L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Mer 21 Oct 2015 17:03 
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En reculant, ne lâchant pas des yeux le représentant de la famille qui aura été la source de sa plus grande désillusion et de son plus bel apprentissage jusque lors, le dos du voleur se pose contre un des murs les plus proches de la sortie de la prison. Le contact des pierres froides au travers de son kimono le fait frissonner. Il songe un instant à la cape si particulière qui orne pour l’instant le fond de son sac. Un outil offert par sa famille lorsqu’il avait décidé de devenir un homme de l’ombre défendant leurs intérêts au détriment de sa propre personne et de son propre honneur. Un vêtement capable de prodiges de camouflage. Mais le jeune noble revient vite à la raison : l’utiliser à l’endroit même d’une évasion, si ça ne manque pas d’audace, est néanmoins d’une stupidité crasse, pour peu que l’on estime digne de leur grade les soldats qui viendront constater leur défaillance en matière de surveillance des prisonniers.

Vohl s’éclipse dans les ombres des ruelles attenantes, bordées de larges maisons aux toits hauts malgré un nombre restreint d’étages dans la plus pure tradition oranienne : ces demeures sont le cœur ancien de la ville, et parmi celles-ci on peut compter certaines des bâtisses les plus anciennes. Rasant les murs, Vohl s’éloigne le plus vite possible du lieu de son erreur. La fatigue accumulée ces derniers jours amoindrissent ses facultés, aussi bien mentales que physiques. Quelle que soit son envie et son obsession de remettre Oranan dans les bonnes grâces de Rana, le jeune homme n’est pour l’instant pas en mesure de faire quoi que ce soit. Le parchemin qui se matérialise dans son esprit pendant qu’il tient ce même raisonnement l’encourage à être imprudent et à commettre des erreurs en se jetant corps et âme dans une quête dont il n’aurait probablement pas les moyens de venir à bout : mais son intelligence, alliée à son instinct de survie, l’oblige à se soucier en premier lieu des besoins vitaux : se nourrir, boire et dormir quelques heures, avant que le soleil n’illumine à nouveau le ciel oranien. C’est la soif qui se fait sentir la première : il n’a rien bu depuis hier midi, et si l’air moite et malsain des égouts l’en avaient pour un temps dissuadé, la chaleur de la journée et les dernières aventures rappellent à son bon souvenir que les hommes ne peuvent se contenter de nourriture spirituelle.

C’est donc la gorge sèche et le gosier dans un état à peine meilleur que le voleur se met en quête de quoi s’hydrater. La mer n’est pas une option, et la pluie récente n’a fait qu’humidifier les pavés, rafraichissant l’atmosphère sans pour autant inonder les rues et les égouts de la ville. Penser aux égouts lui fait penser à cet étrange séjour qu’il y a passé, et à ses occupants tout aussi étranges.

Il n’a pas le temps de se perdre dans ses pensées : emmitouflé dans son kimono pour endiguer les vagues de froid et de vent qui viennent tout droit de la mer, et se met en route vers les quartiers les moins huppés de la ville. Là-bas, nulle chance qu’on le reconnaisse. La sécurité sera moindre, mais l’ex-soldat se sait capable de faire face à une bande de poivrots : il doute de pouvoir en faire de même face à une cohorte d’anciens camarades. Sa tête cherche un soutien dans les cieux étoilés : quelle ironie du sort ! Lui, la jeune recrue, sortie tout droit de l’académie dans laquelle toute sa famille s’est investie, rejeté hors de son monde par un homme qui n’a jamais eu l’intention d’adhérer à la cause militaire, et ce même homme qui lance maintenant ses anciens amis sur sa piste pour une trahison fictive.

(Au moins, maintenant… Il y a une bonne raison derrière cette poursuite. Même s’ils ignorent de quoi il s’agit.)

La nuit lui rafraîchit le corps et l’esprit : dans sa route pour parvenir aux quartiers pauvres, le voleur s’arrête au premier puit qu’il croise pour y prélever un grand seau d’eau fraiche et s’y désaltérer. Le courant glacial qu’il sent couler dans son œsophage l’encourage à prendre une seconde gorgée, puis une troisième, une quatrième… Le seau est à moitié vide lorsqu’il se doit s’arrêter de boire s’il ne veut pas rendre au puit ce qu’il en a tiré. Il utilise ce qui reste pour s’asperger le visage afin d’achever de se réveiller. L’eau froide sur sa peau exacerbe ses sensations, et le vent glacial sèche sa peau à grand renfort de gifles amicales. Le jeune homme se donne un moment pour apprécier ce moment, qui ne semble jamais aussi beau qu’après avoir échappé à la mort. Peu de chose lui manquent, en ce moment, si l’on fait abstraction de son oncle et de sa sœur. Après être sorti de sa contemplation de la lune et des étoiles qui brillent dans un ciel dégagé, Vohl adresse un remerciement à Rana pour lui avoir permis de sortir indemne de sa dernière aventure – ou peu s’en faut, se dit-il en massant son épaule encore douloureuse. Ceci fait, il ne lui reste plus qu’un endroit sûr à trouver pour passer ce qui reste de nuit. La réponse à son interrogation muette lui apparaît lorsqu’il prend le temps de regarder le paysage mieux que ce qu’il a fait au premier abord : son corps n’a pas cessé d’être sollicité ces derniers temps, et son sens de l’observation comme son esprit d’analyse dont il était si fier, ne suivent plus le rythme qu’il impose à son corps épuisé.
Oh, ce n’est rien de formidable : pas de lit magique, de faille dans un mur ou de ruelle bien abritée des regards, qui lui permettrait de se soustraire à l’attention des gardes ou des connaissances susceptible de le reconnaître. Mais un élément du décor semble pouvoir jouer ce rôle : le seul problème reste d’y accéder. Les toits ne l’abriteront pas de la pluie, du vent et du soleil, mais peu de gens pensent à regarder le ciel lorsqu’ils sont entourés par la foule et hélés par les marchands.
Le voleur doit maintenant choisir le toit qui le servira le mieux pour la vie cachée qu’il sera amené à vivre pendant un certain temps. Pour faire le meilleur choix possible, l’ancien soldat tâche de commencer à penser comme un véritable professionnel. Il en est toutefois convaincu.

(Comment le fuyard vit-il ? A l’abri des regards, en bougeant beaucoup et en attirant peu l’attention. Mais il doit aussi pouvoir se fournir quotidiennement sans attirer l’attention, n’est-ce pas ? )

Les critères définis, il ne reste plus qu’à trouver les solutions. Et ça, c’est un jeu que Vohl, une fois réveillé, maîtrise brillement ! Les trop riches maisons sont gardées, ce qui limiterait les déplacements et augmenterait les chances d’être repérées. Il faut en plus de cela compter avec la difficulté d’accès : le jardin encercle souvent la maison dans ces cas-là, et peu de bâtiments permettent de sauter sur le toit. Vraiment trop dangereux. Dommage ! Le long toit aurait été particulièrement intéressant, en plus du fait que le faux plafond aurait évité d’alerter la maisonnée. Les maisons pauvres ne lui permettraient rien : trop basses pour être camouflé, toit pouvant être trop fin ou trop abimé pour pouvoir seulement y dormir. Les maisons de la classe moyenne sont en général situées aux alentours de maisons riches, dont les occupants ne manqueront surement pas de mentionner aux gardes que des affaires n’ont rien à faire sur le toit de leur voisin, et de les convaincre de jeter un œil pour leur propre sérénité. Aucune des maisons ne conviendrait donc. Dans l’idéal, il chercherait une maison haute, non gardée, permettant de nombreuses allées et venues, et qui ne serait pas à un angle de rue, afin de minimiser le nombre de pans de toits visibles. La première maison qui lui vient à l’esprit est sa propre demeure, dans laquelle il a grandi. Toutefois, elle est loin de répondre aux caractéristiques qu’il vient d’établir et de plus, cette idée le révulse. Impliquer sa famille dans sa vie choisie spécialement pour s’écarter d’eux et ainsi leur garantir une sécurité relative serait le comble de l’idiotie. Le voleur sait que ce n’est pas tant sa révolte contre son supérieur militaire que les intérêts de sa famille qui ont motivé son choix de désertion.

Vohl comprend qu’il fait fausse route depuis un moment. Se diriger vers les quartiers pauvres ne lui apportera rien, si ce n’est le risque d’être remarqué : avec un kimono de bonne facture, et sa démarche qu’il n’a jamais jusqu’ici cherché à calquer sur la pègre, il attisera les rumeurs, qui finiront par arriver aux mauvaises oreilles. Il doit se diriger vers les quartiers du port, là où certains marchands soucieux de leurs biens élisent domicile pour en être au plus près. Il est toutefois à l’autre bout de la ville, et la nuit ne lui fournira pas éternellement sa noire protection. Il presse le pas. Il doit arriver avant le lever du jour, sans quoi il lui sera impossible de vérifier si quelqu’un fait attention à lui dans la foule qui se pressera vers sa routine quotidienne.

(Les pêcheurs sont connus pour travailler à des heures aussi indues qu’improbables : il parait que la mer guide leur activité bien plus que le soleil. De ce que j’en sais…il est possible qu’ils soient déjà sur le port…)

Promesse

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Mer 21 Oct 2015 17:56 
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Le voleur, au hasard des ruelles qu’il parcourt aussi vite qu’il le peut, finit par longer le mur d’enceinte. Le soleil s’est levé depuis maintenant une demi-heure, même si cela se note à peine derrière les nuages épais. Vohl est dans un état d’épuisement tel qu’il doit fréquemment s’adosser à la muraille pour ne pas s’effondrer. Le peu de sommeil dont il a profité ces deux dernières nuits n’ont permis que de retrouver un semblant de force au réveil : mais cette force factice s’évapore bien vite une fois que sa constitution réclame l’énergie pour son fonctionnement. Un pas après l’autre, le jeune homme avance, ne prêtant attention qu’aux pavés sur lesquels il marche.

Sa destination lui est inconnue : ce qui compte, c’est le chemin parcouru. Alors il ignore ce que lui dit son corps. Un peu plus loin. Encore un peu… Il ne faut pas grand-chose de plus… Sa musculature entière est tétanisée pour lui éviter de choir sur un sol désormais trempé et glissant. Par automatisme plus que par volonté, son corps est repoussé jusqu’aux limites de ses capacités. Vohl sent le froid qui l’a envahi : son souffle est faible, et malgré la brûlure que lui causent ses blessures il a l’impression d’être plongé dans une torpeur glaciale et pourtant confortable, comme dans un cocon de soie.

Il ne perçoit plus le vent ni la pluie, ni ses vêtements humides qui lui collent à la peau. Tout ceci fait partie d’un monde maintenant bien lointain. Le jeune homme est arrivé, il ne saurait dire comment, dans un cul de sac. Oh, bien sûr, il lui suffirait d’escalader un petit mur pour contourner l’obstacle ; mais Vohl n’a ni l’envie ni la force de tenter une ascension ou de faire demi-tour. Il laisse tomber son sac. Son instinct lui dicte de se vêtir : l’hiver et son froid sont une menace de mort pour lui, aujourd’hui. Dans une panique étrangement détachée, Vohl répand ses affaires sur le sol : rien de ce qu’il voit ne semble pouvoir lui tenir chaud. Une terreur issue de ses tripes, qui forment pour une raison qu’il ignore un nœud au creux de son ventre, il secoue le sac avec désespoir. Du sac tombe une veste : son premier larcin, son premier cambriolage en prévision des jours froids qui se profilaient alors et qui s’annoncent aujourd’hui. Elle avait du rester coincée au fond de la besace.

Le voleur s’enfouit sous la fourrure épaisse qui se réchauffe rapidement. Un sentiment de sécurité, maintenant, défait les entrelacs de son intestin. Comme un animal aux abois content de retrouver un terrier douillet, Vohl s’endort en paix. Ni les oiseaux qui chantent, ni le bruit du vent, ni le brouhaha distant de la ville qui revient à la vie ne parviennent à ses oreilles.

L’assassin dort.

