Précédemment : iciAprès un rapide repas frugal, la fillette quitta la prison. Prenant soin de fermer la lourde porte derrière elle comme si elle n'y était jamais venue, elle reprit le chemin en sens inverse en sifflotant. Sur son dos, une petite sacoche presque vide pendouillait, mollement battue par le vent doux qui parcourait les plaines. C'était à peine le début de l'après-midi et la petite fille ne savait pas où aller. Liniel lui avait dit de trouver des voyageurs ou des brigands, certes, mais où ? Le chemin menant à la prison était peu usité, pour ne pas dire évité, et il lui faudrait donc s'éloigner de celle-ci... Si seulement sa mère, au lieu de se contenter de la lecture et des règles de bienséance, lui avait appris quelques notions de géographie dont l'emplacement des grands axes de transport.
Soupirant, la petite fille emprunta l'unique chemin de terre qui quittait la prison, s'environnant sans hésitation dans la campagne de Dahràm. Il n'y avait dans cette région que peu de fermes et de champs, sûrement à cause de la proportion grandissante de voleurs et détrousseurs de toutes sortes. Si Liniel allait chercher à manger dans une exploitation agricole, elle aurait à chercher loin. Le regard de la fillette se perdit entre les herbes folles qui bordaient le chemin et continuaient au-delà. À cette époque de l'année, celles-ci dépassaient en taille la gamine et elle pouvait ainsi admirer dans toute sa splendeur ce florilège de dérivés de vert, allant du plus clair en haut au plus foncé en bas. Ses yeux, grands ouverts, essayaient de capter un maximum d'images de tout cela. N'était-ce pas la première fois qu'elle s'aventurait hors de Dahràm ? Bon, soit, peut-être pas la première exactement. Mais elle ne s'était certainement jamais rendue aussi loin. Et la nuit dernière, elle n'avait pas pu bien observer tout cela sous la lumière de la Lune.
Ici, on entendait le chant des oiseaux dans des bosquets hétéroclites perdus au milieu de la mer verte, là, on voyait un renard, un blaireau ou une simple souris passer à toute allure sur le chemin, disparaissant ensuite de l'autre côté aussi vite qu'ils étaient apparus. Des fleurs nées hier sur le bord du chemin charmaient les sens de la fillette, tandis que d'autres, plus loin dans les herbes, l'aguichaient de pétales colorées. Combien de fois faillit-elle quitter le chemin pour aller les voir de plus près – et nécessairement les cueillir ? Des insectes volants ou rampants se frayaient un chemin devant son nez ou sous ses pieds, de la fourmi au lombric, du petit moucheron à l'énorme coléoptère en passant par un groupe d'abeilles qui rentraient à la ruche. Et si tous ces éléments mouvants n'avaient pas réussi à attirer la petite fille dans leur sillage, c'est qu'il leur manquait quelque chose qu'elle ne parvenait pas à définir. Peut-être une petite dose de sublime.
Au bout d'un petit quart d'heure de marche, le spectacle de la nature en fête fut interrompu pour une petite pause sous un chêne au bord du chemin. Yurlungur vint s'asseoir sur l'une de ses imposantes racines, se laissant envelopper dans les branches protectrices du vénérable végétal. La fraîcheur de l'ombre s'alliait avec le chant d'un rouge-gorge qui avait établi son nid plus haut, tandis que le bourdonnement de quelques abeilles qui butinaient ça et là officiait en tant que basses, accompagnatrices du solo gazouillant. La petite fille, oubliant sa quête initiale, se laissa porter par cette mélodie sans cesse renouvelée. Et son regard se posa sur un phénomène des plus magiques.
Pour bien l'expliquer, il fallait remonter il y avait quatre mois de cela, lorsque deux papillons s'étaient en effet envolés ici dans des ébats amoureux, copulation de deux corps qui allaient mourir bien avant de voir leur progéniture apparaître. Mais ils n'en avaient cure et c'était un ballet enflammé qui avait pris place ici, à la tombée de la nuit, ce pendant une petite heure. Aucun de ces grandes choses boudinées au teint blanchâtre n'était venue les déranger et, finalement, le mâle était parti vers de nouveaux horizons, probablement vers sa mort d'ici quelques heures, tandis que la femelle s'était posée sur l'une des branches du chêne pour déposer ses œufs et les abandonner à jamais. L'un d'eux, un peu plus gros que les autres, ne mit que deux semaines à éclore, et une chenille aux reflets bleus argentés vit le jour. Elle se gava, deux autres semaines durant, avant de se transformer, encore, mais cette fois en chrysalide. Elle s'était alors fixée sous l'une des branches basses de l'arbre et avait attendu, patiemment, près de trois mois durant.
