L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Lun 30 Sep 2013 02:36 
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Toujours impassible, la femme l'observa massacrer un autre de ses hommes en armure. Tout autours, les félins qui s'étaient ralliés donnaient ce qui restait de leur foi pour contenir les assauts. La féline et son compère brun étaient hors d'état, mais cette poignée de tigreaux lui tenait toujours tête. Sa chair à baliste fléchissait elle aussi, s'éparpillant peu à peu, dans la peur d'avoir vu débarquer un piller de feu au milieu du combat. Malgré tout ce chahut, Raven tenait ses yeux rivés sur le gladiateur qu'elle avait entretenu, dans le passé. L'affrontement était inévitable, déjà ses doigts étaient parcourus de filaments obscurs.

Ce n'est que lorsqu'un woran gigantesque fit son apparition auprès d'Aztai, prêt à le soutenir, qu'elle décida d'entrer en scène.

---


D'un mouvement sec du poignet, le félin enleva le surplus de sang sur sa lame. Laissant tomber un nouveau corps sans vie, il fusilla son véritable adversaire du regard, Raven. Ses hommes s'éparpillaient dans le chaos le plus total, alors que les félins subsistaient, bien moins nombreux.
Un rugissement amical détourna l'attention d'Aztai de sa proie. S'approchait à grandes foulées Rudy, au grand bonheur du tigré. Au travers des flammes qui battaient son corps, il percevait la hargne infatigable de son père, qui avait troqué sa hache pour un marteau. Le colosse s'arrêta et observa son fils pendant une seconde:

-L'Ancien ne se trompait pas... un champion pour un dieu! Scanda-t-il empli de fierté.

Mais la réponse du woran neige se perdit dans un ronflement assourdissant. Ses tympans vrillèrent, son cœur manqua un battement, son père... fut soufflé par une masse de fluides noirs. Projeté au loin sous le regard de son fils impuissant, le colosse s'écrasa à la manière de Kharo, ne donnant pas plus de signe de vie.
Le choc n'avait pas encore engourdit ses sens qu'Aztai balançait son arme à l'aveugle, en direction de la sorcière. La lame fusa à toute vitesse, mais passa bien trop à côté de sa cible. Une erreur qui se paya très vite. Un deuxième trait d'ombre jaillit de la paume brandie de Raven, Aztai n'eut le temps que de lever sa patte désarmée...

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Dernière édition par Aztai le Dim 24 Nov 2013 17:58, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Lun 30 Sep 2013 15:50 
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Quelle choc!

-Aztai...

Cette voix familière, malgré le tumulte de l'affrontement, se glissait jusqu'aux oreilles du fauve. Allongé de tout son long sur le dos, il tourna douloureusement la tête sur le côté, Gaora apparaissant dans son champ de vision. Toujours aussi affaiblie, la worane tendait une patte tremblante en sa direction, adossée à l'autel de Méno. Ses muscles meurtris, son regard trouble, les flammes qui léchaient son corps n'étaient plus. Les pouvoirs de la sorcière triomphaient encore de lui, et même si Aztai sentait toujours la magie palpiter dans ses veines, l'user de nouveau lui semblait insurmontable. Sa patte gauche le lançait affreusement, il n'osait tourner ses yeux vers son ennemi. Se relevant avec peine, il tituba et s'appuya sur le bord de l'autel: la worane l'observa, elle posa une patte encourageante sur sa cuisse, et lui tendit quelque chose:

(Tu dois combattre à armes égales !)

Le félin, haletant, se décida enfin à regarder Raven. Un sourire se profilait sur le visage blafard de cette chienne, déjà elle préparait la suite des évènements, les doigts parcourus de fluides obscurs.

-Qu'elle brûle... fit la féline blanche, pour Meno et pour ton peuple.

Son sang ne fit qu'un tour, s'emparant du deuxième rouleau magique qu'elle lui tendait, Aztai fit face et marcha en direction de la magicienne. Dans sa patte, il sentait le parchemin enroulé transpirer de fluides, appelant littéralement à être déchaînés. Ces présents de la Maîtresse magicienne Lictaria lui étaient personnellement destinés, les fluides réagissaient-ils tous ainsi au contact d'un mage? Qu'importe, le tigré savait déjà ce qu'il fallait faire.
Implorant Meno de toute sa foi, il détacha la ficelle qui renfermait l'arme nécessaire au trépas de Raven. Le papier s'embrasa, le pouvoir du fauve réagit, son cœur battant plus fort.

(Domine-là, comme tu domines ton ki!)

Ne cessant sa marche, le woran neige obéit à sa faera et se concentra de nouveau. Les poils de son avant-bras se hérissèrent sous le flux ardent, une masse lumineuse naissait dans sa paume.

(Encore!)

Libérant plus encore, le fauve alimentait sa force à la vue de sa proie. Raven ne lui laisserait pas plus de temps, son regard trahissant une certaine appréhension à la vue de son adversaire toujours debout. Levant son bras en un éclair, elle relâcha toute sa concentration et s'accorda même un cri de haine. Aztai fit de même, laissant son corps le guider, laissant sa puissance s'échapper. Son champ de vision fut éblouit, de sa paume jaillit un torrent de flamme ronronnant. L'intensité magique grilla l'herbe dans le sillage du sort, une aura caniculaire entourait la boule de feu. Moins d'une seconde après, une explosion se produisit, forçant Aztai à fermer les yeux. L'onde de choc éveilla des frissons le long de son échine dorsale. A travers le brouillard de fluides qui se formait entre lui et Raven, le fauve ne perdit pas de temps pour répéter son action. De nouveau les fluides s'échappèrent de sa patte, puisant dans cette nouvelle réserve qui animait son cœur et sa foi. Une seconde explosion, un second choc de fluides, il tenait tête à la sorcière!

(Ce duel est tiens, Aztai, c'est la consécration, l'épreuve de Meno!)

Encouragé par sa la faera millénaire, le tigré concentra une troisième fois sa magie et déchaîna son ardente colère dans un rugissement. Mais cette fois-ci, son sort fut parallèlement accompagné d'un autre trait, des fluides de glace, provenant tout droit d'un troisième mage qui vint se poster à sa hauteur. Soutenu par un des fauves survivants qu'il ne connaissait même pas, Aztai sentit dans le regard de son frère de fourrure la volonté et la rage de vaincre. Du sang lui couvrait la gueule, tâchant sa fourrure grise, l'oreille gauche lui manquait. Mais celui-ci, comme tout ses semblables, se battrait jusqu'à la mort, venant en aide à son capitaine.

-Baltor! Scanda Gaora dans leur dos.

Mais le félin d'Ambervalle n'entendait rien. Sous le regard du woran neige, il fonça en direction de la sorcière et fit jaillir une magie bleutée de sa patte ouverte.

-Non! Tournant son regard vers la féline, il lui somma presque: Fuis! Protège ta vie!

Oubliant un instant son ennemi, Aztai courut derrière son frère d'arme, puisant dans ses forces pour préparer un quatrième sort. Non, il n'y aurait pas de sacrifice, pas pour lui. Zénith était formel, c'était son combat, son épreuve. Son peuple, décimé, tant de vie abrégées dans le sang...
Le sort de son compère heurta celui de Raven, qui faisait face à deux adversaires dorénavant. Profitant de cette diversion, Aztai enchaîna et s'en suivit un autre geyser flamboyant. Malheureusement bloqué par la magie obscure de la sorcière, le tigré perçut la faille, la brèche: Raven laissait transcender la peur sur son visage habituellement impassible, un véritable coup de fouet pour le fauve. La femme recula en voyant avancer sur elle ses deux ennemis, seule dans cette bataille. Le dénommé Baltor était toujours debout, il érigea un bouclier de glace pour contrer une nouvelle masse de magie noire. Dans un bruit cristallin, sa protection vola en éclat et il fut jeté à terre. Tentant de se relever, Aztai quand à lui ne perdit pas de temps pour lui offrir quelques secondes de répit.

(La magie est traitresse, elle prendra ta vie si tu la sollicites trop!) Mit en garde Zénith en le voyant préparer un nouvel assaut magique.
(Si je dois tomber, que la magie me prenne, mais cette garce ne posera pas la main sur mon cadavre!)

Avant que son sort ne se solidifie, un hurlement de colère résonna dans toute la clairière. Raven tenait ses deux mains en direction de Baltor, toujours couché:

-Pourrissez tous, animaux que vous êtes!

Déconcentré, le tigré tourna le regard vers son frère d'arme. Un voile sombre le recouvrait, sa fourrure sembla réagir au contact des fluides. Se tordant de douleur, c'est sous l'air horrifié d'Aztai que la peau de Baltor se putréfiait à une vitesse incroyable. Saisit d'un haut le cœur, le woran neige devait mettre fin à ce cauchemar. Il chargea Raven, dispersant cette fois-ci ce qui lui restait d'énergie dans ses deux pattes. Il n'était plus qu'à quelques mètres, ignorant les mises en garde de Zénith. La femme l'avait vu arriver, détournant son attention, et projeta elle aussi un sort.

Un acte suicidaire, Aztai le savait, à une telle distance l'un de l'autre qui pourrait survivre? Seul Meno le savait... dans tous les cas, les fluides furent déchaînés.

