L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Sam 20 Aoû 2011 14:48 
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Dans les Rues de Mertar

Chez Draupnir


Draupnir était le frère d’Erebor. Enfin … le demi-frère, plus exactement. Il était le premier fils de leur mère. Quand Erebor avait 8 ans, Draupnir s’engagea dans la milice et ils ne s’étaient plus revu depuis. Leur père racontait qu’il était demandé pour une longue expédition, dans une contrée lointaine. Erebor l’avais toujours cru et ce n’était pas cela qu’il le dérangeait. Quarante années s’étaient écoulées depuis et les voilà maintenant réunis. Erebor n’espérait pas meilleure rencontre aujourd’hui.
Erebor suivait gaiement son frère jusqu’à son domicile qui n’était qu’à une dizaine de mètre de là. C’était une charmante demeure, avec une porte en bois cloutée avec une grande précision. Draupnir poussa la porte et invita son frère à entrer.
Son domicile était vraiment convivial. Il n’y avait qu’une seule grande salle dans laquelle on pouvait tout y faire. Il y avait le nécessaire pour faire la cuisine, pour conserver les denrées et pour accueillir des amis.

« Je te présente Pantasilea », dit-il fièrement en se rapprochant de celle-ci

« Madame », répondit Erebor très respectueusement en se penchant en avant.

« Ne soyez pas si timide, maitre nain. Le dîner est presque prêt. Vous joignez-vous à nous ? », demanda Pantasilea.

« Ce serais une honneur de dîner à vos cotés »,répliqua l’invité.

Pantasilea était une naine forte mais avec de fines courbes envoûtantes à la fois. Elle avait de courts cheveux foncés qui tombaient sur ses larges épaules. Son doux visage était cassé par un gros nez aux larges narines qui attirait directement le regard. En dehors de cela, c’était une charmante femme dont un seul de ses sourires pouvait illuminer toute une journée.

Draupnir, sa femme et leur invité dînèrent tranquillement Les deux frère se racontèrent leurs vies respectives, ce qu’il avaient fais depuis leur séparation et ce qu’ils prévoyaient de faire plus tard. Draupnir avait rencontré Pantasilea il y une vingtaine, s’étaient mariés très tôt et n’avaient pas encore eu d’enfants. Dès son arrivé à Mertar, il s’engagea dans la milice locale. Il était devenu un combattant redoutable et honorable. Pantasilea, elle, n’avait jamais travaillé au service de la ville. Elle préférait vendre ses services aux habitants. Erebor raconta ses péripéties depuis son départ de Troglon, ses mésaventures à Dahràm et ses rencontres précédants son arrivée à Mertar.

Erebor fut très ravi du repas en famille. Il était heureux de revoir son frère mais il devait les quitter.

Erebor se leva et dit : « Je doit vous quitter maintenant. Je fus enchanté de vous rencontrer madame. A bientôt ». Erebor se dirigea vers la sortie, son frère le suivait de près. Ils sortirent tout deux et Draupnir dit : « Cela m’a fait plaisir de te revoir, mon frère. Tu peux revenir ici quand tu le voudras. La porte t’es ouverte ».
Ils s’embrassèrent et Erebor remercia son frère, puis le quitta avec un semblant de regret.

La Milice de Mertar

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"Rien n'existe qui n'ait au préalable était pensé" Traité de Faërie, Ismaël Mérindol, 1466


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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Dim 30 Sep 2012 15:35 
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Chapitre III : La menace à Mertar

C'est la douce sensation d'un tissu froid et mouillé qui tira Goont de son sommeil. En se réveillant, il lui semblait n'avoir presque plus aucun souvenir de ce qui lui était arrivé à partir du moment où il était arrivé sur la route. Mais cela ne lui importait que trop peu. Il se souvenait qu'il était fatigué et qu'il avait été meurtri. Ici, il se retrouvait enfin dans un lit douillet, avec une couverture, la chaleur ambiante d'une cheminée et surtout, la présence de l'un de ses enfants.
Taé était là, lui appliquant une éponge froide sur son front. C'était bien la dernière personne qu'il imaginait en train de prendre soin de lui. Elle s'était souvent montrée haineuse envers lui quand il entreprenait quelques mauvaises actions. Et suite à ce qu'il avait infligé à Lenny et à la résistance, il n'aurait certainement pas pensé qu'elle aurait cautionné tout cela. Il en conclut donc qu'elle ne savait rien de ce qui s'était passé. Il ne devait sans doute y avoir que Tôhko pour être au courant de cela. Ainsi que les trois mercenaires.

"Est-ce que ça va aller?"

C'était une question idiote. Il avait fui une prison, était blessé à l'épaule, derrière la tête et avait la plante des pieds à demi-déchiquetée. Mais Hivann n'en tint pas compte. Même s'il était secrètement exaspéré en entendant cette question, il était heureux de voir que l'un de ses enfants les plus absents était là pour lui.

"Pas vraiment... dit-il avec honnêteté. J'ai l'impression qu'un chariot d'enclumes m'a roulé dessus...Que s'est-il passé?"

"Je ne connais pas vraiment les détails. Je sais juste que les hommes qui t'accompagnaient à l'auberge t'ont ramené. Je crois qu'il vaut mieux que tu leur demandes à eux, ou bien à Tôhko."

Hivann tenta de se redresser un peu. Cela lui demandait un effort considérable. Si bien qu'il se demandait sincèrement comment il avait pu réussir à fuir cette prison ou même à s'engager sur la route de Dahràm. Le simple fait de forcer sur ses abdominaux semblaient avoir ravivé toutes les douleurs à tous les endroits où il avait été blessé. Son épaule, couverte par un bandage sanguinolent, lui donnait l'impression qu'elle avait fusionné avec le pansement. Ses pieds ne lui faisaient plus seulement mal à la plante : il ressentait d'affreuses crampes jusqu'aux fesses simplement à les remuant légèrement. Et surtout, il était pris d'une migraine affreuse, amplifiée par la douleur, la lumière du feu de la cheminée et même la voix de sa fille qui était pourtant douce et discrète.
Bravant tous ces handicaps, il réussit malgré tout à s'assoir. A ce moment là, Taé lui tendit un bol rempli d'une mixture verdâtre rappelant des épinards qui auraient trempé dans un d'eau. Ou bien des algues... Quelque chose de vert et de peu ragoûtant, en tout cas.

"Bois ça. C'est censé atténuer la douleur."

"Taé, c'est horrible."

"Tôhko l'a préparé."

Dans une moue à la fois boudeuse et écœurée, il ravala sa fierté en même temps que la boisson, considérant que les talents de botaniste de sa fille étaient meilleurs que les siens. Il en profitant d'ailleurs pour regarder un peu mieux l'endroit où il se trouvait.
C'était très rudimentaire. Rien à voir avec ce qu'il possédait en Ynorie. Mais c'était toujours mieux que ce qu'il avait à Darhàm (ou plutôt, ce qu'il n'avait pas). Et étant donné la présence la cheminée, il comprenait qu'il n'était pas dans sa "chambre". Il interrogea donc sa fille à ce sujet.

"Vous avez ce qu'il faut ici? On est bien à Mertar?"

"Oui, oui. Rassura-t-elle. Ne t'inquiète pas, nous avons chacun une chambre. Si tu es ici, c'est qu'il y a la cheminée et tu étais gelé en arrivant, en dépit de la fièvre assez incroyable que tu as encore. Enfin, tu as dormi deux jours. Alors savoir que tu es réveillé me conforte dans l'idée que ça ira mieux d'ici là."

"J'ai vraiment dormi deux jours?"

"Oui. Apparemment, tu ne t'es pas réveillé depuis que Lür et Porick t'ont retrouvé sur la route."

Un silence passa. Goont n'avait que trop peu de souvenirs de ce qui s'était passé. C'était sans aucun doute dû à sa migraine. Cela lui reviendrait plus tard. Mais il se rappelait tout de même de plusieurs détails trop importants. Et notamment, la fuite qui s'était déroulée depuis la ville aux os croisés. En considérant que ses "employés" avaient rebroussé chemin pour le récupérer, il avaient mis en péril la vie de ses enfants. Du moins, c'était une grand possibilité.
Grave, il demanda alors à revoir certaines personnes.

"Est-ce que tu peux faire venir Tôhko? Ou encore Karl?"

"Très bien. Elle s'apprêta à sortir de la salle quand elle se retourna, ajoutant quelques détails qu'elle semblait avoir omis. Au fait. Ton kimono était complètement déchiré. Tôhko en avait justement un en plus, apparemment. Il est dans ta chambre, avec de nouvelles bottes. Et elle m'a dit qu'elle avait une surprise pour toi!"

"Quoi donc?"

"Tu verras quand elle viendra! En attendant, repose-toi."

Elle posa la main sur la poignée de la porte d'entrée. Mais encore une fois, elle s'abstint de sortir immédiatement et se retourna. Elle prit un air grave, elle aussi, et prit un ton confident.

"Je voulais te dire... Tôhko m'a appris ce que tu as fait à Darhàm, pour nous. J'ai trouvé cela très bien que tu aides ces gens. Je suis désolée de t'avoir mal jugé, j'ai eu tort."

Et enfin, elle partit. Elle n'eut pas le temps de voir la gêne dans laquelle elle avait mis son père, sans le savoir.

(Tu n'as pas eu tort...) laissa-t-il échapper dans une pensée mélancolique.

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Dernière édition par Hivann Goont le Mar 2 Oct 2012 18:44, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Mar 2 Oct 2012 16:08 
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Goont n'eut pas à attendre bien longtemps avant que Tôhko et Karl arrivent en même temps dans le salon. Dix minutes s'étaient écoulées, durant lesquelles il avait pris le temps de regarder un peu plus attentivement autour de lui. Il ne s'était alors rendu compte qu'après coup qu'on ne l'avait pas allongé sur le fauteuil du salon, mais qu'on avait bien déplacé un lit pour l'y mettre. C'était une attention à laquelle il ne se serait pas attendu, mais qui montrait bien que ses enfants avaient définitivement fait la démarche de faire des efforts pour lui. Il n'en demandait pas tant, mais cela l'émeut facilement.

Il avait eu aussi envie de voir un peu mieux les environs, mais la douleur qui l'avait pris quand il eut déposé les pieds au sol le ravisèrent. Il se contenta d'attendre assis. Quand sa fille arriva, elle sembla à la limite de se jeter sur lui, entamant une véritable course jusqu'au lit. Mais la pudeur ynorienne prit le dessus, et elle se contenta finalement de rester à sa place, sans quitter pour autant son sourire.
Karl, lui, ne pressa pas autant le pas. Mais il avait pris un sourire de satisfaction et tendu la main en guise de salut. Goont la serra faiblement, partageant pour eux deux cette bonne humeur.

"Je suis vraiment heureux de vous revoir."

"Nous aussi ! s'exclama Tôhko. Quand Sir Wjran m'a dit que tu étais resté derrière pour couvrir notre fuite, j'ai bien cru ne jamais te revoir..."

"J'ai envoyé Lür et Porick vous chercher dès que nous sommes arrivés à Mertar, reprit Karl. Nous nous attendions à devoir vous chercher en ville, ou même à devoir infiltrer le Temple de Thimoros. Vous avoir vu sur la route les a vraiment étonnés. Et cela nous a tous confortés dans l'idée qu'on avait bien choisi notre employeur."

Goont accepta volontiers ces félicitations en offrant son plus beau sourire, accompagné d'un rire amusé. A vrai dire, lui aussi avait été étonné de sa performance. Quant à la peur qui l'avait pris dans cette cellule, ou même sous le buisson alors qu'il fuyait l'un des soldats d'Oaxaca... Et bien, il s'agissait de détails qui ne valaient pas la peine d'être connus. Peut-être en parlerait-il plus tard, mais maintenant, il se contentait de savourer ce moment que la vie lui offrait de nouveau.
Puis une pensée traversa son esprit.

"Oh ! Mais j'y pense, Sir Wjran... Vous avez bien été payés, vous et vos compagnons?"

"Ma foi, oui. Tôhko a tenu parole pour vous. Ne vous inquiétez pas pour vos enfants, le paiement de Lamin était déjà sur place pour eux aussi."

[i]"Dans ce cas, je dois doubler mes remerciements à votre égard. Vous auriez pu aussi bien accepter l'argent et vous en aller. Votre mission aurait été remplie. Mais vous avez décidé de me sauver, sans même avoir pu estimer le danger qu'il y avait entre nous deux..."[/i]

Karl coupa le mage dans son discours en levant la main. Il semblait sincèrement surpris par les mots qui lui étaient adressés.

"Ser Goont, je crois que nous nous sommes mal compris... Nous avons certes accepté de vous servir premièrement grâce à la promesse de votre paiement, mais vous avons surtout convenu de vous offrir nos pleins services grâce à vos valeurs. Vous avez amplifié l'importance des rebelles en élaborant votre plan, mais vous n'avez jamais cessé de suivre ce qui importait le plus pour vous : vos enfants. Lür et Porick doivent le penser comme moi. Me payer ne change rien à notre camaraderie."

