L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Sam 16 Juin 2018 17:54 
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En ce début de matinée, les rues respiraient une tranquille activité. Des livreurs passaient en trainant leur carriole bringuebalante chargée de marchandises, des ménagères s'arrêtaient devant les étals et entamaient la conversation avec des marchants souriants, et une bande de gamins se faufilait entre les jambes des passants en tentant d’attraper un chat.

Evelyn se dirigea vers les quartiers bourgeois de la ville. Elle ne s'y rendait pas souvent, car même si les personnes qui s'y trouvaient vivaient dans une confortable aisance, ils n'appréciaient pas forcément de voir une artiste de rue aux vêtements rapiécés jongler sous leurs fenêtres. Mais aujourd'hui, il ne s'agissait pas tant de les impressionner par ses tours que d'avoir un prétexte correct pour arpenter le quartier et observer les alentours sans éveiller la suspicion.

Arrivée sur une petite place proprette, la jeune fille sortit ses balles et se mit à jongler. Aujourd’hui, elle n'interpellerait pas les passants et ne ferait rien d'extraordinaire. Son esprit se désolidarisa bientôt de la ronde des balles et se fixa plutôt sur les façades bien entretenues des maisons. Trois bâtiments étaient visibles de son point de vue. Evelyn en élimina déjà un d'office : un garde se tenait devant la porte, et la maison avait de toute façon l'air trop cossue pour être atteignable.

(Je veux bien faire preuve d'ambition, mais restons réalistes...)

La façade du deuxième bâtiment s'avançait d'environ un mètre par rapport aux autres, ce qui rendrait une approche discrète plus complexe. Le troisième bâtiment, un peu plus en retrait, ferait une cible plus adaptée. Evelyn l'observa un moment, avant qu'une patrouille ne passe.

(Évidemment! Cette place est fréquentée, donc les patrouilles passent régulièrement. Je m'y suis mal prise ; il faudrait que je m'intéresse plus aux petites rues.)

Evelyn soupira. Organiser un cambriolage ne s'improvisait pas, et son manque d'expérience se faisait cruellement sentir. Certains réflexes ne lui venaient pas naturellement. Elle allait devoir apprendre en essayant et en se trompant, tout en étant parfaitement consciente que la moindre erreur pourrait avoir des conséquences plus que déplaisantes. Secouant la tête, elle rangea son matériel et quitta la place.

Il lui fallut une bonne heure pour trouver un emplacement à la fois isolé des itinéraires principaux des patrouilles et suffisamment fréquenté en journée pour que la présence d'une artiste de rue ne paraisse pas suspecte. Elle se mis à nouveau en place et commença à jongler nonchalamment, tirant parti d'une routine qu'elle avait tellement pratiqué qu'elle pouvait la réaliser les yeux fermés – ou, dans ce cas précis, fixés sur les maisons alentours.

Encore une fois, une observation plus approfondie de la zone ne se révéla pas concluante. L'une des demeures affichait une façade décrépite, signe d'une maison sur le déclin. Une autre bourdonnait d'activité, et les banderoles et fleurs qui décoraient les fenêtres laissaient entendre que la famille était accaparée par un heureux évènement, naissance ou mariage, qui rendrait les lieux bien trop fréquentés dans les jours à venir.

Evenyn se déplaça à nouveau, pestant en son fort intérieur contre les gens qui n'étaient pas fichus d'avoir une maison aisément attaquable. Cette fois, ce fut sur une petite place ombragée qu'elle se posta, appréciant un grand arbre qui lui offrait de l'ombre et qui aurait de plus l'avantage de rendre la nuit plus noire lorsqu'il serait temps de passer à l'action. La maison faisant l'angle de la place attira plus particulièrement son attention.

