L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Le Port de Commerce
MessagePosté: Dim 4 Sep 2016 03:58 
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[L'Auberge de l'Au-Delà]

Après avoir couru le peu de distance qu'il y avait, j'arriva assez vite dans le port. Le soleil n'allait pas tarder à se coucher mais il restait encore des commerçants dans les rues. Comme l'avait si bien fait remarquer Lena, j'étais un de leurs semblable, un sale voleur. Je savais plus ou moins où je devais me rendre pour trouver des receleurs. Maintenant que j'y pense c'est surement par là que j'aurais du commencer.

Quoi qu'il en soit je me rua dans une ruelle sombre a l'autre bout du port, et comme je m'y attendais, je tomba sur quelques types louches adossés aux murs, attendant de trouver une personne qui serait intéressé par les marchandises qui gisaient à leurs pieds. A vrai dire, beaucoup de gens connaissaient leurs existences, mais ils étaient des entités nécessaire au bon fonctionnement de l'économie de Yarthiss, c'est pourquoi les gardes fermaient les yeux sur leurs activités. Je décida de marcher entre eux et de regarder attentivement ce que chacun possédaient, tout en me concentrant particulièrement sur ceux qui vendaient des armes. Deux d'entre eux possédaient des dagues mais l'un ressemblaient plus a un stylet avec un manche trop fin pour qu'on puisse y glisser quoi que ce soit. Aussi, je décida d'engager la conversation avec le second :

"Excusez-moi, cette dague est à vendre ?"

"Oui, oui, évidemment !", s'exclama-t'il avec joie

(J'imagine qu'il ne me dira jamais où il l'a trouvé)

"Parfait ! Je vais vous la prendre alors. Je peux la regarder de plus près ?"

"Oui, tenez. Si vous la voulez elle est à vous pour seulement 250 yus. C'est une affaire", dit-il en me tendant la dague

Je me saisis de la dague en prenant un air satisfait. Et commença à l'examiner sous toutes les coutures.

(Il a bien dit 250 ? C'est ridicule, jamais je ne pourrais payer une telle somme)

"Elle vous plait ?"

En tâtant un peu le pommeau, je réalisa que celui-ci semblait pouvoir se dévisser. Je ne pouvais pas vérifier devant lui évidemment, mais les chances pour que ce soit ma dague était vraiment très grande. Il fallait à tout prix que je reparte avec. Je commença alors à imaginer différents scénarios possible sur ce qui allait se passer. Il allait de soit qu'il ne me restait plus que l'option de la voler, mais j'allais devoir courir vite. Je me mis à visualiser les rues que je connaissaient par cœur. En continuant dans les ruelles, je pourrais éviter les gardes et atteindre la sortie sud. De là je pourrais surement disparaître quelques temps dans la foret. C'était vraiment un plan ridicule, mais je n'avais vraiment pas de meilleurs idées :

"Alors ?", s'impatienta-t'il

"Veuillez m'excusez, il est vrai qu'elle m'intéresse beaucoup. Et pour un tel prix, je ne peux vraiment pas refuser ! Attendez juste que je trouve mon argent", lui dis-je en faisant semblant de retirer de l'argent de ma poche

Ni une ni deux, je pris mes jambes à mon cou. Le vendeur qui pensait être en train de faire une affaire fut pris au dépourvu et mis au moins 5 bonnes secondes à réagir :

"Au-au voleur ! Arrêtez ce satané semi-elfe !"

Je continua à courir sans me retourner. Les trois, quatre receleur devant moi n'essayèrent pas de stopper ma course, surement à cause de la présence de la dague dans ma main. Je décida tout de même, après les avoir dépassé de la ranger dans mes habits pour ne pas effrayer d'autres personne. Les gardes avaient du être alertés et se trouvaient probablement à une trentaine de mètres derrière moi. Avec une telle distance et les ruelles qui s'assombrissaient en face de moi, il sera aisé pour quelqu'un qui passe son temps à s'enfuir et à se cacher comme moi de les semer.

Je sortis rapidement de la zone du port de commerce, et bientôt j'atteindrais la sortie sud-est de Yarthiss. Il fallait à tout prix que je sorte de cette ville avant que les gardes qui surveillent la porte ne soient alerté à mon sujet. Mais après cela je ne pourrais surement plus mettre les pieds ici avant un bon moment.

[La Forêt du Sud]

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 Sujet du message: Re: Le Port de Commerce
MessagePosté: Ven 21 Oct 2016 18:38 
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Semi-dirigé d'Athenalle
-1-



Le jour est levé depuis quelques heures déjà, mais la matinée sur Yarthiss n'est pas très claire. De la grisaille, quelques rafales fraîches, quelques gouttes de pluie mais rien qui ressemble à l'arrivée d'une véritable averse.

Malgré la menace du temps, beaucoup de passants d'âges divers circulent. Le port de la cité est très animé ce matin, à cause de l'arrivée simultanée de plusieurs gros navires de commerce. Les voix s'entremêlent dans tout le port, mais il est possible de discerner quelques sujets de conversation si l'on sait tendre l'oreille.

D'un côté, sur les quais, un attroupement semble se faire autour de plusieurs figures. Difficile de savoir de quoi il s'agit sans s'en approcher.
D'un autre, à l'entrée des ruelles, des éclats de voix moqueurs s'élèvent alors que quelques silhouettes s'agitent. Il y a comme de la bagarre dans l'air.

La curiosité d'Athenalle la poussera-t'elle à aller y jeter un œil ? Ou peut-être que les rafales de vent lui donneront assez soif pour aller plutôt prendre un verre ?

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 Sujet du message: Re: Le Port de Commerce
MessagePosté: Lun 19 Déc 2016 20:19 
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- I -


Son sac de voyage chargé sur le dos, Erastos longeait les quais aux abords du fleuve en ruminant les souvenirs de la veille. Son départ précipité de la forge où il avait passé ses quatre dernières années et où il s'était découvert sa passion pour le métier, avait été trop soudain. Il regrettait déjà sa réaction trop impulsive envers son maitre et il aurait souhaité le remercier à la juste valeur de son apprentissage. Cependant, il ne se voyait pas y retourner et glisser quelques mots complaisants à Agiend, qui lui rirait certainement au nez. C'était un homme de principe et plutôt frileux envers ce genre de frivolités, il était même possible qu'il ait provoqué volontairement pour le pousser à réagir et ainsi éviter les aux revoirs qui le rebutaient tant.

« Enfin, ses remarques étaient tout de même justifiées... Ma conduite n'était pas très noble. J'irai m'excuser devant le maitre une fois de retour sur le continent. »

Il ressassa ses souvenirs dans la capitale en marchant à l'ombre des remparts de la cité fortifiée, se remémorant ses débuts où il avait dû gagner la confiance de ce forgeron qui n'avait clairement pas l'intention de prendre quelqu'un à son service. Il se souvint de ses premières tâches invraisemblables qu'il lui avait confié dans l'espoir de le dégouter ; les courses à travers la ville le dos chargé de minerai, l’équarrissage du chargement de bois de l'année en une journée, ou les interminables journées à creuser le sol sans aucune raison... Agiend avait pourtant été contraint de lui accorder le mérite de ses efforts et de reconnaître que sa motivation était bien réelle.

Sa nostalgie s'envola à la vue du cogue amarré au quai, des Sinari et quelques hommes empruntaient les passerelles installées à terre pour y charger des marchandises diverses. L'agitation liée aux préparatifs du voyage était telle qu'il passa inaperçu jusqu'à son introduction dans la cabine du capitaine, Charles Muir. C'était un vieux Sinari qu'il rencontrait pour la seconde fois, toujours affublé d'une pipe à herbe dans la bouche, pipe qui cracha un rond de fumée violette quand un sourire de bienvenue se dessina sur son visage. Le capitaine vint à sa rencontre et insista pour lui serrer la main en lui demandant s'il était fin prêt pour le voyage.

« Plus rien ne me retiens ici. » répondit le jeune Kendran.

Le semi-homme ricana et l'invita à le suivre pour faire la visite. Erastos se sentait étonnamment grand dans les passages du navire, au point qu'il devait se baisser pour franchir chaque embrasure, sans parler de l'équipage essentiellement composé de hobbits. Il croisa cependant deux hommes, des matelots qui le saluèrent sans se freiner dans leurs tâches. Ils aboutirent ensuite sur le pont baigné de soleil et Charles Muir lui présenta trois nains qui jouaient aux cartes. Pour une raison qu'il ignorait, ceux-là ne participaient pas au chargement du navire.

Certains détails techniques lui furent présentés, notamment sur les caractéristiques de la voile dont le capitaine semblait très fier, tout en le rassurant sur le fait qu'il aura le temps de prendre ses marques. Le voyage jusqu'à Nirtim lui avait été proposé à titre gratuit, mais Erastos devait cependant servir en tant que matelot. En bon continental, il ne connaissait absolument rien de la navigation et toutes les explications lui parurent bien complexe.

Il se contenta donc de hocher la tête jusqu'à l'arrivée à sa cabine, réduite à une banquette et un lustre mouvant, mais disposant tout de même d'une petite fenêtre en mosaïque donnant sur l'extérieur. Il y déposa son sac et remercia le capitaine. Une fois seul, il s'assit quelques instants.

(Je serai en Nirtim d'ici quelques jours, le continent où j'ai toujours rêvé d'y mettre le pied.)

Les ondulations de l'eau étaient visibles à travers le verre à peine poli de la fenêtre, la perspective de traverser un océan ne le rassurait pas. Il se mit alors à genoux et prononça quelques mots à Moura.


- III -

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Dim 29 Juil 2018 15:26 
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Un sorcier pas si mort.

Nous arrivons en fin de journée à Yarthiss. A mon grand soulagement il y a plusieurs navires dans le port. Je n’ai rien dit à la jeune elfe, mais il est possible de devoir attendre plusieurs jours avant qu’un navire ne parte. Reprenant la mer régulièrement en début de matinée, pour profiter d’un maximum de soleil, nous avons toute la nuit pour nous reposer à l’auberge. Le lendemain matin après un rapide petit déjeuner, nous nous rendons au port et suivons l’attroupement significatif des marins chargeant leurs marchandises avant le départ. Un homme donne ses ordres et surveille la précieuse cargaison.

"Vous êtes le capitaine ?" Vous auriez de la place pour deux passagers et un cheval ? Je lui demande.

"Je ne commande pas un navire de plaisance., vous ferez votre voyage de noce ailleurs." Me lance-t-il coupant toute discussion. Enfin c’est ce qu’il croit.

"J’ai déjà servi sur un navire pendant trois ans et ma camarade sait se rendre utile." Dis-je sans me laisser intimider. "Mais je ne me séparerai pas de mon cheval."

"Faut voir s’il reste de la place sur la poupe à l’avant du navire." Explique-t-il simplement.

Je soutiens son regard quelques instants avant de répondre sans bouger d’un pouce.

(Jorus…)

(Oui je sais ne t’inquiète pas.)

"Vous cherchez à savoir si ce que je vous ai dit est vrai ? La poupe est à l’arrière du navire, pas à l’avant !" Je lui lâche et observe les marins en plein travail.

"C’est exact." Sourie-t-il. "Et en cas de tempête, quelles sont les premières manœuvres ?"

