L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Sam 16 Juin 2018 17:54 
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En ce début de matinée, les rues respiraient une tranquille activité. Des livreurs passaient en trainant leur carriole bringuebalante chargée de marchandises, des ménagères s'arrêtaient devant les étals et entamaient la conversation avec des marchants souriants, et une bande de gamins se faufilait entre les jambes des passants en tentant d’attraper un chat.

Evelyn se dirigea vers les quartiers bourgeois de la ville. Elle ne s'y rendait pas souvent, car même si les personnes qui s'y trouvaient vivaient dans une confortable aisance, ils n'appréciaient pas forcément de voir une artiste de rue aux vêtements rapiécés jongler sous leurs fenêtres. Mais aujourd'hui, il ne s'agissait pas tant de les impressionner par ses tours que d'avoir un prétexte correct pour arpenter le quartier et observer les alentours sans éveiller la suspicion.

Arrivée sur une petite place proprette, la jeune fille sortit ses balles et se mit à jongler. Aujourd’hui, elle n'interpellerait pas les passants et ne ferait rien d'extraordinaire. Son esprit se désolidarisa bientôt de la ronde des balles et se fixa plutôt sur les façades bien entretenues des maisons. Trois bâtiments étaient visibles de son point de vue. Evelyn en élimina déjà un d'office : un garde se tenait devant la porte, et la maison avait de toute façon l'air trop cossue pour être atteignable.

(Je veux bien faire preuve d'ambition, mais restons réalistes...)

La façade du deuxième bâtiment s'avançait d'environ un mètre par rapport aux autres, ce qui rendrait une approche discrète plus complexe. Le troisième bâtiment, un peu plus en retrait, ferait une cible plus adaptée. Evelyn l'observa un moment, avant qu'une patrouille ne passe.

(Évidemment! Cette place est fréquentée, donc les patrouilles passent régulièrement. Je m'y suis mal prise ; il faudrait que je m'intéresse plus aux petites rues.)

Evelyn soupira. Organiser un cambriolage ne s'improvisait pas, et son manque d'expérience se faisait cruellement sentir. Certains réflexes ne lui venaient pas naturellement. Elle allait devoir apprendre en essayant et en se trompant, tout en étant parfaitement consciente que la moindre erreur pourrait avoir des conséquences plus que déplaisantes. Secouant la tête, elle rangea son matériel et quitta la place.

Il lui fallut une bonne heure pour trouver un emplacement à la fois isolé des itinéraires principaux des patrouilles et suffisamment fréquenté en journée pour que la présence d'une artiste de rue ne paraisse pas suspecte. Elle se mis à nouveau en place et commença à jongler nonchalamment, tirant parti d'une routine qu'elle avait tellement pratiqué qu'elle pouvait la réaliser les yeux fermés – ou, dans ce cas précis, fixés sur les maisons alentours.

Encore une fois, une observation plus approfondie de la zone ne se révéla pas concluante. L'une des demeures affichait une façade décrépite, signe d'une maison sur le déclin. Une autre bourdonnait d'activité, et les banderoles et fleurs qui décoraient les fenêtres laissaient entendre que la famille était accaparée par un heureux évènement, naissance ou mariage, qui rendrait les lieux bien trop fréquentés dans les jours à venir.

Evenyn se déplaça à nouveau, pestant en son fort intérieur contre les gens qui n'étaient pas fichus d'avoir une maison aisément attaquable. Cette fois, ce fut sur une petite place ombragée qu'elle se posta, appréciant un grand arbre qui lui offrait de l'ombre et qui aurait de plus l'avantage de rendre la nuit plus noire lorsqu'il serait temps de passer à l'action. La maison faisant l'angle de la place attira plus particulièrement son attention.

C'était une demeure proprette, assez spacieuse sans être ostentatoire, dont la façade blanche était ornée de colombages sur les niveaux supérieur. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient protégées de barreaux, mais celles-de l'étage n'étaient masquées que par de coquets volets peints en vert. De la position un peu en retrait où elle se tenait, Evelyn pouvait distinguer une petite arrière-cour, mais il lui faudrait se rapprocher pour en savoir plus. Elle décida de prendre la peine d'épier cet endroit.

Au cours de la journée, la jeune fille arpenta la place en prétextant diverses acrobaties, prenant garde à ne pas laisser voir à son public peu fourni l'intérêt qu'elle portait à la maison aux volets verts. Elle fût en mesure de confirmer ses impressions concernant la présence d'une arrière-cour, s'ouvrant sur la place par un portillon de fer forgé et sur la maison par une porte légèrement en contrebas par rapport au niveau du sol et que l'on atteignait avec trois marche. La cour semblait faire office de petit jardin où poussaient quelques plantes aromatiques. Vers midi, Evelyn vit une femme munie d'un panier sortir de la maison et ramasser des brins de l'une des plantes avant de rentrer. L'une des fenêtres du rez-de-chaussée s'ouvrit peu après, laissant flotter dans l'air une fumée odorante qui mit l'eau à la bouche à la jeune fille. La maison resta calme quelques heures encore, puis sortirent un bourgeois en veston sombre aux cheveux poivre et sel et un jeune homme aux longs cheveux blonds ramenés en arrière et dont les vêtements richement ornés contrastaient avec la mise sobre de son compagnon. Ce dernier rentra seul environ une demi-heure plus tard.

Le ventre vide d'Evelyn commençait, après plusieurs heures à se faire passer pour une simple saltimbanque tout en surveillant attentivement le même petit coin de ville, à se rappeler à ses bons soins. La jeune fille décida de se trouver de quoi faire un déjeuner tardif avant d'aviser de la suite des opérations. Elle s'apprêtait à ranger son matériel quand le jeune homme vêtu de façon tapageuse réapparut sur la place et, faisant défiler un regard ennuyé sur les environs, aperçut l'artiste de rue et se dirigea d'un pas nonchalant vers elle. Un peu déconcertée, elle décida de réaliser encore quelques tours afin de voir comment évoluerait la situation.

(S'il m'était possible d'engager la conversation... J'en apprendrais sûrement beaucoup sur la maison, et sans effort. Il en est sorti et était sur le point d'y rentrer ; c'est donc que ce n'en est pas un simple visiteur, mais bien un de ses habitant!)

Mais elle hésitait.

(Je ne sais pas qui c'est, ce type... Et je ne suis pas particulièrement douée pour socialiser. C'est une chose de baratiner une foule lors d'un spectacle, mais c'est autre chose de soutirer des infos à quelqu'un. Je risque d'éveiller les soupçons et de tout faire foirer...)

La dernière fois qu'Evelyn avait tenté des folies, elle avait fini dans le fleuve. Certes, il y avait peu de chance que le jeune homme aux vêtements colorés, pris d'un subit accès de rage, la jette par dessus la rambarde d'un pont. Mais la perspective d'être arrêtée pour avoir tenté de dérober les biens de riches marchands paraissait pire aux yeux de la jeune pas-tout-à-fait-voleuse qu'un plongeon de plus dans des eaux troubles.