Hivann avait été profondément touché par ces paroles. Mais un ynorien ne montre jamais quand son cœur est atteint. Aussi, il reprit encore une fois son plus grand sourire et répliqua avec un air taquin :

"Et bien ! Cela l'exalte sans doute !"

Le terramancien ria de plus belle et le mercenaire le suivit. D'abord timidement, puis plus franchement, au point même de s'en tenir les côtes. Tôhko, elle, s'était retenue par pudeur et s'était seulement contentée de sourire avec eux. Une fois calmé, Karl renchérit en ajoutant un "Je ne peux m'empêcher d'acquiescer !" saccadé par son amusement. Goont en profita d'ailleurs pour demander un service à sa fille.

"Taé m'a dit que tu avais quelques affaires pour moi. Tu peux me les apporter?"

La jeune fille s'exécuta, laissant les deux hommes seul à seul. La maison était relativement grande, et l'escalier menant aux chambres, ils allaient être isolés un moment. C'était l'idée initiale d'Hivann, qui en profitant pour parler d'un sujet un peu plus sérieux, dont il ne voulait pas que ses enfants soient au courant.
Il coupa court à la tranche de rire qu'ils avaient partagé et se détacha immédiatement de son grand sourire pour adopter la face la plus sérieuse qu'il pouvait avoir.

"Parlons sérieusement. Je vous suis reconnaissant de m'avoir sauvé, mais vous avez pris un risque venant me chercher. Désormais, la piste qui devait les mener à Kendra Kâr n'est plus. Ils iront chercher à Mertar."

Un long silence passa. Karl avait même cessé de sourire. Il n'eut pas à dire un seul mot pour que le mage comprenne que l'erreur avait bel et bien été commise. Il frappa du poing sur son matelas et dû serrer les dents pour se contenir.

"C'était bien ce que je pensais. J'espère très sincèrement que vous avez un plan."

"Disons qu'il y a de bonnes et de mauvaises nouvelles, répliqua le mercenaire sans attendre. La mauvaise, c'est que nous avons bien été suivis. On sait qu'une demi-douzaine d'hommes de l'Empire d'Oaxaca sont arrivés en ville. La bonne, qui reste plus ou moins mauvaise en soit, c'est qu'ils ne partiront pas sans résultat, sous peine d'être torturés ou tués. Donc ils resteront le temps qu'il faut, mais partiront dès qu'on leur aura fourni une fausse preuve..."

"Êtes-vous stupide, Wjran? S'ils se rendent compte que la preuve est fausse, -que ce soit maintenant ou plus tard- ils reviendront et rechercheront plus assidûment."

"...Je n'ai pas fini... En effet, vous savez qu'ils ne repartiront pas sans piste. Mais ces hommes-là sont parti de Darhàm sans savoir où ils iraient. L'Empire en lui-même n'est donc pas au courant d'où ils sont placés. Pour lui, ces soldats peuvent aussi bien être à Kendra-Kâr qu'à Mertar ou en Imiftil... Cela leur importe peu. Donc... S'ils meurent à Mertar, dans l'ombre, et que l'on fabrique une fausse piste qui les mène ailleurs... Quand on enverra d'autres hommes pour enquêter sur leur disparition (et la vôtre, d'ailleurs), les pistes seront bien trop grandes pour les diriger vers vous."

"Mais elles existeront."

"C'est vrai, mais cela n'est pas de mon fait. Vous avez organisé un évènement formidable à Darhàm, on vous cherchera coûte que coûte. On ne peut les faire cesser de vous rechercher, seulement brouiller les pistes au maximum."

C'était le maximum que l'on pouvait lui proposer. Goont réfléchit pourtant un petit moment. Pas trop longtemps, car il ne voulait pas que sa fille entre durant cette conversation. Toute cette histoire ne lui convenait pas, mais si l'on considérait que les hommes d'Oaxaca étaient déjà ici, ils ne pouvaient pas attendre plus longtemps...

"Et mes enfants?"


"Comme nous en avions convenu, ce placement à Mertar ne devait être que temporaire. Après quelques mois, le temps de se faire oublier, nous devions vous placer à Kendra Kâr. Cela dit..."

"Un problème?" fit sèchement le vieil homme.

"Je pense que si vous voulez garder vos enfants en sécurité, il va vous falloir vous déplacer. Vous ne pourrez pas rester indéfiniment à Kendra Kâr : cela finirait par mener les troupes jusqu'à vous, à force d'inertie..."

Le mercenaire fit une longue pause, le temps de l'aider à avaler la pillule... Puis il conclut.

"Pour le bien de vos enfants, vous devez quitter votre famille."

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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Mar 2 Oct 2012 18:43 
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Goont était estomaqué. Il avait fait des efforts incroyables pour réussir à offrir un quotidien de vie acceptable à ses enfants. Et au final, ils seraient seuls à pouvoir en profiter. Pour veiller sur eux, il serait obligé de rester loin de sa famille. Ce n'était pas une chose qu'il avait envisagée, quand bien même il était du genre à tout prévoir dans tous les domaines...

"Je ne dis pas que vous ne devez plus les voir, mais que vous devrez vous mesurer. Je ne sais pas vraiment comment... Peut-être intégrer une guilde qui vous permette d'exploiter vos pouvoirs à nouveau, ou peut-être vous engager dans un groupe de mercenaires pour mener une quête..."

"Je ne puis me résoudre à quitter mes enfants, Sir Wjran. C'est insensé."

"Je sais qu'au premier abord, cela peut vous peiner. Mais en y réfléchissant, vous gagnez tout ce que vous souhaitez : Vos enfants seront définitivement en sécurité et auront un train de vie formidable grâce à tout l'or que vous avez récolté. L'Empire ne les recherche pas : c'est vous qu'ils veulent. Et alors que vos enfants seront protégés, vous pourrez exploiter de nouveau vos pouvoirs. Comme vous le souhaitiez. Vous aurez enfin l'occasion de repousser vos limites. Il y a une guilde qui vient de naître aux alentours de Kendra Kâr. Equilibrium. Elle vous conviendra, j'en suis certain."

"Je sais que c'est ce que je voulais... Mais enfin, une famille n'est pas censée être désunie !"

"Vous ne serez pas désunis. Vous aurez encore l'occasion de les voir quand vous voudrez. Seulement, vous ne pourrez pas vous contenter de rester à Kendra Kâr."

A l'étage, quelques pas se faisaient entendre. Tôhko avait sans aucun doute récupéré les objets que son père lui avait demandé. Comprenant cela, Karl s'écarta en prévenant Goont qu'il serait à l'entrée de la maison et qu'il reviendrait plus tard. Le mage n'avait plus le temps de réfléchir. Certes, il voulait rester proche de ses enfants, mais Karl avait marqué des points en expliquant l'utilité de son énième fuite. Equilibrium... Il n'en avait jamais entendu parler, mais ce seul nom lui semblait prometteur...
Et surtout, il fallait admettre qu'Hivann avait terriblement envie de pouvoir. Et maintenant qu'il en avait récupéré une partie, il ne pouvait plus se permettre d'en rester seulement à la base. Il avait soif de magie. Et maintenant qu'il avait découvert la puissance de la poudre, il avait d'autant plus envie d'exploiter cette force inconnue...
Tôhko arriva enfin par les escaliers, les bras couverts de tout un tas d'affaires. Elle les déplia sur une table à proximité de Goont, toujours aussi souriante. Manifestement, elle ne se doutait de rien. Et c'était tant mieux.
Tout d'abord, elle lui tendit une fiole de potion.

"Bois ça. Maintenant que tu es réveillé, tu seras un peu plus apte à réagir aux potions de soin plus puissantes. D'ici quelques minutes, tu pourras remarcher et enlever tes pansements. Ça m'a pris beaucoup de temps de concocter celle-là. A Mertar, on ne trouve pas beaucoup de plantes..."

Goont but donc la fiole sans discuter. Il avait beau avoir été un excellent mage, il n'avait cependant jamais réussi à apprécier le goût des potions. Avec peine, il avala la dernière gorgée. Mais très vite, il ne sentit presque plus aucune douleur musculaire. Il réussissait même à bouger correctement sans retrouver cette affreuse migraine. En revanches, les plaies béantes qu'il avait à l'épaule et aux pieds continuaient à le faire souffrir. Si bien qu'il dû marcher très lentement jusqu'à l'une des chaises placées autour de la table pour s'y avachir.

"J'ai plusieurs choses pour toi. Déjà, quelques nouveaux vêtements. Bien plus propres. Ton ancien kimono était irrécupérable, alors j'en ai pris un autre que j'avais déjà dans mes affaires. Il est légèrement plus résistant et je pense que le doré te va mieux !"

Il avait à peu près la même forme que son ancien vêtement, mais étrangement plus sobre, en dépit de la couleur dorée qui soutenait encore un peu plus son appartenance noble. Il n'y avait que quelques petites coutures décoratives sur les manches et le col, mais le tissu était d'une qualité notable.

"Puis en visitant un peu Mertar, j'ai décidé de faire des achats. J'ai alors trouvé cette tunique. Je l'ai immédiatement sentie chargée d'une certaine magie. Le vendeur m'a alors dit qu'elle était faite spécialement pour les terramanciens et leur permettait d'exploiter occasionnellement leurs pouvoirs sans avoir à trop dépenser de leurs fluides. Et elle était si belle que j'ai pensé qu'elle te plairait sur tous les points."

Effectivement, elle plaisait beaucoup à Goont. Certes, la qualité ynorienne n'était pas là. Le tissu, même en soie, lui semblait moins résistant et moins doux que le kimono doré. Mais en passant sa main dessus, il sentit une douceur singulière qui lui rappelait alors celle d'un sable fin. C'était comme si la terre avait imprégné ce vêtement. Il était peut-être même possible qu'il soit constitué partiellement d'un métal élémentaire de terre. Mais il ne s'avança pas plus.

"Je mettrais cette tunique là, cela me changera de l'Ynorie ! C'est une bien belle acquisition que tu as fait là, Tôhko !"

"Et attends un peu, je n'ai pas fini ! renchérit-elle. J'ai trouvé aussi ces bracelets. Ils sont chargés de magie et décupleront un peu plus tes pouvoirs. Mais surtout, ils sont dotés d'un pouvoir unique : ce sont des bracelets de liaison. Quand tu en donnes un à une personne, tu pourras sentir où elle se trouve et à quelle proximité. Du moins, approximativement !"

Encore une fois, il s'agissait de belles pièces. Les nains avaient le chic pour créer des objets de qualité, une fois qu'il s'agissait d'armes ou de métaux. Rien à voir avec la beauté de la République Ynorienne, mais il appréciait l'esthétisme malgré tout. Ces bijoux étaient un peu lourds, sans qu'il ne puisse déterminer de quel métal il s'agissait. La brillance laissait à penser que c'était de l'argent. Ils étaient sous formes d'anneaux très larges, comportant des formes géométriques et abstraites, propres à l'architecture naine. Quant au pouvoir qu'ils renfermaient...Goont ne sentait rien de très particulier. Mais sans doute fallait-il attendre de le confier à quelqu'un à s'en rendre compte.
Tôhko mit alors en évidence un autre objet, bien différent de tous ces attirails. Les yeux du mage s'ouvrirent bien grands et sa bouche forma un "O" exagéré. Il s'agissait de son encensoir, celui qu'on lui avait pris dans les égouts de Darhàm.

"Je n'arrive pas à croire que tu l'aies retrouvé !"

"Je n'y suis pour rien. C'est Lür qui l'a rapporté : il aurait trouvé ça sur un des soldats d'Oaxaca. Mais il était dans un état bien piteux... J'ai pris le temps de le nettoyer, de le faire arranger par un forgeron et d'y ajouter un encens légèrement plus puissant."

Goont se rappela alors de la dernière fois qu'il avait vu cet objet. Il avait été suspendu par Lür, juste devant lui, avant qu'il ne sombre dans le coma. Il était presque aussi heureux que la fois où Tôhko lui avait rapporté cet objet à l'auberge de Darhàm. Mais comme la première fois, il ne laissa pas de larmes de bonheur couler sur ses joues. Il se contenta de prendre sa fille dans sa bras en la remerciant.
A ce moment là, il se rendit compte que ses blessures ne lui faisaient déjà plus mal. En retirant le pansement qu'il avait à son épaule, il vit alors qu'il n'avait plus rien. Si ce n'était une légère cicatrice qui disparaitrait sans aucun doute d'ici plusieurs semaines, compte tenu de la puissance de la potion. Il en profita alors pour se rhabiller, posant par la même occasion quelques questions à sa fille en ce qui concernait sa famille.

"Taé m'a dit que tout allait bien à Mertar. C'est vrai?"

