avant-bras mouillés. Il pesta, jura dans sa barbe d’être aussi inattentif avant d’essorer les morceaux de tissu et de les replacer tant bien que mal. Empoignant sa lance temporaire, il s’approcha de ses deux acolytes qui examinaient des traces bestiales. Les empreintes étaient fraîches, quelconque être s’était réhydraté avant de repartir plus loin, peut-être à l’intérieur d’un terrier ou un autre type d’abri.

« Vous avez trouvez quoi, les gars ? » Chuchota-t-il à ses camarades.

« Une belle empreinte de lièvre, avec un peu de chance il a peut-être même rejoint sa petite famille ! » Barbamos conclut sa phrase d’un faible ricanement.

« Le mâle reste la priorité, les petits ne nourrissent pas assez et il vaut mieux laisser les femelles tranquilles… plus il y en a, plus le gibier pleuvra. » Murmura le chef de la petite troupe comme pour faire une piqûre de rappel.

Un silence approuvant ses mots s’installa avant qu’ils se mettent en marche, tels des renards, vers la piste qu’avait laissée l’herbivore. Leurs pieds avançaient avec crainte et souplesse sur les divers galets dépassant du joli ruisseau… Fromritt s’étonna d’être aussi agile, mais les réflexes qu’il avait gagnés lors de son errance l’y aidaient beaucoup, d’autant plus que ni espadon, ni armure encombrante ne le gênaient. L’ombre d’un cumulus cotonneux assombrit les lieux, dévorant lentement les silhouettes humaines. Les yeux des chasseurs continuaient de trouver les empreintes de pattes et de les suivre à la trace. Et alors que les deux archers tendaient la corde de leur arc avec minutie, un bruit, un son, des herbes pliées, cassées, des cailloux écrasés s’entendirent avant qu’enfin une fourrure grisâtre dépasse de la verdure.

Les rayons de l’astre solaire percèrent le nuage, diffusant une chaleur agréable et dévoilant à son grand dam une famille de léporidés : un lièvre, une hase et deux levrauts à côté de leur gîte. La pointe des flèches de Lessel et de Barbamos brillèrent d’un éclat froid, leur respiration s’amenuisa jusqu’à disparaître. Les bras tendus des traqueurs armaient leur arme. Baba pointait une direction que le lièvre était à même de prendre pour s’enfuir, tandis que son ami ciblait directement le mâle. Une lumière funeste illumina les pupilles de Lessel puis il lâcha la corde de son arc, laissant un sifflement mortifère alerter les quatre proies. Rafale surprise, prise fatale. Le trait se déporta, Rana était d’humeur espiègle… Cependant, à peine une flèche s’était plantée qu’une autre transperça le cou de la bête, la tuant sur le coup.

« Ha ha ! En plein dans le mille ! » Dit le tireur, poing levé. « Dommage pour ce vent de malheur… » Continua-t-il en regardant le manieur de dagues. « M’enfin, nos tirs ont bien fait déguerpir les trois autres, ha ha ha ! »

« Vite, dépêchons-nous de mettre le corps dans un sac, avant que son odeur n’amène des prédateurs. » Après quelques pas pressés, il se retourna furtivement vers ses compagnons. « Beau tir, et oui, dommage hé hé… »

Ils n’étaient pas si éloignés de la cible, pourtant l’épéiste était subjugué par la précision des gitans. Bouche bée, il commençait à se dire que sous leurs airs accueillants se cachait une redoutable menace. La figure morose, il regarda sa lance en se demandant s’il allait servir à quelque chose. Les voyageurs le tirèrent de ses sombres pensées en l’invitant à les rejoindre, la chasse était loin d’être terminée.

« Maintenant que c’est fait, il va falloir mettre les bouchées double. Qu’on le veuille ou non, on a créé de l’agitation et Mère Nature n’aime pas ça. »

« Ouais, on a eu de la chance d’atterrir dans ce ruisseau, là il va falloir jouer sur les flancs de collines, miser sur l’observation et vos talents d’archers. »

« N’oublie pas tes talents de lancier Fromritt, ha ha ! » s’exclama Baba en lui faisant une tape amicale entre les omoplates.

Ce petit geste dans le dos lui rappela quelque chose, mais pas moyen de mettre le doigt dessus. Peu à peu le silence reprit ses droits. Eux repartirent sur le monticule herbeux où seuls deux ou trois arbres solitaires avaient osés pousser. Les hautes plantes ne facilitaient pas l’ascension de l’espadonneur, légèrement à la traîne, de menues-douleurs ne l’aidant guère dans cet exercice. Le sourire destiné à ses acolytes se déchirait souvent en une grimace douloureuse. N’était-il finalement qu’un boulet les empêchant d’atteindre la surface de leurs espérances ? Cette unique réflexion suffit à attiser le feu de sa colère et de sa volonté. Paré d’un sourire plus marqué, il rattrapa ses deux amis d’un pas déterminé.

« Hum ça va ? On ne va pas trop vite, ha ha ? » Dit Baba en répondant naturellement à l’expression du Wiehlenois.

« Tout va bien. Ce n’est pas ça qui va venir à bout de mon corps entaillé, hé hé. » S’exclama-t-il en étirant toujours plus les lèvres.

« Vous deux, va falloir redevenir discrets, sinon on aura rien d’autre à ramener. » Chuchota Lessel d’un ton étonnamment léger.

À la suite d’excuses susurrées, le groupe s’allongea au plus près du sol au sommet d’une des collines. Dégageant la végétation le gênant, Lessel repéra une différence notable : l’herbe rapetissait à mesure qu’ils avançaient et devenait jaunâtre. Un petit troupeau d’antilopes se repaissait un peu plus loin, un lieu sans grand espace ombreux, tout dans la lumière du jour. Et comme-si ça ne suffisait pas, la brise se levait, emportant leur odeur aux truffes attentives de ces bêtes. Peut-être deux cent mètres les séparaient, tenter un tir à cette distance serait trop dangereux et imprécis. Néanmoins, aucun passage ne pouvait assurer leur discrétion et tandis qu’ils réfléchissaient à un plan, un son menaçant retentit des hautes herbes environnantes. Ça ressemblait un bruit de sonnette saccadé suivi d’un sifflement encore plus rapproché… Fromritt regarda derrière Lessel, inquiet, les yeux hagards, il y vit un serpent.

« Lessel ! » Souffla le guerrier sans vraiment le vouloir.

Lâchant son arme d’hast, se relevant à moitié à une vitesse fulgurante, le brun s’élança sur le reptile, l’attrapa juste en dessous de la tête et retomba sur le dos. De nombreuses petites roches étaient compressées contre son grand dorsal et ses lombaires, ce qui brisa son sourire. Fronçant les sourcils, il serra puissamment la bestiole devenue enragée, essayant de planter ses crochets dans la chair du lancier à tout prix. En panique, Fromritt se saisit d’une caillasse puis matraqua le crâne de l’écailleux sans oublier de cogner l’une de ses phalanges.

« Merde ! » Étouffa-t-il en fermant la bouche, ses lèvres mordues pour contenir la douleur.

Tout s’était passé si vite, les deux gitans étaient comme paralysés, incapables de faire quoique ce soit durant ces quelques secondes. Finalement, Lessel remercia son sauveur puis lui dit qu’il pouvait désormais lâcher la carcasse du rampant. Pestant pour son doigt, Lame-puissante dégagea le cadavre et déchira un de ses nombreux bandages pour traiter sa blessure stupide.

« Euh… au pire, ça nous fait de la viande en plus, ha ha ! » Chuchota Baba.

Cette simple tirade redonna le sourire à ses deux compères, toutefois l’agitation causée avait affolée le troupeau d’herbivores. Il ne s’enfuyait pas, mais il était sur ses gardes et surveillait d’où la menace venait. Fromritt récupéra son arme alors que Lessel mettait leur dernière victime dans un sac. Soudain, ce dernier eut une idée. Avant d’en faire part, il fit signe de reculer sur l’autre flanc à ses partenaires.

« Ce n’est pas la révélation du siècle, mais je ne vois que ça. » Après avoir jeté un coup d’œil aux alentours, il développa. « Moi et Barbamos irons longer la droite de la colline, tandis que toi, Fromritt, tu la longeras à gauche. Ainsi on contournera, mais pas pour les prendre en tenaille. Nous allons rester cachés le plus possible, le temps que tu les attire vers nous Fromritt. Si les antilopes devraient s’enfuir, je ne pense pas que ce sera vers la colline, ça les ralentirait, et encore moins vers toi, elles vont plutôt éviter le danger. Il ne reste que deux options : notre position ou à l’opposé de la colline, en espérant qu’elles ne font pas ça… »

Ne voyant rien à ajouter ou retirer, les concernés acquiescèrent en se souhaitant « bonne chance » du regard. Le guerrier partit immédiatement, ponctuant sa marche difficile de gémissements douloureux à cause de son dos. Après avoir avancé pas à pas jusqu’à sa place attribuée, le mal le poignardant se volatilisa à l’ instant où sa tache débuta. Ses yeux noisette fixaient les bovidés brouter, à la recherche du moment idéal pour surgir hors de la végétation. Ses tympans guettaient le moindre sifflement, annonce de leur échec. Son corps, lui, tentait de se fondre dans le paysage. Son souffle s’était arrêté, la prise sur son arme s’était resserrée et ses jambes s’apprêtaient à bondir à n’importe quel instant. Investi d’une rare patience, Fromritt dessinait petit à petit les possibilités dans ses pensées avant de serrer les dents, d’affirmer sa poigne puis enfin de s’élancer, relâchant un cri de guerre tonitruant !