(Ça ne sert à rien de tergiverser. Je n'ai que trois jours pour cambrioler cette baraque, je ne vais pas cracher sur une opportunité d'accélérer la phase de renseignements.)

Cette résolution prise, Evelyn s'impliqua un peu plus dans sa représentation. Son public était composé de trois gamins aux yeux brillants, d'une petite vieille au visage dur et du fameux jeune homme aux habits chamarrés. Rien de bien fameux, mais il s'agissait d'un investissement sur l'avenir. Elle fit deux ou trois cabrioles sans risques pendant quelques minutes pour récupérer l'attention de son public qui commençait à s'endormir, puis se remit à jongler. Elle commença à quatre balles, les autres étant au sol. D'un coup rapide du pied, elle en frappa une et parvint à l'intégrer à celles qui virevoltaient déjà entre ses mains. Cinq. Quelques applaudissements polis retentirent.

Pour récupérer la sixième, elle s'accroupit lentement sans cesser de jongler et parvint à la ramasser d'un geste leste. Six. Et maintenant, établir le contact.

"-Quelqu'un serait-il assez aimable pour me faire passer la dernière, je vous prie?" Lança-t-elle avec un demi-sourire radieux. Par chance, le jeune homme bien habillé était le plus près de la balle au sol. Alors que les gamins se précipitaient pour la récupérer à sa place, il se pencha d'un geste élégant, la ramassa et la lança à Evelyn. Le lancer n'était pas excellent et la jeune fille dut ralentir légèrement le rythme de son jonglage, mais se rattrapa sans plus de souci.

"Merci messire! Si vous êtes aussi bon payeur que lanceur, je n'aurais pas à me plaindre!" Flatta-t-elle.

Il se fendit d'un léger sourire.

"Je vois que vous avez la langue bien pendue!" Il secouait la tête, faussement réprobateur.

"Qualité essentielle dans mon métier!" Rétorqua-t-elle.

Cette fois, il ne put retenir un petit rire.

"Puisque vous semblez futée, je vous laisse juge : combien vaut ce petit tour?"

Evelyn fit semblant d'hésiter.

"Disons...Un repas à l'auberge?


-Vendu!"
Il n'avait pas eu une once d'hésitation.

La jeune fille cessa de jongler, rattrapa adroitement toutes les balles dans ses mains, étendit les bras et s'inclina moqueusement.

"Merci à vous, messire!"

Elle récupéra rapidement son sac et tous deux partirent en direction de l'auberge.


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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Ven 27 Juil 2018 20:25 
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Le carrosse de Malus arriva en fin d’après midi dans la ville de Yarthiss. Le soleil commencait déjà à décliner et les rues se désengorgeaient doucement. La cité ne payait pas de mine… des petits commerces périclitant, des habitations autrefois confortables mais à présent sans éclats et une certaine arrogance dans le regard des habitants trahissait un certain passé glorieux maintenant révolu.

C’était parfait.

Quoi de plus attentif qu’une population voulant restaurer une gloire passée ? C’était une occasion rêvée pour Malus de propager son idéologie dévoyée à un nouveau type de fidèles. Il en avait assez de prêcher pour des paysans et des fanatiques sans cervelle, si il voulait vraiment faire progresser sa divine ascension il devait se faire connaître d’une partie plus éduquée de la population.

Soudainement une des roues du carrosse percuta une pierre qui ressortait de la chaussée, causant une secousse qui décolla Malus de son siège.

« Digoric ! Essayerais tu de tuer ton Guide ? Et d’ailleurs où sommes nous ? »

Son subalterne émit un grognement et tira sur les rênes pour faire ralentir les chevaux.

Xoran, qui était assis à coté de Digoric, traduisit son grognement inepte.

« Nous sommes arrivés à Yarthiss. D’ailleurs je suggère une halte les chevaux sont fatigués »

Malus acquiesça. Et puis se dégourdir un peu les jambes ne lui ferait pas de mal. Xoran ouvrit la porte de la cabine, plaça un petit strapontin de bois précieux et aida Malus à descendre. Ce dernier étira ses longs membres fins et délicats, se frotta les yeux et replaça correctement son capuchon qui lui dissimulait une bonne partie du visage. Il observa les environs, fit une grimace puis dévisagea Xoran qui s’équipait de sa lourde épée et de son casque.

« Allons faire un tour au marché le plus proche. Je veux me familiariser avec mes futurs disciples. »

Le petit groupe se déplaca lentement vers le marché. Profitant des dernières lueurs du jour pour admirer l’architecture de la ville. Les rayons du soleil couchant sur le fleuve ravirent Malus qui se contentait de peu après un si long et harassant voyage. En chemin pour le marché, il aperçu un homme, d’un certain âge, richement habillé mais au regard désespéré.

Malus redressa ses frêles épaules et se dirigea vers lui, seul.

« Excusez moi noble sir, vous m’avez l’air… troublé. »

L’homme sursauta car il ne l’avait pas entendu se rapprocher de lui. Il se retourna, le regarda de haut en bas puis sanglota.

« Je… J’ai perdu ma femme. Elle est morte il y a deux jours et personne n’a pu me donner la moindre explication. Je suis dévasté… Nous nous connaissions depuis plus de trente ans et je n’ai jamais connu d’autres femmes. Que vais-je devenir sans elle… »

(Du pain béni)


« Je compatis à votre douleur sir. J’ai moi-même perdu un être cher très récemment. Sa mort à laisser un grand vide dans mon cœur, autant que la perte de votre femme dans le votre. »

Il marqua une pause et posa sa longue et squelettique main sur l’épaule du vieillard.

« Heureusement j’ai pu m’accrocher à la vie grâce à mes proches et aussi grâce à une certaine philosophie de la vie. »

L’homme leva les yeux et croisa le regard d’émeraude de Malus.

(Il a l’air bien jeune pour parler comme ça… mais si sincère)

Malus esquissa un sourire, dévoilant des dents parfaites malgré des lèvres terriblement gercées.

« Je suis un vieil homme… ma famille est partie depuis longtemps. Seul mes enfants sont encore en vie mais mon fils est dans l’armée et ma fille mariée à un homme très loin d’ici. Je n’ai rien… parfois je songe à en finir mais le courage me manque. »

(Quel idiot pathétique et méprisable)

« Ne dites pas ça. Parfois une simple phrase que l’on se répète tous les matins et dans les moments difficiles est plus salutaire qu’un acte de suicide. Pensez à l’autre vie. Pensez à votre femme, vos parents, frères et sœurs qui vous attendent dans l’autre vie. Ne les décevez pas en commettant une si bête erreur. Voyez la vie… différemment »

« Que voulez vous dire ? »

(Il a mordu, c’est gagné)

« Connaissez vous la très ancienne croyance appelé le Soleil Oublié ? C’est un courant philosophique antérieur aux dieux eux-mêmes ! On pourrait dire que les dieux, qui sont d’ailleurs des imposteurs, se sont inspirés de cette philosophie pour se faire vénérer. »

Le veuf eut l’air méfiant.

