Chapitre neuvième: Onirisme?
Je vois une terre, enchanteresse, couverte de végétation luxuriante d'un vert éclatant qui se fond dans le bleu profond d'océans qui me paraissent sans fin. Ici et là, des cités d'argent percent la canopée de leurs flèches harmonieuses, entre lesquelles virevoltent des oiseaux qui semblent nimbés d'or liquide lorsque le soleil se reflète sur eux. Je m'approche. Ce ne sont pas des oiseaux, mais des véhicules volants qui m'évoquent ceux que je connais, aynores et cynores, mais ceux là sont infiniment plus purs dans leurs formes élancées, plus maniables aussi pour ce que je peux en juger. Je m'approche encore, jusqu'à survoler l'une des cités. Elle est immense, et pourtant elle paraît faire partie intégrante de la nature, épousant collines et vallons de ses innombrables terrasses de pierre blanche, de ses somptueuses bâtisses parées de colonnades aux proportions idéales. Toute une foule déambule dans les rues dont la moindre est pavée de grandes dalles soigneusement ajustées, les gens ne semblent pas pressés, je ne distingue aucune tension, pas d'altercations, tout ici témoigne d'une harmonie plurimillénaire.
Quelques temples invraisemblables de beauté se devinent, ils culminent sur les plus hauts sommets et mêlent courbes et droites qui s'épousent sans jamais se contrarier. Je ne connais pas le matériau qui les constitue, il ressemble à une sorte de cristal éthéré qui change de teinte et de texture en fonction de l'éclairage, je ne peux que rester bouche bée devant ce spectacle lumineux grandiose. Chaque temple a la forme d'un cercle parfait, son périmètre est divisé également par douze tours incroyablement hautes qui entourent un dôme central hémisphérique. J'aperçois d'étranges arabesques sombres qui dessinent d'incompréhensibles ellipses, elles semblent incrustées dans la masse et se déplacer au gré, encore, de la lumière à l'intérieur même de la matière. Plus près encore, je suis maintenant sur une grande place située devant un des temples. J'ai le sentiment confus que celui-là est le plus important, le premier, et je perçois vaguement que toute la cité, toutes les cités, sont agencées selon un plan extrêmement précis d'après ce lieu. Le savoir nécessaire à une telle réalisation m'échappe totalement, mais je pressens quand même qu'il doit être immense, quasiment divin. Autour de moi, des centaines de Sindeldi vaquent à leurs occupations, tous ceux qui passent près de moi s'inclinent avec une grâce naturelle qui révèle qu'aucune forme de contrainte ne les y oblige. Je ne comprends pas pourquoi ils font cela, je leur réponds d'un hochement de tête, d'un sourire, de quelques mots aimables. Quelque chose me trouble obscurément, mais je n'y prête pas attention. J'observe ce peuple qui est le mien, et à les voir si nobles et si beaux, parés de fins tissus aux couleurs chatoyantes et de bijoux dont le moindre est une œuvre d'art remarquable, j'éprouve une fierté sans bornes. Nous sommes les Enfants de Sithi, nul être en ce monde ne nous surpasse, nul ne le peut, ne le pourra, ni maintenant ni jamais. Nous sommes les Élus de la Déesse, depuis notre création et jusqu'à la fin des temps.
