L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Dim 10 Juin 2012 21:53 
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Les Derniers Souffles



Hermai




Les premiers kilomètres se firent d'un bon pas, dans un silence certain.

Agadesh devait le reconnaître, ces pèlerins étaient bien plus physiques et endurants qu'il l'aurait cru et il n'avait pas à s'en plaindre, car cela ne faisait qu’accélérer un rythme de marche qui aurait été plus bas s'il avait dû le faire sans compagnie.
Et, de cette façon, ni Kong Zi, ni Kaze, ni personne n'était en train de le bassiner sur leurs croyances en Rana. Mais il n'était pas dupe, et se doutait bien que ce ne serait que partie remise.

Ils passèrent ainsi à côté d'un marchand dans une calèche tirée par deux rosses qui transportaient avec lui sa femme, ses deux enfants et un bric-à-brac d'objets en bois qui cliquetaient dans l'habitacle arrière. Leur rythme d'avance était affreusement lent. A son côté, deux guerriers en armures de cuir semblaient les escorter, insensibles aux chamailleries familiales du père hurlant à ses enfants de ne pas jouer avec la statuette de la déesse de la sagesse.

L'homme à la mine fatigué eût un sourire gêné en voyant les pèlerins le dépasser, essayant toujours vainement de confisquer le bien à son fils aîné. Kong Zi, arrivé à sa hauteur, s'adressa directement à eux, sans que les mercenaires qui l'entouraient essayent de l'en empêcher.
"Marchand, quel est le but de votre voyage ?"

"Ma femme et moi en avons assez du bruit et des odeurs de la grande ville, alors on a décidé d'aller emménager dans un petit terrain non loin de Bouhen, pour être plus tranquille."

"Bien. Puisse le souffle de Rana protéger votre voyage."

Agadesh ne comprit pas vraiment l'intérêt de la discussion qui venait de se passer.
D'où ce prêtre, qui ne semblait connaître de néant ce marchand, se permettait-il de lui demander où il allait, lui balancer une bénédiction et de repartir aussitôt ? Cela lui semblait absurde.

Ils continuèrent ainsi leur route, et la même comédie se répéta à chaque rencontre produite. Ils croisèrent une cinquantaine de passants durant la journée, et pas un n'y échappa. Des marchands, des gardes, des fermiers, des érudits et autres quidam qui n'avaient rien demandés se firent tous interpelés par Kong Zi, qui leur demandait où ils allaient et, quelque soit la réponse, les bénissait avant de s'en aller. Le reste du temps, seul le bruit des pas et le souffle des pèlerins se faisaient entendre en longeant champs et cultures qui semblaient ne pas en finir, quelque fois entrecoupés d'habitations paysannes, de fermes et de domaines viticoles.

Enkidu suivit le cortège quelques mètres en arrière durant toute la journée sans émettre le moindre autre son que le cliquetis de ses pattes sur les dalles de la route, au point que le fils du désert en venait presque à oublier son existence.

Le soleil était encore à deux bonnes heures de son crépuscule lorsque la route s'acheva sur un croisement qui ne laissait que le choix entre la direction du midi ou du septentrion alors que depuis Kendra Kâr, il n'avait fait que de suivre l'ouest.

C'est à cet endroit qu'ils purent voir, devant eux, se découpant derrière le feuillage de quelques arbres et de quelques bosquets verdoyants, se dresser l'édifice. C'était une construction modeste, d'une quinzaine de mètres de hauteur, juchée sur un tertre de terre dont les parois étaient consolidées par d'épaisses pierres cuivrées et argileuses. Cette butte, probablement d'origine naturelle, était flanquée en son milieu d'une ouverture, sombre et étroite, qui devait donner accès à l'édifice qui le surplombait. Non loin, un escalier vulgairement construit en ces mêmes pierres menait, dans un doux virage ombragé, jusqu'au pied de la construction.

La structure, bâtie en briques de roches grises et claires, était maçonnée de façon hexagonale, mettant ainsi en valeur l'entrée saillante mais étroite, dépourvue de porte, dont le linteau était orné d'une gravure de la déesse de l'air. Surplombant l'ouvrage, un fronton circulaire dont le tympan était percé d'un œil-de-bœuf s'enfonçait dans le bâtiment. Le reste des différentes faces de l'édifice n'étaient rien d'autres que des murs aux frontons triangulaires surbaissés sous lesquels s'affichaient d'autres représentations religieuses de la même trempe.

Elles étaient belles ces gravures, où la divine était représentée ici pourvue d'ailes et d'une aube dont les replis inspiraient les mouvements d'un vent latéral, les bras grands ouverts et le visage affichant un sourire bienveillant.

L'étage supérieur, qui tutoyait la cime des arbres feuillus environnants, se démarquait de la base par sa circonférence. Tel un beffroi, il était composé d'un lanternon ajouré, parsemé de tous côtés d'arcs en plein cintre ouverts aux vents. Et enfin, au-dessus se trouvait une statuette en cristal de la déesse trônant là sur un dôme en bronze.

Entre deux piliers du lanternon, un homme chauve en aube grise se trouvait là, en position du lotus, la tête haute, les yeux fermés, certainement en pleine prière ou autre méditation... en lévitant ! Les oreilles d'Enkidu se dressèrent et Agadesh resta stupéfait. Il comprit rapidement qu'il devait encore s'agir d'un de ses disciples de Rana, un mage d'air comme Kong Zi. Et bien que sa curiosité était captée, il ne pouvait que se dire qu'ils allaient certainement devoir s'arrêter ici alors qu'ils pourraient encore parcourir une bonne distance avant le coucher du soleil. Rien ne semblait trop extraordinaire pour le fils des dunes qui puisse justifier un retard sur sa mission ancestrale.

Ses craintes se réalisèrent lorsqu'il vit Konzi faire signe aux pèlerins de s'arrêter, avant de se retourner et clamer devant eux un canon religieux :
"Et Hofuku Choja, le missionnaire originel, retournant vers le temple de l'universelle sagesse avec tous ces disciples venus des plus lointaines contrées, s'arrêta à chaque croisement de chaque chemin et y honora Rana. Il vit que cela était bon et il dit à Kukaï Henro, son plus fidèle disciple : Ton chemin s'arrête là, pèlerin. Ici, de tes mains, tu construiras le Grand Ranai, où les pèlerins futurs honoreront la déesse et trouveront repos et protection. Tu vivras ici et tu y mourras, ainsi que ta descendance et la descendance de ta descendance. Telle est la volonté de Rana."

Le message était clair, même pour Agadesh. Ils allaient devoir rester ici ce soir.
Il songea un instant à continuer la route seul, mais il ne savait pas comment rejoindre son objectif. Il devait les suivre, il n'y avait pas, à son sens, d'autres alternatives.

L'homme en lévitation se reposa sur le sol et se leva en les apercevant avant de mettre un pied dans le vide devant lui. Agadesh était sur le point d'alerter tout le monde lorsqu'il vit que celui-ci, loin de tomber, semblait glisser dans les airs jusqu'à eux, se contentant de lancer avec un large sourire sur son visage : "Bénis soit Rana et les pèlerins qu'elle m'envoie !"