« Les dieux existent. Vous ne pouvez pas blasphémer de la sorte. »

« Vous ne m’avez pas bien compris. Oui de prétendus dieux existent je ne nie pas cela. Mais je peux vous proposer une autre façon de penser. Une philosophie qui se base sur des concepts de vie et de mort différents. Croyez en moi et je vous donnerai la possibilité de contacter votre femme via divers médium et rituels. »

L’homme sanglota à nouveau

« Je ferai n’importe quoi pour reparler ne serait-ce qu’une seule fois à ma petite Alectia ! Que dois-je faire ? »

Le léger et bienveillant sourire de Malus se tordit en un rictus de mépris. Il releva la manche de sa robe et tendit le bras devant l’homme en deuil.

« Baisez cet anneau. Puis répétez après moi : J’abjure le panthéon de la mascarade et jure fidélité au Soleil Oublié. Qu’il renaisse et devienne le Soleil Invaincu. »

Le vieux noble s’exécuta. Il s’agenouilla avec beaucoup de difficulté puis embrassa l’anneau d’or de Malus puis, avec beaucoup de servilité, il répéta le serment.

« Bien. Levez vous noble sir. A présent je peux me présenter, Malus Suncrown, grand prêtre du Soleil Oublié. Et… vous êtes ? »

« Vicomte Ravius Quasir, pour vous servir. Quand pourrais-je parler à ma femme ? »


Malus ria, fit signe à Xoran de s’approcher avec un des coffres et l’ouvrit devant Ravius.

« Nous sommes nouveaux dans cette cité. Nous souhaitons faire profiter les habitants de Yarthiss des enseignements du Soleil Oublié. Mais malheureusement nous n’avons aucun contact ni aucune idée de comment nous y prendre. Peut être que vous pourriez parler de notre philosophie à des personnes malades de l’âme ? De même une petite contribution financière nous aidera à nous installer et ainsi, préparer les rituels pour que vous puissiez revoir votre défunte Alectia. »

Ravius buvait les paroles du jeune Malus. Il hochait continuellement la tête et défit le nœud d’une des bourses qu’il avait à sa ceinture.

« Tenez, prenez ces quelques pièces. Je n’ai pas plus d’argent sur moi mais comptez sur ma détermination à aider notre religion à progresser. »

Malus l’arrêta immédiatement en levant un doigt

« Nous sommes un courant philosophique et idéaliste, pas une religion. Nous ne souhaitons pas faire concurrence aux dieux, même si nous ne croyons pas en eux. A présent, nous devons prendre congé de vous, Sir Quasir. Nous vous contacterons en temps et en heure. En attendant, faites nous connaître.»

Sans même prendre la peine d’attendre la salutation de Ravius, Xoran et Malus s’étaient déjà rapproché du carrosse ou les attendait Digoric.

(C’est trop facile)

« Je suis exténué, et je meurs de chaud. Digoric, trouve nous l’auberge la moins crasseuse de la ville et arrêtons nous »

Digoric grogna à nouveau tout en pointant du doigt ce qui devait être une auberge à une vingtaine de mètres de là.

« Peu loquace mais efficace mon cher ami ! »

Ils firent donc quelques mètres puit Digoric fit s’arrêter le carrosse. L’auberge semblait plutôt bien fréquentée, la route était parfaitement pavée et bien entretenu et quelques enfants jouaient encore avec des épées de bois dans les environs. Malus n’avait jamais connu un tel bonheur. Il était issu d’une famille de la très haute noblesse proche du pouvoir et pourtant il n’avait jamais été aussi innocent et heureux que ces quelques enfants jouant avec un vulgaire bout de bois. Etant donné sa mauvaise santé physique il en aurait été incapable, certes, mais le concept même d’innocence et de bonheur lui était étranger.

Le bruit du métal interrompit Malus dans ses rêveries. Xoran en était la cause.

« Mais que fait-tu ? Suis-je en danger par ici ? »

Xoran cessa immédiatement et reposa son épée. Il s’approcha de son petit maître et s’agenouilla pour être presque à sa hauteur.

« Non je ne pense pas. Les habitants du coin m’ont semblé assez pacifiques cependant deux précautions valent mieux qu’une. »

Malus plissa les yeux, il semblait perplexe.

« Vous allez tous les deux reposer vos armes dans le coffre. Je ne suis pas un tyran escorté par des hommes armés jusqu’aux dents ! Je suis le Guide qu’ils cherchent en ces temps troubles. Vous croyez vraiment que qui que ce soit va me suivre si vous vous montrez si menaçant ? »

Il n’avait pas tord mais… eux non plus.

Après avoir mis en sécurité les chevaux et le carrosse, Digoric prit les deux coffrets remplis d’argent sous le bras et le petit groupe se dirigea vers l’auberge.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Ven 3 Aoû 2018 16:14 
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Silan et Evelyn s'étaient séparés à la sortie de l'auberge en convenant de s'y retrouver le lendemain pour établir leur plan d'action ; le jeune homme souhaitait éviter de rentrer trop tard chez lui afin de ne pas éveiller les soupçons. Elle eût un léger sourire en le voyant redescendre la voie d'un pas peu assuré alors qu'il n'était que huit heures du soir. Lorsqu'il tourna au coin de la rue, elle lui emboita le pas en maintenant une distance respectable entre elle et lui.

Avoir un nouvel allié, oui ; mais encore fallait-il s'assurer qu'il s'agisse bien d'un allié, et pas d'un petit malin qui la livrerait à la milice à la première occasion. De ce qu'elle avait pu percevoir de la personnalité de son nouveau complice, elle doutait qu'il la trahisse ainsi ; mais il serait peut-être en proie au remord et risquait d'avouer sa faute en même temps que celle d'Evelyn. Cette dernière n'était pas vraiment sûre de ce qu'elle attendait de cette petite filature : le surprendre en pleine confession? Apprendre sur lui quelque chose qui permette à la jeune fille de marchander son silence? Ou simplement mieux le connaitre, s'assurer qu'elle n'avait pas lié son sort à un idiot?

(Je suis plus ou moins forcée de faire confiance à ce garçon, mais... La situation est un peu particulière, prudence est mère de sûreté. Tant qu'il ne s’aperçoit pas de ma petite manœuvre, il n'y aura pas de souci. Je crois. J'espère.)

Les rues étaient loin d'être désertes, ce qui permit à Evelyn de suivre Silan sans trop de problème en se dissimulant derrière les passants. Son nouveau complice était facilement repérable avec son veston bleu ciel orné de fils d'or et ses hautes bottes d'un cuir orangé assez caractéristique. La jeune fille n'était d'ailleurs pas la seule à le regarder ; quelques passants lui jetaient des regards admiratifs ou réprobateurs, selon ce que leur inspirait les habits pour le moins voyants du jeune bourgeois.

