L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Dim 29 Jan 2012 23:14 
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Lorsque je pénétrai dans l'auberge, je fus d'abord frappée par l'ambiance de plomb qu'il y régnait. Et ce n'était pas à cause de la chaleur, bien au contraire. Il y avait pour chauffer cette grande pièce pas moins de trois cheminées dont une centrale assez basse, ce qui accentuait l'impression d'intimité des fauteuils installés par quatuor un peu partout autour.
L'ambiance, c'était la clientèle qui la calfeutrait.
La grande salle baignait dans un silence profond et embarrassant. Et ce n'était pas un groupe de ci de là qui s'était arrêté de parler le temps d'observer le nouvel arrivant par réflexe avant de retourner à leur existence la seconde d'après. Ce fut toute la salle qui se tut, toutes les têtes qui se tournèrent et tous les yeux qui me toisèrent impitoyablement.

L'épidémie avait quasiment vidé l'auberge de ses clients, les voyageurs étaient tellement rares en ville ces derniers jours que chacun avait pu mettre plus d'un mètre d'espace avec autrui.
Et chaque nouvel arrivant avait droit à son analyse médicale à distance. Étais-je une de ces contaminées ? Avais-je de la bave au coin de la bouche, les membres tremblants, le regard vide ? Avais-je perdu l'usage de la parole, ou avais-je une propension à l'auto mutilation ?

- Je ne suis pas malade, dis-je en balayant l'air de ma main pour les inciter à retourner à leur bol de soupe.

Je rejoignis ensuite directement le comptoir et demandai une chambre et insistai sur le fait de pouvoir y prendre un bain.
- Vous souhaitez manger aussi ? Demanda l'aubergiste derrière un grand comptoir qu'il était en train de briquer.
- Non, juste la chambre et le bain.
- Très bien. Il fit signe au jeune homme à coté qui partit sans un mot exécuter l'ordre muet du patron.
Lui revint à moi, la clé de ma chambre pendant à son doigt.
Mais je vais vous demander de retirer votre capuchon mademoiselle. Vous avez l'air normal, mais on est sur de rien en ce moment.

J'obtempérai en silence car tout bien considéré, j'aurais demandé la même chose à un client de la Maison Rouge malgré nos règles plus strictes établies pour faire de ces derniers des rois à qui on n'ordonne rien.

- Grands Dieux, mais qu'est-ce qu'y s'est passé ? S'exclama-t-il soudainement.
J'estimai sa réaction un peu disproportionnée … mais bien malgré moi communicative. Je passai la main sur mon visage de peur que l'étape par la fontaine n'ait fait qu'étaler un peu plus le sang, mais elle resta propre.
- Rien de méchant, mentis-je sur un ton que j'espérai suffisamment rassurant de désinvolture. Notre véhicule a perdu une roue et s'est renversé. C'est la tête qui a prit.
- Et où sont vos collègues ?
- Je n'étais que passagère. Chacun ses soucis. Ils ne m'ont pas accompagné jusqu'ici et je ne les ai pas invités à le faire.
Puis-je avoir ma clé
, continuais-je en posant les Yus sur le comptoir.
- Bien sur, capitula-t-il en me tendant mon dû. Ça sera au deuxième étage, la première porte dans le second couloir à droite.


J'aurais du lui parler de Morlet, mais j'étais lasse, fatiguée et blessée. Je ne me sentais pas la force de rajouter à la première histoire une autre série de mensonges pour savoir où logeait mon compatriote. Et je lui en voulais encore de m'avoir envoyée là bas sans me dire quoi chercher ou ce que je risquais, mais pas assez pour laisser tomber et préférer une autre auberge à celle-ci.
Et à bien y réfléchir, je n'étais même pas en état de réfléchir à ce que je voulais ou ne voulais pas. A part un bain chaud, un lit et une nuit de sommeil.

La porte de ma chambre était entrouverte et j'y entendis les voix des employés venus préparer l'eau du bain. L'entrée s'ouvrait sur un couloir étroit qui donnait sur une pièce spacieuse dont le sol était entièrement recouvert de tapis. Elle était meublée du minimum vital, sans décoration d'aucune sorte ou tapisserie au mur, mais tout y était propre et en bon état. Mais, et c'était là le seul luxe apparent de ma chambre, il y avait une cheminée où flambait déjà un beau feu, et une niche sur le coté avec quelques bûches entreposées. En plus de la cheminée qui irradiait la pièce de chaleur et de lumière, une lampe à pétrole était à disposition sur la table de chevet et le bureau proche de la fenêtre.
La partie adjacente au mur du couloir était une petite salle d'eau où se trouvait un bac assez grand pour m'y allonger. Les employés finirent de tout préparer et me firent part de la chance d'avoir eu une des rares chambres où étaient installées les baignoires avec chauffage de l'eau. En temps normal, dirent-ils, les clients se bousculeraient pour être les premiers à réserver ces chambres, les autres se contentant des robinets ou des bains publics. Plusieurs grosses bougies, posées sur le muret contre la baignoire, plongeaient la pièce dans une lumière intimiste et chaleureuse.

Je les remerciai rapidement et à peine le dernier sortit, je fermai la porte à clé et regagnai la baignoire, délaissant mes vêtements sur tout le chemin.
Il y avait sur le muret plusieurs flacons d'huiles essentielles que j'utilisai sans modération. Les parfums de girofle et de gingembre n'étaient pas les plus raffinés du monde mais je leur connaissais des propriétés tonifiantes et, parait-il, elles soignaient les douleurs musculaires. Je m'immisçai lentement dans l'eau chaude en poussant bien malgré moi des soupirs de soulagement. Je restais assise un moment, après m'être lavée, à faire le tour de mes blessures à la lumière des bougies. La couleur de ma peau au niveau de ma hanche n'était pas belle à voir mais j'avais déjà moins mal et marchais plus facilement, il n'y avait pas lieu de s'inquiéter d'une blessure plus grave. Mes côtes aussi étaient nettement moins sensibles maintenant, j'avais hérité d'une belle ecchymose mais je ne me tordais pas de douleur en y touchant. La coupure récoltée dans le cou était heureusement superficielle et je pus voir dans le miroir qu'elle était déjà refermée.
Ma tête en revanche me faisait encore un mal de chien. Lorsque je remuais trop j'étais prise de vertiges et le bourdonnement dans mes oreilles c'était à peine calmé. Je plongeais ma tête sous l'eau et me lavais les cheveux avec le reste de savon acheté à Oranan, mais même après avoir pu me débarrasser de tout ce sang séché, je n'arrivais pas à voir correctement la plaie sous cette masse.

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Madoka


Dernière édition par Madoka le Dim 18 Mar 2012 17:00, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Dim 29 Jan 2012 23:21 
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- Un coup de main ? Demanda brusquement Morlet à l'entrée de la salle de bain.
Dès le premier mot je sursautai et dérapai à me retrouver de nouveau la tête sous l'eau, ce qui m'empêcha d'éclater de rire en réalisant la vitesse avec laquelle il m'avait rejointe … moi qui me demandais encore il y quelques minutes si je n'aurais pas du faire le nécessaire pour le retrouver.
Je me relevai en glissant de plus bel et lui balançai l'éponge à la tête.
- Bordel Morlet ! Tu peux pas frapper avant d'entrer ?
Mais il ne répondit rien. Il resta immobile et je vis dans son regard un petit quelque chose qui eut raison de la minuscule part d'irritation envers son intrusion. Et la manière dont il se détourna fut plus révélatrice qu'un aveu sincère.

- T'aimes ce que tu vois ? Demandai-je en restant volontairement nue devant lui.
- C'est pas tes seins que je regarde. Répondit Morlet sans conviction.
- Mais oui ! rétorquai-je avec gourmandise.
- C'est ça ! D'un geste il me montra les meurtrissures sur mon corps et je perdis mon assurance à mon tour car cela aussi était sincère.
Un regard en coin sur mon corps nu était compréhensible, un regard lubrique de sa part ne m'aurait même pas étonnée … mais la compassion était tout sauf naturelle chez lui, même s'il ne s'agissait que de remarquer des blessures.
Si les rôles avaient été inversés, si je l'avais envoyé dans cette ruelle en éclaireur sans rien lui dire sur les risques, jamais je n'aurais pris la peine de m'inquiéter de son état de santé s'il était capable de tenir debout … ce qui était le cas.
Je n'étais pas mourante alors quel intérêt pouvait-il avoir sur mon bien-être ?