L'oriental était loin d'être le seul à être bluffé par une telle magie, et plusieurs pèlerins se purent s'empêcher de lancer quelques exclamations d'étonnements et le mage ne semblait pas mécontent d'avoir fait son petit effet. Les aboiements les plus féroces du camïu ponctuèrent le spectacle d'une manière agaçante et Agadesh dût le calmer en le prenant dans ses bras. L'individu volant se plaça à côté de Kong Zi et lança, sans avoir baissé le volume de sa voix :
"Que votre souffle soit le bienvenue au sein du Grand Ranai ! Je suis le Maître Saicho Henro. Je serais votre hôte pour ce soir. Je vous en prie, suivez-moi dans le couloir inférieur."

Tous s’exécutèrent, passant un par un dans le sombre passage qui était à peine assez haut de plafond pour ne pas avoir à se voûter. Les pèlerins, encore émerveillés par la vue du bâtiment et la maîtrise magique de Saicho Henro, commentaient encore leur arrivée, certains vantant la beauté de l'édifice et curieux de ce qui pouvait les attendre à l'intérieur, d'autres admirant et enviant l'expertise de l'utilisation des fluides de leurs maîtres. D'autres encore exprimaient leur contentement à pouvoir enfin se reposer de cette solide journée de marche.

Après avoir traversé le couloir, ils arrivèrent dans une salle tout juste plus élevée, s'étendant sur une vingtaine de mètre de longueur et d'une dizaine de largeur. Le sol était fait d'un parquais noble en bois clair, les parois et le plafond dans un jeu de charpente du même acabit. Six épais piliers de soutiens, par lignes de trois, étaient placés parallèlement sur les côtés et des conduits de ventilations étaient présents entre chacun d'eux. Ceux-ci communiquaient verticalement avec la surface non loin, permettant l'illumination de la pièce et à un doux courant d'air de circuler.

Une seule grande table rectangulaire était étendue en plein milieu de la salle, avec de grands bancs sur les côtés et des chaises à l'allure de trône pour les deux sièges présents de chaque côté de la tablée qui présidaient le tout. Celle-ci devait pouvoir accueillir une cinquantaine de personnes, peut-être même plus en se serrant sur les bancs.

Tout au fond, un arc large et surbaissé donnait sur un escalier en colimaçon.
Non loin sur les côtés se trouvaient deux arcs d'ogive menant à des pièces au contenu encore indéterminable.

Le maître des lieux commenta :
"Vous êtes ici dans l'antichambre du Ranai. Cette pièce a subi de nombreuses modifications au cours des temps, mais sa fonction a toujours été d'être un lieu de repos, de réunion et de collation sous la bienveillance de Rana. Vous pouvez déposer vos affaires dans le dortoir qui est juste là.", dit-il en pointant l'ouverture pour la pièce de droite. "De l'autre côté, ce sont mes quartiers, la cuisine et le sacristie. Vous n'avez pas à y pénétrer. Et enfin, l'escalier que voilà vous permettra d’accéder au Ranai. Si certains de vous sont sujets à certains maux comme des ampoules, des douleurs musculaires ou des coups de soleil, je possède quelques onguents à votre disposition. Vous pouvez aussi remplir vos gourdes dans le puits derrière le temple. Vous trouverez aussi les latrines un peu plus loin, près du grand chêne."

Agadesh écouta et ne put que mieux comprendre ce qu'il se passait. Dans le désert de l'Est aussi, les sédentaires prenaient leur devoir d’accueil des nomades très au sérieux. Plus qui ne leur était demandé même parfois, au point où leur refuser une halte pouvait passer comme un manque de respect, voire une offense !

Tous se dispersèrent et Kaze lança à Agadesh :
"Je vais visiter le Ranai. Vous devriez venir avec moi."

Même s'il se doutait bien que le pèlerin le bassinerait avec ses croyances, Agadesh n'avait bien rien d'autre à faire dans l'immédiat et se laissa convaincre. Mais, avant qu'il approuve, Saicho Henro s'avança vers l'oriental avec un grand sourire aux lèvres en clamant au missionnaire : "Par toute la douceur de Rana ! Maître Kong Zi, voilà un pèlerin bien exotique que vous nous ramenez ! Votre escale en Imiftil n'a donc pas été aussi vaine que vous le craigniez ?"

"Hélas, Maître Henro, ce nomade n'est pas un de mes pèlerins. Il s'agirait plutôt d'une âme en peine, encline à l'agressivité. Il porte une dévotion totale à Tishiko et à un ridicule culte des ancêtres et refuse toute ouverture en la sagesse de Rana. Il cherche pour une raison que j'ignore à rejoindre la forêt des Thiên Thân et le pèlerin que voici, Kaze, a tenu à se porter garant de cet individu."

Agadesh reposa Enkidu sur le sol et lança un regard noir au missionnaire.

"Votre jugement me semble bien sévère, maître Kong Zi.", puis il se mit à s'adresser à Agadesh comme si cet échange n'avait jamais eu lieu devant lui.

"Que la sagesse de Rana vous accompagne, nomade. Puis-je savoir à qui ai-je l'honneur ?"

Agadesh n'aimait pas cette conversation mais sa morale lui dicter de faire honneur à son hôte et il lui répondit le plus calmement possible :
"Que la paix et la grâce de Yuimen soit avec vous, Maître Henro. Je suis Agadesh Kel Attamara, du Désert Bleu."

"Bien Agadesh, vous êtes ici bien loin des vôtres... Quel est le but de votre voyage ?"

Le bédouin n'allait certainement pas s'aventurer à lui expliquer la mission que lui avait confié les ancêtres et encore moins sa recherche d'une faëra. Aussi il alla au plus simple.

"La forêt des Thiên Thân."

"Et qu’espérez-vous y trouver ?"

"Ce que j'y cherche."

Saicho Henro sembla amèrement surpris par cette réponse qui signifiait clairement que celui-ci ne se confierait pas à lui.
"Naturellement. Aussi devez-vous savoir que nombreux sont les adeptes de Rana dans la contrée dans laquelle vous vous dirigez. Ne voudriez-vous pas en savoir plus sur la déesse du vent ?"

"Là d'où je viens, le vent n'est pas notre allié. Il efface nos repères et nous maudit de ses tempêtes. Si votre déesse est bien derrière tout cela, sachez que ses colères ont emportés nombres des miens et que pour cela, jamais je ne l'honorerais."

Henro se tourna vers Kong Zi et lui demanda en baissant la voix :
"Se pourrait-il que Rana possède quelques griefs contre ces peuples du désert ?"

"Il faudrait consulter les textes du temple pour le savoir... Mais peut-être est-ce simplement le fait d'être ignoré par ces peuples qui provoque son courroux.

Henro se tourna vers Kaze :
"Pèlerin, pourquoi vous être tenu garant de cet homme ?"

"Parce que l'enseignement de Rana m'a appris que nul être n'était condamné à ne pouvoir la vénérer, Maître.

"Certes, mais la sagesse de Rana enseigne aussi l'humilité. Qui donc êtes-vous pour oser penser que vous arriverez à tourner cet individu vers elle ? Vous pensez-vous assez important pour vous en faire un devoir ? Est-ce là bienveillance ou orgeuil ? C'est la question que vous devez vous poser. J'entends bien que tout cela partait d'une bonne volonté... Maître Kong Zi a été bien clément de vous le permettre, mais ce genre d'initiative est prématurée, à ce niveau de votre apprentissage. Attendez de suivre sérieusement les Arcanes de Rana et d'être béni du Rituel du Premier Souffle. Ensuite seulement vous pourrez vous aventurez dans ce genre d'expérience... Votre protégé peut rester pour la nuit, mais je ne veux pas de la présence d'un incroyant dans le Ranai. Je compte sur vous pour qu'il en soit ainsi."