"Elle a été d'abord assez peinée de devoir laisser la danse de côté pour les mois à venir. Mais quand elle a appris pour Darhàm, -elle a vu le feu d'artifices!- elle s'est montrée très désolée à ton égard. Quand tu as disparu, elle a été très mal, car elle pensait qu'elle ne te reverrait jamais sans avoir eu l'occasion de dire comme elle était désolée. Alors quand tu as réapparu... Je te laisse deviner le bonheur qu'elle a ressenti. Comme nous tous, d'ailleurs !"

Goont avait retiré ses pansements. On l'avait vêtu, dans son sommeil, d'un autre pantalon bien propre. D'ordinaire, il se serait changé avec plus de pudeur, seul, mais compte tenu de la situation qui l'obligeait à quitter le domicile (la présence des soldats d'Oaxaca), il devait se presser. Ses nouvelles bottes étaient en tout cas bien confortables, comparé à ce qu'il portait avant. Quant à la tunique de terramancien, elle lui allait très bien. Elle était plus sobre, certes, mais agréable à porter et de bonne qualité. C'était cependant bien dommage de devoir laisser son kimono doré de côté, pour l'unique exploitation du pouvoir magique qu'elle renfermait.
Étrangement, il n'avait pas réagi aux révélations de Tôhko. Il avait été touché cependant, mais il semblait pressé, désormais. Et mal à l'aise, sans aucun doute.

"Et Sujima? Et Lùthian? Ce dernier s'est-il rétabli d'ailleurs?"

"Ils ont été contents de quitter Darhàm. Sujima sort un petit peu plus et elle a l'air bien plus épanouie. J'ai du mal à croire que ça fait que quatre jours que nous sommes ici quand je la vois. Lùthian, lui, il s'est vite rétabli. Par contre, Porick a fait une bêtise et a parlé un peu trop fort de ce qui s'est passé à l'auberge des voyageurs... Il sait ce que tu as fait à Lenny et il estime un peu trop ton geste... Heureusement, il ne sait rien pour Lamin et son groupe. Mais ce serait bien si tu pouvais lui faire comprendre que malgré le fond de ton geste, il ne devrait pas employer cette forme..."

La nouvelle à propos de Lùthian déstabilisa Hivann quelque peu. Il n'était certes pas aussi distant que Taé autrefois, mais il ne s'était jamais montré du genre à suivre son père comme exemple... Il ne savait vraiment comment réagir en tout cas. Et c'était d'autant plus gênant que le jeune homme concerné n'était pas là. Il allait devoir lui en parler dès qu'il en aurait l'occasion. C'était le genre de besogne qu'Inoka, sa femme, menait à la perfection de son vivant...

"Et toi?" demanda-t-il finalement.

"Je vais bien. Disons que je sais qu'on arrive bientôt à la fin de toute cette histoire, alors ça va. Je suis juste triste de me dire que justement, quand on arrivera à cette fin là, je devrais retourner à Oranan..."

"Tu me touches beaucoup, Tôhko." dit alors Hivann avec une rare tendresse.

Un petit silence passa alors. Le vieux mage s'était déjà habillé, équipé de tout son attirail de mage. Il allait maintenant devoir lui parler de son départ qui serait pour bientôt... Il allait devoir détruire la menace d'Oaxaca et s'en aller pour un long voyage. C'était le meilleur de les garder en vie.

"Je vais devoir partir très bientôt." avoua-t-il de but en blanc.

"Mais pourquoi?"

Il aurait voulu lui dire la vérité. Qu'il partait pour eux, pour éloigner leurs ennemis. Cela aurait été bien plus reluisant pour son image, et il savait que ses enfants ne lui en voudraient pas. Mais leur dire cela revenait à les prévenir d'un immense danger. Ils ne pourraient vivre correctement avec ce poids sur la conscience. Il devait alors ternir son image. Chose qu'il n'aimait pas faire, mais qu'il avait faite une fois avec brio : cela lui avait valu un bannissement de toute une région. Hivann Goont allait reprendre son apparence de vieillard égoïste et corrompu. Et Tôhko allait regretter de lui avoir faire retrouver tous ses pouvoirs.

"Je ne peux rester ici maintenant que j'ai retrouvé mes pouvoirs. Grâce à toi, nous avons pu garder tes frères et sœurs en sécurité et ils pourront reprendre une vie normale. Mais je ne peux pas viser une vie normale et tu le sais. Après avoir goûté au pouvoir, je ne peux me contenter de vivre simplement et sans magie. Et j'ai découvert la puissance de la poudre. Je veux pouvoir l'exploiter... J'ai entendu parler d'Equilibrium. C'est là que j'irai dès que j'en aurai l'occasion."

"Alors vas-y."

Une réponse bien étonnante. Il ne l'imaginait pas vraiment sortir de la bouche de sa fille qui s'était montrée presque aussi bienveillante que sa femme.

"Vraiment?"

"Je t'ai connu avec tes pouvoirs. Je sais très bien que tu ne peux pas vivre sans eux. Alors n'hésite pas. Je ne sais pas si Sujima, Taé ou Lùthian comprendront, mais moi, je sais que tu en as besoin. La puissance, ce n'est pas un problème. En revanche, je veux que tu fasses attention à toi. Ne va pas risquer ta vie et ne va pas faire les erreurs qui t'ont fermé les portes d'Oranan."

Hivann était heureux, mais encore une fois, il ne le montra pas. Il se contenta d'esquisser un sourire avec une pointe de gêne cependant. Car si on l'autorisait à partir, même si c'était plus facile pour lui, cela relevait d'autant plus le déchirement qui se ferait lorsqu'il quitterait la ville des nains.
Il se contenta alors de la remercier. Il n'y avait pas d'autres mots pour alléger sa peine ou exprimer ce qu'il ressentait.

"Merci. J'en avais besoin."

Il ne resta pas plus longtemps dans le domicile. Il n'y avait plus rien à ajouter et il se rendait bien compte que rallonger cette conversation rendrait son départ plus difficile encore. Et puis... la mission qu'il allait devoir mener ne pouvait attendre.

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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Jeu 13 Juin 2013 14:06 
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* Maison d'Onor *

Acculée dans l’anfractuosité de la paroi d’une rue modeste de Mertar, non loin de la bibliothèque, se dresse la maison d’Onor. Faite de pierre, taillée dans la roche, elle est semblable aux maisons mitoyennes qui la bordent. Sa particularité réside dans les petites sculptures présentes au seuil de l’entrée. Mofinard, le père d’Onor, avait utilisé son art pour graver deux symboles de part et d’autre de l’encadrement de la porte. Le premier est une tête sans visage coiffé d’un casque imposant décoré d’un éclair : il resprésente Valyus dans sa force et son omniprésence. L’éclair sur le casque ressemble étrangement au tatouage d’Onor comme si Mofinard avait voulu forcer la providence de son fils. Le deuxième symbole consiste en un orbe gravé d’où sort une flamme dont le détail en souligne le réalisme. Icône de Meno, le nain avait ainsi voulu rendre hommage au forgeron divin et bâtisseur de la montagne. Onor resta longtemps interdit au seuil de sa propre maison. Il n’y était pas retourné depuis son deuil. Franchir à nouveau le pas de l’entrée, c’était franchir le pas vers une nouvelle vie, une nouvelle destinée. Ce que son père aurait en fin de compte voulu de son vivant, Onor allait le réaliser à sa mort.

Le porte grinçante ouvrit sur la pièce principale, meublée d’une table, quelques commodes et d'une penderie. Simplicité et modestie, c'était les principes nanesques de l’habitat qui contrataient avec les gigantesques œuvres architecturales couvrant les bâtiments officiels et congréganistes de Mertar. Onor fit quelques pas dans la pièce, regardant ça et là les objets usuels dont il connaissait la vie mieux que quiconque. L’atmosphère silencieuse et sans vie de la maison l’oppressa vite, réveillant l’angoisse de sa perte. Voulant faire au plus vite, le nain rassembla précipitamment ses affaires dans un sac : vêtements, eau, nourriture, ustensiles et quelques yus. Il revêtit son lourd manteau et prit sa mailloche, fidèle arme enchantée offerte par l’Instructeur lors de sa réussite à l’épreuve de guérison. Fouillant une des commodes à la recherche de ses notices de sort, il tomba sur un petit coffret de bois appartenant à son père. Il connaissait son existence mais ne l’avait jamais ouvert, présumant l’existence d’un secret à l’intérieur. Le coffret n’étant pas verrouillé, Onor l’ouvrit. Une gemme, une feuille pliée et une petite pierre gravée d’un sigle qu’Onor n’avait jamais vu auparavant. Dépliant la petite feuille, il constatât qu’elle était elle-même remplie de symboles qu’il ne pouvait déchiffrer. A moitié contrarié de cette découverte dont il ne savait que faire, il mit les objets dans son sac, y ajoutant la notice d’un sort qu’il ne maîtrisait pas encore parfaitement mais dont l'utilité pourrait se révéler. Sentant l’émoi grandir en lui, il se dépêcha alors de boucler le tout avant de partir sans se retourner. La première larme, elle, était déjà sortie.



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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Jeu 12 Sep 2013 13:05 
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* Maison d’Onor *

Onor n’aurait jamais pu imaginer que l’on puisse être soûl de fatigue. C’était pourtant une expérience qu’il vivait désormais intensément. Il n’avait pas dormi depuis plusieurs jours et avait pourtant réussi à se maintenir sur pied, jusqu’à présent. Il venait d’empocher sa récompense pécuniaire à la milice et, par un habile processus de feinte, avait réussi à fausser compagnie à ses trois compagnons d’aventure. Il pourrait toujours les rejoindre plus tard si l’envie le prenait. Cherchant à s’orienter dans les rues de la ville, il ne parvenait pas à maintenir une trajectoire rectiligne dans son avancé. Le guérisseur titubait, chancelant d’une jambe sur l’autre, se cognant souvent contre des parois, parfois contre des passants. A plusieurs reprises, il dut s’arrêter pour reprendre son souffle et ses esprits. Le chemin jusqu’à sa maison lui semblait interminable et, pour la première fois depuis la disparition de ses parents, il était pressé de rentrer. Après quelques embardées mal négociées, le thorkin aperçut enfin les gravures en ronde-bosse ornant l’entrée de son logis. Le cœur du nain palpitait dans sa poitrine malgré son exténuation lorsqu’il enclencha le mécanisme libérant les pistons de sa serrure. Il franchit le seuil de son palier avant de s’arrêter, interdit. Devant lui se dressait une des images les plus chaotiques qui lui avait été donné de voir dans sa demeure. Les armoires avaient été dépouillées de leurs affaires, les commodes éventrées de leurs tiroirs, le lit retourné violemment, le matelas lacéré et les draps déchirés jetés à terre. Au sol étaient éparpillés objets, vêtements, petits mobiliers et décorations. Les cendres mêmes du feu avaient été disséminées dans la pièce. Ce qui restait d’intimité à Onor venait de voler en éclats en une fraction de seconde.

Les yeux hagards et le regard désabusé, le nain empoigna le matelas tailladé pour le remettre sur son sommier. D’un geste gauche, il se laissa lourdement tomber dessus. Sans prendre le temps de refermer la porte, il s’assoupit dans un sommeil profond.

***

Le froid de la paroi blanchit les pourtours du tunnel. Main dans la main, les deux nains font leur chemin. Légers et nonchalants, ils débouchent à la croisée de chemins ouverts sur une immense cavité de plusieurs centaines de mètres. S’arrêtant pour admirer le spectacle de la vision offerte par la Ville Haute, ils profitent comme toujours de cette matérialisation de leurs rêves. L’ascension pour les méritant, les travailleurs de la montagne. Si eux n’y arrivaient pas au moins leur fils aurait une chance d’atteindre cette reconnaissance sociale. Contempler du haut l’intérieur du minéral. La roche ne tue pas, elle élève. Elle élève… ou fait chuter.

***

" Pa’ ! Ma’ ! " s’écria Onor en sursaut.

Des gouttes de sueur imbibant sa barbe sombre, Onor reprit peu à peu conscience de son environnement. La pièce dévastée était restée telle quelle, en plein chaos. Le nain plissa les yeux, se concentra sur une image qu’il visionnait. Un craquement. La porte d’entrée était fermée. D’un geste précipité, il plongea la main en direction de sa mailloche…qui n’était plus là. La lame d’une hache lui effleura les poils, juste en dessous de la gorge. Paralysé, il ne put constater que sa vulnérabilité

" Quel manque de vigilance Onor ! "

Furieux, Onor tourna la tête vers celui qui le tenait à sa merci. Assis sur un tabouret à ses côtés, Dwif affichait un sourire édenté rempli de contentement. Retirant nonchalamment son arme menaçante, il rendit au guérisseur sa mailloche d’apprenti.