C'était une demeure proprette, assez spacieuse sans être ostentatoire, dont la façade blanche était ornée de colombages sur les niveaux supérieur. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient protégées de barreaux, mais celles-de l'étage n'étaient masquées que par de coquets volets peints en vert. De la position un peu en retrait où elle se tenait, Evelyn pouvait distinguer une petite arrière-cour, mais il lui faudrait se rapprocher pour en savoir plus. Elle décida de prendre la peine d'épier cet endroit.

Au cours de la journée, la jeune fille arpenta la place en prétextant diverses acrobaties, prenant garde à ne pas laisser voir à son public peu fourni l'intérêt qu'elle portait à la maison aux volets verts. Elle fût en mesure de confirmer ses impressions concernant la présence d'une arrière-cour, s'ouvrant sur la place par un portillon de fer forgé et sur la maison par une porte légèrement en contrebas par rapport au niveau du sol et que l'on atteignait avec trois marche. La cour semblait faire office de petit jardin où poussaient quelques plantes aromatiques. Vers midi, Evelyn vit une femme munie d'un panier sortir de la maison et ramasser des brins de l'une des plantes avant de rentrer. L'une des fenêtres du rez-de-chaussée s'ouvrit peu après, laissant flotter dans l'air une fumée odorante qui mit l'eau à la bouche à la jeune fille. La maison resta calme quelques heures encore, puis sortirent un bourgeois en veston sombre aux cheveux poivre et sel et un jeune homme aux longs cheveux blonds ramenés en arrière et dont les vêtements richement ornés contrastaient avec la mise sobre de son compagnon. Ce dernier rentra seul environ une demi-heure plus tard.

Le ventre vide d'Evelyn commençait, après plusieurs heures à se faire passer pour une simple saltimbanque tout en surveillant attentivement le même petit coin de ville, à se rappeler à ses bons soins. La jeune fille décida de se trouver de quoi faire un déjeuner tardif avant d'aviser de la suite des opérations. Elle s'apprêtait à ranger son matériel quand le jeune homme vêtu de façon tapageuse réapparut sur la place et, faisant défiler un regard ennuyé sur les environs, aperçut l'artiste de rue et se dirigea d'un pas nonchalant vers elle. Un peu déconcertée, elle décida de réaliser encore quelques tours afin de voir comment évoluerait la situation.

(S'il m'était possible d'engager la conversation... J'en apprendrais sûrement beaucoup sur la maison, et sans effort. Il en est sorti et était sur le point d'y rentrer ; c'est donc que ce n'en est pas un simple visiteur, mais bien un de ses habitant!)

Mais elle hésitait.

(Je ne sais pas qui c'est, ce type... Et je ne suis pas particulièrement douée pour socialiser. C'est une chose de baratiner une foule lors d'un spectacle, mais c'est autre chose de soutirer des infos à quelqu'un. Je risque d'éveiller les soupçons et de tout faire foirer...)

La dernière fois qu'Evelyn avait tenté des folies, elle avait fini dans le fleuve. Certes, il y avait peu de chance que le jeune homme aux vêtements colorés, pris d'un subit accès de rage, la jette par dessus la rambarde d'un pont. Mais la perspective d'être arrêtée pour avoir tenté de dérober les biens de riches marchands paraissait pire aux yeux de la jeune pas-tout-à-fait-voleuse qu'un plongeon de plus dans des eaux troubles.

(Ça ne sert à rien de tergiverser. Je n'ai que trois jours pour cambrioler cette baraque, je ne vais pas cracher sur une opportunité d'accélérer la phase de renseignements.)

Cette résolution prise, Evelyn s'impliqua un peu plus dans sa représentation. Son public était composé de trois gamins aux yeux brillants, d'une petite vieille au visage dur et du fameux jeune homme aux habits chamarrés. Rien de bien fameux, mais il s'agissait d'un investissement sur l'avenir. Elle fit deux ou trois cabrioles sans risques pendant quelques minutes pour récupérer l'attention de son public qui commençait à s'endormir, puis se remit à jongler. Elle commença à quatre balles, les autres étant au sol. D'un coup rapide du pied, elle en frappa une et parvint à l'intégrer à celles qui virevoltaient déjà entre ses mains. Cinq. Quelques applaudissements polis retentirent.