"On réduit les voiles et on se met à la cape pour mieux supporter le roulis et le tangage." Je détaille en focalisant mon regard sur quelques marins.

"Entre autre oui, mais c’est la réponse que j’attendais." Allez une dernière. Commence-t-il avant que je ne l’interrompe.

"Si possible j’aimerais voir le capitaine plutôt que de perdre mon temps." Dis-je sèchement.

"Tient donc ! Et qu’est-ce qui te fait croire que je ne suis pas le capitaine ?" Me nargue-t-il.

"Hé bien depuis tout à l’heure j’observe vos hommes et à leur exaspération en vous regardant, soit vous êtes le pire capitaine qui m’a été donné de voir, soit vous êtes le second et profitez que vrai patron du navire ne soit présent pour vous la couler douce." Je lui lance sans me démonter, sûr de moi.

"Hahaha !" Ricane-t-il. "Toi tu me plais ! Allez, fais monter ton cheval à bord. Le capitaine va pas tarder. Ta copine sera aux ordres du chef cuistot et toi, j’espère que tes compétences ne s’arrêtent pas tes connaissances !"

Je fais monter mon cheval à l’intérieur du navire, le laissant avec d’autres déjà en place et nous entreprenons tous deux d’aider les hommes avant d’appareiller.

Des invités indiscrets

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Multi : Relonor et Nhaundar


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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Ven 12 Oct 2018 16:45 
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Echappée Nocturne


Je me réveillai dans une pièce inconnue, emmitouflée sous deux couvertures, vêtue seulement de mes sous-vêtements. Cela ne me plut pas du tout et je voulus me redresser, ce que j’abandonnai très vite à cause de la migraine horrible et des douleurs multiples qui parcouraient mon corps. J’examinai rapidement la pièce, enfin le peu que je pus voir. Elle était petite, bien éclairée et entièrement en bois. Aucune décoration inutile, seulement le lit sur lequel j’étais, un bureau et quelques objets que je ne connaissais pas qui le parsemaient. Ma cheville me lança et je cessai mon observation, essayant d’évaluer ma blessure et ramenant ma jambe vers le haut. On m’avait mis une attelle et je remarquai que mon épaule était bandée, ce qui était plutôt encourageant. Après de longues minutes d’efforts, je parvins à me redresser et à m’asseoir, mes jambes effleurant le sol. Je sentis la pièce tourner mais la sensation disparue bien vite. M’appuyant sur ma jambe valide, je fis quelques pas peu assurés et remarquai mes vêtements sur le bureau. Je les pris et m’habillai en grimaçant, ma cheville étant un poil handicapante. Je laissai vite tomber l’idée de mettre mes bottes et me contentai de les garder à la main. J’avisai une porte et l’ouvrit lentement avant de passer la tête pour observer rapidement ce qui était un couloir sombre. Je repérai un escalier sur la gauche et une porte au fond et décidai d’emprunter l’escalier. Je regrettai vite l’idée, sautiller de marche en marche étant un exercice particulièrement difficile dans mon état. L’escalier menait à une trappe que j’ouvris, sentant immédiatement l’air frais du dehors, me poussant à sortir. Il faisait nuit noire et je pus voir que j’étais sur un bateau. Une voix dans mon dos me fit sursauter.

- Pourquoi t’es debout gamine ?

Je me retournai pour tomber sur le Cap’taine Ivark. Mon esprit put enfin faire le lien avec le bateau et je trouvai stupide d’avoir voulu m’enfuir.

- Désolé, j’ai un peu paniqué, je voulais juste sortir.

Il grommela et me fit signe d’attendre là. Je ne me fis pas prier et m’assis sur le pont du navire. J’aperçus quelques marins vaquant à leurs occupations me jeter des coups d’œil tandis que j’étirais mes jambes en soupirant. Le Cap’taine revint avec un Vyrl habillé seulement de son pantalon, visiblement réveillé à l’instant. Le jeune homme était étonnement musclé et je ne pus détacher mon regard de son torse avant qu’il n’arrive à ma hauteur.

- Comment te sens-tu ?

Mes yeux se hâtèrent de monter vers son visage. Il avait toujours été aussi beau ? Je devais me reprendre ! Je haussais les épaules, j’avais envie de dire que j’avais connu pire mais je fus honnête.

- J’ai connu mieux et ma cheville est encore douloureuse, mais sinon je vais bien. J’ai dormi longtemps ?

- Quoi ? Non ! À peine quelques heures, on s ‘attendait à ce que tu dormes au moins jusqu’à demain. Tu devrais aller te reposer d’ailleurs.

- Quand cette histoire sera finie j’irai dormir. Tu n’es pas inquiet pour ta sœur ?

Il me jeta un regard chargé de reproches. Oups, j’en avais peut-être trop dit. Mais il continua de parler comme si de rien n'était, ouf !

- Les documents que tu nous as donnés mentionnent un entrepôt où les filles seraient retenues ainsi qu’un bateau sur lequel elles doivent être emmenées. Le bateau part dans deux jours, ça nous laisse un peu de temps. Le Cap’taine m’a gentiment proposer de nous héberger le temps de ta convalescence.

Je remerciai l’homme qui me sourit en retour.

- Pas d’quoi gamine, tu nous as débarrassé d’un sacré salopard, c’est le moins que j’puisse faire. Vous allez faire quoi maintenant ?

Vyrl et moi parlâmes en même temps.

- Libérer les prisonnières !

Nous nous regardâmes d’un air entendu, notre mission n’avait pas changé, juste évoluée en quelque chose de plus important. Le Cap’taine prit un air sérieux.

- Faites très attention, le type qui est derrière tout ça, ce Faston Kisp, j’le connais de réputation, il est bien pire que cet enfoiré de Jonas. Le genre de type qui tue ses associés pour ne pas avoir à partager l’argent et qui n’hésite à traiter avec des esclavagistes et des meurtriers. Une belle ordure !

J’eus un déclic. Faston Kisp ! Le type qui avait embauché Fyly et les autres. Voilà pourquoi ce nom me disait quelque chose. Merde ! Il était probable que les autres aient été embauchés pour surveiller l’entrepôt et le bateau où les filles étaient retenues. Ça compliquait les choses, ce type était un très gros morceau d'après ce que j'avais compris. Il allait falloir la jouer fine, et rapidement. Il fallait absolument libérer les captives avant qu’elles ne soient emmenées sur le bateau. Nous devions agir la nuit suivante !

Vyrl proposa une approche furtive. Nous connaissions le numéro de l’entrepôt, il irait donc en repérage en journée puisqu’il n'était pas connu, contrairement à moi, et tenterait de trouver une entrée ou d’en fabriquer une lui-même. Je restai dubitative sur cette dernière idée, mais il me rassura.

- En tant que fils de bûcheron, je sais reconnaître quand du bois est facile à couper ou non, et les entrepôts d’ici ne sont pas toujours bien entretenus, ni tout récents. S’il y a une faille, je la trouverai et s’il n’y en a pas, j’en ferai une.

Je n’étais toujours pas convaincue mais il semblait si sûr de lui que je le laissai faire. Le Cap’taine nous écouta avec attention, nous conseillant de rapidement ramener les filles sur son navire où il serait en mesure de les protéger. Il nous proposa même de nous aider en neutralisant une partie de la surveillance.

-Mes gars créeront une bagarre avec les gardes, ça devrait les éloigner un peu et attirer leur attention. Ça fait longtemps qu’on a envie d'frapper ces fumiers.

Je déclinai, je ne voulais pas que l’équipage soit mêlé à ça, cela donnerai une vraie raison à Kisp de s’en prendre au Cap’taine et à ces hommes et ça serait comme indiqué au groupe des Noirs Desseins que j’étais sur le bateau. Notre plan n’était pas sans faille mais nous n’avions pas le choix. Tandis que l’aube pointait et que Vyrl se dirigeait vers les entrepôts, je retournai en bas, dans ce qui était en fait la cabine du Cap’taine et je me recouchai, essayant de récupérer avant le soir. Ma cheville était toujours douloureuse mais au moins je pouvais marcher… enfin boiter, ce qui était tout de même une nette amélioration et qui me rassura, elle n’était pas cassée.

Je dus dormir, ou du moins somnoler un long moment car le Cap’taine vint me réveiller alors que le soleil atteignait son zénith. Il me donna un bol de soupe et du pain que j’engloutis en toute vitesse. Ça faisait du bien ! Je ne m’étais pas rendu compte à quel point j’avais faim avant d’entamer la première cuillère. La soupe de poisson était salée mais elle resta délicieuse pour mon estomac et je n’en laissai pas une miette. Je me levai ensuite et allai rendre le bol au Cap’taine. Je profitai du moment pour observer un peu le navire. Les marins me saluaient avec bienveillance et j’en reconnus un, le grand qui avait empêché les bandits de me massacrer, profitant du moment pour aller le remercier. Il se contenta d’un sourire ravi et d’un « C’est normal » avant de reprendre son travail. J’eus envie de monter sur le mât mais, après observation, je sortis l’idée de ma tête. Jamais je n’attendrai le sommet dans mon état. Avec un peu de chance une autre occasion se présentera.

Je restai donc sur le pont une bonne partie de l’après-midi et commençai à m’inquiéter sérieusement pour Vyrl dont je n’avais aucune nouvelle. J’espérai vivement qu’il ne lui était rien arrivé. C’est dans ce genre de moment que je comprenais pourquoi les gens priaient les dieux, mais cela m’avait toujours semblé artificiel ; après tout, ils ne priaient que dans leur intérêt personnel, espérant que quelqu’un leur vienne en aide et fasse le boulot à leur place. SI j’avais fait ça, je serai toujours coincé à Tulorim et probablement en train de mendier en attendant qu’un dieu exauce mon souhait… ridicule. En venir à réfléchir aux dieux de cette façon et dans cette situation me fit sourire, n’étais-je pas en train de faire la même chose ? Espérer le retour de Vyrl alors que je pourrai aller moi-même voir s’il allait bien ? Autant bouger et aller le chercher moi-même ! Je me dirigeai donc vers la passerelle lorsque le Cap’taine m’interpella.

- Tu vas où gamine ? Reste ici !

- Je m’inquiète pour Vyrl !

- Et tu penses l’aider en quittant la sécurité du navire ? J’te rappelle qu’une bande de brigands est probablement à ta recherche et que s’ils te trouvent, on retrouvera ton corps éparpillé aux quatre coins de la ville. Reste ici !

J’acquiesçai, il avait raison, j’avais toujours ces bandits aux trousses et si je sortais en plein jour, j’étais certaine de les avoir sur le dos. Ce fut donc inquiète et impatiente que je regardai le soleil baisser sur l’horizon. Alors que je faisais les cents pas - enfin dans ma tête parce que j’évitais de marcher - Vyrl rentra enfin sur le navire, tout sourire. Soulagée, je lui demandai ce qui avait pris tant de temps mais il ne répondit pas, bien trop enjoué par sa découverte.

- J’ai trouvé une faille et j’ai pu rentrer dans l’entrepôt ! Nuim était là Yliria, elle était vivante ! Je lui ai promis de la sortir de là. Je sais comment faire pour entrer mais je ne pouvais pas risquer de les faire sortir sans que tout le monde nous voie. On peut agir ce soir, j’ai entendu un des gardes dire que l’embarquement n’aurait lieu que demain. C’est le moment ou jamais !