Les oreilles des antilopes se retournèrent aussitôt, vingt misérables mètres les séparaient du solide gaillard. Leurs pupilles suintaient la terreur, et très vite, mâles et femelles détalèrent dans toutes les directions, affolés, paniqués, épouvantés. Une de ces idiotes bondit sur le guerrier qui, à l’aide de réflexes inespérés, s’avança pile en dessous d’elle. Il plia ses jambes puis poussa de toutes ses forces dessus ! D’abord l’idée de l’empaler traversa ses pensées, avant d’opter pour violemment frapper les sabots de ses pattes arrières avec le long du manche de la lance. Peut-être par instinct, la bête prit appui sur le bois afin de se propulser plus loin encore, brisant l’arme en deux comme remerciement. Fromritt n’eut pas le temps de réaliser ce qui venait d’arriver que deux tirs d’arc furent exécutés et qu’un corps sans vie s’écroula d’une lourdeur funeste. Un rictus se forma, mais la vision d’un des petits reniflant la carcasse trouée l’effaça… La bête partit l’âme en peine, laissant le calme retomber.

« Hé, beaux tirs les gars ! Ça a été avec ce putain d’chaos ? » S’interrogea l’espadonneur après les avoir rejoint.

« Ha ha ! T’inquiète pas, on était bien planqués. » Baba désigna du doigt une sorte de cavité à flanc de colline à moitié dissimulée par des racines et des herbes. « Sans doute un ancien terrier de lapin défoncé par un prédateur… »

« Dans tous les cas, nous avons une bonne soixantaine de kilos de viande ! » Annonça-t-il fièrement en désignant le pronghorn animé de ses soubresauts définitifs. « Allez, on retourne au camp… Quelqu’un se porte volontaire pour porter la carcasse ? » Ajouta-t-il avec un brin de malice.

« Pas de soucis ! Je n’ai pas été vraiment utile, alors faut que je me rattrape. »

Le bretteur donna sa lance cassée pour se libérer les mains et attrapa les chevilles de l’animal mort. Il tira la bête à l’aide de ses muscles massifs. Juste avant de lancer une impulsion, afin de créer l’élan nécessaire pour balancer le cadavre sur sa nuque, les gitans extrayèrent leur flèche respective et nettoyèrent d’un revers de main les traînées de sang. Une fois cela fait, le solide gaillard mit la dépouille sur ses trapèzes puis il emboîta le pas de ses compagnons. La brise caressait leur figure, apaisant les maux et supportant le Wiehlenois dans l’effort. Celui-ci apprit à détester les montées, descentes ainsi que ces satanées hautes herbes ! Aidé de temps à autre par les gitans, il progressait à travers la plaine dans une atmosphère orangée de début de soirée. Finalement, ils arrivèrent au campement, laissant Fromritt soulager ses épaules et aller se reposer après avoir été remercié pour sa participation.

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MessagePosté: Mar 6 Fév 2018 17:02 
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Jour 4

Des secousses plus désagréables qu’à l’accoutumée traversaient l’habitacle de la charrette. Le corps endormi de Fromritt vacillaient dans tous les sens sous sa couette, menaçant de tomber à chaque instant. Ce qui ne manqua pas d’arriver, cocasse ironie. Sur le doc, le coccyx plaqué au plancher, le dormeur se réveilla en se plaignant de sa malchance farfelue. Il se leva non sans mal puis s’appuya sur le mur pour s’aider à s’avancer à travers la demeure à Baba. Gémissant de douleur, contrarié par son réveil, l’espadonneur chercha le maître des lieux, sans succès. Il finit par ouvrir la porte de la carriole branlante afin de se rendre compte qu’il était en plein cœur d’un marécage aux relents dégueulasses. Le chemin supportant tant bien que mal le transport était boueux, rempli de dénivelés, de trous et de petits obstacles rendant la vie dure aux chevaux ainsi qu’aux roues des véhicules. Les voilà les responsable du mal-être de Lame-puissante, il avait enfin trouvé sur quoi jurer, crier et vociférer moult insultes !

(Sacrebleu ! Ce sentier est entretenu par des trolls ou quoi ?! Bon, maintenant j’aimerai bien savoir où sont Barbamos et les autres… Par où ont-ils pu passer ?) Pensa-t-il en se massant le bas du dos, synchronisant ses grimaces avec le passage de sa main.

Laissé dans un silence total, il ne trouva pas mieux à faire que marcher en rond en se tenant aux meubles. Soudain, une trappe s’ouvrit au niveau du plafond, le Verlorgot sursauta, se cognant une énième fois sur un coin du mobilier. L’apparition de Baba fut accueillie par des injures alors qu’un ciel caché par un voile boisé défilait derrière sa tête souriante. Le gitan gloussa comme un grand enfant puis rejoignit à pieds joints le sol de son chez-lui. Porté par sa bonne humeur indissociable, l’archer émérite expliqua la situation à son ami tout en essayant de calmer son air grognon. Les gens du voyage détestaient par-dessus tout passer par ce marais, mais la seule route praticable serpentait obligatoirement au travers. Alors, pour remédier le plus possible à ce problème, ils mirent en place une technique assez basique mais efficace : ne faire aucune pause durant la traversée, aller à la vitesse maximale jour et nuit en relayant les conducteurs et prier pour avoir assez de nourritures, d’eau fraîche et surtout ne pas attirer les créatures dangereuses de cet endroit verdâtre aux multiples odeurs méphitiques.

Le brun se gratta la barbe en écoutant tout cela, admiratif de l’adaptation de ces personnes formidables malgré l’inconfort de la situation. Fromritt comprit que le seul moyen de voyager était de sortir par les trappes des toits et sauter gaiment à l’instar des gazelles de charrette en charrette. Dans un élan d’espoir, Barbamos eut une requête spéciale pour l’épéiste qui l’écouta, surpris par sa proposition si soudaine. Un entraînement sur un sol mouvant, un chariot large et long complètement découvert, une curieuse manière de tester son équilibre et sa précision. D’abord hésitant, du fait de ses nombreuses blessures, il se ravisa justement en y repensant. Chacune de ses entailles étaient quasiment refermées, nul tiraillement ne se faisait ressentir lorsqu’il passait le doigt dessus, ou encore quand il bouger l’intégralité de ses membres. C’est avec un sourire jusqu’aux oreilles ainsi qu’un enthousiasme non dissimulé qu’il accepta les pupilles illuminées par une étincelle de défi grandissante d’excitation !

Baba s’empressa d’agripper la trappe en hauteur puis sortit avant de se voir emboîter le pas par le guerrier qui galéra un peu à se soulever lui, son armure et son arme géante. À l’aide de ses puissants bras, il finit par arriver à se hisser sur le toit en mouvement, où il s’accroupit pour éviter une chute malencontreuse. Le vent sifflait dans ses oreilles, ses cheveux gras volaient en arrière et ses yeux se plissaient pour éviter de pleurer à cause des courants d’air. Son acolyte montra de la main, l’endroit où les hostilités amicales auront lieu. La plateforme était juste derrière et servait réellement à s’entraîner lors de cette partie du voyage, des cibles ainsi qu’une poignée de mannequins de paille se trouvaient aux extrémités, solidement attachés dans les coins. À la suite d’un saut courageux, l’espadonneur atterrit sur le plancher qui menaça de céder sous le choc, mais qui résista vaillamment au poids de son corps en chute. Le gitan tomba plus doucement, presque comme un pétale de rose dans une rivière.

Hé hé, Fromritt ! Depuis que j’t’ai vu foncer sur ces guignols à Yarthiss et après que t’aies parlé de ton fameux exploit, je n’ai eu qu’une envie c’est tester tes aptitudes, mon ami ! S’exclama-t-il en sortant deux épées courtes de leur fourreau.

Hum, je dois bien reconnaître que ton peuple m’intrigue au niveau du combat. Dit-il en détachant son fourreau de son plastron et en dégainant sa lame solennellement. Mais je suis un peu baisé là, un espadon contre ton attirail, tu vas m’exploser, ha ha aaaaah ! Il manqua de choir à cause d’une secousse, il se remit solidement sur ses appuis et mit sa grand lame en diagonale, un rictus amusé au visage. Toutefois, j’accepte ce défi !

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Sam 12 Mai 2018 19:53 
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Les yeux des deux combattants s’affutèrent jusqu’à ne devenir qu’une fente minuscule habitée d’iris enflammés par l’envie de s’affronter. Le sol tremblait, vacillait au moindre obstacle, remettant en cause l’appui des épéistes à chaque seconde. Immobiles jusqu’à présent, ils commencèrent à tâter le terrain par de petits pas latéraux, faisant ainsi danser leurs lames respectives de gauche à droite, comme un signe de défi. Barbamos, souriant comme jamais, s’arqua en ouvrant ses bras vers l’extérieur, ses genoux fléchirent et ses pieds appuyèrent fortement sur le plancher de la charrette, l’éjectant droit sur Fromritt. Une de ses armes heurta l’espadon sur le flanc, l’abaissant par la force de l’impact, tandis que l’autre se dirigeait vers la partie que la grande lame protégeait.

