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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Mer 29 Juil 2015 08:31 
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Un concert inaudible et assourdissant.

La foule hue alors que Daemon escalade l'échafaud. Les quais de Dahràm s'animent toujours pour les exécutions... Esquivant des projectiles, il ne s'attarde pas devant son public. Les mains liées dans son dos, il s'avance résigné jusqu'à la corde nouée. Les hurlements arrivent à leurs paroxysmes. La chute est rapide et le cou vite brisé. Mais alors pourquoi... Pourquoi les cris ne cessent pas ? Pourquoi distingue-t-il toujours les visages haineux ? Pourquoi se balance-t-il calmement au-dessus de la foule ? Pourquoi ?

Un léger spasme précède un gémissement, Daemon reprend conscience avec difficultés.

(Ce n'était qu'un rêve...)

Son corps est engourdi et ses pensées confuses. Alors qu'il s'ouvre à la réalité, le voici nez à nez, avec un nain en plein repas.

(Mais... c'est le nain qui était au bord de la rivière, et... mes provisions!?)

Bien que le nain ai constaté son éveil, il continue sa mastication comme si de rien n'était. Le scrutant de ses yeux émeraudes, il finit par se tourner légèrement afin de mieux l'ignorer. Daemon regarde à gauche, ensuite à droite en se remémorant le lieu de son malaise. Il rassemble ses forces et se traîne un peu en arrière afin de s'adosser à un arbre.
Les deux protagonistes restent cois, les remous de la rivière entretenant la conversation. Le soleil est un peu plus bas, signe que son inconscience à durée. Après un petit temps, Daemon retrouve son aplomb et tente d'entamer la conversation :

« Vous êtes vraiment un nain ? »

Le nain affiche des yeux ronds, manquant de s'étouffer et s'élance dans un grand rire. Il le qualifie de « comique ». Ne sachant quoi rétorquer, Daemon ramène à lui son baluchon et constate l'ampleur du pillage. Le nabot a déjà vidé la moitié de ses réserves... Il n'ose pas lui faire de reproche. Néanmoins il faut agir, il va vraiment gober tous ses vivres...

« Euh... c'est mon sac... et ma nourriture... » précise Daemon d'une petite voix.

« Ah ?! Il n'y a même pas de bière, c'est quoi ces rations ?! » répond-il d'un air désinvolte.

« Ah... Désolé... »

(Pourquoi je m'excuse ? Il bouffe mes rations!)

Le nain reprend une nouvelle tranche de jambon et sa position face à la rivière. Daemon, ridicule, n'ose pas l'aborder plus en détails. A quoi bon, le mal est fait. Il se masse le visage, découvrant des douleurs qu'il n'avait pas avant.

(Surement la chute...)

Il observe son interlocuteur avec intérêt. Perché sur ses racines à mâchouiller. Avec tous ses poils roux, ses grands yeux verts, il ressemble vraiment à un écureuil, un gros écureuil... Daemon se penche légèrement afin de retirer son manteau, avec en prime une belle grimace. Il fait de même avec sa veste, dévoilant son bandage en travers de son torse. Le tissu fonce au niveau de l'épaule et le sang coagulé dégage une odeur rance désagréable. Il tâte doucement sa blessure, et suppose qu'elle commence à cicatriser. Toujours à se goinfrer, le nain constate la blessure et demande :

« Qu'est-ce que tu fous là, avec 'ste blessure ? »

En essayant de décoller le pansement pour distinguer la plaie, Daemon explique :

« Je quittais Dahràm pour accomplir une mission, mais je suis me fais agressé en sortant de la ville... »

« Pourquoi ne pas être retourné en ville ? » rétorque le nain sans afficher une grande compassion.

Ne sachant quoi répondre, il se rend compte que son mensonge est bancal et commence à bredouiller, sans achever sa phrase.

(Je ne peux pas me permettre de lui dire la vérité, après tout je ne le connais pas et il est vraiment sans gènes... Qui sait, il n'hésiterait surement pas à m'assommer et me livrer à la milice.)

Le nain n'insiste pas, mais affiche un air pensif. Daemon songe à Dahràm et son départ quelque peu chaotique. A présent, plus de doutes, plus d'hésitations, il part quérir cette relique. Le voyage sera long, il prie pour que cette blessure ne lui porte pas préjudice. Après tout, pour arriver au Duché des montagnes, il faut traverser le pays, franchir les montagnes... Les montagnes... Il réalise qu'un de ses habitants est en ce moment même en train de piller son sac.

(Qui sait, il pourrait me faire traverser les montagnes... Bah ! Ça vaut le coup d'essayer.)

« Vous partez vers les montagnes ? »

« Non » répond-il tranchant, en soupirant.

« Je dois les traverser pour atteindre la partie sud du continent. »

« Ah... ? » Ponctue-t-il, sans le regarder.

« J'ai une quête à accomplir, une guilde m'offre une grosse récompense si je lui trouve une relique perdue... »

Apparemment l'intérêt du nain à été piqué. Il n'y a pas à dire, les stéréotypes peuvent parfois servir. Le voyant attentif, Daemon poursuit :

« Oui ! Des adorateurs de Phaïtos m'ont recrutés, ils me promettent une vraie fortune pour ce trésor ! »

Le nain semble réfléchir : « Mais pourquoi t'envoyer toi ? Tu ne payes pas de mine ... »

« Eh bien... J'ai obtenu des informations sur l'emplacement de la relique, alors... Et puis ils sont bizarres ces religieux. Mais je dois traverser les montagnes, et je ne sais vraiment pas comment faire. Souhaiterais-tu faire équipe avec moi ? »

« Et de combien causons-nous exactement ? »

Le poisson est ferré, il ne reste plus qu'à l'extraire de la flotte d'un grand geste.

« Ils m'offrent 100 000 yus une fois la relique retrouvée ! Apparemment cette guilde possède un somptueux château ! Sans parler de leur domaine ! J'ai entendu dire qu'ils possèdent des coffres entiers d'or et de bijoux... C'est qu'ils ont le luxe de chipoter sur la religion.»

Daemon continue son énorme mensonge en crescendo, le nain semble s'exalter de plus en plus.

« Alors... ? Tu souhaiterais m'aider à traverser les montagnes ? Accomplir cette quête avec moi ? »

Le trapu qui affichait depuis son éveil une attitude distante, est à présent redressé bien en face de Daemon, les mains ancrées sur ses genoux.

« Si je résume bien, tu as besoin de moi, et de mes connaissances pour voyager à travers les montagnes ? Cela va te coûter un bras, si ce n'est deux... Mais tu en as les moyens bwahahahaha ! »

La pluie battante.

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Dernière édition par Daemon le Dim 27 Sep 2015 17:08, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Mer 29 Juil 2015 13:05 
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Le semi-elfe a un sommeil agité, il fait du bruit et il remue, il doit cauchemarder.

(Il ne peut pas respecter les autres, j’essaie d’manger mon jambon tranquille...)

Le semi-elfe émet un gémissement, il ouvre péniblement ses yeux et commence à me regarder. Le soleil est maintenant bas dans le ciel, il doit s’être écoulé quelques heures depuis son malaise. Je lui rends son regard, et, très rapidement, fatigué d’être scruté par ces yeux de Shaakts, je me retourne face à la rivière, et me concentre sur le plus important : La bouffe ! Je prends dans le sac du semi-elfe ce qu’il reste de fromage avant de retourner m’asseoir devant la rivière.

Au bout d’un moment, il me demande si je suis bel et bien un nain. Je le regarde avec des yeux ronds, me demandant un court instant si cette question est sérieuse.

« Bwahaha il est comique celui-ci ! » Lui répondis-je tout en rigolant à gorge déployée

Puis, continuant de me bâfrer, je sentis son regard de nouveau posé sur moi.

« Euh... c'est mon sac... Et ma nourriture... » Me dit-il d’un ton timoré

« Ah !? Il n'y a même pas de bière, c'est quoi ces rations !? »

« Ah... Désolé... »

N’étant toujours pas venu à bout de ma faim, je me retourne une nouvelle fois pour continuer mon délicieux repas mais de nouveau, le semi-elfe gémit et quand je me retourne, c’est pour le soir torse nu en train d’examiner sa blessure.

« Qu’est-ce que tu fous là avec c’te blessure ? »

Il me répond d’une voix faiblarde « Je quittais Dahràm pour accomplir une mission. Mais je me suis fait agresser non loin de la ville. »

Je lui rétorque du tac au tac « Pourquoi ne pas être retourné en ville alors ? »

Le semi-elfe commence à bredouiller quelque chose, mais rien à faire je ne parviens pas à le comprendre.

(Son histoire est étrange, il cache quelque chose, mais je ne vais pas insister, on ne sait jamais avec ces maudits elfes.)

« Vous partez vers les montagnes ? » Me demande le semi-elfe

« Non. » Dis-je en soupirant

« Je dois les traverser pour atteindre la partie sud du continent. »

« Ah... ?» Lui répondis-je sans même daigner le regarder

« J'ai une quête à accomplir, une guilde m'offre une grosse récompense si je lui trouve une relique perdue... »

(Ceci devient intéressant pour moi !)

Je me concentre désormais sur ce que l’petiot a à dire, s’il est question de récompense, forcement c’est mieux !

« Oui ! Des adorateurs de Phaïtos m'ont recruté, ils me promettent une fortune pour ce trésor. »

« Mais pourquoi t'envoyer toi ? Tu ne paies pas de mine. » Lui dis-je d’un ton moqueur

« Et bien... J'ai obtenu des informations sur l'emplacement de la relique, alors... Et puis, ils sont bizarre ces religieux. Mais je dois traverser les montagnes... Je ne sais vraiment pas comment faire. Souhaiterais-tu faire équipe avec moi ? »


« De combien causons-nous exactement ? » Dis-je, une lueur d’espoir dans les yeux

« Ils m'offrent 100 000 yus une fois la relique retrouvé ! Apparemment cette guilde possède un somptueux château ! »

Perdu dans mes pensées, je n’imaginais déjà les montagnes d’or et d’argent, les joyaux brillant de mille feux, les saphirs et les émeraudes, ce château il me faut le visiter, et essayer d’obtenir ma part du gâteau.

« Alors, tu souhaiterai m'aider à traverser les montagnes ? Accomplir cette quête avec moi ? »

« Si je résume bien, tu as besoin de moi, et de mes connaissances pour voyager à travers les montagnes ? Cela va te couter un bras, si ce n’est deux… Mais tu en as les moyens bwahahaha ! »

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J'suis tête en l'air... Merci à Dame Itsvara pour c'te superbe signature !


Korben's Song.


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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Jeu 13 Aoû 2015 20:06 
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(5)



Sortir de la cité n'est pas compliqué. Personne ne fait gaffe à elles, entre les gars encore en train de se taper sur la gueule, ceux qui rendent le contenu de leur estomac et les chats errants faisant la chasse à des chiens plus maigres qu'eux. La rôdeuse s'amuse à faire tranquillement tourner ses bolas neufs en sifflotant. Elles croisent bien quelques mecs mal sapés, mais aucun ne les emmerde. Faut dire qu'il se fait tard, qu'c'est l'heure d'bouffer pour certains, et qu'même chez les trancheurs de gorge, on respecte l'heure du repas. Enfin, sans doute. En tous cas, Maya et elle avancent peinardes.

"Roaaaah !"

La peau-verte lève un peu les yeux vers le corbeau à trois mirettes perché sur son crâne. Sans réussir à le voir.

"Quoi ? T'as la dalle ?", lance-t-elle vers l'animal, qui l'ignore et se lisse une aile.

La garzoke hausse les épaules et baisse ses yeux rouges vers la gosse. Maya avance sans un bruit, mais quand elle croise son regard, la petite fait un genre de grimace. Ah nan, c'est un petit sourire en fait. Pas rancunière c'te petite. Zu'Gash remarque un détail et agrippe le visage de la gamine. L'enfant sursaute, et la regarde avec de grands yeux.

"Bon, tu s'ras pas défigurée. Dommage, ça t'fil'rait un genre.", constate la peau-verte en regardant la zone frappée plus tôt, un peu gonflée.

Maya ouvre la bouche et la tord sur le côté. Elle est marrante cette gosse. Comment elle fait pour ne hausser qu'un sourcil à la fois ?

"Roaaah ! Roooo-Aaahhh !", lâche le piaf en agitant les ailes. Il décolle, attirant le regard des deux voyageuses vers une forme plus loin.

"Allez ! Avance ! S'il te plait !", fait une voix masculine que la rôdeuse a déjà entendu quelque part. "Je te préviens ! Si tu n'avances pas je... Je... Je tirerai les rênes jusqu'à ce que tu obéisses !"

Sourire en coin qui s'accroit. En quelques foulées rapides, Zu'Gash se dirige vers la forme éclairée par une lanterne. Une charrette, attelée à une mule qui broute. Et un crétin qui tire sur la bride pour la faire bouger. Plus petit qu'elle, sous une capuche, l'humain ne la voit pas arriver.

"Eh ! Comme on s'recroise !", lance la peau-verte, faisant sursauter l'homme. "Encore un souci d'charrette ? C'pas d'pot !"

La garzoke part dans un grand éclat de rire, et plaque violemment sa main dans le dos de l'homme. Ce dernier tousse, titube et la pointe du doigt.

"Ah ! Je vous reconnais ! Ce matin ! La garzoke !"

"Oaip. T'inquiète, j'ai trouvé l'bordel sans ton aide. J'te l'conseille pas. La maqu'relle est une sacrée voleuse. Bon, c'pas tout ça, mais on a d'la route à faire. Hein Maya ? Les montagnes c'est pas loin, mais faut pas trainer non plus."

Et pendant que le corbeau à trois yeux revient se percher sur la tête de la rôdeuse, la petite fait un signe de tête poli à l'encapuchonné. Elles n'ont pas fait trois pas que l'homme les interpelle.

"Attendez ! Euh... Dites... Vous allez où, à peu près ?"

"J'viens d'le dire. Faut s'vider les oreilles d'temps en temps, hein ? Ça permet d'casser la croûte, au passage.", déclare la peau-verte, partant dans un sourire amusé en voyant le dégoût sur les tronches des deux humains. Zon't vraiment aucun sens pratique ces gens-là. "C't'ait quoi déjà... Luminion ? Oais, un truc comme ça."

"Luminion ? Le Duché ou la cité ?"

"Bah...", cogite la peau-verte, avant de se faire picorer le crâne par le corbac. "Oaille ! Mais quoi ? T'as une meilleure mémoire que moi peut-être ?"

"Roaaah !"

"J'te crois, j'te crois. Pas la peine de m'roaaasser d'ssus.", s'amuse la rôdeuse, en choppant le bec de la bestiole. "On doit s'rendre à un château dans l'duché. Un machin dent d'or. Tu connais ?"

"Moi non, mais je suis certain que Père le saura. Il connait tout des Duchés. Et justement, je dois aller le voir. Alors... Peut-être qu'on pourrait..."

"Minute l'asticot. ", l'interrompt-elle. "Sûr qu'un gringalet dans ton genre s'ferait becqueter par le premier chien errant croisé sans une paire d'bras solides. Mais j'y gagne quoi, moi ?"

"Ma gratitude ? Et quelques yus une fois arrivés ?", tente-t-il, tout en essayant encore d'arracher la mule à sa touffe d'herbe.

"Les mots, ça pèse pas lourd dans la bourse ou la panse. Démerde-toi. Allez Maya, on s'barre.", annonce la rôdeuse en pressant la gosse pour se remettre en chemin.

Elle ne s'est pas retournée que l'homme se met en travers de sa route.

"Attendez ! Je... J'ai des onguents ! Des baumes ! Des cataplasmes et des choses pour vous soulager. Petites coupures, bleus, je m'en occupe !"