Pour récupérer la sixième, elle s'accroupit lentement sans cesser de jongler et parvint à la ramasser d'un geste leste. Six. Et maintenant, établir le contact.

"-Quelqu'un serait-il assez aimable pour me faire passer la dernière, je vous prie?" Lança-t-elle avec un demi-sourire radieux. Par chance, le jeune homme bien habillé était le plus près de la balle au sol. Alors que les gamins se précipitaient pour la récupérer à sa place, il se pencha d'un geste élégant, la ramassa et la lança à Evelyn. Le lancer n'était pas excellent et la jeune fille dut ralentir légèrement le rythme de son jonglage, mais se rattrapa sans plus de souci.

"Merci messire! Si vous êtes aussi bon payeur que lanceur, je n'aurais pas à me plaindre!" Flatta-t-elle.

Il se fendit d'un léger sourire.

"Je vois que vous avez la langue bien pendue!" Il secouait la tête, faussement réprobateur.

"Qualité essentielle dans mon métier!" Rétorqua-t-elle.

Cette fois, il ne put retenir un petit rire.

"Puisque vous semblez futée, je vous laisse juge : combien vaut ce petit tour?"

Evelyn fit semblant d'hésiter.

"Disons...Un repas à l'auberge?


-Vendu!"
Il n'avait pas eu une once d'hésitation.

La jeune fille cessa de jongler, rattrapa adroitement toutes les balles dans ses mains, étendit les bras et s'inclina moqueusement.

"Merci à vous, messire!"

Elle récupéra rapidement son sac et tous deux partirent en direction de l'auberge.


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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Ven 27 Juil 2018 20:25 
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Localisation: Yarthiss
Le carrosse de Malus arriva en fin d’après midi dans la ville de Yarthiss. Le soleil commencait déjà à décliner et les rues se désengorgeaient doucement. La cité ne payait pas de mine… des petits commerces périclitant, des habitations autrefois confortables mais à présent sans éclats et une certaine arrogance dans le regard des habitants trahissait un certain passé glorieux maintenant révolu.

C’était parfait.

Quoi de plus attentif qu’une population voulant restaurer une gloire passée ? C’était une occasion rêvée pour Malus de propager son idéologie dévoyée à un nouveau type de fidèles. Il en avait assez de prêcher pour des paysans et des fanatiques sans cervelle, si il voulait vraiment faire progresser sa divine ascension il devait se faire connaître d’une partie plus éduquée de la population.

Soudainement une des roues du carrosse percuta une pierre qui ressortait de la chaussée, causant une secousse qui décolla Malus de son siège.

« Digoric ! Essayerais tu de tuer ton Guide ? Et d’ailleurs où sommes nous ? »

Son subalterne émit un grognement et tira sur les rênes pour faire ralentir les chevaux.

Xoran, qui était assis à coté de Digoric, traduisit son grognement inepte.

« Nous sommes arrivés à Yarthiss. D’ailleurs je suggère une halte les chevaux sont fatigués »

Malus acquiesça. Et puis se dégourdir un peu les jambes ne lui ferait pas de mal. Xoran ouvrit la porte de la cabine, plaça un petit strapontin de bois précieux et aida Malus à descendre. Ce dernier étira ses longs membres fins et délicats, se frotta les yeux et replaça correctement son capuchon qui lui dissimulait une bonne partie du visage. Il observa les environs, fit une grimace puis dévisagea Xoran qui s’équipait de sa lourde épée et de son casque.

« Allons faire un tour au marché le plus proche. Je veux me familiariser avec mes futurs disciples. »

Le petit groupe se déplaca lentement vers le marché. Profitant des dernières lueurs du jour pour admirer l’architecture de la ville. Les rayons du soleil couchant sur le fleuve ravirent Malus qui se contentait de peu après un si long et harassant voyage. En chemin pour le marché, il aperçu un homme, d’un certain âge, richement habillé mais au regard désespéré.