- C'est rien, lâchais-je sur un ton plus amer que voulu. Maintenant, si tu permets, je prends mon bain. Et sans additif alors oust … je fis un geste de la main et me réinstallai.

- Qu'est-ce que tu as à la tête !?!
- Des échardes, rien de grave. J'ai dit dehors !
Il ne m'écouta pas … quoi de plus habituel chez lui. Mais il s'approcha et enleva mes mains de sous les cheveux sans ménagement.
- Laisse-moi faire, t'y vois rien et tu fais n'importe quoi.

Je capitulais. Bien vite en réalité mais que faire d'autre. Quand il était à un endroit pour rester, il était inutile de lutter et il le savait. A une époque j'aurais essayé en discutant, à une autre j'aurais tenté l'intimidation par les armes … mais maintenant, je capitulais. Je ne pouvais que perdre du temps et finir dans un bain d'eau froide.
Je capitulai et ravalai ma rancœur pour un prochain tour.

Je penchai la tête en avant et il la poussa légèrement sur le coté après avoir rapproché la lampe à pétrole. Il écarta les mèches de cheveux si délicatement que serrer les dents ne servit à rien car malgré la douleur intrinsèque à cette blessure il ne l'augmenta pas.
Je sentis ses doigts sur ma peau, le pincement léger des échardes qu'il ôtait et l'eau ruisseler lorsqu'il essorait l'éponge au dessus, mais à aucun moment je ne grimaçai de douleur.
Et plus les minutes passaient et plus je me laissais aller, jusqu'à apprécier ses gestes surs et professionnels d'une manière un peu moins innocente.
Mais une ombre planait au dessus de ce tableau … son discours. Il me parlait tout en travaillant, mais ses phrases étaient décousues et par deux fois il me posa la même question et ne réagit pas lorsque je lui donnais une réponse différente la seconde fois.


Soudain, une idée me vint. A portée de main se trouvait justement un objet qui jouait avec ma curiosité et qui serait des plus utile. Je ne me posais même pas la question de savoir si j'allais regretter d'avoir usé de cet artifice pour disposer d'un début de réponse. Et pourtant en sondant un peu plus, j'aurais trouvé un puits sans fin de raisons de ne pas le faire.
Mais sur l'instant, quel meilleur motif que celui d'enfin comprendre les intentions d'un virtuose du mensonge. Un maitre dans l'art de la duperie qui ce soir là semblait perturbé par quelque chose.

Je pris le miroir de l'âme offert par Pulinn et m'y observai. Au début rien ne se passa, je n'avais devant moi que mon reflet le plus parfait, sans troubles, sans transformations d'aucune sorte. Mais l'aspect se fit ensuite plus souple et j'eus l'impression d'un plongeon vers un univers plus instinctif que visuel. Je comprenais ce que je ne voyais pas, n'entendais pas. J'eus soudain l'impression d'avoir libre accès à un monde au dessus de tous questionnements, comme s'il me suffisait d'avancer pour tout connaître … de lui, ses humeurs, sa mentalité ou nature profonde. Mais dès la première réponse je m'effondrai.

La culpabilité !

C'était impossible. Le miroir devait se tromper ou peut être n'étais-je pas encore capable de le lire, de le comprendre.
Je m'attendais à y voir l'ennui, la préoccupation ou le désir en dernier ressort bien que j'imaginais mal Morlet être déstabilisé par la vue d'un corps nu … même le mien. Mais la culpabilité ? Pourquoi ? Comment ? Avait-il des sentiments à mon égard ? C'était difficile à imaginer, non, c'était même impossible. Il faisait parti des rares personnes que je considérais comme immunisées à cette maladie qu'étaient les sentiments affectifs ou amoureux. Il ne pouvait pas, il n'avait pas le droit. Si même lui succombait … comment pourrais-je espérer vivre une vie entière préservée de tout ça.

- La plaie est propre, il n'y aura pas d'infection.
- Merci. Je ne te connaissais pas ces talents … ni cette prévenance.
- J'ai pas envie que tu tournes de l'œil quand on bossera ensemble. Et ta main, c'est quoi ?
- Um ? Le pouce de ma main droite était légèrement bleuté. Oh, j'ai donné un coup de poing dans la mâchoire d'un des types.
- Comment ?
J'avais appris il y a longtemps que quand il s'agissait des femmes, Morlet était toujours sérieux quant à leur aptitude à se défendre. Il fut le premier à m'apprendre quelques petits gestes très méchant envers les hommes quand j'étais enfant et à la rue. Je laissais de coté mon problème de conscience et lui montrai comment j'avais fermé mon poing dans la précipitation du moment pour empêcher l'homme d'appeler de l'aide. Il m'expliqua alors avec la patience et le charisme d'un professeur admirable comment placer mes doigts, comment détendre mon épaule et mon bras, comment me servir de mes pieds et quand contracter mes muscles.
Il me demanda ensuite de sortir de la baignoire et de m'habiller afin de me montrer en pratique. Il était tellement dans son rôle que j'hésitai à suivre le cours de mes envies.
Je sortis de la baignoire mais m'enveloppai simplement d'une serviette de bain.

Il dû cependant voir dans mon regard que j'avais d'autres intentions.


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Madoka


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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Lun 30 Jan 2012 19:39 
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Dirigé de Siwiih


Quand Sam se retourne sur toi, son visage est loin d'exprimer les sentiments que tu aurais pu attendre. Il arbore un faciès perdu entre la surprise et la peur. Tu le vois hésiter, il observe la salle derrière toi, si tu te retournes tu aperçois brièvement un homme se lever et sortir avec hâte de l'auberge. De ce que tu peux en voir, il est aux alentours de la cinquantaine, bedonnant, l'air rosé par l'alcool, plutôt sale, petit, tu peux en déduire facilement qu'il gagne peu et ce peu il le dépense en liqueur.

Image


Tu peux voir la femme de Sam, Tina qui rend un regard embarrassé à son mari qui déclenche alors une réaction chez l'aubergiste.
Il s'approche de toi, t'attrape la main et te chuchote.

"Siwiih que fais-tu là, pourquoi es-tu revenu après tout ce temps. Tu vas au-devant de gros ennuis."

Il prend un instant, semblant décider quel camp il choisit.

"Pars vite, reviens après la fermeture. Tu passeras par derrière Tina t'ouvrira. "

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La LOI : c'est ICI !
Qui? Quoi? Comment? Pourquoi? Serait il possible? : C'est ici!
Pour une action de grâce : Ici!
Corrections GMiques de vos Rp : C'est !


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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Mar 31 Jan 2012 20:07 
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Interloquée par les expressions de Sam et de Tina je songeai un instant qu'ils se riaient de moi mais devant leur réaction hésitante je déchantai rapidement et commençai à m'inquiéter.

« Mais que... »

Un peu perdue et intriguée par le regard que Sam avait lancé à l'homme aux yeux porcins et à l'air antipathique qui avait quitté l'auberge en hâte à mon arrivée je me doutai cependant que ceci ne présageait rien de bon. Je décidai alors de garder mes questions et de quitter les lieux sur l'instant, ne désirant pas attirer d'ennuis aux Timun involontairement. J'avais suffisamment expérimenté de situations aussi désagréables que déconcertantes pour ne pas souhaiter mettre ma chance à l'épreuve en faisant la timorée sans en savoir plus. Tout se brouillait dans mon esprit ; j'ignorais ce qui se passait mais mon retour semblait visiblement dangereux aux yeux de l'aubergiste. Quelque chose m'échappait, et ce quelque chose était visiblement de taille. On m'en voulait. Je ne devais pas être vue. Je n'étais plus la bienvenue. Ca n'avait aucun sens. C'était ridicule. J'avais beau réfléchir, je ne trouvai aucune logique a cette déconvenue. Dans les rues j'avais croisé bien des habitants, de toute extraction, j'avais croisé d'autres elfes, et en rien ne me différenciais-je d'eux. M'en voulait-on donc personnellement ? Mais pourquoi par la Dame en aurait-on eut après moi ?

