FutileMalgré tout, la musique s'arrêta assez rapidement et Evangelina se sentit de nouveau maitresse d'elle même. Malheureusement, ce bref interlude de musique n'avait d'aucune façon modifié leur situation, si ce n'était par l'apport d'une perte de temps dont la poupée brisée se serait bien passée.
Elle regarda autour d'elle. La tension était toujours là. Elle ne savait pas quoi faire. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait, n'arrivait pas à mettre tout ce qu'elle avait appris ces dernières minutes dans le bon ordre. Elle en avait assez, et n'avait qu'une envie, sortir de là.
(Calme-toi, ce n'est pas comme ça que tu t'en sortiras.)(J'en ai marre, je n'en peux plus.)Elle se sentait incapable, inutile. Elle devait retrouver Larhe et ne parvenait pas à sortir d'un simple livre. Tout la dépassait. Et soudain, tout changea. Elle eut à peine le temps de comprendre d'où venait le violent craquement qui couvrit toutes les discussions que le plafond avait disparut. Puis se furent les murs qui, dans un bruit à la fois sinistre et insoutenable, s'écroulèrent.
Sans réfléchir l'Aniathy s'agenouilla et mit ses bras au dessus de sa tête pour se protéger. Mais le bruit retomba sans qu'aucun gravât ne lui fut tomber dessus. Elle attendit quelques secondes puis releva les yeux, posant ses mains aux sol, comme pour se rassurer qu'il était toujours là. Et ce qu'elle vit l'effara.
Elle écarquilla les yeux en comprenant que plus aucun mur n'était debout, qu'ils étaient maintenant tous dans cette brume noire et sans vie qu'ils avaient voulut éviter en refermant la porte.
"Qu'est-ce qu'il se passe ?"Elle tourna la tête. Il semblait se passer des choses dont elle ignorait les causes. Le nain venait de s'élancer vers la tueuse de sang froid qui portait un petit homme sur l'épaule.
Mais cela n'était qu'un détail à côté des bruits qu'elle entendait. Ils n'avaient rien de rassurant. Ils étaient nombreux, dissonants, comme s'ils étaient à la fois réels et imaginaires. Mais quoi qu'ils fussent, ce qui les causait bougeait, et était présent en grand nombre.
Evangelina avait beau regarder autour d'elle, elle ne voyait rien, ne parvenait pas à distinguer la source des bruits. Puis soudain, une voix parla, une voix qui la fit littéralement frissonner. Et ce qu'elle dit n'avait rien de rassurant. Elle parlait de nourrir des bêtes, de bruler le livre.
Cette dernière allusion lui fit comme un flash. Un bref instant de souvenir qui noircit son regard, son âme.
"Il est hors de question que je brule..."Elle porta sa main à sa poitrine, là où reposait la pierre de vie de Larhe, alors que les images de son corps en feu repassaient dans sa tête, et que des larmes bleutées coulaient sur ses joues.
Elle se releva et se concentra. Elle se battrait, elle ne se laisserait pas avoir ainsi. A ce moment là quelque chose roula à ses pieds. Une jolie bille bleue, presque immatérielle à regarder mais solide entre ses doigts. Elle la ramassa en fronçant les sourcils, avant de remarquer que tous le monde venait de faire de même.
(Qu'est ce que c'est ?)(C'est la première fois que j'en vois autant au même endroit. C'est extrêmement rare pourtant...)La poupée brisée soupira. Ca ne répondait pas à sa question. Mais très vite elle remarqua que quelques personnes faisaient apparaitre armes et armures.
(C'est la bille qui fait ça ?)(Oui, profites-en, c'est un cadeau précieux.)Elle regarda de nouveau la petite bille bleue, alors que les bruits dans la brume se faisaient plus pressant. Elle n'avait besoin de rien, à quoi pouvait lui servir une telle bille ?
(Au contraire, tu as grand besoin d'aide matérielle. Ta dague t'est bien inutile j'ai l'impression.)Pour une fois, Evangelina était d'accord avec l'araignée bleutée. Mais que pouvait-elle vouloir ? Une armure, un casque, une arme ? Elle n'y connaissait rien, elle ne savait pas ce qui l'attendait dehors...
Rapidement elle se décida pour une arme. Bien que sa tenue soit particulièrement abimée, le manteau d'Hailindra le protégeait et elle ne se voyait pas porter quelque chose encombrant son mouvement. Mais qu'elle arme ? Elle ne savait pas tirer à l'arc, n'avait pas la force pour porter une épée... Les quelques affrontements qu'elle avait vécu lui permettaient à peine de se faire une idée de ce qu'elle préférait comme approche...
En réfléchissant elle remarqua qu'elle ne connaissait que peu d'arme, toutes datant de l'époque où elle n'était encore qu'un Aniathy domestique. Le petit d'ami d'Arhya possédait lui même quelques armes, des épées classiques, et quelques armes plus exotiques...
(Réfléchis bien, cette bille n'offre qu'une seule pièce.)Elle ne savait pas se battre, il lui fallait quelque chose d'assez facile à manier, qui ne nécessitait ni prise de risque ni ouverture flagrante.
(Mais j'ai ma magie...)Elle pensa donc à une arme qui pouvait maintenir les ennemis à distance, du moins éviter que leurs propres lames ne puissent l'atteindre...
(La grande épée !)Evangelina se rappela d'une arme qu'elle avait vu dans cette collection, un sabre assez long dont le manche était étrangement grand. Plus elle y pensait et plus elle le revoyait distinctement. C'était l'arme qu'il lui fallait. Le petit ami d'Arhya lui avait expliqué que sa taille permettait une vitesse plus grande, et un maitrise du terrain plus aisée.
(Mais comment... ?)(Penses-y simplement.)Dubitative, elle ferma cependant les yeux et visualisa cette étrange arme que lui avait montrer cet homme. Elle n'était pas sûre de pouvoir l'utiliser correctement, mais vu la situation dans laquelle elle se trouvait...
Derrière la brume---------------------------
L'arme à laquelle pense Evangelina est un nagamaki.
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Les dieux ne sont qu'enfants, inconscients et inaptes. Ils souffriront comme j'ai souffert, perdront à jamais leur pouvoir et erreront, comme jamais personne n'avait encore erré. Ils pleureront, remplissant les mers, et saigneront, car tel est le sort que je leur réserve, car enfin ils vivront ce qu'ils ont fait vivre...
Merci à Itsvara
« Les hommes ne sont pas nés du caprice ou de la volonté des dieux, au contraire, les
dieux doivent leur existence à la croyance des hommes. Que cette foi s'éteigne et les dieux meurent. » Jean Ray