Jusqu'à ce que le cocon, à moitié vert à moitié bleu, se décidât enfin à s'ouvrir et à laisser émerger, sous les yeux émerveillés de la petite fille qui se trouvait là, un papillon magnifique. Son corps était d'un bleu indigo qui scintillait de mille paillettes naturelles, tandis que ses ailes noires comme la nuit présentaient des motifs d'un bleu plus sombre qui brillaient d'un éclat surnaturel. La naissance d'un nouvel être, émergeant de mois de stase et de transformation interne, ne pouvait que subjuguer l'enfant par les miracles accompli dans le cocon, bientôt abandonné par son propriétaire mais permettant un spectacle époustouflant sans nulle autre mesure. Les yeux de Yurlungur brillaient. Deux ailes délicates se déployèrent, le corps s'apprêta à s'envoler. Deux grosses mains avides se refermèrent dessus.
Trop tard. Le papillon encore humide s'était envolé dans les airs, échappant de peu à son immense agresseur qui avait essayé de l'attraper. La petite fille poussa un juron et se leva immédiatement pour partir à la poursuite de sa proie. L'enchantement visuel des ailes chatoyantes tenait la fillette et elle ne pouvait se résoudre à abandonner la traque de ces ailes. Mais le papillon ne pouvait non plus se résoudre à abandonner ses ailes vitales à cette grosse chose agressive. Il prit de la vitesse, petit à petit, essayant tant bien que mal d'échapper à la gamine qui, insouciante, s'engouffra dans les hautes herbes à sa poursuite. Elle venait de quitter le sentier, mais elle n'en avait cure. Le papillon revêtait une importance bien plus importante à ses yeux que la mission donnée par Liniel, c'est-à-dire la recherche de nourriture. Il fallait connaître ses priorités, tout de même.
La traque se fit ardue. Entre les herbes, l'éclat bleuté du papillon ne passait pas inaperçu, mais celles-ci lui permettraient également, s'il prenait trop d'avance, d'échapper définitivement à la petite fille. Cette dernière était de plus gênée par l'irrégularité du sol et les plantes qui l'entravaient pour quelques instants à chaque fois qu'ils se dressaient en travers de son chemin. Tandis que le papillon voletait à droite, à gauche, zigzaguant pour semer l'Humaine, cette dernière le poursuivait sans relâche, prise d'une hâte sans pareille. Tout dans son attitude démontrait son envie d'attraper la petite créature : que ce soient sa bouche à moitié entrouverte, laissant un léger sourire planer sur ses lèvres, ses yeux brillant de mille feux, ou encore son expression faciale, oscillant entre l'angoisse de perdre de vue les ailes bleues lorsqu'elle devait ralentir et la joie intense lorsqu'elle parvenait à s'en rapprocher.
La course se révéla harassante et la fillette douta moult fois de ses chances de parvenir à attraper le papillon. Mais celui-ci fit une erreur, une erreur qui lui fut mortelle. Il émergea dans une petite clairière au milieu des herbes, où il n'eut plus rien pour se cacher. Un rictus de victoire sur le visage, Yurlungur plongea et se saisit de lui entre ses doigts avant de rouler par terre. Qu'importe ! Il fallait uniquement garder le papillon intact. Allongée au sol, elle se redressa pour se retrouver sur ses genoux et, sentant l'une des ailes coincée entre ses doigts, elle écarta prudemment deux mains l'une de l'autre, le regard empli d'appréhension. Le petit corps en effet avait souffert, sûrement cogné sur les parois de cette nouvelle prison, mais les ailes semblaient intactes. Gardant uniquement dans une main le papillon coincé par l'une de ses ailes, elle approcha deux doigts menaçants vers lui et se saisit de l'autre appendice entre ses deux ongles.