« Si je m'étais attendue à un tel accueil... » soufflai-je pour moi-même.

Prise d'un étourdissement je me précipitai hors de l'auberge.

_________________
Sinaëthin Al'Enëthan, alias Silma, Héraut de Yuia, hiniön lvl 21


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 Sujet du message: Recherche auberge désespérément
MessagePosté: Mer 1 Fév 2012 13:50 
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Gallineya avait passé la "fouille" sans trop d'encombres, malgré les quelques remarques des deux gardes sur son être, elle en riait encore dans sa tête. Elle arpentait les rue, à la recherche d'une auberge. Son long voyage avait eue raison de ses forces qu'elle poussait la porte avec peine. La démarche nonchalante de l'Elfe aux cheveux vert, la fatigue sur le visage cachée par son sourire qui illuminait, elle ne se fît pas prier pour tirer une chaise et s'affaler comme une masse.

Au point que son soupir et ses yeux mi-clos ne voyaient rien d'autre que cette pauvre chaise en guise de soutien.

- Par Gaïa, enfin assise! Que j'ai mal aux pieds ! Si ma chère mère me voyait ainsi, pour sûre qu'elle me ferait rentrer sur le champs...

(- Ta mère ne cherche qu'a te protéger ma fille)

Les yeux clos, sans le vouloir, elle s'était senti mieux, la présence de la voix de son père, il ne l'avait pas oublier, il était là, près d'elle, ce lien spirituel de sa race si puissant.

(- Papa ! Oh! Papa! Je suis si épuisée, si tu savais.)

(- Je le sais, fille, je le sens. Mais regarde le chemin que tu as fait, je ne peux qu'être fier de toi. Aller! Ouvre les yeux et reprends des forces ...)

Elle ouvrit les yeux, le lien rompu, le soutien de son père en elle. Et sans le vouloir Gallineya dit tout haut:

- Papa ?

Elle mit ses mains devant sa bouche, ses joues rouges, regardant partout autour d'elle, sûre qu'on l'avait entendu. Non, personne ne semblait avoir réagit...
Elle se rassura en ôtant ses mains, un autre soupir, de soulagement cette fois ci, froissant sa robe entre ses doigts.

Elle resta simplement assise, la tête un peu basse, ses yeux fixes sur ses mains tripotant le cuir de sa robe et ce sourire à faire tomber des murailles à l'autre bout de la planète.

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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Mar 14 Fév 2012 02:00 
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Amenth ouvrit les yeux. Une silhouette féminine était penchée sur lui. Pris de peur, il se releva brusquement. Mais c'était sans compter sur le poignard qui était posé sur sa gorge.
La lame s'enfonça sans un bruit dans sa carotide et du sang vint couler abondamment le long de son torse, tâchant les draps du lit.

Il reconnu la silhouette qui l'avait sauvé plus tôt. Elle était si belle. De longs cheveux gris frisés et des yeux couleur or. Sa peau, entre le blanc et le gris luisait sous les rayons du soleil. Sa lame avait été posée ici pour se sauvegarder du voleur et non pour le tuer, cela se lisait dans ses yeux écarquillés de torpeur. Mais le destin est une chose au-delà de la raison ...

Il ne pouvait respirer, la lame froide et sanglante lui bloquait la trachée. Il sentait le sang chaud s'éparpiller sur son torse nu. Sa peau devenait froide, il se sentait mourir. Et pourtant, son regard ne pouvait s'éloigner de celui de son assassin. Cette dernière recula, une main portée sur sa bouche, le regard toujours fixé sur l'elfe.

Sa vue se troublait. Bizarrement, il ne ressentait rien, ni douleur, ni émotion. Seuls, la fraîcheur de l'air, la chaleur du sang coulant sur son corps et la beauté des yeux meurtriers parvenaient à ses sens. Il regrettait amèrement de perdre ce dernier sens et de ne plus pouvoir la voir. Il aurait voulu la prendre dans ses bras, lui dire que ce n'était pas grave, que ce n'était pas sa faute. Il aurait voulu la couvrir de baisers, et même, étrangement, lui faire l'amour. C'était son seul regret à présent, celui de ne pas avoir pu connaître cette femme, la femme qui l'avait assassiné, par mégarde.

D'une main frêle et tremblotante, il arracha la dague dans une grimace et tenta de prononcer ses mots : "Enchanté, belle meurtrière". Des mots pleins d'humour pour un homme en train de mourir, des mots qui auraient pu arracher un sourire au magnifique visage horrifié qui se tenait au-dessus de lui. Cela lui aurait fait tellement plaisir. Malheureusement, seul un flot de sang et de salive sortit de sa gorge.

Le fluide vermeil coulait à présent dans sa trachée et emplissait ses poumons. Sa vue n'était plus que le reflet d'étranges couleurs qui se mélangeaient dans un ballet étonnant. Il ne sentait ni le chaud, ni le froid. Ses sens s'éteignaient un à un, et les dernière sensations arrivèrent. Une main d'une douceur apaisante vint se poser sur son front, l'odeur sucrée de la veille parvint à ses narines, le goût du sang emplissait ses papilles, la belle fredonnait une berceuse.

Il sourit et s'éteignit.

_________________
Amenth Loora, Elfe Blanc, Voleur

«Je suis aveugle, mais on trouve toujours plus malheureux que soi... J'aurais pu être noir.»
Ray Charles


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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Mar 14 Fév 2012 22:50 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à connotation sexuelle, aussi est-il recommandé aux plus jeunes lecteurs d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))

- Dis moi, t'as pas répondu à ma question.
- Laquelle ? dit-il en se retournant. Laissant flâner malgré lui son regard sur la courbe de mes hanches lorsque je soulevai un pan de la serviette de bain.
- T'aimes ce que tu vois ?
- C'est … plutôt … quelconque.
- Vraiment ?
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Ce que je fais ? Tu joue avec moi depuis le premier jour dans cette chierie de ville, et là tu te dérobes. Pourquoi ?
- T'es pas mon type.
- Exact … je me rapprochai de lui et à chaque pas que je faisais il reculait d'un.
J'avais décidé de le pousser à bout mais je ne savais pas vraiment dans quel but … ou plutôt je n'arrivai plus à décider lequel était au centre de mes envies.
Sentir ses doigts sur ma peau avait réveillé un appétit depuis trop longtemps en latence, et lui ou un autre n'aurait fait aucune différence s'il n'y avait pas eu ce miroir. Etais-je en train de le séduire pour assouvir un besoin personnel ou pour trouver des réponses ?
Je ne suis pas une femme mariée, continuais-je en ôtant un à un les boutons de sa chemise.
- C'est un coup bas, répondit le semi elfe dont je sentais le cœur battre sous la paume de ma main. Je me rendis compte alors que c'était la première fois que je le voyais ainsi, torse nu. Sa peau avait cette couleur anthracite qui l'empêcherait à jamais de cacher ses origines, mais elle était plus douce que de la soie. Je remontais mes mains vers ses épaules et les redescendis le long de ses bras pour faire tomber sa chemise à terre.
Il n'avait toujours pas bougé, mais sa respiration était plus marquée et ses yeux fermés malgré le pincement de ses lèvres. Il combattait intérieurement et cela finissait par se percevoir extérieurement, et je finis par me demander si j'allais aimer la réponse à mes questions.
- Les femmes mariées, c'est risqué. Alors qu'avec moi c'est du tout cuit, n'est-ce pas ?
Je promenai mes doigts sous sa ceinture et sentis son ventre se contracter.
- Que veux-tu, réussit-il à articuler, rien ne vaut la chasse.
- Mais je suis aussi la protégée de Keyoke … murmurais-je dans le creux de son cou en y posant mes lèvres. Ça vaut bien tous les maris du monde, non ?