Evelyn tenta d'abord de le suivre en attendant à un coin de rue qu'il change de voie, et en se déplaçant rapidement jusqu'au coin suivant. Mais cela avait l'inconvénient de l'empêcher de voir Silan durant de longues secondes, durant lesquelles le jeune homme aurait pu changer de direction. Elle choisit donc de se rapprocher légèrement et d'avancer à une allure plus régulière, prête à se précipiter dans une ruelle ou derrière un étal en cas de besoin ; mais sa cible ne se retourna pas une seule fois sur la totalité du trajet. Lorsqu'elle fut certaine qu'il rejoignait bien son logis, Evelyn fut confrontée à un léger problème.

(Et... maintenant? Je fais quoi? Il est chez lui, ça va être compliqué de le surveiller.)

Dissimulée par l'arbre planté au centre de la place sur laquelle donnait la maison, la jeune fille leva les yeux vers la façade à colombages. De temps à autres, des silhouettes floutées par le verre grossier des vitres passaient derrière les fenêtres et projetaient des ombres démesurées sur les pavés de la place. La maison ne lui semblait pas particulièrement plus agitée qu'elle devait l'être ; dans l'optique où le jeune bourgeois aurait averti qui que ce soit de ses plans de cambriolage, cette personne avait choisi de ne pas donner l'alerte.

(Peut-être suis-je trop méfiante...)

Mais Evelyn ne parvenait pas à se rassurer. Elle décida de faire le tour de la demeure, sans avoir d'objectif clairement défini.

(Une fois que j'aurais fini, se promit-elle, je rentrerai.)

A vrai dire, elle ne pourrait pas exactement en faire le tour ; le bâtiment faisait l'angle d'un pâté de maisons, et son flanc gauche était soudé à celui d'une autre maison. Mais la jeune fille pouvait au moins emprunter une étroite rue sur la droite de la maison pour en observer l'arrière.

La minuscule cour entourée d'une clôture de fer forgé n'était éclairée que par une lanterne faiblarde suspendue à côté de la porte. Les fenêtres qui donnaient de ce côté étaient moins grandes et la façade assez sobre, quoique toujours bien entretenue.

(Entrer de ce côté serait plus simple, j'imagine... J'en discuterais avec Silan.)

Sans être parvenue à apaiser l'angoisse qui lui rongeait les entrailles, Evelyn reprit le chemin de son logis.



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Dernière édition par SemiPhore le Ven 16 Nov 2018 18:49, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Dim 7 Oct 2018 23:34 
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La requête d'un voleur


Je marchai d’un pas assuré dans la rue, connaissant maintenant le chemin, et je pus enfin admirer un peu la ville. C’était très différent de Tulorim, tout ou presque était en bois, les rues étaient propres et les gens semblaient moins stressés, plus sereins. Je passai devant le château qui attira mon regard. Outre les hautes tours et les remparts, le plus impressionnant était la tour centrale qui dépassait tout le reste, comme une sorte de vigie au sein de la ville. La vue devait être incroyable de là-haut mais la présence de nombreux gardes à l'allure menaçante et aux regards inquisiteurs me dissuada immédiatement de tenter d’aller vérifier cela par moi-même. Je me dirigeai donc vers la rive et passai devant ce qui ressemblait à des entrepôts. L’activité près de la rive était beaucoup plus importante et pour cause, j’aperçus de grands navires à quai, attendant probablement un chargement pour partir vers d’autres villes et continents. Je m’arrêtai un instant pour les contempler. J’avais été fascinée par celui qui nous avait emmenés, Père et moi, de Gwadh à Tulorim et ceux-là, quoique plus petits, étaient tout aussi beaux. A force de rester devant le quai à admirer les navires, je finis par attirer l’attention. Un vieux marin à l’air bourru et portant une longue cape noire m’interpella, l’air de mauvaise humeur.

- Hey là, gamine ! Pourquoi que tu restes plantée là comme un mât, tu cherches quelque chose ?

Sa voix était très grave et caverneuse, comme celle de quelqu’un qui hurle beaucoup. Je ne voulais pas d'ennui moi !

- Non monsieur, j’admire juste les bateaux.

Il s’approcha de moi et sa mauvaise humeur laissa place à un grand sourire après m’avoir examiné, probablement parce que je n’avais pas l’air très dangereuse. Il lui manquait visiblement des dents et son élocution n’était pas toujours compréhensible.

- Je vois je vois, excuse-moi gamine, on a quelques voleurs dans le coin alors on est un peu sur les nerfs. Tu vois ce rafiot ?

Il me désigna un des deux bateaux que j’admirais.

- C’est le mien, L’Onde des Brumes, ma fierté, ma vie. Ça m’a pris des années pour me le payer... ‘Fin bref reste pas là sans rien faire, certains marins pourraient avoir de drôles d’idées ou te confondre avec un voleur. J’te conseille d’admirer depuis le pont, tu seras plus tranquille.

- C’est très gentil de m’avoir prévenu monsieur …

- Cap’taine Ivark gamine, pas monsieur, j’ai horreur de ça. ‘Fin bon, faut qu’je file j’ai du boulot mais suis mon conseil et si un marin te gêne, hésite pas à dire mon nom, la plupart pleureront leurs mères juste en l’entendant et ceux qui restent devraient te laisser tranquille. Ils savent que j’ai horreur des débauchés dans leur genre et que mes hommes et moi ne sommes pas tendres avec eux.

Je remerciai donc l’étrange Cap’taine Ivark qui retourna à ses affaires et je repris ma route. Si j’attirais autant l’attention je devais être prudente. Je traversai donc le pont lorsqu’un type me bouscula en courant. Je vis clairement son sourire et la bourse qu’il avait dans la main : MA bourse !

- Hey reviens ici !

Je courus après lui, traversant le pont à toute vitesse. Il prit en direction du port de pêche et je le suivis. Il slaloma entre les pêcheurs et les caisses de poisson, mais j’arrivai à le suivre relativement bien. Je me promis de remercier Bolir pour les entraînements d’esquive, j’étais devenue beaucoup plus endurante et rapide qu’avant notre départ de Tulorim. Ce sale voleur s’engagea dans une ruelle où je m’engouffrai à sa suite. Il ne cessa de tenter de me semer en tournant au hasard dans les ruelles mais j’arrivai toujours à apercevoir un morceau de ses bottes ou de sa cape lorsqu’il tournait, me permettant de le suivre à la trace. Les ruelles d’ici étaient sombres et étroites, me donnant un léger avantage compte tenu de ma taille et de mes yeux et je finis par réduire la distance entre nous deux. Voyant qu’il allait se faire rattraper, il glissa sur le sol et se retourna en dégainant un couteau. Je ralentis et générai une boule de feu sans pour autant m’arrêter. J’espérai lui faire peur pour qu’il abandonne. Si en effet il eut l’air d’avoir peur, cela ne fit que le faire détaler plus vite. Je jurai intérieurement et repris la poursuite. J’allais bientôt être à bout de souffle, je devais l’arrêter à tout prix. J’avais déjà une boule de feu de prête et, veillant à ne pas viser directement le voleur, je lançai l’orbe qui alla s’écraser à ses pieds, le faisant trébucher. Il s’écrasa au sol et lâcha ma bourse. Je dépassai le voleur à terre et ramassai ma bourse, vérifiant bien son contenu avant de me retourner vers lui. Il était à bout de souffle, encore plus que moi, et j’entendais sa respiration sifflante alors même qu’il était la tête contre le sol. Je rangeai ma bourse dans un endroit moins accessible et me plantai devant lui, les mains sur les hanches.