"Ah ? Moi j'm'en fous, mais la p'tite aurait b'soin d'un truc pour sa tronche.", fait Zu'Gash en se grattant la tempe. Son geste semble réveiller le corbeau, qui décolle, et lui donne un coup de bec dans le pif. "Oaieuh ! Eh ! J'me suis pris assez d'coups d'dans pour aujourd'hui. Va pas m'rendre encore plus moche !", déclare la peau-verte avec un rire porcin, en choppant et secouant le bec sombre.

"Roah roah rooooo-aaaah !"

"Euhm... J'ai aussi de la pommade contre les ampoules au pieds."

"Ah ! Ben fallait commencer par là, vieux !", lance l'orque en agrippant l'une de ses bottes, et faisant battre rageusement des ailes au piaf sur son crâne. "Ça tombe bien, j'en ai une qui m'dérange."

Zu'Gash reçoit dans son pif douloureux l'odeur de ses pieds enfermés dans les bottes de cuir. Elle est rassurée. Elle s'est lavée ce matin, mais la crasse puante sous ses ongles n'a pas changé. Elle lève le genou, tendant son pied en en agitant les doigts. L'homme lève la main, comme pour s'empêcher de dégobiller. Maya fait le même geste, sauf qu'elle, elle se marre sous cape.

"Au boulot, vieux. Faut qu'on bouge un peu avant qu'la nuit tombe."

"Cessez de m'appeler "vieux" ! Je n'ai pas vingt ans ! Je me nomme Marius. Marius Rocsel."

"S'tu veux. Moi c'est Zu'Gash. Elle, c'est Maya.", fait la peau-verte en désignant la gosse.

"Roaaah !"

"Quoi roaah ? Eh ! M'picore pas là, j'y ai déjà pas d'cheveux ! Faut qu'j'te présente aussi ?"

"Roah !"

"Nan mais, j'veux bien. Mais tu t'appelles comment ?", fait tranquillement la peau-verte, pendant que l'humain extirpe un pot de son sac, et jette à Maya un regard pas rassuré.

"Aaah ! Roh ! Roaah !", chante le piaf à trois yeux.

"Aroroa ? C'est un nom d'fille ça !", se marre la peau-verte avant de voir le corbac voler devant sa trogne et la regarder longuement. "Attends... T'es une fille ? T'aurais pu l'dire !", s'esclaffe la peau-verte, sous le regard totalement paumé des deux autres. "Bon ben, elle, c'est Aroroa."

"Roaaaah !", chante de façon rauque la bestiole avant de retourner tranquillement se percher dans la tignasse de la rôdeuse. Là-haut, elle se met à claquer du bec et faire un son genre raclement de gorge, en plus doux.

L'humain Marius n'ose pas toucher les pieds calleux de la garzoke, mais n'a pas de soucis pour passer un onguent sur le visage de la mioche. Zu'Gash se démerde seule avant de remettre ses bottes, et de se marrer en se sentant glisser un peu dedans.

"Allez ! En route !", beugle la grande femme à crocs en donnant une claque sur le fion de la mule. Et cette fois, la bête lève le nez de sa touffe d'herbe, en poussant un cri mécontent. Comme avec les deux-pattes, suffit d'savoir s'y prendre !


(Après)

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Dim 1 Nov 2015 02:09 
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Et voilà, je m'étais enfin décidé à faire quelque chose de différent dans ma vie. J'avais toujours eu l'envie de devenir un grand aventurier mais faute de quêtes, je n'avais jamais bougé du village. Aujourd'hui c'était différent, j'avais un but, un début d'aventure.
J'étais debout à l'entrée du village, près de la maison du vieux Bernard, scrutant l'horizon d'un œil rêveur, prenant la pose d'un aventurier. J'avais mit mes beaux habits de cuir, je portais mes bottes qui pouvaient résister au temps et à la longue marche, mon sac était rempli de victuailles et d'herbe à pipe, ma rapière pendait à ma large ceinture et mon arbalète était solidement attachée dans le dos. Je restais là, un moment, en imaginant déjà toutes les aventures qui m'attendaient.

Pour ma première quête, je m'étais proposé d'aller rechercher Ulthor. C'était un vieux marchand qui venait de manière hebdomadaire au village afin d'établir un commerce entre les villageois et les autres hameaux des alentours. Seulement, cela faisait deux jours qu'il avait manqué le rendez-vous et ça nous avait pas mal agacé. J'ignorais le chemin exact de son périple commerçant, mais si je suivais la route, je pouvais sûrement tomber sur lui. Il voyageait toujours avec son chariot, il n'y avait donc aucune raison de s'écarter du chemin.
Alors que je continuais d'observer l'horizon, les yeux plissés par le soleil ou par mes pensées, je n'avais pas fait attention au vieux Bernard qui m'avait rejoint. C'était un vieux bonhomme tout courbé, habillé toujours de la même chemise sale, marchant avec une canne tordue.

- Qu'est'c'tu r'gardes comme ça Mazorn ? Me demanda-t-il un fois arrivé à ma hauteur sur un ton amusé.

- Rien de spécial, je prends la pose des héros, répondis-je sereinement.

- Des héros ? V'là aut' chose. Tu devrais plutôt aider ta mère aux champs, tiens. T'es pas un héros Mazorn, t'es qu'un bouseux. Chez nous, y'a qu'des bouseux qui finissent en vieux schnock comme moi, soupira-t-il.

- Non, moi je suis ni un bouseux ni un vieux schnock et bientôt on dira Mazorn le héros et les bardes chanteront des chansons sur mes exploits.

- Peuh, tu vas nous r'trouver le marchand, s'il est pas canné, pis tu reviendras ici boire des canons comme nous tous. Ca sert à rien d'être un héros, ça finit toujours mal ces choses là mon gars.

Je tournai la tête vers le vieux Bernard, il était bien plus petit que moi.

- T'en sais rien de ces choses là, t'es qu'un vieux schnock, lui répondis-je en le tapant deux fois sur l'épaule si bien qu'il dû s'appuyer sur sa canne pour ne pas tomber.

Je mis ma capuche sur la tête, puis j'avançai d'un pas sûr vers ma première quête. J'entendis le vieux bonhomme grommeler derrière moi et je quitta le village sans me retourner.

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Lun 21 Mar 2016 01:07 
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Précédemment : ici

Les deux femmes marchaient dans la nuit. Les yeux fixés sur leurs chaussures, il était de toute manière inutile de regarder en avant. Bien peu de brigands attaquaient de nuit et les deux femmes se savaient suffisamment discrètes pour ne pas attirer l'attention par temps sombre. Seuls quelques craquements distinctifs des feuilles mortes sous leurs pieds dévoilaient leur présence pour un temps infime, bien vite répétés à quelques pas. Soudain, la fillette s'arrêta et soupira.

« Que se passe-t-il ? »

« Je suis fatiguée de marcher. On arrive bientôt ? »

La question était devenue récurrente. Ce fut au tour de Liniel de soupirer et de répondre :

« Ça ne fait qu'une petite heure que nous marchons. Je pense que nous serons arrivés pour l'aube, si tu te décides à ne plus t'arrêter à chaque fois que tes petits mollets se font fatigués. »

« Ce sont mes blessures qui me font mal. »

La petite fille lança un regard boudeur à la Semi-Elfe qui sembla ne pas y réagir. Elle savait pertinemment que Yurlungur avait été torturée quelques jours auparavant par la Milice de Dahràm mais faisait comme si ce n'était pas important, ou comme si elle l'avait oublié. Finalement, elle proposa :

« Je te raconterai une histoire en cours de route si tu me suis. »

Puis sans un regard en arrière, elle reprit sa route, laissant la petite fille seule sous la Lune, en plein milieu du chemin de campagne qu'elles suivaient. Celle-ci grommela puis trottina pour rejoindre la Semi-Elfe. Elles marchèrent un instant sous le regard brûlant des étoiles. La fillette lança de rapides coups d'œils à son aînée, toujours concentrée sur la route, puis rompit le silence de la nuit :

« Liniel, tu m'as promis une histoire... S'il te plaît ! »

L'impatience de la petite fille était compréhensible. Pendant sa convalescence, Yurlungur avait été soignée par Sephon et Liniel, qui, étant bien plus douée pour tuer ou blesser que pour soulager des plaies, s'était contentée de raconter quelques histoires à sa protégée, histoires qui avaient eu un résultat impressionnant. Peut-être était-ce dû au caractère précieux d'une mère et à l'absence d'un père, toujours est-il que la fillette avait littéralement bu les paroles de la Semi-Elfe, en redemandant à chaque fois un peu plus. Absorbée par ces contes, elle tremblait lors des situations de crise fictive, se réjouissait à chaque victoire ou se lamentait à chaque défaite du héros ou de l'héroïne. Liniel n'était pas habituée à un tel public - elle était même habituée à ne pas avoir de public du tout -, mais cette attention particulière ne l'avait pas gênée, bien au contraire. Attendre un peu avant de commencer une nouvelle histoire relevait alors plus de la taquinerie que de la lassitude. Elle jeta un regard malicieux à la jeune Humaine et répondit :

« Très bien, très bien. Hum... Aujourd'hui, je vais te conter la fabuleuse et triste histoire d'une Elfe, une Elfe dorée des Anciens Temps. Les Elfes dorés, pour commencer, sont des êtres à la stature impressionnants. Immortels, dotés d'une force physique et de pouvoirs magiques incroyables, nul ne les a jamais égalés, que ce soit au niveau de leur prestance ou de leur charisme. On dit qu'ils avaient tous les cheveux blonds comme l'or, ce qui leur a donné leur nom : mais aussi qu'ils auraient été créés par les Dieux eux-mêmes, ce qui leur aurait conféré leur longévité, ne pouvant décéder que de blessures physiques – si quelqu'un ou quelque chose arrivait à les toucher. Aujourd'hui, ils sont éteints, ou bien très bien cachés. Mais leurs esprits hantent toujours les lieux où ils ont passé leur existence... Là où se trouvent leurs trésors ! Seuls les plus inconscients oserairent les leur ôter...

L'Elfe dont je vais te parler s'appellait Shaeya 'naer Elsayim. Parmi ses semblables, elle faisait figure d'exception de par sa beauté et sa grâce, mais pas seulement, non non ! Elle maîtrisait les armes et la magie noire mieux que personne, si agile et si habile qu'elle esquivait tous les coups, qu'elle désarmait les combattants en un instant, si ces derniers ne l'étaient pas déjà à cause de son regard envoûtant. Elle jouissait d'une réputation certaine, femme à la fois terrible et magnifique, recherchée par sa beauté par-delà les mers sur tous les continents. Mais aucun prétendant ne parvint à la conquérir. Les plus virils et les plus beaux des Elfes dorés n'eurent même pas leur chance : elle les mit au tapis d'un seul coup d'estoc, le temps d'un battement de ses cils ensorcelants.

Finalement, ce ne fut pas sur un mortel qu'elle posa son dévolu, mais sur un Dieu, auquel elle consacra sa vie. Et pas des moindres : le Dieu du Sang et des Combats l'attira, à la fois le Guerrier par excellence et le Protecteur des mages sombres, Thimoros. Elle avait déjà, toute sa vie durant, consacré de nombreuses heures à le prier. D'ores et déjà considérée comme une Guerrière du Chaos, elle avait consacré sa vie aux armes et à la sorcellerie des Ombres, ce qui en soi faisait déjà la moitié du chemin pour attirer Thimoros. Elle lui avait consacré des heures de prières, lui avait dédié toutes les âmes tombées sous sa lame, lui avait offert toutes les morts par magie qu'elle avait commises. Dans son fanatisme aveugle envers son Dieu, on raconte même qu'elle lui aurait offert une ville entière peuplée d'Elfes dorés, une ville dix, cent, que dis-je, mille fois plus grande que Kendra Kâr, utilisant pour cela un rituel surpuissant dont elle fut la créatrice et l'unique utilisatrice.

Tant de meurtres, tant de sang écoulé, tant de dévotion pour une chose si simple : l'amour. Car Shaeya 'naer Elsayim était amoureuse, amoureuse de sa divinité.
»

La Semi-Elfe se tut un instant afin de faire ressortir le côté émouvant de l'histoire. En passant, elle cueillit sur le bord du chemin une rose qui poussait à point nommé et huma son parfum puis la tendit à la petite fille qui la récupéra dans ses mains. À la lumière céleste, le pourpre de la fleur devenait un éclat terne et, par manque d'attention, une gouttelette de sang coula sur l'une des douloureuses épines de la rose.

« Aussi belle et fatale que cette rose, ainsi était Shaeya 'naer Elsayim. Telle le parfum de cette fleur, elle s'entourait d'une protection illusoire à faire pâlir de jalousie les plus grands mages de notre temps ; telle les pétales rougeoyantes, elle usait de charmes irrésistibles pour attirer l'attention ; telle les épines pointues, ses armes transperçaient la chair de ses admirateurs subjugués... »

La petite fille jeta la rose sans ménagement et se lécha le doigt. Liniel en rajoutait évidemment mais la fleur n'avait pas beaucoup de valeur aux yeux de la fillette qui demanda, impatiente :

« Et après ? Avec Thimoros ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« J'y viens, j'y viens.

Thimoros apprit bien évidemment la nouvelle de cet amour passionnel, cet amour fou et interdit. Il ne pouvait l'ignorer, l'Elfe dorée se montrant chaque fois plus pressante dans ses prières, plus ardente dans sa dévotion, plus ambitieuse dans ses offrandes. Elle proposa de sacrifier toute la population de Yuimen en l'honneur de son Dieu, pour que ce dernier accepte enfin son amour, et elle refusa tout repos jusqu'à ce que Thimoros l'ait accepté. Le Dieu des Massacres faillit accepter, curieux, mais prit peur. Il prit peur face à le ferveur que dégageait cette promesse, il prit peur face à la puissance que Shaeya obtiendrait si elle réussissait, il prit tout simplement peur face à l'amour de l'Elfe, incapable lui-même d'en concevoir l'étendue et incapable de l'accepter tel quel.

Décidant de se débarrasser de cette encombrante amante, il créa un fluide spatial et envoya Shaeya 'naer Elsayim sur un nid de dragon rouge. Ce n'était donc pas un Dragon comme les autres, non ! Ce n'était pas simplement un être de chair et de sang, il était également constitué en grande partie d'Ombre pure, ce fluide contrôlé par les Mages noirs. Il s'agissait d'une créature créée de toutes pièces par Thimoros lui-même, rouge de la couleur de la terre après les plus grands massacres du Dieu, monstre dédié à la destruction même de toute forme de vie. Plus gros que trois Dragons ordinaires, il dépassait les montagnes, pouvait engloutir des continents et provoquer des raz-de-marées.

Mais cela n'effraya pas l'Elfe dorée. Cette dernière le défia, consciente qu'il s'agissait de l'ordalie de son Dieu. Elle l'affronta ensuite, dans un duel qui dura sept jours et sept nuits. Sans la moindre trace de fatigue chez les deux combattants qui usaient et abusaient de frappes physiques et magiques autant que de parades et d'esquives, le combat fut suivi de près par l'entière assemblée des Dieux tellement il fut impressionnant. Des lames ordinaires auraient traversé le corps magique du Dragon sans lui occasionner le moindre dégât, mais celles de Shaeya 'naer Elsayim n'étaient pas anodines. L'une était une épée longue forgée par les meilleurs Maîtres-artisans Elfes dans un métal gorgé de magie à l'état brut. L'autre était une hache tranchante créée par les Nains des plus profondes montagnes, faite de mithril pur, le tout renforcé par des runes aujourd'hui disparues lui conférant une puissance incommensurable.