J'avance vers la grande porte du temple, dédié à Sithi bien évidemment, deux gardes veillent, droits et fiers, magnifiques dans leurs armures rutilantes de mithril, chacun porte aux hanches deux épées du même métal et à la main une sorte de hallebarde dont le fer dessine un croissant de lune. Ils s'écartent pour me laisser passer en rectifiant la position, je franchis l'huis gigantesque de bois sombre qui n'est jamais fermé, j'entre dans la nef la plus colossale qu'il m'ait été donné de voir. Le plafond laisse passer la lumière en transparence, il est si élevé qu'il semble défier les lois de la pesanteur, je découvre avec ravissement que la totalité de l'intérieur est recouverte de fresques sculptées à même la pierre avec un talent si grand qu'elles semblent vivantes. Devant moi, au centre exact de la salle, se trouve une sorte d'autel circulaire d'une douzaine de mètres de diamètre taillé dans un unique bloc de cristal plus noir que le jais et, quelques mètres en dessus, flotte dans les airs une surprenante sphère miroitante, sorte de lune miniature de deux ou trois mètres de diamètre. Autour de l'autel, cinq Sindeldi se tiennent, tous tournent la tête en ma direction lorsque je m'avance vers eux, pour la première fois je sens dans l'air une discrète tension. Trois de ces êtres sont des prêtres de Sithi, tous trois masculins, âgés et munis des symboles de leur charge: une épée légèrement courbe somptueuse d'un blanc pur dont la garde est sertie de douze gemmes noires taillées pour représenter les différentes phases de la lune, et l'orbe opalescent rayonnant de pouvoir qui symbolise qu'ils ont atteint l'équilibre dans leur maîtrise des fluides. Ils sont vêtus de toges blanches brodées de signes ésotériques en fil d'argent et d'or. Les deux autres sont des guerriers, ou plus exactement, un guerrier et une guerrière. L'homme est de haute taille, il dégage une impression de puissance physique contenue impressionnante, renforcée encore par la superbe armure de plates argentée qu'il porte, aussi finement ornementée que l'est l'intérieur du temple. Sa chevelure est noire, longue et dénouée, il ne porte pas de casque mais dans son dos est fixée une extraordinaire épée à deux mains qui doit avoisiner sa taille, ses hanches sont ceintes de deux haches de guerre à double tranchants évoquant eux aussi des croissants de lune. Son visage est altier, fin et racé, son regard est d'un bleu polaire, pénétrant et assuré jusqu'à l'arrogance. La femme, elle, est tout d'abord remarquable par une beauté susceptible de pousser le plus talentueux poète à se reconvertir en mendiant, faute d'avoir la moindre chance de capturer ne serait-ce qu'une bribe de sa grâce dans un vers. Ses longs cheveux sont d'or pâle, ils semblent avoir capturé le plus sublime éclat d'une pleine lune et sont retenus par un diadème de jade sculpté en forme de fougères. Si sa chevelure parait avoir capturé la lune, ses yeux de jais sont littéralement et paradoxalement solaires, qui se risquerait à y plonger s'y brûlerait assurément l'âme. Elle est vêtue d'une armure souple d'écailles bleues, d'un pantalon noir en daim et de hautes et souples bottes renforcées de plaques d'un métal noir. Deux longs sabres aux lames étroites et dont les gardes en forme de coquilles sont ciselées d'exquise manière parent ses hanches ensorcelantes, un arc à double courbure d'un bois très clair ainsi qu'un carquois plein, tous deux accrochés dans son dos, complètent son équipement. Elle me dévisage, une moue imperceptiblement moqueuse ourlant ses lèvres à damner n'importe quel saint, je me sens lui retourner un sourire complice, intimement troublé bien sûr, mais qui ne le serait pas? Un signe étrange de la main au guerrier, un simple hochement de tête à l'adresse des prêtres, puis...
Le point de vue change subitement. Je voudrais hurler de dépit, mais aucun son ne sort de ma bouche. Je me trouve assez haut au-dessus du groupe de...six personnes. Le sixième étant...mon père?! Non, en y regardant mieux il lui ressemble, ses cheveux sont semblables, argentés et lui arrivant aux omoplates, mais la manière qu'il a de se mouvoir n'est pas celle de mon géniteur. Ses gestes sont soigneusement mesurés, épurés à l'extrême de gesticulations inutiles bien que, lorsque il lève une main pour désigner la sphère miroitante, ce soit la totalité de son corps qui modifie subtilement sa posture. Il me rappelle mon maître d'une certaine manière, mais ce dernier aurait l'air d'un apprenti de première lune en comparaison. Je ne parviens pas vraiment à définir mon sentiment, mais il émane de ce guerrier une sensation perturbante de...