" C’est toi qui es à l’origine de ça ? " s’exclama Onor en haussant le ton.

Le chef de clan plongea ses yeux azurs dans ceux du guérisseur.

" Pour qui me prends-tu ? Crois-tu que je sois descendu si bas que je dois me comporter comme un voleur, qui plus est avec mes propres frères d’arme. C’est insultant Onor tu bafoues mon honneur. "

L’honneur étant la chose la plus précieuse qu’un nain puisse posséder, les mots de Dwif eurent un impact sur l’appréhension d’Onor, qui apaisa sa colère. Le thorkin n’avait pas encore eut le temps de se poser pour analyser la situation et ses émotions le dominaient complètement. La vue de son intimité éventrée le rendait malade. Celui qui avait fait ça le paierais très cher, il se le promettait.

" C’est parti trop vite de ma bouche ", se contenta de dire le guérisseur.

A l’instar d’une grande majorité de nains, Onor ne s’excusait pas, encore plus quand il avait tort. Dwif n’en tint pas rigueur et se contenta de se lever de son tabouret pour inspecter les dégâts.

" On t’a volé des affaires ? On dirait qu’ils cherchaient quelque chose de précis vu le foutoir que c’est. "

" J’en sais rien le Piquant, j’en sais rien. J’ai pas eu le temps de me poser et là je rentre et je vois qu’on m’a démoli mon foyer, celui de mes parents ! J’enrage. "

" T’avais laissé ta porte ouverte ? "

Dwif faisait allusion à la façon dont il était lui-même rentré dans la maison. Mais Onor était sur d’avoir bien fermé sa porte durant sa mission avec la milice. Les voleurs auraient dû enfoncer la porte mais ça n’avait pas était le cas. La serrure était restée intacte et il n’y avait aucune trace d’effraction externe. Onor se leva difficilement de son lit pour commencer à ranger ce qui pouvait l’être. Maladroitement, Dwif se joint à lui. Ensemble, ils rétablirent les armoires sur pied, rangèrent les tiroirs dans les commodes et les affaires dans les tiroirs. Quant au lit… ils ne pouvaient plus grand-chose pour lui. Perplexe, Onor se tourna vers son camarade.

" C’est étrange, y a rien qui manque pour l’instant. Et on a presque tout remis en place. "

" Des kenders t’auraient rien laissé ouai ! Si tu veux mon avis, ils n’ont pas trouvé ce qu’ils cherchaient et sont repartis, en plus t’as plus un yus ici ! "

" C’est vrai… "

Onor avait beau réfléchir, il ne voyait pas de sens à cet évènement, ça lui donnait presque la migraine.

" On va prendre une pinte ? "

" Ouai... "



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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Dim 27 Juil 2014 15:58 
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Chapitre V : Être en paix

"Je ne suis pas fière de toi."

Hivann avait pourtant fait tout son possible. Il avait vaincu un monstre vieux de probablement plusieurs siècles pour récupérer une relique exceptionnelle. En revenant ici, il avait réussi à avoir de nombreuses sources d'informations qui lui permettraient probablement de développer ses pouvoirs. Et si ce n'était le cas, il avait assez de choses pour gagner énormément d'argent en revendant tous ces flacons. Son accomplissement était particulièrement grand, même si c'était encore infime par rapport à ce qu'il avait déjà pu faire dans le temps.
En remontant le puits d'accès vers le niveau bas, la fatigue n'était fait davantage ressentir. Il avait bien ingéré des potions pour utiliser ses fluides et combattre le monstre qui hantait ces abysses. Mais il avait trop laissé sa propre santé de côté. Et la manière dont l'Exilé avait planté ses griffes dans sa poitrine laissait penser qu'une infection allait avoir lieu. Aussi, une fois à la surface, une fois sauvé, il n'eut simplement plus la force de rentrer chez lui. Il avait sombré dans un sommeil. Et pas un des plus réparateurs.

En ouvrant les yeux, c'était alors Taé, l'une de ses cadettes. La danseuse avait troqué son air doux et calme pour finalement porter un regard des plus sévères envers son père. Hivann se fit alors une réflexion qui l'étonna lui-même : Il avait tué un monstre centenaire, avait laissé mourir probablement plus d'une cinquantaine, peut-être même une centaine de victimes dans sa tanière, pour mieux s'échapper. Il avait brûlé vif ceux qui l'avaient confronté à Darhàm et avait battu à mort ses compagnons de cellule dans la prison de cette dernière ville. Toute cela, il l'avait fait sans une once de remord. Mais il suffisait d'un mot, d'un regard désapprobateur de la part de ses enfants pour qu'il se sente plus mal que jamais.
Il se redressa lentement, faisant craquer sa colonne vertébrale qui n'avait pu profiter d'un véritable lit et d'une nuit réparatrice. Les choses semblaient se répéter. Tout comme à son arrivée ici, dans cette ville, il était dans le canapé, près de la cheminée, probablement parce qu'il était gelé. Et aussi, certainement, parce qu'il était particulièrement bedonnant et difficile à déplacer dans son état... Mais la première explication était la plus élégante, il va sans dire.

"Je ne suis pas fière de toi." répéta encore Taé.

Toujours aussi lentement, il se mit sur ses jambes. De douloureuses courbatures l'empêchaient de se mouvoir correctement, mais il n'avait aucune envie de rester ici. Sa fille allait lui passer un savon, et pour tout dire, il n'en avait que faire. Il savait qu'il n'était pas censé faire des choses aussi dangereuses compte tenu de la situation de sa famille, mais ce qu'il avait vécu dans les tréfonds ne lui avait pas laissé suffisamment de patience pour simplement encaisser ce que l'on avait à lui dire.
Comme il était debout, il s'habilla directement avec les vêtements qu'il lui restait sur la table. Comme ils étaient propres, il supposa qu'il avait dû dormir pendant très longtemps.

"Alors tu vas juste t'en aller ? Tu pars, tu reviens en étant blessé et inconscient, et tu t'en vas à nouveau ?"

"Bon sang Taé..."

"Une semaine entière, papa !"

"Comment ?"

"Tu es parti pendant une semaine, sans laisser de traces ! Karl, Lür et Porick n'ont rien voulu dire ! Lùthian était tellement inquiet qu'il est allé dans les rues de Mertar et qu'il s'est frotté à tous les criminels qu'il pouvait rencontrer ! Il aurait pu tout aussi bien mourir !"

Goont ne s'y était pas attendu. Il savait qu'il était resté plus longtemps que prévu dans ces ruines, puisqu'il a été inconscient. Mais une semaine, c'était bien plus que ce qu'il avait imaginé.

"J'ai rencontré quelques difficultés, mais je suis là maintenant."

"Et tu vas repartir, comme toujours. Je le sais bien, tu vas partir."

Le mage resta silencieux. Il aurait bien tenté de la convaincre du contraire, qu'il serait toujours présent pour elle et le reste de ses enfants. Mais c'était mentir. Seules Tôhka et Sujima étaient au courant de sa volonté de récupérer ses pouvoirs et de permettre aux Goont de se refaire un nom.
Hivann prit une longue inspiration avant de reprendre la parole. Pour être cette fois-ci bien plus sévère.

"Il suffit, Taé. Tu sais que je n'appartiens pas à ce monde. Je ne suis pas fait pour être un travailleur. J'ai eu des pouvoirs, j'ai vécu avec, j'étais un excellent mage et on m'a enlevé tout cela. Je ne peux me résoudre à vivre sans ce qui a fait ce que j'étais. T'enlever tes pouvoirs quand tu es un mage, c'est comme te couper les jambes. On ne t'a rien enlevé de la sorte, tu ne sais pas ce que c'est."

Alors Taé explosa, à la surprise du vieil ynorien.

"Je ne sais pas ce que c'est ? J'étais une danseuse reconnue et désormais je ne suis plus que la fille d'un traître ! Seulement une artiste itinérante, sans intérêt ! Et maintenant que nous sommes à Mertar, je ne suis plus rien ! J'ai perdu autant de choses que toi, mais au moins, je laisse pas ma famille de côté !"

"Ferme-la, Taé !" cria enfin Goont, à court de patience.

Un long silence passa. Hivann était un homme sérieux, puissant et aimant envers ses enfants. Même en faisant preuve d'autorité, jamais il n'avait hurlé de la sorte, même en sachant qu'il avait tort. Sa fille ne le reconnut pour ainsi dire pas du tout, sur le moment. Il avait alors cessé de se préparer pour confronter directement Taé, la regardant dans les yeux alors que son visage se fronçait et rougissait de colère.

"Je fais mon possible. Je fais TOUT mon possible pour vous construire une vie agréable, et cela doit passer par la récupération de mes pouvoirs. Regarde autour de nous, TOUT est merdique ! On a dû vivre à Darhàm ! A Darhàm bon sang ! Et j'ai tout de même trouvé un moyen de faire en sorte que les choses s'arrangent un minimum. Je me suis battu, j'ai tué pour vous ! Alors désolé si je veux faire passer pour UNE FOIS quelque chose qui me concerne avant vous. Au moins, vous êtes en sécurité ici."

Taé se figea. Sans rien dire, il ne fit que regarder le sol. Elle avait eu raison, pourtant, mais elle reconnaissait trop peu son père pour dire quoi que ce soit. Finalement, la seule chose qui brisa le silence fut la porte d'entrée de la maison qui s'ouvrit. Le vieux Karl, dans son armure lourde, était entré. Il n'était manifestement pas ignorant de ce qu'il venait de se passer, alors il resta simplement le pas de la porte, croisant les bras.

"Maintenant dégage d'ici, termina Goont. J'ai à parler à Karl."

Taé s'exécuta sans attendre. Mais ses yeux s'étaient troublés et son menton s'était renfoncé. Quand elle passa la porte, ses épaules tremblèrent un moment. Cela suffit à rendre le géomancien bien coupable, sans qu'il ne le laisse paraître. Karl, quant à lui, ne se gêna pas pour commenter ce qu'il venait de se passer.

"Je ne pense pas que c'était vraiment nécessaire."

"Bon sang, ne commencez pas Wjran. Dites-moi plutôt, puisque je ne sais pas ce qu'il s'est passé, comment m'avez vous ramené ici."

"Ce n'est pas moi, c'est Porick qui vous a trouvé. Il vous a ramené lui-même ici. Ce sont vos enfants qui ont pris le relai en faisant venir un guérisseur."

"Et Rawf ? Où est-il ?"

"Rawf ? C'est quoi ce foutu nom ?"

"Il y avait un liykor avec moi, un bratien."

"Oh ! Ce liykor là ! Bon sang j'en ai jamais vu d'aussi grand. Porick a pas tellement réfléchi et il a cru au départ que c'était lui qui vous avait assommé, alors ils se sont battus. Mais on est arrivé au bon moment avec Lür. Ils auraient bien pu se tuer tous les deux. Enfin Porick est à l'auberge et votre "Rawf", lui, est chez le guérisseur."

"Bon... J'irai lui rendre visite. Et mes enfants alors ? Taé m'a dit que j'ai été absent pendant une semaine, je n'imaginais même pas avoir passé plus d'une journée là dessous."

"Une semaine, en effet. Taé, vous savez déjà comment elle est, hein... Tôhko est rentrée à Oranan, vous ne la verrez certainement pas avant un moment. Lùthian a été quelque peu animé en apprenant votre disparition et il a décidé de suivre votre exemple à Darhàm. Sauf qu'ici, il y a peu de criminels. Au final, il n'a fait qu'essuyer des bagarres avec des gens un peu trop sanguins. Vous feriez bien de lui parler, lui faire comprendre que lui et son père... et bien, ce n'est pas la même chose. Et pour Sujima..."

Karl montra une longue hésitation, ce qui eut pour effet de déjà mettre les nerfs de Goont à vif.

"Et bien ?" fit-il sévèrement.

"Elle a passé la semaine à chercher des informations sur votre foutu fusil. Et quand vous êtes remonté, c'était sans Umordîl. Ils étaient proches apparemment, alors elle est triste, vraiment triste."

Le mage expira longuement en plaçant ses grandes mains derrière sa tête. Il semblait presque désemparé. Seulement une semaine était passée et déjà, les choses empiraient. Il allait devoir agir comme un meilleur père qu'il ne l'avait été, surtout auprès de Taé. Et le plus difficile, dans tout cela, c'était qu'il allait devoir partir malgré tout. Et là, rien ne pouvait justifier un départ aussi précipité. Pas même l'importance de cette relique.

"Ah ! "Le travail de père", n'est-ce pas ?"

"Où sont-ils donc tous ? Et où sont aussi mes affaires ?"

"Si ce ne sont vos vêtements, l'encensoir et ce que vous portiez sur vous, le tout est resté avec Rawf."

"Pourquoi donc ? J'imagine très bien Porick se battre pour récupérer mes biens."