Malgré tous ces enchantements, l'épée fut brisée au soir du quatrième jour dans la gueule ardente du Dragon qui fit fondre le métal et en absorba la magie. Cela le guérit entièrement, dit-on, mais Shaeya n'abandonna pas. Elle continua le combat uniquement avec sa hache, à la fois infatigable et inlassable. Finalement, à l'aube du huitième jour, celle-ci se brisa sous les coups du Dragon et l'ultime rune s'activa, créant une déflgration qui fit trembler le Ciel et la Terre pendant plusieurs minutes. Le Dragon rouge se la prit de plein fouet et Shaeya 'naer Elsayim, folle de rage d'avoir perdu sa dernière arme, se jeta sur lui et arracha le cœur encore palpitant du Dragon à mains nues, n'hésitant pas à plonger dans le fluide d'Ombre dont ce dernier était constitué.

Le Dragon rouge expira son dernier souffle lorsque les premiers rayons de Soleil l'atteignirent. À cette même lumière, l'Elfe dorée victorieuse brandit son trophée et Thimoros lui apparut. Cette vision aurait tué n'importe quel mortel et aurait rendu fou les plus braves d'entre eux. Mais Shaeya était déjà subjuguée par son Dieu, ou déjà folle, et reçut cette apparition avec sérénité. Le Dieu, pour la gratifier, lui offrit deux présents. Le premier fut le corps du Dragon rouge, à partir duquel il créa par la suite en l'honneur de sa championne quatre reliques : une armure avec le cœur, une cape avec la queue, un diadème avec les cornes et, enfin, il répara la hache de l'Elfe dorée en utilisant le métal des dents du Dragon puis en la gravant de runes encore plus puissantes, et pour cause : ces runes étaient gravées par le Dieu lui-même !

Le second présent que Thimoros offrit à l'Elfe dorée fut purement charnel. En échange de la dévotion de toute une vie et de ces sept jours et sept nuits de combat incroyables, le Dieu offrit une nuit à Shaeya puis s'en fut. L'Elfe dorée ne pouvait en demander plus et pourtant, elle l'obtint. Car elle eut un enfant de son Dieu : elle, simple mortelle, portait dans son corps une progéniture divine. Dans un Temple de Thimoros, elle accoucha du bébé : la future Oaxaca, la Terrible.

Par la suite, la mère et la fille furent forcées à fuir, bannies par les Dieux eux-mêmes qui eurent vent de l'existence de la nouvelle demi-Déesse, chose interdite. Elles errèrent et Shaeya finit par mourir, laissant sa fille seule. La suite de l'histoire concerne Oaxaca et je doute que tu sois follement emballée pour l'écouter.
»

La fillette eut une moue dubitative. Paradoxalement, elle aurait aimé que le conte de Liniel dure plus longtemps, même si après sa récente confrontation avec des créatures modifiées par Xenair, elle préférait éviter tout ce qui se rapprochait, de près ou de loin, à la Déesse maléfique. Elle choisit donc de rester silencieuse et les deux silhouettes continuèrent de se déplacer dans la nuit, en direction de l'Est.

« Mais alors... Que sont devenues les reliques ? »

Après quelques minutes, la question s'était formée dans l'esprit de la petite fille. Liniel en fut surprise et répondit :

« Eh bien... Je ne sais pas trop. Je suppose qu'elles ont été récupérées par Oaxaca, peut-être par Thimoros. Ou alors, ce serait d'autres Elfes dorés qui les auraient cachées dans leurs cités. Pour être tout à fait franche je n'en sais trop rien et je n'ai pas non plus l'envie de chercher. Je suppose que ça demanderait beaucoup d'efforts et nous risquerions fort de ne jamais les trouver. »

Une lueur d'audace brilla dans les yeux de Yurlungur tandis qu'un sourire espiègle apparaissait sur son visage. La Semi-Elfe le remarqua et demanda :

« J'imagine que je t'ai poussée à bout. »

« Oui. Je te parie que je trouverai ces reliques ! »

« Toutes ? »

La question de Liniel était provocatrice, mais la fillette résista.

« Hmm... Au moins une. »

« Marché conclu. Il nous faut un gage alors... La première de nous deux qui découvrira l'une des reliques gagnera... le droit de ne pas avoir à faire à manger pendant un an ! ajouta-t-elle en rigolant. »

« Tope-là ! »

Le rire de Liniel s'estompa progressivement et elle fit simplement remarquer :

« Tu sais, je doute que nous trouvions une telle relique avant longtemps. Si on avait encore les sources d'information du Gros Néral, ça pourrait aller, mais là... Quelques années, quelques décennies peut-être je dirais. Heureusement, ce n'est un problème ni pour toi ni pour moi. Il faudra simplement s'en souvenir. »

Le sourire de la fillette n'avait pas disparu. Elles continuèrent leur marche sans voir que, derrière elles, un petit être les avait repérées et voletait sans un bruit dans leur dos.

(Intéressant...)

Yurlungur et Liniel s'étaient tues. Le petit être s'envola donc dans les cieux, disparaissant dans l'éther et fonçant à toute allure en direction de l'Est.

***


À l'aube, les premiers rayons du Soleil éclairèrent le refuge que Liniel avait choisi. Une ombre inquiétante était projetée au sol, irrégulière à cause de l'aspérité de la roche. Vieux et presque ridé, les murs de l'ancienne prison de Darkhàm étaient érodés depuis longue lurette par le vent marin qui soufflait ce jour-là entre les cheveux des deux femmes. En plein milieu d'une plaine, le souffle de la mer n'était aucunement entravé pour venir dessécher progressivement ce lieu mort et morne.

« Ça n'a pas l'air... très accueillant. »

« Nous y serons tranquille, au moins. Sais-tu ce que c'est ? »

« Oh, je ne sais pas. Une prison, peut-être ? »

Le ton était ironique et boudeur. Le bâtiment qui se dressait avait de quoi effrayer. Il était certain qu'ils y seraient tranquilles, mais... la fillette aurait préféré un autre endroit. Même la douce lumière de l'aube n'arrivait pas à rendre l'endroit plus agréable.

« C'est l'ancienne prison de Darkhàm, le nom ancien de Dahràm. Tu n'étais sûrement pas née lorsqu'on appelait encore comme cela la ville. Pendant une brève période, je te l'avoue, j'y avais cru. J'avais cru que l'utilisation de la prison par les dirigeants de la cité pourrait arranger les choses. Mais bon, je me suis reconvertie entre temps. L’avènement d'Oaxaca et de ses troupes m'aura au moins prouvé que je n'ai pas eu tort. »

Sans parler davantage, Liniel s'approcha des lourdes portes d'entrée, faites de fer à présent rouillé. Le regard intrigué de la petite fille la suivait. Ne venait-elle pas de parler de son passé ? Souriant enfin, la petite fille suivit Liniel qui poussa rudement les portes, un grincement sinistre retentissant tandis que les deux exilées pénétraient à l'intérieur du bâtiment.

Suite : ici

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Lun 21 Mar 2016 01:25 
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Après un rapide repas frugal, la fillette quitta la prison. Prenant soin de fermer la lourde porte derrière elle comme si elle n'y était jamais venue, elle reprit le chemin en sens inverse en sifflotant. Sur son dos, une petite sacoche presque vide pendouillait, mollement battue par le vent doux qui parcourait les plaines. C'était à peine le début de l'après-midi et la petite fille ne savait pas où aller. Liniel lui avait dit de trouver des voyageurs ou des brigands, certes, mais où ? Le chemin menant à la prison était peu usité, pour ne pas dire évité, et il lui faudrait donc s'éloigner de celle-ci... Si seulement sa mère, au lieu de se contenter de la lecture et des règles de bienséance, lui avait appris quelques notions de géographie dont l'emplacement des grands axes de transport.

Soupirant, la petite fille emprunta l'unique chemin de terre qui quittait la prison, s'environnant sans hésitation dans la campagne de Dahràm. Il n'y avait dans cette région que peu de fermes et de champs, sûrement à cause de la proportion grandissante de voleurs et détrousseurs de toutes sortes. Si Liniel allait chercher à manger dans une exploitation agricole, elle aurait à chercher loin. Le regard de la fillette se perdit entre les herbes folles qui bordaient le chemin et continuaient au-delà. À cette époque de l'année, celles-ci dépassaient en taille la gamine et elle pouvait ainsi admirer dans toute sa splendeur ce florilège de dérivés de vert, allant du plus clair en haut au plus foncé en bas. Ses yeux, grands ouverts, essayaient de capter un maximum d'images de tout cela. N'était-ce pas la première fois qu'elle s'aventurait hors de Dahràm ? Bon, soit, peut-être pas la première exactement. Mais elle ne s'était certainement jamais rendue aussi loin. Et la nuit dernière, elle n'avait pas pu bien observer tout cela sous la lumière de la Lune.

Ici, on entendait le chant des oiseaux dans des bosquets hétéroclites perdus au milieu de la mer verte, là, on voyait un renard, un blaireau ou une simple souris passer à toute allure sur le chemin, disparaissant ensuite de l'autre côté aussi vite qu'ils étaient apparus. Des fleurs nées hier sur le bord du chemin charmaient les sens de la fillette, tandis que d'autres, plus loin dans les herbes, l'aguichaient de pétales colorées. Combien de fois faillit-elle quitter le chemin pour aller les voir de plus près – et nécessairement les cueillir ? Des insectes volants ou rampants se frayaient un chemin devant son nez ou sous ses pieds, de la fourmi au lombric, du petit moucheron à l'énorme coléoptère en passant par un groupe d'abeilles qui rentraient à la ruche. Et si tous ces éléments mouvants n'avaient pas réussi à attirer la petite fille dans leur sillage, c'est qu'il leur manquait quelque chose qu'elle ne parvenait pas à définir. Peut-être une petite dose de sublime.

Au bout d'un petit quart d'heure de marche, le spectacle de la nature en fête fut interrompu pour une petite pause sous un chêne au bord du chemin. Yurlungur vint s'asseoir sur l'une de ses imposantes racines, se laissant envelopper dans les branches protectrices du vénérable végétal. La fraîcheur de l'ombre s'alliait avec le chant d'un rouge-gorge qui avait établi son nid plus haut, tandis que le bourdonnement de quelques abeilles qui butinaient ça et là officiait en tant que basses, accompagnatrices du solo gazouillant. La petite fille, oubliant sa quête initiale, se laissa porter par cette mélodie sans cesse renouvelée. Et son regard se posa sur un phénomène des plus magiques.

Pour bien l'expliquer, il fallait remonter il y avait quatre mois de cela, lorsque deux papillons s'étaient en effet envolés ici dans des ébats amoureux, copulation de deux corps qui allaient mourir bien avant de voir leur progéniture apparaître. Mais ils n'en avaient cure et c'était un ballet enflammé qui avait pris place ici, à la tombée de la nuit, ce pendant une petite heure. Aucun de ces grandes choses boudinées au teint blanchâtre n'était venue les déranger et, finalement, le mâle était parti vers de nouveaux horizons, probablement vers sa mort d'ici quelques heures, tandis que la femelle s'était posée sur l'une des branches du chêne pour déposer ses œufs et les abandonner à jamais. L'un d'eux, un peu plus gros que les autres, ne mit que deux semaines à éclore, et une chenille aux reflets bleus argentés vit le jour. Elle se gava, deux autres semaines durant, avant de se transformer, encore, mais cette fois en chrysalide. Elle s'était alors fixée sous l'une des branches basses de l'arbre et avait attendu, patiemment, près de trois mois durant.

Jusqu'à ce que le cocon, à moitié vert à moitié bleu, se décidât enfin à s'ouvrir et à laisser émerger, sous les yeux émerveillés de la petite fille qui se trouvait là, un papillon magnifique. Son corps était d'un bleu indigo qui scintillait de mille paillettes naturelles, tandis que ses ailes noires comme la nuit présentaient des motifs d'un bleu plus sombre qui brillaient d'un éclat surnaturel. La naissance d'un nouvel être, émergeant de mois de stase et de transformation interne, ne pouvait que subjuguer l'enfant par les miracles accompli dans le cocon, bientôt abandonné par son propriétaire mais permettant un spectacle époustouflant sans nulle autre mesure. Les yeux de Yurlungur brillaient. Deux ailes délicates se déployèrent, le corps s'apprêta à s'envoler. Deux grosses mains avides se refermèrent dessus.

Trop tard. Le papillon encore humide s'était envolé dans les airs, échappant de peu à son immense agresseur qui avait essayé de l'attraper. La petite fille poussa un juron et se leva immédiatement pour partir à la poursuite de sa proie. L'enchantement visuel des ailes chatoyantes tenait la fillette et elle ne pouvait se résoudre à abandonner la traque de ces ailes. Mais le papillon ne pouvait non plus se résoudre à abandonner ses ailes vitales à cette grosse chose agressive. Il prit de la vitesse, petit à petit, essayant tant bien que mal d'échapper à la gamine qui, insouciante, s'engouffra dans les hautes herbes à sa poursuite. Elle venait de quitter le sentier, mais elle n'en avait cure. Le papillon revêtait une importance bien plus importante à ses yeux que la mission donnée par Liniel, c'est-à-dire la recherche de nourriture. Il fallait connaître ses priorités, tout de même.

La traque se fit ardue. Entre les herbes, l'éclat bleuté du papillon ne passait pas inaperçu, mais celles-ci lui permettraient également, s'il prenait trop d'avance, d'échapper définitivement à la petite fille. Cette dernière était de plus gênée par l'irrégularité du sol et les plantes qui l'entravaient pour quelques instants à chaque fois qu'ils se dressaient en travers de son chemin. Tandis que le papillon voletait à droite, à gauche, zigzaguant pour semer l'Humaine, cette dernière le poursuivait sans relâche, prise d'une hâte sans pareille. Tout dans son attitude démontrait son envie d'attraper la petite créature : que ce soient sa bouche à moitié entrouverte, laissant un léger sourire planer sur ses lèvres, ses yeux brillant de mille feux, ou encore son expression faciale, oscillant entre l'angoisse de perdre de vue les ailes bleues lorsqu'elle devait ralentir et la joie intense lorsqu'elle parvenait à s'en rapprocher.

La course se révéla harassante et la fillette douta moult fois de ses chances de parvenir à attraper le papillon. Mais celui-ci fit une erreur, une erreur qui lui fut mortelle. Il émergea dans une petite clairière au milieu des herbes, où il n'eut plus rien pour se cacher. Un rictus de victoire sur le visage, Yurlungur plongea et se saisit de lui entre ses doigts avant de rouler par terre. Qu'importe ! Il fallait uniquement garder le papillon intact. Allongée au sol, elle se redressa pour se retrouver sur ses genoux et, sentant l'une des ailes coincée entre ses doigts, elle écarta prudemment deux mains l'une de l'autre, le regard empli d'appréhension. Le petit corps en effet avait souffert, sûrement cogné sur les parois de cette nouvelle prison, mais les ailes semblaient intactes. Gardant uniquement dans une main le papillon coincé par l'une de ses ailes, elle approcha deux doigts menaçants vers lui et se saisit de l'autre appendice entre ses deux ongles.

Elle se retrouva bien vite avec les deux ailes du papillon dans les mains, presque intactes, le corps délaissé et tombé au sol. L'insecte avait fort peu vécu – mais il avait vécu, au moins, et son sort n'intéressait pas plus que ça la fillette. Celle-ci continua d'observer son trophée pendant quelques instants puis, souriante, entreprit de trouver quelque chose pour le ranger. Il était hors de question de les mettre dans ses poches, faute de quoi ces deux magnifiques appendices bleus seraient abîmés irrémédiablement. Elle sentit cependant une odeur désagréable à sa gauche et, relevant un nez indigné, tourna la tête pour se rendre compte, enfin, de l'endroit où le papillon l'avait guidée.