Brouiller les pistes

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Dernière édition par ValdOmbre le Mer 28 Oct 2015 13:24, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Mer 21 Oct 2015 18:06 
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Le passage à tabac dont Vohl s’est sorti avec peine, réussissant à éliminer chacun de ses opposants dans une panique la plus totale, l’a laissé exténué, vidé de ses forces, en particulier après les dernières nuits qu’il a passé sans fermer l’œil… Il faut ajouter à cela, ces derniers jours, la libération de deux des plus dangereux personnages pour Oranan, qui n’a pas été de tout repos non plus. C’est donc dans le sommeil du mort que le voleur a sombré, abandonnant la lutte contre la fatigue dans une ruelle assez éloignée du lieu du massacre afin de fuir les inspections de miliciens. Lorsqu'il cède le pas à la fatigue, la lune n'a pas encore accompli la moitié de son périple quotidien. Le soleil pâlichon qui se hisse avec peine dans le ciel Oranien n'aura pas raison de l'état de l'assassin, et ni les trilles des oiseaux, ni le brouhaha lointain des passants n'aura raison du sommeil de plomb de Vohl. Il faut dire que peu de personnes à Oranan fréquentent les coupes-gorge où un homme avachi contre un mur joue parfaitement le rôle d'un débauché qui décuve d'une soirée trop arrosée.

Lorsqu’il se réveille, la nuit est déjà tombée : la lumière est faible, et la température a commencé à chuter. Même si les jours commencent à raccourcir, cela doit faire une quinzaine d’heures qu’il s’est endormi. En face de lui se trouve un homme encapuchonné. L’étrange individu doit le fixer depuis un bon moment car un rat fouine dans les affaires de Vohl, ayant manifestement jugé que les deux hommes appartenaient davantage à la catégorie des objets immobiles qu’à celle des meurtriers en puissance. Vohl se redresse légèrement. Le trou de la capuche ne laisse rien voir du visage de l’inconnu en suivant son mouvement de tête.

« Il était temps. Je me demandais si tu allais t’en sortir. »

Cette voix, en revanche, trouve un écho dans les souvenirs de Vohl. Une orbite vide et l’autre abritant un œil glacial, dépourvu de remord, masque de indéchiffrable. Une impression de danger dont il se souvient parfaitement. Vohl reconnait l’homme qui avait failli le tuer, lorsqu’il allait porter secours à Aliep, un jeune garçon blessé qui était dans les égouts.
L’homme relève la tête sans que sa face blafarde ne sorte de sous le capuchon de sa cape.

« Debout. Tu me suis. »
« Je…euh…hein ? »

La volubilité toute relative de Vohl peut aisément être pardonnée : à peine sorti d’une torpeur profonde, son cerveau émerge des brumes du sommeil et est loin de sa forme ordinaire.

« Vite. J’ai eu une nuit peu plaisante, à voir te ronfler comme un bienheureux. »

(Un bienheureux ? Moi ? Il est sérieux ?)

« J’ai eu deux mauvais jours. »
« C’est sûr. Pour bâcler le travail et être aussi mauvais, il faut mettre une sacrée dose de mauvaise volonté. T’aurais pu y rester : au moins, ça t’aurais servi de leçon. Maintenant bouge toi et suis moi ! »

L’homme est à des années-lumière de donner dans la plaisanterie. Son ton glacé en révèle même plus : si le voleur avait eu la bonne grâce d’y laisser la peau, lui n’aurait pas eu à veiller un incapable notoire.

« Allez aux Enfers, espèce d’abruti. Je ne vois pas pourquoi je vous suivrais. »
« Cette nuit, j’ai cru par sept fois que le froid t’achèverai. »

(Ce manteau d'hiver est un présent des dieux… avec mon étroite collaboration.)

« Désolé de te décevoir. Fallait pas te donner la peine de me veiller. Tu es congédié. »


Le regard de l’œil unique de l’homme flamboie de rage. Il n’aime pas parler, ne le fait que rarement. Et lorsqu’il est apparemment obligé de le faire, c’est avec un effronté qui se prend pour un justicier, et qui ne survit que grâce à la chance. Voilà ce que lit Vohl dans ce regard. Avant qu’il n’ait pu dire un mot de plus, deux lames se fichent dans le mur sur lequel il s’appuie : une de chaque côté de son cou, à moins d’un centimètre. Le voleur n’a rien entendu, rien vu qui lui permette de dire que son agresseur est l’homme en face de lui.

« Un mot de plus, et le prochain t’arrive dans l’œil, mon garçon. Et tu n’en sortiras pas borgne. »

La voix de l’homme ferait grelotter un glaçon. La menace n’est pas à prendre à la légère. La rage, qui vient souvent à la rescousse de Vohl lorsqu’il se sent en danger, depuis qu’il a réveillé la bête qui régit son instinct, semble aujourd’hui faire machine arrière et l’implore de ne pas perdre sa vie pour rien.

« Prends tes affaires pendant que je t’explique sommairement la situation. »

Vohl commence à s’exécuter.

« Si tu n’as pas fini en même temps que moi, je te tue. »

Vohl s’active aux alentours, tentant de retrouver et de dresser mentalement l’inventaire de tout ce qui était dans son sac. Le froid du soir le réveille en un éclair douloureux tandis qu’il se sépare de sa tunique de fourrure, chauffée par ses soins : le voleur ne peut réprimer quelques frissons.

« Aliep s’est un peu remis de sa blessure. Il m’a expliqué la situation. Les enfants veulent te revoir. Ils tiennent à toi. Ils sont encore des enfants innocents. Ça s’arrangera. »
« Si tu ne me suis pas, je te tue. J’ai fini. Et toi ? »

« Aussi. Je pense que je vais te suivre. »
« Encore une erreur. Tu vas essayer de me suivre. »

L’homme semble disparaître aux yeux de Vohl. La seule chose que peut dire Vohl, c’est qu’en un instant, l’homme a donné l’impression de se fondre dans le sol. Sans un bruit. Vohl se rapproche de l’endroit où vient de disparaitre ce professionnel des négociations. Une grille lui fournit la réponse : hier soir, l’assassin épuisé n’avait même pas noté la présence de cette entrée dans le monde souterrain. Aujourd’hui, sa bouche est grande ouverte devant lui, prête à l’avaler… Et le choix ne lui incombe pas.

Epuisé

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Dernière édition par ValdOmbre le Mar 10 Nov 2015 23:13, édité 5 fois.

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Jeu 22 Oct 2015 12:38 
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L’air du vent, sifflant sur les toits et sur la mer, l’œuvre de la toute puissante Rana parcourant le monde. L’assassin s’emplit les poumons de cet air vivifiant, de ses senteurs marines, de l’odeur de pluie future qui s’y décèle. Les deux monte-en-l’air ont escaladé sans difficulté particulière les murs d’une haute maison. Debouts sur le toit incliné, tous deux s’arrêtent pour profiter du sentiment de liberté qui règne ici, dans le ciel nocturne. Chaque inspiration vide leurs poumons des relents de déchets. Ils sentent le froid leur décaper la peau et griffer leurs chairs sans tendresse, leur souhaitant la bienvenue dans le monde du dessus. Le toit n’est pas encore humide, mais il ne va pas tarder : les nuages se sont amoncelés au-dessus de la mer, et s’étendront sans doute le lendemain sur la ville. Mais pour l’heure, rien ne sert de s’inquiéter, et Vohl profite du moment présent avec délice. Un léger toussotement d’Aliep lui fait vivement tourner la tête. L’enfant lui fait signe qu’il faut y aller.

« Fin avant le jour. »

Le jeune homme hoche la tête avant de sortir la carte, que les deux compères protègent du vent pour pouvoir la lire. Ils doivent effectuer une expédition au niveau du port. Le trajet ne semble pas compliqué, si ce n’est le passage par l’artère principale. Franchir une telle rue par la voie des airs est impossible, ou du moins, Vohl s’en sent incapable. Ce n’est pas un jugement, qui serait de toute façon plus qu’approprié, mais une connaissance de ses limites. Il regarde son compagnon, qui a l’air absent, absorbé dans la contemplation des étoiles. Ce dernier ne lui rend pas son regard. Il le dédaigne également quand Vohl agite la main pour attirer son attention. Lorsque le jeune homme lui tapote doucement l’épaule, l’enfant tourne la tête vers lui, comme un enfant pris en faute, et le regarde avec des yeux interrogateurs. Ceux de Vohl se plissent, mais il ne dit rien. Il se contente de pointer sur la carte le passage qu’il juge dangereux à son compagnon, et l’enfant acquiesce, le front plissé. De toute évidence, lui aussi est inquiet concernant cette partie du trajet. Mais tous deux se relèvent de concert. On ne transige pas avec les ordres de Sombre. Ils improviseront sur place. Ils prennent appui sur les tuiles de la maison riche. En silence, ils s’accrochent aux bordures et ornements du toit supérieur de la maison pour se laisser tomber en douceur le premier toit, situé peu en dessous. Les tuiles noires brillent sous la lumière d’une lune impudique qui révèle presque l’entièreté de ses courbes. De ce dernier, ils sautent sur le muret qui sépare deux habitations de la sorte.

Le toit suivant est cependant trop loin pour y passer depuis le mur. Ils continuent leur périple en marchant sur le mur qui se divise pour faire le tour des deux résidences, avant de trouver un endroit où les toits sont assez proches du mur pour pouvoir passer de l’un à l’autre sans tomber dans le vide. Ils sautent sur cette nouvelle portion de chemin. Les sandales accrochent les tuiles sèches sans un bruit, et les deux voleurs contournent le bâtiment par le toit du premier étage. La bâtisse suivante est un peu moins aisée. Du pain béni pour les deux individus louches qui passent aisément du mur bordant la riche demeure au toit de la maison plus commune. La toiture unique permet une excellente mobilité. Relativement plates, les maisons sont de moins en moins espacées, également. Du sans doute au manque de fortune des propriétaires. Néanmoins, l’espace est encore présent, et aucun des deux apprentis ne fait l’erreur de relâcher son attention. Ils courent sur les toits, Vohl s’enivrant avec prudence de la vitesse et de la sensation de commettre quelque chose allant contre la loi tout en sachant que cela n’aura aucune influence sur leur vie ni sur celle d’aucun habitant, son comparse semblant concentré sur chaque centimètre des tuiles sur lesquelles il pose ses pieds. Ils volent vers le port, de toit en toit, escaladent si le besoin s’en fait sentir.

Seules des patrouilles de nuit ralentissent leur rythme, car les deux comparses s’immobilisent dès que l’une d’elle est en vue : figés comme des sculptures décoratives sur le toit d’une maison ou sur un parapet, les deux gargouilles improvisées attendent que la ronde ait passé son chemin. Heureusement, les soldats pensent rarement à lever les yeux, et lorsqu’ils le font, c’est davantage pour admirer le ciel nocturne que pour inspecter les toits des demeures. A plusieurs reprises cependant, les voleurs sont obligés de se laisser pendre du mur qui sépare les riches habitations des ruelles étroites : deux escadrons militaires oraniens passent dans la rue en contrebas. Maintenus par la force de leurs poignets, les deux voleurs supportent leur poids en grimaçant mais sans une plainte, et tendent l’oreille pour guetter les bruits de pas qui s’éloignent pour leur signaler le départ de la garde armée d’Oranan.

Malgré tout ils finissent par arriver devant le quartier du port qui apparaît bientôt devant eux au détour d’une nouvelle maison ayant servi de support. Mais entre eux et les toits qu’ils doivent atteindre se trouve un espace de plus de quinze mètres dépourvu de tout espace en hauteur qui leur permettrait de traverser. Mais l’enfant comme le jeune homme ont déjà été témoins des entrainements de Sombre. S’ils optent pour la facilité, ils le regretteront, ils en ont tous deux parfaitement conscience. Ils doivent arpenter les toits jusqu’à trouver quelque chose qui leur permette de passer d’un bord à l’autre. Deux bords de toits incompréhensiblement proches, des étals de marchands permettant un passage. Tout ce qui pourrait leur servir. Vohl commence à escalader le mur de la maison sur laquelle ils sont dans l’improbable éventualité où la famille qui loge ici aurait eu la formidable idée de laisser une corde sur le toit, lorsqu’Aliep lui attrape la cheville, manquant de le faire tomber sur les tuiles sans douceur. Le voleur a néanmoins une certaine expérience de l’escalade qui lui permet de rester accroché au mur, et de tourner la tête vers le point que son ami lui montre. Une corde a déjà été installée. Par le gouvernement. Une banderole fixée là pour le retour d’une bataille, certainement. Le voleur redescend. Il partait du mauvais côté. Le petit ne l’attend pas : il saute directement sur le toit de la maison de gauche, avant même que Vohl n’ait fini de descendre le mur de celle de droite. Vohl se lance à sa suite sur le chemin qui les mène vers la décoration. Les dernières maisons ne posent pas plus de problèmes que les précédentes. Aucune patrouille ne vient cette fois troubler leur plan, et les toits défilent jusqu’à ce qu’ils aient atteint leur cible.