Seule la politesse de l'invité envers son hôte retint Agadesh de frapper ce religieux qui le prenait de haut et faisait comme s'il n'était pas là... Comme si ce Kaze aurait pu l'empêcher d'aller en haut s'il le souhaitait ! Et Kong Zi, qui acquiesçait d'un signe de la tête la moindre phrase de son homologue était tout aussi méprisable.

Mais à la vérité, le nomade mettait encore moins d'importance à découvrir ce lieu avec un tel discours. Les deux maîtres s'éclipsèrent et Kaze portait la tête basse. Celui-ci était encore un de ces occidentaux qui ne chercherait pas à défendre son honneur même devant la pire des humiliations. C'était navrant, il lui faisait presque pitié. D'ailleurs, il ne voulait plus le voir, lui non plus.

"Allez-y Kaze, je jure sur mon honneur que je ne pénétrerais pas dans le Ranai."

Et il tint parole.

Il sortit dehors, se rendant au puits pour remplir sa gourde avant de se reposer pensivement dans l'herbe pendant qu'Enkidu s'amusait à explorer les hautes herbes et chassait les criquets.

Il se calma, repensant à sa quête et regardant le soleil se coucher par-delà les champs. Il eût un temps de nostalgie pour son désert, se disant qu'il en était bien loin. Le sable lui manquait. Il avait vraiment l'impression d'être utile, quant il était là-bas... Ici, même s'il était conscient de l'importance de sa quête, il avait le sentiment de ne servir à rien. Et il se sentait terriblement seul.

Lorsque la nuit succéda au jour, Agadesh se résolut à rentrer une nouvelle fois dans l'antichambre qui n'était plus éclairée que par des bougies dispersés sur la table. Il s'était un peu résigné et attristé, victime d'un grand coup de mou.

Il ne prenait plus la peine d'essayer de suivre la moindre conversation et Kaze semblait avoir abandonné l'idée de l'initier au culte. Les déclarations et les débats religieux allaient bon train lorsque fut servi le souper, un épais potage de lentilles et de raisins secs auquel il fit honneur. Il refusa le vin qu'il lui était proposé en se rappelant de sa malheureuse expérience dans le domaine des trois frères. Curieux de voir que tout les occidentaux semblaient se régaler de ce poison...

Tous allèrent cependant relativement tôt se coucher, Kong Zi clamant qu'il devait se lever de bonne heure le lendemain et qu'il ne serait pas sage de prolonger cette soirée plus que nécessaire.

Ce n'était pas pour déplaire à Agadesh, qui subissait silencieusement la soirée. Il ne dormit que d'un œil, pensant beaucoup au désert et n'ayant qu'une faible confiance en ses adeptes de Rana.

Le lendemain, après avoir quitté leur hôte, se poursuivit le chemin de la même manière que la veille. Même silence, même vitesse, même cirque à chaque fois qu'un pauvre bougre avait le malheur de les croiser. Ils dormirent les nuits suivantes à la belle étoile, alors que les champs s'absentaient pour laisser place à une nature verdoyante et que la route montait et descendait parmi les basses montagnes. Trois jours plus tard, ils arrivèrent au niveau de la forêt tant recherchée. Des cerisiers sauvages en fleurs, des cheveux de Gaïa, des fleurs de toutes sortes toutes plus blanches les unes que les autres... Même l'herbe prenait ici une teinte pâle.

Seul Kaze s'interrompit dans sa marche pour lui dire au revoir et lui souhaiter bonne chance, quoi que celui-ci puisse chercher. Avant de partir pour de bon il rajouta même que, si lui-même ne voulait pas prier Rana, il le ferait pour lui.

Les pèlerins disparurent, et il se résolut à s'enfoncer dans cette étrange forêt que l'on aurait pu croire enneigée. Maintenant qu'il était au bon endroit, il s'agissait de trouver ce guide, cette faëra !



Schrats

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Playlist d'Agadesh

Quand on voyage vers un objectif, il est très important de prêter attention au chemin.
C'est toujours le chemin qui nous enseigne la meilleure façon d'y parvenir, et il nous enrichit à mesure que nous le parcourons.

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Paulo Coelho, Le Pèlerin de Compostelle


Dernière édition par Agadesh le Ven 3 Aoû 2012 13:12, édité 13 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Mar 12 Juin 2012 01:41 
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Casse-Noistête


Musique


Fenouil m'expliqua que les personnes qui nous menaient étaient de "nouveaux amis" qui avaient accepté de nous écourter le voyage en échange d'un service.

(Un service ? Dans quoi il nous a fourré encore ... Je suis sûr que c'est moi qui vais devoir m'en occuper comme c'est parti !)

Le petit garçon héla l'adulte à ses côtés pour lui signaler que le "p'tit homme" venait de se réveiller.

(De qui il parle ce morveux, f'rai mieux d'apprendre à se moucher plutôt ! Na !)

La femme aux cheveux coupés très courts s'adressa ensuite à moi, sans pour autant quitter les yeux de la route, pour m'exposer leur "petit problème". Pour faire court, elle disposait de deux sacs, chacun remplis d'un certain nombre de noisettes, chaque sac étant destiné à un acheteur différent. Cependant, les noisettes des deux sacs avaient été mélangés par un malencontreux accident que l'on devait apparemment au petit morveux roux.

Avant la mésaventure, la petite blonde avait réussi à faire, grâce aux noisettes de l'un des sacs, sept tas égaux et ce après avoir échoué en essayant d'en faire deux, puis trois, puis quatre, puis cinq, puis six. Dans ces derniers cas, il lui en restait toujours une dans les mains. Bien entendu, comme elle ne pouvait pas demander à l'acheteur le nombre de noisettes qu'il était censé obtenir, la femme aux cheveux courts que les enfants appelaient "Mammy Ray", cherchait à savoir combien de noisettes contenait donc ce fameux sac au départ.

Sur cette explication, Fenouil, tout confiant lança un :

« Mon ami est intelligent, il va vous trouver la réponse tout de suite, hein Psylo ? »

Ces mots entendus, je gonflai le torse, arborant l'air fier du savant qui venait de découvrir l'origine des fluides.

"Bien sûr, que je vais trouver ! Na ! J'suis trop fort !" Puis, je fronçai les sourcils. "Heu, par contre, vous pouvez tout répéter depuis le début ?"

************************


Le Soleil était à présent haut dans le ciel et la charrette nous transportant continuait son chemin sur la route cahoteuse au rythme du clapotement des sabots bovins. J'avais sorti de mon sac le nécessaire d'écriture acheté la veille et griffonnai fébrilement sur une feuille de papier à présent raturée, gribouillée et recouverte de nombres et de formules seulement descriptibles par un Segtek borgne et beurré.

(Bon, alors, ça marche pas. Pourtant, si je divise sept à huit cents soixante-deux, que j'ajoute un ... Ensuite, je multiplie quatre par huit ... J'ajoute sept et j'enlève l'âge du capitaine ... Hein ? Non !)

Je relevai un moment le nez de mon labeur et en profitai pour détendre mes doigts endoloris par une bonne heure d'écriture. Comme toutes les dix minutes depuis quelques heures, j'appelai mentalement ma faera :

(Toal ?)