"Il avait toutes vos affaires sur lui et il vous défendait beaucoup. Il avait l'air de croire que l'on allait vous voler. Alors quand on l'a calmé et qu'on vous a emmenés chez le guérisseur, lui a dû rester, mais il n'a pas permis que l'on prenne vos affaires. Et puis, il vous avait tellement défendu, on a pensé pouvoir lui faire confiance. Et simplet comme il est, je ne l'imagine pas partir seul avec vos trésors."

"Oui, acquiesça Goont. Pourtant, pendant un bon moment, il marqua une pause qui évoquait certains de ses doutes. C'est une personne de confiance. J'espère seulement que le Fusil est en sécurité. Quelle heure est-il ? Je dois commencer à voir tout le monde si je veux m'occuper de cette arme pour de bon."

"Il est assez tôt. Il doit bien être dix heures du matin. Vous aurez le temps de voir tout le monde, surtout si vos enfants reviennent à la maison ce soir."

Le vieil homme acquiesça encore une fois avant d'enfiler ses chaussures. Il n'avait finalement que ses bijoux sur lui en plus de l'encensoir qui était posé sur une petite table juste à côté du canapé. Celui-ci n'avait pas perdu ses fameuses gemmes que l'Exilé avait rajoutées et il semblait même que l'encens avait été changé. Sans dire un mot, il dépassa le vieux Karl et ouvrit la porte. Il ne s'arrêta qu'un instant pour lui donner quelques derniers ordres.

"Je vais d'abord aller voir Rawf. Venez me rejoindre avec Lür et Porick, j'aurais probablement besoin de vous pour quelque chose."

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Dernière édition par Hivann Goont le Ven 8 Aoû 2014 20:58, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Mar 5 Aoû 2014 00:24 
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Quand ils arrivèrent dans la demeure des Goont, il n'y avait encore aucun de ses enfants quoi soit présent. Seuls Porick et Rawf était encore là. Le géant aux cicatrices se contentait simplement de manger ce qui ressemblait à un reste de saucisson, tandis que Rawf continuait encore de dormir près du feu, justement à la place que le mage avait prise avant son réveil. Son sommeil semblait agité toutefois : ses babines remontaient parfois, et son museau restait toujours froncé, comme s'il se battait avec ses propres songes.

"J'me suis permis d'prendre à becter ! Presque midi, 'savez !"

Sans être vraiment gêné, Porick continua simplement son repas et avala une grosse gorgée de sa chope de bière, juste à côté de lui. Hivann s'était même demandé si cela faisait partie de la vaisselle qu'ils avaient emportée avec eux ou si elle était déjà présente dans cette maison au moment d'emménager.

"Cette ville est p'tête merdique sur ben des points, mais j'ai rien à r'procher à la bière ! Dites don', z'en faites une tête ! Pas d'Fusil alors ?"

Le mage ne prit pas même le temps de répondre. Il n'était pas non plus outré par tant de familiarité alors que le mercenaire le plus idiot et le moins agréable du trio s'était permis tout cela sous son propre toit. En fait, il avait d'autres choses en tête. Il prit simplement place en éludant complète ce qui l'aurait d'ordinaire beaucoup irrité. Lür et Karl le rejoignirent ensuite et Porick mit instinctivement un terme à son repas. Ne restait plus que le silence, le crépitement du feu de la cheminée et les grognements de Rawf.

"Je ne vais pas pouvoir rester pour protéger mes enfants, mais je ne peux pas non plus cesser de chercher le Fusil de Mertar."

Mais à la surprise de tous, Hivann ne put continuer son discours. Il fut coupé immédiatement par Lür, d'ordinaire pourtant très silencieux et enclin à simplement suivre les ordres.

"Je ne voudrais pas donner l'impression de vous manquer de respect, Ser Goont, mais..."

"Et pourtant, j'ai l'impression vous vous y apprêtez, Lür."

"C'est que je vous vois toujours défendre votre famille, parler de vos enfants. Nous l'avons tous trois compris, c'est la raison pour laquelle nous vous avons rejoint. Mais le Fusil de Mertar n'est pas une nécessité. Vous n'avez pas besoin de cela. L'objectif initial n'était-il pas de mettre votre famille en sécurité ? Nous l'avons fait depuis Darhàm, et pourtant, vous vous apprêtez encore une fois à la laisser pour récupérer une arme. Vous êtes en train de vous faire un ennemi que cette fois-ci, nous ne pourrons pas vaincre officieusement. Vous devriez abandonner le Fusil et vous contenter de ce que vous avez. Peu de traîtres politiques ont pu bénéficier de ce que vous avez actuellement."

Hivann perdait patience. Il était choqué, presque outré parce que Lür lui disait. Et il l'était d'autant plus parce qu'il savait que ce que le jeune archer lui disait était vrai. Il n'avait pas "besoin" du Fusil de Mertar. Tout comme il n'avait plus "besoin" de ses pouvoirs. Mais si, Goont ne pouvait simplement pas vivre sans ce qui l'avait forgé depuis toutes ces années. C'était la géomancie qui avait fait le lui le grand maître de son domaine en Ynorie. Il ne pouvait pas simplement passer à côté et se contenter de cette maison miteuse en Mertar. Il voulait davantage. Car même s'il avait tué, pour en arriver là, même s'il avait décimé tout un clan pour jouir de ce semblant de confort, il ne pouvait pas se contenter de cela. Et surtout, il ne pouvait pas se contenter d'un pouvoir limité par la Pierre d'Oubli, qui siégeait en son front.

"Si je vous crevais un oeil, Lür, vous seriez pourtant heureux d'en retrouver l'usage. C'est la même chose pour moi et mes pouvoirs. Un mage sans ses pouvoirs, en tout cas pas la totalité, c'est comme un aveugle sans sa canne. Un coursier sans ses jambes ou même un guerrier sans armure. Je ne vais pas abandonner le Fusil. Cela ne signifie pas pour autant que je ne vais pas tout faire pour garder mes enfants en sécurité. Je ne veux plus entendre de telles insinuations, désormais."

Un grand silence régna dans la salle. Jusqu'ici, Hivann n'avait jamais eu à menacer qui que ce soit parmi ses alliés. Et Lür avait beau savoir qu'il disait la vérité, il ne put s'empêcher de détourner le regard pour le diriger vers le sol. Même Karl, qui jouissait pourtant d'une certaine autorité auprès du groupe, n'avait osé s'exprimer. Le vieux mage prit alors un temps pour se satisfaire de la réaction qu'il avait provoquée, pour enfin en venir à ce qu'il pensait pour le groupe.

"Je disais donc que je n'allais pas ne pas chercher les dernières pièces du Fusil. Comme j'aurai besoin d'en savoir plus sur les usages d'un véritable archer-mage, je vais prendre Lür avait moi. Vous m'apprendrez ce que je dois apprendre et j'aurai toujours besoin d'un certain soutien. Je vous ai peu vu au combat, mais ces rares fois, vous étiez exceptionnel."

"Vous ne voulez personne d'autre alors ?" demanda Karl.

"J'aurai besoin de vous pour ma famille. Karl, je vous fais confiance pour assumer la responsabilité de la protection de ce foyer, le temps que je trouve ces dernières reliques. Quant à vous Porick, j'ai une mission autrement plus importante."

"Z'êtes pas sûr de vouloir échanger ? Parce que j'suis un peu plus calé dans la castagne, voyez."

"Non Porick, je n'ai pas tellement envie que vous restiez ici à vous empiffrer quand il s'agit de protéger ma famille. Je veux que vous alliez dans les sous-sols de Mertar. Il ne s'agit de pas grand chose, vraiment. Il s'agit seulement de retirer un carreau de la gorge d'Umordîl. J'ai seulement besoin de ça."

"Ah non ! C'pas plaisant ! C'pas plaisant du tout ce genre truc !" s'offusqua le géant.

"Je dois dire que je le comprends. Ce n'est pas seulement dangereux : c'est un vrai labyrinthe. Je ne pense pas qu'il mette sa vie en danger puisque l'Exilé est mort, mais vraiment, les chances pour qu'il retrouve le corps avant les nains sont minuscules, surtout s'il est seul ! Pourquoi ne pas envoyer Rawf à sa place ?"

"J'aimerais pouvoir vous dire que c'est possible, mais vous l'avez vu, non ? Il a perdu la tête pour une aiguille. Le renvoyer là-bas ne ferait que le rendre fou. Porick, j'ai été absent pendant une semaine entière et j'ai trouvé directement la sortie. Vous trouverez le chemin si vous vous dépêchez."

"J'ai peut-être une meilleure idée : il pourrait infiltrer la garde d'Amaury. Il se chargerait de dire qu'il agit en votre nom, que c'est votre façon de montrer votre soutien dans la récupération du corps d'Umordîl, et une fois chez l'Exilé, il ne lui restera plus qu'à accomplir sa mission."

Hivann hésita encore un instant. Il imaginait mal Amaury accepter une telle offre, vues ses tendances quelque peu bipolaires. Mais c'était le meilleur moyen pour lui de trouver la corps sans se perdre. Ils iraient forcément en groupe dans le bâtiment concerné. Il était dommage que Rawf ne puisse l'accompagner, autrement ils auraient pu s'éloigner du problème bien plus rapidement.

"Quand vous trouverez l'asile, allez directement dans le sous-sol. Vous y trouverez Umordîl sans ses pieds, avec un carreau dans la gorge, près d'une espèce de four. Je veux seulement que vous preniez le carreau et que vous le cachiez. Ou mieux, que vous le détruisiez et en cachiez les morceaux. C'est clair pour vous, Porick ?"

"Détruire le carreau, cacher les morceaux, c'clair mon Ser !"

Toutes les instructions semblaient être données en ce qui concernait les trois mercenaires. Hivann n'était sincèrement pas certain de ses choix. Les problèmes étaient nombreux et nécessitaient la division du groupe, et ainsi, sa fragilisation. C'était idiot : si seulement il n'y avait pas eu ce problème de bague, le fait qu'Umordîl soit resté en bas, rien de tout cela ne serait arrivé. Si, même, il avait utilisé ses pouvoirs plutôt qu'un carreau, tout aurait été beaucoup plus simple. Il n'aurait pas autant craint pour sa famille.
Mais ces quelques réflexions qui assombrissaient le moral du vieux magicien furent coupées par une nouvelle question de la part de Lür.

"Et que fait-on du bratien alors ? Il ne peut pas descendre. On le laisse quelque part ?"

"Non, bien sûr que non. Rawf m'a sauvé la vie et désormais, il compte comme un membre des Goont. Tout comme vous d'ailleurs. Il a seulement besoin de temps pour aller mieux, mais je préfère l'avoir à l’œil. Quand il sera plus stable, je le laisserai plus souvent avec mes enfants. Mais pour l'instant, il vient avec nous. Un colosse comme lui, ça ne se refuse pas."

"Et bien... Comme vous le souhaitez. J'espère seulement qu'il ne va pas perdre la tête avec nous."

A ce moment de la conversation, le vieux Rawf se mit à grogner de manière plus audible. Tout le monde put entendre alors les mêmes mots répétés frénétiquement. "Les épines, les épines" disait-il en se retournant. Hivann se rappela alors de la manière violente dont il avait fait cesser les agissements du pauvre lupin.

"Il faudra tout de même que je m'excuse pour la magie que j'ai utilisée avec lui. Le pauvre n'avait pas besoin de ça."

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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Ven 8 Aoû 2014 20:56 
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A l'instant où Hivann fit sa remarque, la porte de la maison s'ouvrit. Ce furent alors les deux filles du mage qui déboulèrent dans le salon, pour son plus grand malheur. Pour tout dire, il avait espéré passer un peu plus de temps avec les mercenaires, d'une part pour discuter plus sérieusement des démarches à suivre, mais aussi pour se préparer, justement, aux dialogues avec ses enfants.
Et cela l'enchantant d'autant moins en voyant que Sujima semblait tout à fait furieuse. Elle ne parla cependant pas. Elle se tint simplement devant la table où s'était rassemblé le groupe. Derrière elle, sa grande sœur Taé restait immobile, regardant le sol, comme si elle avait honte. Goont se leva de la table en gardant ses mains dessus. Avec un air presque ostentatoire, il prit la parole à l'attention de ceux qu'il avait guidé à l'instant.

"Excusez-moi messieurs, mais j'aimerais m'entretenir avec mes filles."

Il n'y eut aucun échange. Karl, Lür et Porick s'en allèrent simplement en silence. Ne restait plus que Rawf, encore endormi près du feu. Même Porick ne s'était pas permis de faire quelques réflexions. En revanche, il avait emporté sa chope avec lui, après avoir fini son repas d'une bouchée. Dès qu'ils furent tous partis, au moment où la porte claqua derrière eux, Sujima commença enfin à parler, de la manière la plus véhémente qui soit.

"Tu as envoyé Taé dehors ? demanda-t-elle, de façon manifestement rhétorique. Tu disparais pendant une semaine, elle s'inquiète, ON s'inquiète, et au moment d'en parler tu envoies Taé dehors ?"

