Depuis le marché. En quittant le marché je me retrouve directement sur la grande place, noir de monde. La plupart des personnes accompagnent des convois de marchandise à travers la ville, d'autres, venant de loin, s'extasient devant le château royal et d'autres encore sont des Gardes de la Milice qui patrouillent ou poursuivent des voleurs à la tire. Je ris, j'en reconnais certains et je sais que les Gardes ne sont pas prêt de les rattraper. Je tourne la tête vers la demeure de notre bon roi. Il est vrai que c'est un beau château. Parfois encore, je passe des journées à le contempler. Il est construit en pierre sombre et clair, créant un étrange contraste qui n'est pas désagréable. La porte est énorme, décorée de sculpture en marbre, au sommet des immenses tours qui le domine danse un drapeau avec l'emblème de la ville.
Je continue ma route, l'air jovial, souriant aux demoiselles qui croisent ma route, déclenchant des rougissements, des gloussements ou des regards courroucés de la part de leurs compagnons. Je passe devant la bise d'Ynorie, magnifique parc où l'on peut se reposer comme nulle part ailleurs en se gavant d'odeur agréable jusqu'à l'explosion. J'évite de justesse un groupe de gamin qui s'y précipite. Je jette un coup d'oeil à l'Horloge d'Ynorie qui trône au sommet d'un manoir de bois blanc au toit bleu ciel. Je passe devant la cour des Duel d'où j'entends les fracas des armes. Je quitte la grande place et la rue se rétrécit, restant tout de même assez grande pour assumer l'immense circulation qui y règne. Que d'agitation sur cette avenue. Des gens qui discutent, qui s'engueulent, qui s'insultent. Deux cochers s'échangent des surnoms peu élogieux sur la taille de leurs sexes pour une histoire de collision. Partout des gens courent, pressent le pas et se bousculent, préoccupés par le temps qui coule et l'argent à gagner. Voilà des notions qui me sont peu importantes. Au milieu de cette fourmilière je dois passer pour un extra-terrestre à marcher ainsi en traînant le pas, prenant le temps d'admirer les bâtiments où les femmes qu'offre cette cité. Je prends même le temps de siffloter à travers le brouhaha un morceau des rues que j'apprécie pour sa jovialité. C'est Méli qui me la chantait quand j'allais mal. Je passe devant l'Auberge de la Tortue Guerrière et me fait interpeller par un barbue à la panse bien pendue. Je lui souris, c'est Gros Bob. Enfin je l'appelle Gros Bob parce qu'il a une corpulence qui ne laisse pas de place au doute sur son péché de gourmandise. Son vrai nom c'est Boberan Ladimus. Mais je préfère Gros Bob. C'est chez lui que je vais quand il me faut vraiment de l'argent. Il ne me le donne pas par générosité, il est seulement très nulle aux cartes et n'a jamais la volonté de refuser une partie. Il est un peu idiot, mais il a la bonne bouille des gens qu'on ne peut s'empêcher d'apprécier. Une touffe de cheveux bruns bouclés, une grosse barbe dissimulant ses multiples mentons, des joues bien gonflés, des yeux ronds, un air inoffensif. Il me menace du doigt en souriant.
"N'oublies pas que tu me dois une revanche aux cartes !""J'oublie pas gros !"Nous rions tous les deux et je le salue d'un hochement de tête avant de continuer ma route. Je bifurque à gauche un peu plus loin avant d'entrer dans le quartier des docks, me dirigeant droit vers une construction imposante au bout de la rue, l'hippodrome. Je traverse les rues plus étroites mais moins peuplés sans encombre pour enfin parvenir devant l'habitation qui m'intéresse. Une maison pas spécialement grande, mais où les décorations qui ornent son entrée montre que le propriétaire a largement de quoi vivre tranquille. Sans plus attendre, je m'avance vers la porte pour annoncer mon arrivée en toquant.
Vers l'habitation