La banderole est accrochée au plus haut, nouée sur le pic du toit supérieur d’une maison fastueuse. Sur plusieurs étages, les toits de la maison sont cependant trop écartés pour que Vohl, et encre moins Aliep, puissent passer d’un étage à l’autre. Ils se regardent l’un l’autre : ils ne vont pas vraiment avoir le choix. Aliep saisit un minuscule crochet et une aiguille plate nettement plus grande – d’environ trois pouces -. L’assassin s’étonne. Le crochet n’est autre que celui qu’il a utilisé pour recoudre les blessures du jeune garçon, qui se l’est maintenant appropriée. L’enfant ne semble pas percevoir son trouble, et s’avance vers le battant le plus proche. Vohl reste en retrait, fixant la rue au cas où de nouveaux miliciens décideraient de se joindre à la fête. Au bout de quelques minutes, Aliep l’appelle d’un murmure, et le voleur se retourne : les battants se sont ouverts sans bruit. Les deux hommes pénètrent dans la maison en prenant bien soin de refermer derrière eux précautionneusement la fenêtre qui permettait au vent de s’engouffrer dans la maison.

Ils avancent sur le parquet parfaitement ciré, qui dégage des parfums de divers feuillus de la forêt oranienne ainsi que de cire fraiche. Tels deux fantômes, ils glissent sur le parquet en direction de l’escalier, qui se devine grâce aux rayons de lune qui passent dans les carreaux de papiers sans que ceux-ci n’en bloquent parfaitement la luminosité. Ils ralentissent leur mouvements pour être bien certain de produire le moins de bruit possible. Heureusement, le vent dehors couvre certains bruits inhérents aux déplacements : froissements et bruissements s’effacent dans le souffle qui fait trembler les battants et les volets. La nuit est de plus désormais profonde, et le sommeil des propriétaires doit l’être tout autant. Le second étage s’offre bientôt à eux, de la même façon que le premier. Ils passent devant toutes sortes d’objets, de décorations qui auraient fait envie à n’importe quel autre cambrioleur. Mais les deux jeunes gens ne sont pas là pour ça. Jouer à sauter d’un toit à l’autre est suffisamment dangereux en soi pour qu’ils ne s’encombrent en plus d’une statuette en pierre visiblement précieuse, d’un chandelier en or ou d’une collection d’animaux empaillés dans des postures plus curieuses les unes que les autres : cette hermine magnifique qui se mord la queue, ce singe étrange qui se tient le menton d’un bras dont le coude appuie sur son genou, comme s’il pensait à une chose extrêmement profonde, ce fauve habillé et assis sur une chaise, tenant dans sa patte un jeu de cartes. Ça ne fait rien, il y a des nobles bien singuliers.

Des tableaux sont accrochés aux murs, également : mais les deux disciples ne s’attardent pas pour les observer. S’ils mettent trop de temps à effectuer la traversée imposée, ils n’auront pas le temps de se reposer avant de commencer l’entrainement de jour. L’escalier qui mène à l’étage encore supérieur est moins ouvragé que le précédent : au toucher, Vohl reconnait du bois, sans sculpture ni travail particulièrement fin. C’est vraisemblablement un accès au grenier de la maison. Un mouvement d’Aliep attire l’attention de Vohl : le jeune garçon est monté sur la rambarde de l’escalier, et commence à monter. Le voleur décide ne pas faire de folie. Lorsqu’il atteint la troisième marche, il comprend. La rambarde de l’escalier n’est pas la seule à avoir été moins travaillée. Si les lattes du parquet et les marches étaient si silencieuses, c’est qu’elles étaient parfaitement ajustées les unes aux autres. Mais cette partie de la maison semble avoir été traitée avec un peu plus de laisser aller. Le grincement provoqué par Vohl est prononcé, et l’assassin se fige, tous muscles tendus, attendant de voir si un quelconque mouvement répond à son bruit. Le seul mouvement qu’il détecte est celui d’un Aliep hilare, qui secoue la tête avec un air faussement désolé. Le garnement s’est bien gardé de lui faire part de la raison de son étrange escalade. Vohl secoue la tête et recommence à bouger quelques secondes plus tard, s’installant à plat ventre sur la rambarde pour éviter de chuter, autant dire avec moins de grâce que son compère. La libération de la maudite marche cause au moins autant de bruit que lorsque Vohl avait posé le pied dessus, et l’ynorien tâche de hâter sa progression.

Enfin les deux voleurs sortent sur le toit du troisième étage de la somptueuse demeure, grâce à une fenêtre ronde au niveau du grenier de la maison. La chance leur a souri avec cette fenêtre, et visiblement aucun des habitants n’a été réveillé par les deux grincements au milieu de la nuit. La faute à l’heure ? A une journée bien remplie ? A une absence des propriétaires ? Le jeune homme et le petit monstre ne s’en soucient pas plus que ça. Ils sont passés, c’est tout ce qui compte. Le fil auquel sont fixées les banderoles est juste devant eux. En fait d’un fil, c’est en réalité plus une corde qu’une simple ligne de pêche. Elle est fixée à un anneau, surement posé pour l’occasion, qui a été vissé dans une poutre du toit. Aliep ne se fait pas prier. Ce n’est visiblement pas la première fois qu’il se livre à de telles activités, et son équilibre n’est plus à démontrer. Après une brève vérification qu’aucune patrouille n’est en vue, il s’engage sur la corde. Vohl, en revanche, a plus de mal à se décider. Lorsque l’enfant atteint l’autre rive, l’assassin est toujours indécis. Il est presque soulagé lorsqu’Aliep lui fait signe d’attendre.

« Armes hommes. »

(Des armes d’hommes ? Des armes sur les toits ? Qui donc a eu la sombre idée de se servir de sa toiture comme d’un râtelier ? )

« Armes hommes ?»
« Armés hommes ! »

Des gardes ! La différence, subtile dans le langage des signes, avait échappée au jeune homme. Vohl s’aplatit sur les tuiles, imitant le gamin. Quelques minutes plus tard, le voleur risque un œil au bord du toit. Il n’a jamais été sujet au vertige, mais regarder la terre à une dizaine de mètres de hauteur, c’est suffisamment peu courant pour qu’un petit pincement d’effroi le saisisse dans un premier temps, surtout que le toit est légèrement incliné. Passées les premières secondes de frayeur, le voleur voit disparaître au coin d’une ruelle la patrouille armée. Il s’engage rapidement sur la corde avec l’allure d’un de ces singes d’une lenteur exaspérante que l’on voit dans la forêt d’Oranan, aux longues griffes et néanmoins d’un pacifisme hallucinant. Autant dire que pour la prestance, il repassera, mais cela reste néanmoins une technique efficace, même si les fanions chamarrés qui pendent de la corde lui essuient continuellement le visage. Le voleur atteint finalement le bout de la corde, et parvient à se hisser sur les tuiles avec l’aide d’Aliep, qui est accroché par les mains aux ornements descendant le long du toit, et offre son pied à Vohl pour qu’il puisse se stabiliser aussitôt qu’il a pris pied sur la toiture.

Le voleur s’étend de tout son long sur le toit, haletant, pour éviter d’avoir à se tenir debout. Il reste ainsi quelques dizaines de secondes, avant de faire signe à Aliep qu’ils peuvent reprendre le chemin, et de se relever plus lentement qu’un vieillard cacochyme. Le parcours est en réalité quasiment terminé : ils sont dans le quartier pêcheur, et si Vohl en croit la connaissance qu’il a de sa ville, la demeure tout en longueur sur laquelle ils sont arrivés n’est autre que la boutique de Nataku Arashimasi : c’est le seul bâtiment ayant des dimensions aussi disproportionnées au niveau du port. Ou presque. Quelques rues plus loin se dresse la plus grande tour de garde jamais construite à Oranan : la Maison Rouge. Un monument hexagonal tout en hauteur, aux innombrables étages, initialement conçue pour surveiller les rivages de la ville, avant d’être consacrée aux rendez-vous les plus importants des hautes figures de la ville. Des rendez-vous…et des plaisirs, lui avait un jour confié son père, alors qu’ils parlaient de l’architecture guerrière.

Si Vohl voulait se renseigner sur le conseiller, et peut-être même le rencontrer avant qu’il ne soit trop tard, c’était par ce bâtiment qu’il devrait commencer. Il s’arrache à la contemplation silencieuse de ce monument sur un geste d’Aliep, et se concentre de nouveau sur ce qui leur reste à accomplir. Ils parcourent le toit sur lequel ils sont en longueur, avant de sauter sur une bâtisse de plus humble stature, de courir sur le toit de celle-ci puis de se laisser glisser dans la ruelle suivante. Ici, une autre grille les attend. Les deux ombres disparaissent dans les égouts une nouvelle fois, et rabattent sur eux la porte de leur logis peu commun.

Recouvrer ses forces

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Ven 23 Oct 2015 12:14 
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Le chemin passe cette fois au-dessus d’habitations plus pauvres, et les toits mouillés par la pluie qui tombe maintenant à verse ne sont pas d’une stabilité extraordinaire. Les toits plus fins, malgré l’heure tardive, n’amortissent pas vraiment les pas des deux voleurs, et plusieurs fois des voix furieuses se font entendre, tandis que le rideau de pluie les masque au regard des protestataires. A plusieurs reprises également, l’un ou l’autre dérape sur la taule glissante malgré leur précaution concernant ce point. Le temps qu’ils parcourent la moitié du trajet, la pluie a redoublé d’ardeur, et si les faveurs de Mourra rend délicat le chemin des toits, elle a au moins pour vertu de les ôter à la vue des patrouilles sur le mur d’enceinte, dont toute l’attention doit être portée sur l’extérieur des remparts !

Le parcours est sensiblement de la même longueur que celui de la veille : mais les déplacements plus lents, le peu de risque qu’ils prennent et la visibilité faible qui les oblige lors de quelques occasions à rebrousser chemin pour tenter de trouver un autre passage contribuent à rendre le trajet bien plus long : la nuit est déjà bien avancée lorsque les deux amis détrempés et glacés jusqu’aux os atteignent leur but, après être passés près de maisons plus bourgeoises, aux toits plus hauts et plus instables du fait de leur inclinaison souvent plus prononcée. Les compères frigorifiés ne se font pas prier pour retourner dans l’abri que constitue les égouts, avant de rejoindre le dortoir.

Fraternité

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Ven 23 Oct 2015 13:40 
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La rue n’est toutefois pas à la mesure de l’axe principal, et les divers étals de marchands devraient permettre de la traverser sans trop de complication. C’est du moins ce que Vohl et Aliep concluent depuis le rebord de la maison sur laquelle ils sont perchés. Aplatis contre les tuiles pour ne pas être vus par la milice, qui patrouille régulièrement, ils sont inquiets. Leur trajet leur semble d’un coup beaucoup plus compliqué qu’ils ne se l’étaient imaginés alors qu’ils en décidaient la route, pleins d’entrain. Devant eux se dresse un bâtiment dont tous deux reconnaissent la façade. C’est le terrain d’entrainement. Et derrière celui-ci, un bâtiment plus grand, plus en hauteur, siège de toutes les grandes figures de la République d’Ynorie : les Conseillers. Il est encore temps de renoncer. Pour descendre la façade du mur et atteindre les étals, les jeunes gens auront besoin de quelques minutes. Les rondes des miliciens sont rapprochées. Et régulières. Depuis qu’ils sont allongés sur le toit, les deux compères ont déjà vu passer trois patrouilles dans la rue. La quatrième est d’une ponctualité exceptionnelle. Les deux amis descendent dès que la patrouille a tourné au coin de la rue, les deux voleurs commencent leur descente. Le bois, glissant, les obligent à se tenir à deux mains lorsqu’ils se suspendent aux poutrelles de la devanture des maisons en bord de rue. Un bruit étouffé accompagne Aliep tandis qu’il se laisse tomber sur le tissu qui couvre l’étal. Vohl a moins de chance : le poids d’un adulte suffit pour faire s’écrouler le toit de fortune de la boutique juxtaposée à la précédente. Dans un fatras de tissus et un bruit de bois cassant, le voleur rencontre brutalement les pavés, le tissu humide détrempe quasiment aussitôt son kimono, et l’eau glacée qui sort de l’épaisse étoffe imbibée lui frigorifie les mains. Heureusement, sa chute a été quelque peu amortie par son bref passage dans le tapis qui servait d’abri à la modeste échoppe, et il s’en sort sans autre blessure qu’une superbe contusion au niveau de la cuisse, du fait de la hauteur finalement peu importante entre la poutre et le sol. Si la cabriole fut drôle, elle ne fit rire qu’Aliep car le seul autre observateur se tient la cuisse en jurant. Plus de peur que de mal, cependant, si les côtes de l’enfant tiennent le choc tant il les tient avec force !