J’eus un sourire devant son ton enjoué et plein d'espoir. Le Cap’taine nous demanda d’attendre la nuit noire avant de sortir du navire, ce que nous fîmes. Une fois la nuit bien entamée nous descendîmes. J’avais retiré mon attelle mais je sentais que ma cheville était encore fragile et que je ferais mieux d’y aller doucement. Nous nous faufilâmes dans le port, avançant lentement, nous arrêtant dès que quelqu’un approchait, nous courbant pour être le moins visible possible. J’avais rabattu ma capuche sur ma tête, ce qui limitait mon champ de vision, mais je comptais sur Vyrl pour me guider car il semblait connaître le port comme sa poche. Après ce qui me parut une éternité, Vyrl me désigna un bâtiment. Nous étions enfin près de l’entrepôt. J’aperçus un petit groupe de gardes qui patrouillait aux alentours, plus deux autres qui gardaient la porte et enfin deux autres un peu plus loin. Il y avait beaucoup plus de monde que je ne l’aurais cru et je sentis une certaine angoisse m’envahir, mais au moins Fyly et les autres n'étaient pas ici, tant mieux. Comment passer autant de gardes ? Ils n’allaient pas…

Vyrl interrompit mes réflexions en se mettant à marcher rapidement vers l’entrepôt. Il atteignit sans problème une petite ruelle, au nez et à la barbe des gardes, me laissant bouche bée. Comment avait-il fait ça ? Il me fit signe d’attendre. Mon cœur battait la chamade. Comment le rejoindre ? Il me fit signe de venir et j’essayai de l’imiter, avançant le plus vite possible en restant courbée. Ma cheville se déroba lorsque je ne fus qu’à deux mètres de la ruelle. Je retins un gémissement de douleur et me forçai à rouler pour atteindre le mur. Une fois collée contre celui-ci, Vyrl me tira dans la ruelle ou je pus expirer un grand coup avant de le remercier.

- Merci, j’ai cru que j’étais cuite. Comment as-tu su qu’on pouvait passer ?

- J’ai passé la journée à observer leur surveillance, elle est assez facile à comprendre et il y a toujours un laps de temps où ils ne regardent pas par là. Par contre je t’avoue que ta chute m’a fait peur.

Soit c’étaient les gardes les plus incompétents du monde, soit Vyrl ne me disait pas tout, mais le moment n’était pas à la réflexion, plutôt à l’action. Je frictionnai ma cheville douloureuse avant de suivre Vyrl qui s’approcha d’un pan du mur de l’entrepôt, qu’il retira sous mes yeux incrédules. L’ouverture n’était pas très large, mais je comprenais pourquoi il avait mis autant de temps pour revenir. Il pénétra dans l’entrepôt et je pris sa suite.

L’obscurité était palpable, mais Vyrl avança d’un pas assuré vers le fond de l’entrepôt. Il me désigna une grande forme carrée recouverte d’un drap. Nous nous approchâmes en silence puis il souleva le drap et je fis de même. Je l’entendis pousser un cri de surprise et c’était compréhensible. La cage était vide. Malgré l’obscurité régnant dans l’entrepôt, je le vis blêmir.

- Elle devrait être là ! Je l’ai vu !

Il commença à pleurer et je lui tapotai le dos, plus pour qu’il se taise que pour réellement le réconforter, voyant mal comment m’y prendre. Je lui chuchotai que nous devions ressortir et il acquiesça, le visage ruisselant. Nous refîmes donc le chemin en sens inverse. Où avaient bien pu passer toutes les captives ? Ils les auraient déplacées ou embarquées ? A moins que…

- C’est un putain de piège !

Je courus, Vyrl sur mes talons, vers la sortie qu’il avait faite et vis de la lumière provenant de l’extérieur par le trou. Nous étions coincés. La porte du hangar s’ouvrit et je vis cinq hommes portant chacun une torche et une armure intégralement noire qui entraient. Je me cachai avec Vyrl et l’un d’eux s’avança et parla d’une voix forte et autoritaire.

- Nous savons que vous êtes là. Vous n’avez aucune chance de sortir ! Montrez-vous !

Je réfléchis à toute vitesse, essayant de trouver une solution pour nous en sortir. Pas question d’affronter ces types, ils avaient l’air de guerriers entraînés et nous étions deux adolescents. Je sentis Vyrl trembler à mes côtés, ce qui réduisait nos effectifs à moi uniquement, j’étais à peu près certaine qu’il ne serait pas d’une grande aide. Il devait bien y avoir une solution. L’autre type commença à s’impatienter.

- Sortez de là, si je dois vous chercher je vais m’énerver. Si vous vous montrez bien gentiment notre patron sera clément. Dépêchez-vous !

Il fallait qu’on passe en force, quitte à ce que je mette le feu à l’entrepôt, ils seraient obligés d’éteindre l’incendie… mais si d’autres attendaient dehors ? Bon sang je devais trouver une solution. J’entendis Vyrl inspirer profondément derrière moi. Je sentis qu’il voulait faire quelque chose et je me tournai vers lui pour qu’il m’expose son idée. Il me regarda avec un sourire triste.

- Pardonne-moi Yliria.

Sur le coup je ne compris pas ses paroles. Il se leva et fit face aux mercenaires. Je restai cachée, bouche bée, il était devenu cinglé ou quoi ? Il y avait forcément une autre solution. Ce que j’étais naïve...

- Je suis Vyrl, votre patron a du vous prévenir, la coupable est cachée là derrière.

Quoi ! Il venait de leur dire où j’étais! Et comment ça leur patron était prévenu ? Ce ne fut que lorsque je le vis sortir en tout impunité que je compris et sortis de ma cachette les poings serrés. Il m’avait vendue cet enfoiré ! Déjà les hommes armés s’approchaient et je levai les mains pour montrer que je n’avais pas d’arme. Il aurait été stupide d’essayer de combattre, je n’avais aucune chance face à autant de monde. Le chef des gardes me lia les mains avec une corde en me regardant avec un air satisfait puis nous sortîmes. Il y avait une demi-douzaine de gardes à l’extérieur, je n’aurai de toute façon pas pu fuir avec autant de monde. Un homme corpulent s’avança et je reconnus Kisp. Il tenait une petite fille par le cou et celle-ci était visiblement terrorisée. En me voyant il eut un sourire et regarda Vyrl avant de lâcher la fille qui courut vers lui. Il la serra dans ses bras en pleurant et en la rassurant. Tout s’expliquait à présent… il m’avait vendu pour récupérer sa sœur. Loin d’être ému par ces retrouvailles familiales, Kisp s’approcha de moi et me détailla.

- C’est donc toi qui as mis un tel désordre dans mes affaires en tuant Jonas. Tu aurais mieux fait de rester à Tulorim gamine.

Tulorim… ah, oui, l’homme qui avait parlé à Charles peu avant que je ne rencontre Fyly et les autres. Je savais bien que sa tête me disait quelque chose. Ça ne changeait pas grand-chose à ma situation de toute façon. J’eus beau chercher, je ne vis pas de moyen de leur fausser compagnie. Il se détourna et s’adressa à Vyrl.

- Comme convenu gamin, voici ta sœur et nous vous laisserons tranquille. Veille à bien rester loin de mes affaires, sinon le marché ne tient plus.

-Merci monsieur. Vous… qu’allez-vous lui faire ?

Je vis un sourire se dessiner sur le visage de Kisp et cela ne me plut pas du tout.

- Tu n’as pas besoin de le savoir, profite de ta chère famille et reste en dehors de ça. Allons-y vous autres, j’ai hâte de discuter avec mon invitée.


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Dernière édition par Yliria le Mar 16 Oct 2018 18:27, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Sam 13 Oct 2018 01:36 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation sexuelle/violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))

Un brasier sur le fleuve


Je fus emmenée sans ménagement jusqu’au bateau de Kisp qui était solidement amarré à une soixantaine de mètre de l’Onde des Brumes. Avec un peu de chance je réussirai peut-être à m’échapper et à me réfugier dessus. Je chassai vite l’idée, je ne serais pas allée très loin avec autant d’hommes armés autour, il fallait attendre le bon moment. On me fit monter à bord, passer par le pont totalement désert et descendre par une trappe située sur l’avant du navire, menant à un couloir très court qui débouchait sur la cabine de Kisp qui « m’invita » à y entrer. C’était la deuxième fois qu’un malfrat m’invitait dans son repaire, j’avais très envie que ça se termine de la même façon cette fois-ci aussi : lui au sol, et moi dehors. Mais Kisp était d’un tout autre niveau que Jonas et il prit ses précautions. J’eus beau me débattre, un des gardes me retira ma robe et m’attacha par les mains à un crochet sur le mur qui était un peu trop haut pour moi, m’obligeant à me mettre sur la pointe des pieds en permanence pour ne pas que les cordes m’entaillent les poignets. Une fois cela fait, le garde sortit et l’homme en noir qui accompagnait Kisp lorsqu’il était passé à l’auberge arriva avec un sac. Il l’ouvrit et un frisson me parcourut. Je vis des couteaux, pinces et autres objets pourtant quotidiens mais qui me terrifièrent. Ils n’allaient quand même pas…

- Alors gamine, voilà ce que je te propose. Tu vas me dire pour qui tu travailles et je ferai en sorte que tu restes en vie. Sinon mon cher majordome que voici se fera un plaisir de te faire mal, très mal.

Pour qui je travaillais ? Il pensait que je bossais pour un concurrent ? Si je disais que j’avais agi seul il ne me croirait pas, merde ! Le majordome sortit un couteau qui avait l’air horriblement tranchant et je déglutis. Je ne voulais pas qu’il me touche avec ça ! Ma voix prit un ton hystérique et je parlai vite, sans m’arrêter.

- Je… J’ai agi seule ! Je voulais juste aider Vyrl à retrouver sa sœur, je ne savais pas que Jonas travaillait pour vous et la mort de Jonas n’était pas volontaire, je vous jure que c’est la vérité.

Kisp me regarda en plissant les yeux. Ce salopard était assis dans un fauteuil et sirotait une coupe de vin en assistant au spectacle. Il devait avoir l’habitude de faire ça et cela lui plaisait, je le trouvai répugnant. Le majordome attendit patiemment que Kisp dise quelque chose mais il se contenta d’un claquement de doigt. La majordome fut si rapide que je ne compris pas tout de suite ce qu’il se passa mais je ressentis très vite une douleur sur le flanc, ce salopard m’avait entaillé. Je me mordis les lèvres pour ne pas crier mais mon corps se raidit ce qui dut se voir car le sourire de Kisp s’élargit.

- Je te crois, ça correspond avec ce que le garçon nous a dit. Tu as compris ta situation, c’est très bien.

Quoi ? Il savait déjà et il m’avait quand même blessée ? Cet enfoiré jouissait beaucoup trop du spectacle. La douleur de la coupure s’atténuait mais je sentais mon sang descendre lentement le long de ma hanche et de ma jambe, ce qui était parfaitement désagréable en plus d'être douloureux. Mais évidemment cela n’allait pas s’arrêter là. Kisp s’enfonça un peu plus dans son fauteuil et bu une gorgée en poussant un soupir d’aise.