Elle se retrouva bien vite avec les deux ailes du papillon dans les mains, presque intactes, le corps délaissé et tombé au sol. L'insecte avait fort peu vécu – mais il avait vécu, au moins, et son sort n'intéressait pas plus que ça la fillette. Celle-ci continua d'observer son trophée pendant quelques instants puis, souriante, entreprit de trouver quelque chose pour le ranger. Il était hors de question de les mettre dans ses poches, faute de quoi ces deux magnifiques appendices bleus seraient abîmés irrémédiablement. Elle sentit cependant une odeur désagréable à sa gauche et, relevant un nez indigné, tourna la tête pour se rendre compte, enfin, de l'endroit où le papillon l'avait guidée.
Elle se trouvait dans une sorte de couloir entre les hautes herbes, celles-ci étant ici écrasées au sol par le passage répété de bottes. Tandis qu'à sa gauche le passage se terminait sur un trou duquel provenait la puanteur – trou qu'elle préféra ne pas aller inspecter –, le couloir se terminait à droite sur une clairière plus grande, où l'on apercevait quelques tentes. Prudemment, et bien entendu tout en gardant précieusement les deux ailes de papillon entre ses mains, elle avança à moitié pliée en avant en se frottant aux herbes pour rester discrète. Le passage menant à ces toilettes de fortune débouchait sur un grand cercle de quelques mètres de rayon au milieu duquel trônait un feu éteint en cette période de la journée. Autour de celui-ci, quatre tentes étaient visibles ainsi que des piquets profondément enfoncés dans le sol meuble. Enfin, assis sur un monticule de terre, un homme seul sifflotait doucement une mélodie se fondant dans le bruissement ambiant de la campagne, ce tout en taillant un bout de bois en forme de pointe. En somme, il s'agissait d'un campement et de sa vigie. La présence d'un campement autour de Dahràm, et d'un campement caché qui plus est ne pouvait signifier qu'une chose : il s'agissait du repère de brigands. Clair comme de l'eau de roche, et probable au vu de l'épée et des poignards à la ceinture du garde ! Or, qui disait campement de brigands, disait trésor : qui disait trésor, disait coffre : qui disait coffre, disait lieu où cacher les ailes de papillon. Bon, accessoirement, qui disait campement, disait nourriture, mais Yurlungur outrepassait sans remord aucun ce genre de considérations matérialistes.
Un plan s'échafauda dans son esprit. La première chose à faire, pour pouvoir fouiller le camp en toute légitimité – pardon, en toute sécurité –, était de se débarrasser du brigand resté pour surveiller l'endroit. Au vu de son attention démesurée, ce serait simple comme bonjour. Ensuite, il ne resterait plus qu'à trouver un coffre et des trésors, ainsi que, pourquoi pas, un sac pour emporter tout cela. Celui de la fillette allait peut-être se faire trop petit pour emporter tout cela. Bon, si elle avait la place, elle prendrait peut-être aussi un peu de nourriture, tout de même. Son ventre gargouillait déjà un peu, insatisfait du repas trop léger pris à midi.
Elle se glissa discrètement, la capuche rabattue sur la tête, à travers le campement. L'homme n'était pas particulièrement costaud et son sifflement permettait de couvrir les pas de la petite fille. Elle trouva une pierre suffisamment massive soutenant un piquet de tente et le retira, vérifiant au préalable que l'ensemble était suffisamment solide. Puis, apportant sa massue improvisée à bout de bras, elle finit par arriver juste derrière le brigand. Là, elle n'eut qu'à soulever le rocher et le laisser tomber. Un craquement sourd retentit et ce dernier s'effondra au sol, inanimé. Un instant, la petite fille se demanda si elle l'avait tué. Certes, le rocher était plutôt lourd ; certes, elle l'avait lâché au-dessus de sa tête ; certes, il ne s'y attendait pas du tout. Finalement, elle préféra déléguer à ses compagnons la tâche de vérifier son état de santé et se leva, triomphante sur le talus à la place du brigand. D'ici, elle surplombait les hautes herbes et pouvait voir à quelques centaines de mètres de distance. Devant, il semblait y avoir le chemin, qui continuait jusqu'à sa droite au chêne, à deux cent mètres, sous lequel elle s'était arrêtée peu avant. Encore plus à droite, derrière le chêne, se trouvait la prison où elle et Liniel avaient élu domicile, bien plus petite que le vénérable arbre à cette distance. À sa gauche, un bosquet d'arbres étendait ses ramages à une dizaine de mètres, bloquant la vue environnante, tandis que l'extrémité des murailles de Dahràm se dressaient au loin, juste à droite de ces arbres. Au moins, elle n'était plus perdue.