Il ne répondit toujours pas mais son corps était un meilleur interprète que sa bouche. Il me laissa m'approcher un peu plus, et le contact de ma cuisse contre son entrejambe était plus qu'éloquent. Je parcourrai son torse de baisers, de caresses, de morsures sensuelles et descendis plus bas.
Il attrapa mes épaules et me souleva pour me remettre sur pieds mais je laissai une main sur son membre pour tester sa détermination à me stopper. Il me laissa le caresser mais garda ses mains sur mes épaules.

- Et si tout simplement j'avais trop de respect pour toi …
Je retins difficilement le rire qui aurait tout gâché mais je resserrai les doigts placés autour de lui.
Au temps pour moi, corrigea-t-il en serrant les dents. Je te connais depuis toute petite Mado, laisse moi au moins ça comme comportement censé.
Je fis alors un pas en arrière et le poussai sur le lit. Il se laissa faire et nous nous regardâmes sans fléchir jusqu'à ce que j'ôte la serviette.
- T'en a envie depuis que ces deux là ont pointé leur nez, dis-je en dévoilant mes seins.
Je montai à califourchon sur lui, bougeai mon bassin et embrassai sa peau ruisselante avec un désir qui n'était plus feint depuis longtemps.
La chasse, Morlet, c'est ça que tu aimes. Je remontai doucement sur son torse en accentuait la pression de mon bassin contre le sien. Alors dis-moi … qu'est-ce que ça fait de se laisser dominer. Je guidai l'une de ses mains vers mon pubis, et l'obligeai à sentir sous ses doigts la chaleur et l'ampleur de mon excitation. Ma voix était à l'état de souffle et mon corps à celui de braise, si bien que je me sentis prise à mon propre piège avec un étrange sentiment de victoire. Je te laisse le choix, susurrais-je en m'approchant de sa bouche que je découvris sous un angle nouveau. Ses lèvres épaisses me donnèrent envie de les embrasser jusqu'à la fin des temps et j'eus du mal à quitter la douce chaleur de sa langue sur la mienne, même son odeur devint envoutante. Soit tu me domines, là, maintenant … soit, tu m'avoues sincèrement pourquoi tu résistes.
Je savais, ou plutôt j'espérais au plus profond de moi et pour le bien être de mes pulsions, qu'il ne pouvait y avoir d'autres alternatives. J'étais totalement incapable de mettre en pratique la troisième option qui consistait à me récuser et son corps aurait sans doute implosé sous l'effet de la dernière qui lui dictait de mettre un terme au jeu en repartant sans dire un mot.

Aussi brusquement que si le lit l'avait rejeté il bondit sur ses pieds et me plaqua contre le mur. J'étais si légère pour lui qu'il me portait d'une main sous les fesses. Le contact de son torse nu contre le mien puis celui de ses lèvres sur la pointe de mes seins furent les plus délicieux moments des dernières semaines … et ils n'étaient que détails à coté de ceux qui suivirent.
- Tu joues avec le feu, réussit-il à grogner avant de m'embrasser comme si toute la frustration du monde s'était abattue sur lui des années durant.
- J'en ai vu d'autres, articulais-je en reprenant mon souffle pour l'enrager un peu plus.
Il retira sa ceinture et fit tomber son pantalon avec des gestes aussi précis que si je m'en étais chargé … et je pus me rendre compte à quel point ce que j'avais connu jusque là n'était rien à coté de ce que lui m'offrit. Jamais humaine et semi elfe n'aurait pu mieux s'accorder. Il n'y eut aucune pause ou réflexion sur les attentes de l'autre, aucun geste de trop, aucune minute ratée qui aurait délaissé l'un ou l'autre de son plaisir. J'avais utilisé mon corps comme instrument de plaisir des centaines de fois mais jamais encore je n'avais connu l'extase comme ce soir là, sans doute parce que je me donnais entièrement à lui, sans réserve, sans jouer de rôle.
Ces premiers mouvements furent lents et appuyés et firent monter en moi une sorte de frustration de le voir si lent et en même temps un plaisir sans nom de sentir chaque centimètre de son désir me posséder. Il accéléra ensuite et devint bestial, m'arrachant un cri libérateur à chacun de ces mouvements jusqu'à l'extinction pur et simple de toute conscience. Mon corps tout entier vibrait sous le plaisir, jusqu'à ma tête qui papillonnait comme jamais, tout juste assez consciente pour en vouloir encore.

Je perdis la notion de temps, mais lorsque nous finîmes épuisés et allongés sur le lit je m'installais à ses cotés et attendis. J'attendais ce que les hommes offrent de plus pratique dans cet état d'apaisement total : la disparition de leurs défenses. Ils n'étaient tout simplement plus en état de se contrôler, et très souvent ils finissaient par dire tout ce qu'ils avaient de plus enfouis, les petits secrets dont ils m'avaient interdit l'accès juste avant. C'était comme si la mauvaise conscience devenait mon alliée, et me récompensait à hauteur de la performance.

- Ça avait suffisamment le goût de l'interdit pour toi ?
- Tu crois pas si bien dire.
- Comment cela ?
- Il me l'avait interdit.
((Keyoke !! Il devait savoir que Morlet partait pour Kendra Kar.))
- A quoi il pensait, en m'envoyant te protéger. Ça ne pouvait finir que comme ça, il devait bien s'en douter, c'est lui qui t'a élevée.
- Il t'a envoyé faire quoi ?? Non mais regardez-moi cette bécasse. De quoi en finir pour de bon avec l'effet un homme apaisé est un homme qui parle.

Cela expliquait cependant son comportement. Il était probablement présent sur les quais lorsque le navire aux voiles noirs nous ramena de cette fourberie de chasse au trésor. Il m'avait suivi tout ce temps et serait resté dans l'ombre si je ne l'avais pas surpris en train de me suivre comme un voleur. Et c'était bien lui qui était passé devant moi au temple des plaisirs lorsque j'y avais été menée à moitié inconsciente, il était venu vérifier mon état de santé et était reparti se cacher.

- C'est pour ça que tu culpabilisais ! Continuais-je en réalisant soudain.
- Que je quoi ? Tu rêves ! T'as que trois pauvres égratignures, et puis ça t'a pas gêné pour me sauter dessus.
- C'est pas pour moi que tu t'inquiétais, c'est pour toi. T'as peur qu'il te transforme en artichaut.
- Faut dire qu'il a pas un caractère facile.
Ses derniers mots, dits sur le ton de l'amusement, avaient pour but de calmer le jeu et de m'empêcher de trop penser. Nos regards se croisèrent et nous éclatâmes de rire ensemble … mais qu'il ne s'imagine pas avoir gagné la partir pour autant.

- Tu parles ! Et tu peux revoir tes compétences en matière de protection. Les deux types que j'ai tué ce soir c'était pas un hasard si je les ai croisés. L'un d'eux était devant la boutique de Lilo. Tu m'as à peine interpellé dans la rue et il croyait que je bossais pour toi, c'est pour ça qu'il m'a suivie.
- J'en savais rien. Enfin je pensais pas que j'étais aussi sérieusement espionné, et qu'ils prendraient mes contacts, même anodins, pour cible.
- Il n'a parlé que de ton nom bizarre
- Ptahotem ?
- Oui.
- Bah, c'est pas grave. Il va disparaître le temps de régler cette affaire.
- J'en ai pas finit avec cette histoire de protection, elle pue.
Je me relevais et passais le drap autour de mon corps en guise de vêtement puis j'allais chercher tout ce que j'avais pu récupérer de ma fouille des deux hommes.
Mais y'a plus urgent.