Mais Hivann ne se sentit pas aussi gêné que lors de sa première confrontation avec Taé. Cette fois-ci, il répondit directement, sans retenue.

"Taé, fit-il tout d'abord simplement pour attirer son regard. Puis quand elle eu levé les yeux, il y plongea les siens. J'étais parti dans les ruines de Mertar pour récupérer une relique. Je n'aurai peut-être jamais tous mes pouvoirs, alors j'ai besoin d'une arme qui puisse m'aider à les exalter. Voilà pourquoi j'étais en expédition pendant tout ce temps.

Sujima resta figée. Cette histoire n'était censé être qu'un secret en elle, son père et Umordîl. Le mage s'adressa alors à la jeune garçonne.

"Voilà, maintenant tu n'as plus à jouer l'outrée. Elle sait, et maintenant elle sait aussi que tu m'as toi-même guidée dans cette recherche en me faisant rencontrer Umordîl."

"Tu crois que c'est seulement de cela qu'il s'agit ?"

Taé regarda les deux interlocuteurs d'un air déconfit, sans rien dire. Mais Sujima ne lui apporta pourtant pas plus d'explications. Elle frappa du poing sur la table, bravant l'autorité de son père.

"Que tu veuilles devenir fort, c'est une chose et je ferai tout pour t'y aider. Mais ne t'étonne pas que l'on se fasse du soucis pour toi. Ne t'étonne pas non plus que l'on au moins irrité après une semaine entière d'absence. Maintenant, Taé sait, d'accord. Mais tu n'avais aucun droit de la jeter de chez nous. Surtout maintenant."

Sujima avait raison et Hivann le savait. Et pour tout dire, même si elle était plus jeune que Taé, elle avait un don de la parole qui faisait honneur à sa famille. Le vieux mage baissa les yeux alors que la plus âgée des filles restait encore silencieuse, mais affichant tout de même un visage qui aurait pu devenir une véritable allégorie de la surprise. Ou de l'outrance, peut-être...
Sujima s'assit ensuite à la table, ce que firent aussi son père et sa sœur. Elle poursuivit alors.

"Umordîl est mort, je le sais, sinon il serait remonté avec toi... Qu'est-il passé ?"

"L'Exilé n'était pas un génie, c'était un fou. Et Umordîl a baissé sa garde, voilà tout. Je suis désolé Sujima. Umordîl était certainement le nain le plus honorable que je connaisse."

"Pas autant que moi... Il me manquera... Je sais que tu n'abandonneras pas le Fusil, alors je me doute -puisque tu t'es absenté aujourd'hui- que tu as rencontré Amaury."

"Oui."

Sujima s'exaspéra. Elle secoua la tête en expirant lourdement, signifiant clairement la bêtise de son père.

"Il peut peut-être te guider, mais c'est un homme dangereux, instable. Il faut que tu fasses attention, parce que s'il ne te fait pas confiance, il s'en prendra à nous tous."

"Tu me connais, Sujima."

"Justement, avec un peu plus d'attention on pourrait peut-être ne pas avoir à quitter encore cette ville."

"Quoiqu'il en soit, il est trop tard. Je suis allé le voir et j'ai pu constater quel genre de personne il est. Au moins je sais où trouver les trois dernières pièces."

Sujima se leva et traversa la salle pour rejoindre son père. Elle lui attrapa le visage et le tourna vers elle, presque violemment.

"Papa... Tu me jures que l'on est bien en sécurité ?"

Contre toute attente, Goont hésita. Il avait confiance en lui, et il pensait avoir fait les bons choix pour permettre à tout le monde d'être en sécurité. Mais son absence qui allait probablement durer au moins un mois, vus tous ses voyages à venir, il craignait de ne pouvoir en savoir davantage. Sa bienveillance l'aurait bien poussé à revenir à Mertar pour s'assurer que tout se passe comme il le souhaite, mais la quête du pouvoir le rattrapait bien vite. Il se concentrerait sur ce Fusil. Et après seulement, il pourrait prétendre à être plus présent. Il lui fallait récupérer ses pouvoirs avant.

"Vous êtes en sécurité, tout va bien."

Sujima maintint son regard pendant un long moment. Puis elle conclut en l'enlaçant.

"Je te crois."

Mais au fond, Hivann le savait en la regardant, il était certain qu'elle mentait. Sujima était sa petite dernière mais elle était probablement la plus maligne de tous ses enfants en comptant Tôhko. Mais elle, il ne la reverrait plus avant des mois. Au final, elles étaient un peu comme Inoka. Elles étaient les femmes de sa vie, qui lui permettait de rester dans le droit chemin.
Mais, bien qu'il s'en cachait, l'égoïsme prenait le dessus quand il s'agissait de pouvoir.

"Et... qui est-ce ?"

Taé ne semblait pas savoir quoi ajouter, aussi, elle avait posée cette question vis à vis de l'énorme loup qui ronflait devant la cheminée. Il était déjà bien étonnant que les enfants n'aient pas réagi en le voyant.

"C'est Rawf, je l'ai rencontré dans les ruines. Il partira avec moi, mais comptez-le désormais comme un membre de notre famille, car il m'a sauvé la vie."

"Comme Karl, Lür et Porick... C'est à croire que te mettre en danger va nous forcer à acheter un véritable manoir."

"Après tout... Pourquoi pas ?"

Il adressa un sourire malicieux aux filles, ce qui eut finalement pour effet d'alléger tout le ton dramatique de la conversation. Elles rirent discrètement, puis aussitôt, Sujima reprit la parole.

"Puisque tu vas partir, je dois te donner quelque chose. Je sais que ça va t'aider."

L'adolescente plongea sa main dans la petite sacoche accrochée à sa ceinture et en sortit un cuir qui, même de loin, témoignait d'une qualité exceptionnelle. Quand elle jeta cela sur la table, Hivann vit alors qu'il s'agissait de gants. Mais pas n'importe quels gants. Des gants en cuir de narvan, donc la carapace normalement en dessous des poils de la créature était encore visible sur le dos de la main. Mais outre ces carapaces, il y avait un ouvrage artistique extrêmement beau. Les gravures dans le cuir étaient simplement ornementales mais sur la paume, on pouvait voir que la gravure représentait une montagne. Et d'ailleurs, le cuir donnait une sensation différente lorsqu'on le touchait ici. La même sensation sablée que donnait l'encens que Tôhko lui avait offert avec l'encensoir et qui alimentait sa magie.

"Ce sont des gants de géomancien. Les mieux que j'ai pu trouver pour ainsi dire."

"C'est un cadeau magnifique Sujima, tu me connais bien... Mais comment les as-tu eus ?"

Sujima resta silencieuse mais tira un immense sourire. De la même manière que lorsqu'elle lui avait offert sa broche élémentaire.

"Tu ne les as pas volés ?"

"...Non ?" dit-elle sur un air taquin et interrogatif.

Goont ria franchement, même si au fond, évidemment, ce genre d'agissement le dérangeait. Cela l'aurait davantage atteint s'ils étaient encore en Ynorie, mais après tout, ici, ils en étaient un peu plus dans une question de survie. Mais l'ambiance amusante de la situation changea à quand Taé reprit la parole.

"Arrêtez de plaisanter. Papa va partir, d'accord, mais que fait-on en attendant ?"

"Que fait-on ?"

"Je pense surtout à Lùthian."

"Je comptais lui parler. Où est-il ?"

Taé rougit alors de colère. Elle sembla prête à exploser, mais après avoir soufflé longuement, montrant clairement qu'elle se retenait, elle dit les choses plus calmement, sans pour autant ôter l'effet véhément de ses paroles.

"Tu t'es réveillé ici, tu m'as jetée hors de la maison et tu es parti conclure un marché avec un homme dangereux... Sans même te rendre compte que ton fils était ici-même... Et qu'il n'a pas bougé de sa chambre depuis trois jours."

Hivann se figea. Lùthian avait un caractère de chien fou et le fait qu'il soit allé confronter des criminels ne l'étonnait guère. Mais qu'il reste dans sa chambre pendant trois jours était plus qu'inquiétant. Il s'en voulu profondément, car en plus de remarquer qu'il n'avait effectivement pas saisi que son fils n'était qu'à un étage de lui, il réalisait qu'il ne lui avait pas reparlé depuis leur fuite de Darhàm. Depuis donc presque un mois, il ne lui avait pas adressé la parole.
Sujima baissa les yeux. Son rôle de protectrice était nul désormais, et en entendant Taé rappeler l'inertie de leur frère, il sembla que ses yeux se troublèrent.

"Umordîl va tellement me manquer..." dit-elle comme si elle se rappelait tout le mal qui était arrivé durant cette semaine d'absence.

Le mage ne dit rien. Il monta simplement les escaliers et réalisa qu'en plus, même si sa famille était désormais placée ici, il n'avait jamais pris le temps de visiter cette maison. A chaque fois, il s'était réveillé sur le canapé du salon, devant la cheminée. L'étage était sombre, seulement éclairé par de petits supports à bougies. Il y avait cinq salles, toutes des chambres et seulement une qui soit fermée. Il ne s'attarda cependant pas sur les autres : il comprit vite que Lùthian s'était isolé en s'enfermant.

"Lùthian ?" dit-il doucement, dans l'ombre.

Il poussa la porte. La chambre n'était pas éclairée. Seules les torches derrière lui créait une ombre gigantesque sur le lit où était allongé le jeune ynorien. Il était seulement tourné sur le côté, faisant dos à la porte et à son père.
L'air était froid et l'odeur même de la chambre était nauséabonde, probablement à cause du renfermé. Pendant un instant, Hivann fut terrorisé. Il reconnaissait si peu son enfant, dans cet état d'apathie, qu'il crut que la vie l'avait quitté. Mais en entendant sa faible respiration, il expira d'un soulagement ostensible. Toutefois il n'osa pas parler. Il s'assit seulement au bord du lit en regardant l'enfant.

"Tu sais ce que ça fait, d'être presque battu à mort ?"

Sa voix n'avait rien à voir avec ce qu'Hivann connaissait de lui. Elle était sombre, triste. Pourtant, le vieux mage avait un souvenir bien précis de Lùthian. Un jeune chien fou, immature, mais extrêmement vivant. Plus vivant que n'importe qui dans cette famille. Il était stupide, c'était triste à dire. Quand il était plus jeune, et même plus récemment, il ne pouvait pas s'empêcher de courir partout où ils allaient. Mais pour autant, c'est un bon garçon. C'était le seul fils qui lui restait, qui ne lui avait pas tourné le dos.

"C'est humiliant au début. J'ai voulu répliquer, mais au bout d'un moment, on sent qu'on ne peut pas et j'ai abandonné. Et je me suis senti en paix. Je ne sentais plus rien, plus de douleur. Seulement... Comme s'il y avait juste quelque chose qui m'arrivait."

"Le Grand Lamin a eu ce qu'il méritait, Lùthian."

"Ce n'est pas ça... Je me fiche de ce qu'il a eu. J'espérais seulement être un peu plus fort."

Hivann n'avait pas tué le Grand Lamin, ce chef de clan abominable qui avait tabassé son fils seulement pour prévenir Goont de son pouvoir. Il l'avait brûlé, mutilé, mais laissé en vie pour qu'il puisse être crucifié sur Darhàm. Il avait fait les choses comme il fallait. Il avait rendu justice à son enfant en infligeant cela à son tortionnaire. Mais à voir comment son fils réagissait maintenant, il se demandait s'il n'aurait pas dû le laisser en vie pour se venger plus efficacement plus tard. Il ne l'aurait jamais imaginé, mais il regrettait de l'avoir tué aussi vite pour cela.

"J'étais persuadé d'être fort, et à la place, j'ai été battu. J'ai flotté l'espace d'un instant, et puis j'ai cessé d'être en paix... La réalité m'est retombée dessus. Et ça a été pire quand je t'ai cherché."

Le père ne savait quoi ajouter pour réconforter son fils. Il restait seulement silencieux, là.

"Je ne me suis pas battu, non pas parce que j'ai dû fuir ou parce que j'ai pu convaincre qui que ce soit d'aller dans mon sens. Ils n'ont simplement pas trouvé la peine de me battre. Comme si je n'étais rien... Je n'ai plus rien. Je ne peux même pas devenir un véritable combattant."

"Ce n'est pas le moment de combattre, Lùthian. Lorsque l'on aura une meilleure vie, que l'on vivra dans un endroit qui en vaut la peine, tu auras l'occasion de faire ce que tu souhaites. Il y a des milices qui vaudront la peine de t'y engager. Mais pour l'instant, c'est seulement compliqué. Il faut que l'on se batte pour notre famille, tu comprends?"