D'un bond, elle se retrouva sur le sol, à nouveau entourée des hautes herbes. Aussitôt, elle se dirigea vers la première tente. Elle écarta le tissu et regarda à l'intérieur. Il y avait là deux simples couchettes, une lanterne éteinte et quelques vêtements sales dans un coin. Elle n'y repéra rien de particulier et repartit après quelques instants, les relents de sueur et de fluides corporels mâles divers ne l'attirant en rien. Elle se dirigea vers la seconde, qui ressemblait à la première à tous points de vue, abstraction faite des couleurs des vêtements et de l'intensité des douces fragrances mâles qu'on y sentait. En ressortant, la petite fille put vérifier que le corps de l'homme était toujours allongé là, mais elle en fut alertée. Lorsque les brigands reviendraient, ils constateraient immédiatement qu'il avait été agressé et se mettraient immédiatement à sa poursuite à elle. Mais il y avait un moyen d'éviter ça...
Elle s'approcha du corps et le saisit par-dessous les aisselles. Elle tira. Qu'il était lourd ! Et dire qu'il avait l'air gringalet... Tout le métal qu'il portait sur lui, s'il ne l'avait pas sauvé, devait au moins le muscler considérablement à chaque fois qu'il essayait de faire deux pas. Grommelant, elle parvint finalement à le traîner dans l'herbe jusqu'au petit coin. Et là, se bouchant le nez de dégoût, elle le fit basculer au milieu des excréments de ses compagnons. Il y avait au moins un mobile : une envie pressante, il glisse, il tombe, il s'évanouit. À cause du choc ou à cause des odeurs, qu'importe. Dès que le corps fut en place, elle repartit illico presto jusqu'à la clairière. Ces émanations l'étouffaient et, si elle jouait par là un tantinet à la précieuse, il était indubitable que l'odeur était... particulière. Elle s'approcha de la troisième tente, remarquant un motif étrange sur le tissu, et s'apprêta à l'écarter lorsqu'une voix la surprit.
«
Attends ! »
Elle se retourna immédiatement et aperçut, en face d'elle... Un papillon bleu. Battant des ailes devant ses yeux, à une cinquantaine de centimètres, il était l'exacte copie de celui auquel elle avait arraché les ailes tout à l'heure.
«
Ne rentre pas là ! Ou alors fais un peu attention, voyons ! »
La voix était féminine, mais sans conteste autoritaire et énervée. Presque remontée contre la petite fille.
«
Je... je suis désolé, monsieur le papillon, de vous avoir arraché les ailes ! »
Un instant de flottement plana après l'excuse de la petite fille, terrorisée par cette apparition.
«
Tu m'as... arraché les ailes ? »
«
Oui, regardez, je les ai dans ma main... »
Elle tendit devant elle, les mains en coupole, les deux magnifiques ailes bleutées qu'elle avait récoltées.
«
Tu dois te tromper. Ce ne sont pas mes ailes, simplement celles d'un vulgaire papillon bleu. »
Le ton était dédaigneux et, presque immédiatement, le papillon parleur s'envola dans les airs et, en s'écartant, conclut :
«
Le motif te brûlera si tu le touches. Il faut que tu l'évites. À plus tard, ma belle. »
Et le papillon disparut entre les herbes, aussi brusquement qu'il était arrivé. La petite fille resta interdite quelques instants, ne sachant pas réellement comment réagir. Il y avait donc des papillons qui parlaient, et d'autres qui ne parlaient pas ? C'était assez... stupéfiant. Finalement, regardant les deux ailes de papillon dans ses mains, elle en prit une et souffla dessus pour l'envoyer droit vers la tente. Dès que l'aile toucha le tissu, le motif fut illuminé d'une douce lumière rougeâtre et instantanément, l'aile fut réduite en cendres emportées par le vent. La petite fille avait sursauté et tremblait un peu. Reprenant progressivement un rythme normal de respiration, elle se décida à contourner la tente pour regarder de derrière. Envoyant la seconde aile de papillon contre la toile qui bordait le fond, celle-ci n'eut rien et tomba au sol intacte. Il n'en fallut pas plus pour la petite fille. Pour protéger ainsi avec un verrou magique une tente, il devait y avoir des choses sacrément intéressantes à l'intérieur ! Elle sortit sa dague et déchiqueta le tissu pour se frayer une ouverture.