(ÉQUILIBRE!)Oui, c'est ça! Son équilibre est simplement parfait. A chaque instant. Il n'est vêtu que d'un pantalon de couleur ocre, probablement du cuir, d'une chemise de soie blanche et de bottes de même matière que son pantalon. Deux épées longues se croisent dans son dos, de métal argenté elles paraissent d'une simplicité extravagante comparées aux armes des autres personnes présentes, aucune décoration, pas le moindre détail superflu. Je croise son regard, brièvement. Je frémis de tout mon être, de toute mon âme. Je n'ai pas la moindre idée de l'origine de la certitude qui m'envahit, mais je suis convaincu que ce Sindel là est plus dangereux que les cinq autres réunis. Je n'entends pas les paroles qu'ils échangent, mais la tension monte, le désaccord semble profond. Au bout de quelques instants, l'un des prêtres fait mine de dégainer son épée, mais l'un de ses collègues intervient en bloquant son poignet d'un geste brusque. Le guerrier qui ressemble à mon père secoue lentement la tête, puis après un bref signe aux deux autres combattants se détourne et quitte la salle, aussitôt suivi par la femme et l'autre guerrier qui ne prennent pas même la peine de saluer les prêtres visiblement inquiets.
Le décor change brutalement. Je suis au même endroit mais les murs du temple ont été abattus, ce qui fait que je vois la cité merveilleuse maintenant en flammes, une bonne moitié des bâtiments sont effondrés et l'harmonie ressentie plus tôt n'est désormais plus qu'un lointain souvenir. La sphère miroitante est toujours à sa place, mais elle semble vaciller par instant, zébrée d'éclairs tantôt obscurs tantôt lumineux. Je sens bien que quelque chose de terrible est en train de se passer, mais je n'y comprends rien, je me sens trop profondément choqué pour réfléchir posément. Je me tourne pour examiner plus largement les alentours, et je découvre une sorte de...porte, gigantesque, qui se dresse dans le fond de ce qui fut la nef centrale du temple. J'hésite sur le mot "porte" parce que cela ne ressemble à rien de ce que je connais, c'est une sorte d'espace chatoyant en demi-cercle dont l'usage m'échapperait totalement si une véritable marée Sindeldi n'était en train de tenter de s'y engouffrer, des fugitifs certainement au vu du barda qu'ils trimballent et du désarroi qui se lit sur tous les visages. Plusieurs centaines de prêtres, armes au clair, interdisent l'accès à ce qui semble être la seule issue de secours et tentent parallèlement de conserver un peu d'ordre en encadrant ce qui évoque fortement un exode, mais la cohue est totale et nombre de Sindeldi sont piétinés sans que nul n'y puisse rien. Les prêtres cèdent comme un barrage qui rompt, la scène est irréelle et semble se dérouler au ralenti: un, puis deux, dix, cent, ils fuient, écrasant les leurs pour se frayer un passage jusqu'à la porte qu'ils franchissent les premiers! Je me détourne, effaré, cherchant quelque chose, n'importe quoi, qui me donne un semblant d'explication à cette folie. Je vois les extraordinaires engins volants qui amènent en une ronde insensée de nouveaux fuyards, certains s'abiment et s'écrasent en tentant d'atterrir ou de s'éloigner, ajoutant au chaos ambiant. Je panique soudain, abasourdi, il faisait nuit voilà une seconde, et c'est maintenant le jour! Comme ça, sans la moindre transition. Le bon côté de la chose, si bon côté il y a, c'est que je distingue nettement mieux ce qui se passe. Remarquez, je m'en serais passé, réflexion faite. Comment appréhender l'impossible? Comment décrire l'indescriptible?