- Tu n’en as peut-être pas consciente mais tu es chanceuse. La plupart de mes ennemis meurent sans jamais savoir ce qui les a tués. Reprenons. J’ai appris que certains documents qui pourraient me compromettre avaient disparu de la planque de Jonas. Est-ce toi la fautive et si oui, où sont-ils ?

Merde, si Vyrl lui en avait parlé, il savait déjà où ils étaient et il voulait juste s’amuser, mais si Vyrl n’avait rien dit à ce sujet, c’est moi qui allait mettre l’équipage du Cap’taine Ivark en danger… Je dus prendre trop de temps car le majordome m’entailla l’oreille, me faisant gémir. Bordel, pas les oreilles ! Tant pis, prenons le risque.

- Oui j’ai volé une sacoche avec des documents mais je ne l’ai plus, je l’ai perdue lorsque vos hommes m’ont poursuivi. Elle doit être dans une ruelle aux alentours du port.

Il plissa les yeux de nouveau puis il tapa dans ses mains. Le majordome lui apporta le sac et il fouilla dedans. Un sourire illumina son visage et il sortit… un fouet, avec beaucoup trop de lanières à mon goût. Le majordome s’inclina et, prenant le fouet, il s’approcha de moi. Je me débattis mais rien à faire je n’avais pas l’élan nécessaire pour sortir la corde du crochet. Si seulement j’avais quelques centimètres de plus… Le majordome attendit tandis que Kisp buvait une nouvelle gorgée de vin. J'eus envie de lui enfoncer sa coupe dans la gorge à ce gros...

- Le garçon ne semblait pas savoir quoi que ce soit à ce propos donc tu as de la chance. Mais tu as perdue quelque chose d’aussi important ? Dommage… ce sera cinq s’il te plait Vargis.

Il claqua des doigts et le majordome me donna un coup de fouet sur le flanc. La douleur fut vive et je ne pus retenir un gémissement de douleur. Ce salop avait visé ma coupure en plus ! Deuxième coup que le ventre, je serrai les poings… Troisième coup dans le dos, je commençai à entailler ma lèvre à force de me la mordre…Quatrième coup, de nouveau dans le dos, je cherchai à me recroqueviller mais je réussis simplement à m’entailler les poignets… Cinquième coup, je criai de douleur. Il s’arrêta là, posant son instrument sur une petite table, près du couteau. J’avais tellement mal que je sentis les larmes monter, je voulais partir, juste que ça cesse. Kisp se leva et s’approcha de moi sur un pas dansant. Je lui ferai payer ! Il prit mon menton et me força à le regarder dans les yeux. Les siens étaient sombres, presque noirs et je sentis une envie dans son regard, créant un frisson qui me parcourut l’échine, le faisant sourire de nouveau. Son autre main caressait mes plaies, s’arrêtant sur ma poitrine qu’il lorgna un instant avant de retirer la brassière et de la caresser lentement. Je voulais juste qu’il retire ses sales doigts boudinés !

- Tu es encore un peu jeune, quel dommage, je suis sûr que dans quelques années tes charmes auraient été envoûtants, j’ai toujours voulu goûter aux délices Shaakt, mais elles sont si difficiles à approcher habituellement... Alors je vais te proposer quelque chose. Tu entres à mon service en tant que servante jusqu’à ce que je décide que tes charmes t’octroient le droit de devenir une de mes concubines. Tu ne manqueras de rien et tu seras bien traitée.

Ce gros porc… Il avait sans doute ça en tête depuis le début ! Je lui lançai un regard de dégoût qui le fit ricaner et je reçus un nouveau coup de fouet que je subis sans gémir cette fois. Vive moi ! Kisp se réinstalla dans son fauteuil, me laissant ainsi, ce qui me dérangea bien plus que les coups, et se servit de nouveau un verre avant de reprendre.

- Je te laisse quelques minutes de réflexion bien sûr. Fais le bon choix, il me peine de devoir abîmer une si belle pièce.

De la peine ? Une belle pièce ? Ce type était un vrai cinglé, à croire que tous les malfrats du coin ne pensaient qu’à amasser autant de femmes que de richesses. La majordome posa le fouet et sortit un bâton court avec un bout en fer et s’amusa à le faire passer devant mon visage. Lui aussi semblait apprécier la situation malgré son expression totalement neutre. Mais je n’eus pas besoin de réfléchir longtemps.

- Plutôt mourir que de vous donner ce plaisir espèce de…

Un coup dans le visage vint me couper la parole. Le majordome m’avait frapper avec le bâton et son expression était devenue haineuse. Je sentis un goût métallique dans ma bouche et crachait du sang sur le sol. Il tapait fort ! Kisp me regardait d’un air faussement désolé.

- Peut-être que quelques jours enfermées te laisseront le temps d’y réfléchir et…

J’entendis un bruit de cavalcade qui coupa Kisp dans sa phrase et la porte de la cabine s’ouvrit brutalement sur un garde qui entra, visiblement essoufflé. Kisp ne l’accueillit pas vraiment à bras ouverts.

- Que signifie cette intrusion ?

- Pardon Chef, la milice, elle vient inspecter le navire. Apparemment elle aurait reçu des informations sur notre dernier chargement.

- Quoi ? Mais pourquoi je paye ce bon-à-rien de Viral si c’est pour qu’ils se pointent quand même ?

- Apparemment les informations seraient très sérieuses et Viral n’a pas pu empêcher ça, ça venait d’en haut. Il est venu nous prévenir, elle sera là dans une dizaine de minutes.

Je vis Kisp fulminer. En voilà une bonne nouvelle ! Des informations sérieuses hein ? Le Cap’taine avait dut faire bon usage de la sacoche que j’avais laissé dans sa cabine. Je ne pus retenir un sourire qui n’échappa malheureusement pas à Kisp.

- Toi… encore toi ?!

Il prit le bâton des mains du majordome et voulut me frapper avec mais ce dernier le retint.

- Plus tard monsieur, nous devons d’abord nous sortir de ce pétrin.

Il s'adressa ensuite au garde d'u ton autoritaire tout en prenant la bâton des mains de Kisp

Que les hommes préparent un départ en urgence, il n’est pas question que la milice monte à bord.

L’homme eut l’air gêné.

- A ce propos… un bateau a voulu partir et il nous bloque l’accès à la sortie du port, apparemment ils auraient une avarie qui mettra plusieurs jours à être réparé...

Je failli pouffer de rire devant le visage de Kisp qui vira au vert pâle. Si je ne me trompai pas, le Cap’taine Ivark était en train de mettre une sacrée pagaille dans le port. Kisp fulmina et renvoya l’homme en lui ordonnant de retenir la milice aussi longtemps que possible, le temps qu’il trouve une solution. Il commença à faire les cents pas dans la pièce avant de se tourner vers son majordome à qui il ordonna de préparer leur fuite. Celui-ci s’inclina et partit d’un pas rapide dans le couloir. Kisp referma violemment la porte et se tourna vers moi, le visage déformé par la rage.

- Toi… je vais en finir ici finalement, tu ne mérites pas de vivre.

Je ne pus m’empêcher de faire la maligne, quelle idiote.

- Mon pauvre, vous voilà dépasser par une jeune fille blessée et attachée, vous vous faites vieux.

Note à moi-même, ne pas énerver les grands méchants lorsqu’ils sont acculés et que je suis attachée et à leur merci. Il se rua sur moi et sa grosse main vint me saisir à la gorge. Il me souleva et commença à serrer, je lui donnai des coups de pieds en vain et il finit par attraper mes jambes et me les broyer à leur tour, me faisant lâcher un gémissement de douleur. Mais il avait oublié un détail en me soulevant. Je pus enlever mes mains du crochet et les passer devant mon visage. Il écarquilla les yeux lorsque je générai une boule de feu qui le cueillit en plein sur le visage. Il hurla et me lâcha. Il se roula au sol en se tenant le visage et j’en profitai pour trancher mes liens avec le couteau, récupérer mes vêtements et me rhabiller… Chacun ses priorités, pas question de m’enfuir à moitié nue. Je pensais que ses cris allaient ameuter du monde mais personne ne vint, à mon grand soulagement. Il finit par se relever, la moitié gauche de son visage n’était que chairs à vifs, je pouvais voir l’intérieur de ses joues et son œil qui ressortait affreusement. Je pus aussi voir la haine dans son regard et il tenta de prendre le couteau posé sur la table. Je l’en empêchai en lui donnant un coup de pied dans le bras et m’en emparai à sa place. J’avais envie de lui faire payer au centuple ce qu’il m’avait fait… Non, j’avais une autre mission, plus urgente. Je me dirigeai vers la sortie et il ricana.

- Tu pars en me laissant en vie ?

- Je ne deviendrai pas une meurtrière.

- Tu regretteras ce geste ! Je mettrai ta tête à prix, tous les chasseurs de primes seront à tes trousses, tu ne trouveras jamais le sommeil et tu ne seras en sécurité nulle part. Je tuerai tous ceux qui t’aideront et tu me supplieras de mettre fin à ton calvaire.

Je serrai le manche du poignard… Le tuer…Non, sinon je ne vaudrais pas mieux que lui… Un simple coup… Je sortis sans rien faire, ignorant ses vociférations et la voix dans ma tête et refermai la porte derrière moi. Les nombreuses coupures que j’avais reçues n’étaient pas graves, mais elles me faisaient souffrir au moindre mouvement. J’ignorai pourtant la douleur, je devais encore trouver les captives et les faire sortir, vite.


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Dernière édition par Yliria le Mar 16 Oct 2018 11:05, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Sam 13 Oct 2018 02:01 
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Par chance, l’intérieur du bateau était désert, je supposai que les hommes étaient occupés à retenir la milice sur le quai ou à essayer de préparer leur fuite. Je pus ainsi chercher les captives sans rencontrer grand monde, tout au plus un marin faillit me voir lorsqu’il courut dans ma direction pour monter sur le pont. Mon cœur battit la chamade pendant quelques secondes mais je pus souffler lorsqu’il passa sans me voir. Où pouvaient être les captives ? En toute logique il aurait fallu un endroit clos et spacieux… la cale ! Je me mis à chercher en vitesse un escalier qui descendait pour en trouver un après une intersection. Les couloirs étaient étroits, j’espérais vraiment ne tomber sur personne. Je descendis donc l’escalier qui menait à une porte qui était verrouillée, évidemment. Je pestai, comment ouvrir cette porte ? Je devais d’abord vérifier que les captives étaient bien là. Je cognai contre la porte, espérant qu’une d’entre elle pourrait répondre. A ma grande surprise ce fut une voix d’homme qui me répondit. Je pris une voix grave, espérant que ça suffirai à le berner.

- Le patron veut tout le monde sur le pont ! La milice veut passer en force ! Dépêche-toi.