Elle se trouvait dans une sorte de couloir entre les hautes herbes, celles-ci étant ici écrasées au sol par le passage répété de bottes. Tandis qu'à sa gauche le passage se terminait sur un trou duquel provenait la puanteur – trou qu'elle préféra ne pas aller inspecter –, le couloir se terminait à droite sur une clairière plus grande, où l'on apercevait quelques tentes. Prudemment, et bien entendu tout en gardant précieusement les deux ailes de papillon entre ses mains, elle avança à moitié pliée en avant en se frottant aux herbes pour rester discrète. Le passage menant à ces toilettes de fortune débouchait sur un grand cercle de quelques mètres de rayon au milieu duquel trônait un feu éteint en cette période de la journée. Autour de celui-ci, quatre tentes étaient visibles ainsi que des piquets profondément enfoncés dans le sol meuble. Enfin, assis sur un monticule de terre, un homme seul sifflotait doucement une mélodie se fondant dans le bruissement ambiant de la campagne, ce tout en taillant un bout de bois en forme de pointe. En somme, il s'agissait d'un campement et de sa vigie. La présence d'un campement autour de Dahràm, et d'un campement caché qui plus est ne pouvait signifier qu'une chose : il s'agissait du repère de brigands. Clair comme de l'eau de roche, et probable au vu de l'épée et des poignards à la ceinture du garde ! Or, qui disait campement de brigands, disait trésor : qui disait trésor, disait coffre : qui disait coffre, disait lieu où cacher les ailes de papillon. Bon, accessoirement, qui disait campement, disait nourriture, mais Yurlungur outrepassait sans remord aucun ce genre de considérations matérialistes.

Un plan s'échafauda dans son esprit. La première chose à faire, pour pouvoir fouiller le camp en toute légitimité – pardon, en toute sécurité –, était de se débarrasser du brigand resté pour surveiller l'endroit. Au vu de son attention démesurée, ce serait simple comme bonjour. Ensuite, il ne resterait plus qu'à trouver un coffre et des trésors, ainsi que, pourquoi pas, un sac pour emporter tout cela. Celui de la fillette allait peut-être se faire trop petit pour emporter tout cela. Bon, si elle avait la place, elle prendrait peut-être aussi un peu de nourriture, tout de même. Son ventre gargouillait déjà un peu, insatisfait du repas trop léger pris à midi.

Elle se glissa discrètement, la capuche rabattue sur la tête, à travers le campement. L'homme n'était pas particulièrement costaud et son sifflement permettait de couvrir les pas de la petite fille. Elle trouva une pierre suffisamment massive soutenant un piquet de tente et le retira, vérifiant au préalable que l'ensemble était suffisamment solide. Puis, apportant sa massue improvisée à bout de bras, elle finit par arriver juste derrière le brigand. Là, elle n'eut qu'à soulever le rocher et le laisser tomber. Un craquement sourd retentit et ce dernier s'effondra au sol, inanimé. Un instant, la petite fille se demanda si elle l'avait tué. Certes, le rocher était plutôt lourd ; certes, elle l'avait lâché au-dessus de sa tête ; certes, il ne s'y attendait pas du tout. Finalement, elle préféra déléguer à ses compagnons la tâche de vérifier son état de santé et se leva, triomphante sur le talus à la place du brigand. D'ici, elle surplombait les hautes herbes et pouvait voir à quelques centaines de mètres de distance. Devant, il semblait y avoir le chemin, qui continuait jusqu'à sa droite au chêne, à deux cent mètres, sous lequel elle s'était arrêtée peu avant. Encore plus à droite, derrière le chêne, se trouvait la prison où elle et Liniel avaient élu domicile, bien plus petite que le vénérable arbre à cette distance. À sa gauche, un bosquet d'arbres étendait ses ramages à une dizaine de mètres, bloquant la vue environnante, tandis que l'extrémité des murailles de Dahràm se dressaient au loin, juste à droite de ces arbres. Au moins, elle n'était plus perdue.

D'un bond, elle se retrouva sur le sol, à nouveau entourée des hautes herbes. Aussitôt, elle se dirigea vers la première tente. Elle écarta le tissu et regarda à l'intérieur. Il y avait là deux simples couchettes, une lanterne éteinte et quelques vêtements sales dans un coin. Elle n'y repéra rien de particulier et repartit après quelques instants, les relents de sueur et de fluides corporels mâles divers ne l'attirant en rien. Elle se dirigea vers la seconde, qui ressemblait à la première à tous points de vue, abstraction faite des couleurs des vêtements et de l'intensité des douces fragrances mâles qu'on y sentait. En ressortant, la petite fille put vérifier que le corps de l'homme était toujours allongé là, mais elle en fut alertée. Lorsque les brigands reviendraient, ils constateraient immédiatement qu'il avait été agressé et se mettraient immédiatement à sa poursuite à elle. Mais il y avait un moyen d'éviter ça...

Elle s'approcha du corps et le saisit par-dessous les aisselles. Elle tira. Qu'il était lourd ! Et dire qu'il avait l'air gringalet... Tout le métal qu'il portait sur lui, s'il ne l'avait pas sauvé, devait au moins le muscler considérablement à chaque fois qu'il essayait de faire deux pas. Grommelant, elle parvint finalement à le traîner dans l'herbe jusqu'au petit coin. Et là, se bouchant le nez de dégoût, elle le fit basculer au milieu des excréments de ses compagnons. Il y avait au moins un mobile : une envie pressante, il glisse, il tombe, il s'évanouit. À cause du choc ou à cause des odeurs, qu'importe. Dès que le corps fut en place, elle repartit illico presto jusqu'à la clairière. Ces émanations l'étouffaient et, si elle jouait par là un tantinet à la précieuse, il était indubitable que l'odeur était... particulière. Elle s'approcha de la troisième tente, remarquant un motif étrange sur le tissu, et s'apprêta à l'écarter lorsqu'une voix la surprit.

« Attends ! »

Elle se retourna immédiatement et aperçut, en face d'elle... Un papillon bleu. Battant des ailes devant ses yeux, à une cinquantaine de centimètres, il était l'exacte copie de celui auquel elle avait arraché les ailes tout à l'heure.

« Ne rentre pas là ! Ou alors fais un peu attention, voyons ! »

La voix était féminine, mais sans conteste autoritaire et énervée. Presque remontée contre la petite fille.

« Je... je suis désolé, monsieur le papillon, de vous avoir arraché les ailes ! »

Un instant de flottement plana après l'excuse de la petite fille, terrorisée par cette apparition.

« Tu m'as... arraché les ailes ? »

« Oui, regardez, je les ai dans ma main... »

Elle tendit devant elle, les mains en coupole, les deux magnifiques ailes bleutées qu'elle avait récoltées.

« Tu dois te tromper. Ce ne sont pas mes ailes, simplement celles d'un vulgaire papillon bleu. »

Le ton était dédaigneux et, presque immédiatement, le papillon parleur s'envola dans les airs et, en s'écartant, conclut :

« Le motif te brûlera si tu le touches. Il faut que tu l'évites. À plus tard, ma belle. »

Et le papillon disparut entre les herbes, aussi brusquement qu'il était arrivé. La petite fille resta interdite quelques instants, ne sachant pas réellement comment réagir. Il y avait donc des papillons qui parlaient, et d'autres qui ne parlaient pas ? C'était assez... stupéfiant. Finalement, regardant les deux ailes de papillon dans ses mains, elle en prit une et souffla dessus pour l'envoyer droit vers la tente. Dès que l'aile toucha le tissu, le motif fut illuminé d'une douce lumière rougeâtre et instantanément, l'aile fut réduite en cendres emportées par le vent. La petite fille avait sursauté et tremblait un peu. Reprenant progressivement un rythme normal de respiration, elle se décida à contourner la tente pour regarder de derrière. Envoyant la seconde aile de papillon contre la toile qui bordait le fond, celle-ci n'eut rien et tomba au sol intacte. Il n'en fallut pas plus pour la petite fille. Pour protéger ainsi avec un verrou magique une tente, il devait y avoir des choses sacrément intéressantes à l'intérieur ! Elle sortit sa dague et déchiqueta le tissu pour se frayer une ouverture.

À l'intérieur, des coffres étaient empilés de chaque côté, tous fermés. Ils devaient sans doute contenir de l'argent, mais il y avait également quelques barils, ainsi que des bouts de viande accrochés à de larges fils suspendus. Elle farfouilla un peu et finit par trouver ce qu'elle cherchait : dans un coin, une sacoche un peu plus grosse que la sienne avait été consciencieusement pliée, sûrement gardée là en rechange. Elle déposa son sac à côté et fit rentrer dans le nouveau ses affaires personnelles. La petite gourde qu'elle avait trouvée dans les affaires de cet homme, l'homme qu'elle avait tué dans les dépôts de Dahràm... Cela lui semblait si lointain. Ce drôle d'objet, qu'elle avait trouvé dans son sac par hasard et qu'elle avait failli abandonner, avant d'être mue par une impression étrange qu'il s'agissait d'un objet important... Et ce fouet, aussi, qu'elle avait pris à son tortionnaire après l'avoir étranglé avec ses propres chaînes. Que de souvenirs ! Cela la mit de bonne humeur. Elle regarda autour d'elle et sut qu'elle ne pourrait pas tout emporter. Elle saisit un gros jambon suspendu et le fourra à l'intérieur, bientôt rejoint par quelques légumes et fruits. Finalement, elle avait encore un peu de place, aussi se mit-elle à regarder de plus près les différents coffres présents ça et là.

Butin des brigands, elle ne voyait pas pourquoi elle n'aurait pas droit à une part elle non plus. Malheureusement, elle ne pourrait pas tout emporter. Choisissant tout d'abord un coffret richement ouvragé, elle se saisit de son pendentif pour essayer de faire sauter le verrou. Le petit bout de métal et les doigts habiles de la fillette étaient toujours aussi bons pour cet exercice, aussi parvint-elle rapidement à découvrir le trésor caché. Sur un socle en velours poupre reposait une bague. Celle-ci aurait pu être classique, mais même dans la pénombre de la tente, elle semblait briller de mille feux. Faite d'un métal brillant, sûrement de l'or, et surmontée d'un bijou étincelant que la petite fille aurait été bien en mal de nommer, il resplendissait entre ses mains, bien plus que les simples ailes de papillon qu'elle avait trouvées dans la nature. Non, elle avait bien fait de les utiliser pour rentrer ici. Un trésor de perdu, dix de retrouvés. Observant longuement la pierre d'un bleue pâle, elle ne parvenait presque plus à en détacher son regard. Sans perdre un instant, elle l'enfila à la main gauche. Oui, sa main gauche lui servait moins souvent en combat que sa main droite, porteuse de sa dague. Ainsi, la bague avait peu de chances d'être abîmée.

Bien contente, elle referma le coffret et le reposa à son emplacement inital. Elle s'apprêta ensuite à en prendre un autre lorsqu'elle perçut des bruits dehors et se figea instantanément. Ils étaient plusieurs, deux ou trois, et semblaient appeler quelqu'un. Juste là, dans la cour, elle les voyait presque à travers la fine toile protectrice. Ils avancèrent vers le talus et crièrent un nom. Les propriétaires étaient de retour : il fallait maintenant payer ou déguerpir. La petite fille fit quelques pas en arrière tout en observant les silhouettes se déplacer. Deux d'entre elles discutaient, insouciantes, tandis que la dernière fouillait les environs à la recherche du disparu. D'ici, elle entendait presque la conversation du grand maigre et du vif bedonnant. Ils parlaient... de Shaeya 'naer Elsayim. Le sang de la petite fille ne fit qu'un tour. Tout bien considéré, elle allait rester encore un peu ! Elle dressa l'oreille pour essayer de distinguer quelque chose, mais ils ne parlaient pas assez fort. Ils parlèrent de ruines, de nécromants, quelque chose comme ça... Ils évoquèrent aussi une ville, Caix Imoros. La ville des Shaakts ? Cette séance d'espionnage fut rompue par l'appel alarmé du troisième brigand, provenant des toilettes. Il devait avoir trouvé le corps.

Préférant quitter les lieux immédiatement, la petite fille se retourna et se figea. De l'autre côté de la toile déchirée, une forme noire et bestiale la fixait avec des yeux méchants, les babines retroussées et les griffes dégainées.

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Dernière édition par Yurlungur le Lun 21 Mar 2016 01:34, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Lun 21 Mar 2016 01:33 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation sexuelle/violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))

La panthère, noire comme le jais, lui bondit dessus et, bien qu'en l'esquivant à moitié, elle fut percutée et projetée droit sur une pile de coffrets qui devint rapidement un tas ensevelissant la petite fille. La bête, quant à elle, avait mal estimé son saut et se retrouva empêtrée dans la toile de la tente. Yurlungur s'extirpa tant bien que mal de l'amoncellement de coffres plus ou moins gros et se précipita sur la panthère. Elle devait s'en débarrasser au plus vite et savait pertinemment qu'elle n'avait aucune chance contre les trois brigands ensemble : et s'ils avaient la panthère avec eux, elle ne pourrait même pas fuir. S'approchant de la bête, elle lui donna quelques coups de dague qui la firent rugir de douleur, avant d'avoir une idée, une idée brillante. Elle s'écarta juste à temps pour éviter un coup de griffe et aguicha la panthère qui s'approcha en grognant, tournant un peu autour d'elle. Puis, une fois que cette dernière fut bien placée de manière à bloquer la sortie comme l'espérait la fillette, cette dernière fit un mouvement sur le côté. La panthère bondit sur Yurlungur, tous crocs dehors.

Sa feinte marcha admirablement bien et elle arrêta son mouvement pour se jeter de l'autre côté, si bien que la panthère se retrouva à foncer droit sur le tissu qui faisait office d'entrée de la tente. Tissu sur lequel avait été inscrit le motif qui aurait pu facilement griller la gamine. Elle avait espéré que le sort marche même de l'autre côté, et ce fut le cas au-delà de ses espérances. On ne pouvait pas bien voir la différence entre un poil grillé et un poil naturellement noir, mais l'odeur de brûlé qui s'en dégagea ainsi que l'atroce rugissement de douleur confirmèrent à la petite fille qu'elle avait réussi son coup. Sans perdre un instant de plus, elle se dirigea vers l'arrière de la tente qui oscilla, à droite, à gauche, avant de s'effondrer entièrement, Yurlungur ayant heureusement plongé en avant pour éviter de se retrouver coincée dessous.

Cependant, si elle s'était débarrassée de la panthère, trois adversaires bien remontés s'avançaient désormais vers elle et la tente n'était plus d'aucune utilité pour cacher sa présence. Prise d'un courage insensé que certains nommeraient témérité ou bêtise, elle se dressa fièrement et brandit sa dague devant elle en signe de défi. Son esprit bouillonnait et elle improvisa entièrement son discours.

« Tremblez, mortels ! Moi, Yurlungur, Fille de Phaïtos, je vous mets au défi ! Votre fauve était un bien trop maigre amusement pour moi, mon Dieu en désire plus ! Et je... »

Elle s'interrompit lorsqu'une flèche la frôla. Elle ne put réprimer un tremblement et une soudaine envie de déguerpir en vitesse.

« … et je, euh, je reviendrai demain pour vous tuer, soyez préparés ! »

Sans attendre davantage, elle fonça dans les hautes herbes et prit la fuite. Courant du plus vite qu'elle pouvait à travers cet enchevêtrement de plantes, elle ne savait pas où aller. La prison était plutôt vers la droite, tandis que le bosquet d'arbres se trouvait vers la gauche. Ce dernier offrirait une sécurité relative, mais l'éloignerait aussi de son objectif maintenant qu'elle avait la nourriture... Dans tous les cas, en continuant ainsi, elle arriverait rapidement sur le sentier. Derrière elle, les trois hommes criaient. Ils criaient de rage et leurs invectives s'envolant dans les cieux s'effacèrent tandis qu'ils entamaient leur traque. L'absence de ces exclamations colériques ne la fit courir que plus vite et elle déboucha sur le sentier – enfin ! – et se prit un homme en pleine poire.