Tous deux ne s’accordent cependant pas le luxe de profiter d’une anecdote comique. Sitôt remis, Vohl s’élance vers le bout de la rue pendant qu’Aliep le rejoint. Ils se feront peut-être tous deux passer un savon par Sombre… mais ils n’ont pas le temps de chercher comment passer par la voie des airs ici. Ils courent vers la ruelle opposée, avant de remonter sur le bâtiment voisin du terrain d’entrainement. Ils sont sur le toit juste à temps : une patrouille est de retour dans la rue. Une seule chose leur a échappé, et ils ne s’en rendent compte que lorsque des cris leur parviennent. Ils sont debout sur le toit, lorsqu’ils se rendent compte que leur silhouette se détache parfaitement sur la lune énorme, blanche et éclatante sur le fond nocturne d’un noir bleuté, juste derrière eux. Ils s’élancent vers l’autre bout du toit en même temps que les soldats se précipitent vers eux. Quatre paires de bottes ferrées claquent sur les pavés, résonnant avec force dans la nuit silencieuse en leur ordonnant de s’arrêter. A l’autre bout du toit, les deux amis s’élancent afin de trouver la toiture suivante et distancer les gardes. Les tuiles sous leur pieds sont plus humides qu’ils ne le souhaiteraient, et le toit suivant bien plus loin qu’ils ne le voudraient. Toutes leurs forces, galvanisées par la panique, sont monopolisées et concentrées dans un seul objectif : sauter le plus loin possible, en dépit des risques dus à la situation qui exigerait la prudence. Mais aucun d’eux n’a envie de se voir se refermer sur lui des barreaux métallique d’une pièce sombre et étroite. Spécialement Vohl. Alors ils sautent, pour préserver leur vie, pour éviter au destin d’abréger leur existence. Ils roulent sur les tuiles humides du toit suivant après quelques pas pour tenter de retrouver un équilibre. Vohl se relève le plus rapidement qu’il le peut. Glissant sur les tuiles, le jeune homme se rattrape de justesse aux ornements du toit, pendant qu’il s’étale une seconde fois sur la surface lessivée par la pluie. Balançant son corps, Vohl parvient à ramener ses jambes au-dessus du rebord du toit avant de se redresser, toujours accroché aux sculptures des arrêtes de la toiture. Dans les rues résonnent les cris des gardes, qui se répartissent les ruelles à inspecter. Il se redresse alors en catastrophe, reprenant sa course. Le rebord du toit visé est relativement proche : sa glissade l’a emporté sur plus de la moitié de la toiture. L’espace entre les deux maisons est bien plus grand que précédemment. Vohl prend son élan. Et s’arrête avant de se mettre à courir.

« Par ici ! »

Deux mains tiennent l’extrémité d’une tuile, sur le rebord du toit incurvé.

« Dépêche toi ! Ça glisse ! »

En contrebas, la rue semble appeler le voleur à tomber sur le pavé tandis qu’il se penche pour par-dessus le débord. En dessous de lui se trouve Aliep, comme suspendu à un crochet de boucher. Ses mains commencent à déraper sur la prise étroite. Vohl tend une main pour attraper celle de son ami. Accrochant le bras du garçon, le voleur tâche de hisser Aliep en sécurité sur le toit. La main de Vohl, encore mouillée, est presque aussi glissante que les tuiles, et le bras de son jeune ami n’offre que peu de prises. Le regard d’Aliep est tourné vers le bas, jusqu’à ce qu’il relève les yeux sur Vohl : la peur de mourir s’y lit facilement. L’assassin sent sa prise se refermer. Le bras d’Aliep glisse progressivement contre sa paume, alors qu’il se retient tant bien que mal à une sculpture en forme de pic de sa deuxième main. L’enfant ne panique pas, cependant. Il reste calme même si dans ses yeux on peut lire la supplique d’un enfant qui ne veut pas voir sa vie s’interrompre avant de longues années. Mais ce calme devient petit à petit résigné, à mesure qu’il se sent glisser dans la poigne de son sauveur. Ses yeux s’éteignent lorsque sa main crochète celle de Vohl, pour s’assurer quelques lambeaux de vie sur cette terre. Le voleur a un mauvais pressentiment : jamais il n'a vu l'enfant les yeux aussi dépourvus d'émotions. Ce sont les yeux d'un homme qui se résigne, qui abandonne. Qui comprend qu'il ne peut lutter contre son destin. Vohl déteste instantannément ce regard. Une aura sombre entoure l’enfant, halo révélateur de ses idées noires. Il cesse de s’accrocher à l’avant-bras de son ami.

« Aliep ! Aliep ! Sois pas stupide! Accroche toi ! »
« Retiens toi ! Aliep ! »

La main du garçon se libère soudain de celle de Vohl, qui s’éloigne rapidement aux yeux du petit. Un cri silencieux sort de la bouche de Vohl tandis que son compagnon se rapproche des pavés. L’enfant s’écrase dans un bruit mat contre le sol, répandant sur la rue le sang et un autre fluide, plus sombre, qui s’étend dans tous les sens tandis que la vie déserte son corps écrasé. La stupéfaction rend muet Vohl. Son cerveau prend quelques secondes pour accepter la réalité de ce qu’il a sous les yeux. Avant de crier, Vohl se précipite vers le bas de la maison, descendant quelques prises avant de déraper et de tomber du premier toit de la demeure. Il ignore la douleur pour courir vers l’enfant, qui git par terre. Le regard de ce dernier s’oriente vers Vohl, et ses lèvres bougent dans un murmure presque inaudible tant il est faible. Les yeux, eux, ont repris de l'éclat. L'éclat de la souffrance et du désespoir. De la peur, peut-être, aussi.

« ... appelles ? »

L’assassin comprend presque tout de suite ce que lui demande l’enfant blond, pâle comme la mort, qui le veille à présent.

« Vohl. Vohl. Je suis Vohl. »
« … frère… »

Les larmes emplissent les yeux de l’assassin, puis déborde abondamment tandis qu’il devient sourd au monde extérieur, son attention toute entière focalisée sur la pupille de son ami. Une pupille brune, unique et qui devrait être pleine de joie, au lieu de ternir et de ne fixer que le firmament au-dessus d’eux. La voix enrouée de Vohl n'est plus qu'un murmure lorsqu'il adresse ses derniers mots à l'enfant étendu dans ses bras.

« Frère…pour toujours, mon ami… je t'en prie...reste avec moi... »

Des sanglots déchirent son âme et son souffle. L'enfant, sa première rencontre de cette nouvelle vie, avec qui il avait pu tisser des liens fort...cet enfant est dans ses bras, inerte. Il ne peut pas être mort ! Impossible ! Ce ne serait pas juste !

« Tu as tellement de choses à faire... Vis... VIS! TU DOIS VIVRE ! »

Une voix lui hurle de faire vengeance ! Quelqu’un doit payer ! Un monde aussi cruel ne peut être justifié ! Vohl accepte les paroles au fond de son cœur, en fait un presque un principe. Quelle société condamne les enfants à mourir ainsi, après tant de souffrances ? Quelle société voue ses orphelins à la misère et à la loi de la jungle, sans défense ? Quelle société tue de sang froid des êtres innocents ? Quelle société laisse en vie des meurtriers ? Cette société est un rebut d’immondice ! La vie n’est rien en ce monde ! Les individus ne comptent pas ! Ecrasée sous les institutions corrompues, l’humanité n’a aucun moyen de survivre ! A quoi sert une vie de servitude ? A nourrir les plus puissants ! Une vie d’effort et de labeur, de sacrifices auxquels même les enfants doivent prendre part, pour permettre à des tas de graisse débordant de leur fauteuil de se resservir encore une fois dans leurs banquets dépravés. Aucun espoir, pour ce monde détaché des réalités. Sauf un ! Lui ! Lui, Vohl Del’Yant ! Lui qui redressera ce système effroyable aux fondations moulues !

(Cette vie-là, je la refuse !)

Autour de lui, deux miliciens tendent leurs armes vers lui, lui intimant de se coucher au sol, et de laisser l’enfant au sol. Le troisième, plus compréhensif, s’approche doucement de Vohl et pose la main sur son épaule en un geste de réconfort, ignorant tout de ses pensées : les yeux de l’assassin sont encore écarquillés et figés sur la vie qui s’est échappée d’Aliep dans son dernier souffle.

« Allez mon gars, laisse le partir en… »

Le soldat n’a pas le temps de finir sa phrase. D’un geste brutal, ample et rageur, Vohl lui déchire le visage du garde tandis que de ses lames semblent sortir une onde mêlée de rouge et de noir, manifestation ultime de sa colère et de son désespoir. Toutes ces émotions, qu’il a fini par contenir au fond de lui font aujourd’hui surface dans une débauche de puissance. Il se débat contre la vie, contre lui-même et contre ce monde qui l’entoure, fendant l’air en tous sens, expulsant ses sentiments à une vitesse exceptionnelle, et chaque geste déclenche une nouvelle onde rouge et noire. Découpant les gardes, tranchant les armures de cuir, ignorant la pitié, laissant des marques jusque dans l’enduit qui recouvre les murs des maisons, ses griffes font à distance un carnage dont lui-même ignore la tenue. Son esprit s’est réfugié dans un coin de son être, tandis que son corps, les yeux fous et exorbités, les muscles désormais puissants, se charge de ramener ce monde à la normale. Les trois soldats se font découper en lanières, chaque partie découverte de leur corps montre des signes du supplice qu’endure Vohl.
Son corps qui s’est relevé sans qu’il en soit conscient se dirige vers le dernier homme gémissant pour l’achever. Son esprit ne reprend le dessus qu’une fois devant le soldat, aveugle aux traits de sang qui décorent désormais les murs de la ruelle. Le cou ensanglanté, une de ses épaulières en morceaux. Vohl s’agenouille pour reprendre le contrôle de ses pensées. Le milicien le regarde d’un œil terrifié, tâchant de s’en éloigner au plus vite. Les mouvements saccadés de l’homme attire les yeux vides de Vohl. Son réflexe aurait été, il y a quelques temps, de fuir. Vohl plante son katar dans la gorge de l’homme affolé, passant au travers de la main levée en une vaine tentative de protection. Vohl se relève, les yeux froids fixant avec une totale absence d’émotion l’agonisant se vider de son sang.


Devant lui, une forme apparait, se matérialisant rapidement. L'apparition n'effraie pas Vohl. Son regard vide rencontre celui de la pupille de la créature, haineux. Pupille semblable à celle d'un chat, qui orne le visage d'une jeune fille rousse. Une fille rousse miniature. Sa voix semble être un chant, doux comme le miel et soyeux comme la plus fine des étoffes.

Image


« Merci. Aliep méritait qu'on le venge. »

Vohl hoche la tête, sans dire un mot. Mais une part de lui s'interroge sur le phénomène qui se déroule sous ses yeux. La fille semble vaporeuse, et des parties de son corps donnent l'impression de se transformer successivement en une multitude de choses. Seule sa tête semble conserver la même forme, et ses yeux dilatés par l'émotion fixent Vohl sans discontinuer. La créature reprend la parole, sa belle voix teintée par une haine dévorante, qui n'ôte aucunement au charme de celle-ci.