Je l’entendis jurer de l’autre côté. Je pris le poignard à deux mains. Mes mains tremblaient mais il fallait que je me maîtrise, je n’avais pas le droit à l’erreur. L’homme déverrouilla puis ouvrit la porte et je lui fonçai dessus sans tarder. Je le percutai et entendis un cri de douleur, mon plan avait fonctionné comme prévu. Je ne m’attendais par contre pas à ce que nous chutions de plusieurs mètres pour nous écraser plus bas, sur ce qui semblait être le fond de la cale, la porte menant sur un petit escalier qui virait brusquement. J’entendis un craquement lorsque nous heurtâmes le sol et l’homme ne bougea plus. Il avait amorti ma chute mais lui avait tout encaissé. Je voulus vérifier son souffle mais rien ne me vint, il avait dut mourir sur le coup vu l’angle qu’avait son cou. Je ressentis un grand froid m’envahir. J’avais encore tué quelqu’un… Encore tué... Un cri de stupeur face à moi me tira de mes pensées. Je vis plusieurs femmes, enchaînées les unes aux autres, me regarder avec étonnement. Je me secouai, j’étais là pour les sauver, pas pour m’apitoyer, je devais agir, j'y penserai plus tard. Je pris le trousseau de clés que l’homme portait à sa ceinture et entrepris de libérer les captives en leur expliquant que la milice était sur le quai et qu’elle essayait sans doute de pénétrer dans le bateau en ce moment. La nouvelle tira quelques sourires fatigués. Les chaînes s’ouvrirent toutes avec la même clé, ce qui me permit de les libérer rapidement. Je pus apercevoir que certaines avec la peau déchirée à cause de leurs fers, ce qui me fit frissonner de dégoût. Une fois toute les prisonnières libérées, je remontai l’escalier pour tomber sur Kisp qui m’avait retrouvé je ne savais comment et qui était là, un sabre à la main, un sourire de dément déformant son visage brûlé.

- Je vais te faire la peau ! Mettre ta tête à prix ne suffira pas, tu vas mourir ici et tu vas souffrir !

Il me chargea en hurlant. Je t'netai de léviter mais son épaule me heurta violemment et je basculai avec lui au fond de la cale, écrasant de nouveau le pauvre homme étendu là tandis que Kisp s'écrasa quelques mètres plus loin sur ma gauche. La chute me sonna mais je ne semblai pas avoir quoi que ce soit de cassé, tout au plus quelques contusions. Les captives, qui s’étaient dirigées vers la sortie, s’arrêtèrent toutes à la vue de Kisp. Je leur hurlai de sortir tandis que ce fou furieux tentait de se relever. Elles s’enfuirent et j’espérai qu’elles s’en sortiraient, mais j’avais plus urgent en face de moi. Il se remit finalement debout, son bras droit pendant sur le côté de son corps, probablement cassé, ce qui était une bonne chose pour moi. Mais il prit l’arme de son autre main et commença à venir vers moi en boitillant. Il n’était pas aussi rapide qu’avant et j’avais une chance de le distancer. Je pris la fuite, n’essayant même pas de le combattre. Je l’entendis me hurler de revenir et il accéléra le pas. Bon sang mais il n’allait pas me lâcher ce gros tas ! Je devais l’empêcher de me suivre. Avisant une des lampes à huiles qui éclairaient la cale, j’eus une idée. Je la décrochai et versai l’huile sur le sol tandis que je me dirigeai vers l’escalier. J’entendis Kisp jurer et me rejoindre mais je montais déjà l’escalier, décrochant une autre lanterne en faisant de même. L’huile rendit l’escalier glissant et Kisp dut batailler pour monter, sa rage ne quittant pas son visage. Il allait payer pour ce qu’il m'avait fait ! Je générai une boule de feu et la lançai en visant l’endroit où j’avais commencé à verser l’huile. Elle prit immédiatement feu et les flammes se répandirent sur toute la traînée que j’avais faite. Je vis l’expression de haine de Kisp se transformer en terreur lorsqu’il vit le feu se rapprocher et il me fonça dessus. Je déguerpis de plus belle en prenant soin de taper les lampes sur mon chemin avec mon arme, les faisant tomber dans l’espoir de propager le feu. J’ignorai la douleur de ma cheville et détalai à toute vitesse, distançant Kisp qui boitait toujours. Je parvins enfin à la trappe menant dehors et l’ouvrit brusquement, percutant la jambe d’un garde qui tentait de retenir une des filles. Je lui donnai un coup de dague dans le bras et il la lâcha en criant. La fille s’enfuit et je pus apercevoir que la plupart avaient déjà atteint le quai et j'aperçus la milice qui commençait à investir le pont en arrêtant les gardes qui tentaient de retenir les captives. L’un d’eux voulu s’en prendre à moi mais il recula en me voyant. J’avais un bras couvert de sang et probablement le visage aussi et j’avais vraiment envie de leur faire payer, ce qui devait sans doute se lire sur mon visage. Kisp surgit à ce moment en criant des ordres et je ne pensai alors plus qu’à fuir.

Je couru vers le bastingage avec deux gardes aux trousses qui s’arrêtèrent net sans que je ne comprenne pourquoi. Je me contentai de courir mais quelque chose me percuta et je m’effondrai sur le sol. Une main me saisit par les cheveux et me releva. Je ne réfléchis pas et donnai un coup avec ma dague, déclenchant un cri de douleur derrière moi. La poigne se relâcha et je me retournai vers Kisp qui se tenait la cuisse que je venais de poignarder. Il était persistant ce type ! Déjà les deux gardes l’encadraient et je reculai avant de m’enfuir, laissant ma lame dans sa cuisse. J’atteignis enfin la passerelle que je dévalai en vitesse avant d’enfin m’arrêter sur le quai illuminé. Illuminé ? En me retourant je vis que le départ d’incendie que j’avais créé se propageait plus vite que je ne l’aurai cru et déjà l’étage sous le pont était la proie des flammes. Les miliciens étaient en train de s’occuper des captives, les rassemblant et veillant à leur sécurité. Un milicien voulut faire de même pour moi mais quelqu’un dans la foule retint mon attention et je l’ignorai. Il était là ce fumier ! Je me dirigeai vers la cible de mon courroux et lui mis mon poing dans la figure avant qu’il ne puisse réagir. Ne s’y attendant pas, il chancela et tomba sur les fesses en se tenant la joue, l’air surpris. J’avais deux mots à lui dire !

- Espèce d’enfoiré, ça ne t’as pas suffi de me livrer, tu venais aussi assister au spectacle ? Réponds avant que je ne m’énerve vraiment, Vyrl !

Le jeune homme se releva en vitesse et se justifia en se protégeant le visage.

- Excuse-moi, s’il te plait, je sais que j’ai eu tort, mais j’ai prévenu la milice avec le Cap’taine.

Je n’écoutai même pas, je le rouai de coups de poings dont il se protégeait. Mes coups furent vite de plus en plus faible jusqu’à ce que, à bout de force, je m’agrippe à lui. Ma voix n’était que souffrance, à peine audible, mais je ne savais pas quoi faire d’autre.

- Tu m’as laissé, tu m’as laissé…

- Je suis désolé Yliria, pardonne moi.

Je me mis à pleurer contre lui et il m’enlaça tendrement. Je pardonnai, je ne sais comment mais je pardonnai tout. Il était revenu, je n’avais que cette idée en tête, il était revenu. Il me caressa le dos tandis que je perdais toute retenue en sanglotant. Bon sang, j’étais si pathétique, mais cela faisait du bien. La lueur derrière moi grossit de plus en plus et en tournant légèrement la tête, je vis que le pont commençait à brûler également. Tous les gardes descendirent et se firent encercler par les miliciens qui leur confisquèrent leurs armes. Kisp eut même droit à une escorte de quatre miliciens. Je restai agrippée à Vyrl et détournai le regard. Je ne voulais pas qu’il me voit. Mais il n’en eut pas besoin. Je l'entendis hurler, une haine palpable dans la voix.

- Je sais que tu es encore là ! Tu es morte tu entends ? MORTE !

Je resserrai ma prise sur Vyrl. J’avais peur, bon sang ce que j’avais peur. Je voulais rentrer, ne plus penser à rien, juste être en sécurité, loin de tout ça. Vyrl ne bougea pas tout le temps que je restai contre lui, essayant tant bien que mal de me calmer mais je n’entendis même pas ses paroles à cause de mes pleurs et du bruit aux alentours. Après un long moment je pus enfin me calmer. Les miliciens avaient emmenés Kisp et ses hommes et quelques autres s’occupaient de finir de rassembler les captives. L’un des miliciens vint vers nous et nous proposa de nous accompagner chez nous. Vyrl dit qu’il s’occupait de moi et que je logeais à l’auberge. Le milicien n’insista pas sur ce point mais il veilla à ce que nous suivions le groupe lorsque celui-ci se dirigea vers le bureau de la milice. Au loin le bateau brûlait encore, les miliciens restés à quais veillant à ce que l’incendie ne se propage pas.

Vyrl m’aida à marcher, tenant gentiment ma main tout le long du trajet. Il m’informa que le Cap’taine avait bloqué l’accès du port lorsque les miliciens avaient décidés d’intervenir, que sa sœur était en sécurité et que mes compagnons m’attendaient. Il les avait prévenus mais la milice avait refusé leur aide, leur ordonnant de rester en dehors de cette histoire car ils étaient trop impliqués avec Kisp. Je séchai mes larmes alors que nous arrivions dans la rue de l’auberge.

- Vyrl… je … pardon de t’avoir frappé

Il me regarda d’un air surpris et rigola doucement.

- Je pense que si je dis à mes parents ce que j’ai fait, je recevrai bien pire que quelques petits coups de poings. J’ai agi comme un lâche, j’ai profité que tu sois sur le bateau avec le Capt’aine pour passer un marché avec Kisp afin de récupérer ma sœur en échange de toi. J’ai tellement honte de moi… j’ai regretté mon choix à l'instant où ils t’ont emmenée et j’ai tout fait pour venir te chercher… Yliria je suis désolé.

Je répondis par un reniflement. Il me jeta un regard inquiet et je soupirai.

- Je ne t’en veux pas… enfin plus. Tu es venue me chercher, je vais passer l’éponge, mais en échange, je te demanderai un service.

- Tout ce que tu voudras !

Je souris, il avait l’air si soulagé que je ne lui en veuille pas que je ne pus m’en empêcher. Sourire qui se transforma en grimace. Maintenant que mon corps n’était plus en train de forcer et de courir partout, toutes les douleurs revenaient et bon sang que c’était douloureux. Vyrl proposa de me porter mais je refusai, je pouvais encore marcher, et il eut l’air déçu. Il s’attendait à quoi, que je joue à la princesse sauvée par son prince ? Jusqu’à preuve du contraire je m’étais sauvée toute seule et le prince m’avait seulement accueillit… ce qui n’était déjà pas si mal après tout. Je me blottis contre lui et il se tendit un instant avant de se détendre et nous arrivâmes enfin à l’auberge.

A peine avais-je mis le pied dans l’auberge que Fyly me sautait dessus en criant mon prénom. Vyrl s’écarta juste à temps et elle m’enlaça à m’étouffer. Les divers coupures et blessures me firent aussitôt grimacer.

-Fyly, j’ai mal, j’ai mal.

Elle me lâcha aussitôt et voulu m’ausculter mais nous étions dans une pièce remplie de monde et tous avait la tête tournée vers nous après sa démonstration d’affection. Pas question qu’on fasse quoi que ce soit maintenant ! J’avais eu assez de regards sur moi pour aujourd’hui ! Je l’empêchai donc de soulever ma robe en lui montrant la salle du menton. Cela n’eut pas l’air de l’émouvoir plus que ça.