- Bien, maintenant que je t’ai arrêté, tu vas gentiment te lever et faire ce que je te dis sinon une boule de feu pourrait ne pas te rater cette fois.

En vérité je n’avais aucune intention de le blesser, mais ça il ne pouvait pas le savoir. Il se leva donc et me fit face. C’était un jeune homme avec un visage rond aux cheveux blonds coupés courts, les yeux d’un beau vert et une petite cicatrice au-dessus de l’œil droit. Il me lança un regard de défi que je relevai d’un haussement de sourcil avec un sourire moqueur que je ravalai rapidement. Encore une sale habitude que je devais perdre ! Il répondit d'un ton borné et insolent.

- Qu’est-ce que tu me veux ? Tu m’as eu et tu as récupéré ta bourse alors laisse-moi tranquille. Et ne joue pas tes grands airs, t’es juste une gamine.

Houlà, il commençait à m’énerver celui-là. Je fus très clair.

- Redescends d’un ton, gamin ! Tu vas déjà t’excuser pour avoir essayé de me piquer ma bourse et tu vas mettre au sol tout ce que tu as sur toi hormis tes vêtements…

- Quoi ? Il n’en est pas question !

Je lui montrais mon orbe rouge et son visage vira au blanc. Il s’exécuta et posa au sol son poignard, un petit sac qui contenait quelques biscuits et un bijou qui avait l’air en argent. Je pris le bijou et l’examinait rapidement. C’était une broche qui représentait une Douce Féérie, une fleur que je connaissais bien, et elle était finement ouvragée. Alors que j’allais lui confisquer sa dague, j’aperçu trois autres personnes s’approcher. Les trois venaient clairement pour nous et je reculai légèrement, cachant mon orbe et la broche. Les trois étaient des jeunes hommes, plus vieux que le voleur et étaient taillés sur le même modèle : grand, fin, le visage dur avec un regard malveillant qui ne me plut pas du tout. Le plus grand, probablement leur chef, s’adressa au voleur.

- Alors Vyrl ? Tu as enfin trouvé de quoi nous montrer ta valeur ? Je te préviens que si tu n’as pas réussi à voler quoi que ce soit, tu peux faire une croix sur ton entrée dans le groupe.

Le voleur, dénommé Vyrl donc, me pointa du doigt.

- J’avais un bijou que j’ai volé mais cette garce me l’a repris.

Les trois se regardèrent et éclatèrent de rire. Les deux plus petits s’approchèrent de Vyrl et le saisirent pas les bras tandis que le troisième lui asséna un direct dans le ventre qui le fit se plier.

- Une simple gamine t’a repris un objet volé ? Et tu veux faire partie des Noirs Desseins ? Laisse-moi rire !

Il enchaîna ainsi les coups sur le pauvre voleur qui avait du mal à tenir debout. Je n’avais pas envie de les laisser le passer à tabac mais je ne voyais pas trop comment lui venir en aide et m’en sortir après ça. Mais le chef du trio cessa de bastonner Vyrl et se tourna vers moi, m’épargnant la peine de devoir intervenir.

- Toi là ! Que tu ais battu cette mauviette n’est pas impressionnant, mais sache que jouer avec un possible membre des Noir Desseins est passible de la peine capitale ! J’espère que tu sais te défendre parce que nous ne sommes pas aussi faibles que lui.

Allons bon … Il s’y croyait en plus ce truand mais sa logique n’avait aucun sens, il ne voulait pas de Vyrl dans leur groupe mais il voulait le venger, ridicule. Les deux autres lâchèrent Vyrl qui se recroquevilla sur le sol et se tinrent derrière leur chef, prêts à répondre à ses ordres comme de bons chiens bien dressés. Ils sortirent en même temps un poignard du même genre que Vyrl avant que le chef ne m’interpelle de nouveau.

- On va la jouer simple. Tu nous donne tes yus, tes armes, tes fringues et … après ça on verra.

Je ne vis qu’une seule issue à ce problème à part la fuite, le bluff. Je générai une nouvelle boule de feu en imitant le sourire cruel que ma mère prenait parfois. Cela me coûtait de devoir faire ça et j'eus envie de leur faire payer mais je devais rester calme, très calme. Ma tentative d’intimidation eut l’air de fonctionner, les deux acolytes lancèrent des regards inquiets vers leur chef qui n’avançait plus, le regard fixé sur ma boule de feu.

- Ordis, c’est une mage, et elle utilise le feu en plus, qu’est-ce qu’on fait ?

Je devais profiter de leur confusion.

- Voilà le programme... Ordis c'est ça ? Toi et tes sbires vous repartez et vous me laissez m’occuper de ce petit voleur, je tiens à le punir moi-même. En échange tout ceci restera entre nous, je ne vous transformerai pas en petits tas de cendres fumants et mes compagnons ne traqueront pas votre petit groupe jusqu’au dernier.

Les trois eurent un mouvement de recul. J’y avais été un peu fort mais si je n’exagérais pas, je réduisais mes chances de leur faire peur. Ils se concertèrent du regard puis rangèrent lentement leurs armes sans me quitter des yeux avant de repartir d’où ils venaient, leur chef profitant de passer près de Vyrl pour lui donner un coup de pied dans le ventre. J’attendis qu’ils soient totalement hors de vue pour m’approcher doucement du voleur au sol, en ramassant son arme et son sac au passage. Je n’avais pas aimé jouer à ce petit jeu et j’avais hâte de déguerpir, mais je ne voulais pas le laisser derrière, Père m’avait appris à aider ceux qui souffraient. Il eut l’air surpris lorsque je l’aidai à se relever et encore plus lorsque je lui rendis son arme et son sac.

- Euh je… je suis désolé.

J’eus un léger sourire, il s’excusait finalement. Il dût prendre ça pour un pardon car il me demanda aussitôt de l’aide.

- J’ai besoin de ton aide ! S’il te plaît !

J’eus du mal à y croire sur le moment, il avait un de ces culots ce type ! Mais je n’allais pas partir comme ça, si ? Je soupirai.

- Bon, là j’avais prévu autre chose mais je suppose que je peux au moins écouter ce que tu as à dire… mais sortons de ces ruelles, les autres pourraient revenir.