Tombant à la renverse, l'inconnu même pas ébranlé par le choc la rattrapa d'une main, fixant sur elle des yeux d'un bleu intense. Son visage était beau, ses traits bien tracés et son faciès équilibré, un nez fin séparant en deux parts symétriques ce visage d'ange. Des cheveux blonds coupés mi-longs retombaient harmonieusement sur ses épaules et ses bras musclés soutenaient la fillette sans même se trouver crispés par l'effort. La petite fille tombant ainsi dans les bras d'un beau garçon : on aurait dit une scène de bal, au moment le plus intense de la danse. Mais ils se trouvaient à la campagne et le beau jeune homme était en armure. Derrière lui, la fillette aperçut enfin une petite charrette à peine arrêtée, tirée par deux imposants bœufs, sur lequel s'était déjà levé le conducteur, une réplique parfaite du marcheur à quelques points d'exception : lui était gros, vieux et laid. Ah, et barbu, aussi.

« S'il vous plaît, aidez-moi ! Des bandits me poursuivent, ils veulent me violer ! J'ai tellement peur, s'il vous plaît, aidez-moi ! »

Tout en disant cela, Yurlungur en avait profité pour s'agripper au bras du jeune homme aux joues duquel elle voyait déjà monter quelques teintes vermeilles. Elle n'avait rien à craindre de ce côté puisque ses joues étaient déjà rouges de la course effrénée qu'elle avait du mener. Si un quelconque sentiment d'intime sympathie naissait en son cœur pour ce sauveur inespéré, elle n'allait cependant pas tout lui expliquer. Ce serait trop long et après tout elle ne mentait pas : elle omettait simplement qu'elle était elle-même une voleuse, nuance.

Le jeune homme l'aida à se redresser. Il la dépassait d'une tête, mais semblait avoir le même âge qu'elle. En continuant de l'observer, elle ne pouvait se résoudre à détacher ses mains de ses bras. (Tu es faible.) (Tais-toi, ce n'est pas le moment.) L'Autre n'avait pas à troubler cet instant étrangement ralenti. La fillette aurait voulu qu'il dure toujours, mais elle savait que les brigands arriveraient d'ici peu. Son sens de la survie prit le dessus. Le garçon échangea un regard avec ce qui semblait être son père au vu de leur ressemblance, opinant presque simultanément du chef. Avec des gestes empreints de douceur – et des joues devenues véritablement rouges –, il l'amena à la charrette et l'aida à s'y asseoir.

« Tu... Tu restes là, d'accord ? Je te protège, et mon père aussi ! »

Elle lui sourit gentiment et répliqua, l'air aussi innocent que possible :

« Je préférerais rester avec toi... »

Elle se releva aussitôt, s'aggripant au garçon qui bafouilla. Elle n'allait tout de même pas rater le combat qui s'annonçait pour les beaux yeux du jeune homme ! À trois contre trois, le combat allait peut-être se révéler équitable. De toute façon, il n'avait plus le choix : le premier brigand émergea des herbes, bien vite rejoint par ses deux acolytes, tandis que le père du blondinet avait saisi à côté de lui une lourde masse d'armes avant de sauter à terre et de s'avancer devant les bœufs. Le blondinet en question restant interdit entre l'envie de rejoindre son papounet et celle de laisser la jolie fillette qu'il avait trouvée en sécurité, celle-ci choisit pour lui et l'entraîna aux côtés de l'imposant barbu.

En face, les trois brigands semblaient impressionnés par l'ampleur que prenaient le conflit. S'attendant sûrement à ne devoir pourchasser qu'une petite fille, ils se retrouvaient en face de trois adversaires ! Dont la petite fille en question, certes, mais tout de même. Au centre se trouvait le plus imposant des trois, recouvert de plaques de métal diverses, un bouclier à la main et un sabre dans l'autre. De chaque côté, légèrement en retrait, se trouvaient ce qui semblait être le mage du groupe, un des gars dont elle avait vu la silhouette à travers la toile de la tente. Conformément à ce qu'elle avait déjà aperçu de lui, il effectuait des gestes vifs et semblait crispé en permanence, le ventre un peu rond se balançant légèrement à chaque mouvement. Enfin, le dernier était le plus grand, mais surtout le plus fin. Tenant un arc dans ses bras, ses yeux brillaient d'une rage tenace et s'étaient immédiatement fixés droit sur la petite fille. Le dresseur, donc. Elle n'allait pas abandonner son petit jeu pour si peu et d'un ton frôlant l'hystérie, elle s'agrippa au corps du blondinet, en profitant pour caresser un peu ses bras musclés, et s'écria :

« Ce sont eux ! Ce sont eux ! Aidez-moi, je vous en prie ! »

Là où le garçon, prince charmant en devenir, posa une main rassurante sur celle de Yurlungur, le père n'attendit pas et, brandissant sa lourde masse à deux mains, il se précipita sur ce qui semblait être le guerrier. Aussitôt, Yurlungur entraîna le garçon avec elle, qui eut à peine le temps de dégainer son épée, droit sur le vif bedonnant – c'est-à-dire le mage, en principe. Ce dernier, aussitôt, se mit à incanter et la fillette, voyant que son prince charmant tardait à réagir, dégaina sa propre lame et taillada vivement la main de son adversaire. Le hurlement du mage fit apparemment réagir le garçon qui leva son épée au-dessus de sa tête pour l'abattre. Celle-ci aurait peut-être coupé le mage en deux si une flèche n'était pas venue la heurter, déséquilibrant le jeune homme. Elle s'abattit dans les herbes à côté, heureusement toujours dans les mains de son propriétaire. Yurlungur tourna la tête vers l'archer qui bandait déjà à nouveau son arc et ajouta, avant de se précipiter vers lui :

« Je te laisse celui-là, je prends l'autre ! »

Quand bien même il se questionnerait sur le soudain changement d'attitude de la petite fille, cette dernière n'en avait cure. Lui et son père étaient déjà bien trop engagés dans le combat pour pouvoir prêter attention à ce genre de choses avant d'en avoir fini avec les brigands. L'archer, la voyant arriver, la visa en reculant et elle se jeta sans ménagement sur le sol pour l'éviter dès qu'elle la vit partir. Sûrement un peu trop tard puisque la flèche transperça sa manche gauche et creusa une longue plaie rouge dans la peau de la fillette qui ne put réprimer un cri de douleur. Emplie de rage, elle se précipita sur son adversaire et banda tous ses muscles à la fois. Rien ne pouvait l'empêcher de se charger de lui à présent et il n'avait pas le temps de tirer à nouveau... L'espace d'un instant, on aurait dit que cent lames étaient apparues dans les airs entre la fillette et l'archer, abasourdi. Celui-ci leva néanmoins son arc devant lui et, effectuant un large mouvement circulaire, il envoya la petite fille voler au sol, bien qu'il se prît au passage quelques éraflures non négligeables.

Yurlungur se releva, toujours prête à le tuer. Elle grognait doucement, telle la panthère avec sa proie. Elle avait vaincu l'animal, le maître ne devrait pas lui poser trop de problèmes. Regardant rapidement comment s'en sortaient le père et le fils, elle courut et disparut dans les hautes herbes. Instantanément, l'archer recula et observa avec la plus grande attention possible, en l'attente d'un signe montrant la présence de la fillette. Cette dernière était restée immobile et l'observa. Il recula, pas à pas, recula... Pour finalement se prendre un coup de masse dans le dos qui l'envoya – chacun son tour – voler au sol. Yurlungur en profita pour émerger, remerciant d'un sourire le père du garçon qui, gêné par l'archer, venait de l'écarter d'un mouvement violent. Aussitôt, la fillette se précipita sur lui et ils roulèrent au sol, elle frappant avec sa dague, lui avec ses poings. Il était incontestablement plus fort qu'elle, mais elle était incontestablement plus tranchante. Enfin, surtout sa dague.

Il l'écarta finalement d'un brusque coup de pied et ils se relevèrent, se jaugeant l'un l'autre. Si la petite fille avait désormais quelques hématomes ça et là, il s'agissait pour lui de véritables plaies béantes desquelles du sang coulait à foison. La seule blessure vraiment grave de la fillette était celle à son bras gauche, qu'elle laissait pendant et préférait ne pas regarder. Les deux profitèrent de ces quelques moment de repos tacite, reprenant progressivement leur souffle. Ce fut l'archer qui, tirant une dague de sa poche, visa Yurlungur et la lança droit sur elle, en faisant déjà sortir une autre de nulle part. L'intéressée eut à reculer vivement pour l'éviter, de même avec la suivante. Le schéma de l'archer était simple : il souhaitait l'éloigner au maximum pour réussir à la viser avec son arc. À ce moment-là, elle serait morte.

« Couard ! Parjure ! Taré ! Lâche ! T'es même pas capable de me battre au corps à corps ! Et ça se dit brigand ? Vas-y, essaie donc de m'avoir à distance, puisque t'as trop peur d'une petite fille pour l'affronter avec tes dagues ou avec tes points en face à face ! »

Les invectives de Yurlungur parurent un instant couronnées de succès, puisqu'il s'arrêta quelques instants. Elle en profita pour foncer sur lui et il comprit trop tard son erreur. Il lui lança une ultime dague qui vint la frapper dans son épaule gauche, mais elle ne s'arrêta pas et lui sauta dessus, hargneuse. Ils tombèrent à la renverse et, sauvage, elle abattit sans relâche sa lame sur le corps de son adversaire. À chaque fois qu'elle la retirait, un filet de sang s'envolait, venant tâcher son visage et ses cheveux d'une marque indélébile tandis que, sur son visage, une expression de pure folie était apparue. La souffrance n'était plus rien en comparaison de la joie de pouvoir tuer, de pouvoir sentir ce corps agité de spasmes coincé sous elle, respirant à peine, de pouvoir voir ce visage horrifié par tant de violence.

Elle finit par se calmer et se releva, laissant le brigand pour mort. L'était-il réellement ? Peut-être pas, mais il ne tarderait pas à le devenir. Ses blessures étaient importante et il allait succomber d'une minute à l'autre. Les cheveux devenus noirs à cause du sang, elle regarda autour d'elle. Le combat s'annonçait mal. Le père comme le fils semblaient en mauvaise posture face à leur adversaire et elle devait agir. Sans hésitation, elle courut vers le jeune garçon. Le mage semblait l'avoir déjà blessé plusieurs fois grâce à ses sorts et semblait se soigner au fur et à mesure du combat, tout en gardant son adversaire à distance. La petite fille grogna. Elle n'aimait pas la magie, et surtout pas la magie blanche des soigneurs. Le petit gros la vit cependant arriver et elle ne put éviter le sort qu'il lui lança. Subitement, une grande lumière l'aveugla et si elle heurta le gros homme, elle manqua lamentablement son coup. Cependant, le blondinet eut grâce à cette intervention suffisamment de temps pour brandir sa lame et donner un violent coup de fourreau à la tête de son adversaire qui s'évanouit sur le coup. Sans penser à demander pourquoi il ne l'avait pas tué, Yurlungur se tourna vers le dernier combat qui s'achevait simultanément.

Le sabre du brigand s'éleva au-dessus du corps tombé à terre et un cri déchira la scène sans parvenir à arrêter la lame qui trancha la tête du père du garçon. Yurlungur fut prise de frayeur. Le père, d'après ce qu'elle en avait vu, semblait être un combattant émérite, à la manière avec laquelle il maniait sa masse. Si le brigand l'avait vaincu, elle n'aurait probablement aucune chance, même avec le garçon. Retenant tant bien que mal ce dernier qui hurlait et criait de rage et de souffrance, elle courut vers la charrette et donna un grand coup de pied au premier bœuf qui se présentait. Ce dernier beugla et chargea. Sans perdre un instant, elle se jeta sur la banquette avant et agrippa de ses deux mains le bras du blondinet pour le tirer avec elle dessus.

Le brigand n'eut pas d'autre choix de s'écarter rapidement, mais se prit tout de même un coup de la charrette qui, à toute allure, suivait le chemin et emmenait les deux enfants harassés.

Suite : ici

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Ven 1 Juil 2016 13:29 
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Bien des jours sont passés depuis que j’ai quitté le castel d’Endor pour rallier les environs de Darhàm. La chance m’a épargné des déconvenues sur la route que j’ai pu emprunter sans encombre ni mauvaises rencontres. Malheureusement je n’ai pas non plus rencontré à nouveau cette sournoise voleuse. Cette garce qui d’un coup d’un seul aurait pu me priver des éléments les plus importants chez l’Homme… je veux la trouver, me venger, comme il faut.

Je suis à présent dans les environs de la ville portuaire que je vois se dessiner très loin sur ma droite. Un bras de mer nous sépare cependant, délimité par des versants montagneux qui se déclinent en pente douce et longe les côtes maritimes. J’emprunte ce chemin et me plonge dans la contemplation de la mort que j’embrasse du regard. Elle me paraît si immense, presque infini… cette étendue d’eau sur laquelle tant de vies se terminèrent, où tant d’autres commencèrent… Je me prends à rêver être un navigateur reconnu de tous, un explorateur sans peur ni reproche avant d’être brutalement ramené à la réalité par des hurlements de rage et d’exaspération couplé à des éclats de rire tonitruants.

J’inspecte rapidement les alentours mais ne distinguant rien, décide de continuer à longer le sentier sillonnant, guidé par le tumulte qui résonne ave vacarme. La pente s’adoucit jusqu’à devenir plate tout en rejoignant la mer. Je marche maintenant sur le sable chauffé par les rayons du soleil, sa couleur blanche resplendit sous le joug du souverain des cieux mais je ne discerne toujours rien, n’entends que ces hurlements, de plus en plus fort cependant.

(Mais qu’est-ce donc…)


Je continue d’avancer et après avoir contourné un amas de roche s’étalant mollement sur la plage de sable fin, je découvre enfin la raison de ce tapage…
Un navire arborant une voile sombre et décorée d’une tête de mort est échoué sur la plage. Son mat principal est détaché et repose sur le sol alors qu’une immense fêlure se dessine au niveau de la coque.

(Ils ne risquent pas de repartir avec ça…)


Un nouvel éclat de rire se fait entendre depuis le pont et alors que je me positionne devant, commence à crier :

« Youhouuuu ? »

Je n’obtiens aucune réponse mais le bruit continue d’être alimenté par les différentes voix qui se mêlent pour former un chœur puissant. Je me décide donc à entamer l’ascension et entreprends de grimper en m’aidant des cordages qui descendent du pont du navire pour rejoindre la plage.Mes mains s’écorchent au contact de ces cordages rudimentaires mais je parviens finalement à me hisser au sommet et constate avec surprise que je connais une des personnes présentes…

La voleuse est là, essoufflée et trépignante devant un groupe compact de… pirates. Des pirates, bien singuliers il faut le préciser. Leur visage sont privé de chair, seul un crâne aux orbites vides leur font office de tête. Un en particulier se démarque, probablement le capitaine. Il est légèrement plus grand que son équipage, est coiffé d’un tricorne et armé d’un sabre de piraterie émoussé. Mais le plus surprenant ce sont bien les flammes qui partent de la base de son cou pour couvrir une partie de son crâne… éclairant le vide laissé par la mâchoire et ses orbites. Comme si c’était ces flammes qui maintenait son crâne au reste de son corps... Quand il me remarque enfin, il part dans un bruyant rire avant de me souhaiter la bienvenue, à moi, le nouvel inconnu. Il a l'air amical mais cette apparence me laisse songeur et par prudence, je préfère rester sur mes gardes malgré tout.

« Décidément cette journée nous change du commun ! Deux voyageurs, ou plutôt… une voleuse et un… un… Vous êtes quoi au juste moussaillon ?! » finit-il par dire en me pointant de son doigt squelettique.

« Insanis pour vous servir, je ne suis qu’un voyageur. » lui répondis-je sans lâcher du regard la voleuse qui m’ignore superbement.

« Clipitaine Edward Stich pour te pirater p’tit gars ! C’est pas tout ça mais on a un truc à finir ‘vec la demoiselle. » lâche-t-il avant de s’approcher de la jeune femme.