Il eut au moins le mérite de faire l'impasse sur la dernière phrase de trop comme à son habitude, et c'est entre autre à cause de son comportement inhabituel que cette affaire entre lui et mon mentor puait l'embrouille. Il n'était pas de ceux qu'on embauche pour une mission de protection, encore moins pour une vie aussi anodine que la mienne. Il était celui qu'on embauchait pour truander, espionner, racketter, tuer ou retrouver … mais pas protéger. Et Keyoke n'était pas homme à envoyer un Morlet s'occuper d'une affaire d'épidémie dans une ville étrangère.


suite

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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Mer 15 Fév 2012 16:18 
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Je ne marche pas, je cours vers l’auberge. Je veux, j’ai besoin de me retrouver seule. Je me dirige immédiatement vers le responsable de l’auberge et lui demande d’une voix lasse et dans laquelle transparait toute ma tristesse, une chambre pour la nuit. Il me juge pendant l’espace de quelques secondes et voyant que je ne lui réponds pas, il me donne une clé en me disant que je le réglerai demain matin.

"Je vous remercie. Je n’y manquerais pas."

Je m’empare du sésame et monte quatre à quatre les marches. Je ferme la porte derrière moi et je tombe à genoux me laissant allée aux pleurs que je contiens depuis si longtemps. Je m’effondre sur le plancher, incapable de me relever. Tous mes repères s’effondrent. Mon père… Mon modèle pour avancer est devenu ce contre quoi je me suis jurée de lutter, pourquoi ? Comment ?

Après une demi-heure je décide de me laver et ainsi de voir l’ampleur de la blessure que mon père m’a infligée. J’enlève mes vêtements et trempe un linge dans la coupole d’eau. Je prends mon temps et laisse couler l’eau le long de mon corps pour me laver à la fois physiquement, mais aussi psychologiquement. Je voudrais oublier cette nuit infernale où tout mon monde s’est effondré, mais cela est impossible. Je me rhabille légèrement et ne tarde pas à rejoindre le lit confortable. Le plus impressionnant pour moi est qu’il ne me faut pas longtemps pour sombrer dans le sommeil.

…Je me promène dans les bois, de nuit. Je le cherche en me demandant où a-t-il bien pu se cacher ? Il est taquin, mais à ce point je ne le savais pas. Èroma est un sindel, nomade que j’ai rencontré lors de mes escapades nocturnes suite à mon renvoi. On s’est vite lié d’amitié. Il a un don particulier pour se cacher et cela m’amuse, alors tous les soirs, on rigole, enfin surtout lui. Lors de cette nuit, quelque chose allait changer pour moi, mais je ne le savais pas encore.

Je finis par le trouver au sommet d’un arbre. Il aurait pu trouver une cachette plus simple, mais non. Monsieur aime jouer au singe et grimper le plus haut possible. Je le trouve et s’en suit une sorte de course-poursuite à travers les bois. Je rigole à pleine gorge et souris. Lui seul arrive à me faire cet effet depuis mon échec à l’école militaire. Selon lui ce n’est pas un drame et je vais trouver de quoi rebondir.

On retourne à notre petit campement de fortune. Nous nous installons près du feu qu’il a créé. Il manie la magie comme personne et Sithi sait que j’ai peu de respect pour les magiciens. Pour moi ce ne sont que des lâches qui ont trop peur de se battre directement. Seulement, Èroma m’a montré que la magie peut être très destructrice et qu’il faut une volonté de fer pour s’entraîner tous les jours.

Il s’approche de moi et dégage mes cheveux de mon visage. Il dépose un baiser dans mon cou et il n’en faut pas plus pour que nous plongions dans un moment de pur délice. Lorsque je me réveille, je suis seule et un mot est déposé à mes côtés…


Je me réveille en sursaut dans mon lit. La chambre reprend peu à peu sa place. Cela fait des mois que je n’ai pas rêvé de lui. Je suis complètement déroutée. Èroma est sorti de ma vie et ce pour toujours, je ne veux pas le revoir. Il connaît tout de moi, mes points forts et mes faiblesses. Pourquoi ai-je rêvé de lui ? En quoi a-t-il un lien avec le choc d’avoir découvert que mon père est devenu un délinquant ? Je reste étendue, les yeux fixés au plafond.


(Samyà ?)
(Oui ?)
(Je croyais que tu étais partie… Dis-moi, comment m’as-tu trouvé ?)
(Ah ça, pour le savoir il faut le mériter.)
(Je vois… Tu es un peu taquine sur les bords toi ?)
(Que veux-tu, on s’amuse comme on peut.)

Je souris. Sa présence est un vrai bonheur en fin de compte et un plaisir. La solitude dans laquelle je me suis plongée, cette barrière que j’ai dressée entre moi et le monde extérieur est sans doute en train de s’effriter. J’avoue ressentir une certaine appréhension, mais aussi, une joie nouvelle d’être entourée de gens. De nouveau motivée par cette constatation, je me fais un bandage de fortune avec le linge de toilette, m’habille et descends pour payer ma chambre. Il est temps de retourner à la milice et de savoir ce que mon père a dit pour expliquer son comportement.

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Un grand merci à Dame Itsvara pour la signature




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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Mer 7 Mar 2012 18:37 
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..............

Nous fîmes l'inventaire des objets amassés sur les cadavres, et il faut avouer que le butin était plus que limité. Un bout de papier froissé, chiffonné en boule et qui avait du prendre l'eau, un autre en meilleur état et un médaillon gravé sans son collier que j'avais trouvé dans un poche.
La boule de papier, une fois dépliée, ne nous donna guère d'indication. Deux "A" étaient encore partiellement lisibles, les premières lettres de deux mots isolés impossibles à déchiffrer. L'autre morceau de papier lui fut plus utile. Il n'était ni abimé, ni froissé, à peine plié en deux. L'écriture était vulgaire, tordue et irrégulière mais succincte et lisible et ce qui nous intéressait sur le moment. Un lieu, une date et une heure de rendez-vous que manquera assurément l'ancien propriétaire du mot, mais que nous allions honorer de notre coté en toute discrétion.
- Domaine Lothrande … tu connais ?
- C'est au centre de la ville, une grande demeure sans murs d'enceinte, à quelques rues du château, tout près du parc.
- Je vois, je suis passée plusieurs fois devant. Qui y vit ?
- Des bourgeois … grinça Morlet. Une vieille fortune, ils ont des intérêts dans tous les domaines ou presque mais aucune véritable mainmise sur l'un d'eux.
- Leur prochaine cible ?
- On dirait.
- Malgré le fait qu'ils ne contrôlent plus rien ?
- Vu la tournure, autant continuer. Un peu plus ou un peu moins …
- Et ça ? Demandai-je ensuite en lui montrant le médaillon où était gravée une fontaine sur pied. T'as déjà vu ce signe quelque part ?
- Non, mais garde-le, on ne sait jamais.

Nous continuâmes la discussion pendant encore quelques minutes, passant de conjectures en hypothèses sans fondements sur les intentions du groupe qui répandait cette maladie. Une manière de meubler et passer le temps avant qu'il ne décide de regagner sa chambre pour y passer les dernières heures de nuit et me laisser dormir.

Je mis beaucoup de temps à m'endormir cette nuit là.
Le lit était pourtant confortable et les draps propres sentaient si bons qu'ils donnaient envie d'en faire un cocon et d'y rester toute une vie, le crépitement du feu dans la cheminée était reposant … à ceci près que je ne l'entendais même plus à cause des pensées qui me traversaient l'esprit et me mettaient le feu aux joues.
Le seul aveu extorqué à Morlet avait creusé un peu plus le puits sans fin des questions à son sujet, et j'y avais même rajouté une galerie personnelle encore moins bien éclairée. Qu'il fut envoyé ici par mon mentor était presque difficile à croire … mais qu'il puisse inventer cette histoire l'était encore plus. Je me perdis en hypothèses plus folles que celles concernant l'épidémie qui sévissait ici et finis par me noyer dans des "j'aurais du" ou autre "et si j'avais".
Tout cela était indigne de moi.
Ou était-ce simplement les conséquences d'une vie libre ? Avant je n'avais pas de questions à me poser à mon sujet, ou à m'inquiéter des intentions des autres vis-à-vis de ma personne … je n'étais personne. J'étais une profession, un rôle, je n'étais pas une être à part entière et j'aimais cela. Je n'avais pas à douter des mes actes car ils n'étaient pas personnels mais faisaient parti d'une longue liste de règles de conduite à suivre, et je n'avais donc pas à me justifier car les règles étaient établies par d'autres et accepter de tous. Je n'avais pas à douter ou juger des intentions des autres car elles n'étaient que le fruit d'un jeu séculaire.
Et à cet instant ?
Et bien je n'étais plus rien. Quoi que beaucoup dirait que je n'étais rien avant et que J'étais maintenant !!
La belle affaire !!