Le Wiehlenois serra les dents, contracta ses muscles puissants puis repoussa l’offensive en avançant et en remontant sa garde, balayant les deux épées courtes au prix d’un effort notable. D’un geste vif, il se décala sur le côté droit de Baba, recula en amorçant un coup en taille et frappa le tronc du gitan avec le plat de la base de son espadon. À la suite de cela, le Tulorien fit un bond en arrière tout en adoptant la position de la garde pendante, pointe de sa lame dirigée en plein sur Barbamos. Ce dernier comprit qu’il n’était pas le bienvenu au corps-à-corps et décida de s’éloigner d’une dizaine de mètres, ricanant et tapotant l’endroit qu’avait touché Lame-puissante. Le brun répondit en changeant de position, il baissa les bras et monta légèrement sa grande lame, afin de pouvoir s’adapter aux futurs coups de son adversaire.

Un trou sur le sentier fit presque chavirer la charrette. Fromritt avait plié les genoux et avait agrippé un bord du chariot, laissant une poigne incertaine sur la fusée de son épée. Barbamos, bien plus agile que l’espadonneur, sauta pile au bon moment pour ne pas ressentir les secousses et en profita pour se rapprocher de son challenger. Voyant cela, dans une position inconfortable, le Tulorien pesta sur la lenteur de ses mouvements et tenta de se repositionner tant bien que mal, mais c’était trop tard ! Une épée courte, tournée de manière à être plate, tapa l’épaule droite du grand gaillard à plusieurs reprises avant qu’une autre toucha le haut de son crâne. L’escrimeur entraînait ses armes dans un tourbillon métallique, il ressemblait à une tornade, un obstacle impossible à gravir pour le Wiehlenois. Se défendre allait être difficile, alors le Verlorgot se jeta hors de portée, aussi loin que ses jambes pouvaient l’y propulser. Il retomba lourdement sur le plancher, y créant au passage quelques craquelures, toutefois le temps n’était pas à la détente. Ni une, ni deux, le brun se releva aidé par l’adrénaline, des picotements s’éparpillaient sur ses deltoïdes et la froideur du métal n’avait pas encore quittée son front. Baba mit fin à sa spirale infernale, ses épées toujours prêtes à fondre sur leur proie pataude. Néanmoins, le regard acéré de Fromritt lui faisait dégager une aura prédatrice. Il dirigea son espadon vers la cime des arbres, resserra sa prise sur la poignée et surprit son adversaire en chargeant comme un taureau. Ses pieds s’écrasaient sur le sol pourtant balancé par les vacillements de la route, ils semblaient s’adapter à chaque inclinaison des planches, inarrêtables. S’époumonant, le bretteur amorça une frappe avec une importante amplitude.

Houuuuuuuuah !

Du ciel jusqu’au sol, son arme écrasa une bonne partie du plancher précaire. Des éclats de bois s’étaient même dispersés aux quatre coins de la charrette. L’instinct de survie de Barbamos lui avait permis d’esquiver de justesse ce coup incroyable, mais désormais, une peur viscérale demeurait au creux de son estomac. Les yeux ahuris du gitan fixaient l’espadonneur se remettre dans une position agressive, le sourire parant son visage était effrayant comme lorsqu’un fauve montre ses crocs. Fromritt sentait l’adrénaline submerger ses pensées, cependant, la raison avait guidé ses mains. Maintenant, l’arène était privée d’une bonne partie de terrain, laissant moins de place à Baba pour faire ses galipettes énervantes. La proie aux deux lames comprenait que l’étau se resserrer… Des frissons parcouraient son dos ainsi que ses bras, hérissant ses poils sombres. Et alors qu’il venait de rassembler suffisamment de courage pour foncer sur son prédateur, il dût s’arrêter net. Le Wiehlenois exécutait des moulinets rapides déplaçant puissamment l’air à chaque mouvement de lame. Il se rapprochait à l’instar de la mort. Inébranlable. Insurmontable. Inarrêtable.

Ha ha ha ha ha ! C’est bon, j’arrête, ha ha ha, tu as gagné Fromritt, je suis acculé. Bravo ! Il applaudit le vainqueur qui stoppa sa marche et rengaina sa grande épée.

Oh. Je me suis laissé aller, hein ? Désolé. Le Tulorien regarda les dégâts qu’il avait causés. Merde, j’aurai vraiment pu te faire mal, enfin, je parle de membres arrachés ou de corps coupé.

Hé hé hé, mon ami… Un léger tapotement de paume suivit ces paroles, Riosodi, perché sur un chariot voisin tel un corbeau, semblait avoir vu l’intégralité du combat comme d’autres gitans tout autour. Tu n’as point perdu de ta fougue et ton sens du duel est au moins aussi aiguisé que ton espadon. Barbamos, tu t’es bien défendu, je dois le reconnaître et le terrain était à ton avantage… Malheureusement, contrairement à notre ami commun, tu n’as la même envie de vaincre. Mais vous vous êtes tout deux touchés au moins une fois avec le plat de vos lames, c’était intéressant ! Tous les spectateurs acquiescèrent les remarques du charognard.

Les deux combattants se serrèrent la main, un grand sourire aux lèvres, satisfaits de ces échanges brutaux. Chacun avait appris de l’autre dans un respect d’une profondeur rare, ils s’étaient sondés à travers le fer des épées et de la combativité enflammant leur cœur. Le Verlorgot promis de réparer le trou qu’il avait fait, après cette traversée des marais bien laborieuse. Les secousses continuaient de trimbaler tout le monde de gauche à droite, de droite à gauche à des moments aléatoires. Cela donna une idée à l’espadonneur, il désirait rester sur cette charrette sans toiture afin de s’entraîner à garder l’équilibre tout en réalisant différentes gardes et postures à l’aide de son imposante lame. Un peu honteux, il avoua ne pas avoir révisé son art depuis des lustres, laissant clairement deviner qu’il n’était au maximum de ses capacités, suscitant l’admiration de Baba et l’intérêt de Cappelindro. Ainsi, pour le reste de la journée, le bretteur compressa les mâchoires sous l’effort herculéen qu’il devait fournir. Le poids à bout de bras, l’instabilité du sol, la taille monstrueuse de son épée ainsi que la lenteur de ses mouvements faisait trembler le moindre de ses muscles congestionnés. Son enveloppe corporelle n’était plus qu’un amas de veines et de stries marquées sur une peau rouge écarlate, reflétant le peu de soleil présent avec la sueur qui la recouvrait.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Mar 25 Sep 2018 13:51 
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Premier voyage


Le premier jour se déroula comme dans un rêve. Je marchai en tête à côté de Fyly, tandis que les trois autres fermaient la marche, et nous discutions beaucoup de ces anciennes aventures. Si certaines étaient effrayantes, les autres étaient palpitantes. Je la soupçonnais de romancer, voire d’inventer certaines, notamment celle avec le dragon, mais je ne me lassais pas de ces histoires. Nous croisions peu de monde sur cette route et c’était principalement des voyageurs qui nous saluaient avec entrain malgré leur état de fatigue, lisible sur leurs visages crasseux. Fyly expliqua que les bandits se tenaient à carreau en ce moment, donc nous devrions être tranquilles, mais qu’il fallait rester vigilant tout de même, par sécurité. Une bonne nouvelle, je n'avais pas envie de tomber sur un groupe d'hommes assoiffés de sang, j'avais eu mon compte. Ne pas y penser ... se concentrer sur la route...

En milieu de journée nous fîmes une pause au sommet d’une colline, profitant de la brise pour manger un repas sommaire et étirer nos jambes. Fyly décida de m’expliquer le rôle que chacun avait au sein du groupe en commençant pour Thorgrim qui me fit un petit salut de la main lorsqu’elle le désigna. Je n’avais jamais vu de Thorkin avant mais sa taille et sa carrure ressemblait à ce que mon père disait d’eux : « Petits, mais larges et forts, et surtout têtus ». Il portait une longue barbe rousse tressée et ornée de bijoux et deux tresses tout aussi décorées sortaient de son casque. Fyly m’expliqua que c’était le forgeron du groupe, qu’il s’occupait de leurs équipements et de leurs armes, mais que c’était un bourrin têtu qui aimait taper avec son marteau et que c’était pour ça qu’il portait une armure de plates et un heaume. Le tout avait l’air très lourd mais il se frappa le torse avec le poing en rigolant.

-Des broutilles pour moi ! Un nain peut porter deux fois ça et courir sans problème.

Vint le tour de Bolir, le géant dont je n’avais entendu qu’un grognement indistinct avant de partir. Il venait apparemment d’un village de guerriers dont il portait la tenue traditionnelle … c'est-à-dire pas grand-chose. On pouvait voir ses muscles et ses pectoraux luirent au soleil et les morceaux de cuir et de tissus qui lui servait de vêtements ne devaient pas protéger grand-chose, expliquant son teint buriné. Fyly indiqua que c’était un guerrier-né et qu’il allait toujours au-devant du danger avec ses deux épées géantes, mais qu’il n’était guère bavard et n’aimait pas particulièrement les enfants, raison pour laquelle elle était surprise qu’il ait accepté ma venue dans le groupe. En entendant ça il se tourna vers nous et nous fixa. Je lui fis un petit salut de la main et j’eus un grognement en retour avant qu’il ne reprenne son ancienne position. Je me tournais vers Fyly qui haussa les épaules, pas plus avancée que moi.