« Comme j’te le disais pucelle, rien n’me ferait plus plaisir que d’te laisser prendre mon trésor si ça peut nous libérer, mais c’t’à cause de lui que les âmes de mon équipage et la mienne sont cloîtrées ici... Foutue magie et foutu mage revanchard… Si tu veux mon avis, et je sens que tu l'veux, la magie c'est vraiment un truc de tantouze ! »

La pique me blesse et même si personne ne sait ce que je suis, je ne peux pas m'empêcher de le prendre pour moi. Je tique légèrement, la mâchoire crispée, luttant intérieurement pour la fermer, ne pas réagir.

(Reste calme... il est juste... con. Il ne faut surtout pas mal le prendre... Puis le pauvre est coincé ici à cause d'un mage, moi aussi je me détesterais si je m'infligeais ça.)

Je décide de ne pas y prêter plus d'attention et m’approche à mon tour, une lueur dans les yeux après avoir entendu parlé de ce sortilège. Je sais que je vais devoir accomplir des hauts-faits pour monter en grade dans ma nouvelle « famille » et ces pirates pourraient être un premier pas. Je sais qu’un des préceptes des Messagers est de tout faire pour que les âmes soient en paix et même si ces pirates rient, il semble évident qu’ils ne se complaisent pas de leur actuelle situation. Bien sûr je dois encore aller voir mon maître mais… cet Edward Stich et son tempérament joyeux me laisse désireux de lui apporter une main secourable, malgré ses préjugés sur la magie.

« Je pourrais essayer de vous aider à rompre ce sortilège… vos âmes pourraient enfin rejoindre l’au-delà. » prononcé-je sur un ton de confidence.

La voleuse intervient alors, rouge écarlate :

« Pas question ! A tous les coups c’est juste pour récupérer le trésor ! C’est le mien ! »

Je m’avance d’un pas, des éclairs dans les yeux, la bouche figée dans une expression mécontente tandis que la jeune femme fait de même. Le clipitaine pirate nous sépare alors et nous adjure de nous calmer. Il semble ravi de voir ainsi des personnes prêtes à l’aider et nous déclame :

« Que ce soit par pure avarice ou gentillesse, j’peux vous l’dire, j’en ai rien à carrer ! Du moment que moi et mes hommes on puisse enfin être libre, tout nous ira ! Alors arrêter vos conneries et entraidez-vous par les couilles du kraken ! » Il nous empoigne chacun par une épaule et nous force à nous rapprocher.

On échange un bref regard contrit, et devant se rendre à l’évidence qu’une collaboration temporaire s’impose, nous nous serrons la main sans réelle conviction.

« Soit… » maugrée-je.


« Pareil… mais le trésor n’est Que pour moi ! Entends-tu ?! »


Je hoche de la tête avant d'hausser les épaules et commence à parler au clipitaine pirate maudit. Je dois déjà essayer de rassembler des informations avant de tenter quoi que ce soit. Il m’explique alors en quelques mots que le sortilège qui les lient à ce monde protège en même temps le trésor, ou plutôt son accès… la porte menant aux cales dans lesquelles repose le trésor sont condamné par la magie du sortilège. Ce sort a d’ailleurs été lancé, comme il m’explique, en punition. Un mage mécontent de s’être fait volé son trésor avait fait lever une tempête, faisant s’échouer le navire, il avait ensuite condamné les voleurs à rester avec le trésor à jamais, sur yuimen… sans possibilité de se réincarner.

Je le regarde un peu désabusé avant de lui rétorquer que je vais avoir besoin de tous les détails, regardant en coin la voleuse, toujours suspicieux. Il me convie à le suivre et m’emmène à tribord, souhaitant contempler la mer pendant qu’il m’explique, ce qui risque de durer longtemps d'après lui…

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Sam 2 Juil 2016 01:27 
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Le clipitaine commence alors que des mouettes piaffent dans les airs, il me conte son histoire, m’abreuve de détails. Il me renseigne sur la localisation de l’ancienne demeure du mage, située non loin des rivages. Je le questionne sur ce fameux trésor, mine de rien, et quand il tourne son crâne vers moi, les flammes dans ses orbites s’agitent quand il me dit tout bas, tel un conspirateur, une main squelettique sur mon épaule :

« C’est du rhum comme t’en as jamais vu, il brûlait ton gosier c’machin là. »

J’hausse un sourcil, abasourdi devant cette annonce avant de rétorquer :

« Le mage vous a maudit pour… de la vinasse ? »

Edward Stich me fout une calotte avant de tempêter d’une voix mécontente :

« T’es sourd mon gars ? J’t’ai causé d’rhum, pas d’une vulgaire vinasse ! M’enfin… faut dire qu’on a peut-être volé deux trois trucs qui brillaient… un peu d’or aussi ? Mais on était dans un état plutôt piteux, pis le mage, c’était un alcoolique revanchard renommé dans l’coin, c’était ptêtre pas la cible la mieux choisie… »

« D’accord, je comprends un peu mieux… » dis-je en élevant une main en signe d’apaisement.

« Bon pour résumer, un soudard doté par la nature d’un pouvoir assez puissant pour vous maudire vivait pas loin, je pense que le mieux reste déjà d’y aller… peut-être que j’y trouverais un quelconque indice pour vous aider. »

« Ouais c’est ça mon gars ! Tu vas l’trouver facilement l’endroit tu vas voir. Suffit que tu remontes la petite pente à ta droite, sur un surplomb rocailleux y’a l’ancienne maison du vieux salopard. » m’explique-t-il en me désignant la direction du doigt.

Je le remercie quand j’entends un fracas derrière moi, quand je me retourne j’aperçois la voleuse le cul en l’air, la face par terre. Elle se redresse avec une mèche rebelle en travers du visage, tremblante de rage. Elle tape du pied contre le sol et j’ai l’impression de voir une pisseuse…

(Quel attitude de merde. Dommage, ça ruine sa prestance naturelle.)

Je m’approche d’elle et dans un geste diplomatique la complimente sur sa performance. Elle me jette un regard noir, apparemment peu réceptive aux taquineries. Elle finit par radoter et croise les bras en adoptant une moue boudeuse. L’envie de me venger d’elle me tiraille toujours mais mon devoir envers ces pauvres hères me rappelle à l’ordre.
Je me dirige vers le bord opposé du navire, celui qui est orienté face à la plage, et je descends en m’aidant des cordages.

Arrivé sur le rivage de sable, je suis les indications du clipitaine et pars sur la droite quand j’entends aussitôt des bruits de pas derrière moi. La voleuse m’apostrophe, me demandant où je vais, étonné de me voir abandonné sans avoir rien tenté. Je me contente de sourire en la regardant et l’encourage à continuer, puis, lui souhaitant bonne chance, recommence à marcher vers la maison du mage. Les bruits de pas s’amplifient et une main vient alors se poser sur mon épaule, me forçant à me retourner. La jeune femme possède une force insoupçonnée et malgré un bref effort, je n’arrive pas à me dégager de son emprise.

Elle me dévisage d’un air défiant avant de froncer les sourcils :

« Je suis certaine que tu me caches quelque chose ! Je le connais, cet air satisfait ! » mais voyant que je ne dis rien, elle poursuit sa crise « De toute façon je n’ai qu’à te suivre si tu ne veux rien dire ! » siffle-t-elle avec hargne.

Conscient de ne pas pouvoir me débarrasser d’elle, je suis contraint de m’accommoder de sa présence. Je hausse les épaules et, soupirant, l’invite à me suivre.

« Je dois reconnaitre que tu es tenace. Je ne connais pas ton nom d’ailleurs, quitte à coopérer autant que je ne t’appelle pas la voleuse à chaque fois. »

« Prune. » se contente-t-elle de me répondre.

Je dois m’en satisfaire mais je connais au-moins son nom. Nous arrivons bientôt devant le sentier escarpé qui monte vers les hauteurs. Je glapis en constatant que le bord est suffisamment large pour une seule personne… La peur de tomber ne m’aide pas à envisager gaiement le trajet mais je ne cède pas et avance malgré tout.

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Sam 2 Juil 2016 12:45 
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Après avoir gravi le sentier, j’arrive avec Prune sur le promontoire rocheux. Un bras de pierre s’élance vers le ciel, formant une sorte de gueule animale dans laquelle se trouve encastrée une maison à la peinture pourpre écaillée, haute d’un étage, des petites lucarnes se distinguent au niveau de la toiture. Prune reluque la demeure et d’une rapide inspection juge que cette bicoque semble avoir peu d’intérêt. Je ne prends pas la peine de lui répondre et avance vers la porte.

« Pourquoi tu veux aller là-dedans ? » me demande-t-elle d’une voix penaude.

« Bon… de toute façon tu vas vite comprendre. Je vais fouiller cette maison, propriété du mage qui a lancé le sortilège en quête d’indices ou d’une manière de faire pour annuler le sort. Je ne suis pas un magicien puissant mais l’espoir fait vivre et je ne peux pas me contenter de te regarder essayer. » soupiré-je en haussant les épaules.

Le petit sentier menant à la porte est envahi par les mauvaises herbes et s’orne de multiples pancartes plantées à même le sol. J’entre dans la demeure, talonné par Prune, aussitôt une odeur de renfermé et de vieillesse me submerge. Un fin relent de moisi vient parfaire le tableau de cette maison délaissée. Des toiles d’araignées s’étendent du plafond au plancher et je peux y observer une constellation de mouches tristement piégées. Bientôt leurs prédateurs viendront réclamer leur dû, se repaîtront de leur chair juteuse.

Un projectile surgit alors ! Il brise un pan de la toile fibreuse et vient m’atteindre à la tête dans un choc douloureux. Je braille de surprise autant que de douleur et regarde l’objet m’ayant percuté.

(Un… encrier ?)

Je me masse le front, arrosé par l’encre qui tâche également mes doigts. Je suis furieux et regardant tout droit, distingue une forme rabougrie à la barbe blanche fournie. Je m’approche de quelques pas, le visage rouge et passe à travers la toile pour toiser le vieil homme.

« Non mais ça n’va pas ?! On n’attaque pas les gens sans raison ! » m’exclamé-je avec colère, serrant les poings.

La silhouette décharnée se tourne vers moi et se lève avant de me menacer de ses mains tendues :

« Vous ne savez pas lire ?! Les pancartes indiquent bien que je ne souhaite pas recevoir de prospecteurs ! Tirez-vous avant que je n’vous ensorcelle ! »

« De un, je ne sais pas vraiment lire...de deux, je ne suis pas un foutu prospecteur ! » rectifié-je, élevant par la même occasion un doigt.

L’homme me regarde d’un air circonspect et se masse le menton en marmonnant dans sa barbe. Prune décide d’intervenir et va à son encontre, le sommant de se présenter. Le vieux vitupère, s’exclame que ce ne sont pas des manières, qu’il est ici chez-lui ! Je fais soudain le rapprochement entre ses paroles et celle du clipitaine et comprends que ce mage est probablement celui qui a maudit l’équipage… Je reste étonné, cela induirait que cela ne fait pas si longtemps… mais après tout je n’ai pas demandé depuis combien de temps exactement ces pirates étaient sous l’emprise du sortilège.

Je sollicite le vieil homme d’une voix empreinte de respect :

« Pardonnez mon intrusion honorable vieil homme. Je suis Insanis, pour vous… »

*Bing*

Un choc brutal me force à arrêter et je me retrouve à genoux, un peu sonné. Un fin filet de sang coule de mon front se répand à travers mon visage. Un tampon en fer retombe en tintant sur le plancher. Mon front est un foyer de douleur dû aux contusions provoqué par ce vieux malade. Cette fois je ne tiens plus et lui hurle dessus.

« Non mais allez-vous faire soigner ! C’est pas comme ça qu’on accueille des invités vieux débris ! »

J’évite de justesse un autre projectile lancé par cet homme revêche. Il me dévisage, des flammes dans les yeux.

« Je ne suis pas vieux ! Malotru tu mériterais bien pis ! Et j’ai deviné la raison de ta présence… c’est encore pire qu’un démarcheur. Dégage ! Ouste ! Je ne traite pas avec les amis de ces roublards des mers ! » tempête-t-il avec exaspération.

C’est ce moment que choisit Prune pour intervenir, elle s’extirpe de l’ombre et vient se poser tout près de moi, rapprochant ses lèvres charnues de mon oreille…

« Tuons le… ce vieux bouc ne risque pas de changer d’avis, autant aller au plus efficace. Je veux mon trésor. » me susurre-t-elle doucement.

Je tourne vers Prune un regard horrifié avant de lui murmurer en retour qu’il en est hors de question. Elle soupire et maudissant ma bêtise, m’annonce m’accorder une dernière chance, après c’est sa méthode qu’elle utilisera. Elle retourne se poster dans l’ombre, ses yeux scintillent de sa position, braqués sur moi.

Je me reconcentre sur le personnage qui n’a cure que de me défigurer depuis que je suis entré. Je pose les mains sur la table, délogeant quelques parchemins et, essayant d’adopter un ton convaincant, le défi de me relancer quoi que ce soit. Son regard se fait rieur et il hausse les épaules avant qu’un encrier ne vienne me percuter la tempe.

(Le…vieux salopard.)

Je ploie un genou à terre et confusément essaie de me relever en m’appuyant sur le bureau. Mes traits sont crispés et j’essaie, malgré ma cuisante douleur, ma vivace colère, de rester souriant.

« Bon… nous sommes partit sur de mauvaises bases. Je comprends votre ressentiment envers ces pirates mais j’aimerais déjà savoir… depuis combien de temps sont-ils victimes de ce sortilège ? »

Le mage soupire, visiblement conscient qu’il ne se débarrassera pas de moi comme ça et obtempère enfin à me parler sans me lancer des trucs à la figures.

« J’avais une cinquantaine d’années… j’en ai presque quatre-vingts cinq maintenant… donc un peu moins d’un demi-siècle, ce n’est clairement pas suffisant ! »

« Mais ne soyez pas si injuste et borné ! Laissez leurs âmes en paix » supplié-je en joignant mes mains.

Mais le mage se contente de croiser les bras et me tourne le dos avant de crier que je n’ai plus rien à espérer de lui, que notre discussion est pour ainsi dire terminée.

« Je vous laisse trouver la sortie. Si vous ne le faite pas, je serais forcé de vous y contraindre jeune coq arrogant. »

J’entends alors un crissement derrière moi, Prune s’avance, le visage exprimant une résolution impérieuse. Elle me pousse d’une main et de l’autre dégaine totalement son poignard. Le mage est toujours dos à nous, elle espère surement le tuer d’un seul coup.

(Quelle témérité… mais quelle bêtise aussi, il est surement encore fort…)

Nourrissant trop de craintes sur la possibilité que le mage dans sa colère me tue en même temps que Prune si elle vient à échouer, j’invoque un bouclier magique grâce à mon fluide de glace et le maintien juste devant moi. Prune n’est plus qu’à quelques pas… quand une corde remonte tout d’un coup le long du svelte corps de la voleuse et se noue, comme doté d’une volonté propre. Ainsi ligoté, totalement entravé dans ses mouvements, Prune s’affale sans résistance, son menton encaisse la majeure partie du choc en percutant le rebord du bureau…

(J’ai mal pour elle…)

Le mage se retourne alors, les poings crispés, une expression de haine inscrite sur son visage.

« Vous osez me déranger… et maintenant vous entreprenez de me tuer ? Misérables cloportes ! » rugit-il, de la bave coulant de sa bouche grande ouverte.