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Dernière édition par Aztai le Dim 24 Nov 2013 18:07, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 1 Oct 2013 01:29 
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Son corps était trop lourd, beaucoup trop lourd. Les paupières closes, Aztai contenait la douleur par tous les moyens, allongé sur le ventre. Dans sa bouche, le gout ferreux du sang lui donna la nausée, il en coulait même de son museau. A moitié noyé dans son propre fluide vital, lever ne serait-ce qu'une griffe était un défi, une prouesse. Alors, lui vivant, qu'en était-il du reste? Même le lien qui le reliait à Zénith ne suffisait à le remettre sur patte, à lui redonner une arme dans ce chaos. Ses fluides magiques réduit à l'état de simples filaments traversants ses veines, leur utilisation trop forcée amenuisait encore les chances de félin de survivre.
Mais avant de se laisser envahir par d'effroyables états d'âmes, le fauve donna ce qui lui restait pour au moins se mettre à genoux. Le regard trouble après cet effort brutal, il devenait une véritable cible au milieu du champ de bataille. Portant une patte à son épaule, Aztai défit les sangles de son armure flamboyante, se libérant d'un fardeau. Il conserva tout de même son casque. L'esprit enfin clair, ses pattes le remirent à hauteur tel une marionnette.

-Allez... s'encouragea-t-il en grimaçant de douleur.

Le côté gauche de son corps le foudroya alors, le laissant s'écrouler sur place. Le félin poussa un hurlement et c'est à genoux qu'il observa les derniers survivant se battre... eux-mêmes ne devaient plus savoir pourquoi. Repérant l'autel de Meno derrière lui, Aztai entama une lente ascension jusqu'à la sacoche qui l'attendait. Il avait à peine fait deux genouillées que des cris déchaînés attirèrent son attention.

Raven... était vivante, et en meilleur état que lui.

Le cœur au bord du précipice, il l'observa affronter une de ses semblables, Héwana, la seule humaine acceptée des fauves d'Ambervalle. De ses deux serpes dorées, ses instruments de prédilection, la petite femme croisait le fer avec la dague de la sorcière. Visiblement épuisée, Raven fut assaillit par un adversaire plus colossal, Waor. L'image de ce couple des plus uniques avec Héwana donna du cœur au woran neige.

(Raven mourra!)
-Comment peuvent-ils se battre sans moi? Railla-t-il pour lui même.

Reprenant sa course agonisante, rampant dans l'herbe vermeille, le supplice fut écourté lorsqu'il toucha la pierre sacrée de la griffe. Haletant, le woran neige resta allongé et gémit de douleur, se libérant enfin de son casque. S'aidant de l'autel, il pu atteindre aisément la sacoche de l'armure avec laquelle il s'écroula au sol. Dénichant différentes fioles, il ne pouvait plus attendre et s'en empara d'une. Avant même de l'interroger sa faera, lui répondit:

(Non, l'autre... non, plutôt celle-ci)


Le fauve brisa le goulot d'un flacon avant d'en verser le contenu dans sa gorge. Un liquide acide lui parcouru l’œsophage, lui tirant une quinte de toux douloureuse au passage:

(Tu as des côtes brisées et ton flanc est sérieusement endommagé, cette potion ne te guérira pas suffisamment...)
(Par Meno serais-je capable de tenir une lame?) Lança le tigré sur un ton de défi.
(Seule ta colère en est encore la réponse)

En effet, son souffle était encore court lorsqu'il s'appuya sur l'autel pour renaître dans ce combat. Zénith avait raison, sa patte gauche refusait encore de serrer les griffes. Mais plus encore que ce tracas, son regard tomba inévitablement sur l'affrontement qui faisait rage. La plupart des félin s'était retranchée, vers la lisière, repoussant les quelques hommes encore emprunts d'une loyauté inutile. Une poignée de soldats tenait en respect leur capitaine et ses deux opposants, leur courage quelque peu enrayé.
Aztai ne voulut pas perdre de temps, il se baissa et choisit une petite gourde qu'il déboucha.

(Raviver tes fluides te fatiguerai, ce n'est pas une utilisation commune dont tu fais usage Aztai. La magie est mortelle)

Cette déclaration laissa une seconde de doute au félin, une seconde pour que Raven laisse éclater un cri et le face changer d'avis. La sorcière lança un sort juste assez puissant pour repousser Waor, avant d'entailler la cuisse d'Héwana.

Une seconde de gouffre dans la poitrine du woran neige. Depuis l'autel il vit s'en suivre trois coups de dague de la part de Raven qui désarma la jeune humaine. Trébuchant, Héwana fut rattrapée par le bras et mise en position de faiblesse. La sorcière s'empara d'une des serpes d'Héwana, agenouillée, et la plaqua sur sa gorge. Aztai tendit instinctivement sa patte valide, pauvre fou désireux de tout arrêter par la force de son esprit. Le temps était suspendu, plus personne ne cillait, et pendant un moment, le tigré sut que Raven le cherchait lui...
Avant que leurs regards ne se croisent, Aztai vit une larme briller sur la joue d'Héwana. La jeune femme tenait les yeux rivés sur Waor qui reprenait à peine ses esprits.
Les muscles tétanisés, Aztai assistait à la scène impuissant. Il déversa toute sa haine dans l'échange qu'il eut avec Raven, visiblement ravie de le tenir ainsi à la gorge, de la même manière qu'Héwana. Même tout autours de la magicienne noire, ses derniers soldats captèrent la gravité de la scène, reculant d'office.
Zéntih lui-même semblait retenir son souffle...

La question resta en suspend, telle une épée de Damoclès: et maintenant? Dans un silence comme jamais la bataille n'en avait connu jusque là, les yeux étaient rivés sur la serpe. Consciente de capter toute l'attention, et particulièrement celle du woran neige, la chienne du Monarque s'abaissa au niveau de l'oreille d'Héwana. Elle porta sa voix, juste ce qu'il faut pour qu'elle résonne aux oreilles du tigré:

-Trop longtemps tu fus la captive du Monarque... maintenant tu es libre!

Elle se releva brusquement et tira un grand coup sur le pommeau. Le chuintement de la lame sur la chair résonna dans toute la forêt, une main de glace s'empara du cœur du félin. Un flot de sang coula sur le bustier d'Héwana qui s'effondra, prise de spasmes effroyables.
La gorge nouée, c'est dans une grande bouffée d'air qu'Aztai s'affaissa lui aussi, incapable de regarder cet insupportable spectacle. Appuyé sur l'autel de ses membres tremblants, son esprit s'engourdissait de lui-même, incapable de croire en la vérité. Le fauve ouvrit la gueule pour rugir son désarroi, mais aucun son n'en sortit. Il laissa seulement les larmes noyer ses pupilles, venant tâcher la pierre poussiéreuse et ensanglantée de la relique de Meno.
Sa faera quand à elle gardait le silence, interdite. Tout autours, un vent de stupeur: pas un mouvement, pas un crissement de cils. Le silence qui suivit fut pire que le précédent, mais il était annonciateur d'une cruelle vengeance...

L'épée de Damoclès s'était abattue, Waor se relevait.

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Dernière édition par Aztai le Dim 24 Nov 2013 18:21, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 8 Oct 2013 12:37 
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[:attention:] Rp à caractères violents [:attention:]


Héwana n'était plus, la vie avait fini de quitter son corps de jeune femme. Personne ne bougeait, personne n'osait rompre le silence.
Un seul acteur de cette scène tragique déchira les cieux d'un hurlement peiné et angoissé, Waor. Plus encore que la mort de son amie, Aztai avait le cœur brisé de le voir ainsi accablé, celui qui l'avait élevé comme un frère. Waor tendait à son tour une patte tremblante.

-Meno, cesse cette folie... murmura le woran neige anéanti.

Raven avait détourné son regard de lui, s'intéressant plus au malheur du félin roux. Les quelques hommes qui restaient, certes fous, se rapprochèrent de leur capitaine affaibli en voyant Waor se relever une lame à la patte, la haine brulant son regard. La serpe de sa victime toujours en main, la sorcière hurla un ordre en voyant débouler sur elle le colosse enragé:

-Tuez la Bête!

Tous tournèrent la tête vers Aztai, peu enclin à laisser Raven affronter Waor dans son état. L'un d'eux tenta d'intercepter la frénésie du woran meurtri et se vit empalé dans sa course. Waor lâcha alors son arme, prêt à en découdre d'une manière plus sauvage. Lorsqu'il rugit de nouveau, Aztai vit chaque soldats reculer, pour finalement le contourner et obéir à l'ordre de la sorcière.
Quelques worans à qui il restait une goutte de rage se lancèrent dans un assaut final, Aztai voulut faire de même. Seulement, les forces lui manquaient largement; ses muscles tétanisés, son esprit complètement anesthésié par la tournure de la bataille. Sur lui déboulait une dizaine d'hommes en armure, le reste de la garnison ennemie. Si ses frères d'armes en interceptèrent quelques uns, le gros de la troupe atteindrait très vite le woran neige.

-Je ne tiendrai pas dans cet état, souffla-t-il.
(Il le faut, tu n'es pas seul!)

Dans son esprit une seule idée naquit dans ce moment critique, une idée qu'il savait déjà guère appréciée de sa faera. Avant que celle-ci ne rétorque son désaccord, il lâcha:

-N'ai-je pas dit que j'utiliserai toutes mes cartes en mains?

Aussitôt dit, il ressortit les griffes de sa patte droite et fixa le soldat en tête, le premier dont il devrait encaisser la charge:

-Meno, encore un peu de force!

Se concentrant un instant, il n'eut aucune peine à faire renaître dans son esprit le symbole du Dieu-pieuvre, envoyé six pieds sous terre à Lehber.

(J'ai besoin de toi, démon!)