Ce fut le tour de Wyrlan qu’elle désigna comme le chef et prêtre du groupe, élément indispensable à leur survie et leur unité. C’était un homme de taille et d’âge moyen, chauve et à l’allure banale, surtout comparée aux autres « phénomènes du groupe » comme elle les appela. Il portait une toge, qu’elle m’expliqua être un symbole de son appartenance au clergé de Gaïa, déesse de la lumière dont il était un fervent serviteur. Elle le décrit comme calme et réfléchit et qu’il passait son temps à calmer les ardeurs de tout le monde, soupirant donc très souvent face à la témérités des deux autres. Il y avait tellement de bienveillance et de respect dans ces paroles que je me demandais si cela ne cachait pas quelque chose d’autre… mais ce n’était pas vraiment mes affaires de toute façon.

Elle parla finalement un peu d’elle. Ancienne forestière reconvertie en soldat puis en aventurière, elle était celle qui tenait l’ennemi à distance avec son arc. Elle annonça fièrement qu’elle pouvait toucher une feuille de vigne à 500 pieds de distance, ce que Thorgrim rétorqua comme étant « parfaitement inutile, tout comme toi lors des combats » et elle se leva pour aller se chamailler avec lui. Elle portait une tenue entièrement verte mais dont les nuances variaient, comme si le vêtement changeait de couleur.

Wyrlan annonça le départ et les deux jouteurs arrêtèrent de se quereller. Nous reprîmes notre formation et ce fut donc avec une Fyly vexée et qui boudait que je me remis en route. Alors que j’allais tenter de la calmer, le nain trébucha sur un défaut du chemin, ce qui lui redonna immédiatement le sourire, la motivant pour parler une bonne partie de l’après-midi.

Alors que le soleil se couchait, nous préparâmes le camp pour la première nuit sur le bord de la route. Thorgrim me demanda d’allumer le feu avec ma magie, ce que Wyrlan déconseilla, préférant la méthode manuelle, moins tape à l’œil, même si je pensais sur le moment que c'était pour éviter que je ne mette le feu à la plaine. Il me montra donc comment faire et je répétais l’opération avec moins de succès, me laissant quelque peu déçue. Tout le monde avait ses tâches pour la mise en place du camp et il ne fallut que quelques minutes pour que tout soit en place. La lumière était encore présente, aussi Wyrlan commença à m’enseigner quelques petite choses pour être une parfaite aventurière. La surveillance, les tours de garde, la compréhension du terrain et comment évaluer le danger. C’était très intéressant aussi mon attention était totalement focalisé sur lui. Il me donna ensuite un parchemin écrit main, précisant que c’était un rassemblement de notions sur l’utilisation et la maîtrise de la magie qu’il avait préparé. Je le remerciais chaleureusement, avant de me rappeler que je ne savais pas lire. C’est donc sur un ton un peu honteux que j'étais retournée le voir.

- Euh Wyrlan… à propos du parchemin … En fait je … je ne sais pas lire, je n’ai jamais appris.

Wyrlan soupira et Thorgrim, qui n’était pas loin, ricana.

- Bah, pas besoin de savoir lire, je n’ai jamais su lire et je n’ai jamais eu de problème de ma vie. Savoir compter, ça c’est important !

- Tu n’es pas un mage Thorgrim, savoir lire et écrire est quasiment obligatoire pour un utilisateur de la magie qui se respecte et qui veut se perfectionner. Bon, Yliria, je n’avais pas pensé à ça, mais c’est un peu bête de ma part de ne pas t’avoir posé la question. Il va donc falloir commencer par là. Je te donnerai un cours chaque fois que l’on prendra une pause sur le trajet. Pour le parchemin, garde le, je me baserai dessus pour t’expliquer les notions de la magie.

Bolir, qui s’occupait du repas, se tourna vers nous, assis sur un caillou. Il me regarda avec insistance, me rendant presque mal à l’aise.

- Un vrai guerrier n’a besoin que de ses muscles pour se sortir des ennuis. Tu devrais apprendre à te battre plutôt qu’apprendre la magie. Je peux t’entraîner et te rendre forte.

Son regard insistant était vraiment gênant... Il voulait vraiment m'apprendre à ma battre ? Je décidais qu'un peu de réflexion serait utile car même si savoir me défendre était indispensable, je n'avais pas spécialement envie de participer à un combat contre cette montagne de muscles, même pour m'entraîner.

- C’est … très gentil Bolir, je vais y réfléchir d’accord ?

- Pense moins, agis plus. Un vrai guerrier doit être toujours prêt à l’action.

Fyly vint à mon secours en posant son coude sur la tête de Bolir.

- Ne va pas lui enseigner n’importe quoi. Et je croyais que tu détestais les enfants ?

Bolir se contenta de grogner et se concentra de nouveau sur le repas qui mijotait. Visiblement il n’aimait pas qu’on le contredise mais au moins j'étais sauvée. Le reste de la soirée se passa tranquillement et on instaura les premiers tours de garde. Je me proposais pour le premier et personne n’y voyait d’inconvénient, puisque je voyais dans le noir presque aussi bien qu’en plein jour. Le reste de la nuit fut très calme, simplement perturbé par les changements de tour de garde. Seule dans le noir, des pensées désagréables m'assaillir; ma mère était toujours au centre, comme si elle était la cause de tout, me poursuivant inlassablement. J'en étais là lorsque Fyly se leva pour prendre la relève. J'allais donc dormir, même si j'eus du mal à trouver le sommeil, les mêmes pensées tournant en boucle une bonne partie de la nuit.

Les journées s'enchaînaient et passaient ainsi très vite. J’appris énormément de choses durant ce voyage. Non seulement Wyrland était un bon professeur, mais les autres aussi m’apprenaient de petites choses utiles comme prévoir les orages grâce aux oiseaux, poser des collets ou simplement des informations sur la faune et flore locale. Toutes ces activités gardaient mon esprit éloigné des sombres pensées qui m'assaillaient une fois le calme revenu. Lorsque je ne faisais que marcher ou que j'essayais de dormir, les souvenirs affluaient, douloureux et si réels que j'avais parfois l'impression de revivre l'horreur du moment en boucle: le feu, le sang, la lame, mon père gisant sur le sol et moi, penchée sur lui, tandis que le sourire de ma mère flottait au dessus de nous, tel un vautour attendant son heure. Il m'arrivait même de me réveiller en sursaut, haletante et en sueur après avoir revécu la scène une fois de plus. Seules les activités et les discussions avec les autres me permettaient de supporter ça et je surprenais parfois le regard inquiet de Fyly alors que je ressassais encore et toujours les mêmes choses, ce qui devait se voir sur mon visage. Je souriais alors, comme pour lui dire que tout allais bien. Et même si ce n'était pas le cas, je ne regrettais pas d'être partie avec eux et leur présence me faisait du bien, sans qu'ils le sachent.

Après une semaine, Bolir, sous le regard amusé de Fyly, décida de m’entraîner à me défendre quand un adversaire m'attaquait avec une épée. Il avait coupé et taillé des branches et m’expliqua à sa manière comment faire pour les esquiver, me faisant faire des mouvements bien précis qu'il corrigeait d'un coup de bâton qu'il voulait "léger". Le problème c’est qu'il n'y allait pas du tout doucement. Le premier soir j’étais couverte de bleus et les trois autres me dispensèrent gentiment de tour de garde, chose que j’acceptais volontiers tellement j’étais fatiguée. Fyly s'occupa de soigner mes bleus, bosses et éraflures avec des herbes qu'elle avait récoltées.

- Bon sang il pourrait y aller plus doucement quand même ! Tu vas avoir de jolies bleus sur tout le corps ma pauvre.

Ainsi, entre les leçons et entraînements du soir et la marche la journée, je ne pouvais pas m’ennuyer et les presque trois semaines filèrent très vite. L’atmosphère changea immédiatement lorsque nous sommes arrivâmes dans ce qu'ils m'indiquèrent comme les marais. Une brume épaisses, des sentier boueux et une atmosphère sinistre emplissait les lieux et donnait une allure inquiétante à tout ce qui se trouvait là, même les arbres qui semblaient sur le point de sortir de terre pour nous attaquer. Chacun était plus attentif, plus silencieux et j'avais hâte de sortir de cet endroit. Plusieurs fois je crus apercevoir des ombres étranges mais Fyly me conseilla de me concentrer là où je marchais pour ne pas glisser dans un trou boueux où on aurait du mal à me sortir. Cela ne me fit que détester encore plus cet endroit. Nous n’avons mis qu'un peu moins de deux jours pour les traverser, mais ce fut plus éreintant qu’une semaine complète de marche. Nous en sommes sortis au petit matin, émergeant de la brume comme si elle ne stagnait que dans cet endroit infect. J’étais soulagée d’en être sortie, et je n’étais pas la seule, Fyly en avait visiblement plus marre que moi. Sa belle tenue était couverte de boue et visiblement elle détestait ça.