Sauf que ma vie allait peut être se résumer à ça. Aller et venir sans but, ou pire : en trouver un personnel. Mais avant ça j'allais probablement me lancer dans des histoires comme cette dernière. Car il faut bien l'avouer, suivre Morlet dans son enquête concernant l'épidémie avait pour avantage de voir de près comment il vivait et travaillait, mais je n'avais surtout rien de mieux à faire.

((L'action par peur de l'inaction, en voilà une voie qui mène au désastre.))

Le sommeil parvint finalement jusqu'à moi, et ce ne fut pas cette nuit donc que je réglais le problème du but de ma vie … et mes dernières pensées avant de plonger dans l'inconscience, même si je n'en ai aucun souvenir, ressemblèrent probablement à une prière pouvant être définie par des esprits libres comme une servitude volontaire.


Le gros avantage des réveils a toujours été l'effacement systématique des états d'âmes de la veille, hormis quelques exceptions dans ma sordide jeunesse mais ce matin là fit parti de la majorité.


Morlet revint me voir dès les premières heures du jour, avec le petit déjeuner sur un plateau. Un silence monacal accompagna le repas et malgré l'inertie relative de mes pensées au réveil, il n'en n'aurait pas fallu beaucoup pour que j'ouvre les hostilités.

Ce fut lui qui entama finalement la conversation, et cela avec un professionnalisme qui mérite d'être signalé. Aucune allusions même dissimulées à ce qui se passa la veille entre nous, ni aux révélations qu'il avait malgré lui divulguées et encore moins de rosseries sournoises quant au fait que je ne pouvais me lancer sur aucune réelle piste … et qu'il me faudrait plus qu'un aparté comme le dernier en date pour en savoir plus.
Non.
Il me fit un résumé des informations qu'il avait accumulées et y ajouta les derniers indices que j'avais apporté à l'affaire. Il n'y avait dans ce récit aucune indication quant à la raison de sa présence ici, et encore moins d'indice pour qui ou pour quoi il essayait de découvrir d'où venait l'épidémie … je ne sus même pas s'il avait l'intention de l'endiguer.
Mais je me tus et l'écoutai attentivement, assimilant au fur et à mesure qu'elle était ma nouvelle place, mon nouveau rôle et ce qu'il attendait de moi le soir même. Rien d'aussi extravagant qu'une nouvelle identité comme il l'avait fait avec son personnage au nom imprononçable et que je n'aurais su réécrire.

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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Mer 7 Mar 2012 18:40 
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Lorsqu'il se tut, il fouilla dans une poche et en sortit un objet enveloppé dans un morceau de kimono aux motifs identiques au tout premier que j'eus l'honneur de porter. Cette simple vue aurait suffit à ce que je comprenne sans qu'on me dise quoi que ce soit, si seulement ce n'était pas dans les mains de Morlet que reposait le paquet. Ce kimono avait été racheté par Keyoke lorsque je fus trop grande pour le porter … c'était pourtant tellement évident.

- Ça c'est pour toi, m'annonça-t-il sans préambule en dévoilant ce qui ressemblait à un serre-tête.
L'ensemble était discret et de la même couleur que mes cheveux. Trois fils de métal très fin étaient reliés ensemble par des billes de verre noir et deux corbeaux en métal noir étaient soudés aux deux extrémités.
- J'préfères pas, répondis-je immédiatement et sur la défensive, sans même chercher à comprendre !
- C'est pas un simple bijou pourtant, continua-t-il sur le ton suave des vendeurs itinérants. Le métal a été imprégné de fluides et ainsi il te permet de te camoufler dans les ombres, n'importe quelles ombres … et par camouflage, je veux dire que tu deviens littéralement invisible grâce à la magie d'obscurité.
- Oui et ben non merci … la magie c'est bon pour les vieux et les fous. Ce n'était certes pas un mensonge mais ce n'était assurément pas la raison pour laquelle je me refusais à accepter ce que je pensais être un leurre.
- Et tes gants c'est quoi, une illusion d'optique ?
- Du génie ? … tentais-je alors de répondre en grimaçant.
Il rit aux éclats avant de pouvoir répondre.
- Tes gants sont probablement plus rares que le serre-tête et pas moins dotés de capacités à faire des envieux, alors c'est quoi le problème ?
- Y'a que c'était un cadeau. Sans condition, restriction ou insinuation quant à un service en échange du don.
Alors tu remballes ta quincaillerie et tu vas soudoyer quelqu'un d'autre.
- Faudrait pas que j'ai un jour à te demander ce que tu penses vraiment de moi hein ? ajouta-t-il en souriant. C'est de la part de Keyoke idiote. Un cadeau … j'ai pourtant jamais vu ce vieux glaçon en faire de toute ma vie.
- Oh !
Une manière très personnelle de s'excuser, et la seule que je connaisse en réalité. Les autres, plus franches et plus garnies en vocabulaire, étaient et seront probablement à jamais hors de ma portée. Ce fut aussi une manière de m'échapper de mon propre blâme. Bien sur que c'était de la part de mon mentor et bienfaiteur de toujours !
De toujours ou presque, c'était quand même lui qui m'avait envoyé le seul être vivant qui me faisait perdre le contrôle. Le seul qui a réussit, au cours de ma courte vie, à être tour à tour mon sauveur, mon idole, ma notion de cauchemars, un exemple à suivre et l'ennemi à abattre.


Et que dire du fait que cet aparté ne me fut pas des plus idéals pour la suite. Nous avions la journée devant nous, et vu la surveillance dont faisait l'objet son personnage de Ptahotem je ne nous imaginais pas faire une promenade dehors.
Il m'avait été de bon conseil la veille en ce qui concerne le coup de poing, l'uppercut comme il l'avait nommé et j'avais l'intention de lui en demander plus … mais.
Je pris alors mon courage à deux mains, je formulais plusieurs fois des répliques dans ma tête avant lancer la moins difficile à articuler.

- Bon ok, au temps pour moi, c'était maladroit.
- Insultant !
- Inconvenant ?
- Outrageant !
- Indélicat ?
- Offensant !
- Malvenu, et c'est mon dernier mot.

Il me toisa de son air satisfait et j'eus le plus grand mal à réprimer une rechute.

- Hier tu m'as conseillé, expliqué comment placer mon poing pour frapper sans me blesser. Peux-tu m'apprendre d'autres choses ?
Je n'avais ni respiré ni levé les yeux en lui demandant cela. C'était plus qu'une envie subite, plus que de la curiosité ou un caprice. Je n'avais encore jamais osé demander cela à quelqu'un, de peur qu'on ne me prenne pas au sérieux à cause de mon gabarit. J'étais petite, légère et menue, mais j'étais aussi rapide et agile qu'un chat et je savais que j'en étais capable. Je l'avais prouvé en plusieurs occasions mais ce n'était pas assez pour moi.
Zewen sait à quel point le destin ne me fut pas favorable en ce domaine, car lorsque devant moi s'ouvrit cette voie pour la première fois, je dus faire demi-tour et fuir.

- Pourquoi ?
- Parce que ne veux plus être qu'une gamine qui se défend en ayant de la chance.
- Il n'y a pas que ça, t'as de l'instinct et …
- C'est pas héréditaire alors oublie ! Coupais-je d'un ton plus dur et brutal qu'escompté.
- D'accord.
Cette soudaine attitude compréhensive ne lui ressemblait pas, ni même le ton avec lequel il prononça ce mot et encore moins la mansuétude que je crus déceler dans son regard. J'avais sauvagement cadenassé tout ce qui concernait de près ou de loin mes parents et ce simple mot avait percé un trou d'épingle dans ce vide hermétique.