(CHAOS)C'est certainement le concept le plus approchant, encore que mon esprit peine à imager vraiment ce désordre absolu. Je m'élève dans les airs, ce qui me permet une espèce de détachement totalement paradoxal puisque je me sens en même temps intrinsèquement lié aux événements qui se déroulent. C'est une guerre, mais une guerre dont l'absurdité n'a d'égale que l'horreur. La forêt semble prise de démence, certains végétaux sont dépouillés de toute verdure comme en plein hiver, j'aperçois d'ailleurs au loin une tempête de neige et de glace effroyable. Juste à côté, les arbres bourgeonnent follement, soumis à une pluie printanière, à quelques kilomètres la sylve se racornit sous un soleil de plomb! L'océan est recouvert par endroits d'une épaisse banquise, à d'autres il semble en ébullition, j'aperçois même un volcan qui jaillit des fonds marins et explose en projetant dans les airs un vaste panache de fumée grisâtre! La foudre s'abat soudainement dans un fracas de fin du monde sur une colline proche, mais au-dessus de cette dernière le ciel est d'un bleu limpide! Je suis des yeux un aynore qui s'écrase, mon coeur semble pris dans un étau implacable lorsque je réalise qu'il se fracasse au beau milieu d'une armée des miens! Je vois des soldats en flammes tenter de fuir la zone du crash, d'autres semblent aux prises avec des espèces de nuées obscures qui les balayent comme fétus de paille, la panique gagne les Sindeldi qui partent en déroute, mais les ennemis impitoyables les fauchent par dizaines! Je sens les larmes qui ruissellent sur mes joues, mais je n'ai pas la force de les essuyer, encore moins de les faire cesser. Mon peuple est en train de se faire anéantir! Je voudrais agir, peu importe comment si j'avais la moindre chance de pouvoir faire quelque chose, mais pour une raison qui me dépasse totalement je suis incapable d'esquisser le moindre geste et cela me dévore l'âme! Je ne peux plus supporter de voir cela, je ne peux plus!
Une angoisse mortelle s'abat sur moi, à l'instant exact où le jour dément est remplacé par une obscurité absolue, un peu comme celle qu'on peut trouver dans un profond souterrain hermétiquement clos. J'entends un million de voix qui hurlent leur terreur abjecte, puis cela cède place à de lugubres lamentations, à des suppliques désespérées! Le nom de Sithi revient encore et encore, mais cette évocation qui d'habitude me réconforte me glace jusqu'à la moelle des os! Mes convictions les plus ancrées vacillent, quelque chose de capital vient de se produire et je n'ai pas la moindre bribe d'explication en vue, par la Déesse que s'est-il passé?!
(PARTIE!)Non! NON! NOOOOOONNNNNNN!!!!
(VOIS!)Et je vois à nouveau. Oh, pas grand chose, ou du moins, pas bien loin. Je vois un millier de Sindeldi qui forment dans l'obscurité un mince et improbable cordon autour des fuyards. Plus exactement, je les devine, parce que ma vision...
(OUI!)...n'a strictement rien en commun avec ce sens au...sens où nous l'entendons. (Remarquez l'aspect chaotique de cette dernière phrase, c'est peut-être la plus sensée de toute cette histoire.) Il serait donc peut-être plus exact de dire que je perçois les Sindeldi, d'une manière que je ne peux expliquer. Le plus approchant qui me vient à l'esprit c'est cet étrange phénomène qui veut que, les yeux fermés, on soit capable malgré tout de discerner les lumières fortes et les ombres qui les occultent. Mais cela reste une approximation, il n'y a pas de mots dans notre langue à ma connaissance pour décrire cela avec exactitude. Toujours est-il que je perçois ce millier de Sindeldi qui lutte contre...contre quoi? Les ténèbres? Le Chaos? L'anéantissement pur et simple? Je ne sais pas, mais ils combattent, et ils combattent avec un art époustouflant! C'est une véritable chorégraphie, une danse impensable qui tranche avec tout le reste si totalement que c'en est absurde! L'ordre au sein du chaos, l'équilibre au sein du déséquilibre, la lumière dans les ténèbres, pareille à la flamme d'une bougie qui se révèle soudain alors qu'on erre depuis une éternité sans lueur dans une mine naine! Une minuscule bribe d'espoir dans un abysse de désespoir! Émerveillé, je bois de tout mon être cette perception, et je réalise enfin que cette danse s'articule autour de trois êtres, ces trois guerriers que j'ai aperçu plus tôt dans le temple! La femme se tient un peu en retrait des deux autres, qui semblent se multiplier pour soutenir le cordon défensif partout où il risque de lâcher tels des acrobates de génie. Malgré cela les pertes sont excessives, insupportables, je ne perçois de ce qui les assaille qu'une vague impression de malignité atrocement démente, mais quelle que soit la nature de cet ennemi, il est terrifiant et incroyablement létal!