Il acquiesça frénétiquement, visiblement d’accord avec moi. Nous avons donc regagné une rue plus fréquentée et nous sommes postés à un endroit où nous ne serions pas dérangés puis j’écoutais ce qu’il avait à dire.

- Je t’écoute, mais je te préviens que je ne suis pas une criminelle, je ne vole pas et je ne blesse et ne tue personne c’est clair ?

- Je n'allais pas demander ça ! Et si j’ai volé c’est pour retrouver ma sœur !

Je ne masquai pas ma surprise, le rapport entre les deux ne me venant pas à l’esprit, mais il s’expliqua.

- Ma petite sœur de huit ans a été enlevée et le groupe des Noirs Desseins sait où elle est, je voulais juste faire partie de la bande pour avoir une chance de la retrouver, c’est tout. Je ne suis pas un voleur !

Je le regardai sans savoir s’il était sérieux ou non. Il ne pouvait pas être aussi stupide… je m’énervai à mesure que je parlais.

- Si je comprends bien, tu espérais que le groupe probablement responsable de l’enlèvement de ta sœur te recruterait et qu'un de leur membre te dirait où elle est … Ton plan n’avait absolument aucune chance de marcher ! Tu crois vraiment qu’ils allaient gentiment te conduire à elle parce que tu es un de leurs membres ? D’autant plus que tu es son frère !

- Mais ils ne savent pas que je suis son frère !

- Comment peux-tu en être sûr ? Ils se sont sans doute renseignés sur toi ! Bon sang je n’ai jamais eu affaire à un groupe de voleur et je suis plus lucide que toi !

- J’ai fait ce que je pouvais !

Il cria presque la dernière phrase, les yeux embués de larmes, ce qui me calma. Je m’étais énervée sans vraiment savoir pourquoi. Je respirai un grand coup.

- Excuse-moi, je n’aurai pas dû m’énerver … Bon tu veux retrouver ta sœur, je suis d’accord pour t’aider.

- Merci, mais …pourquoi ?

- … Parce qu’une famille ne devrait pas être séparée.

C’est pas vrai, maintenant c’est moi qui sentait les larmes arriver ! Je détournai le regard un moment, espérant qu’il n’ait rien vu. Il ne fit aucune remarque, ce qui était bon signe, se contentant de me fixer. Je réussis à me contenir et lui proposai une solution.

- J’ai des amis qui peuvent nous aider, suis-moi, avec un peu de chance ils sauront quoi faire.

Je pris la direction de l’auberge avec Vyrl sur mes talons, espérant que les autres seraient là et qu’ils pourraient m’aider.


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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Ven 16 Nov 2018 22:44 
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Evelyn observait la ville s'assoupir lentement, le bourdonnement des voix et des pas s'estompant au fil des heures et de l'avancée de la nuit pour laisser place à ce qui pouvait le plus passer pour du silence dans une ville de cette ampleur. C'eût été une belle soirée si le fleuve, dont les eaux pâtissaient de la chaleur et d'un certain manque de pluie, ne diffusait pas une légère odeur de vase âcre qui emplissait les poumons du promeneur nocturne.

Ou du cambrioleur.

Tapie près du tronc de l'arbre face à la demeure de Silan, la jeune fille attendait patiemment le signal qui devait marquer le début de son infiltration. Elle tentait tant bien que mal d'étouffer le malaise qui, sournois, profitait de ses rares instants d’inattention pour s'infiltrer en elle. Ces pensées parasites impliquaient à tour de rôle un sombre cachot, une vie de réclusion et d'emprisonnement ou, si elle se laissait vraiment aller à ses craintes, la désagréable conscience de la fragilité d'une vie.

(Cesse d'être mélodramatique... Ce n'est pas la première fois que tu enfreins la loi.)

Certes, mais il y avait une différence d'échelle entre les menus larcins dont elle avait l'habitude et un cambriolage prémédité. D'autant qu'en cas d'échec, elle ne risquait pas simplement d'aller se coucher le ventre vide ou de faire profil bas quelques jours en attendant que la milice oublie son existence. Il s'agissait, à proprement parler d'une question de vie ou de mort.

Evelyn s'étira, comme elle l'avait fait à plusieurs reprises au cours de sa veille pour conserver à ses muscles leur élasticité et leur tonus. Escalader la façade ne serait pas un problème, mais elle voulait être au meilleur de ses capacités. Elle avait passé les deux derniers jours à se procurer une corde et un nécessaire de crochetage, ce qui n'avait pas été long mais qui lui avait couté ses derniers Yus, et à se préparer physiquement. C'était avec la conscience d'avoir fait tout ce qu'elle pouvait pour le succès de son entreprise qu'elle s'était assurée que son couteau pendait bien à sa ceinture et qu'elle s'était postée devant sa cible. A présent, elle attendait.

Un frêle lueur apparût à l'une des fenêtres du bâtiment qu'elle guettait. L'acrobate se redressa et se força à respirer profondément une dizaine de fois avant de se diriger avec mille précautions vers la maison. Il n'était plus temps de penser, mais d'agir.

Elle se coula comme une ombre derrière l'opulente demeure pour atteindre la petite cour. Contrairement à ce qu'elle avait pu observer deux jours auparavant, il n'y avait pas de lanterne.

(Une délicate attention de Silan?) S'interrogea en souriant la jeune fille.

Elle leva les yeux. Pas bien loin au dessus d'elle se trouvait la fenêtre qu'elle devait atteindre. Elle n'eût aucune difficulté à se hisser sur la clôture en fer forgé, gagnant ainsi environ un mètre sur son ascension. Il s'agissait ensuite d'atteindre le colombage pris dans la pierre, qui créait une sorte d'étroite corniche au dessus de sa tête. Une main sur le mur, Evelyn s'étira autant qu'elle le pouvait, sa main libre tâtonnant pour tenter d'agripper la poutre.

(Bordel! Je suis pas assez grande!)

Il était temps de mettre à contribution ses talents d'acrobate, qui n'avaient jusqu'ici pas vraiment fait leurs preuves. En priant pour ne pas renouveler l'échec cuisant du pont, Evelyn lâcha le mur et, en équilibre sur la clôture, bondit.

Ses mains agrippèrent le bois rugueux et elle resta un instant suspendue. La poutre ne saillait pas de plus d'une dizaine de centimètres de la pierre, ce qui la força à se hisser avec une relative prudence pour éviter la chute.

(D'abord tirer sur les bras, puis poser un pied, pousser sur la jambe, poser l'autre pied.)

La manœuvre fut réalisée avec succès et la voleuse se retrouva plaquée face au mur, en équilibre sur la corniche. Elle progressa ensuite lentement vers la fenêtre, préférant sacrifier la vitesse au silence malgré la vulnérabilité de sa position. N'importe quel passant aurait pu remarquer cette silhouette collée à la façade de la maison. Heureusement, les rues étaient désertes.