- Que je déteste ces marais, pourquoi avoir fait passer la route par-là ? Bon sang regardez moi ce désastre ! Si je tenais celui qui a eu cette idée…

- Calme toi, nous en sommes sortis, il ne nous reste plus qu’à trouver ce fameux caveau. J’ai une vague d’idée de l’endroit à partir d’ici, mais les descriptions sont plutôt minces, il va nous falloir chercher avec attention. Fylyarina, tu pars en éclaireur avec Yliria, vous avez les meilleurs yeux du groupe, tâchez de repérer ce caveau. Nous vous suivrons et nous tâcherons de repérer un lieu pour un camp.

Fyly et moi hochâmes la tête et prîmes la direction supposée du caveau. Nous marchâmes pendant près des heures sans rien voir d’autres que des cailloux, de l’herbe et quelques arbres. A chaque rocher ou arbre rencontré, Fyly laissa une marque indiquant la direction que nous prenions et nous repartions juste après. Alors que l’après-midi était bien entamée, j’aperçus quelque chose sur ma droite, une sorte de petite pyramide qui sortait du sol.

- Fyly, il y a quelque chose là-bas.

Elle plissa les yeux et regarda dans la direction que je pointais.

- En effet, allons jeter un œil.

A mesure que nous approchions, la forme devenait plus nette. Ce que j’avais pris pour une pyramide était le toit d'un édifice qui était à moitié enfoncé dans le sol. Elle l'observa et eut un sourire.

- C’est bien celui-là ! Tu vois le blason en dessous du toit ? Les voyageurs ont noté ça comme moyen de le reconnaître. Je me demande pourquoi personne ne l’a vu avant…

- Peut-être qu’il est sorti du sol ? Il y a de la terre sur le toit et le reste du bâtiment est enfoncé.

- C’est en effet une possibilité. Bonne observation jeune aventurière, tu es prometteuse. Allez viens, allons retrouver les autres et leur annoncer la bonne nouvelle.

Nous sommes donc retournées sur nos pas et avons croisé nos compagnons alors qu’ils étudiaient un emplacement pour le camps

- Nous l’avons trouvé ! Il est à une vingtaine de minutes d’ici et exactement comme ils l’ont décrit. Par contre je pense que c’est un mausolée, pas un caveau.

- Il y a une grande différence ?

- Sur le principe non, mais les mausolées sont plus grands et renferment bien plus d’objets et de trésors que les caveaux, mais souvent ils sont bien mieux protégés. Yliria pense qu’il est sorti du sol, ce qui expliquerait pourquoi personne ne l’a jamais vu avant.

- Nous verrons cela demain, en attendant, nous allons préparer le camp. Bon boulot les filles, vous avez quartiers libres, mais évitez de trop vous éloigner, on ne sait pas ce qui rôde par ici.

- Merci chef ! J’ai repéré un ruisseau pas trop loin, on va en profiter, à plus tard.

J’ai donc suivi Fyly jusqu’à ce petit ruisseau que je n’avais absolument pas repéré lors de notre premier passage. Nous en avons donc profité pour nous laver, même si l’eau froide n’était guère agréable, et pour remplir nos gourdes. Nous sommes restées là le reste de l’après-midi a profiter du soleil, avant de rentrer lorsque celui-ci se rapprochait de l’horizon. Le camp était près, mais il était beaucoup plus travaillé que lors du reste du voyage. Fyly m’expliqua que comme l’exploration pouvait prendre plusieurs jours, il nous fallait un camp aménagé capable de durer le temps nécessaire et que souvent ils préféraient sortir des donjons ou autre tombeaux et se reposer dehors lorsque c’était possible, pour plus de sécurité.
Exceptionnellement, je fus dispensée d’entrainement avec Bolir car Wyrlan nous voulait en forme pour le lendemain, mais il continua mes leçons sur la lecture et l’écriture. D’après lui je progressais vite, mais je n’avais que des notions très basiques donc il faudrait que j’y travaille un certain temps avant de maîtriser. Après la leçon, tout le monde mangea tranquillement et se coucha tôt.
Il n’y eut aucune boisson consommée ou de partie jouée ce soir-là.


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Dernière édition par Yliria le Mer 31 Oct 2018 15:24, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Dim 30 Sep 2018 22:24 
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En route pour Yarthiss


La nuit même, je fis un cauchemar. Je ne me souvenais de rien, mais je me réveillais en pleine nuit, en sueur et haletante. Je n’osais pas me rendormir et décidais de passer le reste de la nuit près du feu avec Bolir qui faisait son tour de garde. Il me prêta gentiment une grosse peau qu’il utilisait souvent. Ainsi emmitouflée je me sentais bien et c’est donc assez surprise que je me réveillais alors que le soleil était déjà levé. Je me relevais pour découvrir que le camp avait été démonté et que les autres discutaient un peu plus loin. Je les rejoignis et rendis la peau à Bolir. Wyrlan s’enquerra de ma santé. Étonnement j’allais bien, je n’avais mal nulle part. Satisfait, il m’apprit qu’ils comptaient partir aujourd’hui dès que je serai prête. J’avalais rapidement un déjeuner et me déclarais prête à partir. J’avais hâte de partir de cet endroit, d’oublier toutes les horreurs que nous avions vécus ici. Nous prîmes donc la route et Wyrlan insista pour que je lui raconte tout ce que j’avais appris sur le nécromancien. Je lui racontais ce qu’il m’avait dit et ce qu’il voulait. Je ne savais malheureusement pas son nom, mais cela ne le gêna pas. Il précisa qu’il allait en informer les mages importants de Yarthiss, pour qu’ils fassent des recherches et vérifient que d’autres n’allaient pas reprendre ses travaux. Cela me rassura, je ne voulais pas que d’autres subissent le sort des deux malheureux que j’avais vu. Il arrêta de me poser des questions et me dis de profiter, nous allions rester à Yarthiss quelques temps et profiter de la revente des armes que nous avions trouver sur place. Il me montra une des fameuses armes. C'était bien les mêmes, mais elles avaient perdus leur aura maléfique et semblait presque en mauvais état, comme si l'aura donnait une meilleure apparence. Il dit que la revente nous permettrait à tous d'acheter de l'équipement et Fyly se montra curieuse à ce sujet.

- Tu comptes acheter quelque chose ?

En voilà une bonne question. Je n’avais jamais rien acheté car je n’avais pas d’argent de poche et tout ce qui me restait en partant de la maison était toujours en l’état, je n’avais jamais utilisé la moindre pièce.

- Aucune idée. La seule chose à laquelle je pense c’est identifier la rune que j’ai trouvé, à part ça je ne sais pas. Je n’achetais rien jusqu’à présent.

Bolir, qui était derrière nous, s’invita dans la conversation.

- Le mieux c’est d’acheter une arme solide pour te défendre et devenir forte.

Thorgrim enchaîna.

- Et il faut t’acheter une armure digne de ce nom, tu ressembles à un paysan avec ses frusques.

Fyly me tint par les épaules et me rapprocha d’elle, comme pour me soustraire aux deux autres.

- Merci les garçons, mais laissez vos idées débiles pour vous ! Yliria, le mieux serait d’acheter quelques bijoux magiques et une robe, ça t’irait bien.

- Ridicule, on ne se bat pas en robe !

Après ça, chacun alla de son petit commentaire sur ce qu’ils allaient acheter en arrivant en ville jusqu’à ce que Wyrlan ne nous rappelle à l’ordre.

- Attendez déjà d’avoir votre argent avant de faire des plans !

N’ayant pas d’idées de toute façon, je me concentrais sur la route. Au fur et à mesure du voyage, le paysage devint plus boisé, le sentier plus large et mieux entretenu et on croisait un nombre croissant de personnes, souvent des habitants de la région. La plupart nous saluaient et certains nous demandaient même de l’aide en échange d’un peu d’argent, mais nous ne pouvions nous arrêter, nous contentant de dire que nous étions attendus. Les habitants d’ici semblaient accueillants, ce qui contrastait beaucoup avec ce que j’avais connu. Père ne voulait jamais que je sorte de la maison pour ne pas tomber sur des personnes malintentionnées qui semblaient pulluler dans la région de Tulorim. En y repensant il voulait sans doute juste me faire peur pour que je fasse attention mais j’avais gardé cette idée en tête et maintenant que je voyais des gens nous saluer amicalement, je me rendais compte que j’avais peut-être été un peu appliqué trop à la lettre ce que Père m’avait enseigné. J’en parlais le soir à Wyrlan, entre deux leçons de magie.

- Accueillants ? Oui, mais c’est surtout par intérêt. Les gens ne sont pas dupes quand ils voient notre équipements et ils espèrent souvent qu’on les débarrasse de leurs problèmes ou que l’on fasse un sale boulot pour eux, alors ils font les amicaux, espérant que l’on ira leur parler et régler leurs soucis. Je ne dis pas qu’ils sont tous comme ça, loin de là, mais j’en ai connu beaucoup et si tu les laisses faire, tu y laisseras ta santé, voire ta vie dans des cas extrêmes.

Il me raconta comment il avait failli y rester lorsqu’un homme lui avait demandé de l’aide pour tuer une créature nuisible qui s’avérait être une meute de Gnolls affamés qui dévoraient son bétail. Ce jour-là il n’avait survécu que par chance et avec l’aide d’un chasseur qui passait par là. Je connaissais peu de choses de la vie de chacun avant qu’ils ne sillonnent les routes et à chaque fois j’étais passionnée par les histoires qu’ils racontaient.