Et comme depuis toujours où quelqu'un tentait d'ouvrir cette porte, je me reportai sur la colère. Déchargée sur une cible souvent innocente.

- Oui ou non ?
- Oui.
Il se redressa et ôta sa chemise.
- Sans armes.
Son ton était devenu plus sec, comme s'il se calait sur ma propre attitude. Une part de moi sut probablement sur le coup qu'il agissait ainsi pour m'aider mais elle devait être infiniment plus discrète que tout le reste de mon être qui s'enfonça un peu plus profondément dans une rage froide qui me réchauffait pourtant les joues au point de les sentir battre.

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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Jeu 8 Mar 2012 15:20 
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Gallineya avait repris quelques forces salutaires autour d'un bon plat chaud, un hydromel au doux parfum. Cependant, la fatigue n'aidant vraiment pas la pauvre Elfe, elle bâillait, une main devant sa bouche, ses yeux bien humides pour tenir une conversation. Toute fois, le tavernier fort courtois, qui avait sans doute été le seul à remarquer sa présence (en même temps, c'était son métier!), arrivait pour débarrasser la table, chiffon sur l'épaule. C'était une beau jeune homme, fin, mais cela restait un simple humain pour la jeunette qui avait déjà parcouru de nombreuses années lentes.

Votre chambre est prête, la numéro 16, escalier, à droite et au fond, demoiselle. Je vous ai fait couler un bon bain bien chaud... Vous semblez en avoir bien besoin, mais après : op ! Au lit !

L'Elfette écarquilla les yeux, tout en frottant l'un d'eux d'un poing qui ajoutait à la peine fugace de ne rein en montrer... Et voilà qu'en plus, il lui faisait un clin d'oeil en prime, qui eut l'effet de mettre du rouges à ses joues de poupée :

Oh ! Oui, oui, merci à vous ...

Mais de rien, demoiselle. Montez vite, vous ne tenez plus debout.

Merjgriklfrgr

Grognement incompréhensible, nouveau bâillement. Elle se serait maudite en cet instant. Mais qu'importe, elle se leva un peu gauche, marchant en crabe, se rattrapant de justesse à la rampe d'escalier : à droite au fond, avait dit le jeune homme. Tâtonnant le mur en appuis, les yeux à moitié dans le cirage, Gallineya arrivait avec grand mal jusqu'à sa chambre où effectivement, une baignoire de cuivre, des serviettes, de la mousse abondante et une belle fumée l'appelait déjà d'un délicieux moment. Elle refermait sa porte et sans même demander son reste, elle se précipitait, telle une écolière en tenue d'Eve, dans l'eau savoureuse et odorante.

Par tout les anneaux de notre mère la terre ! C'est un pur bonheur !

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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Sam 10 Mar 2012 18:17 
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J'ouvre la porte de l'auberge. A cette heure du soir, vers huit heures, l'auberge se remplis peu a peu. Je m'assois a l'une des tables, encore vide, et pense a mon aventure chez les brigands. Et en y repensant, je me dis que j'ai eu beaucoup de chance. Sans plans ni préparation, j'ai réussi à neutraliser le garde, qui n'a même pas pu alerter ses compagnons. Je n'ose penser a ce qu'il me serait arrivé, si ils s'étaient mis tous contre moi. J'en ai des frissons rien que de penser a ce que ces hommes sans foi ni loi auraient fait de moi...
Je sors de ma rêverie, et me rapproche du bar.
Un hydromel s'il vous plaît!
Voila!dit Sam, en me tendant une chope pleine de cette délicieuse boisson.
merci!
Je retourne a ma table, et réfléchis a ce que je vais faire par la suite. Je pense a la milice kendrâne, avec l'idée que cette organisation me permettrais d'aider beaucoup de gens en arrêtant des criminels ou des voleurs. En même temps...ces personnes recherchées, sont peut être obligées de voler pour survivre...bon, en tout cas, ça ne
coûte rien d'y aller pour voir.



Je mange et passe la nuit dans l'auberge de la tortue guerrière. Le lendemain, je me dirige vers le siège de la milice kendrâne, dans kendra kâr.

_________________
La nature est éternellement jeune, belle et généreuse. Elle possède le secret du bonheur et nul n'a su le lui ravir.
George SAND




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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Dim 18 Mar 2012 16:00 
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- Cette technique s'appelle le Kata du tigre. C'est une série d'enchainements rapides à mains nues destinée à atteindre les organes vitaux de ton adversaire. Le corps humain est fait de telle sorte qu'ils sont naturellement protégés, le crâne protège le cerveau. Le cœur, les poumons, le foie et le pancréas sont eux protégés par la cage thoracique. Le Kata du tigre cible les failles et inflige d'importants traumatismes … sans que la force physique pure n'ait un rôle prépondérant à jouer.

Ensuite il se contenta de quelques ordres et directives de ci de là, rien qui ne ressembla à des phrases.
Je commençai donc par le mimer. Au premier abord on aurait dit les premiers pas d'une danse lente mais ses gestes, devinrent plus vifs, plus stables et puissants à chaque fois qu'il répétait l'enchainement.
Il me reprenait souvent au début. Le pied pas assez en arrière, les doigts de la main mal positionnés, l'axe de mon dos pas assez droit, mes épaules trop lâches. Finalement on n'était pas si loin de mes premiers cours de danse, je reconnaissais les signes d'ennuis à répéter inlassablement les mêmes gestes dans le vide, et je ne m'apercevais du relâchement de ma concentration qu'après le coup que je recevais en punition. Il avait simplement remplacé le bâton de mes professeurs par son coude.
La grande différence cependant était dans mon état d'esprit.
Toute la discipline inculquée depuis mon enfance, toutes les notions de bienséance et de retenue emmagasinées au point de faire partie de mon corps ne furent pas de trop pour m'empêcher d'imploser.

Pendant ce qui me sembla des heures, je répétai les mouvements circulaires de l'enchainement et les déplacements courts et saccadés. Morlet me tournai autour, me parlant de mon énergie interne et je n'y comprenais pour ainsi dire rien, je devais la ressentir mais tout ce que je sentais c'était mes muscles tiraillés et ma patience proche de l'extinction à cause de ses intrusions.
A chaque fois que je pensais avoir réussi un mouvement, il s'approchait et me poussait, et chaque fois je perdais pied, grognais, retenais une réplique et m'isolais un peu plus dans mon état de rage. Il me bassinait avec la notion d'énergie interne, de Ki, de force intérieure, de cette chose présente en chacun de nous avec laquelle il me demandait de ne faire qu'un. Tout ce ramassis d'idiotie mystique me donnait envie de l'écharper, mais surement pas autant que le fait de m'interrompre pour replacer mes doigts, repositionner mon bras un centimètre plus bas … et me faire recommencer du début.

Il dut sentir que ma fameuse énergie intérieure était prête à jaillir de mes orbites car il remplaça mon adversaire invisible.
Nous prenions tour à tour le rôle de l'attaquant et il me guidait grâce au nom de chacun des mouvements qu'il m'avait fait répéter inlassablement. Je ne m'étais même pas aperçu que je les avais enregistrés. Dans ma tête ils n'étaient jusque là que des coups de poings en crochet, des piques, des doubles coups sur un plan horizontal ou vertical, des revers ou des tranchants.

A un moment donné, je ne saurais dire lequel avec précision, probablement lorsque l'un de ses coups heureusement retenus m'empêcha de respirer, je compris. J'avais oublié le but de cette technique. Chaque mouvement de poignet était destiné à viser un organe vital, chaque effet de luxation à déstabiliser l'adversaire afin de libérer une faille, la phalange avancée lors d'un coup qui paraissait anodin n'était là que pour atteindre un nerf, une artère, une articulation.

Comprendre et mettre en pratique ne furent pourtant pas si facile à marier.