- Mais on s’en fout de ces types, tu es blessée, montre-moi !

Wyrlan vint à mon secours, à mon grand soulagement, et proposa de monter dans la chambre plutôt que de faire ça ici. J’approuvai immédiatement et montai suivi de tout le groupe plus Vyrl. Une fois dans la chambre, Fyly me força à enlever ma robe, faisant rougir Vyrl et rire les trois autres. Je les virai de là le temps qu’elle m’ausculte. Ils n’avaient pas une once de pudeur ou quoi ? Je la vus tiquer sur mes blessures et elle se massa les oreilles en voyant la mienne, on se comprenait sur ce point, pas les oreilles ! Elle appela Wyrlan qui se chargea de tout soigner grâce à la magie et je pus enfin jouir d’un corps qui ressentait autre chose que la douleur, le bonheur.

Après ça je relatai rapidement les événements. Lorsque je décrivis avec difficulté ce que Kisp m’avait fait dans sa cabine, je vis Vyrl pâlir et les autres lui jeter des regards accusateurs mais ils attendirent que je finisse pour commenter. Reparler de ça me donna quelques sueurs froides et je dus me calmer plusieurs fois pour réussir à terminer. Une fois fini, Fyly m’enroula dans une couverture et lança un regard noir à Vyrl.

- Comment as-tu pu …

- C’est bon Fyly, nous en avons discuté, je lui ai déjà pardonné.

Elle me jeta un regard abasourdi mais n’ajouta rien, ce dont je lui fus très reconnaissante. Vyrl avait la tête baissée mais la releva en entendant ça. Bolir et Thorgrim me félicitèrent, ajoutant tous les deux qu’ils auraient aimé être là pour s’occuper de Kisp. Seul Wyrlan resta silencieux, le front soucieux, ce qui n’était jamais bon signe. Il finit par parler.

- Tu t’es mis un homme puissant à dos Yliria, un homme qui mettra ses menaces à exécution, tu en es consciente ?

J’acquiesçais, mais je n’avais pas eu le choix, c’était ça ou je devenais son esclave personnelle puis sa … je n’avais pas envie de ça et mourir n‘était même pas une option, Père ne m’aurait jamais pardonné si je l’avais rejoint aussi vite. Il tint tout de même à me rassurer.

- Tu as cependant agi de manière respectable, pas de la manière la plus fine ou la plus sécurisée, mais tu as fait ce que tu as pu et le résultat est là, les captives sont libres, Kisp et ses hommes ont été arrêtés par la milice et tu as pu t’en tirer sans blessures graves.

J’allai probablement très mal dormir dans les jours qui allaient suivre mais il avait raison, je m’en sortais plutôt bien. Fyly soupira.

- Il serait peut-être mieux d’attendre demain pour ça non ? Je pense que notre chère Yliria est fatiguée et…

- Laisse-moi finir Fylyarina, car elle va devoir prendre une décision importante. Je vois bien que tu veux la protéger mais nous n’avons pas le choix, elle doit savoir.

Fyly acquiesça mais je vis que cela ne lui plaisait pas. Elle avait même un regard triste… J’appréhendai un peu la suite.

- Kisp est un homme influent et il ne restera pas longtemps derrière les barreaux et d’après ce que tu as dit, il fera tout pour te retrouver et te faire payer. La question est : Que comptes-tu faire à ce propos ? Tu peux fuir ou te cacher par exemple, le plus simple serait de tuer Kisp lorsqu’il sort de…

- Je ne suis pas une meurtrière Wyrlan… J’ai… J’ai déjà tué deux hommes et je m’en veux, et je m’en voudrai sans doute pendant un long moment encore. Je ne peux pas le tuer de sang froid.

Il y eut un silence pesant. Je sentais bien que pour eux c’était la solution idéale, mais je n'était pas une meurtrière, je ne voulais pas tuer si je pouvais l’éviter. Fyly était aussi de leur avis bizarrement.

- Il en veut à ta vie Yli, tu ne pourras pas vivre tant que ce type sera dans la nature et il ne restera pas derrière les barreaux très longtemps.

- Je ne veux pas finir comme elle…

Fyly et Wyrlan se regardèrent. Ils savaient très bien de qui je voulais parler et ils n’insistèrent pas. J'étais une belle hypocrite, moi qui voulais me venger, mais je ne pouvais me résoudre à tuer ainsi, du moins pas encore, pas si je pouvais faire autrement... Fyly se contenta de me caresser la tête et Wyrlan me dit que je pouvais prendre le temps d’y réfléchir et qu’ils accepteraient ma décision, quelle qu’elle soit. Sur ces paroles, ils quittèrent la pièce, sauf Vyrl qui décida de discuter un peu. Fyly lui jeta un regard qui n’avait rien d’amical mais elle sortit quand même. Il y eut un silence avant qu’il ne prenne la parole, sans doute cherchait-il ses mots.

- Je… Si tu souhaites de cacher, je suis sûr que ma famille pourrait t’aider, nous avons assez de places pour une autre personne à la maison et mon village n’est que rarement visité par des étrangers, personne ne s’y opposera. Et mes parents voudront sans doute te remercier, qu’en dis-tu ?

Je souris, il avait directement proposé une solution qui était viable… du moins si j’étais naïve elle m’aurait paru viable, mais j’avais appris beaucoup en peu de temps et je refusai gentiment.

- C’est trop dangereux Vyrl. C’est très gentil mais je ne peux accepter.

Il eut l’air déçu mais n’insista pas. Enfin il insista mais pas sur ça précisément, me faisant sourire.

- Tu passeras quand même ? S’il te plaît.

- D’accord, si l’occasion se présente, je passerai chez toi.

Il me sourit, me souhaita une bonne nuit et partit rejoindre sa sœur qu'il avait confiée au bureau de la milice. Une bonne nuit… je sentis que j’allais avoir du mal à trouver le sommeil.


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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Mer 17 Oct 2018 00:54 
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« Nous sommes arrivés, Monsieur Kinshi ! »

Une affirmation qui célèbre plus qu’elle n’informe, puisque le château Hartefeld, et les milliers de masures qui s’amassent à ses flancs se dressent devant nos yeux depuis la dernière heure. Je ne connaissais vraiment Yarthiss. Durant le voyage, cependant, j’eus la chance d’être éduqué par l’équipage. Une ville autrefois phare du continent, qui s’impose encore aujourd’hui par sa riche histoire et son commerce de textile. La monarchie règne sur les terres, dominées par un marchand et ses cinq fils. Un terrain intéressant pour y commencer ma conquête

« Félicitation. Comme vous aviez prédit : votre premier voyage, et pourtant pas le moindre mal de mer. »

Je souris. À mes côtés se tient Funan Umi, un matelot du Torado avec qui j’ai pu créer un solide lien durant ce long mois de traversée. J’ai pu, en fait, converser avec tout l’équipage, des humains du peuple d’Ynorie, habitués de parcourir le monde pour y vendre les merveilles de notre peuple. Torado, c’est un solide bateau de commerce, équipé de cinq luxueuses cabines pour y accueillir des passagers. J’ai ainsi pu y créer des liens avec trois géographes et historiens de Yarthiss, de retour d’un long périple à explorer le vaste continent de Nirtim, ainsi que d’un guerrier nommé Kaldam, revenu bredouille d’une chasse au trésor. Il était, à ses dires, à la recherche des Serres infernales. Je n’étais pas encore arrivé à Yarthiss que j’étais déjà camarades avec certains de ses résidents. Connaître l’équipage n’allait pas m’être aussi utile, mais cela avait été agréable, néanmoins. De charmants gaillards, qui se prêtèrent avec hilarité à mes entraînements magiques. Ils furent chatouillés par mes tentatives de bloquer, par la force de l’ombre, leur voie respiratoire. Je suis loin de maîtriser la Main sombre, disons...

« Bon, n’hésitez pas à redemander les services du Torado, hein ! Vous allez nous manquer. »

« Toi de même, Funan. Quoique tu n’as toujours pas appris à me tutoyer… »

« Hahahaha ! Jamais ! Désolé, impossible pour moi de tutoyer un client. Par contre, pour ce qui est de lui donner un cadeau… »

Fier, il me tend son sac.

« Je vous le dis, loin de la patrie, on s’ennuie de notre belle Ynorie. Voilà un peu d’épices et des ramens, de quoi se cuisiner un bon repas, lorsque vous allez avoir le mal du pays. »

« Gratuitement ? Comme cela ? Ta bonté t’honore. J’espère avoir l’occasion de te rendre la pareille, un jour. »

« Si vous me promettez de revenir, on est quitte ! »

Je prends son sac. Je salue Funan. Puis le reste de l’équipage et les autres passagers.

Je descends du navire, les yeux rivés sur le château. Anathe, l’une des géographes, se tient à côté de moi. Sans même me retourner, je l’aborde

« Es-tu prête à me le faire rencontrer tout de suite ? »

« Bien entendu, Shiyo. »

Suite »»

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Mar 20 Nov 2018 00:57 
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<<< Les rues de Yarthiss

Elroth avait – non sans mal – atteint le port. C’est avec une certaine satisfaction – ou une satisfaction certaine – que le Hafiz avait relevé la tête, plongeant dans la foule, observant les étals avec curiosité et intérêt.

A cette heure de la journée, la vie battait visiblement son plein dans le quartier. La voix forte des commerçants à la criée résonnait dans le brouhaha ambiant. Lui tendait l’oreille en déambulant, se laissant tantôt attirer dans la direction d’un vendeur de poisson grillé, tantôt, par l’appel de larges bancs d’épices inconnues et intrigantes. Une artisane exposait ses belles miches – de pain, évidemment. Et chaud ! Quel endroit merveilleux qu’un marché ! Il salivait en passant devant mille mets.

Il en oubliait presque la raison première de sa présence. Ce n’étaient ni ces tonneaux de breuvages étonnants, ni ces étoffes qu’il jurerait avoir vu tisser, dans une autre vie. Il devait prendre du recul, observer les lieux et déceler une opportunité. Son opportunité.

S’extirpant de la foule, du côté de la rive, il aperçoit quelques navires amarrés. Pourquoi pas, après tout, s’embarquer dans une aventure maritime, à bord d’un fier navire marchand ou militaire ? Braver les eaux, découvrir non plus de nouvelles villes, mais des terres lointaines, des continents isolés ! Il n’avait jamais vraiment vogué mais les marins n’avaient pas l’air si différents, après tout. Il apprendrait, et plus rapidement que quiconque, d’ailleurs ! D’aventures en aventures, les créatures et autres pirates qu’il imaginait pulluler craindrait davantage sa hallebarde brandie que le drapeau des plus puissants navires de guerre !

« Eh-là gaillard ! C’est comme ça que l’on protège les honnêtes commerçants ? En regardant l’horizon ? »

Sortant de sa rêverie, Elroth se tourne en direction de la voix. Il s’agissait visiblement d’un des commerçants. Peut-être même responsable de plusieurs étals. Le hallebardier l’observe de haut en bas, puis de bas en haut. Il ne s’attardait pas tant sur ses caractéristiques physiques, qui l’importaient peu. Il toisait surtout la posture de celui qui l’avait étrangement interpellé. D’autant plus étrangement qu’il semble finalement décontenancé de ne pas reconnaître Elroth, ni ses vêtements atypiques.