Pendant la pause du midi, Fyly annonça qu’il n’y aurait pas assez de rations pour le reste du voyage et qu’il serait préférable de chasser un peu. Etant la chasseuse du groupe, elle décida de monopoliser le reste de la journée pour rassembler de quoi manger, que ce soit de la viande ou des fruits, graines et racines comestibles. Elle demanda aux autres de rassembler du bois, prétextant qu’ils étaient de toute façon trop bruyants pour espérer attraper quoi que ce soit et me demanda de trouver un coin d’eau pour remplir les gourdes presque vides. Elle partit donc peu après le repas en direction de la forêt. De leur côté, les trois autres, dont deux qui grommelaient beaucoup, commencèrent à aller chercher du bois. Je me levais donc et parti en direction de la forêt à mon tour, comptant sur l’intuition de Fyly qui m’avait affirmé qu’il y en aurait un, normalement, et prenait plein Sud.

La forêt était très calme et les arbres n’étaient pas très serrés, la rendant lumineuse et facilitant mes déplacements. Il y régnait une certaine sérénité qui me gagna peu à peu. Peu de mouvement et de bruits, une légère brise apportant des odeurs de feuilles et de terre, ce n’était pas désagréable. Je marchais en faisant bien attention, ayant failli tomber deux fois à cause de racines dissimulées, mais en profitant du moment. De temps à autre j’entendais un bruissement de feuilles ou cri lointain, mais rien qui ne dérangeait ma promenade dans le sous-bois. Je veillais à bien laisser une trace de mon passage, histoire de ne pas me perdre, mais sinon je laissais mes yeux vagabonder, veillant tout de même à chercher le fameux point d’eau. Après presque une heure de marche sans rien trouver, je changeais de direction pour prendre vers l’est, ayant ainsi le soleil dans le dos comme point de repère. Je ne marchais que depuis quelques minutes lorsque je surpris un mouvement dans des buissons proches. Je m’arrêtais et me baissais, curieuse. Je vis une petite créature aux poils bleus sortir du buisson en sautillant. Elle était adorable et bizarrement ma présence ne l’’effrayait pas. Je tentais de m’approcher lentement et elle s’arrêta de bouger avant de tourner sa petite tête vers moi et de détaler en poussant un « Loooouuuum » strident. Moi qui croyais qu’elle n’était pas effrayée, elle ne m’avait simplement pas vu. Cette créature avait de la chance que je n’étais pas un chasseur, sinon elle m’aurait servi de dîner. Je reprenais la route lorsque les buissons s’ouvrirent sur un autre animal nettement moins petit et mignon, quoique. On aurait dit un très gros chat rouge avec deux petites cornes sur le haut du crâne, mais sa mâchoire ne me donnait pas vraiment envie d’essayer de le caresser. Il feula en me voyant et des épines se dressèrent sur son dos. Je reculais lentement sans le perdre des yeux. Il me suivit du regard puis se mit à renifler le sol et s’élança dans la direction de la petite bestiole bleue de tout à l’heure. Je soufflais de soulagement. Note à moi-même, prendre une arme la prochaine fois, ce n’était pas avec quatre gourdes que j’allais me protéger de créatures dangereuses et une boule de feu dans une forêt paraissait vraiment être une mauvaise idée. Avançant prudemment, je finis enfin, après plus d’une heure, par trouver un petit ruisseau d’eau claire qui serpentait entre les arbres. Je m’asseyais donc sur une souche, remplissant les gourdes au maximum de leurs capacités avant de reprendre le chemin du camp. Un « Looooouuum » retentit derrière moi et je vis trois créatures bleues se ruer dans ma direction avant de passer à côté de moi. Elles étaient vraiment trop mignonnes, mais pourquoi elles s’enfuyaient comme ça ? Un feulement m’appris que le gros chat de tout à l’heure les pourchassait et je me retournais pour éviter qu’il ne me saute dans le dos. Il me regarda et feula une nouvelle fois en montrant les crocs. J’espérais vraiment qu’il ne pensait pas que j’étais là pour lui voler son repas. Je me déplaçais lentement sur le côté, espérant qu’il comprenne que je lui laissais le champ libre mais il continuait de me fixer en grognant.

- Gentil le gros, gentil, allez, va manger la boule de poil, mais pas moi, d’accord ?

Mais je faisais quoi ? Je parlais à un animal ? J’avais presque envie de me mettre une claque pour arrêter de faire n’importe quoi. Un nouveau feulement me fit regretter d’avoir parlé et je vis les pointes sur son dos se hérisser. J’avais très envie de décamper d’ici et l’apparition d’un deuxième me confirma dans mon choix, aussi je décampais. Je ne savais pas si les deux me poursuivaient, mais dans le doute, je supposais que j’avais toute une meute derrière moi et je courais aussi vite que possible, malgré la forêt qui n’aidait pas beaucoup. Je finis par déboucher dans une petite clairière totalement vide. Parfait ! Je me retournais et générais une boule de feu, laissant un petit sourire sadique se dessiner sur mon visage.

- Tu veux te battre ? Amène-toi, je vais te faire passer l’envie de me courir après sale bête.

Sauf que rien ne sorti du sous-bois. J’attendis quelques minutes pour être sûre avant d’éteindre ma boule de feu. J’étais presque déçue, mais en même temps soulagée de ne pas avoir eu à utiliser ma magie en pleine forêt. Je repris la direction du camp en me fiant au soleil qui baissait dans le ciel. Je devais me dépêcher et arriver avant la tombée de la nuit. Au détour d’un arbre je tombais sur Fyly qui portait un sac bien rempli ainsi que plusieurs créatures qu’elle avait déjà dépecées. Elle fut contente de me voir.

- Tu tombes bien, prends ce sac. Tu as trouvé de l’eau ?

- Oui, aucun soucis, même si j’ai cherché longtemps.

- Oui, je m’en suis douté, j’aurais dû venir avec toi, mais j'étais trop occupée à penser à la nourriture. Allez rentrons, je commence à avoir faim et la nuit va tomber.

J’opinais et la suivis. Le camp était déjà dressé et Thorgrim avait déjà allumé un feu autour duquel ils étaient en train de boire en rigolant. Ils nous aidèrent à vider le sac qui contenait plusieurs de ces fameuses créatures bleues ainsi que de nombreux fruits. Fyly m'informa sur les petite boules de poils.

- Des Bouloums. Pas très gros mais savoureux, ce sera le repas de ce soir, le reste il faut le cuire aussi, mais pour le conserver.

Même si je trouvais les créatures adorables, il fallait avouer que leur viande était vraiment savoureuse. J’eus presque honte d’en avoir laissé une s’échapper, avant de me rappeler que j’aurai eu un gros chat agressif à gérer si j’avais fait ça, très peu pour moi.
La soirée se passa tranquillement, je repris mes leçons de magie avec Wyrlan qui m’apprit qu’on pouvait modeler sa magie pour créer des variantes et être ainsi plus versatile, un peu comme lorsque j’avais augmenté ou réduit la taille de mes boules de feu, mais en changeant même la forme du sort, en créant ainsi un nouveau. J’essayais donc de produire autre chose qu’une boule de feu, sans succès hélas. Wyrlan eut un petit sourire devant ma mine déconfite.

- Cela prend des années pour maîtriser pleinement la magie, tu n’as jamais eu de formation et je t’entraîne depuis seulement quelques semaines pour la théorie et seulement quelques jours pour la pratique. Sois patiente, cela viendra à force de pratiquer. Pour l’heure, concentre toi et essaie de maintenir ta boule de feu et d’en créer une deuxième sans que la première ne disparaisse, cela te donnera une idée de comment mieux gérer ton énergie magique.

J’essayais donc, pendant un long moment. A chaque fois que j’arrivais à faire apparaître une deuxième boule de feu, je perdais le contrôle de la première qui disparaissait. Je visualisais très bien comment en faire apparaître deux, mais pas comment les maintenir en même temps. A chaque fois je me concentrais davantage sur l’une, faisant disparaître l’autre. J’y passais une partie de la nuit et mon tour de garde complet, sans succès, jusqu’à ce que Wyrlan ne me dise d’arrêter et d’aller dormir. Je ressassais cela dans ma tête, sans pour autant trouver une solution viable, ce qui me frustra. La magie me fascinait, mais ma compréhension était tellement limitée que je me demandais si je ne passais pas à côté de quelque chose. C’est seulement lorsque je lâchais un long bâillement que je cessais de penser à ça, finissant finalement par m’endormir.
Je passais ainsi le plus clair de mon temps libre du lendemain à tenter de faire ce que Wyrlan m’avait demandé. Nous continuions les leçons en parallèle, mais il manquait de connaissance sur la magie du feu pour m’apprendre tout ce qu’il fallait savoir.

- Il te faut aller à une bibliothèque ou trouver un mage maîtrisant la magie du feu qui accepterait de t’enseigner pour en apprendre davantage. Je n’ai couvert que les bases, il te faut trouver quelque chose de plus pointu. Autant perfectionner tes compétences d’écriture et de lecture pendant ce temps.

Je pouvais déjà lire et écrire des messages simples, mais Wyrlan sortit un livre parlant des dieux et de leurs légendes et j’eus le plus grand mal à comprendre ce qu’il racontait. Les mots étaient les mêmes, mais je ne n’arrivais pas à cerner le message. Wyrlan m’expliqua certaines choses.