Dans un grognement qui contenait la douleur, le fauve mutila sa patte invalide, faisant couler cinq sillons de sang sur sa fourrure déjà tâchée: l'effet fut immédiat. Le charme de la malédiction, le tribut accordé au dieu, regonfla ses veines dans une vague de ki imposante. Inspirant à fond, Aztai lâcha à son tour un rugissement libérateur de haine et prometteur de souffrance. Quelques minutes de puissance accordées au prix de son sang, il ne perdit pas de temps. S'emparant de la première chose qui lui tomba sous la patte, son casque aux traits de fauve, il marcha sur ses dernières cibles.

(Tiens, Aztai, tiens-bon!)


Dans son assaut, le tigré entendit Waor rugir de nouveau, mais sa colère prenait le pas sur son désespoir omniprésent.

-Je vous maudit ! Vociféra-t-il.

De son seul bras valide il détourna d'un revers l'épée de son adversaire qui heurta le casque, volant au loin. Aztai fracassa le crâne de l'homme à trois reprises avant d'en accueillir un deuxième. Il fallait que cela s'arrête, que ça s'arrête! De la même manière que le premier, il exécuta un deuxième soldat après avoir esquivé son estoc!

-Haaaaaaa!

Il le termina au sol dans dans une frénésie incontrôlable, le pouvoir de Dieu-pieuvre se mêlant à sa propre colère. Des éclats d'os volaient en tous sens, du sang et de la cervelle s'étalait sur le casque. Sa pièce d'armure lui permit de fracasser un troisième crâne avant que le woran neige ne s'empare d'une dague, sur sa dernière victime.

La folie poussait encore certains à obéir à Raven, c'est à dire mourir de la patte du fauve. Surpassant la douleur qui brûlait tout son corps, ce dernier stoppa la course d'un autre survivant: esquivant sa lance d'un demi-tour, il lui planta net la dague au niveau de la gorge. Retirant son arme dans une effusion de sang, il repoussa sa victime d'un coup de patte inférieure. Se baissant à temps pour laisser une masse d'armes lui frôler l'oreille, il enfonça vivement sa courte lame dans le ventre d'un cinquième homme. Dans un rugissement guttural, il fit remonter d'un grand coup la dague pour trancher jusqu'à sa cage thoracique. Sauvage, brutal et sanguinaire, il ne semblait rien rester d'Aztai ou d'un quelconque champion, comme l'avait suggéré son père...

Malgré cela ses forces s'épuisaient plus vite que d'habitude, le rituel du Dieu-pieuvre était altéré parce qu'avait déjà subit le félin. Il pu encore achever un adversaire (l'ayant mit à terre il l'égorgea) avant de flancher pour de bon. Un sifflement traversa l'atmosphère et une douleur foudroyante s'empara de son flanc droit.

-Argh!

S'écroulant à genoux, sa patte entra en contact avec un carreau fiché dans son flanc, le sang chaud coulait encore plus. Haletant, et soudain en proie à un nouveau vertige, il vit débouler sur lui le tireur qui levait haut son arbalète déchargée.

(Aztai!)

Le soldat écrasa son arme de jet sur le crâne du félin dans un cri triomphant. Abasourdi, le woran neige vacilla et s'écroula sur le dos à moitié sonné. La silhouette de son agresseur apparue, dominante, un deuxième coup lui fit presque perdre conscience. Dans l'esprit d'Aztai, l'angoisse de Zénith faisait grandir la sienne: le troisième pourrait lui être fatal... mais il ne vint jamais.
Rugissant de douleur, chaque inspiration lui envoyait une décharge dans les côtes. Une patte amicale vint se poser sur son torse, afin de le calmer, et il lui fallut plusieurs secondes pour reconnaître Rudy, son père, toujours vivant.

-Médina! Hurla-t-il en direction de la lisière.

Médina, la guérisseuse. Soulagé de voir son paternel colosse toujours de ce monde, son attention le poussa à rouler sur son flanc intact.

-Ne bouge pas!

-Hun...Waor... articula-t-il.

Une côté brisée lui tira un nouveau cri, mais à travers ses larmes il repéra son frère de fourrure rousse. Son père, lui, se releva brusquement pour tuer l'un des derniers soldats qui trainaient encore, protégeant son fils. Ce dernier en revanche, tenait un regard grave et choqué, oubliant un instant tous ses maux.

-Par tous les dieux...

Rudy tourna lui aussi le regard et ne pu retenir un juron, totalement atterré. Un silence de mort régnait sur Ambervalle, tous les yeux étaient captifs d'un spectacle des plus effroyables. A genoux sur le corps de Raven, la gueule levée au cieux et couverte de sang, c'était le calme après la tempête, ou plutôt... le calme après la démence:

Le visage de Raven n'afficherait plus cet air impassible, tellement insupportable. Dévoré par un Waor fou de chagrin et de rage, il n'afficherait même pas le teint livide de la mort...

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Lun 14 Oct 2013 16:42 
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Ainsi s'acheva le règne de Raven, capitaine de pacotille devenu dépouille ravagée par la colère d'un seul woran. Quoi dire, quoi penser, Aztai était presque mort d'épuisement, son corps hurlant de douleur. Son esprit ravagé par la perte de tant de fauves, ce n'était pas une victoire qu'il signait aujourd'hui...

Des lamentations montèrent chez les survivants, la pression retombée laissait place au deuil, au chagrin. Au milieux de centaines de cadavres, les worans survivants déambulaient sous les yeux d'Aztai, tels des fantômes sans âme.
Soutenu par son père ainsi que Medina, le tigré ne pouvait détourner le regard de son frère. Les plaintes hurlantes du félin roux achevaient de lui arracher le cœur, Waor semblait plus seul que jamais au milieu du champs de bataille. Ayant délesté le cadavre de Raven, le fauve blessé avait rampé jusqu'à celui d'Héwana qu'il tenait serré contre lui... hurlant encore et encore.

Les sanglots empêchèrent Aztai de parler lorsqu'il croisa le regard humide de Rudy qui le soutenait en position assise.

-Ne bouge pas mon fils, parvint-il à murmurer en stabilisant le carreau qui perçait son flanc.

Médina sortait de quoi panser Aztai au plus vite, laissant les larmes l'envahirent en silence. Le woran neige suffoqua, même Zénith n'avait les mots pour apaiser son chagrin. La faera restait elle aussi emmurer dans un mutisme, affectée par les émotions de son maître.
Ignorant la douleur du mieux que possible, les sanglots lui tirèrent des spasmes que Médina eut peine à réprimander, tout aussi anéantie par la fin de ce cauchemar.

-Rudy, chuchota-t-elle en pressant la plaie d'Aztai.

Le colosse échangea un regard avec son fils qui serra les crocs:

-Voir ainsi Waor m'affecte plus que la douleur physique, lâcha-t-il.

Son père acquiesça, s'emparant du carreau d'arbalète profondément enfoncé. Il leva u nregard vers le woran roux hurlant toujours à la mort:

-Il s'en relèvera, mais Raven vient de le transformer à jamais...

Dans un grognement appuyé, Rudy retira avec force la pointe de bois, arrachant un rugissement à Aztai. En manque de souffle, il s'effondra sur le dos, foudroyé par la douleur. La guérisseuse posa aussitôt ses pattes tremblante sur la plaie ouverte, laissant opérer ses fluides. Le temps sembla s'étirer pour le woran neige, il n'entendait que les lamentations de Waor, aveugle à tout le reste.

(Courage Aztai!)

Les minutes qui suivirent furent interminables, Médina s'occupa aussi de son bras gauche totalement hors d'état. La féline matrone était elle sujette à la fatigue et elle n'hésita pas à ingérer le contenu d'une fiole pour parfaire son travail.

-Comment... comment la vie s'accroche-t-elle encore à toi? Lança-t-elle. Certaine de ces blessures auraient put être mortelles.

-Il y a... un autre genre de blessure mortelle... articula Aztai de plus en plus faible. Il releva la gueule en direction de Waor.

Le woran s'était levé, allongeant délicatement le corps d'Héwana dans l'herbe, le recouvrant d'une cape ensanglantée trouvée non loin. Vidé de toutes les larmes, Waor s'était emparé d'une des serpes d'Héwana, lui accordant un dernier regard. Couvert de sang, c'est l'air absent qu'il s'en détourna pour revenir vers le cadavre de Raven, agrippant avec hargne sa chevelure noire. La trainant d'un pas pesant vers la lisière, tous les regards étaient rivés sur lui. Sur son chemin, guidé par une froide colère, il planta son arme dans l'un des soldats mort pour s'emparer d'une épée. Reprenant sa marche avec une impassibilité effrayante, il s'arrêta devant un tronc au pied duquel gisait le corps sans vie d'un woran. Lui accordant un regard, Waor l'enjamba avant de soulever Raven d'une seule patte. Dans un rugissement libérateur, il empala le capitaine dévisagé sur l'arbre.

La marche funèbre du félin roux ne s'arrêta pas là... bientôt, on n'entendit plus qu'un rugissement régulier résonner dans la clairière d'Ambervalle. Waor apaisait son chagrin et écrivait son deuil sur les cadavres ennemis, planté un à un par une lance ou une épée.

-Meno m'en soit témoin, sa peine... est plus grande que la mienne, avoua Aztai avant de se laisser bercer par l'inconscience.