« Je…vous êtes nouveau parmi les gardes du marché ? Je ne crois pas vous avoir déjà vu.
-…Je ne le suis pas. J’aimerais l’être, tout au plus.
-Ah…mes excuses dans ce cas. Cela m’étonnait de voir une nouvelle tête ! Aucun évènement ne semblait annoncer un besoin de renforts. Quelques rôdeurs s’en tirent parfois avec une bourse ou un morceau de viande, rien qui justifie de nouveaux visages !»

Le regard d’Elroth s’assombrit. De toute évidence, le marché était effectivement bien surveillé. Les différents étals ne l’avaient pas attendu pour trouver des bons gars échangeant leur force de persuasion contre un peu d’argent sonnant et trébuchant. Peu importe de quelle manière, au final. Voyant la réaction du Hafiz, le commerçant se frotta la nuque, l’air désolé.

« Arf…vous devriez aller voir la milice de la ville. Il doit bien y avoir de quoi faire pour un brave homme comme vous ! »

Il lui indiqua de la main la direction à suivre. Elroth la suit immédiatement du regard, tentant de se trouver des repères au loin. Le commerçant jette alors un regard derrière lui, sans doute vers son étal, ayant l’air de vouloir écourter la discussion.

« C’est pas tout ça, j’ai du boulot ! »

Le regard d’Elroth se fait encore un peu plus lointain et, son air, pensif. Le commerçant s’éponge le front de sa manche et s’écarte.

« Je veux dire, j’ai à faire, et vous aussi sans doute ! Bon courage ! »

Le commerçant s’éclipse alors. Elroth restait immobile, le regard rivé dans la direction indiquée par le commerçant maladroit. C’était une option qui méritait d’être explorée, après tout. Sans doute sa meilleure, à l’heure actuelle. Il se remet alors en route, se servant de sa hallebarde comme d’un bâton de pèlerin, marchant vers, il l’espérait, l’opportunité qu’il guettait.


Les rues de Yarthiss >>>

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Mer 28 Nov 2018 03:37 
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Elroth leva un sourcil à la question de son associé, mais il n'était pas homme à s'attarder sur des détails. Il répondit dans un haussement d'épaules :

- Simple prudence. "Pas de vagues", c'est louche, non ?

Triam fut agréablement surpris par la vivacité d'esprit dont cet homme aux allures de rustre était capable de faire preuve. En effet, cette mission sentait le roussi dès sa présentation.

- Mh. Si cette affaire demandait du tact, ils n'auraient sûrement pas impliqué deux nouvelles recrues. Peut-être que notre instructeur ne nous envoie que par simple formalité.

Oui, leur but ne pouvait pas aller bien plus loin que cela. Apaiser un membre influent de la communauté en conservant les apparences, pendant que le personnel compétent de la milice s'occupait d'autres problèmes, tels que les bandits logés dans les montagnes, ou la détection d'espions oaxiens. Ce n'était même pas un test, car personne ne comptait sur leur réussite.

- Possible, reprit Elroth, ou parce que personne ne nous connaît et qu'on sent pas encore le milicien.
- Ça se tient.


Il était vrai que d'un autre côté, la milice de Yarthiss semblait avoir des problèmes de discipline, voire de corruption à en juger par les menaces proliférées par l'instructeur Jerenn. Ironiquement, peut-être qu'il jugeait deux inconnus plus fiables que certains de ses collègues.

- Au fait, pardonnez ma curiosité mais, vous n'avez pas l'air d'être de la région. D'où venez vous ? Du Naora ?

Le hallebardier eut un sourire gêné. Triam avait vu juste, Elroth était un homme de Kers, un Hafiz.

- Ah ! Par Gaïa, j'espère que tu auras autant de flair au port ! Cela dit, tu n'as pas l'air du coin non plus. Pareil pour ton épée.

Il reporta son attention sur l'arme qui se trouvait à la ceinture de Triam. Il avait "emprunté" cette épée à l'un de ses maîtres avant de partir pour Yarthiss. En vérité, il n'avait qu'une vague idée de sa provenance. Imitant son partenaire, il évita les sujets personnels, et en revint au bavardage.

- Oh, non, Dehant n'est qu'à quelques jours de marche... Je n'aurais jamais pensé rencontrer un Hafiz dans les parages. Amusant.
- Le monde est pas si grand qu'on le dit, si on peut payer le trajet !


L'espace d'un instant, Triam s'était mis à regarder le vide devant lui.

- Bien dit.

Le bruit de leurs pas passa d'un léger claquement à un piétinement profond. Des pavés aux planches, ils étaient arrivés au port, et par chance, dans les temps. Le port était semblable aux avenues longeant le fleuve, mais encore plus grouillant de monde et de bruit. Les bateaux amarrés ou sur le départ tranchaient quelque peu avec l'aspect rustique des habitations sur l'autre rive où se trouvait un autre port, dédié à la pêche.

La présence de plusieurs gardes de la cité gardant une bâche noire, dernier rempart pour protéger la dignité des cadavres qui se cachaient en dessous, ne dérangeait que très peu les affaires locales. Triam et Elroth se présentèrent en leur qualité peu flatteuse d'apprentis miliciens, et il était facile de voir le mépris sur le visage des serviteurs de la ville. Ils se gardèrent de faire des remarques, peut-être par pitié envers les blancs-becs, ou pour ne pas faire tâche à la collaboration entre gardes et miliciens de Yarthiss.

Triam obtint la permission de jeter un œil aux cadavres, mais il rabattit la bâche après quelques secondes à peine. Son visage avait pris des couleurs pâles et il se tenait la bouche comme pour s'empêcher de verser son petit-déjeuner sur les malchanceuses. Tout cela amusait bien les vétérans autour de lui. Triam se tourna vers Elroth :

- J'ai beau avoir étudié l'anatomie, c'est... encore un peu trop pour moi. Vous avez peut-être plus l'habitude. Je voudrais savoir comment elles ont été torturées, dites-moi juste ce que vous voyez.

"Va pas t'étouffer, gamin." avait glissé l'un des gardes alors que Triam tentait en vain de chasser l'odeur des cadavres de sa mémoire.

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Mer 28 Nov 2018 21:56 
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Depuis leur arrivée au port, les deux compagnons n’avaient pas échangé un mot. La légère brise marine lui semblait étrangement glaciale. Et il était là, devant deux cadavres sous une bâche. Cette scène lui rappelait la mésaventure du matin, comme un malicieux appel du Destin. « Sainte Déesse, faite que la série croissante de cadavres cesse… » marmonne-t-il à demi-mot, si bas que cette phrase se limite à un mouvement de lèvres. Qu’il est étrange que sa « nouvelle vie » commence comme l’ancienne s’est achevée.

Après avoir salué d’un mouvement de la tête les gardes, Elroth se tient droit, campé sur ses jambes, posant sa tête contre sa hallebarde et fermant les yeux le temps d’adresser une prière intérieure à Gaïa. « Puisses-tu guider ces âmes vers le repos éternel, Ô Lumière Eternelle, elles à qui l’existence a été violemment arrachée… ».

Une odeur terrible monte alors à ses narines. Une odeur de mort, doublé d’un léger mouvement d’air vicié. Triam venait de rabattre la bâche. Il avait l’air troublé par ce qu’il avait vu. Il était aisé d’imaginer pourquoi. Ce que son compagnon s’empresse de confirmer :

« J'ai beau avoir étudié l'anatomie, c'est... encore un peu trop pour moi. Vous avez peut-être plus l'habitude. Je voudrais savoir comment elles ont été torturées, dites-moi juste ce que vous voyez. »

Elroth acquiesçe d’un mouvement de tête.

« Faisons ça, oui. »

Le Hafiz n’était pas emballé. Seul un fou le serait. Mais il n’était pas réfractaire à cette idée non plus. Parcourir les routes forestières des convois commerciaux l’avait déjà amené à ce genre de mauvaises surprises, après tout. Observer un cadavre meurtri, c’est souvent avoir pour soi des informations que le mort n’a pas eu à temps.

Fermé à toute réaction des gardes, auxquels il n’accordait pas une once d’attention, il fait un pas vers la bâche. Puis un deuxième. Basculant son arme lame vers le bas, il s’en sert pour soulever et écarter la bâche, révélant le premier cadavre. Immédiatement, l’aura de mort assaille ses sens. Sans surprise, l’odeur – qui le prenait à la gorge chaque fois qu’il essayait d’inspirer correctement – accompagnait « parfaitement » la vue. Elroth projette la bâche un peu plus loin pour découvrir le second cadavre avant de redresser sa hallebarde.

Comme Triam l’avait formulé quelques instants avant, ce n’était pas simplement deux cadavres. C’était deux corps très amochés. Le néo-milicien ferme les yeux, un instant, mobilisant son calme et sa concentration. Pour son partenaire qui compte sur lui. Pour l’instructeur. Pour elles, aussi, qui ne méritent pas son dégout ni sa crainte. « La mort n’est qu’un masque, Elroth. Si atroce puisse-t-il être aujourd’hui, la mort n’est rien de plus qu’un masque» tente-t-il de se convaincre. Il rouvre alors les yeux et s’accroupit devant les cadavres, retenant inconsciemment sa respiration pour ne pas torturer davantage ses sens que nécessaire.

Les corsages des dames et les corps habillés de sang séché – en abondance - étaient ouverts. Littéralement. On voyait les entrailles à travers des lambeaux de peau. Peut-être même l'intérieur de certains organes, quoi qu’il ne maintient pas suffisamment son regard pour fournir davantage de détails ni de certitudes. Arrivant à bout de son souffle, Elroth tend le bras pour saisir le bout de la bâche et en couvrir à nouveau, grossièrement mais complètement, les deux enveloppes charnelles. Il prend alors appui sur sa hallebarde et se redresse puis se tourne. Il prend une grande et longue inspiration.

Le Hafiz avance alors vers Triam, dos aux cadavres. L’expérience n’avait pas été agréable – loin de là - et cela se sentait, bien que le gaillard apparaisse assez impassible physiquement. On le sentait lointain. Cela ne manquait pas d’amuser les gardes, goguenards, auxquels ses sens n’étaient plus si fermés à présent. Il n'entendait cependant pas leurs propos et se remobilise tant que possible pour faire son rapport à son partenaire.

« C’est pas beau à voir. »

Il marque un temps d’arrêt. Merci, maître enquêteur. Quelle révélation.

Finalement, il reprend.

« Le geste à l’air globalement maîtrisé. Ce n’est pas de la lacération furieuse et déchaînée. Surement une arme assez courte. Elles devaient être bien attachées parce qu’aucun mouvement n’a dérapé. Pourtant…»

Elroth se gratte le crâne. C’était juste une manière cruelle et appliquée de torturer quelqu’un. Cependant, il s’attendait à ce qu’il manque un doigt, une oreille, un œil. Pour faire souffrir davantage, pour envoyer à l’armateur « en cadeau », qu’importe. Non. Ce n’était pas seulement les bijoux qui étaient encore là, mais aussi le corps tout entier.