Aucune réponse. Je ne connaissais l'existence des faeras que depuis quelques jours et je ne savais pas s'il était naturel que l'une d'entre elles s'éloigne aussi longtemps de son maître, mais cela ne me rassurait guère. Et puis, j'étais certain qu'elle aurait pu m'aider pour ce problème ...

(J't'en ficherais, moi, des fées qui parlent ! Na ! À quoi ça sert si c'est pour qu'on s'en inquiète tout le temps ! Na !)

Je jetai un oeil à Fenouil qui somnolait sur les sacs de grains. Il avait tenté de m'aider au début, mais la vue des calculs compliqués l'avait vite fait fuir. Quelle idée avais-je donc eue de promettre la réponse ! Haussant les épaules, je me replongeai donc sur ma tâche. Une piste se dessinait.

(Et si ... Ah oui ! Donc ça veut dire que ... Oui, donc du coup, là, sept fois ça, ça fait euh ... oui voilà. Puis j'ajoute un, donc du coup ...)

Je relevai la tête tout heureux pour lancer vers Mammy Ray :

"Hé ! J'ai trouvé. Dans le sac, y'avait trois virgule quarante-six noisettes !"

Notre conductrice me lorgna d'un regard étrange avant que je comprenne ma bêtise.

"Ah non, c'est pas possible ..."

Et moi de replonger la tête dans les chiffres. Au bout de quelques dizaines de minutes, la solution parvint entre mes différents gribouillages. Un éclair de génie traversa mon cerveau bouillonnant et prit le contrôle de ma main droite. La plume plongea dans l'encrier puis se mit à griffonner frénétiquement sur le papier. Quelques lignes suffirent finalement avant que je n'écrive, en énorme en bas de la page, m'appliquant à former les boucles des chiffres :

301


Ceci fait je reposais, soupirant, mon dos contre le sac de grain à côté duquel j'étais assis. J'avais réussi, c'était bien la solution, j'en étais certain. Cela m'avait coûté le poignet, l'index, le majeur et le pouce de la main droite, mais j'avais réussi. Affichant un air de champion de course en sac, j'énonçai fièrement la solution à Mammy Ray :

"Trois cent-une noisettes dans le sac de votre acheteur ! Ensuite, vous vous débrouillez pour les compter une à une pour tout séparer, moi j'ai fait mon travail ! Na !"

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Mar 12 Juin 2012 02:52 
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Intervention gmique pour Psylo


Suite à l’annonce de ta réussite, la dame aux yeux verts arrêta la charrette et se tourna vers toi.

« Et bien, je crois que nous avons là un petit génie ! Ta réponse semble juste ! Tant d’énergie dépensée à calculer doit être compensé ! »

Ce disant, elle te fit un petit clin d’œil et fit signe à Lily d’apporter une petite boîte de métal.

Puis elle se tourna vers Jacob et lui expliqua que c’était à lui de réparer son erreur en comptant les noisettes. Mais puisqu’il était tout jeune, elle lui demanda d’y aller par paquet de dix, s’assurant qu’il en fera trente pour ensuite ajouter la noisette manquante.

Lily s’approcha donc de toi et Fenouil avec une petite boîte métallique dans les mains. Sur le couvercle on pouvait y lire : Sucre à la crème.

Fenouil ouvrit de grands yeux gourmands en regardant ces petites friandises, mais la petite fille tendit d’abord le contenant vers toi pour que tu te serves d’abord. Pour sa part, Lily une fois de plus ne faisait que regarder ton bonnet jaune.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Jeu 14 Juin 2012 00:35 
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Les douceurs de Mammy Ray


Lorsque je lui annonçai la solution, Mammy Ray sembla heureuse de l'entendre puisqu'elle me promit une "récompense". En effet, elle demanda à la petite fille blonde qui répondait au nom de Lily de m'amener le contenu d'une petite boite en métal. Elle s'adressa ensuite au petit garçon qu'elle appelait Jacob et lui ordonna de compter les noisettes par paquets afin de séparer les deux sacs.

J'eus un petit pincement au coeur en voyant le garçon commencer à compter. Mais après tout, c'était bien lui qui avait tout renversé ... Lily s'était approchée de moi avec la boite en métal. Je remarquai alors l'inscription qui y figurait : "Sucres à la crème".

Lorsque la petite ouvrit la boite, je ne sais si ce fut l'odeur ou la vue de Fenouil qui s'éveilla soudainement, mais le fait étant qu'il s'approcha doucement mais sincèrement en se léchant les lèvres. Les sucres à la crème étaient des petits pavés de couleur brune, comme des caramels, mais en plus mous. Je jetai un coup d'oeil complice à Fenouil avant de choisir une douceur parmi la petite dizaine qui se trouvait dans la boite puis de remercier la jeune fille. J'ajoutai alors, accompagné d'un clin d'oeil envers mon ami glouton :

"Fenouil m'a bien aidé aussi."

Sur ces mots, je consommai ma récompense durement gagnée. Le contact de ma langue avec le sucre à la crème fut un délice. Le goût sucré vint exciter mes papilles tandis que la crème fondait sur ma langue, tapissant mon palais d'une substance douce et alléchante. Les yeux fermés, j'attendis que la friandise fonde totalement dans ma bouche avant d'avaler les quelques restes qui n'avaient pas été dissous par ma salive. Je voulais conserver ce goût exquis le plus longtemps possible.

Lorsque j'ouvris de nouveau les yeux, la dénommée Lily se tenait toujours devant moi. La boite était à présent fermée et je pouvais apercevoir du coin de l'oeil mon compagnon gobelin qui souriait, béat. La petite semblait me fixer étrangement, ou plus précisément semblait intriguée par mon bonnet de lutin. Je détournais le regard, gêné par une telle attitude pour le lancer vers Mammy Ray.

"Combien de temps allons-nous encore voyager avant d'atteindre Oranan selon vous ?"

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Jeu 14 Juin 2012 01:44 
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Intervention gmique pour Psylo



Sans quitter son chemin des yeux, Mammy Ray te répondit :

« Dans quelques jours nous serons à destination ! »


Puis elle se tourna vers le petit Jacob qui avec précaution comptait les noisettes.

« Bravo, mon petit, plus que cinq paquets et tu auras terminé. Tu te prendras toi aussi une petite sucrerie ! »

Jacob lui sourit et poursuivit sa tâche avec application.

Fenouil qui s’était régalé à son tour d’un morceau de sucre à la crème, regardait fixement la boîte métallique alors que la petite Lily regardait toujours ton bonnet.
Demeurant toujours aussi silencieuse, elle te pointa ton bonnet puis sortit onze petits cailloux polis tous identiques, qu’elle déposa sur le plancher de la charrette entre vous deux.

Jacob qui observait la scène, protesta :
« Ah non, Lily laisse-le commencer ! Toi, tu gagnes toujours car c'est toujours toi qui commence ! »

Mammy Ray intervint à son tour :

« Jacob a raison ma petite Lily, laisse notre invité commencer ! Mais d’abord, il faut que tu t’assures qu’il accepte de mettre son bonnet en gage, et il faut que tu lui promettes aussi quelque chose si c’est lui qui gagne la partie ! »

La petite fille prit d’abord un petit air boudeur, puis retrouva le sourire en regardant l’objet de sa convoitise et opina de la tête signifiant qu’elle acceptait que Psylo commence la partie.