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Dernière édition par Aztai le Dim 24 Nov 2013 18:41, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Jeu 17 Oct 2013 17:58 
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Avancer, c’était la seule solution. Quelle stupidité, en vérité. Car avancer, c’est bien, mais droit vers une avalanche destructrice, c’est con, et archi-con ! Ainsi, aucun des trois nabots ne vit le danger arriver. Entendre, ils l’entendirent, vu le foutu vacarme que ça faisait, dans cette nuit noire de ciel et blanche de sol, et Gorog se douta que l’avalanche, malgré son nom, ça venait souvent de l’amont. Mais que pouvaient faire trois courtes-pattes face à une coulée fugitive de boules de neige déferlant sur eux à toute vitesse et aussi large que les modestes portes gigantesques de Mertar, la cité dont ils venaient d’être chassés.

« Pétard ! »

Ce fut le seul idiome censé qui sortit des lèvres gercées du nain roux, avant qu’il se fasse, avec ses collègues, emporter par le torrent neigeux. Ils dévalèrent ainsi la pente montagneuse en roulant-boulant sur eux-mêmes, dans un boucan métallique pas possible, couvert bien sûr partout autour par le bruit de l’avalanche.

Il ne sut combien de temps passa, alors que sa tête se retrouvait par-dessus ses pieds, et son arrière-train au milieu, et vice-versa la seconde d’après, mais lorsque le bruit se calme, et qu’il eut arrêté de virevolter, il était coincé dans la neige jusqu’à mi-taille, et sa barbe était enflée de boules de neige et de glace compacte, enflant horriblement sa taille, au-delà du ridicule. En aval, l’avalanche semblait terminer sa course petit à petit. Mais il n’en avait cure : il était en vie. Et malgré quelques hématomes, courbatures et engelures, il s’en sortait plutôt indemne.

« Pouah, quelle chute ! »

Il redressa la tête vers la pente ascendante. Ils avaient bien parcouru plusieurs centaines de mètres de dénivelé, et il ne savait même pas sur quel versant du Col Blanc il était. Peut-être n’était-il même plus sur celui-ci. Quant aux autres, nulle trace d’eux. Pas de Cul-Brique, ni de brasseur enivré. Le seul élément de civilisation qu’il apercevait était une faible lueur de feu, à une cinquantaine de mètres de là, sur le côté. On aurait dit l’entrée d’une grotte.

S’ébrouant comme un chien mouillé, il parvint tant bien que mal à se décoincer de la neige, et entreprit d’avancer en direction de la lumière, râlant et pestant à chaque pas dans la poudreuse trop profonde, où il s’enfonçait tous les mètres jusqu’à mi-cuisse. Il aspirait à arriver à hauteur de la bande rocheuse qu’il avait aperçue, non loin de l’entrée de la grotte.

Sur le chemin, un détail incongru attira son regard torve : un casque qu’il ne connaissait que trop bien, d’acier surmonté d’une tête de canard en bronze, et de deux ailes blanches. Le genre de bibelot qui rend très bien sur une étagère. Il décida de s’en emparer. C’était sur son chemin, ça lui laisserait un souvenir de ce pochtron disparu, et puis lui-même n’avait pas de casque… Alors bon ! Tout bénef, en quelque sorte.

Il se bougea donc jusque-là, et prit entre ses mains ledit casque… avant de se rendre compte qu’il était posé sur un pied botté.

« Boup ! »

Si pied il y avait, quelqu’un devait être enneigé juste en dessous. Alors, délaissant le casque, il entreprit de tirer sur le pied de toutes ses forces, sans même penser qu’il lui serait plus aisé de déblayer la neige autour. C’était ça, l’entraide entre nains. Ça partait d’une bonne intention, toujours… mais dans les faits, c’était pas très efficace. Tirant, tirant, il geignait et couinait d’effort, faisant gonfler les veines sur ses tempes et sur son front, serrant les dents et les muscles.

[HJ : pantoufle]

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Gorog, nain.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Dim 20 Oct 2013 22:23 
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Et notre nain, se retrouva bringuebalé dans tous les sens, entrainé malgré lui dans une chute douloureuse qui semblait ne pas vouloir se terminer. Totalement impuissant, Broginn subissait et ne tenta aucunement de résister à cette incroyable force, car même même le plus idiots des imbéciles savait pertinemment qu'il ne servait à rien de vouloir affronter la nature, surtout quand elle avait décider de se déchainer comme maintenant. Il ne pouvait donc rien faire d'autre que d'attendre et tant qu'à faire, de perdre conscience par la même occasion. Il ne sut pas combien de temps s'écoula entre son évanouissement et son réveil, mais il compris par contre rapidement ce qui le tira de son "sommeil". Le froid tout d'abord, mais surtout, un contact. Oui, il sentit très clairement quelqu'un lui agripper la botte et tirer dessus avec force.

Si notre nain n'était pas enseveli presque entièrement sous un énorme tas de neige, il aurait sans aucun doute pesté et râlé, mais quand on a plusieurs centimètres de neige qui vous recouvrent la tête, c'est tout de suis plus compliqué. Non, encore une fois, il attendit patiemment, jusqu'au moment où le corps de notre robuste courte-patte commença à sortir de sous l'épais manteau de neige. Le nain à l'origine de cet effort trébucha lorsque la résistance diminua et finit sur son séant. Il fallu quelques secondes à Broginn pour reconnaitre Gorog et quelques autres de plus pour reprendre ses esprits. Son brave amis mineur venait de le sortir d'un situation légèrement fâcheuse au final, mais la douleur était quand même bien présente. Il fallait bien avouer que recevoir plusieurs kilo de neige sur la caboche et dévaler une colline ce n'était pas de tout repos.

A ce moment précis, Broginn aurait donné n'importe quoi pour être de retour chez lui, les pieds bien au chaud dans ses pantoufles, une bonne bière à la main, bercé par le bruit des pioches frappant en rythme sur la roche. Mais au lieu de ça, il n'avait droit qu'à de la neige, de la neige et encor de le neige et plus seulement sous ses pieds, mais aussi sur tout le reste du corps et sur son crâne...Son crâne! Il avait perdu son casque! Il ne tenait plus en place et malgré la douleur, il se mit rapidement à creuser dans la neige à la recherche de l'un de ses précieux trésors. Il avait également perdu son tonnelet de bière vide mais peu lui importait. Il continuait de creuser, frénétiquement.

"Foutre foutre barbe! Mon casque! J'ai perdu mon casque! Par les champs de houblons de Kübi! Où est mon casque ?!"

Totalement aveuglé par la panique, il ne se rendait même pas compte que l'objet tant convoité était à une poignée de centimètres de ses pieds. Et il creusait.

[HJ: Soupière]

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Broginn - Brasseur - Rôdeur

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Ven 25 Oct 2013 16:54 
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La traction n’était guère aisée : l’ami Broginn pesait au moins autant qu’un wagonnet rempli de charbon qui aurait déraillé de son droit chemin, droit sur des graviers profonds et mouvants. Il tira tellement fort qu’à un moment, il eut peur d’arracher tout bonnement la jambe de son nouvel ami d’alcoolémie. Ça lui aurait fait une belle jambe. Ça c’est sûr. Mais il n’en aurait pas vraiment eu l’utilité. Que pouvait-on faire, après tout, d’une troisième jambe détachée du reste ? À part touiller le potage dans une soupière, il ne voyait pas. Et comme il n’y avait pas de soupière à l’horizon, l’affaire était réglée. Mais trêve de digressions, c’était sans compter la robustesse et la solidité naturelle des thorkins. Le corps vint avec la jambe, et sortit de la neige tellement subitement que le nain roux se retrouva sur les fesses, qu’il n’avait hélas pas aussi solides que son ami disparu Stanley Cul-Brique. Grommelant, il se releva, alors que le tonnelier farfouillait frénétiquement dans la neige, sans l’épargner d’éclaboussures blanches et glacées.

« Purée d’champignons, j’en ai plein l’cul, de cette poudreuse ! »

C’était vrai. Littéralement vrai. Une couche de neige densifiée par son poids s’était agglomérée sur l’arrière de ses courtes, et heureusement épaisses, braies de nain. Il se frotta l’arrière train tant bien que mal. La constitution basique des nains était telle que le postérieur n’était pas des plus simples à atteindre. Epais et trapus, ils pivotaient rarement, et peu souplement, sur leur axe vertical. Ce qui ne les empêchait pas, lorsqu’ils étaient à l’horizontal, de rouler-bouler joyeusement, comme cette chute en avait été la preuve.

Broginn continuait de beugler comme un bœuf en rut. Ce qui est assez rare, chez un bœuf, de par leur nature… castrée… mais passons… Il hurlait à la recherche de son précieux couvre-chef ornithoforme. Gorog, pour l’arrêter, et parce que ça l’exaspérait un peu de le voir éructer de la neige dans tous les sens comme un bébé l’aurait fait de sa bouillie fraichement ingérée, ou un nain trop plein de bière, gueula à son tour.

« Tais-toi donc, résidu d’bousin d’bouc boiteux ! Le v’là, ton chapeau. »

Et il lui asséna un coup de casque sur le dos, avant de tendre ladite relique à son propriétaire. Adieu l’étagère. Le souci, et il ne s’en rendit compte qu’à présent, fut que leurs cris respectifs avaient attiré sur eux l’attention des propriétaires de la convoitée caverne éclairée. Des ombres se mouvaient, près de la lueur flamboyante, et des cris aigus retentirent dans les monts alentours. Nombreux, et couinant comme des vieilles chaînes rouillées qu’on frotterait ensemble pour soulever un pont-levis. Il ne fallait pas être un expert pour le savoir : tout bon nain avait cette connaissance de leur ennemi ancestral :

« Merde couille ! Des gobelins ! »

Ils seraient bientôt à leur merci… Mais au moins, sans doute, seraient-ils au chaud. Ils ne se laisseraient pas prendre sans se battre, voilà une chose assurée.