Quelques instants passent, est-ce des minutes qui s'écoulent, des heures? Je n'en ai pas la moindre notion, mais aussi, que peut bien signifier encore le temps dans un tel environnement? Les derniers fugitifs sont en train de passer la porte, il ne reste plus qu'une vingtaine de défenseurs, dont les trois principaux qui conservent leurs rôles, inflexibles. Je m'attarde un instant sur la femme, sans doute parce que s'il faut avoir une dernière vision...
(OUI!)...avant de disparaître, eh bien un être quel qu'il soit peut trouver en elle le symbole de tout ce qui est beau dans l'existence. Mes pensées hoquètent subitement, manquant un tour de manège si j'ose m'exprimer ainsi. Je réalise soudain un détail ahurissant: cette Sindel...je la VOIS! Au sens premier du terme! Tout le reste, absolument tout, relève de cette perception évoquée plus tôt, mais pas elle! J'ai une intuition si nette qu'elle prend des allures de révélation: elle est fille de Sithi! Une demi-déesse, fruit de l'union de notre Créatrice et d'un Sindel! C'est son pouvoir, sa force, son essence qui permet aux autres guerriers de lutter encore dans ce chaos, c'est elle qui maintient la cohésion de ces maîtres danseurs...
(D'OPALE!)...Ils ne sont plus que deux à combattre, en sus de la guerrière toujours en retrait, leurs gestes sont une apothéose des arts martiaux, ils subliment mes rêves les plus fous, mais engendrent aussi en moi une insondable tristesse que je ne m'explique pas vraiment car elle est en quelque sorte distincte de tout ce qui vient de se passer. Le guerrier à l'armure succombe à son tour, la guerrière porte lentement une main à son diadème, l'enlève et le projette au sol où il se brise, répandant une lueur vert pâle qui me permet de voir à nouveau normalement quelques instants. Je m'aperçois qu'il ne reste qu'un unique fugitif, un jeune enfant, qui s'est arrêté juste avant de passer la porte et s'est retourné, regardant avec un désespoir si profond qu'il en est physiquement palpable le couple de combattants. Le temps semble se figer brièvement, du moins je le ressens ainsi. Le Sindel rompt le combat de manière totalement chaotique, pour faire face à la femme. Il lui sourit avec une sérénité qui me laisse pantois, elle lui répond de même et j'ai l'impression que mon coeur va éclater dans ma poitrine tant ce que j'y devine est de pure beauté. Elle incline doucement le visage, il porte une main à son coeur puis se retourne pour reprendre la lutte comme si rien ne s'était passé. La femme se tourne vers l'enfant, elle lui envoie un baiser du bout des doigts, lui adresse un petit signe d'encouragement pour qu'il franchisse la porte. Je distingue les perles humides qui roulent sur les joues du petit elfe, sa poitrine est agitée de soubresauts tandis qu'il sanglote. Un dernier regard, puis il franchit la porte en courant. La femme dégaine enfin ses lames et les pointe vers la porte. Deux rais de lumière pâles comme des reflets de lune jaillissent de ses armes et s'engouffrent dans le chatoiement de la porte qui parait s'effondrer sur elle-même jusqu'à disparaître totalement. Elle s'en détourne alors et rejoint celui que je sais maintenant être son époux, qui achève son mouvement en venant l'enlacer en un geste infiniment tendre. Leurs lèvres se joignent, et je les sens mourir, ensemble.
J'ignore comment je le sais, mais je quitte ce monde...
(EDEN!)...à cet instant.
Ce n'était qu'un rêve.
J'ouvre les yeux. Il fait nuit, je dérive sur un fleuve de souffrance abyssale, allongé je ne sais où. Au travers d'une fenêtre, je distingue un fin croissant de lune qui brille dans la voûte céleste, auréolé d'une couronne d'étoiles.
Ce n'était qu'un rêve.
Mais je suis heureux que l'obscurité règne: elle dissimule mes larmes.