« Mais cette vengeance ne fait que commencer. Tu dois la poursuivre ! »

Un sourcil interrogateur dévoile les pensées du voleur. Comment ça, la vengeance ne fait que commencer ? Qui est cette créature ? Que devait-elle à Aliep ?

« Tout ce qui a conduit à sa mort, tout ce qui l'a fait souffrir, tout ce qui te fais souffrir et te fera souffrir toi aussi, tout ça, tu dois le détruire. Alors le monde sera peut-être un peu meilleur. Aliep et toi étiez pareils : vous avez toutes les raisons de vouloir changer le monde. Vous avez soif de l'améliorer. Tu est comme moi, empli de haine, empli de haine qui ne demande qu'à se venger du monde qui l'a créée. Comme j'ai proposé mon aide à Aliep, je te la propose également. Nomme moi, donne moi un nom, et je t'apuierai pour le restant de tes jours. »

Elle avait donc proposée son aide à Aliep. Et Aliep avait accepté. Serait-ce donc cela, l'atout dont lui avait parlé Sombre? Etait-il au courant de ce pacte ? Cette créature étant de toute évidence magique, était-elle liée à l'aura sombre et aux phénomènes touchant Aliep que Vohl n'arrivait pas à comprendre?

« Avec moi, en m'écoutant, nous réussirons à changer le monde. Tu reverras ceux qui te sont chers, tu te hisseras aussi haut que tu le mérite. Veux-tu de ce futur ? Veux tu me donner un nom ? »

Vohl est fasciné par la créature, et ses paroles sont une source à laquelle il rêve de boire. Ses réflexions sont interrompues par les cris des soldats en approche : les membres vivants de la patrouille cherchent les leurs. Il reprend ses esprits. On lui a déjà promis des choses. Il les a déjà crues. Il a déjà été berné. Vohl fait volte-face, et commence à courir, sans même prendre le temps de répondre au regard furieux à la voix douce. Il obtiendra seul ce qu'il souhaite. Ainsi, il sera certain de ne pas être dupé. L'expérience de la Goont lui a remémoré une leçon de son enfance : ceux qui parlent bien sont soit faibles, soit trompeurs. Sinon, le monde ne serait pas tel qu'il est.

Il s’enfuit, laissant la scène du carnage et la succube derrière lui. Qu’importe les cadavres. Qu’importe le sang. Qu’importe les obstacles. Les piliers de cette société seront guéris du mal qui les ronge. Au hasard des ruelles, fuyant les cris des gardes, le voleur se camoufle dans les ombres pour éviter les soldats qui tentent de repérer l’auteur du massacre. Contraint par ces éléments, Vohl fait route vers le port. Après une course d’une demi-heure dans les rues, Vohl remonte s’installer sur un toit, plaqué contre les tuiles, et encore échauffé par les efforts. Peu à peu, les soldats se sont dispersés, les ordres et les appels de diluent à mesure que l’aube éclaircit le ciel. Sa nuit blanche passe comme au ralenti, ses réflexions le maintiennent éveillées, son esprit échafaudant des théories et des plans pour maintenir le futur d’Oranan. Le contour d’une tour gigantesque se dessine progressivement à côté de lui. Vohl sait maintenant quel palier il sauvera en premier.

Mortel

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Dernière édition par ValdOmbre le Dim 23 Déc 2018 02:26, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Sam 31 Oct 2015 13:00 
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Fardet se réveilla alors qu'un délicat fumet embaumait la maison. Il ne voyait pas trace d'Ilda et l'imagina déjà en train de cuisiner, raison de cette délicieuse odeur. Avec énergie il s'extirpa du tas de vêtements dans lequel il était allongé et partit en quête de la vieille femme.

C'est alors que le jeune lutin, guidé par son odorat marchait d'un pas décidé qu'un bruit sourd retentit. On toquait à la porte, avec force. La silhouette d'Ilda se profila aussitôt, elle tourna la tête vers Fardet et lui fit signe de venir. Il s'empressa de la rejoindre, escaladant son corps pour se poser sur son épaule.

"Qui cela peut-il bien être ?"

Fardet, avec un sourire s'exprima ainsi :

"Le fardeau de la vieillesse pèse sur tes épaule Ilda ! La mémoire te file entre les doigts, c'est inquiétant."

D'un pas lent Ilda alla jusqu'à la porte et l'ouvrit. Dans l'encadrement de la porte se tenait un homme à l'allure patibulaire. Il était trapu avec un embonpoint, signe d'une vie d'excès en tout genre. Son visage empâté était rond, constellé de cicatrices de varioles. Au milieu trônait deux yeux aussi sombre qu'une nuit d'hiver. Ils exprimaient une colère indéfectible, une méchanceté sans borne. Une barbe mal taillée lui encadrait le visage, renforçant l'image qu'il renvoyait aux autres.

D'une voix gutturale il demanda à Ilda de payer l'impôt annuel.

Ce à quoi elle rétorqua :

"Je l'ai déjà payée cette année."

L'homme afficha une mine sévère et d'une voix bourrue lui répondit :

"Oseriez-vous défier l'autorité du roi ? Je suis ici sur son ordre."

"Mais cela n'a aucun sens ! La taxe a déjà été prélevée dans ce quartier de la ville. Je pense que vous n'êtes qu'un escroc ! Un truand !"

La colère enfla en Fardet, cet homme de toute évidence cherchait à escroquer Ilda... Il essaya de se contenir, sachant que du haut de ses trente centimètres il n'avait guère de chance de s'imposer mais c'était trop pour lui...

"Si Dame Ilda vous signifie qu'elle s'est déjà acquitté de la taxe, c'est la vérité !"

L'homme tourna son attention vers la nouvelle source de bruit, il n'avait pas remarqué ce petit lutin, posé sur l'épaule de la vioque. D'un ton moqueur il lui rétorqua de laisser les grandes personnes s'occuper de ça. Et rajouta à l'adresse d'Ilda :

"Vous êtes face à quelque chose qui vous dépasse vieille femme. N'imaginer pas pouvoir outrepasser l'autorité du roi en essayant de me duper... Payez ou alors..."

Il ne termina pas sa phrase, laissant planer un menace muette, portant l'une de ses mains sur la poignée du poignard accroché à sa ceinture.

"Vous me menacez maintenant ? Vous allez tuer une vieille femme désarmée ?"

"Si vous refusez de payer, je puis vous assurez que je n'hésiterais pas."

"Et vous vous dites homme du roi... Le roi est-il donc tombé si bas pour envoyer ses hommes menacer de vieilles femmes sans défense ?"

Ce fut la remarque de trop, l'homme dégaina son poignard et nous menaça avec.

"Dernière fois que j'demande. Tu me donnes ton or ou ton corps ira rejoindre les caniveaux la vieille. J'suis ptêtre pas un homme du roi mais j'ai un poignard, et tu es démunie face à moi, pareil pour l'lutin."

C'en était trop pour Fardet qui dégaina son canif et sauta depuis l'épaule d'Ilda. Mais l'homme ne s'en inquiéta pas et d'un geste brusque du revers de la main envoya le lutin bouler à travers la pièce. Un sourire malsain apparut alors sur son visage, il se pourlécha les lèvres et clama :

"Maintenant je suis excité... Bon je n'aurais qu'à t'voler ton or une fois morte !"

Fardet avait à peine eu le temps de se remettre debout qu'il entendit un cri de douleur. Ilda était maintenant à terre, sa dépouille baignant dans une mare de sang.

(Ilda... Je...Je suis désolé...)

Fardet courra alors vers la cuisine, une fois arrivé devant le plan de travail il l'escalada avec diligence, s'aidant des tiroirs comme autant de prises facilitant sa montée. Parvenu dessus il jeta un dernier regard vers la scène du crime, l'homme s'approchait à vive allure, il ne faisait aucun doute que le lutin était sa prochaine cible.

Accablé de chagrin, mais également de peur, Fardet n'arriva pas à faire autrement que de fuir à travers la fenêtre entre-ouverte. Il savait où aller, quel sens donner à son existence. Lui aussi devait vouer sa vie à l'exploration, honorer la mémoire de cette femme qui en l'espace de quelques jours l'avait tant marqué.

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Chaque lumière crée une ombre,

Chaque ombre dissimule un secret,

Chaque secret détient une vérité.

Brent Weeks


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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Dim 15 Nov 2015 10:50 
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Fardet, se sachant en danger n’hésita pas à confier sa vie à la chance et sauta du rebord. Il n’osa ouvrir les yeux mais sentait bien qu’il prenait de la vitesse. Sa chute se termina dans un amas de poissons entreposé derrière une charrette. Le contact était désagréable au possible pour le jeune lutin qui lutta pour s’extirper de ce cauchemar.

Ses vêtements, rendus poisseux et odorants par le contact avec les poissons dégoûtait Fardet qui commença à se hisser sur le banc en bois devant lui. Il se déshabilla avec hâte, ne gardant que son petit slip et son bonnet. Un peu plus présentable, il regarda autour de lui, un homme massif siégeait à côté, tenant par la bribe deux vieux chevaux. Lui aussi d’ailleurs n’était plus tout jeune. Une barbe drue et grisonnante lui couvrait le bas de sa face mais on pouvait deviner un visage amical. Il avait des yeux d’un éclat vert émeraude, le crâne totalement dégarni, des rides sillonnaient son visage.

Fardet d’une voix qui se voulait courtoise entama la conversation :

« Bien le bonjour Messire ! Quel beau temps pour être dehors n’est-ce pas ? »

L’homme regarda le petit être qui venait d’lui causer, il ne manqua pas de remarquer le petit tas de vêtements reposant à ses côtés. D’un ton mi amusé mi surpris il répondit :

« Par les couilles du roi Alibert ! C’est qu’ça tombe d’en haut mant’nant les lutins ? Et presque à poil en plus ! »

Fardet se sentait gêné d’être si modestement vêtu mais n’avait guère le choix, tâchant de garder une contenance il répondit sans tarder :

« Il n’est guère dans mes habitudes de paraître ainsi mais la nécessité fait loi mon brave ! De justesse j’ai échappé à la mort et il m’incombe désormais d’honorer la mémoire d’une amie qui quitta ce monde suite à l’attaque d’un malandrin. »

Le vieil homme ne semblait pas avoir compris, il le regardait, un sourcil levé, un fin filet de bave s’écoulait hors de sa bouche et terminait sa course dans l’épaisse barbe.

Fardet essaya de raccourcir sa réponse, n’usant que de mots basiques :

« Une amie est morte, assassinée, je dois aller au port, c’est bien votre destination n’est-ce pas ? »

Son visage s’illumina à la mention du port, d’un ton amusé il rétorqua :

« Bien sûr qu’j’vais au port ! C’mon chez-moi là-bas ! J’y ai plein d’copains, un p’tit coin pour pioncer… »

Pendant au moins dix minutes, le vieux monopolisa la conversation, il parlait des poissons, des clients, du temps qui passe et des revenus qui se faisaient moindres à cause des taxes royales toujours plus élevées. Pendant ce temps Fardet écoutait d’une oreille distraite et regardait la rue qui défilait devant lui. Ils s’engagèrent sur une voie plus large, des crieurs publics donnaient des nouvelles du bon roi et de ses nouveaux décrets, des colporteurs parés de grands sacs se frayaient un chemin dans la foule tout en criant inlassablement la même rengaine.

De nombreux étals parsemaient les bords, des marchands hurlaient de toute part, créant rapidement une véritable cacophonie.
Tout cela était encore nouveau pour le jeune lutin, habitué à un environnement calme, le voilà qui était plongé dans un brouhaha si commun pour les citadins. Heureusement cela ne dura pas et bientôt le vieil homme fit tourner son attelage et s’engagea sur une pente douce, laissant derrière eux la source du bruit.