Je sens que la situation n’est plus du tout en ma faveur et décide d’agir rapidement. Prune qui est à mes pieds m’inspire cependant de la pitié… et dans un élan d’attitude chevaleresque, la porte et fuit en direction de l’entrée encore ouverte. Elle pèse plus lourd que ce que je ne pensais mais je parviens bien vite à courir, emporté par l’énergie du désespoir. Si ce mage a réussi à l’époque à faire chavirer un navire, même quelques années plus tard il reste capable d’abattre un homme et une femme ligotée, c’est certain…

Je finis par caler le corps de Prune sur mon épaule et dévale le sentier sans faire attention le moins du monde au risque de tomber. Je n’arrive pas à y penser, obnubilé par une possible vengeance du mage. Je parviens finalement sur la plage sans encombre et laisse tomber le corps de la voleuse comme un sac de patate. Elle s’indigne mais d’une petite voix me remercie de l’avoir sauvée. Je lui souris et entreprends de défaire les liens qui l’immobilise, tendant toujours une oreille à l’affut d’un bruit venant d’en haut. Heureusement rien ne semble vouloir perturber notre retraite et c’est à deux, déconfit mais heureux d’être encore en vie que nous retournons vers le navire afin d’échafauder un nouveau plan.

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Dim 3 Juil 2016 11:23 
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Des éclats de rire grossiers nous accueillent quand je rentre en compagnie de Prune, les épaules baissées. La silhouette se dessine par-dessus la rambarde de bois et il nous apostrophe de sa voix cliquetante :

« Revêche le bougre hein ?! Désolé d’pas vous avoir prévenu qu’il était probablement encore en vie mais on se fait tellement chier qu’une partie de l’équipage et moi avons parié sur votre survie à la rencontre avec le mage ! »

La réaction de Prune ne se fait pas attendre, toute en agilité et vélocité elle remonte le bastingage et atterrit sur le pont, les mains sur les hanches. Je me dépêche de grimper à mon tour et je peux l’entendre qui crie, menaçant même l’équipage se les abandonner à leur sort s’ils s’avisent de dissimuler de nouveaux faits. Je prends sa relève et me mettant à côté d’elle, toise durement l’équipage de fantômes et leur clipitaine.

J’écoute l’équipage, certains se contentent de pouffer, d’autres s’excusent d’une voix molle. Le clipitaine quant à lui s’approche, les mains placées derrière son dos.

« Désolé de ne pas vous avoir informé. Faut dire, on reste des pirates, on doit bien s’amuser. »

« C’est pas une foutue raison ! » m’écrié-je en le pointant d’un doigt accusateur avant de continuer d’une voix adoucie « Bref, passons. Donc le mage qui vous a maudit, j’peux te le dire, vous le dire » rectifié-je en embrassant du regard l’équipage ameuté derrière son capitaine « Il vous voue une haine aussi vivace qu’à l’époque, donc c’est peine perdue que de vouloir le faire changer d’avis. Quant à le tuer… il semble toujours puissant et alerte. »

« Y’a qu’à brûler sa maison, et dès qu’il sort… on l’achève, le sort est levé, j’ai mon trésor. Aussi simple que bonjour. » intervient-elle avec platitude.

« Nul besoin de le tuer… Ton idée est bonne mais déjà, rien ne nous dit que le sort va se dissiper une fois son invocateur décédé. Le mieux reste de le sonner, de le ramener sur le navire et de le forcé à le faire lui-même. S’il refuse, ce qui va être le cas, on le menace directement lui et sa vie. L’homme en face de sa propre fragilité, de sa propre mort… n’est jamais courageux, son instinct de survie va forcément primer, prendre le dessus et être prêt à accepter n’importe quel marché du moment que sa vie soit épargnée. » déclamé-je avec assurance.

Prune hausse les épaules et m’affirme être peu convaincue de la deuxième partie du plan mais qu’elle m’écoutera. Le clipitaine intervient à son tour et vient devant moi. Ses orbites aux flammes dansantes me fixent avec intensité.

« J’dois reconnaître que t’es bien courageux. Tu n’nous connais pas et tu t’évertues pourtant à nous aider… J’dois t’avouer que de mon vivant, je me serais contenté d’te tuer avant de te dépouiller bwahahaha ! Pour votre idée de l’incendie j’peux peut-être vous aider, allez fouiller dans la cale, vous devriez pouvoir y trouver votre bonheur en huile et pierre de silex. Bon courage matelot d’eau douce ! »

Je pose une main sur mon cœur et lui promets que lui et son équipage seront libre sous peu avant de faire signe à Prune de me suivre quand j’emprunte l’escalier de bois menant aux cales. Les marches suintent l’humidité comme l’intérieur des cales. Une odeur de moisi macère ici et me donne la nausée. De l’eau s’est infiltré par des petites fêlures et mes pieds sont rapidement trempés.

« Prions pour que l’huile et les pierres ne soient pas immergé dans la flotte… » soupiré-je.

J’entends alors un cri de joie derrière moi et constate que Prune a trouvé quelques amphores d’huile encore intactes. Mais aucun signe des pierres pour l’instant… Je déplace les boites et les planches de bois, plonge mes mains dans l’eau à la recherche de ces silex mais ne trouve rien. Je grogne de dépit mais continue d’inspecter les alentours.

Je me prends un pied dans une caisse immergé et tombe la tête la première. Je suis plongé dans l’eau stagnante et en ressort dans un braillement horrifié, puant la mort… Je soupire, contrarié d’avoir si peu de chance et avance avec précaution, regardant également le sol. C’est finalement Prune qui trouve le deuxième élément de notre plan, les pierres d’après elle reposaient en hauteur, près de l’huile… Je me reproche intérieurement de ne pas avoir pensé à fouiller d’abord les endroits moins sensibles à une possible montée des eaux et congratule la voleuse d’une voix boudeuse.

Elle doit le remarquer car tandis que nous remontons, elle parade devant moi, vante ses qualités de limier… je sens bien qu’elle essaie de m’irriter, de me faire sortir de mes gonds, peut-être pour lui offrir une raison de me priver une bonne fois pour toute de chance d’avoir une jour… une descendance ? Je fais donc mine de rien et lui souris maladroitement, ne parvenant pas à dissimuler parfaitement mon mécontentement.
Nous saluons les pirates, leur affirmons que nous avons trouvé ce qu’il fallait. Prune me demande de tout garder et elle me confie sans attendre mon accord les trois amphores et les deux pierres de silex. Elle pose alors une main sur la rambarde et d’une impulsion se retrouve sur le rivage. De là, elle tend ses bras et me demande de lui lancer le matériel. J’avance, un peu hésitant, et la préviens que je ne fais pas un bon lanceur… Elle hausse les épaules et m’assure être confiante… en elle.

Je me renfrogne mais prends sur moi et dépose les deux amphores et les pierres à mes pieds avant de lancer la première urne. Prune parvient de justesse à s’en saisir et se moque de moi à grand renfort de rire avant de me demander de simplement descendre avec le silex. Je coopère sans protester et descends tandis que la voleuse retourne sur le pont et entreprends de tout descendre lentement. Elle y parvient sans mal et c’est chargé d’une amphore d’huile et des silex que je commence à marcher en direction de la maison à brûler.

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Dim 3 Juil 2016 12:09 
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Nous arrivons bientôt en vue de la maison, la porte à nouveau close. Je demande à Prune de vérifier les abords et elle s’exécute sans rechigner, partant en éclaireuse. Elle revient quelques minutes plus tard et m’affirme qu’elle a pu observer le mage par une fenêtre. Il est en train d’écrire un parchemin, nous devrions donc pouvoir agir sans problème. J’acquiesce, un peu anxieux à l’idée de brûler la maison d’un homme qui, depuis le début, n’est qu’une des victimes de cette malheureuse histoire. Sa réaction a été surdimensionnée mais incendier sa demeure… je trouve cela si expéditif. Pourtant je sais que je n’ai pas le choix, et de toute façon Prune elle, va agir quoi que je décide ou fasse.

Nous commençons à marcher, le dos courbé et faisant un détour pour arriver dans un angle mort. La maison, tout de bois, ne va pas être difficile à embraser. Son toit, un mélange de planche et de paille doit être notre priorité. Je demande à Prune de grimper et de déverser le contenu de deux amphores sur le toit. Elle hoche de la tête et, tout à fait silencieusement, grimpe sur la toiture. Le bois grince un peu mais elle connait son affaire et parvient finalement en haut sans trop de mal. Je me mets juste sous elle et lui tends les urnes, elle est forcée de se pencher mais les saisit finalement une à une.

Je me saisis de la dernière et la vide sur le mur, juste en-dessous de la zone choisie par Prune. Je lance ensuite les pierres à la voleuse et elle commence à les faire s’entrechoquer. Quelques étincelles surgissent mais rien de suffisant… J’ai alors une idée que j’espère brillante et chuchote à la voleuse de m’attendre. Le dos toujours courbé, je me dirige vers la devanture de la maison et inspecte le sol à la recherche de bois sec ou de feuilles mortes. J’en déniche quelques minutes plus tard et après avoir jeté un regard en direction de la fenêtre, toujours anxieux à l’idée de se faire prendre, me rassure en ne voyant aucun mouvement. Je me redirige vers Prune et lui tends les quelques brindilles que j’ai obtenu. Elle les attrape et recommence son œuvre de pyromane.

Je ne peux pas m'empêcher de ressentir une certaine fierté à la vue de ce travail d'équipe si parfaitement exécuté. Prune, bien que dotée d'un caractère bien à elle, sait aussi écouter et travailler de concert avec quelqu'un... peut-être est-ce que je n'arrive plus à vivre seul mais je ressens pour elle un certain attachement. Peut-être est-ce également du au fait que tout comme moi, elle semble faire partie de ce que les nobles nomment la lie de l'humanité... Ces indolents qui flânent toute la journée, s'occupent de gérer un pays mais bien incapable de faire preuve de la moindre empathie... Ceux qui volent, vendent leurs corps et leurs charmes, font en somme ce qu'il faut pour survivre, sont et seront toujours considéré comme de la vermine, comme une putain de quantité négligeable. Cette haine que j'éprouve à leur égard, cette envie de me hisser à leurs niveaux, tant de contradictions qui me définissent pourtant.

Mais parmi cette fange peut s'élever des êtres à la faim dévorante, les yeux plus gros que le monde... en quête d'une reconnaissance, en quête de richesse, de pouvoir, de notoriété... Ceux-là feront tout pour atteindre leurs objectifs, ils sont animés d'une flamme qui jamais ne s'éteint. Tout comme moi, Prune semble ne pas accepter simplement son sort, elle lutte pour se hisser à la place qu'elle s'estime mériter.

(Oui... elle est comme moi, de basse extraction mais qui va tout faire pour devenir... mieux.)

Les étincelles tombent peu à peu sur les brindilles qui s’enflamment rapidement. Le feu les consume bien vite et positionnée sur l’huile, le feu n’a qu’à se propager… La voleuse se dépêche de sauter au sol tandis que le brasier part déjà, les flammes lèchent le toit avec voracité, se répand et embrase la paille et le bois qui le compose. La combustion se propage, trouve la dernière source d’huile et se répand à présent sur le mur. La maison est bientôt le jouet de flammes qui la dévore. Une épaisse fumée s’échappe du bois brûlé et Prune qui doit discerner quelque chose me fait signe de me baisser. Nous nous accroupissons dans l’herbe quand la porte s’ouvre avec fracas. Le mage sort, toussotant. Il hurle de rage à la vue de ce désastre et profère des menaces lourdes de sens…

Je murmure à l’intention de la voleuse que c’est le moment. Elle semble d’accord avec moi et se lève silencieusement. Elle se saisit de son poignard et contre toute attente le projette avec force sur le mage ! Le couteau se fiche dans la jambe du mage qui crie de douleur mêlée à la surprise et s’affaisse au sol.

« Mais c’était pas prévu ! » protesté-je avec véhémence, incendiant du regard la voleuse.

« Tout ce qui compte, c’est le résultat. Il est immobilisé, c’est ce qu’on voulait non ? » se contente-t-elle de me répondre, levant les mains au ciel.

Elle se dirige ensuite vers le mage défait, grognant et pestant. Elle le défi du regard et lui murmure quelque chose avant de lui flanquer une gifle. Elle extirpe de sa ceinture un chiffon qu’elle enfourne dans la bouche du mage avant de le forcer à se redresser, lui ceinturant les bras. La douleur du vieil homme est visible, il peine à se tenir debout en raison de la dague, toujours enfoncée dans la chair…

Pourtant la voleuse semble ne pas en avoir cure et je suis obligé d’intervenir, retirant de la cuisse de l’homme le poignard. Il trésaille et le sang gicle hors de la plaie, imbibe le tissu de sa jambe d’une nuance pourpre… Je panique à la vue de tout ce sang qui se déverse de la blessure et déchirant un pan de tissu du mage, lui fourre dans la lésion.

« Au-moins le sang va arrêter de couler… »

Le vieux mage se débat faiblement, essaie de nous parler mais le chiffon l’entrave, de sorte que nous n’entendions que des bruits étouffés inintelligibles. J’aide Prune à le porter et nous recommençons à avancer vers le navire. Je nourris l’espoir d’arriver enfin au dénouement de cette affaire, espérant que le mage acceptera enfin de se montrer raisonnable.

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Dim 3 Juil 2016 17:20 
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Après avoir rapatrié le vieux mage sur le navire hanté, nous l’attachons à la base du mat arraché, dont toute la partie supérieure git inerte, sur la plage. Prune arrache le chiffon et le claque sans raison. Son attitude est belliqueuse… elle n’a pas dû digérer l’échec cuisant de son attaque ratée. Je m’interpose et la force à reculer, lui signifiant que je vais m’en charger. Elle grogne mais obtempère finalement et me concède le droit d’agir comme je l’entends.

Les pirates restent silencieux, comme craintif… Seul le clipitaine s’avance et vient se poser à côté de moi. Il ne pipe mot et se borne à simplement observer, les mains dans le dos. Je me racle la gorge et après avoir dévisagé quelques minutes le mage qui reste muet, un feu ardent dans les yeux, lui déclare que nous pouvons commencer.
Dans le crépuscule, la vive lueur émanant de la bâtisse en train de brûler éclaire les environs. L’on pourrait croire qu’il y a là-bas un immense feu de camp… Le regard du mage est rivé vers son ancienne demeure et je respecte ce silence. Du moins pendant quelques minutes.

« Bon, la situation est simple, vous venez de perdre votre maison à cause de votre entêtement. Souhaitez-vous y perdre également la vie ? Au lieu de laisser partir ces âmes qui ont suffisamment souffert de leur condition ? » lui demandé-je d’une voix douce.

Il se contente de braver mon regard, la haine qu’il éprouve est palpable… cet homme tout comme l’était Kahdan est pourri jusqu’à la moelle… Il est lui aussi fou, d’une certaine manière…

(Est-ce forcement ce qui m’attends si je deviens plus puissant ? La folie ? L‘excentricité ?)

La vue de cet homme m’attriste… pourquoi les hommes de pouvoirs doivent-ils toujours tout gâchés... J’essaie d’entamer à nouveau une discussion avec lui mais il se mure dans un silence sépulcral. Je remarque maintenant que ses yeux sont clos, sa bouche bouge imperceptiblement… C’est là que je la ressens…

(Pourquoi seulement maintenant… j’aurais dû être plus attentif…)

Cette aura de puissance magique qu’il dégage… elle enfle, agressive et pénétrante… Le navire connait alors une première secousse, le plancher grince, craque légèrement… Puis tout s’enchaîne. Une vague haute de plusieurs mètres vient frapper le flanc du navire qui, ramené par la force des éléments, se rapproche dangereusement de la mer… ou du-moins la partie du navire qui contient le trésor. Une autre vague, plus grande encore, s’abat sur le centre du navire et achève la structure déjà fragilisée. Le bois hurle tandis qu’il se disloque, la partie avant du bateau est entrainée vers la mer et commence à s’immerger lentement. Je me suis accroché à la rambarde pendant tout ce temps et quand je regarde la coque avant s’enfoncer dans les flots, je crois entrevoir la fine silhouette de Prune qui était restée de ce côté…

« Pruuune ! » crié-je avec désespoir avant de défier du regard le mage.

