(LES RUES DE LA CITE)Sous de petites œillades de la guérisseuse, le combattant appliqua à la lettre les instructions qu’il avait reçues. De menus gémissements et grognements s’entendirent, rien de foufou, juste un réflexe que devait extérioriser le corps humain. La potion ou il ne savait quoi avait un goût perturbant, pas vraiment dégueulasse, ni même buvable, encore moins délicieux… Curieux qu’il était, le guerrier fit mijoter la mixture dans sa bouche, lui faisant faire des vas-et-viens sur sa langue avant d’avaler cul-sec. Il expulsa de l’air de ses lèvres assez bruyamment, signe de déception. Enfin, il enroula les tissus imbibés de breuvages exotiques sur la multitude de blessures le recouvrant du torse aux pieds. Il ressemblait presque à un mannequin d’entraînement, il se surprit à espérer qu’une bleusaille ne le confonde et ne l’attaque pas.
Au fur et à mesure du temps passé, la douleur, ses souffrances, ses maux terribles s’envolaient, disparaissaient, plongeaient dans le néant de l’inexistence. Ses sourcils s’arquèrent tandis qu’un sourire se dessina jusqu’à ses oreilles. Il en profita pour mirer ses poings, les fermer, les rouvrir, bouger tous ses membres et constater que plus rien ne lui faisait mal. Une véritable renaissance, il nageait dans le bonheur d’avoir retrouvait un état viable et alors qu’il allait remercier de tout cœur la dame, elle dévoila avoir trompé son corps.
« Ah. » Lâcha-t-il, un peu confus de cette révélation.
« Bah, même si ce n’est qu’illusion, ça fait vachement du bien, alors merci ! » Continua-t-il, d’une voix plus gaie.
« Ne t’inquiète pas, je m’en occupe, bon je ne lui dois pas vraiment ça, mais on a souvent dit que j’étais trop bon… Et tu sais ce qu’on dit, trop bon, trop con. »Revigoré en apparence, le Tulorien se saisit du bras de son manipulateur préféré pour le maintenir sur sa nuque. Sa main libre quant à elle vint se glisser sous l’aisselle opposée de Cappelindro afin de garantir un bon maintient de son enveloppe charnelle. Chaque fois que ses pieds se posaient au sol, le guerrier en profita comme jamais il n’avait apprécié le fait de marcher sans douleur. Bien qu’il pût ressentir que son organisme atteignait ses limites, comme si une faiblesse générale s’emparait de lui, il trouvait la volonté de suivre Elsa. Le mental jouait un rôle crucial dans ce genre d’épreuve qu’imposait la vie et plus d’une fois, le Verlorgot avait démontré une détermination sans faille, pour le meilleur comme pour le pire.
Le groupuscule singulier se fraya un chemin à travers la populace interloquée par la déambulation hasardeuse de cette petite troupe. L’astre solaire était au-delà de sa culmination, midi devait déjà être passé alors que la marche laborieuse continuait vers les portes du nord. Les yeux brunâtres du solide gaillard s’échappaient parfois du droit chemin pour entrapercevoir ceux de la foule, quelques-uns persistaient à regarder tandis que les autres détournaient le regard. Personne ne semblait vouloir les déranger dans leur périple tortueux, une véritable aubaine pour le guerrier malchanceux depuis le début. La milice locale s’occupait de tout le bordel qu’était la fête et des chariots par dizaine qui désiraient à tout prix pénétrer dans la ville. Elsa s’éclipsa comme une ombre, telle une poussière dans les airs pour aller se mouvoir hors des enceintes de Yarthiss. Bien moins gracieux, Fromritt la rejoint.
« Bientôt arrivés, j’espère l’état d’ce man… De Riosodi me rassure pas. » Dit-il en sueur à cause de l’effort et la chaleur du soleil.
Un peu plus loin se tenait un rassemblement d’habitations de fortune, qui pouvaient se défaire ou même se déplacer. Le Verlorgot en avait rencontré beaucoup dans sa vie, durant ses longs voyages ou même non loin de Tulorim. Fut un temps où accompagné de sa petite famille, il allait y voir des jongleurs, des diseuses de bonne aventure surtout pour amuser les enfants. Il secoua la tête pour chasser ses songes puis redoubla d’effort pour en finir avec tout ceci. Au même moment, un homme brun d’une allure un peu trop railleuse se détacha du paysage. Ce n’était absolument pas le moment de vanner, alors le guerrier le snoba pour aller délicatement poser Cappelindro là où il serait le plus à l’aise, autant qu’il pouvait l’être tout du moins.
« Ah, tu as suivi. » Dit-il en voyant Lessel près de lui.
« Parfait, ça m’évitera de te rejoindre. Bref, je vais pouvoir vous expliquer en gros… » Il se racla la gorge puis s’assit à terre, visiblement à bout de force.
« Je suis dans cette ville de malheur depuis hier, là où j’ai rencontré Riosodi qui m’a joué un sale tour. Bon, je suis pas du genre rancunier, mais au début je l’avais mal. Bref, il faut savoir qu’après une nuit dans une auberge Riosodi m’a confié un genre de boulot : remettre une lettre. Malgré ce qui s’était passé, j’ai accepté puis je me suis barré vers un semblant d’arène clandestine. Là-bas j’ai été pigeonné par le gérant qui m’a fait combattre une saloperie et qui s’est barré juste après parce que Cappelindro était quelque part dans l’arène. On s’est retrouvé, il a cru que je voulais sa peau avant de comprendre que non, mais que les hommes de ce fameux chef d’arène, si. Voilà l’histoire, grosso modo. » Réussit-il à enchaîner d’une traite, avant de s’apercevoir qu’il n’avait presque plus de salive.
« Dis, y a quelqu’un qui a un truc à boire, parce que, il commence à faire soif là… »