- Les mots ont parfois des sens cachés ou des définitions différentes selon le contexte. Si tu prends un texte écrit par un nain et un autre écrit par un elfe, même s’ils parlent d’une chose similaire, les deux textes seront très différents. C’est pour cela qu’il faut toujours que tu lises attentivement, que tu t’imprègnes des mots et que tu comprennes ce que le livre essaie de te dire. Plus tu liras, plus il te sera facile de lire.

Il passa donc une bonne heure à me faire lire et écrire des passages de ce fameux livre, avant que je ne me remette à m’exercer à la manipulation de la magie, ce qui me prit encore une partie de la nuit. A ce rythme-là, j’allais arriver à Yarthiss en traînant des pieds, mais je voulais progresser et m’améliorer. J’avais cependant oublié un détail en me couchant si tard, me faisant regretter mon zèle lorsque je fus réveillé par Bolir.

- Debout, on reprend les entraînements, il est grand temps !

J’ouvrais un œil encore embrumé, pas certaine d’avoir bien entendu. Le jour se levait à peine, je restais donc emmitouflé dans ma couverture en grommelant.

- Quoi… dormir…

J’entendis quelqu’un s’approcher et j’ouvris un œil de nouveau. Je vis Bolir, une gourde à la main, me regarder avec un sourire que je n’appréciais pas. Il versa une partie de l’eau de la gourde sur ma tête.

- Aaaaaah ! C’est bon je suis réveillée, je me lève, je me lève !

L’eau était glacée et imbibait mes vêtements, me faisant grelotter dans l’air frais du matin. Toute fatigue avait disparu mais ce genre de farces ne me plaisait pas du tout. Bon sang ce que j’avais froid ! Je générais une boule de feu pour me réchauffer. Ça faisait du bien …

- Yliria, magne-toi !

- Mais j’ai froid !

- Bouger te réchauffera, et un vrai guerrier peut rester dans le froid pendant des heures sans faiblir.

J’avais envie de lui rétorquer qu’un vrai guerrier n’aurait pas arrosé une jeune fille d’eau glacée alors qu’elle dormait encore mais je m’abstins. Je repris donc les entraînements avec Bolir. D’habitude nous faisions des assouplissements avant qu’il ne me fasse répéter des mouvements me permettant d'esquiver efficacement en rectifiant certaines choses d’un coup de bâton, mais il changea de méthode. Il décida de passer à un entrainement plus pratique juste après les assouplissements et me demanda de me mettre en garde tandis qu’il se plaçait face à moi.

- Bolir, tu ne veux quand même pas …

Il ne répondit pas et franchit la distance qui nous séparait d’un seul bond, son bâton levé au-dessus de sa tête, et asséna un coup vertical. Je n’eus que le temps de me jeter sur le côté pour éviter son attaque. Je fis un roulé boulé tout en me retournant pour lui faire face mais il ne me laissa pas respirer et enchaîna avec un coup ascendant que je pris de plein fouet. Il mettait tellement de force dans ses coups que je fus légèrement décollée du sol et que j’allais m’écraser un mètre plus loin, le souffle coupé. Je voulu me relever mais il posa le bout de son arme sur ma gorge.

- Tu dois être toujours prête à te battre et ne jamais baisser ta garde. Debout, on reprend.

L’entrainement dura ainsi près de deux heures, ce qui était le double des entraînements habituels, et j’étais couverte de bleus, de bosses et de terre à force d’avoir été mise au sol. J’avais l’impression de bosser beaucoup plus qu’avant notre arrivée au mausolée, ce que Fyly me confirma lors de la pause du midi.

- J’ai eu … enfin nous avons peur pour toi au mausolée, et on veut que tu puisses te défendre efficacement, même si tu es seule. Nous allons donc faire en sorte que tu sois un peu mieux équipée et préparée. Quand on aura le temps, je te montrerai quelques trucs pour te défendre, mais loin d’eux, sinon on ne sera pas tranquille. Je crois que Thorgrim voulait t’apprendre à manier le marteau, mais Wyrlan l’en a dissuadé, fort heureusement.

Il faudrait que je pense à remercier Wyrlan. Thorgrim m'entraînant au marteau, voilà une chose que je ne voudrais jamais voir arriver. Nous bavardâmes pendant le reste de la pause et le groupe reprit la route en direction de Yarthiss. Le reste du voyage fut relativement calme, je jonglais entre les leçons de Wyrlan, les entraînements physiques de Bolir et mes propres entraînements magiques. Un emploi du temps tellement complet que lorsque Yarthiss fut enfin en vue, je ne pensais qu'à me reposer.


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 Sujet du message: Re: Route entre Tulorim et Yarthiss
MessagePosté: Sam 20 Oct 2018 16:46 
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Les gnolls aboient, la caravane passe


Rien ne vint perturber mon sommeil et je me réveillai aux premières lueurs de l’aube, parfaitement reposée. Après un repas frugal à base d’un fruit cueilli sur une branche et un morceau de poisson séché, je me remis en marche en direction du Nord en déviant légèrement vers l’ouest, ce qui me rapprocherait de Tulorim. La forêt et la brume des derniers jours avaient laissées place à d’immenses plaines verdoyantes parsemées de bosquets, facilitant grandement ma progression malgré l’absence totale de route définie. Je marchais un peu où je pouvais, heureusement le sol était sec, mais je préférais ça plutôt que de devoir repasser par les marais. Cela avait été pénible la première fois, j’aurai eu encore plus de mal si j’avais essayé seule.

Je mis près de dix jours pour atteindre une route digne de ce nom et je pris alors plein ouest en direction de Tulorim. Trouver la route était la chose la plus importante à faire de cette partie du voyage, y rester serait sans doute la plus dangereuse. Si la dernière fois nous n’avions pas eu d’ennuis, je me doutai qu’un voyageur seul était une proie facile pour des bandits. J’avançai donc sur le qui-vive, réduisant la durée de mes pauses et veillant à bien me cacher lorsque le soir tombait. Le voyage se déroula normalement pendant cinq jours. Lorsque l’aube du sixième jour perça la voûte étoilée, je m’étais déjà mis en route. J’avais mal dormi, comme souvent depuis mon départ, mais davantage à cause de cauchemars et d’angoisses qu’à cause de l’inconfort. La solitude commençait sérieusement à me peser après plus de 20 jours de route seule. J’avais beau me répéter que c’était un mal nécessaire et qu’à force je m’y habituerais, je me disais aussi que je n’avais pas forcément envie de m’y habituer.

Je m’étirai tandis que j’arrivai en haut d’une petite colline en milieu d’après-midi. De là-haut, j’aperçus quelque chose en contrebas. Je voyais des gens, probablement une caravane au vu du nombre de chariot et de personne. Ils étaient arrêtés en plein milieu de la route et semblaient bloqués. Étrange… des brigands ? Je descendis doucement la colline et arrivai à mi-hauteur avant de repérer des mouvements sur les deux côtés de la route. Des créatures humanoïdes semblaient s’approcher et j’en vis plusieurs lancer des projectiles sur la caravane. Je ne parvins pas à identifier les créatures, mais je décidai d’aller aider les caravaniers. Je me glissai sur le bord de la route et progressai à couvert. Les cris et les bruits des armes se firent de plus en plus distincts et je pus enfin discerner les créatures. On aurait dit des espèces de chiens aux poils ras qui se déplaçaient sur deux jambes et qui utilisaient des armes de toute sorte. Ils n’étaient pas très rapides mais ils semblaient être organisés et tenaces.