[HJ : pédoncule]

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Gorog, nain.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 12 Nov 2013 05:16 
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Broginn creusait, encore et toujours à la recherche de son fier couvre chef, lorsque son ami Gorog lui fit remarquer, non sans jurer, que le casque convoité n'était pas si éloigné. Broginn s'empressa de remettre sa protection crânienne à la place qui lui était due et retrouva son calme presque instantanément. Enfin, jusqu'au moment ou le mineur barbu qui accompagnait notre brasseur hurla quelques chose qui aurait faire réagir n'importe quel nain normalement constitué. Des gobelins se rapprochaient de nos deux nains et il n'en fallu pas plus à Broginn pour renchérir sur les propos de Gorog.

"Par Kübi! Des gobelins! Des saloperies de gobelins! On est tombé sur des gobelins! Foutre foutre barbe!"

Car oui tout le monde le savait, les nains et les gobelins sur le même chemins, ça donnait rarement quelque chose de bien. Mais il n'était pas vraiment temps de pester, car indéniablement, les sektegs avançaient et si les deux nains ne faisaient pas un effort de concentration, ils finiraient sans aucun doute dans de sales draps.

"Boup! Si on fait pas quelque chose rapidement, on va finir par manger les pissenlits par le pédoncule. Il faudrait qu'on prenne la foudre des trompettes."

Mais il était déjà trop tard, les gobelins avaient fini par encercler nos deux barbus et il se rapprochaient de plus en plus, resserrant leur emprise. Mais cela n'allait pas se passer comme ça! Trouvant une source d'énergie qu'il ne soupçonnait pas, Broginn attrapa Gorog par la première chose qui lui tomba sous la main - à savoir la barbe du mineur - et se mit à courir. Il fonça tout droit, tête en avant, se servant de son corps comme d'un bélier pour briser les lignes gobelines.

"Laissez passer!"

Et son casque percuta de plein fouet un frêle sekteg qui se tenait sur sa trajectoire. Le pauvre se retrouva projeté au sol et piétiné, par deux paires de solides botte naines. Et pour la seconde fois de la journée, les nains étaient poursuivis et tentaient, mais ce que Broginn ne savait pas, c'est qu'ils n'y arriveraient certainement pas.

[HJ: blatte ]

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 19 Nov 2013 19:49 
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Le jour venu, les préparatifs furent menés en silence. Roujin Fjorn devait être accompagné par quatre de ses aînés, dans un endroit dont eux seuls avaient la connaissance. Le ciel était vide, et le soleil se levait à peine, colorant l'horizon. Urfang, le village natal de Roujin était encore plongé dans une pâle obscurité, mais les yeux alertes des loups ne semblaient pas s'en soucier. Un vent frais soufflait doucement depuis la vallée, comme pour indiquer le chemin. Il portait avec lui les grognements de la nature qui s'éveille.

Au village personne n'avait tenu à encourager le jeune Roujin. Depuis l'incident du feu démoniaque et de la terre mouvante, peu de ses semblables avaient osé lui adresser la parole. Sans afficher une hostilité ouverte, ce qui eut été à l'encontre des principes de la meute, les gens murmuraient dans son dos. Rapidement, on se mit à l'appeler « le conteur noir ». Il découvrit ainsi pour la première fois que les autres ont toujours peur de ce qu'ils ne comprennent pas. Le groupe partirait donc sans adieux, alors que le restant de la tribu achevait son sommeil. A vrai dire, cela importait peu à Roujin. Il se dit que de toutes façons il les reverrait tous à l'issue des sept jours de solitude qu'il s’apprêtait à vivre.

Lorsque les cinq fujoniens furent prêts, le plus âgé d'entre eux commanda le départ sans mot dire. Darjon Quiref était respecté dans la tribu pour sa grande connaissance des montagnes, et c'est lui qui supervisait la plupart des cérémonies de passage. Ses yeux avaient conservé la nature sauvage des prédateurs qu'étaient les ancêtres des liykors purs. Une légende courrait parmi les enfants, selon laquelle il aurait déjà préparé plus de cent onze jeunes fujoniens au rituel. Certains prétendaient même que Darjon abandonnait ces candidats dans des lieux si horribles que la plupart n'avaient pas survécu. Ce qui bien entendu était largement exagéré, et tenait plus de l'allure menaçante du guerrier que de sa véritable nature. En effet, le visage balafré du vétéran inspirait la crainte et laissait supposer de nombreux affrontements dont Darjon avait dû sortir victorieux.

Fendar Jid avait également insisté pour venir. Pragmatique, le chasseur avait décidé que s'il devait escorter le conteur noir jusqu'à la tribu non loin du lac d'Höd, il ferait tout aussi bien de se familiariser avec le petit. Il marchait devant, d'un pas décidé, suivant les sentiers qu'il avait parcouru des milliers de fois. Derrière lui, Norkan Jafir et sa compagne Rodfyj ne cédaient pas au rythme soutenu imposé par Fendar. Tous deux agriculteurs, ils portaient dans leurs sacs les provisions pour la longue expédition qui s'annonçait. Des racines de tagne et un peu de viandes séchée, il n'en fallait pas plus pour la journée de marche en perspective. Roujin, lui, n'aurait pas la chance de profiter de ces victuailles. Il lui faudrait trouver de quoi se nourrir là où on l'emmenait. Avec un peu de chance il parviendrait à flairer une proie, mais en vérité il ne comptait pas tellement dessus. Le gibier était tellement rare dans ces montagnes désertiques que la plupart des tribus avaient renoncé au goût de la viande depuis longtemps. Le village d'Urfang se trouvait proche d'une vallée un peu plus forestière que les autres, aussi les animaux se trouvaient plus facilement sur le territoire. Mais la viande restait un met de qualité, qu'il fallait conserver pour la saison froide durant laquelle la chasse était impossible.

Toujours muet, Darjon fermait la marche, guidant devant lui le pauvre Roujin, à qui l'on avait bandé les yeux. Pendant un temps, le crissement des pattes blanches sur la neige berça le conteur. Privé de la vue, il n'avait que l'ouïe pour se repérer et malgré sa propre connaissance de la région il ne manqua pas de perdre notion d'où ils se dirigeaient. Le vieux Darjon prennait soin de l'égarer en lui faisant prendre tous les détours possibles; au point de forcer le petit conteur à se laisser guider, résigné. La troupe passa un ruisseau glacé, où Roujin manqua de tomber. Heureusement, la main sûre de son gardien ne manqua pas de lui faire retrouver l'équilibre. Peu après, un hibou les survola, rentrant de sa chasse nocturne un mulot serré dans ses griffes. Enfin, longtemps après le début de l'excursion, Roujin sentit le vent changer. Il comprit qu'ils devaient être à présent arrivés à l'extrémité du plateau, au sud de son village. Invoquant de sa mémoire le souvenir de ses propres vagabondage, il devina le paysage somptueux qui se présentait devant lui. Les autres s'étaient justement arrêtés pour une courte pause. Sans échanger un mot, de peur de dévoiler leur emplacement par maladresse, les fujoniens se félicitèrent de la beauté de la nature qui s'offrait à eux. Darjon les incita à reprendre la route. Sans doute restait-il une bonne partie du chemin, et les aînés espéraient être de retour à Urfang pour le repas du soir.

Ils suivirent un sentier à pente douce, perdant progressivement en altitude. Le vent se fit soudain violent, et pendant un temps Roujin n'eut plus que le sifflement brutal des bourrasques répétées pour guider son oreille. Il lui sembla entendre un rugissement au loin, mais il ignorait s'il s'agissait du cri bestial d'un de ces féroces prédateurs de la montagne, ou plutôt du grondement menaçant d'une avalanche sur le versant opposé de la montagne.

Enfin, Darjon décida qu'ils avaient assez marché. Un signal bref suffit à marquer la halte, et on se pressa de rendre la vue au jeune conteur. Celui-ci s'empressa de se frotter les yeux, ébloui par la brusque luminosité. Le soleil se reflétait à présent sur la neige, illuminant le groupe de milles éclats perçants. Ils se trouvaient dans un bois de sombres conifères, au centre d'une clairière modeste. Des pierres saillantes pesaient sur la scène, leurs coins givrés donnant un aspect glacial à la scène qui ne réjouit pas le pauvre Roujin. C'est là qu'il subirait l'épreuve traditionnelle de l'isolation, nécessaire à son acceptation dans le monde adulte de son peuple. Les sapins déprimants qui l'entouraient devaient lui tenir compagnie pour une semaine entière. Mais Fendar interrompit son chagrin :

« À présent écoute bien petit, nous allons commencer le rituel »

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Roujin Fjorn, le conteur noir (rôdeur)


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 19 Nov 2013 19:51 
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Les cinq fujoniens se tenaient à présent en cercle. Avec l'intonation solennelle du discours maintes fois répété, Darjon entreprit de rappeler le déroulement de la cérémonie, et les conditions nécessaires à sa réussite.