Elle atteignit la fenêtre et s'immobilisa pour écouter. Pas un son. Elle tendit le bras, agrippa le volet et tenta doucement de le faire bouger. Rien. Elle tira un peu plus fort et, avec une secousse brusque, le panneau de bois pivota en manquant de la déséquilibrer. Elle recula pour l'ouvrir en entier, remerciant tous les dieux et leurs grands-mères pour l’absence de grincement, et poussa la vitre à petits croisillons.

Un regard prudent vers l'intérieur, un bond léger, et elle était dans la pièce.



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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Dim 18 Nov 2018 18:30 
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Evelyn était furieuse, épuisée, apeurée, extatique, déçue. Des émotions contradictoires tourbillonnaient sous son crâne tandis qu'elle progressait jusqu'à son abri en évitant les rares passants. Il devait être autour de cinq heures du matin. L'aube n'était pas loin, mais pour l'instant la nuit accordait encore sa protection à la jeune voleuse ; une chance, car celle-ci n'était pas en état de prêter une grande attention à son environnement. Son ventre la lançait suite au coup infligé par Helgen, et elle songeait avec inquiétude que la douleur aurait dû disparaitre depuis un moment déjà. Mais elle attendait d'être en sécurité avant de s'en préoccuper réellement. Pour l'instant, elle cheminait tant bien que mal, accompagnée seulement du tintement discret de l'or dans ses poches.

(Dommage que tout soit pour Joli-Coeur.)

L'acrobate grimaça. Elle avait espéré récupérer à la fois de quoi satisfaire Joli-Coeur et de quoi passer un moment sans avoir à craindre la famine. Ses modestes ambitions venaient d'être réduites en lambeaux.

(Au moins, je suis en vie. Et Joli-Coeur ne me tuera pas.)

Sur ces pensées réconfortantes, elle poussa la porte de son réduit et s'effondra sur sa paillasse.

(Je m'occuperai du reste demain).

Elle s'endormit.



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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Dim 18 Nov 2018 22:57 
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« C’est forcément par-là, je suis déjà allé de l’autre côté. »

Cela ne faisait pas deux heures qu’Elroth avait perdu son emploi que déjà, il avait retrouvé sa compétence légendaire de désorientation. Certains habitants, qui l’avaient déjà vu passer trois fois dans des sens différents, haussait le sourcil en le revoyant. Beaucoup se retournaient en le voyant passer, surement du fait de son arme imposante. Elle est plutôt l’apanage des milices et des gardes officiels, des gens que l’on regarde souvent passer du coin de l’œil, étonnamment surtout quand on a rien à se reprocher.

Après près d’une demi-heure d’errance dans les ruelles, le Hafiz se décide à lever la tête des dalles (et dédales). En étant positif, il connaissait plutôt bien le quartier à présent, au détail près qu’il serait incapable, malgré ses mille détours, de s’y retrouver. Il avait même – enfin – réussi à trouver la sortie de la ville ! Problème : ce n’était pas du tout ce qu’il cherchait. Mais c’était déjà bien.

« Au moins, une chose est sure, ce n’est pas par là… »

Il aurait tout bêtement pu chercher un point d’eau à remonter pour trouver le port de commerce mais ce n’était pas l’aspect de son intelligence qu’il avait le mieux travaillé ces 9 dernières années. Il avait bien d’autres qualités autrement plus utiles à un protecteur qu’un sens dédié aux chefs de meute, aux marins et aux indépendants. A ce moment d’ailleurs, il était plus maussade à l’idée d’être seul que d’être perdu mais, au fond, les deux allaient bien ensemble.

Il se décide à longer plus ou moins les remparts pour éviter de se perdre davantage. « Les murs ont l’air de savoir où ils vont, eux. » pense-t-il avec dérision.
Au fil de sa balade, de loin plus proche aux yeux de quiconque d’une promenade touristique que d’une recherche d’emploi, il voit la ville regorger de recoins sombres à éviter et, au contraire, de larges routes très fréquentées. Non pas qu’il craigne les zones de moindre droit. Disons qu’il était davantage prudent qu’inquiet.

Finalement, le bruit de l’eau, paisible, se fait alors entendre. Il presse un peu le pas, inconsciemment. « Merci, Divine Lumière, de me guider vers le salut – et le port. » ne peut-il s’empêcher de penser en voyant la route, le long de l’eau, le mener droit vers sa destination.
Elroth venait de perdre une bonne heure mais il était soulagé. N’en déplaisent aux proverbes, l’arrivée vaut bien parfois bien plus que le voyage.



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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Jeu 22 Nov 2018 20:11 
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<<< Le port commerçant

Elroth venait de quitter le port. Il dégustait une brochette de poisson tout en marchant d’un pas serein dans la direction indiquée par le marchand : le QG de la milice de la ville.

Il faisait en sorte de se décaler le moins possible de son orientation – pour ne pas la perdre, évidemment. Il longeait les murs qu’il devait contourner, ne tournait que peu la tête et clignait le moins possible des yeux, comme si la direction pouvait s’envoler en un instant d’inattention.

Il portait la brochette à sa bouche machinalement, secouant la tête tout en mâchant comme pour attester du goût de la chair marine fraîche cuite à la flamme. Ce n’était pas un repas faste, d’autant plus pour un grand gaillard. Mais c’était l’avant-goût du repas bien plus riche – à tout point de vue - qu’il se permettrait une fois sa journée achevée.

« Pas de festin sans festivité... » se dit-il pour se convaincre du bien-fondé de sa décision, une fois le pic à nu.

Evidemment, il n’avait pas imaginé devoir s’engager dans une milice. Mettre son arme au service d’une ville qui avait pour seule caractéristique, à ses yeux, d’être le terminus de l’existence de son ancien employeur ne l’emballait pas vraiment. Non pas qu’il ne veuille la défendre, il aimait simplement sa vie d’aventure et de migration. Quand partirait-il de Yarthiss?

Le Hafiz secoue la tête. Il devait se séparer de cette pensée. Elle était futile, contre-productive, à présent. Il verrait bien ce que lui réserve la Toute-Puissante.

Elroth s’arrête. Il regarde autour de lui. Il avait suffi d’un moment d’inattention pour passer devant le QG de la milice sans le voir.

« Hmpf. Mon inattention me perdra… » marmonne-t-il en levant les yeux.

Il ne voulait pas se l’admettre mais au fond, elle l’avait déjà fait. Plus d’une fois. Et elle le fera encore. Aucun doute là-dessus.


La milice de Yarthiss >>>

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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Mar 27 Nov 2018 22:31 
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<<< La milice de Yarthiss

Elroth n’était pas mécontent d’être à nouveau dehors. Il déploie ses bras et s’étire, emplissant ses poumons d’air frais. Sa pose a un côté presque mystique, dévot à Gaïa. On croirait presque qu’un rayon vient le frapper, l’éclairer. Mais non, il fait simplement beau. C’était déjà pas mal.