D’un ton rêveur il lâcha :

« C’que j’l’aime c’petit ch’min qu’passe à travers l’marché ! C’est vivant, c’est plein d’bonnes odeurs ! Bon et donc, t’veux aller au port c’est ça ? »

« En effet mon brave ! Il me tarde de parcourir les mers, de risquer ma vie sur cette vaste étendue d’un bleu profond. Voir les étoiles couvrir tendrement le ciel lors de la nuit, peut-être rencontrer ma future…»

De nouveau le vieil homme semblait un peu perdu, Fardet préféra alors s’interrompre et recommença :

« Oui j’dois aller au port ! Ma blonde m’attends quelque part, sans l’savoir. »

Son visage s’éclaira de compréhension et d’un ton ragaillardi lança :

« Bah voilà ! L’loustic l’est pas obligé d’me parler ‘vec des termes compliqués si c’pour causer d’l’amour ! »


Pendant encore une dizaine de minutes la charrette parcourut les rues, peu à peu l’air s’emplissait d’une odeur de sel, de poissons. Le port était désormais en vue, Fardet se leva et regarda avec dégout ses vêtements avant de les laisser là. Il préférait encore se balader à demi-nu.

« Je vous remercie mon brave ! Soyez sûr que votre aide m’a été précieuse, si ce n’est salutaire ! »

Le vieil homme souriait tandis qu’il prenait avec sa main Fardet et le mettait à la hauteur de ses yeux.

« Y’a pas d’quoi ! T’es un peu bizarre mais j’te sens être un bon bougre ! P’têtre à une prochaine ! »

Il déposa le lutin sur le sol en terminant sa phrase et menant un des chevaux par la bride avançait tranquillement vers son emplacement. Fardet ne savait trop où aller, mais il savait qu’il devait trouver un navire, il se dirigea donc d’un pas déterminé vers le débarcadère.

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Chaque lumière crée une ombre,

Chaque ombre dissimule un secret,

Chaque secret détient une vérité.

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Lun 14 Déc 2015 16:19 
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Précédent : Avant le départ III

Tentant de déchiffrer la carte, Hild se dirigeait tant bien que mal vers le port. Elle fut d'autant plus ralentie qu'elle inspectait les rues et leurs maisons. De nombreuses bâtisses étaient richement décorées. Des ouvertures dans les murs épais donnaient sur des jardins spacieux et fort entretenus, d'où s'échappaient des rires d'enfants. Les rues pavées étaient d'une propreté presque illusoire. Elle croisa des familles heureuses à l'excès, détournants leur regard de la jeune femme, cachants parfois les yeux de leurs enfants pour qu'ils ne puissent pas voir son corps déformé. Mais le regard des autres et leur jugement, Hild avait réussi à s'en protéger. Elle croisa néanmoins de nombreux miliciens, la ramenant à la réalité. Comment les gens pouvaient être si heureux et insouciants alors qu'Omyre était si près ? Tant de bonheur et de joie lui semblait impossible après ce qu'elle avait vécu. Pourtant, elle se rappelait avoir été heureuse autrefois...
Replongeant dans sa carte, elle continua sa route, s'approchant du port. En effet, l'odeur de plus en plus prononcée du poisson et de la marée ne pouvait provenir que de sa destination.

Suite : La patrouille des Deux Tours

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Mar 12 Jan 2016 02:27 
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Après être arrivés à Oranan, Ulfrik avait arrêté le chariot non loin de la place du marché. Phyress avait alors fait la connaissance de ce grand bonhomme au torse large et aux cheveux blonds comme les blés qui l'aida à redescendre du chariot. Il avait soulevé Phyress en passant ses deux mains épaisses autour de sa taille comme si elle ne pesait presque rien avant de la déposer avec autant de douceur sur le sol, prêt à la retenir si elle défaillait.

Appuyée sur une béquille de fortune confectionnée à l'aide de branchage, Phyress commençait à se sentir assez mal à l'aise. Dans ce marché y planait une odeur âcre de poisson dont les entrailles étaient jetées à même le sol et y développait sous le ballet des mouches une épouvantable odeur d'ammoniaque. Les passants piétinaient un sol boueux car il avait plus sans discontinuer depuis la veille. Il arrivait même parfois que quelqu'un ne glisse et s'affale dans la boue provoquant l'hilarité de ses congénères avant d'être relevé par de bonnes âmes.

Ulfrik quitta presque immédiatement sa femme et Phyress pour aller faire le tour des auberges et essayer de trouver un toit et un lit sec pour ce soir. Sinon, ils passeraient une nuit supplémentaire dans le chariot quelque part dans la ville mais l'état de sa femme interdirait bientôt les déplacements en campagne. Phyress voyait là le dernier arrêt d'Ariana et d'Ulfrik, sur le point d'accoucher, la femme aurait besoin d'une sage femme et d'un endroit propre pour mettre au monde son enfant et en dehors des grandes villes, trouver une sage femme était très compliqué.

Ployant sous l'effet de sa jambe douloureuse, Phyress s'assied sur une barrique renversée à l'abri de la pluie et observait impuissante Ariana détendre la toile du chariot pour y faire une sorte de petit chapiteau. Ne comprenant pas tout de suite ce manège, elle patientait, observant tantôt sa sauveuse, tantôt la foule espérant voir Ulfrik revenir avec un guérisseur.

Lorsque Ariana eut terminé de dresser à l'arrière du chariot le chapiteau, la femme monta sur une petite caisse de bois tout en gardant une main sur son ventre et héla la foule.

Ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir une sirène. Même si dans n'importe quel port, on trouve toujours qu'un vieillard en a capturé une dans ses filets ou on jurera qu'un matelot est un jour tombé en mer et qu'il fut sauvé par une femme poisson dont les cheveux scintillaient comme un banc de poissons d'argent au clair de lune et dont les écailles luisaient comme de belles opales verdoyantes.
Donc, quand une femme prétendait en avoir une, il y avait de forte chance que la population soit prête à dépenser quelques pièces pour voir une sirène.

Ariana expliquait aussi qu'elle n'était pas vivante, celle-ci était morte car elles meurent si elles ne pouvaient regagner la mer et comme elle était mi-femme, mi-poisson, elle ne pourrait survivre bien longtemps hors de l'eau.
Ariana s'avérait être une femme prudente et intelligente. Elle ne promettait absolument rien au public de plus en plus intéressé qu'il ne put contester. Si vous promettiez une sirène vivante et qu'en réalité elle était morte, la rumeur de l'escroquerie ne tarderait pas à se répandre et jusqu'où pouvait aller une foule qui se sentait lésée et moquée ?

Phyress se releva maladroitement. La journée était très triste. Ce genre de jour où le soleil ne semblait pas s'être levé et que tous ici vivaient dans un éternel crépuscule, écrasés sous les nuages gris et tristes et de la fumée épaisse et piquante des feux de bois qui couvaient dans l'humidité ambiante.

Dans la tente d'Ariana, il faisait encore plus sombre et froid. Ce n'était pas un endroit où s'abriter de la pluie. La tente était étroite, étriquée même, un vulgaire appentis à l'arrière du chariot ne pouvait accueillir trois ou quatre personnes à peine. Une lumière blafarde déversée par une chandelle de verre terne illuminait la petite cage posée à l'arrière du chariot.

Phyress fut étonnée de voir une cage, la créature morte ne risquait pas de s'échapper à présent. Mais le plus troublant, en dépit de l'atmosphère glauque et du froid mordant, c'était l'odeur insoutenable de pourriture. Sur le dos, étendue sur un petit lit de cailloux polis par l'onde, des coquillages, carcasses de crabe et d'étoile de mer séchée. L'odeur de mer était si forte qu'elle aurait convaincu n'importe qui que la chose venait bien de la mer. Cette petite créature que l'on pouvait facilement porter entre ses deux mains. Une petite chose au visage parcheminé, si desséché que les orbites n'étaient plus que simples fentes. Le visage d'enfant recouvert d'un petit duvet blond se dressait sur la peau comme si elle aussi, souffrait du froid. En réalité, c'était la peau en se racornissant qui l'avait dressé. Les sourcils et les cils d'un blond doré sur un cuir presque tanné, il était difficile de savoir si la couleur de peau était d'origine ou si il y avait là un traitement spécial pour l'empêcher de moisir.

Phyress restait sceptique, elle n'avait jamais vu de sirène qu'une illustration d'un corps de femme mûre avec une queue de serpent faisant deux fois sa taille et des nageoires au bout de bras humains. Celle-ci avait une poitrine asexuée, lisse comme celle d'un enfant. Les bras étaient humain et les petites mains également, elle tenait dans l'une d'elle un gros coquillage.

Concernant ses jambes, c'était différent, elle n'avait pas deux jambes, assurément, à la place se trouvait un long morceau de peau et de chair qui s'étirait depuis le bassin et formait une sorte de nageoire comme celle d'un gros poisson ou d'un dauphin. Comme pour le reste du corps, la queue était nue et brunie, ridée de toute part mais dépourvue d'écaille.

" Ah ! C'n'est pas une sirène. " Raillait un solide bonhomme à gauche de Phyress. L'homme aida volontiers la jeune femme à sortir de la tente où il fit alors bon de respirer l'air du dehors.

L'homme n'avait pas donné son nom, mais il sentait fort le légume terreux et son haleine suffisait à maintenir la sensation de malaise qu'on ressentait en visitant la tente. Il héla sans gêne Ariana.

" Vous ! Rendez-moi mon argent. C'est une fausse Sirène que vous avez là. " Il braillait assez fort pour que toute la foule l'entende et déjà, le murmure du doute s'emparait de la population.

" Ouaip bonnes gens, j'ai entendu dire qu'y des charlatans qui cousaient des queues d'poisson à des bébés morts pour en faire des sirènes."

Un autre homme qui se trouvait là avec Phyress défendit Ariana d'un ton amusé.
" Hey l'homme, comme t'expliques qu'y ait pas d'écailles, à c'poisson ? "
Mais le solide bonhomme ne se démontait pas pour autant.
" Un phoque alors. Z'ont cousu une peau de phoque au bébé. "
" Il n'y a même pas de fourrure ! Et j'assemble des étoffes depuis que j'suis minot. Si il y avait quelque chose de cousu, j'l'aurai bin vu. '' s'impatientait le jeune tisseur.

Phyress essaya de s'éloigner de la foule, si les choses tournaient au vinaigre, le bébé qu'Ariana portait la sauverait peut-être mais une éclopée comme Phyress n'irait pas bien loin, surtout dans son état.

Avec la colère que provoquait l'incertitude, il s'exclama : " Alors qu'est-ce que c'est ? "

Ariana ne se démonta pas pour autant. L'homme était encouragé par l'assistance à renfort de hochement de tête, de cris et de clins d'oeil. Phyress remarqua avec un certain malaise que les habitants semblaient apprécier de voir les étrangers confondus.
Ariana leva son petit nez vers le visage du bonhomme et lui demanda, armée d'un petit sourire :
" Vous admettez donc qu'elle a une queue, ma Sirène. "
" Une queue mais pas d'écaille ! Et pas de cheveux ! On sait tous qu'une sirène ça a des cheveux magnifiquement longs !"

La foule exclama le même avis que l'homme qui avait maintenant un petit sourire narquois. Il s'adressa à la foule pour mieux alimenter leur hargne.
" Répondez donc à ça, si vous le pouvez ! "

Ariana se gratta le front et demanda d'une voix douce, comme si elle parlait à un simple d'esprit.
" Avez-vous des enfants, mon bon ami ? "

Le bonhomme hésita un instant, voyant l'étrange tournure que prenait la conversation.
" Ma foi... Oui. Deux jolies filles. "
" Et dites-moi, cher ami... Lorsque vos filles sont venues au monde, avait-elle des cheveux ?"
Hésitant de nouveau, l'homme roula des yeux vers la foule, elle aussi devenue silencieuse.
" Et bien... Non. Aussi chauve que mon père ! "
" Mais maintenant... Elle a une jolie chevelure, n'est-ce pas ? "

Il opina du chef, se sentant cuit.
" Et voilà. Ses cheveux n'ont pas encore poussé. C'est la même chose avec les Sirènes. Elles naissent lisses et la chevelure vient en grandissant de même pour les écailles. "

Les hommes et femmes dans la foule s'échangèrent des regards. L'homme qui s'opposait à Ariana avait perdu sa verbe et ne sachant quoi répondre, ouvrit la bouche avant de la refermer.