« Je vois pas le motif. Les corps sont entiers. Seul le tronc a été maltraité. Ni les jambes, ni les bras, ni la tête. Et les bijoux sont bien là.»

Il avait le sentiment étrange, en ayant plus d’informations, de s’être éloigné de la solution. Il comptait clairement, à cet instant, sur le flair de son partenaire.

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Dernière édition par Elroth le Lun 3 Déc 2018 20:59, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Jeu 29 Nov 2018 02:42 
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Le Hafiz se pencha sur les corps, marmonnant des prières à Gaïa dans sa barbe. Triam profita de cette occasion pour aller interroger quelques témoins. Les gardes le dirigèrent vers l'étal d'un marchand de fruits exotiques qui ne lui apprit pas grand-chose. Personne ne semblait avoir vu d'individu louche avant la découverte des corps.

- Pouvez-vous me montrer où vous avez aperçu les corps, exactement ?

On emmena alors Triam sur un des quais. Le marchand profitait de la vue des navires pour faire sa pause lorsqu'il remarqua une forme étrange en contrebas. Il lui fallut quelques instants pour identifier le corps d'une femme, puis d'une autre, pressées par le courant contre un support de bois. Par chance, elles s'étaient toutes deux coincées sous le ponton avant que le courant ne les emporte plus loin, là où personne, sans doute, ne les aurait remarquées.

Triam observa le courant, et porta son regard sur les bâtiments se trouvant à l'amont du fleuve.

- Qu'y a-t-il, de ce côté de Yarthiss ?

"Le comptoir de commerce, quelques maisons." lui avait répondu son témoin. L'une de ces habitations, dont la façade était peinte de rouges et de bleus, et dont le toit tuilé dénivelait gracieusement en circonflexe, captiva son regard.

- Celle-là, au loin. À qui appartient-elle ? demanda Triam en pointant du doigt la riche demeure.

On lui fit savoir qu'il désignait la demeure d'Henken, l'armateur.

- Eh bien ma foi, messieurs-dames, merci pour votre collaboration. fit-il en frappant dans ses mains.

Triam s'éloigna d'eux en soufflant tout bas. Être encerclés par tant d'inconnus et devoir leur poser ce genre de questions était tout simplement nouveau pour lui. Ce contact sérieux et contre-nature le rendait nerveux. Il vint prendre des nouvelles de son collègue qui était visiblement éprouvé par ses propres découvertes.

- C’est pas beau à voir.

Son regard resta fixé sur celui de son collègue pendant quelques secondes. Triam haussa un sourcil comme pour lui demander "C'est tout ?". Elroth prit une bouffée d'air, puis continua à contrecœur.

- Le geste à l’air globalement maîtrisé. Ce n’est pas de la lacération furieuse et déchaînée. Sûrement une arme assez courte. Elles devaient être bien attachées parce qu’aucun mouvement n’a dérapé. Pourtant…

Il se gratta le crâne, perplexe.

- Pourtant ? le pressa Triam.
- Je vois pas le motif. Les corps sont entiers. Seul le tronc a été maltraité. Ni les jambes, ni les bras, ni la tête. Et les bijoux sont bien là.
- Mmmhh...


Triam se tint en penseur. Ces détails n'étaient pas suffisants pour tirer des conclusions. Il avait déjà commencé à formuler des hypothèses, mais rien de plus. Un crime sans pillage, sans débauche... Tout semblait indiquer un crime passionnel, ce qui ne jouait pas à l'avantage du veuf Henken. Mais la précision indiquée par Elroth ne collaient pas avec les scènes qui tournaient dans sa tête, des scènes de violence conjugale, de haine et de barbarie au sein même de la famille. Restait la possibilité d'un tueur fou, ayant pour rituel d'extirper les entrailles de ses victimes, d'autant plus que les deux femmes se ressemblaient. Puis, tel un éclair fugace, un détail lui revint.

- Elroth... Qu'est-ce qui vous fait croire qu'elles étaient attachées ? Avez-vous vu des marques sur leurs poignets, leurs chevilles ?

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Jeu 29 Nov 2018 22:26 
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Les deux hommes semblaient en pleine réflexion. Le sujet était complexe et les pensées d’Elroth tournait un peu dans le vide, jusqu’à ce que Triam prenne la parole.

« Elroth... Qu'est-ce qui vous fait croire qu'elles étaient attachées ? Avez-vous vu des marques sur leurs poignets, leurs chevilles ? »

Une légère moue se dessine sur le visage d’Elroth, suite à la bonne remarque de Triam. Malin. A croire que le jeune loup parlait d’expérience ! Elroth laisse immédiatement filer cette pensée aussi folle que futile. Non, il n’avait vu aucune trace évocatrice. Il ne jurerait pas devant Gaïa mais, si marque il y avait, elle n’avait rien de flagrant. Des foulards tendrement noués auraient probablement laissé davantage de souvenirs aux poignets et chevilles que cela. Alors une scène de torture…

« Non. Mais se faire ouvrir le ventre sans se débattre… »

Le Hafiz se rend alors compte qu’il mimait une incision sur son propre ventre en même temps qu’il parlait. Il ferme le poing instantanément, comme s’il attrapait cette sombre pensée, et la jette loin, en direction de l’eau. Il grommelle vaguement en secouant la main.

« Hmpf. »

Reprenant le manche de sa hallebarde à deux mains, il prononce une courte prière intérieure à Gaïa : « Veille à ce que mon corps reste étanche, Ô mon Phare, mon Guide. Puisses-tu nous protéger. » puis, sortant de son état de dévotion, observe les étals autour d’eux. Il s'étonne de voir autant de mouvement sur le port, comme si la vie s'était arrêtée pendant tout le temps passé auprès des corps et reprenait tout juste. Comme s'il sortait d'une bulle funèbre qui les enveloppait eux, les corps à deux pas derrière lui et cette sombre affaire.

Après un court moment, il lâche à son compagnon, sans savoir qu’il avait déjà fait un premier tour des lieux pendant son observation morbide :

« Quelqu’un a peut-être vu quelque chose d’utile. »

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Sam 1 Déc 2018 16:28 
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Les traits du Hafiz prirent un air perplexe.

- Non. Mais se faire ouvrir le ventre sans se débattre…

En parlant, il se rendit compte qu'il était en train de mimer l'étripage sur son propre ventre, et il fut inondé de dégoût. Il joignit ses mains et adressa une énième prière à la déesse :

- Veille à ce que mon corps reste étanche, Ô mon Phare, mon Guide. Puisses-tu nous protéger.

Elroth lui était sympathique, mais Triam commençait à le trouver bien fleur bleue. Sortant de sa rêverie, le hallebardier voulut savoir ce qu'avaient à dire les personnes présentes sur les lieux. Triam lui fit donc part de ses trouvailles.

- Les badauds n'ont pas vu grand-chose, mais il semble bien que les corps aient rencontré le fleuve plus loin, en amont. Il se trouve que notre client a sa demeure par ici.

Son compagnon allait sûrement lui proposer de partir, mais le jeune homme n'était toujours pas satisfait. Plus il en apprenait sur cette affaire, plus elle semblait lui échapper. Et plus elle lui échappait, plus elle le passionnait. Une chose était sûre : les deux femmes n'avaient pas été mutilées pour leur souffrance, mais pour autre chose. Peut-être un rituel macabre de ces sectes de Thimoros qui infestaient les grandes villes. Triam voulut, malgré son dégoût, jeter un second regard aux corps, mais on lui refusa cette requête. Les deux malheureuses avaient déjà passé plusieurs heures sur un plancher humide, et Sigur Henken tenait apparemment à ce qu'elles furent enterrées dignement. Elles furent donc emmenées par des hommes en armes afin d'accomplir leurs derniers rites.

- Excusez-moi, fit-il en se tournant vers un des gardes, avez-vous vu le mari ?

Les gardes répondirent qu'il avait été l'un des premiers informés de la découverte des corps, et qu'après les avoir identifiés, il était retourné chez lui. Une missive monnayant la découverte du ou des meurtriers avait été envoyée peu après à la milice. N'ayant pas d'autre choix, Triam fit signe à Elroth de le suivre.

- Tant pis pour les corps. Allons rendre visite à notre armateur. Je ne sais pas pour vous, cher Hafiz, mais je commencerais presque à m'amuser...

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 Sujet du message: Re: Le port de commerce
MessagePosté: Lun 3 Déc 2018 20:42 
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«Les badauds n'ont pas vu grand-chose, mais il semble bien que les corps aient rencontré le fleuve plus loin, en amont. Il se trouve que notre client a sa demeure par ici. »

Elroth suit du regard la destination indiquée par son compagnon. C’était une bâtisse colorée, imposante. Elle faisait penser à ces bourgeois qui ont l’argent pour payer l’unicité de leurs biens et l’originalité de leurs goûts. « On ne dort sans doute pas mieux dans une maison rouge et bleue. » songe-t-il.

Il était prêt à partir mais cela ne semblait pas être le cas de son partenaire. Il avait l’air en pleine réflexion et il le comprenait. Mieux : il l’espérait. Lui qui ne venait pas de si loin avait peut-être des éléments de contexte lui permettant de mieux saisir la situation ? Elroth s’y connaissait davantage en bandits de grands chemins qui ne juraient que par l’argent et ne rappliquaient qu’au tintement de l’or. Mais qu’y avait-il dans le coin, groupe ou être sans âme, pour causer un crime en apparence si dénué de sens ?

Triam était retourné voir les corps, sans succès à priori. Le hallebardier suit alors de loin l’échange entre lui et les gardes, sans mot dire. Finalement, quand il semble avoir fini, Elroth s’approche.

« Tant pis pour les corps. Allons rendre visite à notre armateur. Je ne sais pas pour vous, cher Hafiz, mais je commencerais presque à m'amuser...»

Le Hafiz acquiesce.

« Allons-y, oui.»

Il était largement temps d’avancer. Malgré les nouveaux éclairages sur l’affaire, le tableau lui semblait encore peu clair. Plus le temps allait passer et plus les traces risquaient de s'effacer et les ténèbres d'avaler définitivement les réponses qu'ils cherchaient. En attendant, l’armateur pourrait surement les aider.

Avant de partir, au dernier moment, Elroth se tourne à peine en direction des gardes :

« Qui a fait ça, selon vous ? »

Un des deux gardes s’esclaffe :

« C’est votre boulot, ça, non ? Vous avez pas surveillé les corps à notre place, je crois ! A moins que vous soyez prêt à payer ?»

Et le second de lui répondre :

« Personne payerait pour t’écouter causer, mon vieux! Je les en empêcherais, s'il fallait ! »

Le Hafiz n’était pas étonné, encore moins déçu. De toute évidence, ils n’avaient pas – pour le moment - le respect des locaux. Ni l’argent pour le contourner. Il salue vaguement les gardes qui prolongeaient leur discussion et indique à Triam qu’ils peuvent se mettre en route.

Le chemin semblait peu difficile d’orientation – d’autant plus avec la maison en vue. Le hallebardier n'avait donc pas d'hésitation particulière à prendre les devants de la marche. Peu après leur départ, il tire une pièce de sa poche et la présente à Triam.

« Une pièce à mettre sur le motif du crime ? »

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