À l'intérieur, des coffres étaient empilés de chaque côté, tous fermés. Ils devaient sans doute contenir de l'argent, mais il y avait également quelques barils, ainsi que des bouts de viande accrochés à de larges fils suspendus. Elle farfouilla un peu et finit par trouver ce qu'elle cherchait : dans un coin, une sacoche un peu plus grosse que la sienne avait été consciencieusement pliée, sûrement gardée là en rechange. Elle déposa son sac à côté et fit rentrer dans le nouveau ses affaires personnelles. La petite gourde qu'elle avait trouvée dans les affaires de cet homme, l'homme qu'elle avait tué dans les dépôts de Dahràm... Cela lui semblait si lointain. Ce drôle d'objet, qu'elle avait trouvé dans son sac par hasard et qu'elle avait failli abandonner, avant d'être mue par une impression étrange qu'il s'agissait d'un objet important... Et ce fouet, aussi, qu'elle avait pris à son tortionnaire après l'avoir étranglé avec ses propres chaînes. Que de souvenirs ! Cela la mit de bonne humeur. Elle regarda autour d'elle et sut qu'elle ne pourrait pas tout emporter. Elle saisit un gros jambon suspendu et le fourra à l'intérieur, bientôt rejoint par quelques légumes et fruits. Finalement, elle avait encore un peu de place, aussi se mit-elle à regarder de plus près les différents coffres présents ça et là.
Butin des brigands, elle ne voyait pas pourquoi elle n'aurait pas droit à une part elle non plus. Malheureusement, elle ne pourrait pas tout emporter. Choisissant tout d'abord un coffret richement ouvragé, elle se saisit de son pendentif pour essayer de faire sauter le verrou. Le petit bout de métal et les doigts habiles de la fillette étaient toujours aussi bons pour cet exercice, aussi parvint-elle rapidement à découvrir le trésor caché. Sur un socle en velours poupre reposait une bague. Celle-ci aurait pu être classique, mais même dans la pénombre de la tente, elle semblait briller de mille feux. Faite d'un métal brillant, sûrement de l'or, et surmontée d'un bijou étincelant que la petite fille aurait été bien en mal de nommer, il resplendissait entre ses mains, bien plus que les simples ailes de papillon qu'elle avait trouvées dans la nature. Non, elle avait bien fait de les utiliser pour rentrer ici. Un trésor de perdu, dix de retrouvés. Observant longuement la pierre d'un bleue pâle, elle ne parvenait presque plus à en détacher son regard. Sans perdre un instant, elle l'enfila à la main gauche. Oui, sa main gauche lui servait moins souvent en combat que sa main droite, porteuse de sa dague. Ainsi, la bague avait peu de chances d'être abîmée.
Bien contente, elle referma le coffret et le reposa à son emplacement inital. Elle s'apprêta ensuite à en prendre un autre lorsqu'elle perçut des bruits dehors et se figea instantanément. Ils étaient plusieurs, deux ou trois, et semblaient appeler quelqu'un. Juste là, dans la cour, elle les voyait presque à travers la fine toile protectrice. Ils avancèrent vers le talus et crièrent un nom. Les propriétaires étaient de retour : il fallait maintenant payer ou déguerpir. La petite fille fit quelques pas en arrière tout en observant les silhouettes se déplacer. Deux d'entre elles discutaient, insouciantes, tandis que la dernière fouillait les environs à la recherche du disparu. D'ici, elle entendait presque la conversation du grand maigre et du vif bedonnant. Ils parlaient... de Shaeya 'naer Elsayim. Le sang de la petite fille ne fit qu'un tour. Tout bien considéré, elle allait rester encore un peu ! Elle dressa l'oreille pour essayer de distinguer quelque chose, mais ils ne parlaient pas assez fort. Ils parlèrent de ruines, de nécromants, quelque chose comme ça... Ils évoquèrent aussi une ville, Caix Imoros. La ville des Shaakts ? Cette séance d'espionnage fut rompue par l'appel alarmé du troisième brigand, provenant des toilettes. Il devait avoir trouvé le corps.
Préférant quitter les lieux immédiatement, la petite fille se retourna et se figea. De l'autre côté de la toile déchirée, une forme noire et bestiale la fixait avec des yeux méchants, les babines retroussées et les griffes dégainées.
Suite : ici