Ariana continua cependant, en le flattant pour calmer sa gêne. " Vous êtes un homme sage mon ami. N'importe qui d'autre n'aurait pas remarqué ceci et je ne suis pas surprise que vous ne connaissiez pas la réponse. Nombre des plus grands érudits de notre monde ignorent ces choses car les bébés Sirènes sont extrêmement rares et l'on ne voit que des adultes. Les enfants sont cachés loin des côtes et des vagues dans de profondes grottes. Il est déjà rare d'en voir une, encore plus pour une bébé. Ce n'est vraiment pas commun. On dit que la dernière fois remonte à plus de cinq cent ans ! Si ce n'est plus ! "

Profitant du moment d'hésitation où l'assemblée pesa la véracité des informations, un petit homme tira une pièce de sa bourse et la leva face à Ariana, désirant lui aussi voir la Sirène. Il fut suivi pendant de longues minutes par de nombreuses personnes, elles aussi curieuses de voir un tel phénomène. Même l'homme à l'odeur de légumes semblait pris en otage dans cette liesse générale.

Phyress poussa un profond soupire de soulagement, Ariana savait vraiment s'y prendre avec une foule.

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Ven 29 Jan 2016 15:31 
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[Le bétail, les portes et l'emblème]

La peur qu'avait eue Lachesis de se retrouver dans un environnement confiné et étouffant s'avère infondée. Les remparts sont certes présents mais maintenant presque indiscernables, au loin. Les maisons sont petites mais coquettes et luxueuses pour la plupart. De plus en plus luxueuses, d'ailleurs.

(C'est probablement parce que je me rapproche du centre de la cité.)

Leurs toits aux formes géométriques pointues sont encore une fois rouges. Une couleurs récurrente ici. Les murs sont de bois épais et brillants ou recouverts d'enduit blanc. Parfois, de petites passerelles, de bois et de corde d'abord, puis en dur, relient différents bâtiments. Basses, les bâtisses sont encadrées de verdure maîtrisée et artistiquement disposée, en pots ou dans de petits bassins de gravillons blancs et gris. Même la mousse qui recouvre les rochers et grosses pierres semble ne pas avoir son mot à dire quant à son développement. Parfois, Lachesis distingue aussi des jardin intérieurs, encadrés par des bâtiments reliés par des corridors ouverts. Tapis de gravillons, herbe tondue avec minutie et petites sources dont les machines à eau toquent rythmiquement, des carillons résonnent entre les branches résineuses.
Après avoir observé d'un air soulagé et appréciateur son environnement, Lachesis passe à la populace. Les coiffures, sont alambiquées et cirées, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Les mises sont colorées et offrent une myriade de motifs de saison, les démarches ampoulées pour les femmes chaussées de socques hautes, étudiées pour les hommes, plus à l'aise. Tous les messieurs portent une lame ou un arc et un carquois à leur côté. Dans certaines ceintures fleuries des dames, Lachesis est certaine d'avoir devinés des manches de coutelas déguisés en poignées d'éventails. Si le décors aéré peut sembler paisible de prime abord, Lachesis réalise que la cité n'en est pas moins en guerre. La menace des Orques d'Omyre, ombre septentrionale, vient ternir l'or qui orne la bordure des toits.

(Le décors n'en reste pas moins charmant, je suppose.)

Se fiant à sa mémoire du plan qu'elle a aperçu plus tôt, la semi elfe se dirige d'un bon pas vers l'échoppe du guérisseur local, dont on lui a raconté qu'il est l'un des plus doués doués du pays. Si ce n'est le meilleurs.

(Est-ce sa situation géographique qui lui vaut cet honneur ou son talent ? L'emplacement de sa boutique ne veut pas forcément dire grand chose, même si elle peut inspirer une forme de respect. Après tout, ce sont surtout les yus qui lui ont donnée la possibilité de payer son magasin.)

Resserrant encore une fois sa cape autour d'elle, par timidité mais aussi un peu par honte de sa mise pitoyable en comparaison de l'extravagance étudiée ambiante, Lachesis passe de ruelle en rue. Après un petit moment, elle arrive enfin en face de l'échoppe. Sur la porte de bois sombre et aux carreaux de verre (Quel luxe !) une pancarte de papier annonce :

FERMETURE TEMPORAIRE
VEUILLEZ NOUS EXCUSER


(C'est bien ma veine...)[/color

[color=#40BF00]« Besoin d'aide mon mignon ? »


La vieille dame porte un vêtement bien plus simple que la plupart des Orananiens. Minuscule et courbée, le tissu qui l'enveloppe est blanc, rehaussé de gris et de bleu. Le motif met en scène un cours d'eau et des hérons. Sa ceinture, noire, n'affiche qu'un nœud simple et modeste. Sa chevelure grise est nouée en un chignon bien fourni mais sans fioritures, si ce n'est un peigne de nacre. Le visage est tellement ridé que ses yeux disparaissent presque lorsqu'elle sourit comme à présent.

« Quel est donc ton nom, joli cœur ? »

Le ton est rieur mais pas moqueur. Cette grand mère semble réellement souhaiter aider Lachesis.

(Ma première rencontre normale de la journée !)

« Pardonne-moi grand-mère, mon nom est Lachesis, je suis une guérisseuse en formation et souhaitais rencontrer le gérant de cette échoppe. Sais-tu quand il prévoit de reprendre ses activités ? »
« Fufufu » le rire est sincère et adorable « Je ne pense pas qu'il revienne de si tôt, petit, de ce que j'ai entendu, il tenait ses compte de manière un peu louche. »

Lachesis apprécie tellement la vieille dame et est tellement déçue qu'elle ne pense même pas à prévenir qu'elle est une fille. Et ne remarque pas qu'elle subit toujours la confusion après avoir souligné qu'elle est guérisseuse.

« Mais si tu veux te former, je te déconseille de t'adresser à lui. Sa science est formatée pour les riches de la ville, elle n'a plus vraiment d'âme. Si j'étais toi, je causerais avec Mizubaba, elle, elle connait les plantes et les racines, les baumes et les graines. Elle sait où appuyer sur le corps pour soulager et soigne vraiment. Elle rassure pas les vieux gros et les jeunes maigres, elle te répare le corps parce que c'est ce qu'un guérisseur fait. »


(Je vois, c'est bien ce dont je me doutais... Ce guérisseur est un soigneur de bobos, et s'il le connaissait avant, il a arrêté d'explorer le langage des plantes et du corps... Peut-être devrais-je rencontrer cette Mizubaba ? Pour ne pas être venue pour rien ?)

« Merci bien grand-mère. Où puis-je trouver cette Mizubaba ? »
« Fufufu, suis-moi mon mignon. »

Elles marchent longtemps, d'autant plus que la vieille dame avance d'un pas lent, aussi bien dû à son grand âge qu'à son apparente détente. Elle semble être une personne qui sait prendre son temps. Lachesis ne s'en formalise pas réellement. Cela lui rappelle les rares ballades qu'elle avait pû faire avec Kaede, il y a longtemps...

A l'époque, Kaede s'entêtait à enseigner son art à une Lachesis revêche et silencieuse. Tous les jours, elle la trainait dans son jardin, étalait ses feuilles séchées sur son plan de travail, lui faisait passer sous le nez une multitude de pots et boîtes contenant onguents et poudres. Rarement, des fioles remplies de potions.

« Les thés et tisanes que tu fais avec les poudres, c'est différents des potions. La potion se distille pendant longtemps, contient plus d'extraits. Elle est plus forte et plus dangereuse. J'en connais peu et j'ai le matériel pour en faire encore moins. Tu comprends, Lachesis ? »

Ce jour là, elles avaient marché pendant des heures dans la montagne. C'était l'automne et Lachesis était très jeunes. Elle devait avoir l'apparence d'une enfant de cinq ou six ans. En avait déjà vécu presque vingt. Kaede ne faisait jamais de remarque à ce sujet, les gens du village pensaient l'enfant maudite par les conditions de sa conception.
Elle lui décrivait les mousses qu'elles croisaient sur leur passage, lui montrait comment les récolter. Entre chaque point de cueillette, elle se taisait, profitant des rayons de soleil encore tiède sur sa peau parcourue de sillons.
Lachesis ne disait rien, affichant sa tristesse, rayonnant d'hostilité et de désespoir. Mais rien n’entachait l'humeur de Kaede. Elle semblait tout simplement heureuse du temps qu'il faisait et de la présence de sa fille d'adoption, qui avait enfin consenti à lui accorder des moments de vie de famille.

« Aaaaah, l'odeur de l'iode ! »

Tirant la semi elfe de ses tristes souvenirs, la grand-mère repartit dans son rire joyeux. Elles approchaient du port et les voiles bâtaient au vent, leur blancheur se détachant du ciel azuré. L'air marin rafraichissait enfin Lachesis, qui cuisait sous son éternelle cape de laine. Elle retint d'une main fine sa capuche qui menaçait de se rabattre sous la force des embruns.
La jeune femme n'avait jamais vu d'embarcations aussi grandes de prêt. Tantôt marchands, tantôt guerriers, les navires s'élevaient et s'abaissaient paresseusement, chevauchant les remous lents de l'océan. Des étals s'étalaient sur le parvis de pierre du port, entre les passerelles de bois ou de roche qui menaient aux petites échelles permettant de monter dans les bateaux. La grande majorité vendaient les fruits des pêches matinales, les commerçants criants à qui voulaient bien l'entendre que leurs prises étaient bien plus fraîches et grosses que celles du voisin. Et à bien meilleur prix ! D'autres vendaient des épices et objets précieux, venus de bien loin. Les parfums sucrés et lourds perçant entre les effluves marines et acides des poissons et fruits de mer.
Lachesis avait pensé naïvement ne jamais croiser de foule aussi dense que celle dont elle avait fait partie à l'entrée de la ville mais quelle erreur ! La marée humaine s'étend à perte de vue sur les docs. Répondant à des courants dont eux seuls ont les secrets, des pans de population de déplacent, rapidement ou avec une lenteur toute étudiée. Les cris fusent, des yus changent de main, des charrettes transportent des produits, des ânes braient. Des petits groupes de milicien parcourent les lieux, l'air alerte, veillant au bon déroulement des opérations tandis que leurs cuirasses huilées luisent de façon aussi aveuglante que les flots derrière eux. La cacophonie et le chaos prennent l'apprentie guérisseuse de court et elle n'a d'autre choix que de stopper net, bouche bée face à ce spectacle d'un autre monde.

« Et bien, et bien, vas-tu tenter d'imiter le héron encore longtemps petit homme ? »
« Oh, je suis navrée, simplement c'est la première fois que je vois autant de monde en un seul endroit. »
« Fufufu. »

(C'est incroyable... Qui aurait cru qu'il y avait autant d'être vivants sur terre ? Existe t-il des lieux avec encore plus de monde quelque part ? J'ai du mal à y croire...)

Reprenant leur route, les deux comparses bifurquent sur leur gauche dans une rue aux habitations plus pauvres que ce que Lachesis avait pu voir jusque là mais tout aussi proprettes. Dans leur grande majorité du moins.
Prenant de nombreux détours, elles arrivent face à une maison d'apparence très ancienne, entourée d'un muret de pierres plates recouvert de mousse et un peu avachi. Ouvrant un portail de bois bas, la vieille dame se dépêche de s'engager sur le court chemin pavé, encadré par une herbe un peu moins bien entretenue que dans les jardins luxueux. Pour autant, Lachesis préfère ce décors à celui des villas des très riches.

(Cette maison a une réelle existence, elle est bien plus vivante que le reste.)

Deux grands cèdres surplombent la bâtisse au toit éternellement écarlate. De l'extérieur, elle semble être composée d'un seul carré, de taille respectable, probablement divisé en différentes pièces à l'aide de panneaux de roseau et de paravents. Sur l'avant, s'étend une terrasse de bois poli à laquelle on accède par une volée de trois marches. La vieille retire ses sandales sur l'avant dernière et pénètre dans la demeure.
Soufflée, Lachesis hésite

(Grand-mère semble une habituée des lieux mais puis-je vraiment entrer chez quelqu'un sans y être invitée ? Je ne voudrais pas faire à nouveau mauvaise impression, j'en ai déjà fait assez avec Kenji, le jeune garde de la porte. Qu'est ce que je dois faire ?).

« Alors, petit héron, tu entres ? »

Répondant à l'injonction de la vieille femme, Lachesis s'avance, d'un pas mal assuré. Comme on le lui a montré, elle retire ses sandales sur l'avant dernière marche et, pieds nus, pénètre dans la demeure.