« Nous y voici. Roujin, tu t'apprêtes à vivre aujourd'hui le grand rituel de passage à l'âge adulte. Cette héritage nous lie aux ancêtres de notre peuple, sans manquer une génération. Il nous permet de faire la distinction entre ceux des nôtres qui ont quitté le monde de l'enfance et les plus jeunes. À ton tour aujourd'hui, tu vas prêter serment et rejoindre la meute. Est-ce bien ce que tu désires ? »

Le regard stoïque de son aîné appuyait chaque mot, et Roujin se sentait humble devant la puissance de ses mots. Il ne parvint qu'à répondre, impressionné :

« Oui. »

« À travers l'éducation des adultes de la meute, nous enseignons à nos enfants l'art de la Voix, et l'art de la Glace. Par l'épreuve que tu vas vivre, le Père et la Mère décideront si tu as été digne de ces enseignements. Si tu survis, ta place parmi nous est assurée. Suivant la tradition, je vais à présent te rappeler les règles que tu devras respecter. »

Le vénérable fujonien frappa le sol de son bâton, avec une fermeté défiant le jeune tremblant devant lui d'oser se défier du rituel. En vérité à cet instant Roujin était plus que jamais subjugué face à cet individu charismatique. Il n'avait de toute évidence aucun intérêt à refuser de suivre les préconisations de ses aînés, et il se trouvait entièrement disposé à se conformer au protocole. Le conteur observa cependant un regard étrange de la part de Norkan. Sans doute celui-ci faisait-il partie des médisants qui auraient préféré de Roujin qu'il échoue cette épreuve.

« Bien! Tu devras donc rester ici, dans cette clairière pendant sept jours. Après la septième nuit, tu auras mérité de revenir parmi nous, en vrai Liykor pur. Avant ça, tu ne dois pas quitter les lieux qui t'ont été assignés, sous peine de manquer l'épreuve. Ce temps t'est imposé afin que tu puisses méditer les enseignements que tu as reçu de la tribu. Si Le Père et La Mère jugent que tu as appris suffisamment durant la période de ton enfance, ils veilleront sur toi et tu trouveras la force de survivre. Si par faiblesse, par ennui ou par peur tu choisis de sortir de cet endroit, ne t'avise pas de revenir chez nous. Les dieux te puniraient pour ton mensonge, et nous, ta famille, serions également châtiés pour avoir fait de toi un impur. Mais si, au terme de la septième nuit, ton courage et ta détermination triomphent, retrouve fièrement les grottes du village d'Urfang, et rejoint tes frères avec honneur. »


Souhaitant bon courage à Roujin, les quatre fujoniens disparurent rapidement dans la blancheur de la foret enneigée qui cernait la clairière. Malgré le silence qui avait été entretenu durant la matinée, il se senti soudain très seul. Il songea qu'il n'aurait d'autre compagnie pour ces longues heures de méditation et d'attente que les quelques arbres qui l'entouraient et le rocher sur lequel il s'était assis. Voilà qui était enthousiasmant.

_________________
Roujin Fjorn, le conteur noir (rôdeur)


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 19 Nov 2013 19:51 
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Roujin ne se pressa pas pour découvrir son nouvel habitat. Du temps, il en avait plus que nécessaire. D'un air désinvolte il fit le tour de sa clairière avec ses yeux, espérant s'approprier l'endroit pour qu'il devienne moins angoissant. Il était cerné par de grands épicéas, à en juger par leurs épines et la disposition des branches. La couleur sombre que ces arbres oppressant dégageaient de leurs grands bras, tendus comme pour attraper le premier venu à la manière d'une dangereuse plante carnivore, contrastait avec la fraîcheur des cristaux de neige qui s'y logeaient ; garde-robe blanche pour ces féroces conifères. Le jour était encore plein que l'on croyait déjà distinguer des formes vivantes du coin de l’œil. Cet arbre ressemblait à un bandit armé de mille poignards en stalactites ; cet autre, abattu par une quelconque tempête, simulait un cadavre, souffrant encore de son martyr en implorant le secours des voyageurs passant son chemin, seulement pour mieux les détrousser. Toute la forêt semblait ainsi former une horde sournoise, et lorsque Roujin tournait la tête, pour se rassurer des jeux que l'imagination jouait sur son esprit, voilà qu'un autre assaillant surgissait derrière lui. Enfin pour ajouter à l'ambiance de la scène, l'armée florale se voyait secondée par une nuée de pierres aiguisées, couvertes de mousse et de lichen aux couleurs de la montagne. À chaque traître pas, la neige menaçait de dévoiler le piège, une crevasse ou un trou juste assez profond pour s'y tordre la patte. Alors que la forêt offrait un couvert qui permettait de limiter l'épaisseur de la couche de neige, le blizzard avait ici recouvert le sol rocheux de son voile blanc jusqu'à hauteur des genoux, ce qui rendait tout mouvement difficile et dangereux. De surcroît, pas un flocon n'était tombé depuis plusieurs jours. Plutôt que douce et poudreuse, la neige était rugueuse et coupante comme de la glace.

Bien qu'un tel spectacle n'eut rien d'impressionnant pour un habitué des choses étranges de la nature, Roujin avait l'esprit encore bien jeune, aussi malgré toute la volonté qu'il mit à se rassurer, il ne pouvait s'empêcher de craindre l'arrivée de la pénombre du soir.

Pour se réconforter, il songea qu'il serait rusé de noter dans quel sens le groupe de ses aînés était parti. Il lui serait ainsi plus simple de retrouver son chemin dès lors que le sablier serait écoulé. Cependant à sa grande déception, les traces de pas arrivant à la clairière indiquaient la direction opposée à celle que Darjon, Fendar, Norkan et Roudfyj avaient emprunté pour quitter le jeune rôdeur. Sans doute s'agissait-il d'une ruse afin d'achever de le désorienter parfaitement. À la réflexion, Roujin se dit que même si les traces avaient indiqué le même chemin, rien n'aurait empêché le groupe de faire un détour. Après tout, une semaine suffirait amplement à recouvrir la piste et il ne pouvait donc se fier à son apprentissage de traqueur pour retrouver le chemin de son village.
Mais il disposait d'autres éléments, et s'il ne connaissait pas cette forêt, il avait tout de même l'avantage d'avoir reconnu la direction générale qu'ils avaient pris : il savait se trouver quelque part dans la vallée au sud de son village. En observant la position du soleil, il fut capable de se faire une idée générale de l'orientation de la clairière. Pour se donner du courage, il brisa une branche morte dont il disposa les trois morceaux en forme de flèche, orientée vers le nord afin de n'en pas perdre le sens même en cas de blizzard. Il s'appropriait ainsi le lieux, tout en se donnant un objectif, une direction à suivre. Puis, emporté par ce geste, il entreprit de faire le tour de sa prison, marquant par son passage dans la neige les limites qu'il devait s'imposer pendant sept jours. Il prit ainsi connaissance de la disposition des lieux, et en profita pour ramasser les branches mortes à sa porté dans l'espoir de parvenir à faire un feu.

Roujin entreposa son bois en tas vers le centre de la clairière. Il avait déjà faim, n'ayant pas mangé depuis le matin. Mais il chassa cette idée, sachant que le ciel découvert annonçait une nuit froide malgré sa fourrure. Avec beaucoup de mal en raison de la neige, il réussit à trouver deux pierres pour allumer son feu. La journée était bien avancée, et le soleil entamait son déclin. Trompé par le temps qui lui semblait infini, il n'avait pas songé à prendre un moment pour s'aménager un lieu où dormir. L'obscurité ne tarderait plus à gagner les montagnes et Roujin s’aperçut avec frayeur qu'il n'aurait pas de quoi se bâtir un abri avec les branches qu'il avait ramassé. De toutes façons elles devaient servir pour le feu. Hors de question de construire un igloo complet, il n'en aurait pas le temps. Afin de s'abriter au moins du vent, il creusa dans la neige un trou dans lequel il pouvait tout juste se glisser. Puis il entassa de la neige sur les côtés de son ouvrage afin d'isoler au mieux son habitation de fortune. Enfin, il tassa le sol pour pouvoir dormir sur une surface plate. Lorsqu'il fut enfin satisfait de son travail, décidant qu'il devrait attendre le lendemain pour faire mieux, le soir avait étendu sur la vallée le voile obscur du ciel étoilé. Sans la lune pour l'éclairer, Roujin eut été incapable de distinguer les murs vert sombre de sa cage. Ceux-ci avaient revêtu, en plus de leur manteau de neige, d'étranges ombres qui forçaient les traits déjà oppressants des arbres. Il n'avait pas eu l'occasion d'allumer son feu et il ne trouvait plus les pierres dont il avait besoin pour la première étincelle. Avec cette demi-obscurité, il aurait beaucoup de peine à les chercher, aussi n'avait-il plus qu'à se blottir au fond de son abri, espérant que sa fourrure lui tiendrait chaud.

Du haut d'un arbre à la lisière de la forêt, deux yeux jaunes veillaient sans bruit sur le petit être endormi.

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Roujin Fjorn, le conteur noir (rôdeur)


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 19 Nov 2013 19:52 
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Le lendemain matin, Roujin fut réveillé par les premiers rayons de soleil. Il n'avait dormi que d'un œil, installé peu confortablement entre une brindille qui lui rentrait dans les côtes et une méchante pierre qui lui taillait l'épaule. À force de changer de position, il était parvenu à en trouver une pas trop inconfortable. Mais les courbatures qu'il éprouvait en se réveillant l'encouragèrent à construire quelque chose de mieux pour la nuit suivante. Ajouter un toit à son ouvrage ne serait pas un luxe.