Le néo-milicien reprend une pose plus classique et observe les alentours. Ils pouvaient sans doute aller voir du côté du port si quelqu’un avait vu quelque chose. Ou tout simplement, aller faire un brin de causette avec l’armateur. Sinon, trouver un repère à rats pour chercher une piste directement dans la fange. Les possibilités lui semblaient innombrables, pour peu qu’il puisse seulement les imaginer. « C’est quand même plus simple de protéger les vivants » pense-t-il. Il ravale son instinct de protecteur et tente de se mettre davantage dans une attitude d'enquêteur. Qui? Comment? Pourquoi? Voilà ce qui devrait occuper son esprit à partir de maintenant.

« … »

Il regarde devant lui, le mouvement des locaux absorbés par leurs tâches quotidiennes. Cela avait quelque chose d’envoutant. Ils avaient l’air affairé, mus par un simple réflexe routinier, sans faire attention à rien autour d’eux. « La routine est sans doute plus fascinante à observer qu’à vivre… » se surprend-il à penser. Elroth évite de se laisser davantage prendre par la torpeur de l’instant. Ils avaient une mission et il valait mieux éviter de laisser les traces s’envoler, pour peu qu’il y en ait. Se concentrer. Trouver le(s) coupable(s). Pas de vagues.

« On devrait aller vers le port. » lâche-t-il, comme une évidence qui n’avait sans doute pas échappé à son partenaire. Mais bon, il avait au moins le mérite de le formaliser. Ils auraient tout le temps d'établir un plan en route. Il avait assez facilement réussi à s'en convaincre, en tout cas.

Evidemment, il n’avait strictement aucune idée d’où c’était. Il se tourne donc vers le jeune bretteur, comme pour l’inciter à prendre les devants. Non pas qu’il connaisse beaucoup plus la ville – son étrange épée laissant penser qu’il n’était pas plus du coin que lui-même. Disons plutôt qu’il pouvait difficilement faire pire que lui en termes d’orientation. Une forme d’optimisme qui lui est assez propre, au final.

« Elroth. C'est mon nom. Quel est le tien, partenaire? »

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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Mar 27 Nov 2018 23:15 
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Les deux hommes sortirent du bâtiment de la milice, ce qui était, du moins pour Triam, une libération. Les avenues boueuses de Yarthiss étaient illuminées par le soleil du midi. La ville et ses habitants, malgré les maux qui se manifestaient de temps à autres, étaient tout ce qu'il y avait de plus paisible. Chacun vaquait à ses affaires sans ennuyer son prochain. Malheureusement, pour ce jeune voyageur, les affaires prenaient des allures macabres.

Son compagnon d'infortune avait pris une bonne bouffée d'air frais. Il semblait être un habitué des grands espaces et il ne devait pas trouver grand réconfort à être bloqué sous un plafond.

- On devrait aller vers le port. lâcha-t-il dans un soupir.

Triam hocha la tête. Il fallait commencer par inspecter l'endroit où les corps avaient été retrouvés, et interroger ceux qui les avaient découverts. Des présentations soudaines coupèrent court à ses autres pensées :

- Elroth. C'est mon nom. Quel est le tien, partenaire ?

L'homme avait le mérite d'être direct. Triam lui répondit poliment.

- Triam. Bonne idée, peut-être que les corps y seront encore à notre arrivée. Dépêchons-nous.

Comme aucun d'entre eux n'était familier avec la cité de Yarthiss, Triam prit la décision de longer le bord du fleuve. Fort heureusement, ils arrivèrent bien vite en vue du port. Yarthiss était un joyau de civilisation dans les terres inhospitalières du nord de l'Imiftil. Le fleuve reflétait les rayons du soleil comme si sa surface était bordée de diamants, et toutes les plus belles échoppes du royaume jouissaient du privilège de se retrouver sur les pavés cernant le grand cours d'eau. Les marchands de textile côtoyaient les bonnes auberges avec vue sur les majestueux navires qui faisaient circuler l'étoffe, le sucre, l'or et les épices. Des banderoles et guirlandes parées de couleurs vives ne rendaient que plus accueillantes les galeries d'artistes et les étalages des grands pâtissiers. Tout en contemplant ce chemin pittoresque qui avait inspiré moult peintres à travers les âges, Triam se mit à parler.

- Dites-moi, Elroth, comment êtes-vous arrivé à la conclusion qu'il y aurait plusieurs coupables dans cette affaire ?

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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Mer 28 Nov 2018 01:46 
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Comme attendu, son jeune compagnon était bien meilleur guide que lui. Le Hafiz suivait sans se poser la moindre question, foulant le pavé d’un pas motivé. Il ne faisait pas spécialement attention aux alentours et avançait d'un air relâché, se tenant malgré tout bien droit, comme à son habitude.

« Dites-moi, Elroth, comment êtes-vous arrivé à la conclusion qu'il y aurait plusieurs coupables dans cette affaire ?»

En voilà une bonne question ! Un instant, Elroth se demande si Triam n’est pas en train de tester son niveau d’enquêteur. Quoi qu'il en soit, il n’avait rien de mieux à lui vendre que son expérience de protecteur.

« Simple prudence. "Pas de vagues", c'est louche, non? » répond-il en haussant les épaules.

« - Mh. Si cette affaire demandait du tact, ils n'auraient sûrement pas impliqué deux nouvelles recrues. Peut-être que notre instructeur ne nous envoie que par simple formalité. »

Si seulement cette enquête pouvait être une formalité... Il ne cracherait pas sur un peu d’argent facile et une place solide à la milice, le temps de voir venir. Son compagnon non plus, sans doute, pour ce qui est de l'argent du moins. Ses poches n’avaient pas l’air beaucoup plus lourdes que les siennes. Elroth restait cependant prudent sur la complexité de leur mission. Pas pessimiste, non! Seulement prudent.

"Possible. Ou parce que personne ne nous connait et qu'on sent pas encore le milicien."

« J’espère que je n’aurai jamais l’odeur de renfermé de la salle des inscriptions… » pense-t-il directement, avant même d’entendre la réaction de son interlocuteur.

"Ca se tient. Au fait, pardonnez ma curiosité mais, vous n'avez pas l'air d'être de la région. D'où venez vous ? Du Naora ?"

Elroth sourit légèrement. Sacré personnage. Le hallebardier coupe court au sujet :

"Ah! Par Gaïa, j'espère que tu auras autant de flair au port! Cela dit, tu n'as pas l'air du coin non plus. Pareil pour ton épée."

"Oh, non, Dehant n'est qu'à quelques jours de marche... Je n'aurais jamais pensé rencontrer un Hafiz dans les parages. Amusant."

Cet homme lui faisait forte impression, décidément. Sacré partenaire que ce gars-là.

"Le monde est pas si grand qu'on le dit, si on peut payer le trajet!"

"Bien dit."

Le port s’ouvrait finalement devant eux, mettant un point à leur échange. Il était déjà passé ici et clairement, le contexte de son retour donnait à l’atmosphère une ambiance autrement plus sérieuse et terne. Macabre, pour tout dire.


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