Lùthian resta longuement silencieux. Puis il se tourna vers son père. Son visage était encore légèrement boursouflé du moment où il avait été battu, trois semaines plus tôt. Mais il s'en remettrait vite. Ses longs cheveux se rabattirent ensuite sur ses yeux, le cachant de la faible lueur du couloir qui l'éclairait.

"Je... Je ne sais pas si je vais y arriver." dit-il faiblement.

"Ça va aller, fils. Les ynoriens sont forts et les Goont encore plus. Je vais avoir besoin de toi pour veiller sur tes sœurs. D'accord ?"

Le jeune homme ne regarda pas son père. Il se contenta d'acquiescer en hochant doucement la tête. D'une certaine manière, cela eut le don de soulager Hivann qui y vit là une raison de quitter cette chambre. En quelques minutes, il n'avait plus supporté d'y être et pour tout dire, il ne savait absolument pas comment réagir à la détresse de son fils. Mais cette inertie n'était que passagère selon lui. Les ynoriens n'ont pas cette tendance excentrique à montrer leurs sentiments. Lùthian n'était encore que trop peu mature pour le comprendre.

"Je dois partir. Je vais m'en aller pour très longtemps. Alors je compte sur toi pour te ressaisir. Sors de ce lit, lave-toi et fait quelque chose."

Hivann attendit un léger moment, puis il sortit simplement de la chambre, sans attendre une réponse de son fils. Cela dit, Lùthian éleva doucement la voix alors que son père s'en allait.

"Merci encore, pour ce que tu as fait à Darhàm."

Il s'était arrêté. A l'instant, il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait répondre, si ce n'était qu'il ne fallait pas qu'il prenne exemple sur cette tendance à corriger physiquement ceux qui font un affront à ses enfants. Ce remerciement le toucha, mais au lieu de cela, il se contenta de descendre les escaliers. Il allait partir très vite à la recherche de ce Fusil. Peut-être qu'à son retour, seulement, il se pencherait sur l'état de Lùthian.

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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Sam 23 Aoû 2014 19:16 
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Une fois devant chez moi, je poussai la porte de bois cloutée de mon domicile avant d’y pénétrer. Il s’agissait d’une habitation troglodyte creusée directement dans la roche de la montagne. L’intérieur se composait d’une salle de vie carrée regroupant tout le nécessaire, ainsi que d’une petite chambre creusée dans la paroi à gauche, à laquelle on accédait par une porte semblable à celle de l’entrée. Au fond de la salle de vie trônait une petite cheminée au dessus de laquelle pendait une marmite de bronze. A droite, des étagères couvertes de vaisselle de cuivre étaient fixée à la paroi, et, au centre de la pièce, se trouvait une modeste table de bois rectangulaire.
Je pris la porte de ma chambre et m’installai dans mon lit, une simple banquette couverte de plusieurs peaux de bêtes, avant de m’endormir.

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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Dim 24 Aoû 2014 15:11 
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Je me levai au matin, la langue pâteuse et l’esprit embrumé. Ma chambre était plongée dans la pénombre mais je n’eus pas de mal à me repérer grâce à mes yeux de nain habitués à la pénombre. A petits pas, je me dirigeai vers la porte donnant vers la salle de vie. Une fois dans celle-ci, je me saisi d’un gobelet de cuivre perché sur une étagère et y déversai le contenu d’une cruche d’eau que je trouvai, elle, sur la table. L’eau fraiche réhydrata agréablement ma gorge sèche et contribua à me remettre les idées en place. Ensuite, j’entrepris de me laver le visage et les mains avec le reste de liquide que renfermait encore le récipient. Une fois mes ablutions terminées, mon esprit se trouvait à nouveau parfaitement clair. Je me saisi de mon marteau, le glissai à ma ceinture et me mis en route pour la forge où j’étais attendu.

<vers la Forge Royale>

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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Lun 9 Fév 2015 23:30 
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La petite demeure troglodyte n’avait plus grand-chose à envier à une cellule moniale: naguère parsemé d’étranges outils, de crasseux mécanismes en devenir et d’ingénieux systèmes, c’était à cet instant un désert de stérilité émotionnelle. L’émotion tenait finalement dans un petit demi-mètre de sac de toile brune grossière, déposé à la gauche de son propriétaire à l’encadrure de la porte massive. Le regard un peu vague, Tarkin parcourait du regard ce qui fut l’épicentre de la concrétisation de ses rêves.

( … )

Une profonde inspiration secoua le Thorkin, seule preuve manifeste de sa poitrine douloureuse.

"On va y aller, Dworkilin. Tu as fait tes aux-revoir bien comme il faut j’espère ?"

Si le marteau de guerre aux délicats engrenages ressentait à cet instant une quelconque peine, il aura mystifié les plus grands artistes par son jeu d’acteur exceptionnel. La tête au sol et le manche droit, au côté droit de Tarkin, il contemplait en silence l’immensité vide qui fut jadis le royaume de son maître.

Les adieux consommés, Tarkin souleva le sac par-dessus son épaule, provoquant un formidable fracas de métal à l’intérieur, ultimes adieux des outils qui se tenait ici jadis. Avec Dworkilin dans sa main libre, ses pieds firent les premiers pas du grand départ.

"Excuse-moi, Tarkin ?"

Ha. Monsieur Brelir. Le voisin de Tarkin. Un Thorkin âgé : sa barbe montrait ses premiers poils blancs, et sa voix se faisait grave de sagesse sous-entendue à chacune de leurs rencontres.

"Bonjour Pain-Doux. Vous aurais-je déranger de si bon matin ? "

Pain-Doux. Le petit surnom de Monsieur Brelir. Tout simplement parce que c’est la première chose qu’il fit quand Tarkin s’installa : lui offrir un pain blanc, mets plutôt rare dans une cité souterraine, à son arrivée.

"Ho que non Tarkin." Le visage du Thorkin s’illumina du sourire doux-amer du parent voyant partir son enfant. " Je voulais juste vous voir avant votre départ. Et vous rendre ceci. "

Joignant le geste à la parole, il tendit à Tarkin une balle de métal grosse comme un poing. Tarkin reconnut immédiatement l’Emerald-Sphere qu’il lui avait offert en remerciement pour le pain. L’un des premiers casse-tête qu’il eut fabriqué lui-même.

"Pain-Doux, vous savez que je vous l’ai offert non ? Vous n’avez pas à me le rendre."
"Je sais, je sais. Disons que c’est un caprice de ma part."

Un rapide clin d’œil interpella Tarkin. Ce petit côté joueur faisait aussi pleinement partie de la personnalité de Monsieur Brelir.

"Alors j’accepte." acquiesça Tarkin en se saisissant de l’objet. " A mon retour, je vous en offrirais un nouveau. "
"J’attends cela avec impatience, Tarkin. Que Valyus te protège."

Une fois seul dans le couloir de pierre grise, Tarkin repose Dworkilin et son sac au sol, tels les deux piliers entourant l’autel, où il décida de s’asseoir à son tour. Il contempla alors l’Emerald Sphere, laissant les souvenirs refaire surface au contact de la surface polie du mécanisme.

L’Emerald-Sphere, c’est l’une des premières trouvailles de Tarkin. Un casse-tête mécanique, nécessitant observation, mémoire et logique pour être résolu. Elle se présente comme une sphère de métal à la belle couleur cuivré. Une petite partie de la sphère est aplatie afin de permettre de la poser sur une surface plane. Au sommet de la sphère, une nuée de symboles thorkins, chacun gravé sur une petite pièce de cuivre. Ces petites pièces sont mobiles, actionnées par un complexe mécanisme intérieur pour se déplacer sur la surface du sommet de la sphère. Et enfin, tout le long de la sphère de métal, divers interrupteurs sont présents, qui s’enfoncent avec un petit déclic mécanique dans le corps de la sphère une fois enclenchés. A chaque interrupteur ainsi pressé, les symboles se déplacent sur la sphère : certains bougent dans des mouvements aléatoire au premier regard, d’autres restent immobiles. Le but de ce casse-tête est de réunir ensemble, côté-à-côte, les différents symboles présents. L’aléatoire de ce jeu est bien sûr illusoire : il faut être observateur et avoir de la mémoire, tout en restant logique, pour parvenir à ce résultat. Une fois les combinaisons complétées, une petite cavité s’ouvre, pour révéler une modeste récompense pour le gagnant : Tarkin y avait originellement mis une friandise Thorkine aux champignons. Par la suite, une simple pression sur l’un des interrupteurs mélange les symboles, et le jeu peut recommencer.

Il ne fallut pas longtemps à Tarkin pour rassembler ainsi les symboles : il était le concepteur du casse-tête autant qu’un passionné de ce genre de jeux. Le dernier symbole se mit en place dans un petit déclic, et la petite trappe s’ouvrit au sommet de l’Emerald-Sphere.

Dans un silence saint, Tarkin observa d’un œil attentif son contenu…

"Pain-Doux, vous n’êtes pas très honnête avec vous-même..."

50 yuens se tenait là, emmitouflés les uns dans les autres comme pour échapper à la froideur du métal les entourant.

Tarkin les retira précautionneusement, les déplia et les rangea dans sa poche, avant de ranger l’Emerald-Sphère dans son sac. Se relevant une fois encore, il marcha jusqu’à la porte de Pain-Doux. Inspiration. Une prière à Gaïa quitta dans un murmure les lèvres du Thorkin. Son bienfaiteur sera remercié.

(Moi non plus, je manque un peu d’honnêteté, visiblement.)

Le sac cliqueta de nouveau sur le dos du Thorkin quand il descendit l’escalier qui le mènerait dans la rue.

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Tarkin Malachite / Guerrier Thorkin / Machiniste Curieux


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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Ven 1 Mai 2015 22:10 
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En louant un chariot, il fallut un peu plus de trois jours à Hivann et Rawf pour rentrer à Mertar. Plus rien ne les retenait à Oranan désormais, et ils craignaient bien moins d'être reconnus dans cette ville. Ils étaient assez éloignés du Pavillon d'Or et son fils le couvrait. Le fait que Rawf n'aie pas été retenu affirmait d'ailleurs qu'une alliance était née de nouveau. Désormais, la seule appréhension d'Hivann résidait en la personne d'Amaury, dont il ne savait encore de quelle manière ce dernier l'accueillerait.

Il avait pourtant tout préparé. Karl devait protéger sa famille restée à Mertar, Porick devait effacer les preuves du meurtre d'Umordîl et par dessus tout, ses filles et son fils ne devaient rien tenter, pour ne pas se faire remarquer par leur nouvel ennemi. Enfin, Lür était retourné pour assister Karl dans son rôle de protecteur. Si tout s'était déroulé comme il l'avait espéré, alors Amaury n'aurait rien à lui reprocher. La mort d'Umordîl aurait été officiellement causée par l'Exilé, dans les ruines de l'ancienne ville, et ils auraient seulement à assembler le Fusil. Il pourrait partir avec, lui forger une histoire, et prétendument le rendre au vieux nain qui l'ajouterait à sa collection.
En somme, Hivann serait gagnant sur tous les points.

Mais en descendant de son chariot, avec Rawf, aux portes de la ville, il sentit que les choses n'iraient pas dans son sens. Même s'il avait tout préparé, Amaury était trop instable, trop sensible, pour ne pas vouloir venger la mort de son ami. Même si le mage n'en était pas la cause, il serait jugé coupable, certainement. Ainsi, il n'avait plus qu'un avantage de là où il était. Il ne savait pas ce qui l'attendait dans cette ville, mais il avait une chose dont personne n'était au courant : l'allégeance de Rawf.

"Rawf, tu ne vas pas pouvoir entrer avec moi. Ce sera trop dangereux, alors n'entre que si je ne reviens pas d'ici deux heures." préconisa Hivann.

"Où irai-je, rawf ?"

"Quand tu arriveras, prendre l'ascenseur jusqu'à la partie haute de la ville, puis cherche le bâtiment de Maître Amaury, responsable de l'économie commerciale. Sois discret, ou alors sois puissant, mais si tu ne me revois pas, c'est que je serai en danger."

"Le danger est grand, rawf ?"

"Très... Mais je pense que tu peux faire la différence."

Rawf n'avait pas repris ses vêtements de mercenaires. Depuis son départ d'Oranan, il avait décidé de garder son bon kimono d'Ynorie, dont il était si fier. Il serait certainement reconnaissable donc, mais au moins, il serait d'une assistance remarquable. Ce dernier resta donc aux portes de la ville, tandis qu'Hivann les poussait. Et déjà, en entrant dans l'abîme de la cité, il sentit une atmosphère changée. Tout lui semblait plus oppressant, et quand il commença à croiser les regards de quelques nains, il avait l'impression que tous le jugeaient ou étaient au courant. Ce qui était impossible, puisqu'aucun ne l'attaqua ou l'arrêta simplement. Sans doute était une paranoïa naissante qui le forçait à s'interroger.
En descendant jusque dans le quartier des habitations, il ne pouvait cesser de regarder derrière lui, presque sûr qu'on lui suivait. Mais il lui semblait impossible de savoir si c'était le cas. Quand les rues se changèrent en ruelles et que les lampions se firent plus rares, il sentit bien que des silhouettes se dessinaient derrière lui, mais rien n'affirmait encore qu'il s'agissait de menaces... De plus, engager un éventuel combat ici ne l'aiderait certainement pas. Il était l'unique étranger après tout. Alors quand il trouva enfin la porte de sa demeure, c'est avec hâte qu'il s'y engouffra, verrouillant immédiatement celle-ci derrière lui.