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 Sujet du message: Azuha - Livre Premier - Chapitre Troisième
MessagePosté: Jeu 3 Mar 2016 03:11 
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Le Capitaine s'inclina. Il venait d'acheter le silence d'Azuha. Avec un bout de papier.

Azuha regarda le papier. Elle ne voyait qu'un enchevêtrement de traits. Elle ne comprenait pas. Ce message était sensé être sa récompense ?

Azuha ne comprit pas le message, mais comprenait bien les intentions du Capitaine. Il n'avait aucun sou sur lui, ou alors les siens et non ceux de la milice. Ce papier était sans doute à remettre à quelqu'un qui pouvait lui transmettre une réelle somme d'argent.

Azuha remercia l'homme et s'en retourna à l'accueil de la Milice. Elle ne connaissait pas les locaux, mais il y avait un chemin pour monter, et un pour descendre. Elle avait souvenir d'être descendue pour aller, pour revenir elle devra alors monter. Azuha prit les escaliers en pestant contre la gravité et se retrouva bien vite devant les bureaux d'accueil.

Elle salua les permanenciers et leur tendit le papier.

- Le Capitaine Atsuhiko m'a donné ça. Je suppose que vous savez ce que je dois, ou ce que vous devez en faire ? Je sais pas ce que ça dit.

Le bonhomme derrière le comptoir prit la missive et la lut.

- Sept cent yus pour services rendus.

Il hocha la tête, puis silencieusement se leva et s'en alla par une porte derrière le comptoir. Il revient avec une bourse.

- Si vous voulez compter allez-y.

Compter ? Azuha pouvait à peine tenir debout, elle n'allait pas compter. Elle prit le sac de sa main libre, remercia le milicien, et sortit du bâtiment.

La lumière du soleil aveugla l'ynorienne, sa chaleur la fit cuire. Azuha ferma l'oeil, lacha la bourse d'or et s'éventa un peu. Deux secondes plus tard, elle rouvrit son oeil. Juste à temps pour voir un gamin s'avancer vers le sac d'or à ses pieds. Sans la moindre considération, Azuha balança son pied dans son visage.

- Pas touche. dit-elle de sa voix faible et sèche.

Il lui fallait un bain d'eau fraîche et des vêtements légers. Et un sac beaucoup moins lourd. Azuha reprit sa bourse, et regarda son sac pendant que l'enfant s'en allait en pleurant. Dedans, elle vit la lame que le vieux lui avait laissée et l'armure qu'elle avait récupérée.

(Tu m'étonnes que c'est lourd...)

Azuha mit la bourse dans le sac, attacha la lanière du sac à son bâton et commença à marcher en le trainant derrière elle.

Elle erra dans les sentiers d'Oranan, sous le soleil cuisant, en direction de la maison de son clan. Elle ne faisait pas attention à qui marchait en face d'elle, à qui la regardait de travers, à qui murmurait derrière son dos. Elle ne faisait pas attention à où elle était, à où elle allait, à où elle marchait. De temps en temps elle s'arrêtait et fermait l'oeil pour prendre une bonne inspiration d'air chaud de l'été et laisser le soleil la caresser — il serait là un bout de temps, autant s'y habituer.

Elle marcha pendant un temps qui ne lui importait que peu, puis arriva devant chez elle. Akiko et sa mère étaient en train de nettoyer le parquet du porche.

(((les 700 yus sont la récompense de la quête 30, pas besoin de les rajouter)))

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Lun 2 Mai 2016 19:01 
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Passant le pas de la porte de la milice, Hild s'orienta vers la demeure du tanneur. Elle emprunta à nouveau les rues immaculées qui l'avaient presque écœuré la première fois. Mais son enquête détourna ses yeux de la propreté excessive des ruelles. Elle marchait d'un pas alerte tout en se concentrant sur son affaire.

Plusieurs points de cette affaire lui étaient troubles. Pourquoi tuer une jeune femme sans intérêt particulier avec une technique aussi complexe de l'injection d'un poison ? Un simple coup de dague apposé à sa gorge était à la portée de n'importe quel adulte. Pourquoi la molester si violemment ? Seul le poison suffisait à la tuer. Tsuna était elle la véritable cible du criminel ? Ou un simple cobaye ?
Et surtout, qui était le criminellement ? Hild avait connu des hommes sadiques, criminels, malsains, pervers, immoraux et mauvais. Elle pensait en être débarrassée à sa venue à Oranan. La simple présence de cet être dans cette ville paraissant si parfaite démontrait à Hild que le mal régnait partout. Il fallait l'exterminer.

S'avançant de plus en plus dans les rues, les gens étaient habillés de plus en plus simplement et les regards de dégoût qu'on lui jetaient étaient devenus méfiants, jugeant le pourquoi de sa venue. Le plastron de la milice qu'elle portait devait être un des facteurs de ses suspicions. N'ayant cure des jugements de la population, elle inspecta rapidement les alentours. Il lui semblait avoir traversé progressivement la frontière entre l'élite et la pègre d'Oranan et parcourait maintenant un monde lui étant plus familier : les bas quartiers.

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Mer 11 Mai 2016 19:08 
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À son attente, la tannerie du père de Tsuna était commune aux autres bâtiments délabrés des bas quartiers. Les gens d'ici vivaient simplement et sobrement. Aucun artifice décorait les rues et certaines habitations paraissaient parfois prêtes à s'écrouler.
Alors qu'Hild s'attendait à parcourir des ruelles sordides semblables à celles d'Omyre, le quartier ne portait pas la marque du mal. Bien que la propreté ne soit pas le maitre mot des habitants, les ruelles n'étaient laissés en désuétude et un effort d'apparence semblait être appliqué. Pour quelle raison ? Cette réponse échappait encore à la jeune femme.

Au milieu des morceaux de cuir se trouvait le père de Tsuna, le corps courbé par les années et le travail fastidieux. Il paraissait erré dans sa boutique, sans but aucun. Avait-il encore conscience de l'univers qui l'entourait ? (Il a l'air si faible)
A son arrivée, le ciel homme se tourna vers Hild. Tandis qu'il lui adressait la parole, la milicienne aperçut dans ses yeux quelques larmes perlées. (Des larmes ? Je ne l'ai pourtant pas frappé...) Mais des larmes de tristesse, cela faisait longtemps qu'elle n'en avait pas vues ou même versées. En s'attachant aux gens, on souffrait de leur douleur, de leur soucis et de leur absence. Elle avait appris à se défaire de ce fardeau, trouvant le sien déjà bien complexe à supporter.
Elle se tourna alors vers le père de la défunte.

" Je viens en effet pour votre fille. Je suis chargée d'enquêter sur son décès. Je me prénomme Hild, apprentie à la milice "

La jeune femme tendit son insigne au vieil homme, qui le prit sans conviction, tentant de garder des larmes prisonnières de ses paupières.

(Je crois que l'usage me demande d'être bienveillante)

" Je suis désolée pour vote fille. Croyez bien que je ne laisserais pas cet acte impuni."


Elle marqua une courte pause, comme pour juger de la capacité de l'écoute de son interlocuteur.

" Auriez vous remarqué quelque chose d'anormal chez votre fille ces derniers jours ? Ou de façon générale ? "

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Merci à Itsvara pour la signature

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 Sujet du message: Re: Rues et ruelles
MessagePosté: Mer 25 Mai 2016 02:57 
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Localisation: Kendra Kâr
Lorsque la foule se dissipa, Phyress laissa Ariana ranger le matériel et démonter le petit chapiteau. La jeune femme n'aimait pas rester oisive à regarder sa sauveuse travailler, quand bien même cette dernière lui interdisait formellement de venir lui donner un coup de main, prétextant qu'elle devait garder sa jambe blessée au repos. Phyress grimaça et décida d'appliquer le conseil avisé d'Ariana qui lui recommandait d'aller voir un guérisseur avant la tombée de la nuit.

" Je crois qu'il faut qu'un spécialiste observe ça de plus près. J'ai fait le nécessaire, mais on n'est jamais trop prudent, et puis la fièvre peut emporter quelqu'un si vite quand le temps est mauvais. " Avait-elle dit en levant le menton au ciel chargé de gros nuages noirs. Ariana tenait fermement son ventre rond, caressant le précieux enfant qu'elle portait ce qui fit mauvais effet à Phyress qui se sentait encore plus misérable de devoir la laisser tout faire seule. C'est donc en faisant mauvaise fortune bon coeur qu'elle suivit le conseil et alla chercher un guérisseur. Elle quitta donc Ariana en se se disant qu'Ulfrik la rejoindrait bien assez vite.

Le sol détrempé par la pluie et piétiné de toute part là où il n'était pas creusé par les sillons des chariots était déjà glissant pour un homme bien portant et disposant de ses deux jambes, mais pour elle qui en plus d'être affaiblie devait appuyer tout son poids sur une béquille précaire et peu confortable, c'était un vrai chemin de croix. Phyress longeait les murs, là où la terre avait été un peu plus épargnée que le plein de rue. Tout semblait différent. Démunie et sans repère, Phyress n'arrivait pas à trouver quoique ce soit de familier, Oranan était immense en comparaison de son village de chasseurs. Ici les maisons formaient des quartiers entiers, il y avait des échoppes, des magasins et des vendeurs dans les rues. On y sentait des odeurs inconnues mais alléchantes. Des fanions claquaient dans le ciel grisâtre et de nombreuses torches humides crachaient une fumée épaisse et piquante sur les passants.

Phyress observait les gens, espérant trouver quelqu'un à l'allure assez sympathique pour lui demander son chemin. Les marchands étaient trop accaparés par la clientèle, les passants qu'elle interpelait quant à eux, la considérait comme une mendiante et l'ignorant, détournant le regard et la dépassant sans scrupule. Il était vrai qu'après plusieurs jours à subir la fièvre, Phyress avait les traits tirés et fatigués, elle était sale et faible, sa tenue raide de crasse n'avait rien d'élégant et il était facile de croire qu'elle venait quémander obole.

" Vous semblez effrayée ma jeune enfant. "

Phyress se retourna et vit une vieille femme de petite taille enveloppée dans une cape sombre aux bordures brodées de rouge. La grand-mère avait de petites joues rondes et rougies par le froid, des cheveux gris attachés en un chignon parfaitement rond lui même enfilé d'un ruban noir attaché avec soin.
Cette vieille femme avait beaucoup d'allure, Phyress se demandait même si elle n'appartenait pas à un quartier noble, elle qui n'avait aucune idée des convenances hocha la tête et balbutia quelques propos décousus.

" No... Non. Je suis venue aujourd'hui en ville. Avec un chariot, des marchands mais j'ai besoin de soins. J'ai marché sur un piège à loup dans la forêt. "

La vieille femme fronça les sourcils et plissa ses petits yeux en regardant la jambe de Phyress, enveloppée dans un linge ensanglanté.
" S'il vous plaît... Je dois voir un guérisseur. J'ai peur de prendre ma jambe. " Avait-elle couiné les larmes aux yeux. Le stress prenant et la situation inconnue avait finalement eu raison de ses nerfs, Phyress se sentait prête à craquer.

Tandis qu'elle s'essuyait les yeux de sa main valide, l'autre fermement appuyée sur son précieux support, la vieille femme lui répondit alors.
" Il y a un guérisseur et un herboriste. Mais pour une si vilaine blessure, il vaut mieux aller voir le guérisseur. C'est justement à deux pas d'ici, laissez-moi vous accompagner jeune fille. " Son ton avait été presque maternel, amical. Phyress renifla et confuse de cette bonne nouvelle, se serait pendue au cou de la vieille en la noyant de remerciements.

" Allons jeune fille, ne trainez pas, il se pourrait bien qu'il recommence à pleuvoir, vous ne voulez pas finir trempée comme une soupe, vous attraperez la mort dans votre état. Allez. "

Phyress fit de son mieux pour se ressaisir et emboîta le pas derrière la vieille femme qui marchait assez doucement compte tenu du handicap de la jeune inconnue qu'elle venait de récupérer. Elle la conduisit jusque devant les portes d'une petite maison en plein coeur de la ville, juste en face d'une jolie place au milieu de laquelle trônait une splendide fontaine en bronze.

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