Malus redressa ses frêles épaules et se dirigea vers lui, seul.

« Excusez moi noble sir, vous m’avez l’air… troublé. »

L’homme sursauta car il ne l’avait pas entendu se rapprocher de lui. Il se retourna, le regarda de haut en bas puis sanglota.

« Je… J’ai perdu ma femme. Elle est morte il y a deux jours et personne n’a pu me donner la moindre explication. Je suis dévasté… Nous nous connaissions depuis plus de trente ans et je n’ai jamais connu d’autres femmes. Que vais-je devenir sans elle… »

(Du pain béni)


« Je compatis à votre douleur sir. J’ai moi-même perdu un être cher très récemment. Sa mort à laisser un grand vide dans mon cœur, autant que la perte de votre femme dans le votre. »

Il marqua une pause et posa sa longue et squelettique main sur l’épaule du vieillard.

« Heureusement j’ai pu m’accrocher à la vie grâce à mes proches et aussi grâce à une certaine philosophie de la vie. »

L’homme leva les yeux et croisa le regard d’émeraude de Malus.

(Il a l’air bien jeune pour parler comme ça… mais si sincère)

Malus esquissa un sourire, dévoilant des dents parfaites malgré des lèvres terriblement gercées.

« Je suis un vieil homme… ma famille est partie depuis longtemps. Seul mes enfants sont encore en vie mais mon fils est dans l’armée et ma fille mariée à un homme très loin d’ici. Je n’ai rien… parfois je songe à en finir mais le courage me manque. »

(Quel idiot pathétique et méprisable)

« Ne dites pas ça. Parfois une simple phrase que l’on se répète tous les matins et dans les moments difficiles est plus salutaire qu’un acte de suicide. Pensez à l’autre vie. Pensez à votre femme, vos parents, frères et sœurs qui vous attendent dans l’autre vie. Ne les décevez pas en commettant une si bête erreur. Voyez la vie… différemment »

« Que voulez vous dire ? »

(Il a mordu, c’est gagné)

« Connaissez vous la très ancienne croyance appelé le Soleil Oublié ? C’est un courant philosophique antérieur aux dieux eux-mêmes ! On pourrait dire que les dieux, qui sont d’ailleurs des imposteurs, se sont inspirés de cette philosophie pour se faire vénérer. »

Le veuf eut l’air méfiant.

« Les dieux existent. Vous ne pouvez pas blasphémer de la sorte. »

« Vous ne m’avez pas bien compris. Oui de prétendus dieux existent je ne nie pas cela. Mais je peux vous proposer une autre façon de penser. Une philosophie qui se base sur des concepts de vie et de mort différents. Croyez en moi et je vous donnerai la possibilité de contacter votre femme via divers médium et rituels. »

L’homme sanglota à nouveau

« Je ferai n’importe quoi pour reparler ne serait-ce qu’une seule fois à ma petite Alectia ! Que dois-je faire ? »

Le léger et bienveillant sourire de Malus se tordit en un rictus de mépris. Il releva la manche de sa robe et tendit le bras devant l’homme en deuil.

« Baisez cet anneau. Puis répétez après moi : J’abjure le panthéon de la mascarade et jure fidélité au Soleil Oublié. Qu’il renaisse et devienne le Soleil Invaincu. »

Le vieux noble s’exécuta. Il s’agenouilla avec beaucoup de difficulté puis embrassa l’anneau d’or de Malus puis, avec beaucoup de servilité, il répéta le serment.

« Bien. Levez vous noble sir. A présent je peux me présenter, Malus Suncrown, grand prêtre du Soleil Oublié. Et… vous êtes ? »

« Vicomte Ravius Quasir, pour vous servir. Quand pourrais-je parler à ma femme ? »


Malus ria, fit signe à Xoran de s’approcher avec un des coffres et l’ouvrit devant Ravius.