Ce jour là, le soleil ne brillait plus. Une mer de nuages lui cachait ce versant de la montagne, et bien qu'il ne plût pas ce n'était certainement qu'une question d'heures. Roujin espéra qu'il n'en serait rien, car si une nouvelle chute de flocons blancs ne ferait que renforcer l'igloo qu'il bâtissait, la pluie rendrait la neige difficile à travailler. Il ignorait à quelle altitude il se situait, mais avec la fin de l'hiver un orage pluvieux n'aurait rien de surprenant. Il travailla donc rapidement, afin que le tout soit achevé avant d'inévitables intempéries.

En premier, il se servit du creux où il avait dormi. Il élargit le trou, aplati le sol et enleva les pierres, branchages et autres sources de mal de dos. S'il devait rester une semaine, autant que ce soit confortable. Lorsque ce fut terminé, il entreprit la construction de solides murs, en taillant dans la neige des briques rectangulaires. N'ayant pas d'outil à sa disposition, il faisait tout à la main. Fort heureusement, la neige était vieille et sèche, il n'avait aucun mal à la modeler. Le plus dur serait de combler les interstices. Il utiliserait la neige qu'il avait réservé à cet usage en creusant la base de l'igloo. Les briques disposées en spirale virent progressivement compléter son travail jusqu'à ce qu'il ne manque plus que la clé de voûte. S'il avait maîtrisé la magie de glace comme ses semblables, il aurait façonné un hublot pour laisser entrer la lumière par le dessus de son habitation. Ce simple exercice, pourtant à la portée du moins doué des membres de son peuple, avait été la cause de beaucoup de souffrances et de moqueries pour Roujin. Il ne tenta pas l'expérience, même si une fois de plus il se voyait frustré de l'avantage qu'avaient les autres sur lui. Pour achever son ouvrage, il se contenta de graver d'une griffe un trait vertical à l'intérieur, afin de compter les jours.

Voyant que le ciel retenait sa fureur, le jeune fujonien contemplait le résultat avec fierté. Certes, cet igloo ne valait pas les grottes de son village, mais il avait déjà connu pire lors de certaines des expéditions de chasse auxquelles il avait pris part. Rassuré quand à la qualité de son logement pour les prochaines nuits, Roujin profita du peu de temps qui lui restait avant l'orage pour mettre une partie de son tas de branchages à l'abri sous son nouveau toit. Il fut contraint de laisser la plus grande partie à l'extérieur; l'igloo n'eut pas été suffisant pour accueillir à la fois le bâtisseur et sa réserve de bois. Non pas que ce bois fut sec et que Roujin souhaitait le conserver ainsi; avec toute la neige qui recouvrait la clairière, chaque brindille était humide au mieux. Mais pour démarrer un feu, mieux vaut une brindille humide que trempée.

Roujin n'avait pas terminé qu'il se mit à grêler avec force. Le blizzard se levait et bien vite il fut impossible de distinguer le monde extérieur. Incertain de la robustesse de sa construction, Roujin attendit avec impatience, craignant que cette première épreuve abatte son îlot de confort. Sa fourrure lui tenait chaud mais le vent s'infiltrait par l'ouverture pour venir hurler jusque dans ses oreilles. Il est difficile de savoir combien de temps dura l'orage, tellement Roujin était isolé dans cette marée blanche. Il finit par s'endormir, bercé par les rafales puissantes qui s'acharnaient en vain contre les parois de l'igloo. Si celui-ci n'avait pas tenu, Roujin n'aurait certainement pas survécu, malgré son héritage montagnard. L'orage était bien trop puissant.

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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Mar 19 Nov 2013 19:54 
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Lorsque Roujin s'éveilla, l'orage avait cessé. Sans doute le silence avait-il interrompu le sommeil du jeune rôdeur, car il avait dormi longtemps en dépit des grondements de tonnerre. L'entrée de son igloo était recouverte de neige, et il s'empressa de créer une ouverture, de façon à laisser l'air entrer. Il fut surpris de constater qu'il faisait déjà nuit. Cependant, le ciel était dégagé, et cette fois la lune rayonnait assez pour qu'il puisse distinguer sinon les couleurs du moins les formes de la nature sauvage qui l'entouraient. Un oiseau de nuit ululait rassurement.

Roujin inscrit fièrement une seconde marque sur la paroi de son igloo, afin de ne pas s'égarer en comptant les jours. Après cela il sortit pour se dégourdir les pattes. Heureux pour la première fois depuis le début de son ordalie de sentir l'air pur et sauvage de la montagne, il se sentait d'humeur à courir dans la neige sous le couvert des bois, chasser peut être quelque chevreuil ou chamois et revenir au premiers rayons du matin. Mais il aurait eu grande peine à trouver un chamois dans pareille forêt, de nuit, d'autant plus qu'il ne pouvait s'accorder la moindre enfreinte à la seule règle qui lui était imposée: ne pas franchir le rideau de la forêt. Frustré dans sa joie, il décida de faire un feu pour se changer les idées. Le réchauffant crépitement des flammes avait toujours su rendre à Roujin ses meilleurs souvenirs. Elles lui rappelaient les nombreuses veillées de sa tribu, qui sont l'occasion pour les conteurs de faire vibrer l'air du son de la Voix. Leurs histoires sont l'Histoire du peuple des Liykors, et il les connaissait presque toutes.

(Le talent d'un artiste de la Voix se résume à celui de donner vie à ses récits, par la façon de raconter, les gestes et l'émotion dans les phrases.)

La mémoire de Roujin inonda son esprit d'émotions et de pensées semblables, pendant qu'il préparait machinalement son feu. Il fit un trou dans la neige devant son igloo afin de poser sur le sol rocheux les brindilles qu'il avait conservé à l'abri de l'humidité. Si le feu brûlait sur la neige, il aurait vite fait de la faire fondre et d'être éteint par l'eau qui en coulerait. Ensuite, avant d'allumer le feu, il fallut dégager une grande quantité de neige qui recouvrait le bois que Roujin avait laissé dehors. S'il parvenait à démarrer le feu, il lui faudrait l'alimenter rapidement. Il avait eut la présence d'esprit de placer ses précieux pierres dans l'igloo et il n'eut aucune peine à les retrouver. Le feu prit rapidement. Le rôdeur disposa quelques branches plus larges en cercle autour du feu pour qu'elles sèchent, en attendant de pouvoir les sacrifier en nourriture pour les flammes dévorantes du brasier naissant. Enfin, la chaleur alimenta plus vivement encore les rêveries de Roujin.

Le feu finit par prendre des proportions satisfaisante et le jeune liykor s'en félicitait. La lueur qu'il projetait éclairait les lieux de façon bien plus joyeuse et colorée que l'on eut cru possible. Le réconfort qu'il prodiguait en cette nuit fraiche et pâle paraissait si accueillant, qu'une petite bête bien courageuse osa pointer le museau hors de son trou. Ce devait être un de ces rongeurs des forêts, toujours à l'affut d'un morceau à grignoter, encore plus braves en hiver, et dont la curiosité et la gourmandise poussait souvent à de téméraires expéditions de reconnaissance. Roujin la laissa faire avec amusement. Il est vrai qu'il n'avait eu, depuis la veille, rien de plus consistant que l'air revigorant des hauteurs montagnardes à se mettre sous la dent. Mais plus que la faim, la solitude l'effrayait. Il laissa donc son nouveau compagnon s'installer timidement en face, près du feu.

"Bonjour petit rodent"
dit-il plaisamment. "Je m'appelle Roujin. Je suis un fujonien, membre de la lignée pure des Liykors. Je viens du village d'Urfang. Et toi, d'où viens-tu?"

L'animal ne répondit pas, mais rassurés par la voix douce du conteur, deux de ses compagnons s'invitèrent à leur tour. Ils apportaient quelques noix, qu'ils partagèrent joyeusement. Cette veille de feu improvisée se faisait festive, et Roujin rit lorsqu'un de ses nouveaux amis roula une jolie châtaigne dans sa direction. Il l'accepta avec reconnaissance et il la plaça près du feu afin de la faire dorer. Les petits êtres, perplexes, se demandaient ce qu'il faisait. Voyant cela, le loup brisa quelques miettes du fruit chaud pour leur faire goûter. Cette magie qui n'œuvre que lorsque la lune est haute sur des complices rassemblés autour du feu agissait ce soir là, et étrangement Roujin se sentait plus proche de ses trois visiteurs qu'il ne l'avait jamais été auprès des autres membres de sa meute.

"Excusez-moi messires", s'exclama-il soudainement, "mais ne seriez vous pas du peuple des aldrydes? Ou peut-être des lutins, comme les créatures farceuses dans les vieilles légendes de ma tribu?"

Il s'interrogeait sur la nature réelle de ces créatures. Malgré les apparences, elles semblaient dotées d'une intelligence qu'il n'avait auparavant observé chez aucun animal. S'agissait-il d'une apparence magique, ou simplement de rongeurs plus étranges que la moyenne? De ces étranges peuples des forêts, Roujin ne savait que ce qu'en disaient les récits de sa tribu. Le jeune enfant ne les imaginait pas mieux à leur place autre part que dans un conte. La rencontre qu'il faisait là lui fit envisager avec vertige le mélange du rêve et de la réalité, incapable encore de dissocier l'embellissement du vrai dans le monde immense de la culture fujonienne qui sommeillait dans sa mémoire. Légendes et Histoire, quelle différence pour lui?