Fenouil qui s’approchait de vous deux, mais surtout de la boîte métallique commenta :

« J’ai déjà vu des clients s’adonner au même jeu à l’auberge où je travaillais. C’est assez simple, le premier joueur décide de prendre 1, 2 ou 3 cailloux… puis à son tour Lily pourra faire le même choix, et ce sera encore à toi, et puis celui qui ramasse le dernier caillou perd. A l’auberge, ils jouaient avec des petits biscuits au lieu de cailloux. Mes amis disaient que je perdais toujours, mais pourtant c’était toujours moi qui en mangeait le plus ! » dit-il en se pourléchant les babines.

((Comme tu l’as deviné, Lily te propose de jouer avec elle, si tu acceptes, tu devras rp un tour à la fois, tu décideras combien tu ramasseras de cailloux, je ferai la même chose en maj, ainsi de suite jusqu’à ce qu’il y ait un gagnant, si Psylo gagne, il aura droit à une belle récompense... si l'énigme n'est pas clair, n'hésites pas à me mp ! )))

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Jeu 14 Juin 2012 03:04 
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Joujoux aux petits cailloux (Round I)


La femme aux cheveux courts me répondit, toujours sans quitter la route des yeux, que quelques jours suffiraient pour arriver à destination. Je ne m'en réjouissais finalement pas tant. Il était agréable de se faire ainsi transporter et je ne sais pourquoi, mais j'avais le pressentiment qu'une fois arrivé à Oranan, mon ami glouton voudrait se débarrasser de moi. Après tout, c'est ce qu'ils finissaient tous par faire ...

Le petit Jacob continuait à compter les noisettes avec application. Tirant la langue, il faillit en faire tomber une à cause des cahots de la route, mais la rattrapa au dernier moment en émettant un soupir de soulagement.

Je n'avais pas encore eu le courage de tourner de nouveau les yeux vers Lily, qui, je le sentais, me fixait toujours. J'avais trouvé l'assurance pour lui dire de s'arrêter tout de suite et d'aller plutôt manger ses crottes de nez lorsque qu'elle pointa de son doigt mon bonnet. Je réagis presque instantanément en retenant ce dernier d'un mouvement vif de la main droite au cas où elle aurait voulu me le voler. Cependant, elle n'en fit rien. Au lieu de cela, elle dévoila de l'une de ses poches une dizaine de petits cailloux qu'elle déposa ensuite sur le sol.

Jacob protesta presque immédiatement en une phrase que je ne compris pas. Puis Mammy Ray enchaîna et je compris que la gamine avait l'habitude de jouer à ce qu'il semblait être un jeu de réflexion avec ces cailloux. De plus, elle semblait vouloir que je mette en jeu mon bonnet. Et puis quoi encore !? Hors de question !

Fenouil prit cependant la parole avant que je ne puisse protester. Il expliqua les règles du jeu. Chacun son tour, les joueurs pouvaient prendre une, deux ou trois pierres. Celui qui se voyait contraint de prendre la dernière pierre perdait la partie. Je réfléchis un petit moment. Ce jeu avait l'air rigolo, mais perdre mon bonnet, ça jamais de la vie !

(En même temps ... Qu'est-ce que je risque contre une gamine ?)

Finalement, j'hochai la tête en signe d'approbation.

"D'accord, je veux bien jouer avec toi. Mais ce bonnet est ce que j'ai de plus cher, alors, pas de triche, hein ?"

Puis, comme apparemment j'avais obtenu le droit de commencer, je me penchais sur les petites pierres polies. Il y en avait en fait exactement onze.

(Alors ... Est-il vraiment utile de réfléchir au début ... Euh ... Trois, deux ou une ? Allez, j'opte pour le milieu, j'en prends deux.)

Je m’exécutai donc en attrapant deux des onze pierres que je posai ensuite juste à côté de moi. Puis je fixai Lily, inquiet de sa réaction.

(((Même si Psylo n'a pas tout à fait l'air d'avoir saisi, je te confirme que moi si. Je pense même avoir trouvé la solution )))

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Jeu 14 Juin 2012 03:58 
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Intervention gmqiue pour Psylo


Jacob cessa un moment de compter ses noisettes pour regarder attentivement la partie qui était en cours.

Tant qu'à Fenouil, il se rapprochait un peu plus de la boîte métallique.

Les boeufs eux, marchait toujours au même rythme totalement ignorant de ce qui se passait dans la charrette.

Lily pour sa part, plissa le nez à gauche, puis à droite, fronça les sourcils puis ramassa 2 cailloux elle aussi

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Ven 15 Juin 2012 02:20 
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Joujoux aux petits cailloux (Round II)


Je concentrai mon regard sur le visage de la petite fille, oubliant tout le reste autour de moi. Elle plissa le nez et fronça les sourcils avant de jouer. Je ne pus savoir si cela était bon signe, mais elle joua en tout cas presque instantanément, retirant elle aussi deux pierres.

Il restait donc sept pierres. Je réfléchis un instant puis affichai un grand sourire. Si je ne lui laissais que cinq pierres, j'étais sûr de gagner. En effet, si elle en prenait une, il me suffisait d'en prendre trois. Si elle en prenait, deux, j'en prendrais deux. Et enfin, si elle en prenait trois, j'en prendrais alors une seule. Dans tous les cas, elle serait obligée de prendre la dernière pierre.

Confiant, j'attrapai donc deux pierres et les mis de côté. Puis je regardai de nouveau mon adversaire.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Sam 16 Juin 2012 05:45 
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Intervention gmique de Psylo



Dès que tu pris tes deux pierres, Lily se croisa les bras et prit un air boudeur. Tout comme toi, elle avait apparemment compris que quoi qu'elle fasse ta victoire était assurée.

Jacob qui avait observé la partie depuis le début s'exclama:

"Tu as perdu Lily, tu vas devoir lui donner quelque chose. "

Lily demeura quelque temps silencieuse, puis peu à peu un sourire apparut sur son visage. Elle se décroisa finalement les bras, ramassa ses caillous polis, puis sortit une rune de ses poches et te l'offrit.

Le reste de la journée se passa sans incident majeurs.

Puis vint le temps où Mammy Ray s'arrêta à une ferme pour passer la nuit et aussi faire reposer ses vaillants boeufs.

" Si vous passez la nuit avec nous, nous repartirons dès l'aurore demain !" dit Mammy Ray

"Et bien, nous restons avec vous " dit Fenouil qui ne cessait de lorgner la petite boite métallique


(((J'ai rajouté la rune dans ta fiche )))

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Mar 19 Juin 2012 00:46 
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Le retour de Toal


À peine avais-je ramassé les deux pierres que la petite Lily croisa les bras et bouda un instant. En la voyant ainsi, je regrettai brièvement d'avoir gagné, mais après tout, c'était elle qui avait insisté pour jouer. Et puis, je n'allais pas lui laisser mon bonnet !

Après un petit temps, elle reprit le sourire et me tendit mon gain : une petite pierre gravée semblable à celle que j'avais obtenue à la sortie de la maison des fous, à Kendra-Kâr. Comment ça s'appelait déjà ? Des runes ! Oui, c'est ça ! Celle-ci, contrairement à l'autre était gravée d'une ligne brisée. Le vieux Moboutou m'avait parlé de leur rareté, aussi, je tendais la main timidement tout en remerciant la jeune fille avant de ranger la rune dans une petite poche de mon sac, près de l'autre.