« Nous sommes nouveaux dans cette cité. Nous souhaitons faire profiter les habitants de Yarthiss des enseignements du Soleil Oublié. Mais malheureusement nous n’avons aucun contact ni aucune idée de comment nous y prendre. Peut être que vous pourriez parler de notre philosophie à des personnes malades de l’âme ? De même une petite contribution financière nous aidera à nous installer et ainsi, préparer les rituels pour que vous puissiez revoir votre défunte Alectia. »

Ravius buvait les paroles du jeune Malus. Il hochait continuellement la tête et défit le nœud d’une des bourses qu’il avait à sa ceinture.

« Tenez, prenez ces quelques pièces. Je n’ai pas plus d’argent sur moi mais comptez sur ma détermination à aider notre religion à progresser. »

Malus l’arrêta immédiatement en levant un doigt

« Nous sommes un courant philosophique et idéaliste, pas une religion. Nous ne souhaitons pas faire concurrence aux dieux, même si nous ne croyons pas en eux. A présent, nous devons prendre congé de vous, Sir Quasir. Nous vous contacterons en temps et en heure. En attendant, faites nous connaître.»

Sans même prendre la peine d’attendre la salutation de Ravius, Xoran et Malus s’étaient déjà rapproché du carrosse ou les attendait Digoric.

(C’est trop facile)

« Je suis exténué, et je meurs de chaud. Digoric, trouve nous l’auberge la moins crasseuse de la ville et arrêtons nous »

Digoric grogna à nouveau tout en pointant du doigt ce qui devait être une auberge à une vingtaine de mètres de là.

« Peu loquace mais efficace mon cher ami ! »

Ils firent donc quelques mètres puit Digoric fit s’arrêter le carrosse. L’auberge semblait plutôt bien fréquentée, la route était parfaitement pavée et bien entretenu et quelques enfants jouaient encore avec des épées de bois dans les environs. Malus n’avait jamais connu un tel bonheur. Il était issu d’une famille de la très haute noblesse proche du pouvoir et pourtant il n’avait jamais été aussi innocent et heureux que ces quelques enfants jouant avec un vulgaire bout de bois. Etant donné sa mauvaise santé physique il en aurait été incapable, certes, mais le concept même d’innocence et de bonheur lui était étranger.

Le bruit du métal interrompit Malus dans ses rêveries. Xoran en était la cause.

« Mais que fait-tu ? Suis-je en danger par ici ? »

Xoran cessa immédiatement et reposa son épée. Il s’approcha de son petit maître et s’agenouilla pour être presque à sa hauteur.

« Non je ne pense pas. Les habitants du coin m’ont semblé assez pacifiques cependant deux précautions valent mieux qu’une. »

Malus plissa les yeux, il semblait perplexe.

« Vous allez tous les deux reposer vos armes dans le coffre. Je ne suis pas un tyran escorté par des hommes armés jusqu’aux dents ! Je suis le Guide qu’ils cherchent en ces temps troubles. Vous croyez vraiment que qui que ce soit va me suivre si vous vous montrez si menaçant ? »

Il n’avait pas tord mais… eux non plus.

Après avoir mis en sécurité les chevaux et le carrosse, Digoric prit les deux coffrets remplis d’argent sous le bras et le petit groupe se dirigea vers l’auberge.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la cité
MessagePosté: Ven 3 Aoû 2018 16:14 
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Silan et Evelyn s'étaient séparés à la sortie de l'auberge en convenant de s'y retrouver le lendemain pour établir leur plan d'action ; le jeune homme souhaitait éviter de rentrer trop tard chez lui afin de ne pas éveiller les soupçons. Elle eût un léger sourire en le voyant redescendre la voie d'un pas peu assuré alors qu'il n'était que huit heures du soir. Lorsqu'il tourna au coin de la rue, elle lui emboita le pas en maintenant une distance respectable entre elle et lui.