Mais ce dernier s’était volatilisé… Le capitaine pirate claudique vers moi et se désolé de n’avoir rien pu faire. Il m’affirme avoir vu le magicien user de sa magie pour se libérer tandis que la première vague secouait le navire. Je le cherche des yeux et remarque alors une traînée de sang qui file vers… la mer. Je cours vers le bord et observe l’étendue d’eau, de nouveau calme et sereine… aucun signe du mage, ou de Prune.
A court d’idée je plonge dans l’eau et prenant toute ma respiration, m’immerge totalement. J’ai du mal à voir quoi que ce soit hormis la carcasse du navire elle-même…

(Merde, où est-elle cette gourde…)

Je continue mais pressens être bientôt arrivé à la limite et me trouve obligé de remonter à la surface. J’aspire une grande goulée et replonge, je me dépêche mais ne trouve rien... Une colonne d’eau remonte alors vers moi avec fulgurance… elle me percute l’abdomen et me propulse en dehors de l’eau, sur plusieurs mètres de hauteur. Je chute mais me trouve intercepté par une autre colonne d’eau qui me frappe les cotes et me projette sur le navire…

J’atterris avec perte et fracas, ma course se terminant contre la rambarde de bois, me faisant expulser l’eau contenue dans mes poumons. Je me relève difficilement, les jambes tremblantes quand j’entends une voix familière.

« Qu’est-ce tu foutais dans l’eau ? »

Mais je n’ai pas le temps de répondre à cette grognasse que j’ai cru voir mourir qu’un nouveau remous perturbe la surface plane de l’eau. Une nouvelle colonne d’eau s’élève alors ! Je peux discerner le mage au sommet de ce pilier aqueux, seul la partie supérieure de son corps est visible, le reste se mêle à l’eau…

« Vous allez voir ce qu’il en coûte ! Vous allez voir ! »

À peine a t-il terminé de proférer ses menaces que des tentacules s’extirpent de la mer et viennent frapper le navire, s’affalant dessus dans un maelstrom de bois et d’eau. Je jette un rapide regard à Prune et après l’avoir insulté, lui expliquant en quelques mots que je la pensais morte, noyée, je l’adjure de m’aider à le vaincre.

Un sourire carnassier fleurit alors sur son visage et elle fait craquer ses jointures.

« Je savais que tu te rendrais à la raison, seulement c’eut été mieux, avant. Bon je vais te faire une petite démonstration de mon talent… » déclare-t-elle avec assurance.

Elle s’équipe d’un poignard dans chaque main et les tend de chaque côté de son corps. Des éclairs apparaissent alors, entourent ses mains, ses poignets, puis progressivement tout son corps. Je la regarde, ébahi, un peu jaloux aussi.

« Reste éloigné, ça va faire des étincelles ! » me crie-t-elle alors qu’elle commence déjà à cavaler.

Mais je ne compte pas lui laisser tout le mérite et entreprends de la suivre, avant de me rendre compte que c’est impossible… C’est la mer qui nous sépare de notre cible et je n’ai aucun moyen d’arriver jusqu’à lui… Prune elle, ne se pose pas la question. Elle plonge dans la mer et nage à un rythme ahurissant.

(Je ne peux pas la suivre…)

Je dois me résoudre à l’observer de loin… elle qui fend les flots comme une sirène. Elle arrive bientôt à proximité du pylône aqueux depuis lequel le mage invoque sa magie et d’une impulsion s’enfonce dedans. Des éclairs blancs parcourent alors la colonne d’eau, s’en extirpent de haut en bas dans un vomissement de gerbe d’eau et de flash aveuglant. Le pilier connait un dernier soubresaut avant de se briser soudainement. Je vois le corps du mage qui chute à une vitesse vertigineuse vers l’eau. Je plonge à mon tour et nage alors que Prune reste immobile, se contentant de flotter. La peur de perdre celle que j'estime à présent comme une amie chevillée au corps, je fais de mon mieux pour accélérer l'allure.

(Ne crève pas Prune... moi qui commence à t'apprécier, ne crève pas...)

Quand j’arrive à proximité du mage, une fumée noire se dégage de loi et son corps arbore une teinte cuivrée. Le pauvre n’a pas eu une chance, électrocuté et brûlé de l’intérieur… Je me détourne finalement de lui et pars en quête de la voleuse qui bat faiblement des bras. Elle me sourit en me voyant arriver et me prie de l’aider, justifiant sa faiblesse par la puissance des contusions occasionnées par son entrée dans la colonne d’eau.

« Ne t’inquiète pas, je suis là. »

Je passe l’un de ses bras par-dessus mon épaule et commence à nager en direction du dernier fragment du navire… Je n’ose pas évoquer le trésor avec Prune qui doit l’avoir mauvaise, maintenant immergé, il va être impossible de le récupérer. Quand nous arrivons finalement sur la plage, un morne silence nous accueille. Il n’y a plus trace des fantômes… comme s’ils n’avaient jamais existé. Il n’y a plus que Prune et moi, seul dans notre fatigue. Je l’aide à s’installer et m’assieds à ses côtés. Malgré nos avis divergents, je ne peux pas m'empêcher de la voir sous un nouveau jour. Je commence même à l'apprécier... malgré son caractère de cochon.

« Prune… pour ton trésor, je suis déso… »

Elle m’interrompt d’un geste de la main et susurre qu’elle a gagné mieux en échange, avant de caler confortablement sa tête contre mon torse et de s’endormir. Entendre cette déclaration de sa part m'étonne et pourtant me réconforte, je sais que ce que je ressens pour elle est réciproque, l'amitié ne se construit certes pas si rapidement, mais il y a toujours un début... Je me sens moi aussi las et éreinté… et me laisse finalement gagner par le sommeil.

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Dim 3 Juil 2016 21:39 
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Je me réveille aux premières faveurs de l’aube. Le soleil pointe timidement le bout de son nez, encore dissimulé par un tapis de nuages s’étalant mollement. Je me retourne pour souhaiter un bon matin à Prune mais m’aperçois que je suis seul… seul la vague trace des contours de son corps atteste de sa présence passée. La nouvelle me décontenance, je pensais, à tort, que la voleuse allait se révéler une alliée…
Mes yeux s’écarquillent alors et je me palpe à la recherche de ma bourse, elle aussi a disparue… Je maudis ma bêtise et regrette amèrement d’avoir ainsi accorder ma confiance à cette jeune dont le nom seulement je connaissais…

« Maudite garce ! » rugis-je avec colère.

La haine m’aveugle, mon désir de vengeance croît à une vitesse vertigineuse, renaît de son tapis de cendre tel le Phoenix et rugit, plus ardent que jamais. Je ne conçois qu’une chose à l’heure actuelle la vengeance, et la manière de procéder. La bête que je traque est rusée et agile… je vais devoir me lever de bonne heure et m’accrocher si je souhaite la trouver et ainsi, assouvir mes représailles sur celle qui depuis le début se joue de moi, me cause douleur et tracas.

Guidé par mon instinct, je me dirige vers le sentier qui mène vers la maison incendiée de feu le mage noyé dans les profondeurs abyssales de la mer. Un éclat brillant me fait alors m’arrêter, je me baisse vivement et récupère… un yu reluisant au soleil. Je le fourre dans ma poche et continue d’avancer, c’est là que je remarque que c’est toute un chemin de pièce qui semble vouloir me guider vers le surplomb… Je me méfie mais ne pouvant renoncer à suivre pareille piste, continue d’avancer. Je ramasse toute les pièces avec avidité, de plus en plus confiant sur la suite du plan que j’échafaude dans ma tête.

(Ma bourse doit être trouée ! Elle n’a pas dû s’en rendre compte la gourde… je vais te la débusquer moi ! Va être sa fête muhahaha !)

Je progresse et gravis le sentier, occupé à récupérer les pièces qui s’offrent à ma vue. J’arrive finalement en haut et constate qu’en effet, la maison n’en est plus vraiment une, ne reste que des cendres encore fumantes et quelques poutres toujours debout mais noircies par le feu. Le chemin de pièce s’arrête devant le seuil et au moment de ramasser la dernière, je sens le contact froid d’une lame sur ma nuque.

Je n’ose pas bouger, respire lentement et d’une petite voix m’exclame :

« Pitié ! Ne me tuer pas… je ferais tout ce que vous voudrez ! Je suis trop jeune pour mûrir… heu… mourir ! »

Un rire cristallin résonne en seule réponse mais la lame continue de s’appuyer contre mon cou… Une terrible douleur me monte alors dans l’entrejambe, je me retrouve aussitôt à terre, gémissant et remuant faiblement. Je regarde en biais mon agresseur et découvre… cette garce de Prune, affichant un énorme sourire. Elle me tend finalement une main secourable et m’aide à me relever.

« Voilà, c’était pour me venger de ta connerie ! Tu m’aurais laisser tuer le mage tout de suite, j’aurais pu récupérer le trésor ! » vitupère-t-elle en me menaçant de son poing fermé.

Elle s’approche ensuite de moi, et dépose un baiser sur ma joue avant de reculer vivement, rougissant quelque peu.

« Et ça, c’est pour m’avoir sauvé… jamais personne n’avait été aussi attentionné… » prononce-t-elle d'un ton gêné après s’être raclé la gorge.

Je me sens soulagé, malgré la douleur tenace qui me donne envie de lui foutre une énorme baffe, pour lui communiquer ma souffrance, mais je n’en fais rien… et décide d’être, mature ?

« Je suis content qu’on ait réussi à s’entraider, même si au final, j’aurais atteint mon objectif et pas toi. Bon, normalement on est sensé se dire au revoir mais… ne veux-tu pas, au-moins pour un temps, tailler un bout de route avec moi ? Je pense qu’on pourrait bien s’amuser ! Je me sens bien avec toi et on se combine bien, enfin je trouve ! » proclamé-je avec engouement.

Son visage s’éclaire et elle se jette sur moi, me serre dans ses bras avec force, jusqu’à m’étouffer… elle me relâche quand je commence à tousser et essaie de reprendre un air digne, puis déclare d’un ton faussement solennel :

« Moi, Prune, vagabonde, aventurière, et voleuse à l’occasion… Je n’ai qu’une chose à te dire : Taillons-le en morceau ce bout de route ! Suçons-le jusqu’à la moelle ! »

Nous nous serrons la main en signe d’accord mutuel et je lui demande si elle a une destination. Elle hoche négativement de la tête, m’expliquant qu’elle se laisse porter par le vent et le hasard. Je lui confie alors que j’ai, pour mon compte, un endroit dans lequel il me faut me rendre, le castel Hotarssique où réside un certain Vahalat. Prune hausse un sourcil et affiche une mine perplexe avant de confesser n’avoir jamais entendu parler de cet endroit.

« Allons-y ensemble dans ce cas ! Je dois y aller pour apprendre certaines choses sur ma… condition magique, peut-être qu’il pourra t’apprendre des choses lui aussi. » lui proposé-je en affichant un air résolu.

« Entendu ! » crie-t-elle en réponse.

C’est euphorique que je quitte ce lieu qui marque un nouveau pas pour moi. Je suis ravi d’avoir pu aider ces pirates à se libérer, et en prime j’ai découvert que la voleuse était une superbe personne, à condition de la connaître. C’est donc à deux que nous continuons le périple, je sais que je vais pouvoir compter sur Prune, je l’ai vu en combat et il ne faut pas se moquer d’elle… cela me rassure d’être en compagnie de cette femme, et tout à la fois ravi car nous partageons de nombreux points communs.
Je sais que la route va encore être longue jusqu’à mon futur maître mais je ne perds pas espoir. Je pense alors à un fait qui passerait pour un détail pour beaucoup… Je me rends compte maintenant que je suis tout proche d’eux que… mes parents ne sont pas si loin… Je vais surement les croiser en chemin chez le Sindel Vahalat. Je ne sais même pas comment je réagirais face à ceux qui m’ont vendu, qui ont détruit une partie de ma vie, de mon enfance…

Je préfère ne plus y penser dans l’immédiat, constatant que Prune me dévisage avec étonnement, moi qui suis resté perdu dans mes pensées et mes souvenirs. Je la rassure d’un rapide geste de la main et nous recommençons à marcher en longeant les côtes. Le castel Hotarssique, d’après la dame des Brumes devrait se trouver non loin des abords de la côte proche de Darhàm.

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 Sujet du message: Re: Les terres autour de Dahràm
MessagePosté: Dim 3 Juil 2016 23:36 
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Cela fait plusieurs jours que je marche en compagnie de Prune quand la chance nous sourit soudain. Un chariot passe près de nous et j’attire l’attention du conducteur à grand renfort de supplications et de mouvement de bras. Ce dernier s’arrête et nous dévisage alors que je m’approche, talonné par Prune. L’homme doit avoir une cinquantaine d’année, sa peau est tannée par le soleil et ses traits sont grossiers, comme taillé à la serpe. Un grand chapeau de paille ceint sa tête aux cheveux flavescents et il maintient un grand brin d’herbe entre ses dents. Il nous salue avec un accent prononcé et nous demande quelle est notre destination.

Je n’ai même pas encore eu le temps de lui demander son aide qu’il nous propose déjà, implicitement, de nous faire voyager à bord de son chariot. La gentillesse des campagnards, leur valeur, m’étonnera toujours. Je me fends d’un grand sourire quand je me présente ainsi que Prune et lui annonce que nous nous dirigeons vers le nord.

« Bah v’nez don’ ! Y’a d’la place et ma blonde aime bien causer aux étrangers ! Z’avez toujours des trucs à dire, ça passe l’temps ! » s’exclame-t-il d’un ton joyeux.

Je me dépêche de monter suivi par Prune et une fois installé, le paysan fait repartir son attelage. Je sens sur moi le regard de sa femme, et la fixe à mon tour, tout sourire.

« C’est très gentil à vous. Vous allez où d’ailleurs, vers le nord aussi ? » lui demandé-je.

« Oh ce n’est rien, et vous pouvez m’appeler Cornélia, lui c’est Joseph. Pour c’qui est de notre destination, c’est comme tu dis, dans le nord, on se rend à un hameau un peu plus loin. J’laisse le soin à mon… cher et tendre d’s’expliquer. » rétorque-t-elle, avec une ironie marquée sur la fin de sa phrase.

L’homme soupire et passant les rênes à sa femme, se retourne vers nous et entreprends de s’expliquer.

« V’là l’dilemme, ma blonde me soutient que j’arrive plus à élever mon poireau à cause d’l’âge. Mais moi, j’suis bin sûr d’une chose ! C’est juste qu’faut pas s’mentir, les seins qui tombent c’beaucoup moins excitant qu’une poitrine bien ferme ! Alors j’ai décidé pour prouver que c’moi qui suis dans l’vrai, d’emmener ma femme à Valtordu, un p’tit hameau pas loin. Là-bas y’a à c’qui paraît une prêtresse des plaisirs. Que l’cric me croque si j’arrive pas à lever l’manche avec elle ! » proclame-t-il l’air confiant.

« N’oublie pas que si tu n’arrives pas à remplir ta part Joseph… j’déciderai de tout pendant un an entier ! C’est moi qui aurait la gérance d’la ferme ! » rétorque Cornélia en le menaçant du doigt.

Il hausse les épaules et pouffe avant de marmonner que ça n’arrivera pas. Il reprend ensuite les rênes et se concentre sur la route tandis que je continue de converser avec Cornélia et Prune qui, essaie de devenir plus sociale et pas seulement provocatrice et fait mine de s’intéresser à ce que raconte la paysanne. Je ne suis pas dupe, c’est chiant, mais l’on doit sympathiser avec elle et son mari si l’on veut trouver refuge cette nuit. Un vrai repos n’est pas de refus et je prends sur moi pour assurer la discussion, si basse de plafond puisse-t-elle être, avec Cornélia.

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