Le reste de la journée s'écoula sans souci. Fenouil et moi ponctuâmes le trajet en chantant quelques chansons et en dansant même parfois, manquant de faire basculer la charrette et les sacs de farine. Après quelques insistances, je finis même par faire une petite démonstration de magie, ce qui ravit les enfants.

Lorsque le crépuscule pointa le bout de son nez, Mammy Ray s'arrêta aux abords d'une ferme pour la nuit. Elle nous convia à passer la nuit avec eux afin que nous partissions ensemble le lendemain. Fenouil, fixant toujours la petite boite en métal qui contenait les douceurs de Mammy Ray, affirma promptement qu'il restait pour la nuit. J'allai en faire de même lorsque j'entendis une voix qui n'avait pas résonné dans ma tête depuis un bon moment :

(PSYLO !! Psylo !)

C'était Toal qui était revenu. J'affichai un grand sourire de soulagement. Il n'avait pas, lui aussi, disparu en fin de compte.

(((Musique)))


(Toal ! Mais où étais-tu passé ?)
(Je ... Je ... Enfin, j'étais allé voir quelque chose ... Je n'avais plus de nouvelles de Hoshi. Tu sais, la faera de Milyah et ... Enfin, Psylo, je suis désolé ...)

Je sentais dans la voix chevrotante de Toal que quelque chose ne tournait pas rond.

(Quoi ? Mais ! Par Moura, dis-moi ce qu'il y a ! J'espère que ...)
(Je suis désolé, Psylo. Milyah est décédée.)
(Je ... Mais comment ? Ce n'est pas possible ! Où est-elle ?)
(Je ne peux pas ... J'ai promis ... Ah ! Par les fluides, ça n'a plus d'importance maintenant. Elle avait vu une affiche qui appelait les aventuriers à prendre le bateau pour combattre un mal qui sévissait dans une mine sur l'autre continent. Elle voulait te protéger tu comprends ? Elle ne voulait pas te mettre en danger, alors elle n'a rien dit. Je ... Je suis désolé.)

Tandis que Toal m'annonçait plus clairement les circonstances de la mort de Milyah, de lourdes et chaudes larmes avaient perlé de mes yeux et coulaient maintenant le long de mes joues sans que je ne puisse les en empêcher.

(Mais ... Pourquoi, tu ne m'as ... Rah ! Mais ce n'est pas possible, non ! Je n'y crois pas, tu mens ! TU MENS !)
(Calme-toi, tu n'y peux plus rien. Encore une fois, je suis désolé.)
(Non ... Milyah ...)

Je restai un moment silencieux, faisant défiler dans mon esprit le visage de la jeune et fougueuse Ynorienne. Les yeux rivés sur mes pieds, je sentais pourtant tous les regards braqués sur moi. Le reste de la petite troupe ne devait pas comprendre ce qu'il se passait, mais je n'en avais que faire. Je rompis le silence au bout de quelques minutes.

(Je dois aller à Oranan, je dois prévenir sa famille.)
(Tu n'es pas obligé, tu sais ...)
(Si, c'est mon devoir. Elle le méritait. Tu saurais me guider jusqu'à eux ?)
(Je ne sais pas si c'est ...)
(Arrête ça ! J'irais ! Avec ton aide ou sans, il faut te faire à l'idée. Tu m'aides oui ou non !?)
(D'accord, je demanderai à Hoshi si elle peut me dire où se trouvent ses parents.)
(Très bien.)

Je séchai alors mes larmes d'un revers de la manche et levai la tête en direction de Mammy Ray.

"Je suis désolé, mais je ne vais pas pouvoir continuer avec vous. Un ... Un imprévu. Je dois partir." dis-je d'une voix cassée. Puis je me tournai vers Fenouil pour ajouter : "Reste avec eux pour le reste du voyage. Tu seras plus en sécurité. Je te souhaite bonne chance pour retrouver ton amie. Merci pour ce bout de route Fenouil. J'espère qu'on se retrouvera un jour."

Sur ces mots, je descendis de la charrette et continuai à pieds le long de la route, sans m'arrêter ni regarder derrière moi. Mes yeux avaient recommencé à pleurer.

> La forêt des faeras

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Mer 15 Aoû 2012 23:50 
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Tels les vents du levant, nous filions dans la plaine vers la cité de Rana. Nos chevaux trottaient à bon rythme et il ne fallut qu’une petite heure pour que notre sentier à travers champs ne rejoignît la route descendant d’Oranan pour rejoindre le pays kendran.

Je m’habituais peu à peu aux longs voyages à cheval, mais les blessures de la veille étaient encore sensibles et les mouvements répétés meurtrissaient mes chairs encore trop fraîchement ravivées par la potion de soin. Mon flanc, dont la blessure profonde n’avait pas entièrement cicatrisée, me tiraillait et la partie superficielle de la plaie s’était rouverte. En essayant de fermer la coupure avec ma magie, je dus faire face à une sacrée désillusion. J’avais du mal à manipuler mes fluides, et le froid que j’infusais pour rattacher les bordures de peau écorchait ceux-ci au lieu de les unir solidement. En sentant poindre la douleur, j’arrêtais aussitôt et massais mon côté pour atténuer la morsure du froid.

(Mes soins de gel ne fonctionnent plus ! Kristal avait raison, certains sorts ont été balayés par Brytha… Sans moyen de me guérir, je vais devoir faire d’autant plus attention lors des combats.)

Rageant contre cette déesse lointaine, je fulminais jusqu’au soir et restais sombre. A la tombée de la nuit, nous nous arrêtâmes au niveau d’une ferme isolée en pleine campagne. En l’échange de quelques yus, les habitants nous offrirent un repas et nous permirent de dormir sur place. Après avoir pris soin de Pynoa en vérifiant ses sabots et le brossant pour chasser la poussière de la journée. Je me couchais dans un coin de l’écurie, dans le moelleux tout relatif d’une botte de foin. J’aurais aimé que Kristal revienne, mais elle ne devait pas avoir finit. Il n’empêchait qu’entre l’affaiblissement de ma magie et le départ en urgence de Cromax, je me sentais bien seul.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Dim 19 Aoû 2012 23:11 
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Les jours suivants du voyage furent calmes. Bien plus calmes que le trajet vers le palais de Grantier ! Nous suivions la grande route et aucune attaque de pillards ou de monstres ne vint perturber notre cavalcade paisible. Après l’embuscade segtek et l’assaut de la forteresse, j’étais soulagé d’avoir enfin ce calme et j’en profitais pour rêvasser ou discuter mentalement avec Kristal du haut de ma selle. Car Kristal était revenu le lendemain matin, la tête remplie d’histoires et d’informations qu’elle ne tarda pas à partager avec moi.