Ce fut dur à admettre, mais mes échecs étaient justement causés par ce qui alimentait mes forces. Cette froide rage qui naquit à l'évocation de mon passé ne s'était pas vraiment fait plus discrète depuis, bien au contraire, et malgré l'envie de me servir d'elle comme d'une source intarissable de volonté et de force … elle m'éloignait du succès.
En réalité, je ne parvins pas vraiment à ce constat de mon propre chef. Mais il se fichait bien de savoir si je lui étais reconnaissante.
Peu à peu je me forçais à respirer plus profondément, à faire le vide et purifier mon esprit de toutes pensées néfastes. C'était pourtant censé être une base, un savoir déjà entendu et accepté. Mais rien ne m'était vraiment acquis avant d'en avoir eu une preuve empirique, et malheureusement souvent cela se résumer à la résolution d'une erreur.

Les choses plus sérieuses commencèrent à ce moment là. Nous nous saluâmes et il entama le combat plus rapidement et sans nommer la parade qui me permettait d'enchainer grâce à kata du tigre. Les premières fois, je loupai tout et mon visage serait devenu un amas d'ecchymoses et de plaies s'il n'avait stoppé ses poings à temps.
Peu à peu je parvins à lire ses gestes et les sentir sans même avoir à identifier ou réfléchir à mes prochains mouvements, je sus où placer mon avant bras pour bloquer son attaque et pivoter autour pour frapper sa gorge du tranchant interne de la main, je reculai d'un pas pour armer mes deux poings que je lançai ensuite sur un même plan horizontal au niveau du torse et avant qu'il ne puisse esquiver ou contre-attaquer j'attaquai avec un coup de poing en crochet sous le sternum.
Il arrêta finalement l'entrainement lorsque je parvins plusieurs fois à l'atteindre avant qu'il ne puisse esquiver le plus gros du choc et qu'il prit deux ou trois méchants coups de poing bien placés.

Nous étions tous deux épuisés et essoufflés, mais j'étais pour ma part plus que ravie d'être aussi exténuée. A entendre Morlet, je manquais d'ouverture d'esprit et aurais sans doute du mal à me servir de mon ki intentionnellement. Sans doute avait-il raison car je ne trouvais rien à redire pour me défendre, mais j'étais confiante et décidai de faire confiance à mes tripes et leur débordement d'allégresse pendant ces dernières minutes.

Il me conseilla un brin de toilette pendant qu'il allait faire de même et préparer notre sortie nocturne, et j'obéis sans discuter.

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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Jeu 3 Mai 2012 20:36 
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Azra alla trouver Sam, l'aubergiste, pour louer une chambre. L'homme s'étonna de voir un visiteur aussi tard, alors que lui même se préparait à aller se coucher.

« Hé bien, mon garçon, tu n'as pas peur, à te promener dans les rues, la nuit ! »

Azra haussa un sourcil, ce demandant en quoi ça le regardait. Il montra ses gantelets.

« Je ne suis pas sans défense. »

« Certes, mais les rues ne sont pas sûr, ces temps-ci. »

Azra soupira. Cet homme ne pouvait-il pas simplement lui indiquer sa chambre au lieu de bavarder ? La fatigue recommençait déjà à le submerger et il n'aspirait qu'à un bon lit ! Mais l'aubergiste ne fit absolument pas attention à la réaction du jeune homme qui se dit que les ces gens étaient décidément de fieffés bavards !

« Il y a eu plusieurs disparitions, ces dernières nuits. Les gens prétendent que c'est depuis que le roi s'est mis en tête d'installer le système d'égouts. Beaucoup craignent que des choses se cachent sous leurs pieds et ne cherchent à sortir la nuit... Sottise, à mon avis, mais il n'en demeure pas moins que même dans mon bon quartier, les rues ne sont plus sûr la nuit. »

« Merci de me prévenir... Et ma chambre ? »

Malgré le ton peu poli du garçon, Sam le conduisit à sa chambre où une bonne nuit de repos l'attendait. Il espérait sincèrement être plus en forme le lendemain. La vie reprenait, avec ses hauts et ses bas, sûrement, mais finalement il se dit que c'était bien de s'en être sortit !

Au petit matin, Azra se permit un petit déjeuné plus copieux que son ordinaire, il avait un peu d'argent après tout. Tandis que la femme de l'aubergiste lui servait des tartines grillées avec sa bouillie d'avoine - un véritable privilège ! - il réfléchit à ce qu'il devrait faire maintenant. Son premier « boulot » ne s'était pas très bien passé, pourtant il lui fallait de l'argent ! Il était au moins d'accord avec Chandakar sur ce point : il lui fallait apprendre la magie. Inutile d'espérer cela sans avoir de quoi se payer des fluides et les services d'un professeur. L'idée d'avoir un jour les moyens de s'offrir les services d'un magicien lui paraissait complètement irréalisable, mais que pouvait-il bien tenter d'autre ? En outre, restait la question de savoir où trouver dans cette ville quelqu'un ayant des fournitures en magie noir ? Ce genre de pratiques n'était pas franchement encouragées par le roi Solennel VI.
Seul des contrebandiers pourraient faire commerce de tels éléments, et ce genre de personnage ne pourrait être trouvé que dans le quartier des docks... Malheureusement, il était peu probable qu'ils placardent une enseigne « boutique de magie noire » à leur porte ! Azra n'ayant de toute façon rien d'autre à faire, il décida tout de même de tenter l'exploration de ces quartiers. Il s'y rendit donc tout de suite après manger, emportant avec lui une sacoche de provision vendu par la femme de l'aubergiste.

Le quartier des docks

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 Sujet du message: Re: L'Auberge de la Tortue Guerrière
MessagePosté: Jeu 9 Aoû 2012 13:06 
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Azra sonna péniblement plusieurs fois au comptoir avant que l'aubergiste ne se décide à se lever, lançant un regard ennuyé à cet importun qui le réveillait en pleine nuit.

« C'est à cette heure que vous venez louer une chambre ? Pfff... Bon, que voulez-vous ? »

« N'importe quoi du moment qu'il y a un lit et que je peux me réveiller à l'heure de mon choix, demain... J'ai de l'argent... »

L'échange se fit dans un rêve brumeux pour Azra qui obtint bien vite sa chambre. Sam, l'aubergiste, voyant que son client était en piteux état, l'aida à monter les escaliers et le mena à sa chambre. Azra, sans dire un mot ni prendre le temps de se déshabiller, se laissa tomber sur le lit.
Lorsqu'il fut seul, cependant, il prit le temps de se rouler en boule et se mit à pleurer doucement.

Personne ne pouvait le voir. Il ramena son poing contre sa bouche en une imitation de l'époque bénie où il pouvait sucer son pouce. Il n'avait pas honte : L'enfance était la plus belle période de la vie, après tout... Il s'y abandonna donc totalement, murmurant :

« C'est fini, Azra. Moi je t'aime bien. Tu es en sécurité avec moi. Je suis ton ami et je te protégerais. »

Aujourd'hui, il avait échappé à la sentence de Phaïtos, de justesse. Et à la damnation éternelle qui venait avec. Y arriverait-il la prochaine fois ? Le dieu des morts semblait content de lui à ce qu'il paraît, ce qui semblait contraire à la logique...
Azra n'aurait pas dû avoir peur de la mort, ce genre de sentiment n'était pas toléré par le dieu corbeau...

Mais il avait passé sa vie dans la misère. Il aurait voulu dormir dans les bras de sa mère, comme quand il était petit et qu'il faisait des cauchemars, mais c'était impossible. La dernière fois qu'il l'avait vu, elle pleurait en le regardant partir, regrettant que son fils soit devenu un monstre qui pratiquait la magie noire.
Il n'était rien. Les pathétiques petits exploits qu'il avait accompli à Kendra Kâr ne laisseraient aucune trace dans les mémoires. Mais n'était-ce pas le destin de tous ? La mort rattrapait tout le monde et, bien vite, il ne restait plus rien. L'individu se dissipait dans le néant, à jamais.
Tandis qu'il sombrait dans le sommeil et dans ces noires pensées, il sentit Chandakar s'agiter légèrement...

(Laisse moi te montrer...)

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