Mais en y arrivant, il réalisa que tout avait changé. Il n'y avait pas eu de combat ici, pas de meubles retournés ou de fauteuils éventrés... Cependant, il n'y avait plus de vie. Le foyer habituel de la cheminée avait été éteint, de même que les quelques bougeoirs dont les cires avaient été épuisées. Il appela bien les noms de ses enfants, mais il n'y eut aucune réponse. Quelque chose était arrivé, il le savait. Il savait qu'ils étaient à l'extérieur, que cette absence cachait quelque chose, car eux mêmes étaient déjà au courant du danger qu'ils encouraient. Jamais ils ne seraient si simplement sortis, tous. Et si cela avait été le cas, ils n'auraient certainement pas laissé les feux se consommer entièrement.
Il devait sortir, mais un espoir irrationnel le forçait à rester, afin de s'assurer de l'endroit où ils étaient. Sans prendre le temps d'allumer de nouvelles bougies, il tâta dans l'ombre les murs et objets sur son chemin. Instinctivement, il monta à l'étage où l'obscurité régnait tout comme dans le reste de la demeure.

"Lùthian ? Tu es toujours là ?"

Toujours, l'obscurité prenait possession, mais il y avait une faible lueur au bout de ce couloir qui donnait sur la chambre de son fils convalescent. Elle venait de toute évidence de la fenêtre de celle-ci, qui donnait sur la petite ruelle. Sa surélévation faisait qu'un éclairage plus important était possible, alors il avait un chemin plus sûr à parcourir... Mais pourtant, il se sentit paralysé. Quelque chose l'oppressait et il avait encore peur de ce qu'il allait trouver dans le lit de son plus jeune enfant. Pas à pas, il frôlait le parquet des Liens-de-Roche, d'où il pouvait un peu mieux sentir les vibrations autour. Mais rien. Pas de pas. Il se rappelait seulement les silhouettes qu'il avait senties arriver derrière lui dans la ruelle, alors il jugea qu'il lui fallait estimer le danger en voyant par cette même fenêtre si on l'attendait encore dehors.
Il s'approcha toujours, mais cette fois-ci, il prit son arbalète. Préparer un sort lui prendrait trop de temps. Quand enfin, il pénétra dans la chambre, il ne sembla y avoir rien autour de lui. Rien derrière la porte, ni dans le lit. Les affaires de Lùthian traînaient sur le sol, mais c'était un désordre qui lui ressemblait. Désormais rassuré de ne pas avoir été spectateur d'un évènement plus funeste, il jeta un œil par la fenêtre. Aucune silhouette visible... Peut-être avait-il rêvé. Mais quoiqu'il en soit, l'absence de Sujima, Taé et Lùthian ne le rassurait. Il allait devoir directement rendre visite à Amaury, et certainement, ses enfants seraient là. Peut-être même seraient-ils otages. Mais au moins, ils avaient une chance de s'en sortir. Il avait déjà une rançon à proposer. Toutefois, c'était une réflexion qu'Hivann n'eut pas le luxe de nourrir un peu plus. Car quand il se retourna pour aller rejoindre le bâtiment du maître nain, une silhouette fine apparut à quelques centimètres de lui. La seule vision qu'il eut, avant de sentir une épaisse poudre l'assommer et le plonger dans un sommeil lourd, fut celle d'un visage brûlé et colérique.

"Je te l'avais bien dit. Tu aurais dû finir ce que tu as commencé."

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Multi de Ziresh et Jôs.

Ser Hivann Goont, Archer-Mage niveau 10.


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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Mer 24 Juin 2015 22:17 
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J’avais un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment. Ce n’est que j’étais du genre à m’affoler pour rien, non. Les Sterkschield sont durs comme la pierre et savent contrôler leurs émotions. Mais, par ma barbe, ça m’a jeté un froid quand je suis arrivé. Je me tenais devant l’antique porte en chêne cloutée de la troglodyte de mon clan, défoncée, mise en pièce. Une moitié de la porte restait sur ses gonds, tandis que l’autre gisait sur le sol de pierre, jonché d’échardes grandes comme mes avant-bras. Réellement inquiet de ce que j’allais retrouver à l’intérieur, je me suis précipité dans ma demeure violée par je ne sais qui.
L’intérieur de la troglodyte avait été saccagé. Des meubles avaient été renversés, certaines des armes ornant les murs de roche polie avaient été arrachées. De là où je me tenais, je pu même voir, dans l’alcôve au fond de la salle commune qui abritait notre autel dédié à Valyus, la statuette du Maitre des Foudres renversée, gisant par terre. Au milieu de ce chaos, mon oncle, Böl, pansait mon père, Thròr. Celui-ci, appuyé sur sa hache d’arme, était en sang.

« Mais… Par les foudres de Valyus ! Que s’est-il passé ici ? » m’exclamai-je.

« Ah ! Woder, mon fils ! Toujours là quand on a besoin de toi ! » me lança mon père.

J’ignorai la petite pique ironique. La scène qui s’offrait à moi ne prenait toujours pas sens à mes yeux. Mon oncle enchaina :

« C’est à ni rien comprendre. Trois encapuchonnés de mes deux ont déboulé sans raison, sont rentrés avec la finesse d’un éboulement et ont pris ton père à partie. Enfin, à ce qu’il dit. Je n’étais pas là à ce moment là, je suis arrivé alors que ça se bastonnait déjà. Du coup, ces trois merdiers ont pris la fuite et ont disparu dans les couloirs.»

Il est vrai que les couloirs de Mertar formaient un vrai labyrinthe des tunnels partant en tous sens impossible à surveiller. Il n’était pas ardu d’y disparaitre rapidement, d’autant plus que le quartier où était creusé la troglodyte de notre clan était très ancien et à présent quasi désert.

« Ne reste pas planté là comme un dolmen, me lança mon père, va me chercher de la gnôle bien forte pour désinfecter tout ça »

Je m’exécutai, et allai chercher quelque alcool dans la réserve. La pièce, de petite taille, jouxtait la salle commune et était autrefois une chambre. Les salles comme celle-ci étaient assez nombreuses dans la troglodyte. Ces anciennes chambres avaient été creusées au fil des générations mais, avec le déclin du clan, la plupart étaient aujourd’hui inoccupées. Certaines, comme celle-ci, avaient été changées en réserves, abritant denrées diverses ou trophées de guerre légués par des générations de tradition martiale.
J’apportai dare-dare le flacon à mon père avant de verser le contenu de celui-ci sur ses plaies. Une profonde entaille zébrait son épaule gauche. Un sang poisseux souillait sa barbe et sa chevelure argentée. Plusieurs blessures défensives, moins profondes, ornaient son avant-bras gauche. Le vieux Thròr fit la grimace lorsque le liquide coula sur ses plaies, mais il ne se plaignit pas.
Après cela, je me mis à ranger quelques meubles, pour redonner un aspect un peu plus ordonné à notre demeure.
« J’ignore quel genre de bâtards a voulu s’en prendre aux Sterkschield, mais si on les retrouve, tu devras leur briser la roche pourrie qui leur sert de crâne.

La seconde vague

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Dernière édition par Woder le Ven 26 Juin 2015 15:23, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations de Mertar
MessagePosté: Jeu 25 Juin 2015 22:15 
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L'incident

Le lendemain de l’attaque fût consacré à remettre en bon ordre la demeure clanique. L’ambiance restait tendue et nous n’avions toujours trouvé aucune explication à l’agression de la veille. Le clan Sterkschield mettait un point d’honneur à respecter toutes ses dettes et si nous avions de nombreux détracteurs, aucun n’aurait eu la sinistre idée de débouler de la sorte chez nous. De plus, la porte de la troglodyte gisait toujours à terre, et ne nous offrirait aucune protection si ces trois pousse-chariots décidaient de revenir durant la nuit.

Je m’échinais à remettre de l’ordre dans l’alcôve qui abritait l’autel de Valyus. La statuette de bronze du dieu, brandissant dans sa dextre la foudre ainsi qu’un large bouclier de sa senestre, avait été renversée par une des énergumènes de la veille, qui avaient, semble-t-il, pris autant de plaisir à saccager le lieu qu’à agresser son occupant. Je la remis à sa place, sur l’autel gravé d’anciennes runes, reprenant les huit sentences de Valyus.

Thròr, mon père, faisait les cent pas, promenant sa barbe blanche comme la cime des montagnes à travers la troglodyte, une hache à la main. Malgré que son torse ainsi que son bras gauche soient couverts de bandages, son regard trahissait une rage aussi ardente qu’il n’avait personne sur qui la faire passer.
Son petit manège durant une grande partie de la journée, jusqu’au soir où nous entendîmes des pas résonner dans le tunnel menant à la troglodyte.

« Ah ! Au moins, ces vermines nous ferrons l’honneur de nous permettre de leur briser la trogne ! »

Les pas se faisaient toujours entendre à l’extérieur, Thròr, qui était déjà armé, se mit en position de combat tandis que Böl et moi nous jetèrent sur nos armes respectives. Je me saisi de ma hache qui était adossée à la paroi de roche non loin de là, tandis que mon oncle s’emparait de son marteau de guerre. Les pas se rapprochèrent, si nos assaillants avaient décidé de revenir achever leur besogne, au moins seraient-ils bien accueillis.

Soudain, quatre individus déboulèrent dans la salle commune par la porte défoncée. Ceux-ci portaient des capes noires munies d’un capuchon qui dissimulait leur visage. Toutefois, il ne faisait aucun doute qu’ils étaient tous les quatre des thorkins. Mes deux parents hurlèrent :

« PAR VALYUS ! »

Et la mêlée débuta. Mon père, bien que blessé, se jeta sur un des encapuchonnés, tandis que Böl tentait d’en retenir deux autres. Le dernier dégaina une dague et se jeta sur moi. Je fis de même, brandissant ma hache au dessus de moi pour causer le maximum de dégâts. Mais mon adversaire se montra trop rapide et esquiva ma charge au dernier instant. Je manquai de heurter la paroi de plein fouet, avant de me retourner, prêt à en découdre. Mon agresseur tenta un coup d’estoc au niveau de ma gorge que je déviai in extremis avec le manche de mon arme. J’enchainai immédiatement par un mouvement rotatif pour asséner un coup du fer de ma hache au niveau de son épaule, mais il esquiva l’attaque quelque peu trop lente. Il recula d’un mouvement incroyablement adroit pour un thorkin et, d’un saut, monta sur la table à manger qui trônait au milieu de la pièce, d’où il dominait les combats, tout en se saisissant d’un tabouret de bois, qu’il m’envoya à la figure. Le meuble me heurta de plein fouet et me fit tomber à la renverse. J’atterris tel une pierre et mon crâne frappa violement le sol, mais pas assez que pour m’assommer.

Je vis non loin de là que mes deux parents, tous deux des guerriers vétérans, s’en sortaient mieux que moi et parvenaient à contenir nos agresseurs. Je n’eus pas plus de temps pour observer la situation, car mon adversaire était descendu de la table pour m’achever. Toujours à terre, je profitai de son manque de méfiance pour le balayer de ma jambe droite. Mon tibia heurta son genou et il perdit son équilibre comme escompté. Profitant de ce moment de répit, je me redressai maladroitement en même temps que le thorkin qui me faisait face.

Ce sombre bâtard m’avait mis hors de moi. Personne ne s’attaque au clan Sterkschield sans en payer le prix du sang ! Serrant ma hache comme un forcené, je me jetai à nouveau sur le nain vêtu de noir, hurlant à plein poumon. Cette fois-ci, ma charge l’atteignit avec succès et je le fis à nouveau chuter. Dominant à présent mon adversaire, je lui assainis un coup du plat de ma hache à sa main droite pour le désarmer. Sa dague glissa à quelques pas de là. Je m’apprêtai alors à lui fendre le crâne en deux pour l’achever quand j’entendis mon père tonner derrière moi :

« Non, ne fais pas ça ! »

Lui et mon oncle avaient visiblement mis en fuite leurs adversaires. Seul le mien restait à présent dans la pièce.

« Ce petit merdier va nous renseigner sur lui et ses racle-merdes de potes. »

Jetant un dernier coup d’œil au nain à terre, je l’assommai d’un coup de la queue de mon arme.

Un étrange symbole

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Dernière édition par Woder le Ven 26 Juin 2015 15:25, édité 1 fois.

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