Afin d'oublier ces terrifiantes considérations, il décida de leur conter une de ces histoires qui lui était revenu à la mémoire, et qu'il appréciait tendrement. Il s'agissait d'une fable pour enfant sur la rencontre entre un liykor et un lutin espiègle. Roujin aimait interpréter ce récit car le ton joyeux des personnages et les rebondissements improbables lui évoquait un sentiment désinvolte proche de la satiété. Il prit donc place, face à son public enchanté.

"Mesdames, messieurs. Je vais ce soir vous conter l'histoire improbable..."
s'exclama-t-il, poursuivant avec une description théâtrale des protagonistes.

Le spectacle progressait bien, et absorbé par son rôle, le conteur n'aperçut pas la forme qui se mouvait dans la pénombre. D'arbre en arbre, elle progressait vers la clairière éclairée. Lorsqu'elles le virent franchir la lisière de la forêt, elle disparurent avec effroi. Imperturbable, Roujin poursuivait seul son soliloque. Soudain, il se figea dans une sorte de transe. Ses yeux noirs dévisageaient l'intrus. D'une voix profonde, il lui adressa la parole:

"Bonsoir, Helnar."

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Roujin Fjorn, le conteur noir (rôdeur)


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 Sujet du message: Re: Les Chaînes de Montagnes
MessagePosté: Dim 1 Déc 2013 15:05 
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Comme les derniers kilomètres ont été durs… Les pentes parfois abruptes de la montagne sous mes bottes, le poids des bagages sur mes épaules, les aller et retour du lieu où je dois chaque année me résoudre à abandonner le travois jusqu’à ma demeure. Impossible de faire franchir les irrégularités du terrain et les barrières de la végétation à cette charpente de fortune que je traine tant bien que mal en terrain plat, où je n’ai à redouter que quelques cailloux saillants vicieux, éventuellement un terrier mal placé, rien dont une traction un peu plus soutenue ne puisse venir à bout. La perspective du repos a renforcé mes jambes, fait couler un sang plus vif dans mes artères, levé le bloc de glace qui pesait dans mes poumons ; j’ai soufflé à chaque voyage une prière à Yuimen pour qu’il me donne la force de poursuivre encore et encore. Puis la nuit est tombée définitivement, et je me trouvais dans mon humble logis avec à mes côtés tout ce que j’avais amené depuis Shory.

Mes mains trouvèrent à tâtons les silex et l’amadou près de l’âtre, et, d’un geste assuré par les années, j’ai fait jaillir les étincelles, enflammant le combustible dérivé du champignon ; la flamme se répandit à la mousse sèche et aux brindilles laissées là à cet usage avant mon départ : je n’aime guère perdre du temps à allumer mon feu lorsque je pénètre chez moi, surtout lorsque l’hiver est proche au point de laisser danser des flocons dans la nuit. Non loin de là le fagot attend d’alimenter à son tour les flammèches hésitantes, pour apporter la braise, la chaleur, un peu de lumière. Je ne sais que trop bien le sort d’un feu que l’on hâte, aussi laissé-je libre cours à ma patience, me livrant plutôt au rangement des différents outils et provisions sur les étagères dans la pénombre tremblantes. J’interromps parfois ce travail pour rajouter de petites branches, qui bientôt se font plus grosses, et finalement lorsque toute trace de mon retour a été effacée un charmant brasier ronfle et crépite sous le trou à fumée dans ce qui fait chez moi office de cheminée. L’heure n’est pas à cuisiner, il me faudrait de l’eau, il me faudrait attendre, mon estomac capricieux exige sa ration, comme si mes pieds, ces traitres, l’avaient averti que nous étions maintenant arrivé à notre destination et qu’il était temps de se faire entendre. Qu’importe, il me reste encore des galettes de voyage que je dévore sans retenue, faisant descendre le tout avec les dernières gorgées de ma gourde, ponctionnant mes réserves de pommes séchées pour offrir à mon palet un met plus sucré et délicat.

Ainsi je me retrouve bientôt allongé sur mon lit au sommier de sangles, sur le matelas de mousse que je me suis constitué cet été, relativement confortable. Comme souvent, je repense à l’histoire de cet abri qui d’années en années me fait prendre conscience du temps qui passe et de ma sédentarisation mâtinée de voyages dans les montagnes, au plus loin à Shory. Au début, ce ne fut qu’un creux dans le rocher, un endroit que j’avais trouvé commode pour m’abriter de la pluie, roulé dans une couverture et une toile graissée, attendant que l’orage passe. Là je trouvai un point où m’établir quelques temps, et de longues branches furent adossées à la paroi rocheuse, recouvertes de mousse et d’argile tirée du lit d’un ruisseau proche, un maigre toit sous lequel je pouvais m’allonger et entasser mes possessions sans crainte que les intempéries ne viennent les endommager. Ce fut là que je passais mon premier hiver dans les montagnes, seul. C’était quelques années après mon départ du village, trois je crois : j’avais jusque là loué ma force pour divers travaux au cours de la belle saison pour avoir de quoi, à peine, en continuant de louer la force de mes bras, passer les jours courts et froids dans une chambre tout juste isolée, une soupente dans un village des montagnes. Cette vie finit par me lasser, j’en avais assez d’être perçu comme un vagabond, un miséreux, un moins que rien malgré les efforts que je déployais à l’ouvrage. J’abandonnai derrière moi les communautés auxquelles j’avais, sans succès, essayé de m’intégrer, le confort relatif, une forme de sécurité, pour me risquer aux hasards et aux caprices de la montagne, à ses dangers, ses menaces, mais également pour goûter à la forme de liberté que je trouvais dans la nature. Quel hiver terrible ce fut ! Combien de fois je me suis demandé si je n’allais pas mourir de froid sous ce maigre abri de branchages ! Mon corps glacé jusqu’au printemps, puis dévoré par tous les animaux affamés par les longs mois de disette. Je m’étais roulé dans des peaux à peine raclées, peu soucieux de l’odeur ou de quoi que ce soit d’autre, je ne tenais qu’à ma survie, je comptais sur les maigres feux que j’allumais dans un premier temps, puis je compris que je ne pouvais rester ainsi à regarder se consumer de maigres fagots. Dominant ma crainte du froid je me lançais dans l’abattage de troncs gelés pour essayer de renforcer par endroit mon toit fragile, pour faire un obstacle au vent ; sur les troncs j’ai monté des murs de neige, j’ai bâti une cabane à la manière d’un enfant, mais cette cabane m’a sauvé la vie.

Au printemps j’ai chassé de plus belle, j’ai gagné les villages où j’ai dépensé mes dernières économies en provisions, en outils grossiers de menuiserie et charpente, de quoi dégrossir les troncs que j’allais prélever dans la forêt, les assembler pour en faire une construction décente, humaine, plus solide que la modeste hutte que je m’étais constitué dans l’urgence. Alors que les animaux perdaient leurs poils d’hiver, dans la saison la moins propice à la chasse en ce qu’elle est aussi celle des accouplements, et que Yuimen n’est guère favorable à ceux qui entravent le cycle de la vie, j’ai balancé la cognée avec laquelle je suis parti de droite et de gauche pendant des jours, ahanant sous l’effort, m’endormant épuisé malgré les courbatures qui saisissaient mes muscles à la nuit tombée. Le lendemain, inlassablement, je recommençais, aiguillonné par les terreurs qui m’avaient envahi au cours de l’hiver précédant, la crainte de la mort par la glace lovée au creux de mon ventre lorsque le soleil se faisait brûlant et faisait couler une sueur plus abondante sur mon front. Mes reins gardent le souvenir cuisant des demi-troncs que je hâlais péniblement, ils me pardonnent cependant lorsqu’ils profitent de la douce chaleur d’un brasier, du confort d’une chaise grossière mais autrement plus agréable que le sol froid et humide. Tout contre le rocher j’ai bâti une demi-cabane, l’adossant à la pierre nettoyée de la terre qui la couvrait. Dans ce nouvel abri, destiné à affronter les années, les hivers les plus rudes, les orages violents de l’été, je peux me tenir debout sans peine, faire trois grands pas dans le sens de la largeur, huit dans le sens de la longueur, bien assez pour que je me sois installé une petite table où travailler l’hiver, un lit, un âtre dans un coin, des étagères sur les murs et taillées dans la pierre, ainsi que quelques tonnelets et sacs de provisions. Quand les premières neiges tombent, j’ai à peine de quoi circuler d’un point à un autre, mais peu m’importe : cela veut dire que je suis prêt à affronter les pires moments de l’année, que mon ventre ne sera pas vide et que mes mains resteront occupées. Au printemps suivant j’ai construit un appentis contre cette modeste cabane où j’allais empiler toutes les bûches et les fagots à sécher. Puis j’ai ménagé une forme de clairière où je pourrais faire pousser quelques tubercules, notamment des tagnes, et me livrer au travail des peaux sur des chevalets. Ma nouvelle inquiétude a été que l’on découvre ma retraite, aussi me suis-je prémuni d’une éventuelle visite d’indiscret en plantant autour de ma demeure de jeunes arbres d’une variété amenée à grandir et s’étoffer, ainsi que quelques conifères bas dont les rameaux jamais nus dissimuleraient aux yeux des voyageurs ma demeure même une fois toutes les feuilles tombées.

Conforté par ces souvenirs, bercé par le souffle du vent dehors qui tend les peaux huilées tendues sur les fenêtres, la chaleur de mon corps se transmettait lentement aux lourdes couvertures sous lesquelles j’ai trouvé refuge, je ne tarde pas à m’endormir.




_________________
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Dernière édition par Jager le Dim 1 Déc 2013 16:14, édité 1 fois.

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