Elle confirma donc l’ensemble des déductions que nous avions eu lors du repas au palais. Brytha et son armée était apparue sur un lac près de Yarthiss. Ses pouvoirs étaient encore méconnus, mais en conjuguant les modifications faites dans les fluides et son absence d’affinité élémentaire, les elfes dorés et les dieux lui suspectaient une magie « neutre » pouvant toucher l’esprit. L’impact de sa présence sur la magie est irréversible, à moins qu’elle ne se retire de ce monde, ce qu’elle ne ferait pas volontairement avant d’avoir, selon ses dires, « rétabli l’ordre et l’équilibre dans ce monde en perdition ». L’autre solution serait de l’en chasser, mais affronter un dieu est plus que difficile, surtout lorsqu’une armée l’entoure. L’idée que les dieux de Yuimen descendent de Nyr pour s’en occuper, mais elle a vite été écartée. Kristal m’expliqua, non sans une certaine impatience, que leur retour sur terre apporterait un chaos aussi important et briserait les règles qui protégeaient Yuimen d’interférences abusives. L’exemple de ma faera m’éclaircit la situation assez brutalement : En supposant qu’ils agissent, que Brytha soit boutée hors de chez nous, qu’au passage Oaxaca soit vaincu et que nous survivions aux bouleversements provoqués par tout ça, nos dieux oseraient s’affranchir des règles sans vergogne et, « par exemple », chacun oserait faire des incursions sur Yuimen pour supprimer toute personne manifestant des pouvoirs de l’élément opposé au sien. Après m’avoir bien fait trembler à cette pensée, Kristal continua à me narrer la situation. Certains prêcheurs, émissaires de la déesse ailée, avaient déjà rejoint les villes proches sur Imiftil pour répandre leur foi. Il est encore trop tôt pour déterminer l’impact sur les populations, mais il était certain, d’après des érudits ermansis qui en dissertaient ensemble, qu’une part de la population allait se rallier à sa cause et voir en elle la sauveuse qui les délivrer de leurs soucis et des armées sombres qui déferlaient depuis quelques années.

Inspiré par les conclusions faites avec Cromax et Oryash, je voyais d’un mauvais œil ces prédictions de conversion massive. A mon grand étonnement, Kristal annonça que les avis divergeaient beaucoup. Certains sages partageaient cette idée d’ordre tandis que d’autres pensaient que le monde ne serait que l’ombre de lui-même sous le joug de cet ordre, vie fantoche et sans saveurs. Ceux-là avaient pour eux l’argument de la brutalité de la déesse dans sa démarche d’invasion, mais les débats restaient vifs. Après de longues discussions avec ma chère faera, je penchais plus dans la seconde opinion, même si je n’avais pas les connaissances nécessaires pour en comprendre les tenants et aboutissants. Je sentais surtout une nouvelle menace planant au-dessus de nos têtes, quelqu’un cherchant à nous contrôler.

Dans les rares discussions de groupe au gré d’un repas ou d’un campement, je n’abordais pas mes nouvelles informations, gardant pour moi les tribulations célestes que l’on m’avait rapporté.

Kristal m’avait apporté un peu plus de précisions aussi sur les changements dans la magie et plus précisément dans celle que je contrôlais. Outre ma magie curative dont j’avais pu tester l’impuissance récente, je souffrais de quelques autres défaillances. Désormais, mes protections de glace ne pouvaient plus parer que la magie, me laissant vulnérable aux épées, et il m’allait être impossible de connecter à l’esprit guerrier des yétis et de me transformer à moitié en l’un d’eux. Cette nouvelle me contraria pendant une bonne journée de route et j’affichai une grise mine. J’avais du mal à digérer cette injustice, cette irruption de déesse dans ma vie qui me privait de mes pouvoirs. Je maudissais par tous les tourments de l’enfer cette fichue Brytha pendant des heures.

Je finis par me raisonner et accepter la situation, mais cela avait achevé de planter la graine de la rébellion face à cette pseudo-autorité nouvelle. Quand les prêcheurs viendront à moi, j’aurais du répondant.

Pendant le reste du voyage, j’évitais de trop penser à cet événement, ne pouvant rien y faire. Je profitais donc du grand air et du soleil pour passer quelques jours agréables avec Kristal. Sa présence m’avait terriblement manqué pendant un an, me laissant un vide. Elle était comme une partie de moi, dont la présence retrouvée faisait de moi un être entier à nouveau. Alors je profitais de chaque instant auprès d’elle avec délectation.

Même si elle avait surveillé mes faits et gestes de loin, elle était ravie que je lui contasse mes exploits et mes aventures. Elle eut même le culot de me demander des détails sur ma relation avec Cromax. Tout offusqué que j’étais, je refusais d’y répondre, mais je ne pouvais empêcher de raviver des souvenirs et ma faera eut la malice d’en percevoir les images. Après avoir joué que j’étais fâché de son audace, j’exigeais des histoires de sa part et elle partagea avec moi quelques légendes et aventures qu’elle avait vécu avec ses anciens maîtres ou que des amies faeras lui avait narrées, tel que l’aventurier qui combattait les goules à coup de mottes de boue ou une étrange histoire de pluie bovine sur une île de l’archipel du Naora… Tant d’histoires surprenantes que je peinais à croire, mais qui me divertissaient. J’oubliais un peu Brytha et profitais un peu plus du trajet agréable.

Au bout de 5 jours de cheval, je n’étais pas mécontent de voir au loin les murailles de Kendra-Kar s’assombrissant dans la tombée de la nuit. Nous étions bientôt au temple et j’allais bientôt revoir Cromax.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Mar 21 Aoû 2012 03:40 
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<-- au palais de Grantier du Chevalier de la Rose

Ce sentier de terre bien tapé ne prit tout au plus qu’une heure à traverser. Ceci fait, nous rejoignîmes la route d’Oranan, nous menant vers le pays kendran. Nous poursuivîmes ainsi notre trajet en silence, conservant un bon rythme, grignotant sans nous arrêter un morceau de pain ou de viande séchée lorsque notre ventre réclamait pitance. Lorsque le soleil acheva sa course et qu’il fit trop sombre pour poursuivre notre route, Lillith s’arrêta près d’une ferme isolée en campagne. Nous l’imitâmes. Les habitants n’étaient pas riches, mais pas davantage au seuil de la pauvreté. Le père de famille, un colosse d’âge mûr, au regard méfiant, nous accueillit et accepta au prix de quelques yus chacun de nous fournir de la nourriture et le gîte pour la nuit. Le repas modeste, mais de bon goût nous fut servi par une brunette aux yeux bleus, sûrement l’ainée de la famille. Une jolie demoiselle qui approchait l'âge de prendre mari. Sans surprise, puisque j’étais conscient de ma beauté et de mon charme désarmant, je remarquai qu’elle ne pouvait s’empêcher de m’observer tout le long du repas. À la fin de celui-ci où quelques mots polis avaient été échangés, je partis ainsi que mes amis à l’écurie, guidé par le père de la maisonnée. Tout comme mes compagnons de route, je brossai ma Bella, vérifia son état, puis ramassa ma couverture et me couchai dans un coin de l’écurie sur un tas de paille. Épuisé de la journée de chevauchée ainsi que de ma précédente nuit trop courte, je m’endormis aussitôt.

Je sommeillais depuis un bon moment lorsque je sentis un corps féminin, nu de surcroit, se blottir tout contre moi. Ce contact fut délicieux, mais je gardai tout de même mes yeux fermés et sans dire mot, de ma main je collai la dame tout contre moi. Je souris à l’idée qu'Oyrash, contente de son expérience de la veille, retournait à mes côtés une seconde nuit d’affilée. N’étant qu’à moitié réveillé, je me rendormis rapidement, ce qui ne déplut pas à ma compagne qui ne semblait désirer davantage que mon contact. À mon réveil, tel ne fut pas ma surprise de constater que la femme qui m’avait rejoint dans l’écurie n’était nulle autre que la fille du fermier.