J’hésitai à m’en mêler jusqu’à entendre le cri de terreur d’un enfant lorsqu’une créature sauta sur l’un des chariots. Je vis l’enfant tenter de courir sur la route, poursuivi par la créature. Pas le choix, je générai une boule de feu et visai la créature qui ne s’y attendait pas du tout. La boule de feu vint la cueillir en plein dans le torse, la jetant au sol tandis que ses poils s’embrasaient, la faisant couiner avant qu’elle ne se roule par terre dans l’espoir d’éteindre le feu qui se propageait sur elle. L’odeur de chair grillé arriva à mes narines et je retins un hoquet de dégoût. L’enfant s’était arrêté et regarda la créature qui cessa bientôt de bouger, le corps fumant et brûlant encore par endroits. Je sortis de ma cachette et fis signe à l’enfant de retourner vers la caravane. Il courut et passa sous le chariot le plus proche. J’allais le rejoindre lorsqu’un grognement se fit entendre dans mon dos, me faisant faire volte-face. Une autre créature, armée d’une lance et d’un bouclier archaïque s’approcha de moi. Une boule de feu apparut dans ma main et la créature montra les dents avant de charger. Ma boule de feu vint s’écraser sur son bouclier qu’elle lâcha aussitôt avant de me sauter dessus en essayant de me clouer au sol avec sa lance. J’esquivai d’une roulade sur le côté et me relevai. Je dégainai ma dague au moment où elle envoya sa lance sur moi. Je ne pus que me jeter sur le dos pour l’éviter et elle en profita pour m’attaquer au sol. Elle m’entailla le bras droit avec ses griffes et tenta de mordre ma gorge avec sa gueule puante et baveuse. Je parvins à éviter son assaut de justesse et la repoussai en pliant mes jambes et en lui donnant un coup de pied dans l’abdomen, la faisant reculer en couinant. Je jetai un œil à mon bras en grimaçant. La blessure n’avait pas l’air très grave mais elle saignait beaucoup et j’avais peur des infections que ces saloperies trimbalaient. La créature grogna et tenta de me sauter de nouveau dessus. J’esquivai en roulant sur le côté et tentai de l’attaquer à la dague lorsqu’elle me dépassa. Je tranchai à peine la peau des côtes, ne faisant qu’une légère entaille. Merde ! Je n’avais pas l’habitude ce genre de truc moi. Les choses se corsèrent lorsqu’un deuxième arriva, la gueule pleine de sang et les babines retroussées, armés d’une longue lame ébréchée. Je faiblissais à vue d’œil, handicapée par ma blessure alors que j’avais deux adversaires en bonne forme, c’était mal parti. La première se jeta de nouveau sur moi, mais je la fis reculer en faisant de larges mouvements de taille avec ma dague, sans parvenir à la toucher pour autant. L’autre avait l’air d’attendre, elle se contentait de me fixer en grognant. La première se jeta de nouveau sur moi et parvins à me bloquer contre le chariot. Je réussis tant bien que mal à garder sa mâchoire éloignée de ma gorge en mettant mon avant-bras blessé dessous, ce qui la gênait considérablement. Elle battait l’air avec ses griffes et m’entailla légèrement le visage tandis que je plantai ma dague dans son torse, la faisant couiner de douleur. Elle s’éloigna et je pus heureusement retirer la dague. La créature saignait abondamment et je vis l’autre… ricaner, ou du moins cela ressemblait à un ricanement. Elle me regarda et s’avança mers moi, lame en avant. Je devais attendre le bon moment pour frapper, ne pas attaquer trop tôt. Elle me chargea et donna un coup de taille ascendant que j’eus du mal à esquiver et elle enchaîna aussitôt par un grand coup circulaire. Je me jetai au sol tandis qu’elle levait de nouveau sa lame. Je lui lançai une boule de feu au moment où sa lame s’abaissa. Ma boule la heurta en plein torse, la perturbant et lui faisant dévier sa lame qui vint s’encastrer dans un des chariots et y resta coincée. La créature essaya elle aussi d’éteindre le feu en se roulant par terre, mais son sort ne fut pas différent de son congénère et elle cessa bientôt de bouger. Je me relevai en titubant, fatiguée. Bon sang que la magie était éreintante, ce n’étais pas viable contre plusieurs adversaires… En parlant d’adversaire, le troisième me fonça dessus et me percuta, m’envoyant contre le chariot le plus proche que j’heurtais brutalement. Je vis de petites lumières danser devant mes yeux lorsque ma tête heurta le bois, mais elles disparurent très vite lorsque je vis la créature se jeter sur moi et tenter de me mordre. Je me laissai glisser au sol et ce fut à son tour de se cogner contre le chariot. J’en profitai pour enfoncer ma dague dans le corps de la créature. Paniquée, je la poignardai plusieurs fois avant de lâcher à cause du sang qui rendait l’arme glissante. Elle recula en titubant, regardant avec surprise la lame toujours plantée au milieu de son torse, et s’effondra sur le dos. J'haletai, couverte d’un liquide poisseux, mais je me forçai à me relever et à récupérer ma dague que j’essuyai sur un morceau d’étoffe que portais ces horreurs. Mon bras me faisait un mal de chien et la griffure sur mon front saignait beaucoup, gênant un peu ma vue, mais je m’en sortais bien si on prenait en compte le nombre d’adversaires. Tout ce sang me répugnait mais je n’avais plus cette sensation de nausée comme la dernière fois. Peut-être parce que ce n’était pas celui d’un être humain…

Les bruits de combat ne me parvinrent plus et j’espérai vivement que les caravaniers s’étaient occupés des créatures, sinon j’étais mal. Pressant ma main contre mon bras blessé, je voulus contourner le chariot et tombai nez à nez avec l’une d’entre elle qui jappa en me voyant, mais se contenta de fuir sur le côté de la route. Dague sortie, je m’approchai prudemment du centre du convoi lorsqu’un homme sorti de nulle part tenta de me frapper avec un marteau. Je me jetai sur le ventre pour éviter son coup qui fracassa le bois du chariot. Je me mis sur le dos pour qu’il me voie mais il levait déjà son marteau. Je mis instinctivement mes mains devant mon visage en criant.

- Je ne suis pas un ennemi !

Il suspendit son geste et m’examina. Je lâchai ma dague pour bien lui faire comprendre que je ne lui voulais rien et il baissa son marteau, l'air un peu étonné.

- J’te connais pas, d’où tu sors ?

- De la route derrière vous, je vous ai vus aux prises avec ces choses alors j’ai voulu donner un coup de main. Il y en a trois mortes derrière, vous pouvez vérifier.

Il haussa un sourcil et jeta un œil. J’entendis un sifflement et il me sourit en tendant la main. Je la pris et il m’aida à me relever. Je ramassai ma dague et la rangeai tandis qu’il me félicitait.

- Belle prouesse jeune Shaakt, ces saletés de gnolls nous traquent depuis deux jours, merci de ton aide.

Des gnolls… Wyrlan m’en avait parlé, mais je n’en avais jamais vu… j’espérai ne pas en revoir de sitôt. L’homme, qui se présenta sous le nom de Davis, m’invita à le rejoindre dans le convoi pour panser mes plaies. En reontant le convoi, je vis le carnage autour de nous. Il y avait de nombreux gnolls au sol et beaucoup de caravaniers étaient blessés. Davis me présenta rapidement à une vieille femme qui se chargea de nettoyer mes plaies avant de passer un onguent et de bander le tout. Je la remerciai et elle me gratifia d’un sourire édenté. Je vis quelques regards surpris tandis que je traversai le convoi mais Davis les rassura en levant la main. Il me proposa de rester souper avec eux, ce que j’acceptai. J’avais bien méritée un peu de réconfort non ?

- Que faisais-tu, seule sur cette route ?

Davis avait posé la question tandis que nous mangions avec d’autres membres du convoi et je vis des regards curieux se lever et me regarder. Il faut dire qu’une adolescente voyageant seule avait de quoi intriguer.

- Je fais le trajet de Yarthiss à Exech et je passe par Tulorim pour…. Visiter une tombe.

Il y eut quelques murmures et regards surpris.

- Depuis Yarthiss ? Cela fait un sacré bout de chemin. Tu es toute seule ?

- Oui, d’habitude je voyage avec d’autres personnes, mais là j’ai dû partir seule. Et vous vous alliez où ?

- Nous avons rendez-vous à Tulorim pour embarquer sur un bateau. Nous n’avions pas prévu ces gnolls mais nous n’avons que des blessés, fort heureusement. Tu veux te joindre à nous pour le reste du voyage ? Tes compétences seraient utiles, les gnolls vont sans doute continuer à nous traquer et s’ils te voient seule…

J’acceptai sans hésitation. Je n’avais pas envie qu’un groupe de gnolls me tombe dessus ,j’avais suffisamment voyagé seule et ces personnes ne risquaient pas grand-chose puisqu’elles allaient prendre un navire à Tulorim.

Exténuée par la journée de marche et le combat je m’installai contre un chariot. Je me réveillai le lendemain, chahutée par le déplacement du chariot sur la route. Quelqu’un m’avait porté et emmitouflé à l’intérieur. Très gentil, mais ça en disait beaucoup sur mon incapacité à rester alerte en dormant, une chose que je devais revoir également. J’auscultai mon bras et ne ressentis qu’une légère gêne, l’onguent eut l’air particulièrement efficace, mais je laissai le bandage pour le moment, mieux valait ne pas y toucher. Je passai la tête en dehors et vis que le convoi avait repris la route. Je m’approchai de l’avant et sortis, arrivant sur la banquette où Davis conduisait. Il me salua gaiement et je lui répondis d’un air endormi. Ce chariot était celui de tête, tiré par deux bœufs « Roby et Titine » selon Davis, et précédé d’un cavalier qui surveillait la route et les alentours. Je m’installai à côté de Davis en baillant, j’avais sans doute trop dormi. Il me dit qu’il n’avait pas voulu me déranger et qu’il avait préféré m’installer dans le chariot lui-même ce dont je lui fus reconnaissante.

Le convoi s’arrêta à la mi-journée pour le repas et je partageai un petit moment avec les quelques familles qui allaient ainsi à Tulorim. Elles venaient toutes du même village qui avait subi des raids de la part d’un groupe de bandits et ils avaient préféré fuir devant l’inaction de la garde et de la milice, leurs vies étant menacées en permanence. Ils comptaient prendre un Bateau jusqu’à Eniod où l’on disait que la vie était plus agréable. Je fus impressionnée par leur détermination mais la plupart n’avait fait que suivre l’avis de Davis, le chef de leur village. Je retrouvai également l’enfant que j’avais sauvé et dont la mère vint me remercier en m’offrant des biscuits. Si l’intention était bonne, les biscuits étaient tellement durs que je dus les tremper dans l’eau pour ne pas me casser les dents dessus. Le voyage fut étrangement calme, les gnolls n’attaquèrent pas de nouveau et rien d’autre ne vint perturber le trajet. Il nous fallut environ cinq jours pour arriver à Tulorim, cinq jours où je pus me reposer tout mon saoul avant de devoir de nouveau voyager seule.


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