Avoir un nouvel allié, oui ; mais encore fallait-il s'assurer qu'il s'agisse bien d'un allié, et pas d'un petit malin qui la livrerait à la milice à la première occasion. De ce qu'elle avait pu percevoir de la personnalité de son nouveau complice, elle doutait qu'il la trahisse ainsi ; mais il serait peut-être en proie au remord et risquait d'avouer sa faute en même temps que celle d'Evelyn. Cette dernière n'était pas vraiment sûre de ce qu'elle attendait de cette petite filature : le surprendre en pleine confession? Apprendre sur lui quelque chose qui permette à la jeune fille de marchander son silence? Ou simplement mieux le connaitre, s'assurer qu'elle n'avait pas lié son sort à un idiot?

(Je suis plus ou moins forcée de faire confiance à ce garçon, mais... La situation est un peu particulière, prudence est mère de sûreté. Tant qu'il ne s’aperçoit pas de ma petite manœuvre, il n'y aura pas de souci. Je crois. J'espère.)

Les rues étaient loin d'être désertes, ce qui permit à Evelyn de suivre Silan sans trop de problème en se dissimulant derrière les passants. Son nouveau complice était facilement repérable avec son veston bleu ciel orné de fils d'or et ses hautes bottes d'un cuir orangé assez caractéristique. La jeune fille n'était d'ailleurs pas la seule à le regarder ; quelques passants lui jetaient des regards admiratifs ou réprobateurs, selon ce que leur inspirait les habits pour le moins voyants du jeune bourgeois.

Evelyn tenta d'abord de le suivre en attendant à un coin de rue qu'il change de voie, et en se déplaçant rapidement jusqu'au coin suivant. Mais cela avait l'inconvénient de l'empêcher de voir Silan durant de longues secondes, durant lesquelles le jeune homme aurait pu changer de direction. Elle choisit donc de se rapprocher légèrement et d'avancer à une allure plus régulière, prête à se précipiter dans une ruelle ou derrière un étal en cas de besoin ; mais sa cible ne se retourna pas une seule fois sur la totalité du trajet. Lorsqu'elle fut certaine qu'il rejoignait bien son logis, Evelyn fut confrontée à un léger problème.

(Et... maintenant? Je fais quoi? Il est chez lui, ça va être compliqué de le surveiller.)

Dissimulée par l'arbre planté au centre de la place sur laquelle donnait la maison, la jeune fille leva les yeux vers la façade à colombages. De temps à autres, des silhouettes floutées par le verre grossier des vitres passaient derrière les fenêtres et projetaient des ombres démesurées sur les pavés de la place. La maison ne lui semblait pas particulièrement plus agitée qu'elle devait l'être ; dans l'optique où le jeune bourgeois aurait averti qui que ce soit de ses plans de cambriolage, cette personne avait choisi de ne pas donner l'alerte.

(Peut-être suis-je trop méfiante...)

Mais Evelyn ne parvenait pas à se rassurer. Elle décida de faire le tour de la demeure, sans avoir d'objectif clairement défini.

(Une fois que j'aurais fini, se promit-elle, je rentrerai.)

A vrai dire, elle ne pourrait pas exactement en faire le tour ; le bâtiment faisait l'angle d'un pâté de maisons, et son flanc gauche était soudé à celui d'une autre maison. Mais la jeune fille pouvait au moins emprunter une étroite rue sur la droite de la maison pour en observer l'arrière.

La minuscule cour entourée d'une clôture de fer forgé n'était éclairée que par une lanterne faiblarde suspendue à côté de la porte. Les fenêtres qui donnaient de ce côté étaient moins grandes et la façade assez sobre, quoique toujours bien entretenue.

(Entrer de ce côté serait plus simple, j'imagine... J'en discuterais avec Silan.)

Sans être parvenue à apaiser l'angoisse qui lui rongeait les entrailles, Evelyn reprit le chemin de son logis.

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