Sans préambule, je me levai aussitôt. Bien que très flatté de l’accueil de la jeune personne, je ne voulais pour autant goûter aux poings de son père. Au désespoir de la belle brunette, je rangeai à la hâte mes affaires puis sella ma jument. Je volai un baiser au passage à belle demoiselle, puis sortis de l’écurie rejoindre les autres amants qui n’attendaient plus que moi.

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Dernière édition par Mathis le Mer 22 Aoû 2012 00:02, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Mar 21 Aoû 2012 23:38 
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Si le trajet de l’aller fut parsemé d’embûches, celui du retour s’en trouva exempt d’incident. Un autre que moi l’aurait peut-être trouvé ennuyant, mais pour ma part, je profitais de la balade pour observer le paysage, pour me plonger dans mes pensées, et aussi pour chantonner de ma belle voix de ténor. J’étais heureux, la compagnie des autres me satisfaisait et la solitude désormais n’était plus ma compagne.

De temps à autre, je voyais l’animal sauvage qui suivait discrètement Oyrash, mais je n’en fis aucun cas, c’était cette même bestiole qui avait fait fuir les loups, préservant ainsi la précieuse vie de nos chevaux.

La route avec mes camarades fut plutôt silencieuse, ponctuée de quelques discussions lors des repas. Même dans le silence j’appréciais leur présence et j’en oubliais presque notre destination.

Ma dernière nuit fut pénible puisque le sommeil tardait à venir. Nous approchions Kendra Kâr et j'anticipais mon retour dans cette cité. Lorsqu’enfin je m’endormis, ce fut pour faire d’affreux cauchemars. Dans l’un de ces mauvais rêves, je venais tout juste de franchir les portes de Kendra Kâr que j’aperçus une dame près d’un étal de fruits. Je crus reconnaître mon ancienne amie et me précipitai vers elle tout en criant son nom.

« Angélie ! »

Elle se retourna aussitôt et je fus pris d’une vision d’horreur. Ses traits fins étaient émaciés, sa joue tuméfiée, ses cheveux mêlés, ses yeux rougis d’avoir trop pleuré. Une larme coula sur mon visage et sans lui en demander la permission, je la pris dans mes bras, et la serra tendrement contre moi.

« Qu’est-ce qui t’est arrivée ? Qui t’a maltraité ainsi ? Ton mari ne te défend pas ? »

Aucune réponse ne me parvint, mais après un petit moment je compris la signification de ce silence. Le rustre qui la maltraitait n’était nul autre que son époux. Pris par une colère intense, je l’éloignai un peu de moi afin de la regarder dans les yeux.
« Le salaud, il va payer pour ce qu’il t’a fait ! »

De ses yeux tristes, elle me supplia :

« Non, ne fais rien, je ne veux pas qu’il se venge sur moi, mais surtout qu’il s’en prenne à lui. »
Ce disant, elle avait mis la main sur son ventre arrondi et malgré l’ampleur de sa robe défraichie, je compris qu’elle était enceinte.

J’allais de nouveau la prendre dans mes bras, lorsque dans mon dos, une joyeuse voix féminine, celle d’Angélie précisément, m’interpella :

« Mathis, c’est bien toi ? »

Je me retournai vivement pour voir de nouveau Angélie. Mais la vision de la pauvre femme s’était évanouie, j’avais à présent devant moi une femme épanouie, les yeux rieurs, les cheveux bien coiffés, vêtue d’une riche robe et tenant la main à un homme bien habillé et aux petits soins pour sa tendre aimée.

« Vous vous trompez sûrement madame, je me prénomme Crolith » mentis-je

C’était avec peine que j’avais articulé ces mots. Une fois de plus, l’émotion me submergeait. Étrangement, la vision d’une Angelie aussi resplendissante m’était très douloureuse. Non pas que je désirais son malheur, loin de là. Cependant, c’était à moi que revenait ce rôle, c’était moi qui devait être le responsable de ce sourire qui resplendissait son visage, moi et nul autre. Blessé au plus profond de mon cœur, j’agis en lâche en lui cachant mon identité et en lui déclinant le nom d’un autre. En fait, ce nom fictif n’était qu’une curieuse union entre les noms de deux des Amants de la rose sombre. Mon regard ne pouvait se détacher de la belle, la sueur perlait mon front, et bien que personne ne m’attaqua, le sang se mit à couler de mon cœur meurtri et tout doucement je m’affaissai à l'agonie.

C’est à ce moment précis que je me réveillai. Tout en sueur, je repoussai ma couverture et allai me réfugier près du feu. Je demeurai à cet endroit toute la nuit, combattant le sommeil, de peur de rêver de nouveau à Angélie.


Le matin de la cinquième journée, je ne me sentais pas bien, toujours secoué par le rêve de la veille. Je me gardai bien d'en parler à mes compagnons de route. Or, j'étirai le plus possible le moment du départ. Tranquillement, je ramassai mes affaires. Je fus le dernier à monter en selle, et je restai à la queue de notre petit convoi.

Cette journée fut trop courte, trop rapidement nous approchions de la cité blanche. Et c’est à la tombée de la nuit que nous vîmes les portes de Kendra Kâr à mon grand désespoir.

--> les grandes portes de Kendra Kâr

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Dernière édition par Mathis le Ven 19 Juil 2013 00:41, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Oranan
MessagePosté: Ven 24 Aoû 2012 11:03 
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La solitude, la liberté, l’ivresse de vivre… Voilà par trop longtemps que je n’ai pu réellement profiter de ces sensations, de ce sentiment de plénitude. Hors des chemins tracés, sur les plaines, dans les monts et les forêts, je chevauche à toute allure. Je lance Lune au grand galop, le laissant libre lui aussi d’aller à la vitesse qui lui sied. Je sais mon étalon avide de vitesse, de courses effrénées, et je lui offre cette occasion. Avec lui, je me laisse emporter par le vent, par les paysages que nous traversons.

Et pourtant, mon cœur est lourd, et mes pensées sombres et inquiètes. Depuis mon départ du Palais de la Roseraie de Soie, je n’ai reçu aucune nouvelle de Lysis, pas même un petit message avenant, provocateur, moralisateur… rien. Aucune nouvelle d’elle. C’est la raison pour laquelle je me suis isolé des autres pour ce retour. C’est la raison pour laquelle je file au plus vite vers Kendra Kâr. Car j’ai besoin des conseils et avis de Pulinn…

Les nuits sont courtes, et je ne me repose que pour laisser récupérer Lune de sa cavalcade effrénée. Mes repas sont maigres, et je ne subsiste que des quelques pains secs et rudes que j’adoucis à l’eau pour qu’ils soient mangeables, que j’ai gardé du Palais en partant en toute hâte.

Cette fois, sur mon trajet, nul ennemi, nulle aventure à narrer, nul autre souci que ces pensées mauvaises sur le devenir de ma faera, et sur l’implication de cette apparition grise et argentée… Brytha, cette déesse implacable, cette entité puissante et pourtant presque irréelle… Je n’ai même pas compté les jours, et ce n’est que lorsque j’aperçois les hautes murailles blanches que je sais que je suis arrivé à destination. Nulle pause, nul arrêt en auberge ou en taverne, je dois directement rejoindre le Temple des Plaisirs.

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